- Speaker #0
Bonjour à tous, aujourd'hui nous nous retrouvons pour un épisode un peu particulier, nous nous éloignons de l'écosystème tech autour duquel nous avons l'habitude de graviter. Un pas de côté, car dans l'œil de la cyber, le podcast de Gatewatcher participe à l'initiative Podcaston 2026. Concrètement, c'est un événement caritatif mondial qui mobilise des milliers de podcasts. Chaque podcast propose de mettre en avant une association caritative. Dans le cadre de sa démarche RSE, Gatewatcher a choisi de mettre en avant l'association Lazare. une association qui nous tient particulièrement à cœur. Lazare propose des colocations solidaires entre jeunes actifs et sans-abri. Pour nous en parler aujourd'hui, nous accueillons Gracien Regnault, directeur du Développement France et International de l'association Lazare. Bonjour Gracien.
- Speaker #1
Bonjour Anne-Laure, ravi d'être là.
- Speaker #0
Et deux colocataires, Marie, anciennement à la rue, tu as rejoint la colocation Lazare de Rennes il y a un an et demi. Bonjour Marie.
- Speaker #2
Bonjour Anne-Laure.
- Speaker #0
Et Kitri, tu as 23 ans, tu es... infirmière au CHU de Rennes et tu as rejoint la colocation Lazare également il y a un an et demi.
- Speaker #1
C'est ça, bonjour.
- Speaker #0
Alors pour commencer, vous avez choisi de vous engager dans cette expérience et nous allons avoir le plaisir d'écouter votre témoignage sur l'impact concret de cette colocation dans votre vie. Alors pour commencer, est-ce que tu peux te présenter, Gracien, et présenter l'association Lazare ? Comment est-ce que le projet est né et quelle est sa mission aujourd'hui ?
- Speaker #1
Moi, c'est Gracien. J'ai 45 ans. Je suis issu d'un parcours un peu classique, école d'ingénieur. Ensuite, j'ai travaillé près de 15 ans dans l'immobilier avant de découvrir cette association qui m'a fait avoir envie de changer de voie. Pourquoi ? Parce que c'est vrai que ça faisait des années que je côtoyais le monde de la rue. je ne sais pas pourquoi peut-être de... de par l'éducation que j'ai reçue, mais en tout cas, j'avais un lien, une sensibilité toute particulière avec le monde de la rue. Et en même temps, avec, de temps en temps, un peu ce sentiment d'impuissance quand je côtoyais des personnes qui vivaient à la rue. Et donc, je m'étais mis, comme beaucoup peut-être des auditeurs aujourd'hui, je m'étais mis à faire des maraudes. Et c'est vrai qu'un jour, je me rappelle, j'étais étudiant à Angers. à la gare et j'ai croisé les pas de Régine qui était assise et je lui ai tendu un paquet de biscuits et en fait elle m'a violemment envoyé balader. Et en fait elle m'a dit mais t'es qui toi ? Est-ce que tu crois vraiment que c'est de ça dont j'ai besoin pour m'en sortir ? Et elle m'a laissé vraiment débousseler avec mon paquet de biscuits sur le trottoir. Et c'est là que j'ai vraiment eu un peu un électrochoc. J'ai réalisé que j'avais une posture qui n'était vraiment pas du tout adaptée. Et je me sentais aussi vraiment dans l'incapacité de construire quelque chose dans la durée, en tout cas avec ces personnes, de concrètement comprendre comment je pouvais les aider. Jusqu'au jour où j'ai découvert Lazare. Et en fait, Lazare, c'est une association qui ne fait rien à la place des personnes de la rue. Elle leur propose simplement de vivre avec elles. dans cette exigence et cette simplicité du quotidien. Des colocations entre des jeunes, souvent des jeunes actifs, et des sans-abri, avec cette conviction vraiment que, en fait, plus que d'un toit, même si le toit est essentiel pour se reconstruire, plus que d'un toit, c'est aussi de liens sociaux dont les personnes ont besoin pour se reconstruire, et c'est ça qu'elles trouvent à l'hasard. Et ce qui est beau, c'est que les personnes de la rue s'y reconstruisent. Mais ce qui est tout aussi beau et qu'on ne réalise peut-être pas assez, c'est à quel point les jeunes, Kitri pourra nous en parler tout à l'heure, mais les jeunes grandissent en côtoyant des gens qui, comme Marie, comme tant d'autres, ont connu des galères et en fait sont des gens qui ont tant à nous apporter, à nous, à chacun et à la société.
- Speaker #0
Oui, c'est un bénéfice double en fait. Exactement. Et aujourd'hui, Lazare, vous avez des maisons partout en France ?
- Speaker #1
Oui, aujourd'hui, on a fêté tout récemment nos 15 ans. Donc, c'est à la fois un modèle social éprouvé. On a aussi un modèle économique assez innovant où on vise l'autofinancement. Mais en tout cas, aujourd'hui, oui, on a 15 maisons d'ouvertes. On a la 16e qui est en train d'ouvrir au Mans où on vient de sécuriser un bien. Et on est en passe de sécuriser un dernier bien. C'est l'histoire peut-être de quelques semaines à Grenoble. Donc, on continue à se développer, à être dans une belle dynamique. Ça, c'est pour la France. Et en fait, ce qui est assez beau, c'est de voir que L'international est vraiment venu à nous, des pays, des locaux, en disant en fait ce que vous faites en France c'est génial et ça répondrait à ces mêmes problématiques que l'on vit nous aussi chez nous, malgré un contexte social, économique différent en fait, on partage la même chose. Même réalité que vous et on a cette même conviction que se vivre ensemble c'est la clé pour aider tout le monde à avancer ensemble et à s'en sortir. Et c'est comme ça qu'aujourd'hui on a ouvert en Espagne, en Belgique et un peu plus tard en Suisse et au Mexique. Et avec aujourd'hui une prospection immobilière active à Londres et une étude en cours au Québec, à Montréal.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux parler de votre modèle économique ? Comment est-ce que vous arrivez justement à développer votre modèle ?
- Speaker #1
En fait, à l'origine, l'idée était de se dire, essayons d'avoir un modèle qui permette de viser une vraie pérennité financière. Et donc, ce qui a été imaginé, c'est que certes, pour se développer, ouvrir une nouvelle maison, on s'appuie à 100% sur des mécènes. particuliers, entreprises, fondations qui vont financer les travaux ou les acquisitions de nos maisons. En revanche, une fois que la maison est ouverte, tout le monde dans la maison paye un loyer. Que ce soit les jeunes actifs, mais que ce soit aussi ceux qui ont connu la rue, grâce aux RSA et aux aides au logement qu'on a la chance de pouvoir avoir quand on est dans le système social français. Tout le monde peut payer un loyer, certes un loyer assez bas, mais tout le monde paye le loyer et le même loyer. Pour une vraie question, tout à l'heure, ma démarche vis-à-vis de Régine à Angers était très infantilisante, très rabaissante. Là, l'idée, c'est que tout le monde se sente au même titre et est vraiment conscient qu'il a les mêmes droits dans cette maison. Donc, tout le monde paye un loyer, le même loyer. Et ces loyers permettent de couvrir l'intégralité des charges de nos maisons. Et l'objectif, à chaque fois, quand on ouvre une nouvelle maison, c'est qu'il y ait même un excédent. entre les loyers perçus et les charges pour participer à la couverture des frais de structure de l'association. C'est comme ça qu'aujourd'hui, avec nos 15 maisons d'ouvertes, on est à 60% d'autofinancement. Le double effet qui se coule quand on ouvre une nouvelle maison, c'est évidemment de pouvoir offrir un toit et augmenter notre capacité d'accueil, mais aussi de se rapprocher à chaque fois un peu plus de l'autofinancement.
- Speaker #0
Et ça fait combien de temps que l'association existe ?
- Speaker #1
15 ans. Avec évidemment un modèle social qui... Le cœur du projet, c'était les colocations. C'est des colocations non mixtes. Si je prends l'exemple de Rennes, où habite Marie-Équitrice, c'est une colocation où il y a d'une part une colocation de 8 hommes, un autre appartement et une colocation de 8 femmes. Et en fait, on s'est rendu compte avec l'expérience... que pour accompagner notamment nos amis de la rue vers la réinsertion, il y avait un fossé assez vertigineux qui était celui de prendre son indépendance et d'avoir conscience qu'on est capable de vivre en autonomie. Et donc on a maintenant imaginé à chaque fois, en tout cas dès qu'on peut, d'avoir des studios où ça permet cette fois d'être totalement autonome, toujours d'être dans ce cadre bienveillant, dans ce contexte joyeux de Lazare, avec aussi ses règles. Mais en tout cas, en autonomie, de se rassurer sur cette capacité à faire ses courses, cuisiner. Et puis du coup, c'est vraiment un tremplin pour derrière prendre son envol et trouver un logement en diffus.
- Speaker #0
Est-ce que vous proposez aussi un accompagnement vers l'emploi ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que je décrivais ce qui se vivait dans nos maisons. Donc on l'a compris, dans nos maisons, ce ne sont que des gens qui sont volontaires pour venir vivre cette aventure de la rencontre. On a aussi une famille bénévole, encore une fois, qui est là. qui vit sur place dans son petit appartement avec ses enfants si elle en a, pour animer, gérer le lieu, être un peu ce chef d'orchestre, s'assurer aussi, être garant aussi du cadre et parfois être figure d'autorité quand cela le nécessite. Mais par contre, nous, l'association, autour de cette famille et de ces colocations, on va structurer tout un vrai accompagnement professionnel, à commencer par un travailleur social. mais aussi aujourd'hui accompagner les addictions de nos colocataires, donc à travers un patient expert, donc quelqu'un qui a lui-même connu l'addiction, et qui va vraiment être encore une fois toujours dans cet esprit Lazare, ça ne va pas être le professionnel qui finalement sait très bien techniquement, scientifiquement, comment gérer le sujet, mais qui ne l'aura pas vécu, c'est vraiment quelqu'un qui l'a vécu, qui du coup va se retrouver, on va dire, au même niveau que la personne, avec la même expérience, et qui va être en plus un peu plus être un super témoin de cette possibilité de s'en sortir. Donc un patient expert sur le sujet de l'addiction.
- Speaker #0
Il vient de témoigner dans les colloques ?
- Speaker #1
Oui, il vient de témoigner, il vient même à intervalles réguliers pour rencontrer les colloques. Ils sont disponibles H24 pour répondre à un coup de fil, à des questions. En fait, souvent, quand cette envie de retomber dans l'alcool, dans la drogue revient, c'est souvent maintenant, tout de suite, qu'on a besoin de pouvoir passer un coup de fil. mais ils ont cette présence importante au sein de nos maisons. Ils passent souvent quelques jours de suite quand ils viennent dans nos maisons pour qu'il y ait un vrai lien de confiance qui se construise. Parce que sans la confiance, que ce soit le travailleur social, que ce soit le patient expert, même dans la vie de coloc, il n'y a rien qui peut se construire. Tout ce réseau de professionnels va venir se tisser autour de la famille et la famille va justement orchestrer tout ça et accompagner chaque coloc. en fonction de son profil, de ses fragilités, dans ce processus de réinsertion, jusqu'à ce travail sur la réinsertion professionnelle.
- Speaker #0
Pour s'assurer qu'il y a une vraie... harmonie au sein de la colocation, qu'il n'y ait pas justement éventuellement ces addictions ou ces difficultés à revivre en communauté qui viennent du coup tirer vers le bas.
- Speaker #1
Exactement. Le curseur, il est que ça ne vienne pas tirer tout le monde vers le bas. La famille, elle est vraiment le garant de ça. C'est-à-dire les fragilités, évidemment qu'il y en a à l'hasard. Et d'ailleurs, ce qui est touchant de temps en temps, c'est que les plus fragiles, ce n'est pas forcément les sans-abri. On a aussi des jeunes qui en fait... On réalise après coup, ils ont des grosses fragilités. Ils arrivent eux aussi avec des grosses casseroles affectives, familiales, addictos aussi. Mais en fait, c'est les addictions des uns, les fragilités des uns et des autres ne viennent pas tirer tout le monde vers le bas. Donc la famille va peut-être à un instant donné juger bon de peut-être pas accueillir un profil avec cette même grosse fragilité parce que voilà, elle pourrait, s'il y a trois personnes qui souffrent d'une problématique d'alcool, ils pourraient se tirer vers le bas. En revanche, on a des personnes, notamment à Rennes, qui souffrent d'une addiction à l'alcool, d'autres de troubles psy, parfois forts. Mais l'idée, c'est que le collectif soit justement là pour venir apporter le calme, la stabilité qui permettent la reconstruction.
- Speaker #0
Donc finalement, est-ce qu'il y a des critères pour rentrer dans une colocation tant quand on est jeune actif que quand on vient de la rue ?
- Speaker #1
Oui, alors j'ai envie de dire, en fait, il y a un seul critère. qui est celui d'accepter de vivre cette rencontre qui se vit dans tous les petits détails du quotidien. Donc ça se traduit comment pour un jeune actif ? C'est en fait ne pas venir là pour un loyer attractif, mais en fait passer ses soirées, ses week-ends avec sa vie sociale trépidante et du coup ne jamais avoir de moment gratuit, de disponible, de présence pour... une discussion, un moment convivial, fêter un anniversaire, etc. Et pour les personnes de la rue aussi, c'est aussi ça, se dire en fait, vous ne venez pas là pour trouver un toit. Lazare, on ne fait pas d'accueil d'urgence, mais vous venez là pour justement se vivre ensemble et donc accepter, tout comme l'ensemble de vos collègues, de partager les services à tour de rôle, le ménage, les courses, la cuisine. Et puis aussi, ne pas être tout le temps, parfois les personnes de la rue ont... ont eu cette habitude de beaucoup marcher. Ils ont leurs amis qui peuvent être encore à la rue ou ailleurs. Ils peuvent eux aussi être tentés de jamais être à la maison. Donc là, l'idée, c'est vraiment qu'il y a un temps de présence à la fois obligatoire, un repas de colocation par semaine. Un repas à l'échelle de sa colocation, par exemple, qui trie Marie. Une fois par semaine, elle se retrouve toutes les huit. Mais à l'échelle aussi de la maison, le repas du vendredi soir, ça, c'est des engagements. Mais il ne faut pas que ça se limite à ça. il faut que La gratuité du vivre ensemble se décline de façon spontanée.
- Speaker #0
Et pour la partie famille d'accueil, je ne sais pas comment ça s'appelle, famille qui va vivre au quotidien au sein de cette colocation, quels sont les critères quand on est une famille et qu'on a envie de s'investir chez Lazare ? Et combien de temps ça leur prend ? Merci.
- Speaker #1
Donc, les familles, il n'y a pas de critères. On ne cherche pas des professionnels dans le social, en addiction ou quoi. C'est vraiment une famille qui, d'abord, a cette envie de faire quelque chose. Et c'est beau, c'est des familles qui disent en fait, oui, on peut partir en mission humanitaire, on peut partir à l'autre bout du monde. Mais en fait, pourquoi ne pas essayer d'être acteur là où je suis, là où j'habite ? Et donc, voilà, qui a envie de se mettre au service de la problématique sociale de leur ville. de leur quartier et plus particulièrement du sans-abrisme. Elles viennent là avec leurs enfants. Elles s'engagent pour trois ans. C'est quand même une mission engageante. Et pourquoi trois ans ? Parce que la relation de confiance, d'amitié, ça se construit dans la durée. Les jeunes actifs s'engagent pour un an. Parce que si on leur demandait plus, en tout cas à J0, ce serait dur pour eux de se projeter. En revanche, on en a à peu près 50% qui repartent pour une deuxième année. Donc c'est quand même malgré l'exigence de la mission, c'est beau de voir que 50% comme qui trient, elle nous en parlera tout à l'heure, mais en fait ça lui donne envie quand même de continuer à vivre ces moments, ces belles amitiés. Et pour revenir à la famille, donc trois ans, et en fait ce qu'on leur dit c'est qu'il faut qu'à l'échelle du couple, il y ait un mi-temps de disponible pour la mission. Voilà, parce que évidemment c'est plein de moments. Le soir, le week-end, on croise les colocs et puis on va sentir qu'il y a un besoin, des moments aussi imprévus, mais on sait qu'il y a quand même un minimum de disponibilité à avoir et c'est estimé à un mi-temps.
- Speaker #0
D'accord. Et alors, est-ce que tu as un exemple d'une anecdote qui illustre concrètement l'impact humain de cette colocation ?
- Speaker #1
Il y en a plein, mais oui, moi j'aime bien toujours citer le premier colloque de la maison de Rennes, comme ça on va vraiment rester sur cette belle maison, qui a été François. Et François, lui, il souffre de troubles psy et d'une grosse addiction à l'alcool aussi qu'il a développé. à travers ses années à la rue. Et François, il était le premier colloque à arriver à la maison, mais en fait, à peine arrivé, il a dû aller faire un séjour en hôpital psychiatrique. Et en fait, il connaissait à peine ses colloques. Et lui, qui souffrait d'avoir été abandonné par sa maman, quand il était jeune, en fait, il n'en revenait pas de voir que ses jeunes, qu'il avait côtoyés à peine quelques jours, quelques semaines, se sont relayés à l'hôpital. pour qu'il ne soit jamais seul trop longtemps. Donc ça, ça a été pour lui un peu une découverte de ce qu'était Lazare, cette famille qui est là justement quand on ne va pas bien. Et toujours pour parler de François, François, ça fait maintenant un peu plus d'un an qu'il est dans la maison, il a tissé des beaux liens d'amitié. Et un jour, un repas de l'amitié, donc la maison Lazare a l'habitude une fois par mois de s'ouvrir sur... le quartier, la ville dans lesquelles elle s'inscrit. Donc n'importe qui, personne de la rue, vous, moi, en seul, en famille, on peut venir partager un moment convivial, en général le dimanche, dans cette maison. Et ce jour-là, j'arrive pour vivre ce repas de l'amitié en famille et je croise François avec sa tête des mauvais jours. Je n'ai pas le temps de lui parler, il passe à côté de moi et je ne comprends pas ce qui se passe. Et c'est que plus tard qu'on me dira en fait Merci. Là, il vient de recroiser une de ses vieilles fréquentations de la rue avec qui il s'est battu. Et François, en fait, ne sait pas gérer ses émotions. Et en fait, le revoir, ça l'a mis dans un état de mal-être tel qu'en fait, il partait bille en tête dans le premier bar du coin pour s'en coller une. Et c'est d'oublier tous ces mauvais souvenirs qui lui remontaient. Et en fait, ce qui m'a beaucoup marqué, c'est qu'en fait, ce jour-là, François a commandé sa bière, a commencé à la boire, mais en fait, a eu cette clairvoyance de dire, en fait, là, je suis en train de faire une grosse connerie. Et il a pris son téléphone et il a appelé Mathieu, son coloc. Ça faisait quand même quelques temps qu'ils étaient ensemble, ils avaient construit une belle relation. Et Mathieu, ni une ni deux débarquent, se pose à sa table, discute et au bout de quelques temps, dit à François, en fait, est-ce que tu veux pas qu'on aille jeter ta bière et on se recommande un bon coca tous les deux ? Et en fait, c'est comme ça qu'un moment qui aurait pu être un gros moment d'échec, où François aurait pu retomber dans son addiction, avec parfois ce cercle vicieux qui se remet en place, est devenu un moment où François a gagné. Ça a été une vraie victoire. Ça ne veut pas dire qu'il est sorti de cette addiction, mais une vraie victoire dans ce combat du quotidien. Et moi, ce qui me touche, c'est de voir à la fois cette humilité, de François face à sa fragilité pour faire pour appeler à l'aide à ce moment là au moment où on pourrait avoir honte ça y est d'être retombé et puis de voir en fait cette relation de confiance confiance sans qui jamais il aurait appelé à l'aide et sans qui jamais Mathieu aurait été capable de l'accompagner vers Voilà à s'arrêter dans cette consommation d'alcool et pour moi c'est ça c'est ces liens À la base, ces rencontres, ces gens qui n'auraient jamais dû se rencontrer, qui finalement tissent des liens d'amitié suffisamment forts pour un jour en arriver à cette relation de confiance, à ce regard. On sent que l'autre pose sur soi un regard qui n'est pas du tout dans le jugement. Et ça, ça m'a profondément touché.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Graftien, pour ce beau témoignage. J'aimerais maintenant qu'on passe... Qu'on plonge dans la vie très concrète de deux colocs, deux colocs Lazare de Rennes. Donc, on a la chance d'avoir avec nous Kitri et Marie. Marie, est-ce que tu accepterais de partager avec nous ton parcours de vie ?
- Speaker #2
Oui. Avant que j'étais à Lazare, j'étais mariée pendant deux ans. Et à la cause de la violence de mon mari, je quittais la maison de mon mari et je me retrouvais en fait sans logement. J'appelais 115, 115 me trouvait logement, foyer, 5 jours dans l'endroit, 5 jours dans l'autre quand elle ne m'appelait pas pour me trouver un logement. J'avais trouvé un hôtel qui était un petit peu moins cher pour moi. Et c'est ça, je me trouvais dans la rue en fait. Ma situation c'était triste, j'étais très triste et je me sentais très isolée.
- Speaker #0
Oui. En fait, pour comprendre un peu ton parcours, tu es arrivée en France avec ta mère ou ta mère était déjà en France ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Donc tu avais finalement de la famille avec toi, ensuite tu as...
- Speaker #1
J'étais dans la maison en fait, je n'étais pas dans la rue. Après j'ai connu mon soeur et je me suis mariée.
- Speaker #0
D'accord, donc finalement c'est un parcours de vie relativement classique au démarrage, avec de la famille autour de toi. tu construis une vie... avec de l'amour, avec des amitiés, avec ta mère.
- Speaker #1
J'étais loin de la vie de rue, en fait, pour toute ma vie. Toute ma vie, j'étais loin de la vie de rue.
- Speaker #0
Oui. Et puis, à un moment donné, tout bascule et tu dois partir, en fait, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et là, donc ?
- Speaker #1
Ça a changé beaucoup ma vie. J'avais une autre ambiance. J'avais ma vie dans la maison de mon mari, mais ce n'était pas possible que je reste là.
- Speaker #0
Tu avais un travail à ce moment-là ?
- Speaker #1
Non, je n'avais pas un travail.
- Speaker #0
Et donc tu pars et là tu découvres du coup la rue ?
- Speaker #1
À ce moment-là, j'ai fait un choc traumatique. Par rapport à ça, j'étais hospitalisée. Dans l'hôpital, ma... assistance sociale de l'hôpital m'a dit qu'on va te trouver un logement. J'imagine que c'était un logement, un foyer de 115, de sa mue sociale, un foyer où j'étais complètement isolée, je me sentais isolée et ma vie c'était comme ça. Mais quand ma assistance sociale de l'hôpital m'a dit que c'est une maison dans le Rennes qui s'appelle Maison Lazare, bien... que tu dois vivre avec cette femme, je me sentis très heureuse.
- Speaker #0
Rassurée.
- Speaker #1
Rassurée et pour moi c'était un lieu de confiance. Je pensais que je dois créer le lieu social avec les autres femmes. J'étais heureuse et pas isolée.
- Speaker #0
Finalement, c'est ce qui t'a le plus marquée dans ta période à la rue, c'était la solitude.
- Speaker #1
La solitude, le jour, c'était très long, j'étais triste. Une fois, ça me socialement trouvait le logement, un foyer par cinq jours, peut-être une semaine. Autrefois, je pouvais trouver un hôtel qui était moins cher. C'est ça. C'est l'incertitude, en fait. L'incertitude, oui. C'était la vie très triste et le jour c'était très long pour moi.
- Speaker #0
Tu n'avais pas de personnes à qui te confier ou tu n'avais pas de personnes qui étaient dans la même situation que toi ?
- Speaker #1
Je voudrais parler en fait avec les gens qui étaient dans la rue à la cause de peur.
- Speaker #0
Tu avais peur de la rue ?
- Speaker #1
Ni le groupe, ni le jour de la rue.
- Speaker #0
Et donc, finalement, ce choc que tu as eu, un jour, comment ça s'est passé ? Tu t'es réveillée, tu ne pouvais plus marcher, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, je ne pouvais plus marcher. J'avais les jambes et les mains toutes paralysées. Je ne pouvais pas bouger, pas du tout. Et ça, c'était une situation horrible pour moi. Je me réveillais à l'hôpital. Oui, je ne savais pas où était en fait, mais c'était l'infirmière qui m'a dit que tu es dans l'hôpital. Ne t'inquiète pas, reste calme parce que nous sommes occupés pour toi. Et dans ce moment-là, dans l'hôpital, c'était toute l'infirmière qui me donnait la nourriture, qui s'occupait pour moi, qui me nettoyait, qui faisait toutes les choses par rapport à moi.
- Speaker #0
Donc ça, c'était en réaction finalement à cet épisode de vie difficile où tu as du coup fait cette réaction ?
- Speaker #1
Cette réaction par rapport à la situation que j'avais en fait.
- Speaker #0
Et là, donc à l'hôpital, tu rencontres une assistante sociale, c'est ça ?
- Speaker #1
Je rencontre une assistante sociale. L'assistante sociale m'a dit qu'on va te trouver un logement. Parce qu'avant, par rapport au logement que j'avais avant, C'était un foyer où je me sentais isolée, en fait, par rapport au logement que m'a trouvé le 115. D'accord. Et j'imagine toujours un foyer où j'étais complètement... isolée, je n'avais pas aucun contact avec les autres. Mais quand elle m'a dit que tu peux vivre avec autre cette femme, dans ce moment, j'étais très enthousiaste.
- Speaker #0
J'imagine, oui. Et vous, à Lazare, vous avez des liens du coup avec les hôpitaux pour justement proposer votre aide ? des personnes en détresse ?
- Speaker #2
Oui, la travailleuse sociale, notamment, a tous ces liens. Après, c'est vrai que dans l'accompagnement vers le soin, aujourd'hui, on est en train de travailler ce sujet et on essaye d'avoir des psychiatres, des psychologues et des médecins qui puissent justement aussi entendre les problématiques qui se vivent par les écologues. En fait, l'accès aux soins, c'est une vraie problématique, notamment beaucoup de traumatisme vis-à-vis de du soin, beaucoup de perte de confiance plutôt. En fait, on a beaucoup de nos colocs qui ne croient plus dans le système ni social ni de santé en France. Donc, il y a tout un travail aussi pédagogique pour redonner cette confiance dans le système de santé et pour que les gens repartent voir un médecin et aillent se soigner. Beaucoup de nos colocs ces dernières années sont malheureusement décédés et quand on leur a détecté souvent leur cancer ou leur maladie grave, en fait, il était bien trop tard.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
parce que pendant des années, voire des dizaines d'années, ils fuyaient le système de santé. Donc oui, on a ces professionnels de santé. Et en fait, c'est tout comme le travailleur social, tout comme le patient expert, c'est des gens qu'on fait venir dans nos maisons, au cœur de nos maisons, où il y a un petit bureau qui est dédié pour ça, pour que justement, encore une fois, ce lien de confiance s'instaure, pour que des moments un peu gratuits, un café le matin, parfois la travailleuse sociale organise un petit café croissant. Voilà, des moments où tout simplement, il y a de l'humain. qui commence la journée et puis derrière ensuite on va apprendre au cas par cas les problématiques administratives, sociales, de santé des uns et des autres.
- Speaker #0
Et alors Marie, comment s'est fait la rencontre avec l'association ? Est-ce qu'ils sont venus te voir à l'hôpital ou est-ce qu'on a attendu que tu ailles mieux et que tu sortes ?
- Speaker #1
Dans ce moment, ma saison sociale m'a dit qu'il existait une maison dans la Rennes qui est la maison Lazare où tu dois vivre avec cette femme. J'étais d'accord et j'étais très enthousiaste par rapport à ça. Après, ma assistante sociale m'a dit que tu dois faire trois entretiens, un avec la famille responsable, un avec l'assistante sociale de Maison Lazare et un avec le responsable de colloque Lazare. J'ai fait les trois entretiens. Je connais la famille responsable qui était très sympa. très agréable et m'accueille très très bien. Aussi, l'assistance sociale, c'était très agréable avec moi et le responsable de colloque, c'était très très bienveillante avec moi.
- Speaker #0
C'était toi qui triais ? Non, c'était pas moi.
- Speaker #1
Non. Je me sentais très très bien et je priais en fait que je peux arriver un jour dans la maison Lazare. J'attends. parce que la famille responsable m'a dit que nous avons une réponse pour toi cette semaine. Dans ce temps-là, je continue d'être hospitalisée. Après trois jours, j'ai reçu un appel et la famille responsable m'a dit que tu es bienvenue chez nous. Et j'étais très, très heureuse. Elle a envoyé le responsable d'écologue venir avec voiture pour me prendre avec la valise dans l'hôpital. Et ça, c'était un très, très bon signe pour moi. Et j'arrivais dans la maison Lazare.
- Speaker #3
Ce qui est très beau, c'est que le lendemain de l'arrivée de Marie, je lui propose de faire un peu un tour de quartier pour lui montrer les environs. on se connaît pas encore, enfin je dis c'est ma nouvelle coloc elle vient d'arriver, bon je suis sympa, je monte le quartier mais voilà, et Marie me dit mais assez solennellement, ici ma nouvelle vie commence et je comprends que c'est une phrase importante mais je sais pas exactement ce qu'elle veut dire, en fait j'ignorais tout de son parcours je savais pas que ça faisait 3 ans qu'en fait elle était hospitalisée incapable de marcher, qu'elle avait vécu la rue, des violences conjugales et en fait cette phrase était hyper forte et maintenant ça fait un an et demi je crois, un an et demi qu'on est coloc Et en fait, maintenant que je recule, cette phrase, elle était folle et elle était très visionnaire parce qu'effectivement, sa nouvelle vie a complètement commencé à Lazare.
- Speaker #0
À ce moment-là. Alors justement, toi, Kitri, est-ce que tu peux nous raconter aussi un petit peu ton parcours de jeune femme, jeune active ? Et qu'est-ce qui t'a amenée à l'association Lazare ? Comment est-ce que tu en as entendu parler ? C'était le déclic finalement pour rejoindre une colocation.
- Speaker #3
Moi j'en ai entendu parler par une amie qui faisait partie de la colocation. Et en fait je trouvais ça assez intriguant, c'est marrant cette coloc intergénérationnelle où elle me parlait de ses colocs, elle me parlait de Daniel, de Michel. Ok, c'est incroyable avec les prénoms, c'est très parlant quoi. Et du coup il y avait quelque chose qui m'attirait beaucoup à la fois dans le côté intergénérationnel. J'étais curieuse pendant un show, c'était une vie qui avait l'air un peu à m'expliquer tout ce qui se passait à la coloc. Il y avait plein de rebondissements, c'est un peu l'aventure tous les jours avec les colocs, donc ça, ça m'intriguait beaucoup. Et puis il y avait quelque chose aussi d'un peu plus profond, où je trouvais que c'était... Lazare, on est complètement à l'encontre de ce qu'on a l'habitude dans la société, où tout est très cloisonné, où les personnes âgées sont entre elles, les personnes handicapées aussi, et les personnes à la rue, pareil, on les invisibilise. complètement et du coup on ne sait pas ce qu'elles ont à dire on fait en sorte de ne pas les voir aussi parce que je pense qu'en tant qu'être humain on se sent très impuissant en fait comme disait Gracien face à cette souffrance et du coup le mécanisme de défense le plus simple c'est de se camoufler de faire comme si ça n'existait pas sauf qu'en fait ce n'est pas réaliste que la souffrance dans tous les cas elle existe, par contre ce qui est réaliste c'est d'apprendre à y faire face et d'y faire face ensemble Et du coup, je trouvais ça beau ce que proposait Lazare, de faire face ensemble à la souffrance. Alors parfois, ça permet de trouver des solutions. On a déjà vécu ça plusieurs fois à la coloc et c'est très beau. Et parfois, il n'y a pas de solution, mais juste on est ensemble et en fait, ça change vraiment tout.
- Speaker #0
Il y a des trucs particuliers qui te viennent à l'esprit ?
- Speaker #3
Il y en a plein, mais une de nos colocs notamment, qui avait des gros problèmes d'addiction à l'alcool. Ça a été compliqué pendant... pendant un an, elle a lutté contre ça elle était à la coloc et en fait parfois on allait la chercher dans des états un peu dramatiques parce qu'elle s'était nous appelée et ça allait pas du tout, elle s'est dit s'il vous plaît venez me chercher et on allait la chercher et en fait effectivement il n'y avait rien qu'à aller, on la retrouvait dans la rue elle avait beaucoup trop bu, elle était trempée c'était hyper dur et donc on la met dans la voiture en pleine nuit à Rennes Et là, elle nous dit, les filles, s'il vous plaît, mettez du Jean-Jacques Goldman à fond. Et du coup, on ouvre les fenêtres, on balance du Jean-Jacques Goldman à fond dans la voiture. Et c'était fou parce qu'en fait, la situation, telle qu'elle, elle était hyper dure. Il y avait plein de souffrances. On voyait bien que notre coloc, elle n'allait pas bien, que c'était hyper dur. Mais en fait, on n'était qu'entre filles, dans la voiture, en train de chanter du Jean-Jacques Goldman à fond. Et à la fois, ça ne change rien. Et en fait, ça change quand même tout. Et rien que dans le regard de notre coloc, on a bien vu qu'il y a quand même un lien d'amour et de confiance qui se créait, qui changeait tout à cette situation.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu un moment de doute, parfois, justement, dans ce genre de situation, de te dire, mais en fait, c'est trop gros pour moi, la responsabilité, je n'ai pas été formée, justement, pour prendre en charge des addictions, ou pour, je ne sais pas, je n'y connais rien, c'est trop pour mes épaules, en fait, je n'ai rien à faire là, je ne sais pas, est-ce que c'est des choses que tu as pu te dire, parfois ?
- Speaker #3
Oui, souvent. Oui, c'est dur, en fait, on est jeune, on n'y connaît rien, oui. c'est dur, surtout le problème des addictions c'est un problème hyper impuissant et en même temps c'est pas parce qu'on est impuissant qu'il faut partir c'est aussi humble je suis humaine, j'ai 23 ans et même en étant plus âgée face à l'addiction je suis rien je peux rien faire, mais par contre je serai là et on va lutter contre la chose ensemble notre force c'est vraiment d'être ensemble et il y a quelque chose de... En tout cas, il y a quelque chose qui se joue vraiment entre femmes dans cette colloque où tant qu'on reste unies, c'est là où ça marche.
- Speaker #0
J'imagine que ça te va demander quand même une grosse capacité d'adaptation, de passer de la rue où on est sans cesse sur le qui-vive, où on ne peut pas faire confiance, comme ce que vous disiez Marie, et à une colocation où les relations humaines sont très... Très proche, très intime, c'est complètement chamboulé. Comment est-ce qu'on passe de l'un à l'autre finalement ?
- Speaker #1
Pour moi, l'adaptation, la capacité d'adaptation, c'est d'accepter les autres comme ils sont, avec son qualité et avec son effort. On ne peut pas souffrir pour les autres, mais accepter avec humanité et bonne humeur. Ça, c'est dans le hasard que j'ai appris. Avant, je n'étais pas dans cette ambiance de jamais vivre avec cette femme, mais maintenant que j'ai essayé cette épreuve, je suis capable de vivre et être plus flexible.
- Speaker #0
C'est beau parce que c'est ce que je retiens de ce message, vous le dites tous les trois, c'est vraiment pas de jugement, s'adapter aux autres sans filtre, tel qu'ils sont. Tel qu'ils sont,
- Speaker #1
avec son qualité, avec son effort.
- Speaker #0
Oui, c'est très beau. Et toi, Akitri, est-ce que ça t'a demandé des efforts d'adaptation, de travailler sur toi, d'intégrer cette colloque ?
- Speaker #3
Oui, j'ai appris plein de choses pendant cette colloque. J'ai appris à écouter du Jean-Jacques Goldman, je ne sais pas ça avant. Oui, ça m'a beaucoup appris. Ce que je trouve très beau, c'est que je suis à un âge où j'apprends à me construire en tant que femme. Et en fait, là, j'ai l'opportunité qui est assez dingue de me construire avec des femmes comme Marie, qui sont d'une résilience incroyable, mais aussi mes autres colocataires. Vraiment, c'est des femmes, on le sent, elles ont une force en elles qui est hyper belle et qui, du coup, m'aident beaucoup à me construire.
- Speaker #0
C'est un exemple, en fait, pour toi.
- Speaker #3
Ah ouais, je suis avec des femmes hyper inspirantes au quotidien. Quand je m'en mêle le matin, je vais au petit-déj, et ce n'est pas hyper inspirante, j'ai trop de chance.
- Speaker #0
On relativise ces problèmes quand on voit ce qu'elles ont traversé.
- Speaker #3
Ouais, beaucoup, oui.
- Speaker #0
Et de toute façon, je pense que dans la vie de tous les jours, on a toujours besoin d'avoir une certaine capacité d'adaptation, mais c'est vrai qu'en colocation, j'imagine encore plus. Qu'est-ce que la coloc a changé pour vous deux au quotidien sur le plan personnel ? On a compris ce côté un peu de ne plus juger, accepter les autres tels qu'ils sont. Est-ce qu'il y a d'autres choses qui ont changé dans votre quotidien ?
- Speaker #1
Je pense que vivre en colocation Lazare, ça veut dire favoriser la convivialité et créer le lien social. le chose que tu as en rire sont un registre enrichissante dans le plan personnel. Vivre dans le colloque Lazare, ça veut dire aussi flexibilité, solidarité, support dans le plan émotionnel. Je pense que les gens de la rue ont très besoin pour ça. J'ai compris ça juste vivre dans le colloque Lazare.
- Speaker #0
Et toi, Kitri ?
- Speaker #3
Moi, Je pense qu'avant, j'étais beaucoup aussi dans le contrôle, dans l'organisation de ma vie. Tout était bien organisé, contrôlé. À l'intérieur, j'ai compris que ça ne pourrait plus être possible. Parce qu'on est dans une maison, on vit à 19, donc il y a toujours des propositions à droite, à gauche, des situations d'un coup à gérer qu'on n'avait pas prévues. Et du coup, ça m'a appris en certains lâcher prise.
- Speaker #0
Quand tu dis 19, parce que j'avais compris qu'il y avait 7 colocs.
- Speaker #3
Alors, on est 8 chez les femmes, 8 chez les hommes, plus 3 studios.
- Speaker #0
D'accord, donc c'est deux maisons séparées, une homme et une femme ? Non,
- Speaker #3
on est dans une grande maison et au premier étage, il y a les hommes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #3
Et au deuxième étage, il y a les femmes.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, il y a des moments où c'est des dîners conviviaux, il y a tout le monde. Oui,
- Speaker #3
il y a pas mal de... Entre les filles et les gars, on fait pas mal de trucs ensemble. On a aussi notre intimité dans notre appartement, mais en fait, on a une grande salle commune en bas avec une cuisine et un salon et du coup, on peut faire des... Et on a un jardin en commun. Donc, ça permet de se réunir. C'est assez sympa. Et du coup, ça m'a permis un certain lâcher prise. Et puis, je pense que c'est chouette parce que je repars un peu avec... Là, depuis que ça fait un an et demi que je suis à Lazare, j'ai eu le temps d'avoir pas mal de colloques. Et je vois bien qu'à chaque fois, chaque colloque qui passe, en fait, nous apporte quelque chose. Et très concrètement, tout à l'heure avec Marie, on a eu un problème de train. C'est le genre de truc qui peut vite me stresser. Mais lui, c'est le calme incarné, l'apaisement. Et en fait, c'est trop bien ce que je disais de s'entraîner. C'est trop bien parce que dès que je suis avec toi,
- Speaker #0
tout va bien.
- Speaker #3
Tout cool, c'est OK. On relativise. J'ai d'autres colocs qui sont toutes extraordinaires. Elles m'apportent toutes quelque chose.
- Speaker #0
Et au quotidien, c'est quoi les règles dans la coloc des femmes ? Alors, qu'est-ce qu'on vous a dit, Marie, quand vous êtes arrivée ? Alors, il faut faire comme ci, comme ça. Je ne sais pas. Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Quand j'arrivais pour la première fois dans le... Quand j'arrivais pour la première fois dans le colloque Lazare, c'était vendredi et c'était le dîner de maison. Hommes et femmes faisaient un dîner ensemble. Je ne savais pas ça. C'était le responsable de colloque qui m'a expliqué que chaque vendredi, nous avions un dîner de colloque. Et nous dînions ensemble, discutions ensemble. J'arrivais en bas avec le responsable de colloque et c'était une ambiance très, très familière. une grande table avec des choses pour manger. C'était le responsable de colloque qui m'a présenté tous les hommes de Maison Lazare et les femmes aussi que j'ai connues. Après, nous sommes allés pour manger et discuter ensemble. J'étais à côté de Kitri. Nous avons parlé ensemble et mangé ensemble. Le lendemain, c'était samedi et un colloque m'a dit que nous avons un plan de partager les tâches ménagères. J'étais dans ce plan et c'était écrit « commun » . J'ai lui dit « ça veut dire quoi commune ? » parce que je ne connais pas ça. Elle m'a expliqué que tu dois s'occuper, nettoyer l'escalier de Maison Lazare et le couloir parce que chacun de nous a une tâche ménagère et nous partager ça tous ensemble. Je me sentis très vivant. Je me sentais très utile, intégrée dans le premier jour d'une tâche ménagère. J'étais vraiment très heureuse. Le lendemain, c'était dimanche, nous sommes allés avec Kytri et Elisabeth à notre colloque dans la messe. Et après, c'était Elisabeth qui a préparé un déjeuner où nous déjeunions ensemble. C'était très bien, je me sentais très bienvenue et très bien entre elles.
- Speaker #0
Super. Et après, du coup, la semaine, il y en a qui partent travailler ?
- Speaker #3
Oui, c'est ça. Les jeunes actifs, il y en a qui travaillent, il y en a d'autres qui sont au chômage, il y a un peu tout. Et dans les personnes qui viennent de la rue, pareil. Et sinon, ce qu'on demande, en fait, c'est qu'il y ait un dîner par semaine, du coup, obligatoire en colloque pour qu'on se voit, pas que ce soit un peu des va-et-vient dans la maison. Et voilà, respecter les tâches ménagères, comme disait Elda. Et voilà, en gros.
- Speaker #0
En fait, assez simple, finalement, des règles assez...
- Speaker #3
Oui, comme colloque normale. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Comment dire ? Des règles assez classiques de vivre ensemble.
- Speaker #3
C'est ça, oui. Mais c'est juste qu'on se rend compte que plus... L'idée, c'est quand même de passer du temps à la maison parce que plus on passe du temps avec l'écologue, c'est ça aussi les fruits qu'on récolte à hasard.
- Speaker #0
Peut-être une dernière question pour vous deux. Qu'est-ce que cette expérience vous a fait voir et vous fait voir autrement chez les autres ?
- Speaker #1
Cette expérience, pour moi, c'est exceptionnel parce qu'on m'a appris à accepter les autres, donner les autres support émotionnel. Être solidaire avec les autres dans chaque situation. Parce que nous avions un colloque qui avait une addiction, par exemple l'alcoolisme, chez nous. Et quand il est arrivé, on fait prête sa chambre, on fait douche parce qu'il ne peut pas. Elle était dans cette situation-là, quand elle ne peut pas faire la douche. Un autre préparait un plat chaud. En outre, mettre son vêtement dans la machine à laver, c'était tout en solidarité pour qu'elle se réveillait très tôt et se sentisse dans sa famille, en fait. Ça, c'était une grande solidarité que j'ai vécue dans la maison Lazare et j'ai participé avec mes collègues. Et ça m'a changé beaucoup. J'ai appris à être plus flexible dans tous les plans. Et partager le tâche ménagère aussi, c'est un autre...
- Speaker #0
Tout ça, ça donne du sens en fait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et toi qui traînes ? La fin. La fin.
- Speaker #3
Je pense que j'ai appris à aimer vraiment à l'hasard. Les défauts et tout des colloques.
- Speaker #0
Aimer l'humain.
- Speaker #3
Ouais, voilà. Aimer l'humain. C'est le mot de la fin.
- Speaker #0
Peut-être un dernier mot de la fin pour Gratien. Comment est-ce qu'on peut vous aider à l'association Lazare quand on est une entreprise ou quand on est une personne qui a envie de s'investir ? Quelles sont toutes les manières de vous aider ?
- Speaker #2
Il y a plein de manières de nous aider, que ce soit dans nos maisons existantes. On est en permanence en train de chercher des nouvelles familles. Trois ans, ça revient finalement vite. En ce moment, on cherche des familles à Nancy, à Lille, à Vaumoise. par exemple et au Mans. Toutes nos maisons ont besoin en permanence d'amis, de solidarité, de bénévoles qui vont venir s'investir. Quel que soit son talent, il y a quelque chose à apporter. On est bricoleur pour devenir référent technique. On veut venir au repas de l'amitié une fois par mois. On peut arriver une ou deux heures avant pour cuisiner avec les colocs et préparer un bon plat chaud pour ceux qui viendront ce jour-là. On veut venir bricoler, repeindre, jardiner. Il y a des chantiers solidaires, etc. Donc ça peut s'appliquer à des individuels, mais ça peut aussi s'appliquer à des entreprises qui, au-delà de leur soutien financier, veulent aussi fédérer et faire vivre cette rencontre. Après, dans nos maisons internationales, on a des besoins, aujourd'hui, je pense notamment à la Suisse et au Mexique, de consolider nos conseils d'administration. Donc là, c'est aussi une manière très concrète de s'engager. On a besoin aussi, autour de nos familles, on constitue ce qu'on appelle des... des conseils des sages, donc des gens qui vont avoir une expertise dans l'insertion professionnelle, dans la dimension psy ou autre, de venir un peu constituer un conseil des sages, comme ce nom le dit, pour venir éclairer la décision des familles. Donc ça c'est d'un point de vue très humain, il y a encore plein d'autres manières. D'un point de vue ensuite plus matériel, on a des besoins financiers, qui peuvent se traduire par du don financier, mais aussi du don de... produits ou de matériaux, ce qu'on appelle du mécénat en nature, qui peut se traduire aussi par faire la gratuité de services, donc du mécénat de compétences, donner ses compétences d'avocat, d'architecte, autant de compétences qu'on peut avoir au service du développement d'un projet. Évidemment, le financier est une réalité. On a besoin de lever à l'hasard 4,5 millions par an. Ça dit l'ampleur si on veut continuer, en tout cas dans cette dynamique de développement dans laquelle nous sommes aujourd'hui. L'ampleur de notre besoin, voilà, et pareil aujourd'hui, un vrai besoin de nous aider à structurer même financièrement nos maisons de Suisse, de Mexique, d'Espagne et de Belgique. Et après, il y a aussi un moyen très concret. On est en train d'ouvrir au Mans, on est en train d'ouvrir à Grenoble. Donc on a besoin aussi de gens qui vont nous ouvrir des portes, qui vont vouloir nous aider dans la levée de fonds en local. On tient. à ce qu'affédérer les acteurs locaux dans notamment cette dimension mécénat, parce que c'est des gens qui du coup assez facilement pourront envoyer leurs collaborateurs venir partager un repas, venir vivre un moment. Pour nous, la transaction financière est évidemment indispensable, mais ce qu'on veut travailler avec chacun de nos partenaires, c'est cette rencontre qui est au cœur du projet associatif, qu'elle se vive aussi. avec leurs collaborateurs, avec leurs clients. Autant de manières. On cherche de l'immobilier à Strasbourg. On cherche de l'immobilier à Londres. On est en train de mener une étude projet au Québec, à Montréal. Autant de multiplicité dans les soutiens que vous pouvez nous apporter.
- Speaker #0
Il y a aussi le Vendée Globe avec Tanguy.
- Speaker #2
Oui, absolument. Alors, le Vendée Globe, c'était le précédent projet. Aujourd'hui, c'est un projet avec un nouveau bateau qui a un trimaran qui s'appelle un Ocean 50. En fait, ce bateau, on l'a réalisé avec l'expérience de ces trois années du Vendée Globe avec un ambassadeur assez incroyable, Kaite Tanguy, le Turquet, qui est maintenant secondé par Erwan Edraoulek, son co-skipper. En fait, ce bateau, c'est vraiment un outil de communication incroyable au service de tout ce que je vous ai dit. On se rend compte que le nombre de familles qui deviennent familles restreintes, qui ont connu l'ASA grâce à ce bateau, le nombre de bénévoles, le nombre de mécènes qui viennent à l'ASA, c'est grâce à ce bateau. Donc ce bateau pour nous, c'est vraiment le fer de lance de notre communication pour lever des fonds et pour recruter, qui sont nos deux besoins permanents. Alors recruter des familles, recruter des jeunes actifs, on a de la... La place évidemment de nos maisons et on imagine que souvent l'été c'est la période un peu de décision où les jeunes peuvent dire tiens j'arrête mon engagement à Lazare. Donc toutes les rentrées de septembre on a besoin de jeunes pour venir prendre la suite dans cette vie de coloc. Et ce bateau répond à ce dernier engagement que se donne Lazare, que celui de participer à notre humble échelle au changement de regard sur le monde de la rue. Aujourd'hui, j'espère que ce beau témoignage de Marie et de Kitri font que demain, peut-être, ceux qui nous écoutent aujourd'hui auront envie de, peut-être pas de s'engager à l'hasard, mais de rentrer dans une vraie relation belle, profonde, avec cette personne qu'elle côtoie, qui est seule, qui est à la rue, et apporter, là où il est, quelque chose. Ce sera déjà une grande victoire. Donc voilà, ce bateau, c'est aussi cette vitrine. qu'il y a de belles choses à découvrir et que le monde de la rue a quelque chose à nous apporter à chacun et à apporter à la société.
- Speaker #0
Merci, Gracien. Merci à tous les trois pour ce beau témoignage. Vous l'aurez compris, si vous êtes une entreprise ou même à titre personnel et que vous souhaitez vous engager pour les autres, n'hésitez pas. Peut-être que l'association Lazare est faite pour vous. C'est ainsi que s'achève cet épisode de Dans l'œil de la cyber avec l'association caritative Lazare. dans le cadre du Podcaston 2026. S'il vous a plu, n'hésitez pas à vous rendre sur www.podcaston.org pour découvrir des milliers d'autres associations à travers la voix et le talent de super podcasteurs et podcasteuses. Pour ma part, j'ai adoré pouvoir échanger avec vous, trois, Gracien, Marie et Kitri, sur cette aventure incroyable que sont les colloques Lazare, que vos sourires continuent de rayonner au fil des rencontres et qu'ils portent bien au-delà de ces colloques l'esprit de fraternité et d'espérance Merci. qui anime l'association Lazare. Pour ma part, vous pourrez me retrouver comme d'habitude à travers le podcast Dans l'œil de la cyber sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts et toutes les plateformes d'écoute et sur mon LinkedIn Anne-Laure Delarivière. À très bientôt !