- Speaker #0
Aujourd'hui, nous sommes dans le 18e arrondissement de Paris, il est 20h au moment de l'enregistrement de cet épisode et il pleut dehors. Nous sommes reçus chez la photographe Sonia Sieff, qui nous ouvre pour l'occasion les portes de sa maison. J'ai choisi cette fois-ci de présenter l'artiste en début d'interview, j'étais d'ailleurs un peu émue en lui lisant mon texte, puisqu'il s'agit de la première femme photographe de l'histoire de mon podcast. Dans cet épisode, nous revenons sur un parcours guidé par l'instinct, où les choix semblent avoir été dictés davantage par le goût de l'aventure que par la peur. Parlons de ce que signifie construire sa propre identité lorsque l'on hérite d'un nom, de créativité, de l'importance de créer ses propres projets plutôt que d'attendre qu'on le choisisse, mais aussi de maternité, de liberté et de cet équilibre toujours fragile entre le travail de commande et les projets personnels. C'est un épisode sans filtre, plein d'optimisme, à l'image d'une artiste qui a déjà 25 ans de carrière. Je suis Roxane Moreau et vous écoutez l'épisode 10 de Dans le Bain. Très bonne écoute. Alors, aujourd'hui est un jour un peu particulier pour l'histoire du podcast Dans le bain puisque je reçois, ou plutôt nous sommes reçus chez elle, la première femme photographe du podcast, Sonia Sieff.
- Speaker #1
Il était temps !
- Speaker #0
Il était temps, dixième épisode, ça y est quoi, il n'est pas trop tôt. Je suis très heureuse que tu sois la première artiste que j'interview parce que tu incarnes pour moi la femme libre et accomplie et surtout tu ne sembles pas avoir fait de compromis entre ta vie d'artiste et ta vie de femme, entre grands guillemets. Tu nous en parleras. Pour la première fois depuis longtemps, j'ai eu le sentiment de pouvoir m'identifier à une femme photographe. Les personnes qui nous écoutent s'en rendront sans doute compte au fil de l'épisode. Tu sembles habiter pleinement ce que tu fais, ce que tu vis. Ton caractère entier et passionné s'entend à travers ta voix. Tu as aujourd'hui une vingtaine d'années de carrière derrière toi. Dans cet épisode, nous allons revenir sur ton parcours, sur comment tu as construit et maintenu ta place dans ce métier et comment tu t'es progressivement ouverte à d'autres formes de création jusqu'à devenir scénariste et réalisatrice. Nous parlerons aussi de ce que ça signifie d'être à la fois mère et photographe. Je dis à la fois parce que tout au long de mon parcours d'assistante lumière et de photographe, j'ai souvent eu des remarques comme quoi il fallait choisir entre une carrière et une famille. On évoquera également tes livres ainsi que ce que ça représente d'avoir grandi avec un père qui est photographe, ce qui se transmet, ce dont on hérite et la manière dont on trouve sa propre voix. Pour te présenter rapidement, ton histoire avec la photo commence tôt. à 17 ans, après ce que tu décris comme une sorte de convocation, de testament de ton père, Jean Loussief, qui, en regardant une de tes planches contacts rapportées d'un voyage, te dit que tu es faite pour ça. Tu passes par des études de lettres avant de choisir la photographie. Tu deviens reporter, photographe de plateau, portraitiste, photographe de mode, et tu publies trois livres, Oran, Les Françaises, et plus récemment, Rendez-vous, consacré aux nus masculins. Pour commencer, Sonia Sieff, comment est-ce que tu te présentes aux personnes qui ne te connaissent pas ?
- Speaker #1
Wow ! Merci pour cette belle présentation comment je me présente comme un être effectivement passionné, curieux et en exploration constante et en mouvement c'est à dire je pense que l'art et le fait d'être artiste n'est pas quelque chose de figé et qu'on a le droit de se réinventer il est nécessaire d'ailleurs d'explorer d'autres Formes de création, d'autres rencontres, de changer d'univers, d'atmosphère, de voyager et d'aller à la rencontre de nouvelles versions de nous-mêmes.
- Speaker #0
Est-ce que tu as toujours eu envie d'être photographe ?
- Speaker #1
Oui, en tout cas vers 17 ans j'ai eu cette convocation dont tu parles. C'est très juste, j'avais cette passion de la voile. Donc initialement je me serais bien vue navigatrice, qui est une de mes autres passions et qu'hélas je ne pratique plus suffisamment. Mais je sais que le jour où ça va me repiquer, il est probable que je ne revienne pas de sitôt.
- Speaker #0
Et donc, ton parcours dans la photographie, ça se passe comment déjà ? Donc, tu as fait des études de lettres que tu n'as pas poursuivies. Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que ça ne te plaisait pas forcément ? Ou est-ce que la photographie t'a attiré un peu plus ?
- Speaker #1
En fait, il me paraissait assez difficile après le bac, quand tu viens de passer X années coincée dans un bahut avec des horaires fixes, assise sur une table, de continuer à être étudiant. Moi, je n'avais pas du tout cette vocation. ni cette patience et l'appel de la vie. Justement, j'ai eu une rencontre amoureuse, je suis sortie avec un écrivain, c'est devenu mon premier amour. Il écrivait, je faisais de la photo. Pour moi, l'association Écriture-Images, c'est la plus belle, artistiquement, j'entends. Et donc, j'ai eu très rapidement le besoin. Et puis, j'étais happée. En fait, on a monté des projets, on a monté des journaux. J'ai travaillé pour un journal qui s'appelait le journal du Polar. Puis un journal consacré au théâtre, et puis surtout c'est le journal du Polar qui m'a amenée à... à ne plus être aussi assidue par les études. Et il faut savoir que j'avais eu aussi la très mauvaise idée de choisir des études à Nanterre, qui étaient clairement sordides. Je prenais un RER, c'était triste. Et je ne me voyais pas, je n'étais pas la sorbonne. J'ai fait cette erreur-là, qui m'a vite enclenchée en fait vers la vie active.
- Speaker #0
Et tu penses que tu aurais continué tes études de lettres si tu avais été dans une école un peu plus charmante ?
- Speaker #1
Je voulais faire Hippocagne. Je pouvais le faire. Je m'étais vraiment... Concentrée, et puis j'étais très bonne en lettres et tout, donc c'était vraiment mon domaine. J'aurais pu faire aussi Sciences Po. Le côté géopolitique me passionne, et me passionnait, et me passionne encore. Après, en réalité, les études, je comprends qu'on les reprenne plus tard. Moi, j'ai toujours pensé que les écoles, que ce soit artistiques et même les études globales, moi, je serais ravie de reprendre un cursus aujourd'hui. Même, ça fait déjà une dizaine d'années que je me pose la question, alors j'ai... Je ne me l'autorise pas pour plein de raisons, mais sincèrement, je le conçois mieux que quand tu viens de sortir, tu as 17 ans, tu n'as qu'une envie, c'est de te barrer, de faire des rencontres et de partir. Toi, tu l'as fait, tu es partie à New York, tu as envie d'explorer.
- Speaker #0
Oui, carrément. Puis pour le coup, j'ai commencé à travailler tout de suite. Moi aussi,
- Speaker #1
je voulais être indépendante financièrement. J'ai commencé à bosser très jeune, mais pour des boulots alimentaires à la con, genre j'étais dans un restaurant, mais qui était très bien, j'étais ravie de le faire. Et pour moi, c'était très important qu'on ne me file pas de fric, en fait. Je suis faite comme ça. Je ne demande pas d'aide. J'ai toujours été autonome, indépendante, fière. Ça fait partie de mon caractère. Pour que je dise que ça ne va pas ou que je peux l'exprimer. Mais je ne voulais pas avoir de soutien, d'être assistée. Pour moi, c'était inadmissible. Il y avait ce truc où tu dois gagner ton argent, être indépendante, autonome, ne rien devoir à personne. Et c'est ce que j'ai fait jusqu'à aujourd'hui, avec les difficultés que ça requiert aussi.
- Speaker #0
Est-ce que tu as eu des moments où tu t'es trouvée que c'était plus simple que d'autres dans ta carrière ?
- Speaker #1
J'ai essayé d'avoir plusieurs métamorphoses photographiques. C'est-à-dire la première, j'étais effectivement photographe de voyage. Là, je partais sur des paquebots. J'ai commencé à 17 ans. En fait, ça fait presque 30 ans que je travaille. Ça fait flipper. T'as commencé jeune ? J'ai commencé jeune et puis je pense que je suis jeune dans mon petit cerveau, donc j'espère que ça contrebalance. Donc j'ai commencé, j'étais sur des paquebots, là j'ai fait beaucoup de voyages. D'ailleurs, il y a cette photographe, tu vois, je pensais à des références, Eugénia Kragnoti, je crois, qui est grecque et qui a fait tout un travail justement sur les paquebots. Je sens qu'elle est en exploration, alors après son travail est très coloré, très saturé, mais il y a un joli travail.
- Speaker #0
Et ça, en tant que femme, de partir sur un bateau, c'était combien ? C'était pendant des semaines, des mois ? L'expérience, ça fait un peu peur, je trouve, pour le coup, de dire que tu pars...
- Speaker #1
Il faut compter sur la chance de l'équipage. Moi, je suis partie pour faire du reportage. J'étais encore une fois, à cette époque, accompagnée par un écrivain, et c'était pour un support. J'étais au Groenland, j'étais à Hammerfest, j'étais partout dans les pays du Nord, jusqu'à toucher et atteindre le Groenland. C'était assez étonnant parce que... Parce qu'il y avait un équipage qui sortait justement de la guerre serbo-croate. Et donc, ils sortaient de la guerre. Ils étaient très, très... Je ne sais pas, il y avait quelque chose de très brisé. En même temps, on a eu des conversations incroyables. Et j'étais la seule nana. Je n'ai eu aucun problème. Pourtant, l'équipage était costaud. Il devait y avoir, je ne sais pas, 80 mecs.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Et j'étais aussi protégée par mon pote écrivain très... subtil et très joyeux et avec lequel on vivait plein de choses. Et en même temps, on vivait des tempêtes pas possibles sur ce paquebot. Et en même temps, mon père était en train de mourir. Et donc, j'étais rapatriée à un moment donné. Enfin, je me suis rapatriée. C'est-à-dire que j'avais oublié que mon père était en train de mourir. Je suis partie un peu pour ça. J'ai accepté un voyage un peu long pour échapper à la vision de sa maladie. Parce qu'en fait, je l'accompagnais depuis des mois et je supportais pas de voir la fin. Donc il m'a envoyé un petit fax et il m'a demandé de revenir. Donc j'ai pris un vol de je ne sais plus quelle capitale nordique pour assister à ces dernières semaines.
- Speaker #0
Et tu as quel âge à ce moment-là ?
- Speaker #1
J'ai 19 ans, presque 20.
- Speaker #0
Ah oui, super jeune. Et alors pour en revenir justement à cet héritage, comment est-ce que tu as réussi ? Déjà, est-ce que tu as senti que tu avais une sorte de pression de résultat dans ton travail du fait d'avoir un père qui soit reconnu pour le même métier que toi ? Et comment est-ce que, si c'est le cas, comment tu as réussi à t'émanciper, à trouver ta propre voie ?
- Speaker #1
En fait, symboliquement, on dit tuer le père. J'ai fait une grosse analyse. Alors au début, j'ai plutôt trouvé que les gens étaient vaches, étaient méchants, étaient cruels. Et je pense qu'ils l'ont été très longtemps. Encore une fois, je ne suis pas à l'abri qu'il continue à l'être, parce que les gens sont globalement méchants, envieux et bourrés d'amertume, malheureusement. Alors après, il y a des gens formidables. Mais bon, je pense que j'ai un peu, au contraire, en fait, pas bénéficié de... En plus, il était mort, après, il est mort très jeune. Donc en fait, je n'ai pas eu son soutien, genre je t'offre mon carnet d'adresse à ma fille, comme pourrait avoir, j'imagine, la fille de Sorrenti ou tu vois. Ou de Marshal Hill, son fils, ou de Peter Lindbergh quand il était vivant. Tu vois, je n'ai pas eu cette espèce d'accompagnement. J'ai tout de suite été confrontée à un truc genre curiosité et puis difficulté. Et puis j'ai aussi tout de suite choisi une autre voie. Je suis devenue photographe de plateau à sa mort pendant 3-4 ans. Et là, j'ai appris, mais j'avais Annie Lebovitch en tête. Clairement, on ne va pas se leurrer.
- Speaker #0
Tu voulais être Annie Lebovitch, tu voulais avoir une carrière comme elle ?
- Speaker #1
En fait, il y a plusieurs choses que je trouve admirables chez elle. Alors, j'aime pas trop ce qu'elle est devenue malheureusement avec Vanity Fair, les shootings et la mise en scène que je trouve un peu lourde, américaine et moins intéressante. En revanche, j'ai redécouvert son travail à Arles, chez Maya Hoffman, et il y a une exposition qui était démente, où elle a photographié toutes les personnes de sa génération au volant, en voiture, et là, elle est démente. Et puis, c'est une nana, moi, je me rappelle très bien d'un documentaire que j'avais vu d'elle, où elle avait ses deux gosses dans les poussettes pendant qu'elle était en train de scotcher une expo et de regarder un peu comment elle allait accompagner ou une expo ou un livre. Et je me suis dit, ça, c'est ma vie. Ma vie familiale, ma vie privée et en même temps...
- Speaker #0
ma vie pro que je lâcherai jamais en fait et puis il y a aussi ce lien à l'écriture avec Susan Sontag aussi dans l'échange exactement et puis elle a été admirable et ça reste une nana qui a fait des super trucs complètement, toutes ses premières années sont incroyables, enfin même le tout début où elle est en école d'art en Californie elle est extrêmement douée,
- Speaker #1
le seul truc c'est que c'est toujours le problème souvent et il est assez américain ce problème, c'est quand tu deviens un photographe business quand tu dois gagner de l'argent tu deviens mauvais hum Je ne connais pas de photographe qui arrive à rester incroyable alors qu'il a trop de charges ou qu'il commence à s'acheter des villas avec des piscines. Il faut arrêter en fait, il faut vivre simplement. Moi, c'est ma théorie encore une fois. Moi, je dis voilà, ma caisse, elle a 28 ans. Ma maison, en revanche, c'est mon bonheur. C'est cette maison avec ce jardin. Mais c'est une demi-maison. Je l'aime d'amour. Mais elle n'est pas hors sol. Et le reste, je m'en fous. Mais je veux avoir une jolie vie, mais je n'ai pas besoin de commencer à ouvrir un studio. Les Américains, ils ouvrent des studios, les Australiens, les Anglais. Et donc, ils deviennent fous.
- Speaker #0
Après, c'est le gouffre.
- Speaker #1
Ils doivent avoir des espèces, tu connais le truc par cœur. Ils doivent avoir des équipes. Ils gèrent de la comptabilité. Et puis,
- Speaker #0
tu as des loyers énormes à payer, tout ce qui va avec.
- Speaker #1
Mon père, c'est pour ça qu'il a quitté les États-Unis après son périple américain. Parce qu'il a dit, je ne veux pas devenir un moneymaker. Et puis, la liberté, c'est justement... Et puis déjà, j'ai l'impression que je suis déjà trop coincée. Dans le sens où le fait d'avoir des enfants, ça m'empêche de voyager. Ça fait 12 ans que j'ai complètement ralenti. Bon, maintenant, je me réautorise. Mais pour moi, je ne peux pas être photographe et être en Afrique 6 mois de l'année. Ce n'est pas possible.
- Speaker #0
Et ça, j'aimerais beaucoup que tu nous décrives un peu ta carrière, comment ça s'est dessiné. reparler du fait de devenir mère, est-ce que t'as dû renoncer à des choses ou est-ce que tu t'es dit... Est-ce que t'as réfléchi avant d'avoir des enfants, justement ?
- Speaker #1
Ah non, j'ai réfléchi jamais. C'est un peu mon problème. Maintenant, je réfléchis plus tard.
- Speaker #0
Ok, bon.
- Speaker #1
Je commence par ressentir les choses, après je les fais. Si je réfléchis... Si j'avais réfléchi, j'aurais rien fait. Je pense qu'il y a surtout... Pour moi, c'était évident quand j'entends la génération, juste même la tienne... J'ai parlé encore avec une nana l'autre soir qui me disait qu'elle n'était pas obligée d'en faire. Je lui dis, ben t'es absolument pas obligée de te reproduire, clairement, on va pas se mentir. Et puis surtout l'horloge biologique, elle te titille. Au début, je sais pas, moi c'était vers la trentaine. Et puis après, je comprends très bien que t'as envie de vivre d'autres choses. C'est très contraignant, on va pas se mentir, c'est quand même un énorme frein. En tout cas au début, après ça dépend de la structure familiale que t'as, si t'es aidée. Moi je l'étais un petit peu, mais pas non plus immensément. Donc j'avoue que ça m'a pesée. Et après, en fait, maintenant, c'est intégré. J'ai une routine. Je les ai. Et en même temps, j'ai des semaines aussi. Parce que j'ai deux enfants de deux pères différents. Où j'ai organisé mon planning par rapport aussi à leurs semaines où je suis consacrée et mère. Et les semaines où je ne les ai pas, je suis tout à fait mère. Parce que je les ai aussi le mercredi. Je ne suis pas démissionnaire. Mais dès le lundi, je switch. Et je travaille. Regarde, là, il est 20h. On est ensemble. Je peux travailler le soir, le week-end, tu vois en fait je récupère mon temps autrement et j'essaie d'organiser. mes sessions photos quand je ne les ai pas. Et quand je les ai, j'ai la chance d'avoir un amoureux très investi aussi, mais c'est récent. Avant, j'étais seule pendant très longtemps.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que ça a changé pour toi dans ta manière de travailler au-delà du temps qui a été répartie différemment ? Est-ce que tu as vu un avant-après, même dans ta créativité, dans tes idées, dans ton écriture, dans ta photographie ?
- Speaker #1
J'ai essayé que ça n'ait pas d'impact, mais ça n'a forcément eu. Après, je pense que la créativité peut être décuplée enceinte. Mes livres ont été lancés, j'étais enceinte. Les Françaises, le premier shooting, je suis enceinte. Je pense aussi que ça te mène vers l'essentiel. Tu n'as plus le temps à perdre vers des trucs qui ne servent à rien. Faire un livre, faire des expos, faire un documentaire, pour moi, c'est plus important que de faire une campagne. Évidemment, faire une campagne me sauve la vie et m'aide à payer mes factures. J'ai immensément besoin d'avoir des collaborations commerciales et artistiques. Mais j'essaie que les choses soient vertueuses. Et il me semble hyper important de se concentrer. J'ai vu des potes à moi photographes que commerciales qui aujourd'hui ont compris. Moi, je le savais dès le départ et j'avais cette chance parce que j'ai vu mon père. Et j'ai vu le nombre de livres et le nombre d'ouvrages auxquels il s'est attelé. Et je sais que c'est resté et ça restera grâce à ça. Donc je conseille juste à tous les photographes de se bouger le cul pour très vite construire un projet perso. Et après, chose que certains photographes ont bien mieux fait que moi, et que moi, sur lequel j'ai peut-être un peu pêché, c'est de construire une carrière commerciale.
- Speaker #0
Je pense que les deux sont possibles, de faire des projets qui font sens, parce que généralement, c'est sur du long terme.
- Speaker #1
Il y en a. Regarde Viviane Sassen, elle a fait les deux. Elle a des collaborations artistiques, mais qui sont plus fortes. Et après, ça a amené de la pub.
- Speaker #0
Oui, oui. Oui, on l'appelle pour faire ce style-là.
- Speaker #1
Aujourd'hui, c'est possible. J'ai vu aussi cette photographe ukrainienne qui fait des sets design de ouf et tout. Tu sens qu'en fait aujourd'hui tu peux vraiment en fait un levier actionne l'autre. Moi je trouve qu'il y avait des photographes épouvantables au début quand j'ai commencé. Des vieux gars qui faisaient de la merde, qui faisaient des couvertures de magazines merdiques sur des fonds sans aucune... Tu sentais qu'ils allaient pointer au boulot tu vois. Aujourd'hui les photographes ils sont géniaux. Ils sont chiés, ils se trouvent des équipes de... Tu vois les gens sont pointus, ils vont plus en fait faire des images commerciales basiques. tu en as encore quelques-uns qui perdurent mais pour combien de temps ? et puis il y a des jeunes qui sont géniaux et même des moins jeunes on ne pourra jamais effacer le travail d'une Sarah Moon qui reste un génie Paolo Roversi a fait des trucs incroyables aussi après c'est la génération qui a l'idée une époque et est-ce que quand tu fais tes projets photos c'est important pour toi ?
- Speaker #0
Pour toi, la collaboration, de t'entourer, c'est des espaces où tu as envie d'être seule et justement de créer totalement par toi-même, sans assistance.
- Speaker #1
Non, j'aime beaucoup la collaboration.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression d'être bien entourée aujourd'hui, de t'être bien entourée pendant toutes ces années ?
- Speaker #1
Oui, après, le plus difficile, c'est l'entourage qui perdure, avec lequel tu te sens toujours alignée des années après. Moi, j'ai travaillé des années, voire des décennies. J'avais un assistant pendant 25 ans. Ah oui, d'accord. On s'est séparés il y a un an.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Parce qu'il avait des envies de devenir photographe ou d'être chauffeur. Il est plus large que ça. Aujourd'hui, j'ai rencontré quelqu'un d'autre. J'ai mis un peu de temps. J'ai essayé une dizaine de personnes. J'ai retrouvé une espèce de collaboration. Déjà, le talent. Quelqu'un qui s'est très bien éclairé. Mais je n'ai plus besoin d'une personne dédiée. En revanche, je trouve que la mode sans équipe, ce n'est pas possible. Tu es obligé d'avoir le mannequin qu'il faut. La styliste, le set designer, la maquilleuse, le coiffeur. Et c'est génial, mais si t'as pas les bons, ou si t'as pas ceux qui ont la créativité que tu souhaites, ça peut vite virer à la mauvaise recette. C'est très dangereux la mode, c'est très compliqué.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un exercice que tu préfères faire dans tous ces styles photos, que ce soit de la mode, justement du reportage, du voyage, ou des campagnes, ou tes projets perso ? Est-ce que t'as un endroit où tu te sens le mieux et le plus aligné ?
- Speaker #1
Le voyage, je pense que c'est un des trucs que je préfère faire. En général, tu me mets dans un pays bizarre, avec un mannequin ou une équipe ou une campagne à faire à 4000 mètres d'altitude. Je suis la femme qu'il te faut. J'adore ça. Je suis hyper à l'aise dans le côté complexe. Je suis partie en Inde, j'ai fait des numéros entiers. À une époque, Air France avait un support qui s'appelait Air France Madame et on faisait des numéros entiers dans des pays. Donc j'étais au Vietnam, j'étais en Inde, j'étais dans 3-4 pays. Et en fait c'était fantastique parce que t'as 55 pages ou 60 pages et tu fais tout. De la nature morte, de la mode, du style life, des portraits. Et là en fait je pouvais exercer toutes mes cordes.
- Speaker #0
Ouais d'accord. Et pourquoi t'aimes ces moments-là, ces trucs un peu... qui te demandent de sortir de ta zone de confort ? Tu dirais que ça vient d'où ?
- Speaker #1
Je m'emmerde sinon. Je suis une athlète, j'ai besoin que... J'ai besoin d'apprendre un truc à la fin de la journée, d'avoir fait une rencontre, d'avoir exploré même n'importe quoi, un truc avec la coiffure, le maquillage. Si j'ai un talent devant moi, je vais m'éclater. Et puis j'aime bien la bonne énergie, la bonne humeur et la joie. On fait quand même des métiers cools. J'ai énormément de mal avec les gens qui... Je ne supporte pas les gens qui se plaignent. Ça, globalement, ça me gonfle et je trouve ça presque inadmissible. J'ai un respect immense pour les reporters. Pour moi, c'est ça le métier de photographe. C'est des reporters. Reporters sur le terrain. Et là, moi, mes limites sont là. Je ne peux pas... Je devais partir avec une amie journaliste, Philomène. Elle m'avait proposé de partir en Ukraine. Et je lui ai dit, écoute, ça me branche à fond. Mais tout d'un coup, pour elle, vraiment, c'est sa routine. Et tu sens que c'est vraiment une femme de terrain. Et elle a fait le choix, d'ailleurs, même privé. J'ai l'impression que ça a impacté. sa vie, je le sens, peut-être que je me trompe, c'est pas à moi d'en parler, mais tu vois, elle m'a dit, sache que si jamais il y a un bombardement, une bombe, tu te mets sous un bureau, parce que comme ça, t'as pas les vitres qui viennent te rentrer, t'as pas des éclats de verre dans tes yeux. Et là, je me suis dit, c'est ma limite. Je suis pas sûre de pouvoir gérer ça, même si j'avais le cœur qui battait, comme si j'étais surexcitée à l'idée de partir. Ça m'a mis un taux d'adrénaline presque... Euphorique, donc pas forcément bon signe. La première chose que j'ai faite quand mon père est mort, c'est que je suis allée voir une agence de presse assez costaud, je ne sais plus laquelle c'était, Gamma peut-être, à l'époque, et je leur ai demandé d'être photographe de guerre. Et le mec m'a regardée, il m'a dit, moi, ce ne sera jamais moi qui vais t'envoyer, je ne t'envoie pas. Et là, je l'ai regardée, mais moi, j'étais un peu carbo à l'époque, dans le sens où je n'avais plus rien à perdre, j'avais perdu la personne que je préférais, enfin, mis à part évidemment ma mère et mon frère. Mon équilibre était déséquilibre. n'était plus en place, donc je voulais en fait aller tester mes limites. Il a refusé cet accès, je me suis dit bon c'est un signe, je m'oriente vers un truc plus soft. Mais en réalité ça m'a toujours habité et je pense que même si je ne serais pas la meilleure photographe de guerre, tu vois une femme comme Lee Miller qui aujourd'hui est exposée, donc moi je connais le travail depuis évidemment des années, a réussi cette espèce de pari un peu insensé entre la photographie de terrain et la photographie de mode, et le portrait. Et ça, moi, c'est absolument ce qui m'intéresse, le 360.
- Speaker #0
Et on parlait, du coup, la dernière fois, du fait qu'être photographe, c'est aussi être un... Enfin, un photographe qui dure, c'est aussi être un bon entrepreneur. Il y a des choses à mettre en place qui sont au-delà de gérer sa créativité et ses inspirations. Comment est-ce que t'as réussi à faire, toi, pendant toutes ces années ?
- Speaker #1
Alors j'ai eu des années très agréables et « fast » avant le Covid. C'était très facile d'être photographe, pour moi. Après, j'ai remarqué quand même que le monde a vraiment changé.
- Speaker #0
Dans le sens où les projets venaient à toi, où tu n'avais pas besoin de... Oh,
- Speaker #1
j'ai toujours initié tout. En revanche, s'il y a un conseil que je peux donner, c'est n'attends à rien, ton agent ne te sert à rien. Pardon les agents. Il y en a certains qui sont vraiment des créateurs de carrière, mais moi, j'ai vu des agents qui ne sortaient pas, qui n'allaient pas à la rencontre. Moi, j'ai toujours, je pense qu'un photographe, en tout cas, pardon, c'est un peu débile ce que je dis, tu dois toi-même être ton propre moteur, ton propre train. Et ensuite, tu es lancé et là, tu t'accompagnes et tu t'entoures de gens qui sont comme toi. Donc là, tout d'un coup, c'est une addition d'énergie. Donc si t'as un agent qui est à la pêche, qui se bouge le cul, qui sort, qui a envie d'aller à la rencontre de nouveaux clients, fantastique. Ils sont rares. Et puis le pire des grosses agences, c'est que j'imagine qu'ils sont tous en train de se dire qu'ils piquent tes clients. Enfin, c'est quand même une galère, le truc, on va pas se mentir. Et en même temps, ils peuvent aussi t'en amener. Tu vois, c'est toujours un peu le truc. Bref, moi, j'ai jamais été la meilleure pour avoir des agents. Et en plus, j'aurais adoré. Mais c'est toujours des profils ou maternants ou... Je ne sais pas. Je n'ai pas rencontré mon match, comme on dit. Je suis sûre que ça existe. En revanche, j'ai des matchs ailleurs. J'ai un attaché de presse match. J'ai des assistants, des équipes, des clients avec lesquels je fite. Enfin, tu vois.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc, bon. Et donc, je pense qu'il faut quand même aller toi-même proposer, arriver avec des idées et après, être à l'écoute aussi du client. Et après le Covid, non, ça a été. Mais après, j'ai quand même eu des grossesses. Et quand t'as un enfant, pendant 3 ans, t'es quand même un peu... Déjà t'es perché un an. Hormonalement, tu touches pas terre, t'as l'impression d'être dans le vrai, que le monde est à côté de la plaque et que toi t'es dans le vrai. Et t'as sans doute raison. Parce qu'en fait, t'es dans le vrai. T'es dans la vraie création absolue. Tu crées un être. C'est quand même fou, le truc. Après, ça t'empêche pas de faire des images.
- Speaker #0
Dans ce moment-là, t'écrivais plus ?
- Speaker #1
J'écrivais beaucoup, ouais. J'ai écrit beaucoup aussi pendant le Covid, mais après, il y a aussi des projets qui ne se sont pas faits et j'ai peut-être mis trop de temps à comprendre qu'ils n'allaient pas se faire parce que je ne peux pas envisager l'échec. C'est un problème ou c'est une qualité. C'est qu'en fait, j'envisage que tout peut fonctionner ou que tout doit se transformer. Même une rupture, des années plus tard, si tu arrives à faire le switch, tu sais très bien qu'elle t'a amenée à devenir, je ne sais pas, plus empathique, moins... Je ne sais pas, plein de choses en fait. À choisir mieux ton partenaire, à être plus en accord avec ce que tu es profondément, à savoir qui tu es. Et pareil pour le boulot, je veux dire, une collaboration qui s'arrête, c'est aussi une collaboration qui a existé. Donc déjà, c'est célèbre le fait qu'elle ait existé. Et après, tu as le droit de moins t'entendre parce qu'on n'évolue pas de la même manière. C'est impossible d'évoluer de la même manière.
- Speaker #0
Est-ce que tu vois une différence entre ton toit de 20 ans quand tu as commencé et aujourd'hui ? C'est quoi les plus grandes leçons que tu as apprises ?
- Speaker #1
Alors déjà, j'ai envie de dire que pour avoir une gueule un peu jeune et pas trop vieillir, il faut rester bien jeune. C'est-à-dire qu'il faut continuer à prendre des risques. À grande vie, grands risques. Après, en ce qui me concerne, j'ai vraiment tapé les risques. Sérieux. C'est-à-dire que même si je n'ai pas été dans des territoires de guerre, je me suis mise en danger. Peut-être même presque aussi intensément qu'une reporter de guerre. J'ai fait des enfants sans réfléchir aux conséquences de vie, de finances. Je n'avais pas de parachute. Et je me suis toujours dit, ça marchera, je vais y arriver. Le seul truc, c'est qu'être photographe indépendant, c'est aussi aller chercher du travail tous les jours de l'année. Donc c'est fatigant, c'est éreintant. Il y a des moments donnés, tu as envie d'avoir des clients et de leur dire, les gars, faites-nous un petit contrat sur un an. Sécurisez-nous. Qu'on n'ait pas besoin d'avoir un deuxième travail. Oui,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
ou un mari riche ou une femme riche j'ai pas ça j'ai un héritage artistique mais pas forcément financier et j'ai pas choisi alléluia et jamais de la vie un mari pour son argent un riche milliardaire aux cheveux blancs qui bande mou mais donc voilà c'est un prix c'est un prix aussi de certaines nuits blanches parfois tu te demandes ce que tu fous parfois tu sais très bien qu'à chaque étape Quand tu deviens photographe de plateau, après je suis devenue photographe de portrait, puis photographe de mode, puis j'ai fait des livres, puis je recommence le film, puis je me lance dans le doc, et puis j'explore la politique, j'avais jamais fait de politique avant. Donc tu dois bosser en fait. Donc en fait j'ai l'impression quand même à chaque fois de remuer mes neurones et mon cerveau pour apprendre une partie de mon cerveau qui serait peut-être un peu étante.
- Speaker #0
Et d'où elle te vient cette croyance profonde en toi ?
- Speaker #1
Ah ça c'est merci mes parents. Clairement, je pense que c'est les parents qui ont cette responsabilité-là. Après, tu pourras toujours... À 20 ans, c'est tes parents, puis à 30 ans, c'est ta responsabilité. Donc après, tes parents t'apprennent pas tout positif, et moi, je pense que j'ai merdé aussi avec mes propres enfants. Mais la croyance, le fait de se sentir capable... Moi, mon fils et ma fille, je leur dis tout le temps qu'ils sont capables d'être tout. Champion de tennis pour mon fils... ou entrepreneur ou tout ce qu'il veut. Et ma fille, artiste, parce que c'est comme ça que je la ressens, mais maintenant, si elle a envie d'être mathématicienne, elle le sera. Et je déteste la limitation, le fait qu'on te dise que ce n'est pas possible. Les personnes qui te mettent face à trop de réalités, ça tue le rêve. Et c'est le rêve qui t'amène à croire aussi aux choses. Et après, il ne faut pas se mentir. Je veux dire, grâce au film, on sait que tu as une vie de jour, une vie de nuit.
- Speaker #0
Mais je crois qu'on... Je sais pas, tout est possible. Après, la seule chose, c'est qu'il y a quand même une réalité. Tu vois, il y a ce qu'on appelle un business plan, des choses comme ça, que des amis me rappellent à l'ordre là-dessus. Ce sont des choses que tu fais,
- Speaker #1
toi, pour toi ?
- Speaker #0
De plus en plus, mais c'est hyper récent. C'est parce que j'ai un mec qui travaille dans les banques et qui fait de la musique classique. Donc en fait, il a les deux cerveaux, donc ça me va. Et c'est lui qui me réveille aussi sur des... Sur des conneries que j'ai faites. Et sur des manques de communication. J'ai des problématiques avec des gens avec lesquels j'ai travaillé pendant 20 ans qui après te foutent des procès au cul parce que t'as un un payé. Pour moi, c'est inadmissible ça. Mais bon, ça m'est arrivé. J'ai eu ça. Et puis, les gens ne comprennent pas aussi. Je pense qu'il y a une aura aussi autour de certaines personnalités. Ils se disent, parce que je m'appelle Sonia Sieff, que tout est facile. Mais non. Enfin, je veux dire, le métier de photographe, et tu le vis et tu le sais. Les gens pensent qu'il n'y a pas de crédit, que c'est gratuit, qu'ils peuvent utiliser des images comme ça. Il faut quand même avoir l'éducation et la culture pour savoir que non, c'est un métier difficile. Tes frères ont besoin d'être payés, mais toi-même aussi. C'est du temps, de l'investissement, de la réflexion, de l'accompagnement. Moi, j'accompagne mes projets. Moi, je finis mon projet de A à Z. C'est-à-dire que je ne lâche jamais un projet en disant que le montage, je m'en fous, la musique, je m'en fous, ou la retouche, tu vois, s'il retouche, il y a. Même si je ne fais pas tout le temps de la retouche.
- Speaker #1
Et justement, est-ce que le fait qu'on projette des choses sur toi, le fait d'être la fille de Jean-Louis Sieff, est-ce qu'il y a eu un moment où ça ne t'a plus touchée ? Comment tu as fait pour te défaire de ça ?
- Speaker #0
Je ne comprends pas complètement ce qu'on pense de moi.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a encore des gens aujourd'hui qui projettent des choses là-dessus ?
- Speaker #0
Je pense que je plais à des gens et je suis détestée par eux. Je sens que je suis très clivante. Parce que ma personnalité est assez cash, parce que je dis ce que je pense. Alors, t'aimes ou t'aimes pas, mais t'adhères ou t'adhères pas. Et après, je pense simplement qu'aujourd'hui, j'ai tendance à plus regarder si les gens m'aiment vraiment. Si je suis vraiment soutenue, avant de me confier, de ne pas parler de ces projets. Tu les fais, t'en parles pas. T'en parles quand c'est le bon moment. Après, c'est bizarre parce que l'univers doit aussi être lancé. Donc tu dois quand même lancer une forme de début. Ne serait-ce que pour acter les choses, mais ensuite, c'est comme un tournage où tu es, soit disant, un rôle principal, tais-toi. Tant que le film n'est pas fait, pas tourné, financé, tais-toi.
- Speaker #1
Oui, d'accord.
- Speaker #0
J'ai vu trop de carrières se briser, d'espoirs se briser en fait aussi. Donc je pense que... Et puis, de rester toujours humble, ultra gentil, ultra poli, ultra respectueux, avec les personnes qui te proposent des choses, qui te suivent, qui créent des articles, qui travaillent avec toi, pour toi. Parce qu'en fait, la roue tourne. La roue tourne. Et de toute façon, si t'es en haut, tu seras en bas. Et si t'es en bas, tu seras en haut.
- Speaker #1
Tu crois que c'est vrai ça pour les photographes qu'on voit ne pas bouger ?
- Speaker #0
Tu penses à qui ?
- Speaker #1
Pour ne pas les citer.
- Speaker #0
Tu penses à quel comportement ?
- Speaker #1
Des photographes qui sont odieux, qui arrivent sur set. Du coup, je pourrais vraiment pas dire qui, mais qui arrivent, qui sont... C'est des terreurs, quoi. Et ça fait des années qu'ils sont là et tout se passe très bien. Moi j'en ai croisé il n'y a pas si longtemps que ça et je pense que ça se passera encore bien pour eux en 10 ans. Ou au pire ils seront à la retraite.
- Speaker #0
Alors déjà, il y a forcément, j'imagine, j'espère, mais ça c'est karmique et c'est peut-être utopique, que la vie fait qu'il y a quelque chose qui doit déconner quand même. Je ne sais pas, dans leur rapport avec leurs enfants, leurs... parents, leur amour, si amour il y a, parce qu'est-ce qu'il peut y avoir de l'amour quand tu es un tyran dans ton travail, je n'en suis pas certaine. J'ai vu des gens tyranniques odieux, aujourd'hui ils font toujours de la merde, mais leur travail s'en ressent,
- Speaker #1
tu sais,
- Speaker #0
le travail s'en ressent. Moi je vois par exemple, bref pour ne pas citer de nom parce qu'on ne va pas le citer, j'ai une amie assistante qui est partie travailler pour un photographe de renom extrêmement Successful, il est odieux, mais aujourd'hui, son talent, il tourne un peu en rond. Donc oui, peut-être qu'il va gagner des campagnes, c'est ça la réussite ? Non. La réussite, c'est d'être épatant, c'est-à-dire de t'épater toi-même, de te dire que tu fais une proposition différente. Et souvent, quand tu changes de style, pas de style, mais quand tu évolues, n'importe quel grand peintre a eu plusieurs étapes et plusieurs époques. C'est à ça qu'on reconnaît un grand artiste, parce que tu ne vas pas peindre la même chose du début à la fin de ta vie.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Après, c'est mon point de vue. Mais je trouve que c'est aussi dans ça qu'on reconnaît une signature dans des explorations différentes. Moi, j'ai exploré la nature morte récemment. J'ai adoré. Le paysage, c'est moins mon truc. Je préfère l'humain. Mais tu vois, tu explores quand même des choses et ça t'apporte aussi... Parce qu'en fait, c'est aussi la seule manière de durer. Regarde un photographe comme Avedon ou Penn. Ils faisaient nature morte, portrait. mode, nanana. Mon père faisait aussi tout. Il avait 5 ou 6 corps et des thématiques très différentes.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des choses qui t'a déconseillé de faire pour toi, ta carrière ?
- Speaker #0
Il m'a dit de jamais écouter les cons. Il m'a dit qu'ils étaient nombreux.
- Speaker #1
C'est un conseil très large de vie.
- Speaker #0
De jamais écouter les gens, en fait. De toujours s'écouter soi-même, de faire ce qui nous anime et nous passionne. Comme je te le disais, de ne pas prioriser Et... le commercial, de se remettre en question, de remettre en question son travail, de s'entourer des personnes qui osent te remettre en question aussi, et qui te disent les choses que tu dois entendre face à toi et derrière toi sont impeccables. Mais face à toi, ils peuvent te défoncer. L'inverse est plutôt monnaie courante, c'est-à-dire les gens sont gentils face à toi et des merdes derrière. Moi, j'adore qu'on me dise la vérité, même si c'est blessant, même si ça me dérange et que ça me perturbe. venant de personnes que j'aime, ça me va.
- Speaker #1
Pour en revenir du coup à ton livre Les Françaises, à quel moment tu t'es dit que tu avais envie de faire ce livre ? Est-ce qu'il y avait un message derrière ? Est-ce que tu as commencé ce livre avec une idée ? Et en fait, en le dévoilant, tu t'es rendu compte que tu racontais autre chose ?
- Speaker #0
À la base, initialement, je voulais faire un livre sur les hommes. Initialement, j'ai fait une première exposition chez Colette.
- Speaker #1
À l'époque ?
- Speaker #0
En 2013, je crois. Et là, j'ai rencontré mon éditeur, Yann Luna, de chez Rizzoli, qui est venu me voir et qui m'a dit, viens, on fait un livre. Il m'a présenté Charles Myers, qui est le big boss de Rizzoli. J'ai dit, je veux faire les hommes nus. Et ils m'ont dit, quelle idée géniale, mais c'est pas assez vendeur, commence par les femmes. Je ne les croyais pas. Je pensais que c'était un business plan, mais que c'était pas aussi disparate que ça. Et effectivement, aujourd'hui je peux le dire, les Françaises, ça a été réédité quatre fois. La qualité du travail, je l'assume pleinement, mais pour moi, les nus masculins sont plus intimes, plus personnels, l'écriture est plus mature. Et pourtant, ça marche et ça se passe et ça commence à prendre de l'ampleur. Et là, j'ai la BNF qui a acquéri une image et tout. Donc, je suis extrêmement fière. Et c'est à la MEP et tout. Tu vois, je suis extrêmement fière du parcours du livre et de l'écho médiatique. Mais en termes de vente, les gens n'achètent pas du nu masculin. Donc, je n'ai pas transformé aussi bien qu'avec les femmes. Et donc aussi, de toute façon, mon projet a été de faire les femmes et les hommes. Mais surtout, moi, c'était les hommes qui m'intéressaient dans la mesure où je trouvais que... Ils n'étaient pas suffisamment représentés et qu'il y avait trop de femmes à poil. Donc je n'aurais jamais choisi un projet comme celui-ci et c'est pour ça que je l'ai appelé... Alors Les Françaises, ce n'est pas mon titre, c'est un titre de mon éditeur et c'est OK. Mais c'était plutôt mes potes, tu vois, c'est des filles des beaux quartiers. Je n'ai pas fait du tout une incursion dans la France sociale, inclusive, diverse. C'est clairement un livre assez bourgeois. Et c'est à une époque de ma vie. Et j'avais demandé à plein d'autres profils de nanas qui ont refusé ou qui ne se sentaient pas de le faire. Et c'est beaucoup plus moi, Rendez-vous. Rendez-vous, c'est vraiment ma recherche. C'est une exploration, c'est plusieurs pays. Je suis seule, je suis en pellicule. Ça a été plus prégnant et plus difficile. Et après, je pense qu'aussi, Les Françaises, c'est un livre joyeux. C'est un livre où tu sens le soleil, où tu sens la... la facilité, et c'est aussi moi. Ça dépend des moments, en fait. J'ai cette espèce de double facette entre joie et nostalgie, entre... Je suis Ashkenaz, donc je suis double.
- Speaker #1
Et du coup, le rendez-vous, comment tu l'as vécu quand c'est sorti ? Qu'est-ce que t'as eu comme retour qui aurait pu te surprendre ?
- Speaker #0
J'ai eu des sublimes surprises de rendez-vous médiatiques, on va dire. Par exemple, le quotidien avec Anne Barthez, j'étais trop heureuse. Daphné Burki, Laurent Delahousse, ils m'ont tous reçu les bras ouverts. Ils ont adoré l'ouvrage, ils se sont trouvés que c'était important. Et puis quand je te dis, quand je le vois à la MEP depuis assez longtemps, régulièrement, à chaque fois que j'y vais, il est ouvert à la consultation. Mais pour moi, j'ai juste fait ça pour ça, en fait. Parce que voilà, c'est des endroits de référence. Donc je suis hyper fière. Après, j'avoue que si la fierté ne rejoint pas l'économie, c'est quand même une problématique. Et donc c'est en ça que de toute façon, j'ai amorcé un virage qui est trop personnel pour le lâcher. Donc, j'ai changé de façon de vivre économiquement parce que je fais moins de choses qui me déplacent aussi. Mais maintenant, je cherche et je pense que c'est quand même possible et je pense que c'est en ça que je suis en train de trouver peut-être la solution là, de trouver une façon de pouvoir faire les images que t'aimes qui sont profondes, intimes, personnelles, pas pleines de glitter, un truc un peu deep. Et en même temps, de réussir à les vendre à des collectionneurs avertis et en même temps, de réussir à trouver une audience Et je pense que comme toi, j'adore parler aux gens, rencontrer des personnes et échanger. Donc je trouve aussi, je suis en train de trouver un moyen pour que ce soit 360, que ce soit filmé. Et que, en fait, d'apporter du matériel à ce projet. Au prochain projet sur lequel je travaille qui est sur le portrait.
- Speaker #1
Et tu dirais que ta créativité, tu la cultives comment ? Je sais que tu aimes beaucoup la littérature. Est-ce que tu fais des grandes marches ? Est-ce que tu regardes des expositions ? Est-ce que tu as des... photographes ou des artistes qui t'inspirent et qui alimentent tes pensées ? Ça se passe comment ?
- Speaker #0
J'ai plutôt des thématiques qui m'inspirent. Je ne suis pas très regardeuse du travail des autres parce que je trouve que c'est méga dangereux quand même quand tu es photographe, parce que tu commences à être inspirée. Et j'arrive, heureusement, mais ça c'est la maturité, à trouver qu'un photographe est génial sans en vouloir m'inspirer de son style. Et puis je suis rarement épatée, parce que j'ai quand même une bonne culture, donc je suis rarement sur le cul en train de me dire « Waouh, ça sert à rien » . Après, il y a beaucoup de choses aujourd'hui qui se passent. Je vois des photographes qui s'inspirent d'une époque du surréalisme. Il y a beaucoup de choses de collage, c'est rigolo. Je trouve ça chouette. Je ne suis pas bonne en peinture, en découpage, en dessin. Je ne peux pas du tout me projeter dans leur univers. En tout cas, moi, je ne pourrais pas le faire. Mais ce qui va m'inspirer, c'est plutôt comment est-ce que tu photographies une personne. Et en fait, le portrait, pour moi, c'est vraiment la base. La base, même... Il n'y a pas plus important en ce qui me concerne que le portrait.
- Speaker #1
Ok,
- Speaker #0
pourquoi ? Parce que j'adore connaître la personnalité des gens, comprendre ce qui les anime, ce qui les habite, ce qu'ils sont. Je suis passionnée par l'être humain. Et qu'en fait, en faisant un portrait, tu mets de toi, mais tu attrapes aussi l'autre. Et c'est une collaboration, c'est Duchamp. Et mon père, il l'a répété souvent, il a dit Marcel Duchamp qui disait en fait, un portrait, c'est vraiment le... C'est la collaboration entre toi et la personne photographiée. En fait, tu n'es pas passif quand tu es photographié. Donc, tu montres ce que tu as bien envie de montrer. Tu participes pleinement à l'image. C'est 50% l'un, 50% l'autre. Et donc, ça va totalement avec mon cerveau. Et en même temps, je n'ai pas besoin d'une équipe. Et donc, de solliciter des gens qui ont beaucoup de talent, mais qui sont souvent peu disponibles, compliqués. Parce que c'est trop compliqué. Ça met trop de freins. Je n'ai pas le temps. Et puis, j'ai envie de récupérer aussi un rapport assez immédiat et facile avec mon appareil. Donc, je vais voir des expos, oui. Là, j'ai une liste parce que j'ai raté toutes les expos des photographes. J'ai raté Martin Parr. Bravo. Je vais aller voir Nan Goldin. Je vais aller voir Lee Miller. Je vais aller voir les trois expos qui sont en ce moment.
- Speaker #1
Il y a William Klein et Camille Vivial à MAP aussi qui arrivent, je crois.
- Speaker #0
Oui. Ça, j'ai vu. Je vais aller évidemment les voir. Je vais évidemment passer une semaine à Arles et trois jours seule pour rentrer en immersion et pouvoir faire les expositions à mon rythme, comme je fais depuis dix ans. Et puis regarder des films. Mais là, en ce moment, je suis sur ma thématique politique. Donc, j'essaie de me dire comment est-ce que tu peux transformer des portraits politiques. Donc, je vois aussi le travail de justement... Comment il s'appelle ?
- Speaker #1
Christopher Anderson, tu vois,
- Speaker #0
qui fait ce portrait sur cette série, sur la Maison Blanche. Moi, j'ai adoré. Là, je me suis dit, ce n'est pas mon écriture, parce qu'il est en flash, dans la gueule des gens. Mais comme on déteste Trump, on est ravis de voir les pores de la peau dégueu. La série est géniale. Et Christopher Anderson, pardon. En plus, je kiffe ce qu'il fait. Et voilà. Et puis, là, il a son moment. Et puis, il a fait un livre que j'ai trouvé très bien maquetté, mis en page, hyper inspirant. Et moi, je suis hyper intéressée par ces photographes-là. Beaucoup plus que... Tu vois, puis il y a des photographes qui ont leur temps, puis au bout de deux ans, t'en entends plus parler, parce que, je sais pas, c'est un effet de mode. Ils ont le droit aussi de se réinventer, d'avoir des poses.
- Speaker #1
Tu penses que c'est l'authenticité... Ouais,
- Speaker #0
le côté genuine. C'est ça qui sauve le monde.
- Speaker #1
Ouais. Et pour toi, c'est quoi une bonne image ?
- Speaker #0
C'est une image qui t'attrape par les tripes que tu peux pas expliquer et qui te bouleverse. C'est pas une image ou léchée ou parfaite ou composée. Après, pour moi, c'est une émotion, d'où mon amour pour le reportage. Parce qu'ils attrapent quelque chose qui n'est pas construit. Mais après, si tu fais du faux reportage, tu mets des scènes, tu recrées une émotion, c'est possible. Pourquoi pas, en fait ? Tu sais quoi ? Doisneau faisait ça, il y avait de l'émotion quand même. Je crois que la vulgarité me pose un problème. Le fait de ne pas se renouveler, de ne pas se réinventer. Mais après, ce qui me plaît, c'est vraiment l'émotion. Et puis l'imperfection. Ça naît souvent de l'imperfection. D'un cadre, ou d'une proposition, ou d'un modèle. Justement d'un truc un peu à côté, pas attendu. D'où pour moi, j'adore quand il y a quand même un accident. J'adore le reportage en... Enfin, le reportage ou même les photos en extérieur, parce que t'as toujours le rayon de lumière qui va taper là où tu l'avais pas prévu. Un modèle qui n'est pas mannequin, parce qu'elle aura moins de systématisme et d'automatisme. Et donc, ça me touche vraiment. Une façon de plier ses jambes, de regarder, tu vois, de tout observer, en fait. Et puis, d'être là au bon moment, au bon endroit, le rendez-vous.
- Speaker #1
Pour toi, c'est quoi ta meilleure image de toi ?
- Speaker #0
Que j'ai réalisée ?
- Speaker #1
Que tu as réalisée, oui.
- Speaker #0
Il y en a une que j'adore, que j'ai réalisée pour les hommes, avec un mec à Copenhague qui s'appelait Ricardo, qui m'a reçue, sa nana était à côté, donc déjà ça commençait bien. Il était détendu. Il s'est mis dans le lit, voilà. Ouais. Et il a été dans un endroit qui était assez magique. Déjà, je marchais à Copenhague, c'était une ville difficile pour moi. Enfin, difficile, magnifique, mais c'était en plein été, j'étais hyper seule. C'était... Tu sais quand il y a beaucoup de joie et que t'es seule comme un verre. Ouais,
- Speaker #1
c'était dur.
- Speaker #0
Tu vois ce que je veux dire ? T'es un peu triste, tu dois faire de la photo, tu connais pas le mec, tu te dis putain machin, t'es dans une ville, c'est l'été qui explose, tout le monde saute dans l'eau, la joie est dans les terres, elle est partout et toi t'es en rupture amoureuse pour développer, donc j'étais vraiment dans le dur. Et je devais vraiment me forcer à faire ce projet qui me sauvait la vie. Et j'arrivais et je suis arrivée chez lui et il allait à la fenêtre et sur le mur il y avait des bouquets de fleurs séchées, c'était comme une peinture et j'ai fait juste une horizontale. Avec les bouquets de fleurs séchés, lui à la fenêtre, il n'était pas parfait. Il était rond et c'était beau. Et il était extrêmement séduisant dans son humanité. Et j'adore cette image.
- Speaker #1
Est-ce que tu as vu une grande différence entre le fait de déshabiller des femmes et des hommes ?
- Speaker #0
Oui, j'ai vu une grande différence parce que les hommes ne savent pas poser. Alors que les femmes savent poser même si elles ne savent pas. Elles ont ces automatismes liés à la culture, aux films, aux magazines. Il y a ce qu'on bouffe depuis des décennies, voire des siècles. Les hommes, c'est plus niche, c'est plus particulier. Alors évidemment, il y a l'art grec, il existe des mises à nu masculines, mais en peinture et en photographie, elles sont quand même plus orientées, elles sont souvent aussi liées à la photographie homosexuelle, et elles sont sublimes, évidemment. Mais moi, j'avais envie d'avoir ce regard, ce qu'on appelle le female gaze, sur des hommes. mise à nu. Ce livre n'existait pas dans les bibliothèques et donc c'est pour ça que j'ai voulu le faire. Évidemment, je ne suis pas la seule, je ne suis pas la première, je ne suis pas la dernière, mais il n'y en avait pas beaucoup des livres comme ça. C'est ça qui m'a donné envie aussi de faire ce projet. C'est là que je me suis dit que c'était nécessaire, c'est de faire un projet unique. Les projets sur lesquels j'essaie de m'atteler, c'est des projets où je ne me dis pas qu'il y en a pléthore. Je ne me dis pas que je vais être un énième numéro. Et c'est ça qui m'a donné envie de les mettre à nu. Ils ont été tous assez euh euh Je pense qu'ils avaient beaucoup le trac. La plupart d'entre eux étaient très émotionnels, timides. Et en même temps, ils avaient envie de se challenger, d'y arriver. Donc, c'était hyper beau, hyper intimidant parce que souvent, c'était dans des pays étrangers. Donc, parfois, je communiquais avec les mains, les signes. En Afrique, par exemple, on ne communiquait pas.
- Speaker #1
Et comment tu as fait pour les scoutés ?
- Speaker #0
Ah, les scoutés ? Alors, dans la tribu africaine, je suis arrivée. Et eux, de toute façon, il y en avait plein qui étaient naturellement nus. Et juste... Ils cachaient leur sexe, donc je n'arrêtais pas de leur dire de se détendre. Mais je leur faisais des signes et on se tapait des barres de rire, parce que c'était très enfantin. Après, que ce soit à Copenhague, à Belgrade, à Kiev, à Ibiza, à Portugal, à Lisbonne, partout là où j'ai été, c'est souvent ou des amis ou des personnes que j'avais appelées en amont pour m'aider, parce que je n'ai pas non plus un temps illimité. Comme tu le sais, j'ai des enfants et je ne pouvais pas partir plus d'une semaine, dix jours. C'était le maximum. Là, cet été, j'ai deux semaines en août. J'ai refusé tous les plans de mes copines, tous les plans de partir avec mon mec. Et j'ai dit, je pars, je ne sais pas où encore, mais je veux faire de la photo, je veux être seule. Je veux un peu souffrir, je veux être seule. Quand je dis souffrir, c'est... Ça va être un peu dur, je le sais, au début, parce que c'est pas évident quand t'as une famille.
- Speaker #1
C'est encore dans une zone d'inconfort, quoi.
- Speaker #0
Mais je trouve que c'est nécessaire à la création. Même si ça n'amène rien, ça m'amènera des moments où je me dirais, bon, ben, j'y arrive. Tu peux aussi créer dans la douceur, dans l'accompagnement, mais je crois qu'il y a un petit moment, quand même, où t'es obligée de te donner un petit coup d'électricité, quoi. De dire ou je suis seule, ou c'est un terrain que je connais pas, ou je vais dans un pays où j'ai aucun... Enfin, tu vois, il faut rabattre les cartes. Je veux dire, le... La zone d'inconfort, en psy, c'est quand même la base. Dès que t'es inconfortable, c'est bon signe. Dès que t'as peur, c'est bon signe. Après, il y a peur et il y a sauter d'une falaise. On se comprend. C'est pas suicidaire. C'est une limite. Et c'est en ça que parfois, mon côté Ayrton Senna, on m'a souvent appelée Ayrton Senna, il est mort quand même. Je me suis quand même mis vachement en danger. Justement, achêner les grossesses, les bouquins, je me séparais des pères, tatatatata. Je devais gagner de l'argent, je n'étais pas aidée. Bon, à un moment donné, t'es dans la merde. Ma famille me regardait en mode « Bon, c'est sympa, t'es prise de risque, mais tu vois où t'es, là. » Donc je sais que j'ai parfois été vraiment bien engloutie et engluée dans la vase. En mode « Comment tu t'en sors ? »
- Speaker #1
Oui. Et dans ces moments-là, est-ce que toi, tu t'attends aussi à ces endroits-là ? Parce que tu sais qu'en fait, t'as besoin d'être tout le temps en mouvement et que...
- Speaker #0
Je les cherche. Après, je te dis, aujourd'hui, je ne veux plus aller là où j'ai été parce que j'ai été loin. Même hyper émotionnellement, je me suis vraiment mise en danger. Ce que je souhaite, je pense que mes prochaines étapes, c'est aller loin dans mes projets artistiques, aller à la rencontre de personnes où je pense... Je ne sais pas forcément être légitime, notamment en politique, parce que je n'ai pas forcément la connaissance. Mais tu sais quoi, je l'ai la connaissance. Déjà, je vais m'entourer quand je ne sais pas, et puis je vais apprendre, et puis je vais travailler.
- Speaker #1
Quelle relation entretiens-tu avec le temps qui passe ?
- Speaker #0
J'adore le retour à l'argentique parce que j'adore la magie. Tu vois, là, j'ai des bobines que je n'ai pas encore développées, une série de portraits que j'ai faites de la semaine dernière. Je dois y aller. Et je sais que je retarde un petit peu parce que... Ça m'excite tellement quand ça vient d'être développé, je suis tellement contente, c'est 100 fois plus contente que quand je vois un appareil digital. Ça n'a aucune, j'ai l'excitation de déposer mes petites péloches, savoir que c'est rare, qu'il faut faire les choses, shooter autrement, je trouve ça tellement beau. Donc on ne m'enlèvera pas cette joie-là. Après je sais, par exemple, j'ai des boulots sur lesquels les clients ont besoin de voir et je peux l'entendre. Donc en fait j'essaie de trouver des espèces d'astuces. pour que les optiques soient des vieilles optiques que je colle sur des...
- Speaker #1
Pour créer un peu ton perspective.
- Speaker #0
Que ce ne soit pas tout plat. Et puis j'ai eu la chance d'avoir un très bon retoucheur, PAMY, que j'aime d'amour, qui travaille merveilleusement bien, qui sait rendre mes images, même si elles sont numériques, plus argentiques.
- Speaker #1
Et est-ce que tu tires encore aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors, je ne tire plus.
- Speaker #1
Tu tires encore aujourd'hui parce que quand tu étais plus jeune, tu faisais du noir et blanc avec ton père ?
- Speaker #0
Je tirais, ouais. je tirais beaucoup du noir et blanc, jamais de la couleur je tire pas, j'aimerais bien j'aimerais bien repartir en chambre surtout que je me rappelle que c'était des week-ends géniaux tu travailles la nuit, t'es coupée du jour et de la nuit parce qu'il fait noir t'écoutes la radio, t'écoutes des podcasts aujourd'hui t'écoutes des voix familières, tu vas bien et en fait c'est délicieux qu'est-ce qui t'inquiète le plus pour les jeunes photographes ? La précarité, parce qu'on ne va pas se mentir, je veux dire, un métier qui marche, c'est aussi un métier qui te permet de vivre. Le fait qu'il y ait trop d'images, donc pas assez de bonnes images, je pense que c'est un des résidus ou une des conséquences de ces réseaux sociaux où les gens ne se parlent plus et sont derrière des écrans. Donc en fait, ils oublient que quand ils ont une caméra ou même un portable, putain, dirige, tu as la personne qui est en face de toi. Ça veut pas dire souris, machin, c'est pas déconner comme ça. C'est déplace-toi, fais ça, fais ci, me regarde pas, tu lui fais parler. Moi, je suis vachement dans la communication et je trouve qu'aujourd'hui, je les vois, ils sont tous kéblos. Je pense que même dans le contact, tu vois, et puis d'aller voir quelqu'un quand il se fait maquiller, tu vas lui parler, tu le rassures, tu lui expliques. Et puis, si la personne n'a pas envie de parler, tu parles pas.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu dirais à ton toi quand t'avais 20 ans ?
- Speaker #0
Bravo. Bravo parce que t'as fait nymphes, t'as écouté personne, aujourd'hui t'es sur pied. Bon, j'avoue que j'ai flirté. Comme je te le disais, je suis un tout petit peu plus mesurée aujourd'hui. Mais si je devais recommencer, je ferais toutes les conneries que j'ai faites et toutes les merveilleuses rencontres aussi. j'ai eu de la chance quand même j'ai créé la chance, je l'ai appelée et je pense que j'ai pas fait j'ai toujours eu quand même un ange gardien une présence et puis j'y crois beaucoup, je communique beaucoup avec l'au-delà t'es spirituelle ? très j'ai toutes mes pierres déjà j'ai 800 pierres là-bas j'ai toutes mes pierres, je les recharge quand il y a une mauvaise énergie là tu vois c'est des pierres de protection j'en ai dans les 4 coins de la maison Merci. Donc, non, je dirais bravo, mais parce que c'est cool, parce que, je ne sais pas, il faut croire en soi. Alors après, ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir des parents qui les encouragent, bon, les gars, c'est chiant, mais c'est possible de transformer encore une fois.
- Speaker #1
Quel conseil tu donnerais à un jeune photographe ou un photographe qui est justement en train de se remettre en question ou qui a un peu perdu espoir, tu dirais quoi ?
- Speaker #0
Coupe tes réseaux sociaux. Va vers d'autres médiums, lis, écoute, voyage, ou soit dans le silence, va marcher, va mettre en place, branle ton corps, voyage. Et surtout, coupe-toi des ondes. C'est très fatigant d'être en permanence sollicité visuellement. C'est épuisant. Et je pense que ça tue les projets aussi.
- Speaker #1
T'as l'impression que c'est plus compliqué d'être une femme photographe ?
- Speaker #0
Pour être prise au sérieux. Alors, je ne sais pas. Je serais curieuse de savoir combien sont payées les femmes photographes et les hommes photographes. S'il y a une disparité, j'imagine qu'elle existe, forcément. Les hommes ont plus de facilité à parler d'argent. Parce qu'on en vient toujours à ce truc de comment tu vis de ta passion. Parce que c'est quand même un des vrais sujets que je voulais aborder aussi. Parce que ce n'est pas simple. J'ai l'impression que oui, ils ont une facilité. Moi, on a toujours du mal, on s'excuse un peu d'exister là-dessus ou de vouloir être rémunérés. Ça, c'est quelque chose qui doit changer. Et ensuite, j'étais longtemps dans un univers quasi exclusivement, pas exclusivement, mais on n'était pas beaucoup de nanas. En référence féminin, il y avait Déborah Théobéville, Sarah Moon, Dominique Hisserman, Laboville, il y en avait. Mais ça se comptait sur les doigts des deux mains. Maintenant, j'ai l'impression que c'est quand même beaucoup plus équilibré, qu'il y a beaucoup de femmes et beaucoup d'hommes, et que c'est beaucoup plus équitable.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a quelqu'un que tu aimerais que j'interviewe dans le podcast, dans le bar, que tu aimerais écouter ?
- Speaker #0
Christine Spinglaz, je l'ai rencontrée quand j'étais petite. Elle me racontait comment elle cousait des pellicules. Elle portait des espèces d'énormes voiles parce qu'elle allait photographier des pays musulmans, islamistes. costaud et elle a vraiment plein d'anecdotes. Alors je ne sais pas si aujourd'hui elle est trop âgée, qu'elle est encore... Elle est née en 45, donc elle a l'âge de ma mère. Donc c'est vraiment ma mère, moi elle est fraîche, tu vois. Donc je dirais elle. Ou alors, j'irais carrément, parce que j'aime bien les vieilles, aller voir June, la femme de Newton. Elle est encore là ? Elle est géniale. Elle est complètement jetée. Elle, elle est géniale.
- Speaker #1
Ah ouais ? Grave.
- Speaker #0
J'ai dîné avec elle il y a quelques années parce qu'elle était au Château Marmont. J'étais avec ma pote, elle était à côté Donc elle est allée en plus dîner au château Marmont Là où il faut quand même le répéter Le rappeler, Newton est mort en sortant Avec sa voiture de collection Il s'est pris un arbre il me semble Elle continue à aller dîner au château Marmont Elle c'est une autre époque
- Speaker #1
Est-ce que t'as un mantra qui te suit ?
- Speaker #0
Je te dis grande vie grand risque
- Speaker #1
Ok bien Merci Sonia Siep. Merci Roxane. Merci. Merci. Merci d'avoir écouté cet épisode de Dans le Bain. J'espère que cette conversation avec Sonia Sieff vous donnera envie de vous fier davantage à votre instinct. Encore un grand merci à elle de nous avoir reçus chez elle pour sa générosité, sa liberté de parole et la confiance qu'elle m'a accordée. Cette archive vivante est possible grâce à vous qui êtes de plus en plus nombreux à soutenir et écouter Dans le Bain. Si ce n'est pas encore fait, n'hésitez pas à vous abonner et à noter le podcast. C'est un détail qui prend quelques secondes mais qui fait une grande différence pour permettre au podcast d'évoluer. Moi, je vous dis à très vite pour un épisode hors série qui sort très prochainement. Et d'ici là, et comme toujours, N'oubliez pas de créer.