Speaker #0Bonjour à tous, je suis Hortense Leluc et vous écoutez Décodeur, le podcast dans lequel j'échange avec des pros de la déco. Il y a plusieurs formats d'émissions qui tournent, stylé, archi-cool, le club ou les rencontres comme l'épisode qui va suivre, dans lequel un architecte ou un designer, une marque que vous aimez ou que vous allez découvrir, un entrepreneur ou un créatif va nous parler de sa manière de travailler, de ses produits, de son savoir-faire, sa vision, ses inspirations. Bref, de l'envers du décor qu'on ne soupçonne pas toujours. Et c'est ça la force du podcast, on prend le temps, on va plus loin, on décortique, on apprend, on comprend. Il y a une forme d'intimité, de complicité et d'authenticité à laquelle je tiens beaucoup. Merci d'être si nombreux à écouter. Si vous venez de découvrir le podcast, bienvenue. N'oubliez pas de cliquer sur s'abonner pour ne pas rater les prochains épisodes. Et si mon invité vous plaît, surtout n'hésitez pas à partager. partager l'épisode en story ou à mettre 5 étoiles, tout ça m'aide beaucoup à me faire connaître encore plus. Bonjour à tous, aujourd'hui je vais vous parler de Harry Nureve qui est le designer de l'année 2026 Maisons et Objets. Alors il a un profil qui est très atypique je dirais, en tout cas qui n'est pas forcément évident à décrire parce que ce qui est intéressant chez lui, ce n'est pas seulement ce qu'il crée. mais c'est la manière dont il regarde le monde. En fait, Harry Nureyev, c'est plutôt une vision, un concept, je dirais. Et ce concept, c'est que, je vais revenir plus en détail dessus, mais en gros, dans un univers saturé d'objets, d'images, de données, il pose une question qui est assez simple, mais qui est radicale. Est-ce qu'on a vraiment besoin de plus de choses ? Ou est-ce qu'on a surtout besoin de mieux regarder ce qui existe déjà ? Donc c'est un grand sujet. Alors d'où il vient ? Quel est son parcours ? Alors Harry Nureyev, je dis Nureyev mais ça s'écrit, parce que je crois que j'ai vu des vidéos où il dit Nureyev, mais ça s'écrit Nureyev, N-U-R-I-E-V. Il est né à Stavropol en Russie. Dans un contexte qui est très éloigné du monde du design international qu'il fréquente aujourd'hui, cette origine est assez importante parce qu'il a grandi dans un environnement qui a été plutôt marqué, peut-être pas par le manque, mais par la rareté, par des objets plutôt utilitaires, fonctionnels, souvent standards, en tout cas loin de l'esthétique du luxe ou de la création contemporaine occidentale. Il s'est formé à l'architecture et au design. Il développe très tôt un regard critique sur les objets justement qui l'entourent et sur leurs charges symboliques. Après ses études, il a quitté la Russie et il s'est installé à New York et aujourd'hui partage sa vie et son travail entre Paris et New York. Alors ses débuts, ses premiers projets, comment il s'est fait connaître ? En fait, en 2014, il a fondé à New York Crosby Studios. Crosby. C-R-O-S-B-Y, Crosby Studios. Ce n'est pas une agence classique de design ou d'architecture. Ce n'est pas non plus une galerie d'art, parce que souvent les studios se spécialisent. Il y a des studios d'architecture, des studios de design de produits, scénographie. Non, Crosby Studios fait toutes ces choses en même temps et souvent de manière croisée, enchevêtrée. Dès le départ, il a refusé ... de se cantonner à une seule discipline. Donc avec son agence, il propose plutôt un genre de plateforme créative assez hybride. Donc qu'est-ce qu'ils font ? Je dis « ils » parce qu'évidemment, il n'est pas tout seul. Ils font du design d'objets. Ils imaginent des objets, des meubles, des luminaires, des accessoires pour des marques. Mais souvent, le concept, c'est de détourner ce qu'on connaît déjà. Plutôt que de créer quelque chose de nouveau à partir de rien, ... Ils prennent des objets existants, c'est vraiment l'ADN du studio, donc ils prennent des objets existants, industriels ou banals, qu'on peut juger laids ou sans valeur, et ils les transforment en pièces désirables. Et ce sont vraiment ces projets-là qu'ils l'ont fait connaître. Il est doué aussi en scénographie d'espace, donc c'est-à-dire qu'ils conçoivent des espaces d'exposition, des ambiances ou des installations immersives. Par exemple, il a pu créer un espace dans un autre espace, un espace dans une boutique de mode, une installation dans une galerie commerciale. Il imagine souvent ces espaces un peu comme des récits, il raconte une histoire. Il ne créait pas juste des décors avec un brief. Il collabore avec de nombreuses marques et notamment des grandes maisons de luxe, Balenciaga, Valentino, Baccarat, on va en reparler, ou des institutions culturelles, on va en reparler aussi, des musées et des salons évidemment, puisque là, comme à Maison et Objet. Et dans ses collaborations, il mélange souvent, ce que je disais, le design produit, la scéno, le concept visuel, l'identité. Bref, c'est vraiment un concept à 360 degrés. Il propose aussi des expérimentations et des installations artistiques. Crosby Studios produit des pièces qui ressemblent à des œuvres d'art ou à des expériences visuelles. Ça peut être des installations un peu provocantes ou conceptuelles, des pièces qui font réfléchir, des ambiances qui sont autant à observer qu'à traverser. Par exemple, il a notamment été repéré en imaginant pour Balenciaga, une marque que je citais juste avant, un canapé en plastique transparent rempli de vêtements. Et ce n'était pas juste un canapé pour Balenciaga, un canapé original dont on aurait parlé. Ça va plus loin, c'est le fait qu'il y ait tous ces vêtements en transparence. C'était toute une métaphore sur la culture de la consommation. A Paris, il a aussi marqué les esprits avec des projets très visibles comme le Crosby Café chez Dover Street Market dans le Marais. Il avait aussi, on l'avait connu, enfin on l'avait connu, moi d'ailleurs je crois que c'est là où j'avais vu la première fois quand il avait, pendant une design week, il avait transformé toute une chambre d'hôtel, l'hôtel La Louisiane. Enfin voilà, il créait des expériences totales je dirais. Donc quelle est son approche ? sa vision. En fait, Harry Nureyev, il ne se définit pas comme un décorateur, il dit qu'il habille les intérieurs comme on s'habille soi-même. Pour lui, les objets sont des extensions de notre identité et pas de simples éléments fonctionnels. Rien de trop nouveau sous le soleil non plus, mais en fait, au cœur de son travail se trouve le concept qu'il a théorisé le transformisme. Le transformisme, c'est à la fois un manifeste et une méthode. Son idée, elle est simple, mais en fait, elle est ultra puissante. C'est ce que je vous disais au tout début. On ne vit pas une époque qui a besoin de plus d'objets, mais on est dans une époque qui aurait plutôt besoin d'un nouveau regard sur ce qui existe déjà. Plutôt que de créer à partir d'une page blanche, lui, il part du réel. Donc, ces objets usés, ces matériaux industriels, même des rebuts. par de références historiques ou culturelles pour recréer des choses. Ils ne cherchent pas à effacer les origines, mais au contraire à leur redonner une présence ou une valeur émotionnelle. Le transformisme, c'est aussi une réponse très contemporaine à la saturation visuelle. Saturation, c'est un mot qui est très fort, mais qui du coup est très clair. On parle souvent de la saturation visuelle. On déborde d'images, l'accumulation de données, de produits autour de nous. Et Nurev, il défend justement un design de la perception, de la sensibilité, presque de l'empathie. Alors, certes, c'est radical, mais souvent, c'est assez ludique. C'est parfois ironique, mais ce n'est jamais cynique non plus. Il n'est pas négatif. Et voilà, c'est cette posture à la fois conceptuelle et très... lisible, je dirais, qui explique pourquoi il est aujourd'hui de plus en plus influent. Dans ses projets actuels ou récents, donc clairement c'est un des designers en ce moment dont on parle, qui est très sollicité, qui est un des plus prolifiques de sa génération. Il a une trentaine de projets d'envergure par an quand même. Il collabore avec des maisons de luxe, donc je disais Balenciaga, Jimmy Choo. et avec des grandes institutions culturelles comme le Louvre ou le Mobilier National. Et pour ça, il travaille autant sur des objets que sur des scénographies, que sur des expos ou des espaces plus commerciaux. En 2025, par exemple, son travail pour le Louvre, autour de l'exposition Louvre Couture, consistait à transformer des références patrimoniales en objets souvenirs silverisés. Silverisés, vous entendez le mot silver. donc vu sous un angle totalement nouveau. Vous en aviez peut-être entendu parler parce qu'il a présidé le jury du festival de la Design Parade de Toulon. Donc là aussi, il avait appliqué sa vision du transformisme à la sélection des projets. Il mettait en avant la réutilisation, le détournement et la réinterprétation de l'existant. Alors, qu'est-ce qu'il va nous proposer à mes... maison et objet, en tant que designer de l'année. Écoutez, je ne l'ai pas vu, puisque je ne sais pas quand est-ce que vous écouterez cet épisode, mais moi je l'enregistre là une semaine avant l'ouverture du salon. Donc, il va imaginer en janvier un espace immersif à son image, comme souvent quand c'est le cas du designer de l'année, mais donc entièrement structuré autour du transformisme, cette notion dont je vous parlais. Donc cette installation, elle va... résonner évidemment très fortement avec le thème de l'édition du salon en 2026 qui est Past Reveals Future, donc le passé révèle le futur, qui est donc une thématique assez forte et qui lui convient bien. Donc son espace, lui, se voudra volontairement apaiser, presque silencieux, comme un contrepoint à l'effervescence du salon. Il y a plein de bruit, il y a plein de choses à voir, il y a plein de gens à croiser. Et lui va proposer un lieu pour ralentir Merci. observer, reconsidérer les objets et les formes qui nous entourent. Et il dévoilera aussi toute une nouvelle collection d'objets pour la maison Baccarat, ainsi que la scénographie des espaces parisiens de la marque, donc du cristal, des objets du quotidien, des matériaux industriels, tout ça va s'entremêler, encore une fois, cette idée de 360, et pour questionner la notion de luxe, de valeur et de mémoire. Voilà ce que je pouvais vous dire en quelques mots. Un portrait, ce n'est jamais trop long. En gros, Arine Urive, ce n'est pas seulement un style, une esthétique ou des collaborations prestigieuses. C'est une position. Alors, il faut être honnête, son travail, clairement, n'est pas évident. Son univers est très stylisé, très très fort, parfois très futuriste. parfois difficile à appréhender, un peu perché. On est souvent dans des installations, des objets manifestes, des espaces très conceptuels, qui ressemblent évidemment en rien à nos intérieurs du quotidien. Mais justement, c'est peut-être là que son travail devient intéressant, parce qu'il agit comme un laboratoire. Il pousse les idées très très très très très loin pour déplacer les lignes. On a besoin aussi de personnes comme ça. Son design, il n'est pas confortable, on ne l'applique pas. pas forcément, mais il ouvre des pistes. Dans un monde qui produit trop, qui montre trop, qui accélère peut-être trop, lui il propose autre chose, mais dans une esthétique un peu futuriste, c'est ça qui fait toute la complexité peut-être du sujet. Malgré cette esthétique, il propose de ralentir, d'observer, de transformer, plutôt qu'inventer à tout prix. son transformisme, ce n'est pas une recette, ce n'est pas un style figé. C'est une manière d'être au monde. Et donc, en étant élu designer de l'année par Maisons et Objets, Rigny-Rive, il ne va pas se mettre en avant lui. Ce n'est pas sa réussite à lui. Il veut vraiment incarner, lui, un changement de regard dans le design contemporain. Il veut vraiment... Alors, honnêtement, ce n'est pas le premier. Il n'est pas le seul à faire ça, mais il est repéré pour ça. Donc, il est valorisé pour ça. Il croit en un design plus conscient. Il pousse un design plus sensible, plus critique aussi. Peut-être que le futur du design sur message, c'est vraiment que ça ne consiste pas forcément à imaginer de nouveaux objets, mais à apprendre à voir autrement ceux qui sont déjà là. Je crois que s'il avait un message à faire passer, ce serait celui-ci. Voilà, voilà. J'espère que ce portrait express vous a plu. Ciao ! Le décodeur, c'est terminé pour aujourd'hui. Merci beaucoup d'avoir écouté. Non seulement, ça me fait très plaisir, évidemment, mais dans la jungle des podcasts, plus on a de notes, plus on se fait remarquer, ce qui est très important pour moi. Voilà, merci beaucoup et à très bientôt alors, ici ou ailleurs.