Speaker #0Bonjour à tous, je suis Hortense Leluc et vous écoutez Décodeur, le podcast dans lequel j'échange avec des pros de la déco. Il y a plusieurs formats d'émissions qui tournent, stylé, archi-cool, le club ou les rencontres comme l'épisode qui va suivre, dans lequel un architecte ou un designer, une marque que vous aimez ou que vous allez découvrir, un entrepreneur ou un créatif va nous parler de sa manière de travailler, de ses produits. de son savoir-faire, sa vision, ses inspirations, bref, de l'envers du décor qu'on ne soupçonne pas toujours. Et c'est ça la force du podcast, on prend le temps, on va plus loin, on décortique, on apprend, on comprend, il y a une forme d'intimité, de complicité et d'authenticité à laquelle je tiens beaucoup. Merci d'être si nombreux à écouter. Si vous venez de découvrir le podcast, bienvenue, n'oubliez pas de cliquer sur s'abonner pour ne pas rater les prochains épisodes et si mon invité vous plaît. Surtout, n'hésitez pas à partager l'épisode en story ou à mettre 5 étoiles. Tout ça m'aide beaucoup à me faire connaître encore plus. Bonjour à tous. Je me relance dans un sujet solo. Finalement, je vais en faire de plus en plus parce que la dernière fois, j'ai fait le retour du moche qui a été très écouté et je vous remercie beaucoup. Et en plus, ça avait suscité beaucoup d'échanges. N'hésitez pas. Franchement, je suis seule à parler là avec mon micro et mon texte des bribes d'idées sur mon ordinateur. Donc j'adore échanger après. Et donc je me suis dit, tiens, je vais continuer à faire ces épisodes. Et toujours, je ferai sûrement des épisodes peut-être un peu plus simples. Mais là, j'ai eu une idée en fait, tout aussi un peu pas provocateur. Mais voilà, pourquoi ? Pourquoi nos intérieurs se ressemblent ? Au début, je l'avais appelé « Pourquoi nos appartements se ressemblent ? » parce que j'avais plutôt en tête une typologie d'appartement qu'on voit beaucoup en digital. Puis je me suis dit que j'allais ouvrir à nos intérieurs quand même, parce qu'il y a aussi des maisons qui peuvent se ressembler. Alors l'idée, ce n'est vraiment pas une critique. D'ailleurs, est-ce que je mets un point d'interrogation, pas un point d'interrogation ? Est-ce que c'est l'idée de « Pourquoi nos intérieurs se ressemblent ? » Où est-ce que c'est ? Pourquoi nos intérieurs se ressemblent ? Genre, je pose une question. Moi, je crois que je pose vraiment une question, et en même temps, j'affirme que je trouve que nos intérieurs se ressemblent, parce que c'est une question qui est un peu précédée d'une observation. Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé de vous dire « Ah ouais, tel appartement, ouais, elle a ça, c'est déjà vu. » On est tous un peu critiques. Alors, comme je n'ai pas tellement envie de rentrer dans l'idée de la critique, je vais partir de chez moi. Là, j'enregistre cet épisode, je suis dans mon salon. Je vais vous décrire mon salon et vous allez voir, je suis un cliché à moi toute seule. J'ai un canapé capitonné, moelleux, qui est beige. J'ai une table basse qui est assez nouvelle, qui est en noyer, parce que c'est le grand retour du noyer des bois foncés, c'est vrai que j'aime beaucoup. J'ai un gros fauteuil cosy en velours côtelé. J'ai un petit pouf en laine bouclée. J'ai des rideaux en lin un peu clairs, un peu froissés. J'ai une lampe un peu ancienne, un peu grand-mère, un peu cottagecore, que j'adore. J'ai une table en marbre. J'ai six chaises en, j'allais dire en rotin, en canage. Les six chaises de Marcel Breuer, des chaises que j'ai chinées. J'ai un papier peint. effet paille naturel comme ça revient beaucoup j'ai des bougies parfumées sur ma cheminée j'ai des bougies diptyques, je suis un cliché franchement, je m'auto déteste parce que en fait c'est un intérieur qui ressemble à tant d'autres intérieurs alors que j'ai l'impression j'y repensais tout à l'heure, d'être un peu original, d'avoir un peu de goût J'ai l'impression... Alors après, c'est l'idée d'assembler les choses aussi, parce que parfois, on voit des intérieurs où il y a plein de pièces design, toutes les nouveautés du moment hyper sympas. En fait, ça ne va pas ensemble. Donc, décorer, c'est aussi savoir assembler. Je ne dis pas que je sais assembler, mais ce que je veux dire, c'est que... Ah, j'ai du terracotta au mur aussi. Non, mais vraiment, vous voyez, c'est juste pour vous montrer que je ne vais pas aller dans une critique, parce que moi-même, je suis la première concernée de me dire pourquoi j'ai cet intérieur-là et que plein d'autres ont cet intérieur-là ? C'est ça qui m'interroge. Et de se dire, est-ce que cet intérieur-là, il me plaît vraiment ? Ou est-ce que, inconsciemment, je n'ai pas aussi des codes d'aujourd'hui pour plaire, pour que ça plaise ? Est-ce que ça me plaît ? C'est vraiment, c'est tout ça que j'avais envie de, c'est un peu en partant même de mon expérience que j'avais envie de traiter ce sujet. Alors j'ai creusé, franchement j'ai pas mal bossé. Il y a déjà une idée qui est le rôle en fait de l'offre et pas forcément du goût. En fait, et je commence avec une petite, pas une citation mais dans le retour du moche. Il y a plusieurs personnes qui m'ont parlé de Pierre Bourdieu, qui a fait un livre qui s'appelle La Distinction. Et il parle en gros de la théorie des goûts et des styles de vie. Et donc c'est vrai que j'aurais pu en parler dans Le Retour du Moche, donc j'en parle ici. En fait, le goût, l'une des conclusions pourrait être que le goût, en fait, il n'est jamais vraiment personnel. Il est quand même le produit de notre milieu, de notre éducation et de nos fréquentations. Franchement. ça c'est certains observés autour de vous qui se ressemblent, s'assemblent un peu et c'est rare que vous ne devez pas aller souvent chez des gens qui ont vraiment un style complètement différent de vous. En tout cas des gens un peu que vous fréquentez de votre milieu social et tout ça. Parce que dans les faits, les gens que vous fréquentez, les personnes que vous fréquentez, tout le monde va acheter à peu près dans les mêmes enseignes. Toutes les personnes, selon votre profil, auront à peu près les mêmes contraintes de prix que vous et auront à peu près les mêmes contraintes d'espace. Donc en fait, on pioche tous, selon la couche de la population à laquelle on appartient, je dirais, grosso modo, on pioche tous un peu dans le même catalogue. Moi, si je dis que je suis dans une grande ville, dans mon quartier et tout, toutes les personnes autour de moi vont avoir des petits twists, des goûts un peu différents. mais au fond On est vraiment sur la même base, parce qu'en fait c'est sociologique. On se ressemble, nos intérieurs se ressemblent parce qu'on a accès aux mêmes choses en fait. Ensuite il y a cette idée qui est très importante qui est l'industrie du meuble aujourd'hui. Qu'il y a une uniformisation et un bon goût qui est rendu accessible. Les grandes marques dans lesquelles vont la plupart des personnes autour de vous, les grandes marques elles vont observer ce que les gens aiment et elles vont simplifier ces goûts. Et elles vont les rediffuser à grande échelle. C'est exactement pareil, il se passe la même chose en mode. Là, je n'ai pas encore cité de marques, je ne suis pas forcément à l'aise pour citer des marques en déco, mais par exemple, en mode, clairement, vous allez chez Zara, chez Zara, c'est de la copie de Jacquemus, de Chanel, de Chloé. Donc, clairement, il se passe la même chose en déco. Il y a des grandes marques qui vont imaginer des choses, qui vont être données des impulsions. Et ensuite, alors, est-ce qu'on utilise le mot copie ? C'est un vrai sujet, ça pourrait presque être un autre podcast. Pour moi, oui, évidemment, parfois, c'est de la copie qu'on forme. Mais parfois, c'est de l'inspiration. Là, par exemple, on était à Milan, et bien, on a vu, par exemple, une typologie de forme de canapé qui était assez présente, des choses très duveteuses, très enveloppantes, très molles et tout ça. C'est clairement des formes qu'on va retrouver dans deux ans. dans les catalogues de marques un petit peu plus accessibles. Parce qu'en fait, derrière toutes ces marques plus accessibles, dans lesquelles on va plus quotidiennement, je dirais, entre guillemets, derrière ces grandes marques, en fait, il y a quand même des pros de la tendance qui repèrent, qui se disent, tiens, ça, ça va arriver, qui décortiquent, qui conseillent, qui orientent, parce qu'elles savent que ça va plus ou moins marcher. Quand on va à Maison et Objet, à Maison et Objet, il y a toutes les boutiques de déco qui vont, il y a... énormément de marques de déco aussi qui viennent voir ce qui se passe, ce que viennent raconter des créateurs, etc. Tout le monde voit les mêmes espaces scénarisés, voit le designer du moment, voit sa vision, vont s'en inspirer. Tout le monde voit les mêmes tendances, il y a des espaces tendances. Donc tout le monde s'inspire de ces tendances qui sont poussées. Ça les nourrit, ça nourrit chacun différemment. Mais au final, tout va converger dans le même sens. C'est d'une logique implacable. S'il y a un... pape de la déco, quelqu'un qui va nous dire, qui a décidé que par exemple, le chrome était de retour. Je vous donne un exemple très actuel. Ça fait 2-3 ans qu'il y a des personnes qui ont vraiment l'œil, des architectes d'intérieur qui vont être plus pointus, qui ont un goût d'avance, etc., qui vont vous dire que le chrome est de retour et qui sont donc dans des projets plutôt premium, haut de gamme, de l'hôtellerie, etc. Mais les jolies marques, les grandes marques et les marques plus populaires vont voir que le chrome est de retour. Donc elles aussi, elles vont se mettre à faire du chrome. Et voilà comment. Eh bien, on va tous se retrouver avec du chrome l'année prochaine. Là, ça arrive tranquillement, mais j'ai l'impression que ce n'est pas encore très installé, parce que c'est un peu particulier. Chrome, mais je mets ma main à couper que dans un an, deux ans, tout le monde a une touche de Chrome chez soi. Et autant les personnes les plus connaisseuses, les plus pointues que celui qui n'y connaît pas grand-chose et qui va rentrer, qui va se dire, tiens, on me propose ça, c'est sympa, donc tiens, je vais l'acheter. Parce que dans cette idée d'industrie du meuble, il faut retenir que si les meubles se ressemblent, c'est aussi parce qu'ils sont conçus pour... plaire au plus grand nombre. Et dans une boutique, dans les boutiques, tout est fait pour plaire aux... Je parle plutôt des grandes marques, des marques dans lesquelles on va se rendre encore une fois plus facilement. Parce que sinon, il y a plein de marques qui font leurs petites affaires et vous aimez, vous aimez pas. Mais sinon, dans les plus grandes marques, tout est fait pour plaire au maximum de personnes. Et l'idée, c'est de vendre le plus possible. On est là pour faire du business. Donc, ces marques-là, elles vont quand même éliminer, même si elles suivent les tendances et que... tout ne va pas être complètement marketé et se ressembler, mais on va retirer tout ce qui est trop marqué, tout ce qui est trop culturellement installé, tout ce qui est un peu trop risqué. Et donc, c'est comme ça qu'on se retrouve avec des tons beaucoup plus neutres, avec du bois clair, avec des formes simples. En fait, l'industrialisation, elle va imposer un peu une esthétique parce que, encore une fois, je viens de le dire, ils sont là pour vendre. Et il y a aussi une autre dimension importante, Merci. Le meuble, le meuble grand public, entre guillemets, il doit voyager. Ça, ça change tout aussi. Parce qu'aujourd'hui, un canapé, il doit être transportable. Enfin, un canapé, ce n'est peut-être pas forcément le meilleur exemple, mais même une table, une table basse, par exemple, la chose qui est plus facile à acheter, elle doit être transportable. Elle doit être stockable, ce qu'on dit stockable, facilement. Elle doit être montée. Les personnes doivent pouvoir la monter, ou ne serait-ce que peut-être juste les pieds et tout. Je ne parle pas forcément des kits Ikea, mais Donc le meuble, il doit être démontable, il doit être léger, il doit être modulaire. Donc ça exclut pas mal de formes, de matériaux et de complexités. Et donc, encore une fois, ça va favoriser des designs plus simples, des proportions plus standards, des objets plus universels et même un style transculturel. Est-ce qu'on dit pareil, transculturel ? Que tout le monde comprend, que le plus grand nombre accepte et qui s'adapte au plus grand nombre. Donc en réalité, on choisit surtout parmi des choses qui ont un peu déjà été choisis pour nous. Et dans cette idée de logistique, il y a cette logistique du monde moderne. Parce que je viens de parler de transporter, monter, stocker. On est très nombreux, vous êtes très nombreux à faire les brocantes, à vouloir des choses chinées. Ok, mais ça ne vous est jamais arrivé d'être, je ne sais pas où, en vadrouille et puis vous voyez une table qui est sublime, un meuble qui irait hyper bien dans la chambre des enfants, dans l'entrée, ou un petit rangement, un petit fauteuil. Ok, mais comment on le rapporte ? C'est bien sympa, mais alors on le met dans le coffre, on voyage le coffre ouvert ? Ben non, en fait. Donc ce sera beaucoup plus simple de commander, c'est triste, mais ce sera beaucoup plus simple de commander du neuf par un livreur qui va vous apporter ça en bas de votre immeuble, qui voire même va monter les étages si vous payez quelques euros de plus. Donc c'est une solution de facilité d'avoir ce que... Bien sûr que ce serait plus sympa d'avoir un petit meuble chiné, mais si Toute une logistique. Je redonne un exemple personnel. Mon grand-père offrait à chacun de ses petits-enfants un beau meuble qu'il avait chez lui, dans sa grande maison, quand on se mariait. Et donc, c'était, par exemple, il y avait beaucoup de grandes armoires. Vous savez, c'est des armoires de style, je ne sais plus comment ça s'appelle, les armoires à l'ancienne qui grincent quand on les ouvre. Et moi, je me souviens, on les ouvrait, il y a ça dans les grandes maisons. tout le linge de maison bien plié, les tablettes sont larges. Moi, ces armoires-là, je les trouve encore très belles et je trouve qu'elles ont vraiment beaucoup de personnalité. Mais en fait, qu'est-ce que j'en fais de ce meuble ? Comment je l'apporte de chez mon grand-père à chez moi ? Comment je le monte à mon troisième, quatrième, cinquième étage ? Comment je le monte ? Comment je le fais rentrer dans mon appartement ? et à quel point il va prendre toute la place. dans ma pièce ? Ben non, alors je le fais pas. Donc qu'est-ce que je fais ? Eh ben, si je fais des travaux, je vais prendre un menuisier, et puis il va me faire des placards sur mesure, et puis j'aurai les mêmes placards que tout le monde, et puis je vais les peindre dans une jolie couleur à la mode, et voilà comment, en un clin d'œil, ma chambre va ressembler un peu plus à celle de tout le monde et de mon voisin, parce que tout le monde, personne ne peut transporter des gros meubles, et tout le monde va faire un peu de menuiserie. sur mesure ou de la menuiserie alambiquée en achetant des meubles Ikea et en les pimpant. Mais c'est comme ça que nos chambres vont se ressembler, mine de rien. Même palette de couleurs, non mais ça je l'ai dit. Donc on va privilégier, j'en reviens, aux matériaux légers, aux meubles un petit peu plus en kit, à la facilité. Donc ça aussi, ça influence énormément notre intérieur, le style de notre intérieur. Et j'en reviens à une autre grande idée qui est que l'architecture du lieu, je ne sais pas si c'est l'architecture, impose aussi peut-être 70% de la déco parce qu'aujourd'hui, on a tous à peu près les mêmes surfaces. Encore une fois, selon... Si vous habitez dans une petite ville, je ne sais où, tout le monde va avoir un peu la même typologie de maison. Si vous êtes en ville, tout le monde va, et selon les personnes que vous fréquentez, tout le monde aura soit des petits appartements, soit des grands appartements. Mais voilà, tout le monde a un petit peu les mêmes surfaces. Et donc, tout le monde a un petit peu les mêmes contraintes. Par exemple, un petit salon ou par exemple, une cuisine ouverte. À un moment donné, moi, j'adorais les banquettes. J'avais une passion, j'ai toujours une passion pour les banquettes. Je trouve ça très sympa. Mais pourquoi je trouve ça très sympa ? Parce que parfois, je vais chez des personnes qui ont mis cette banquette en place parce que je trouve que c'est hyper pratique. La fille, elle soulève, il y a des coussins en dessous, il y a des couvertures, il y a des je ne sais pas quoi, mais tout, il y a des bouées pour la piscine. Et puis, on met une jolie banquette avec un joli tissu et en fait, ça prend moins de place, les enfants, ça les amuse, voilà. Donc, en fait, c'est des solutions d'aménagement qui sont communes un petit peu dans tous les appartements. Donc, ce n'est pas que, waouh, les banquettes, c'est joli. C'est aussi assez joli, mais en fait, c'est une des solutions pratiques qu'on a trouvées un petit peu pour tout le monde. Donc, on croit décorer librement, mais en fait, on fait surtout aussi avec l'espace qu'on a et ce qu'on peut s'autoriser. Après, il y a toute une autre idée qui est que ne faisons-nous pas une déco. J'ai commencé par ça l'épisode. Est-ce qu'on ne fait pas un tout petit peu une déco pensée pour plaire aux autres ? Parce qu'aujourd'hui, on montre... quand même son intérieur davantage. Par exemple, quand on fait des Zoom, des Meet, des Google Meet, des Teams, on voit un peu chez soi. Quand on fait des FaceTime avec des copains, avec de la famille, on montre un peu chez soi. Évidemment, la famille, on ne va pas se stresser avec leur validation parce qu'on se dit qu'ils vont peut-être un peu moins juger, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, Il y a un genre de compatibilité sociale entre nos goûts et le goût des autres. Avant, on pouvait avoir un intérieur qui pouvait peut-être être un peu plus clivant. Alors qu'aujourd'hui, il doit être lisible un peu par tous, tout de suite, parce que les regards se sont un peu démultipliés. Les amis, les réseaux sociaux, on a besoin qu'ils se soient un peu plus acceptables dans plusieurs contextes. Donc, l'intérieur... J'exagère un peu, mais il y a quand même de ça. Il peut devenir aussi un peu une interface sociale. On n'a plus envie de... Il y a des parents, des copains qui peuvent passer, venir chercher d'autres enfants et tout. On a envie que ce soit quand même un petit peu plus photogénique, que ce soit joli, que ce soit... On a envie de plaire, en fait. Et on a... Enfin, je ne sais pas si on a envie de plaire. Mais en tout cas... On a peur peut-être de faire mal dans un monde où on montre de plus en plus son intérieur et donc on a envie de jouer une forme de sécurité. Il y a quand même certaines personnes, moi je l'ai remarqué, même dans mon entourage, qui décorent pour dire quelque chose d'eux. Et notamment genre, ah ben oui, moi j'ai bon goût parce que t'as vu, ah ben j'ai tel truc de telle marque. D'ailleurs ça me fait venir aux objets un peu statutaires. Le nombre, par exemple, de lampes design qui sont statutaires, la pipistrello, c'est fou, la snoopy, voilà, il y a plein d'objets comme ça. Avant, j'introduisais en parlant des bougies diptyques. Aujourd'hui, ce n'est même plus hype d'avoir une bougie diptyque. Ce qui est hype, c'est d'avoir une bougie Trudon, par exemple. Il y a une période, il y avait eu la grande période de Sarah Lavoine qui a une identité très forte. Et donc ils disaient « Ah, ta vaisselle, c'est Sarah Lavoine, ah ouais, il y a dix ans c'était ça » ou « Merci aussi » qui a eu ses grandes heures de gloire en disant « Ah ouais, j'ai acheté ça chez Merci » C'était vraiment une espèce de fierté. Aujourd'hui, on s'en fiche un peu plus. Il y a moins ça puisqu'on est beaucoup aussi dans la brocante et l'idée de personnaliser, etc. Donc je ne veux pas trop m'enfoncer dans cette thématique-là, mais il y a quand même aujourd'hui, il y a encore des couches, selon les couches de la société. Il y en a qui ont quand même leur code et qui vont dire ah oui ça je l'ai acheté ici, ah ça je l'ai rapporté de là-bas, ah bah ça je l'ai acheté dans cette petite boutique, tu sais machin, tu connais, tout comme il y avait Caravan par exemple, Caravan a une grande période, ah oui c'est des rideaux, ah mon édredon, ah ouais. Trop joli, je l'ai acheté chez Caravan. Donc il y a un petit peu moins ça, mais voilà, le regard de l'autre, des autres, est quand même un petit peu présent. Et il y a aussi cette idée un peu d'hôtellerie, d'hôtellerie chez soi, l'hôtellerie un peu du quotidien. Même sans louer, ceci dit, il y a quand même pas mal de monde qui peut louer son appart, mais même sans louer, on a envie quand même de valoriser un peu le fonctionnel, le moins de désordre. d'enfants. Moi, c'est de ce que j'observe un peu autour de moi. Moins d'objets personnels exposés. Vous avez beaucoup, vous, de petits objets qui appartenaient à vos parents, à vos grands-parents chez vous. Non, on rentre quand même dans une espèce d'uniformité sans le vouloir, encore une fois, parce qu'on se dit que nos appartements, nos intérieurs, ils doivent pouvoir accueillir un peu n'importe qui, n'importe quand. Regardez le nombre de pièces qui sont... On ne sait pas, c'est un bureau, une chambre d'amis, ça c'est la chambre de la grande, mais maintenant on a divorcé donc elle est là une semaine sur deux, donc c'est aussi je mets le linge ici, c'est des espèces d'entre deux parce qu'on ne peut pas se permettre d'avoir, on n'a pas 50 pièces, donc on ne se mouille pas trop dans la déco parce que c'est un peu la pièce de ceci, un peu la pièce de cela, donc on ne met pas grand chose et donc c'est des lieux qui sont faits pour tout le monde, donc c'est moins personnel. Et c'est moins incarné. Donc, qui dit moins incarné, dit plus neutre. Voilà. J'en parlais de... Tiens, pourquoi j'ai mis ça là ? Oui, parce que... Et quand même, je ne suis pas en monologue seule. J'ai quand même des petites notes devant mon ordi. L'influence, j'ai noté l'influence des plateformes. J'en ai un petit peu parlé. C'était dans le regard des autres. Non, mais je n'en ai pas encore parlé. Donc, l'influence des plateformes, c'est vrai que si vous regardez Instagram et que vous aimez bien un type d'intérieur, ou que vous likez un type d'intérieur, ou que vous regardez plus de 10 secondes un type d'intérieur, Instagram le retient et donc va vous proposer sans cesse ce type de contenu. Vous le savez très bien, si vous regardez une recette de tarte à la tomate, vous allez manger de la tarte à la tomate pendant 15 jours dans votre algorithme. Donc un intérieur, si vous regardez une nana vous parler de papier peint à rayures, vous allez avoir toutes les marques de papier peint à rayures pendant quelques temps. Et donc finalement, cette répétition crée une familiarité qui va finir par nous amener à préférer tout ça. À force de voir quelque chose qu'on a apprécié, qu'on a observé, on va finir par peut-être même l'aimer. On voit ça tout le temps et on va l'aimer encore plus et donc on va craquer. Et donc si on craque et que tout le monde a un peu le même algorithme, encore une fois, on va arriver à cette idée que... on va tous avoir un petit peu la même chose au final. Sixième point. Septième point, il y a un risque aussi. C'est un peu dans le regard des autres, le risque économique. La plupart des gens n'ont pas envie de se tromper et donc on n'a pas forcément le budget pour expérimenter. Donc oui, en fait, quitte à se payer un beau canapé, on a envie d'avoir le dernier canapé qui a une valeur sûre de chez machin. Oui, on pourrait oser autre chose, mais là, celui-ci, je l'ai vu chez Jean-Bernard, et puis ça rendait très bien, et puis sa cousine elle-même dit qu'il tient bien. Évidemment qu'on est aussi tenté pour prendre la table basse qui est une valeur sûre. Et oui, tout le monde l'a, mais en fait, ce modèle-là, il est très bien. Tout comme, ça ne vous est jamais arrivé de vous dire, vous vous retrouvez dans un mariage, ah ben regardez, elle est trois, elles ont la même jupe. « Bah oui, la jupe, elle est jaune, elle est sympa, je ne sais pas quelle matière, elle est élégante, elle est habillée. » Il y a trois filles, au même moment, qui se sont dit « Tiens, je vais l'acheter. » et qui se retrouvent, du coup, dans la même situation. Et bien là, les trois tables basses, elles ne sont pas exposées au même endroit, mais il y a plusieurs personnes qui les ont. C'est en fait, il y a un côté qui est déjà validé, on ne va pas prendre de risques. C'est un peu une question de bon sens, parce qu'en vrai, décorer son appartement, ça peut être angoissant. On peut se dire... qu'on va se rater, on peut se dire qu'on va regretter, on peut dire qu'on va se lasser. Donc, on pourrait avoir tendance, on pourrait avoir envie de faire comme tout le monde. Donc, prendre des couleurs plus neutres, donc des formes plus simples, ou faire comme la copine ou la voisine et donc un peu copier et donc se ressembler. Et c'est vrai qu'il y a aussi dernier point, cette histoire d'intérieur qui sont plus vraiment... C'est une question que je pose parfois dans un des formats en disant, est-ce que tu penses que c'est la maison de ta vie ? Et il y en a beaucoup. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui me dit que c'est la maison ou l'appartement de sa vie. Et même, je vois dans mon entourage, je pense que personne n'a la maison. Pas grand monde, si quelques-uns, c'est la maison. dans laquelle ils ont élevé leurs enfants et ils mourront dans cette maison. Et donc il y a cette idée de mobilité, de pérennité qui est un peu fragile. On a moins un héritage matériel ancré et donc on se dit quitte à déménager, on ne va peut-être pas trop investir, donc on ne charge pas trop et puis on fait un peu plus fastoche parce que la situation pourrait changer, on ne sait plus bien comment habiter, alors on peut... sans le vouloir, encore une fois, un peu imiter des modèles existants ou ne pas trop se challenger. Voilà ce que je pouvais vous dire. En gros, là où je me disais pourquoi est-ce qu'on a tous un peu les mêmes intérieurs, c'est un peu plus compliqué que ça. Et du coup, il ne faut pas trop se juger ou s'auto-flageller, parce que vous avez vu, il y a quand même plein de choses qui rentrent en jeu. Ce n'est pas qu'une question de tendance, c'est vraiment un peu une question de système. Il y a toute une dimension assez sociologique, économique, etc. Donc, est-ce qu'il ne faut pas quand même incarner un peu plus ? Est-ce qu'il ne faut pas remettre un peu plus de chaos dans tout ça, assumer un peu plus le perso ? Moi, clairement, j'aurais tendance à vous dire oui, surtout, évidemment, pour éviter cette uniformisation qui est un peu tristoune, mais qui est malgré nous. donc on va quand même se détendre si on a Tous un peu le même style. C'est pas qu'on copie les autres, c'est plus compliqué que ça. Bon, j'arrête parce que je pourrais continuer à parler toute seule, parce que là je parle quand même toute seule depuis une demi-heure. Merci beaucoup d'être encore là. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à l'envoyer à un copain, une copine, un cousin, une cousine, un frère, une sœur, un collègue, bref, quelqu'un que ça pourrait amuser ou aider d'entendre ce petit épisode. Et surtout, n'hésitez pas aussi à le partager. Ciao, à bientôt.