Speaker #0Il y a une phrase qu'on ne dit presque jamais à voix haute. Je ne me sens pas légitime. Pas légitime d'être aimée, pas légitime de demander de l'aide, pas légitime de réussir, pas légitime d'exister pleinement. Et moi, cette phrase, je l'ai portée pendant des années, sans la dire, mais en la vivant. Et le plus dur, c'est que je me suis même sentie illégitime de créer ce podcast. Éloie-toi ! et bienvenue dans Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Je suis Nathalie, une femme engagée, unijambiste et aujourd'hui, on va parler d'un sujet qui fait mal, mais qui libère, le sentiment d'illégitimité. Se sentir illégitime, ce n'est pas juste une pensée, c'est un ressenti, un ressenti qui s'installe, qui s'infiltre dans plusieurs domaines de ta vie. Au travail, tu peux avoir l'impression de devoir prouver deux fois plus, de devoir montrer que tu es capable, que tu mérites ta place, et du coup, tu te mets une pression énorme. Dans la famille, il y a quelque chose dont on parle peu, la dévalorisation. Pas forcément volontaire, pas forcément méchante, mais réelle. Tu sais, ces moments où tu parles et on ne t'écoute pas vraiment, ces moments où ton avis passe après, où on décide pour toi, où on te coupe la parole. sans même s'en rendre compte. C'est le moment où tu sens qu'on ne te prend pas totalement au sérieux et ça, ça pique. Parce que ça vient de personnes qui sont censées te connaître, te soutenir, te reconnaître. Mais au lieu de ça, tu peux te sentir diminué, parfois même infantilisé, mis de côté. Et sans t'en rendre compte, tu intègres ça, tu parles moins, tu t'affirmes moins, tu doutes plus et petit à petit, tu te mets à croire que ton avis a moins de valeur. Alors que ce n'est pas vrai, ce n'est jamais vrai, dans l'amour tu peux douter profondément, te demander si quelqu'un peut vraiment t'aimer, pas par pitié, pas par habitude, mais pour ce que tu es. Et il y a quelque chose d'autre, quelque chose de plus discret, mais tout aussi lourd, le fait de ne pas oser demander de l'aide. Je vais être honnête avec toi, moi, je suis quelqu'un qui n'aime pas demander de l'aide. Pas parce que je n'en ai pas besoin, mais parce que j'ai toujours eu peur de déranger, toujours eu peur d'être une charge pour les autres. Alors du coup, je fais seule, je gère seule, je me débrouille, même quand c'est difficile, même quand je pourrais être soulagée. Et tu sais, ce qu'il y a derrière ça, ce n'est pas de la force, c'est de la peur, la peur de rendre. de prendre trop de place, la peur d'en demander trop, la peur de ne pas être légitime, même pour être aidé. Et ça, c'est violent. Parce que ça veut dire que même dans tes besoins, tu t'autorises moins que les autres. Et dans la vie en général, tu peux ressentir cette chose étrange. Je suis là, mais est-ce que j'ai vraiment ma place ? Est-ce que je suis vraiment à ma place ? Et ça, c'est épuisant. Parce que tu es toujours en train de te retenir, de t'adapter, de compenser sans même t'en rendre compte. Alors forcément, on finit par se poser la question. Pourquoi ? Pourquoi ce sentiment est aussi fort ? Surtout quand on vit avec un handicap. Et là, j'aimerais t'expliquer quelque chose d'important. Parce que comprendre, ça libère. L'illégitimité, ce n'est pas un manque de valeur, c'est un conditionnement. On ne naît pas en se sentant illégitime, on l'apprend petit à petit. D'abord à travers le regard des autres. Quand tu es différente, on te regarde autrement et ton cerveau enregistre. Ensuite, à travers les expériences, famille, travail, société, tu accumules des situations où tu te sens à part. Et ton cerveau conclut, je ne suis pas à ma place. Et puis ton cerveau te protège. Il préfère que tu n'oses pas plutôt que tu sois rejeté. Ils préfèrent que tu te retiennes plutôt que tu sois jugé. Donc en réalité, tu ne manques pas de légitimité. Tu as appris à en douter. Et ça, ça change tout. Mais il y a un autre obstacle, la critique. Je vais te dire quelque chose. Oui, j'ai eu peur de la critique. Une vraie peur. Quand j'ai pensé à créer ce podcast. Et j'ai imaginé les jugements. Et s'ils ne me comprennent pas. Et s'ils me jugent. Et si je ne suis pas à la hauteur ? Et tu sais quoi ? J'ai presque renoncé. Pas parce que je n'avais rien à dire, mais parce que j'avais peur du regard des autres. Et puis un jour, je me suis posé une question. Est-ce que je vais laisser la peur décider de ma vie ? Et là, j'ai compris. Les gens qui critiquent ne vivent pas ma vie. Et surtout, les gens... de critiques alors qu'ils n'ont pas l'audace d'oser. Alors j'ai fait un choix, pas celui de ne plus avoir peur, celui d'avancer quand même. Et pourtant, moi aussi, je me suis sentie illégitime. Mais aujourd'hui, je sais une chose, tu es légitime. Légitime de demander de l'aide, légitime d'aimer, légitime d'être aimé, légitime de réussir, légitime de prendre ta place, même avec un handicap. Tu n'as pas à mériter ta place, tu l'as déjà. Alors si tu dois retenir une seule chose, tu ne manques pas de légitimité, tu as appris à en douter. Et ce que tu as appris, tu peux le déconstruire aujourd'hui. N'attends pas qu'on t'autorise. Autorise-toi ! Merci d'avoir écouté cet épisode de Déconstruire Ensemble. Partage-le si ça t'a parlé. Et surtout, reste fier de qui tu es.