- Speaker #0
Bienvenue dans Déconstruire Ensemble, le podcast qui fait exploser les clichés sur le handicap. À travers chaque épisode, vous entendrez la voix et le regard sans filtre de Nathalie Jeanne, une femme engagée, unijambiste, stomisée, vivant avec un spina bifida et une hydrocéphalie valvée. Elle y partage ses galères, ses combats, ses joies. Et surtout, une vision directe, humaine et sans concession de la vie avec un handicap. Ici, on parle vrai, on rit, on doute, on déconstruit ensemble.
- Speaker #1
Bienvenue dans Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Aujourd'hui, je reçois... Une amie spéciale pour un sujet spécial qui est l'amitié valide-invalide, ce que l'une apporte à l'autre. Alors Stéphanie, je vais t'inviter à te présenter.
- Speaker #2
Stéphanie, alias Yai. Donc, on y va.
- Speaker #1
Et moi, vous me connaissez, c'est Nathalie. Donc, une amitié entre une personne valide et une personne handicapée, on croit tous connaître l'histoire d'un couple. côté, la super-héroïne au grand cœur, celle qui aide, qui se dévoue de l'autre, la personne fragile qu'il faut sauver. Celle qui inspire la pitié ou au mieux une sorte d'admiration distante. C'est l'image que les films nous vendent, celle qu'on lit dans les regards insistants dans la rue et parfois dans notre propre gêne. Mais la réalité, elle est tellement moins cliché et infiniment plus riche. On va vous raconter la nôtre parce que quand les gens nous voient beaucoup pensent avoir tout compris. Il y en a une qui donne, Stéphanie, et l'autre qui reçoit, moi. Et si on vous disait que c'est beaucoup plus complexe et surtout beaucoup plus beau que ça, que c'est un échange où chacune, mais vraiment chacune, reçoit autant qu'elle donne.
- Speaker #2
Je vais commencer par le cliché qui me colle à la peau en tant que personne valide. Cette idée que mon rôle dans notre amitié, c'est d'aider. Pousser ton fauteuil, ouvrir une porte, t'aider à lire un menu, Bien sûr, ces gestes existent, ils font partie de notre quotidien. Mais croire que notre amitié se résume à ça, c'est passer à côté de 99% de ce qu'on vit. C'est voir la mécanique et oublier l'humain. Avant de te connaître, je vivais dans un monde à ma taille. Un monde où un trottoir n'était qu'un trottoir, où entrer dans un bar était une évidence, où prévoir une sortie n'avait rien d'une mission logistique. Je ne me posais aucune question. Ma normalité, je pensais que c'était la norme. Tout ce qui sortait de ce cadre était juste un problème à résoudre. C'est ça, le validisme ordinaire. Cette façon de penser qui, même sans méchanceté, hiérarchise les corps et fait du corps valide la seule référence. Notre amitié a fait exploser ces murs. J'ai appris à voir le monde avec tes yeux. Une simple marche est devenue une barrière, un regard de travers, une micro-agression, un site web sans description d'image, une porte fermée. D'un coup, mes petits soucis du quotidien m'ont paru complètement dérisoire. Tu m'as offert une nouvelle perspective, et ça, ça n'a pas de prix. Et puis, il y a la créativité que ça m'a forcé à développer, l'obligation de toujours trouver des plans B, de hacker le système. Comment on fait pour aller à ce concert si la salle n'est pas accessible ? Comment on trouve un itinéraire sans pavé ? On développe un sens de l'adaptation et un humour face à l'absurde qui sont complètement libérateurs. Mais le plus important, ce n'est pas ce que je fais pour toi, c'est que ta présence fait sur moi. Dans une société qui nous pousse à être performants et autonomes, A tout prix, notre amitié m'a appris la beauté de pouvoir compter l'une sur l'autre, admettre qu'on a besoin des autres. Ce n'est pas une faiblesse, c'est la base de tout lien humain. J'ai appris la patience, j'ai appris à écouter vraiment, pas juste à attendre mon tour pour parler. J'ai appris que la meilleure aide que je pouvais t'apporter n'était pas physique, c'était juste d'être là, d'être ton ami, point. Et ça, ce n'est pas de l'aide, c'est un privilège.
- Speaker #1
À mon tour, le revers de la médaille. Si on la voit comme la sauveuse, Stéphanie, ça veut dire que moi, Nathalie, je suis celle qui a besoin. La personne passive qui attend qu'on s'occupe d'elle. Les gens s'imaginent que je passe mon temps à demander. demander de l'aide. Et c'est vrai, parfois je dois demander un coup de main, c'est un fait. Mais penser que ma contribution à notre amitié s'arrête là, c'est me résumer à mon handicap, c'est m'effacer. Ce que les gens ne voient pas, c'est tout ce que j'apporte en retour. Vivre avec un handicap dans un monde qui n'est pas fait pour toi, ça te forge, ça développe une résilience, une force mentale que beaucoup de personnes valides n'ont jamais l'occasion de... musclé. Cette capacité à encaisser les coups, à se relever, à trouver de la joie même quand c'est difficile. C'est une force et cette force, je la partage. Quand mes amis traversent une mauvaise passe, j'ai une perspective différente à leur offrir. On peut dire que j'ai une certaine expertise en gestion de crise. J'amène aussi une sorte d'honnêteté radicale. Ma présence force les gens à être vrais. Avec moi, c'est difficile de se cacher derrière des faux semblants. Soit les gens sont mal à l'aise et fuient, soit ils sont authentiques. Il n'y a pas d'entre-deux. Notre amitié, la force, elle et mes autres amis à aller droit au but. A laisser tomber le superficiel. On ne peut pas baser une relation sur l'image. C'est d'accord avec moi. Quand l'une des deux est déjà hors norme, on va direct à l'essentiel. Et puis, il y a mon expertise. Je suis devenue, un peu malgré moi, une experte en accessibilité. en droit, en psychologie sociale. Je décode des dynamiques de pouvoir que les autres ne voient même pas. Je suis un détecteur de validisme ambulant. Ce savoir, c'est quelque chose que j'apporte. J'éduque mes proches, non pas comme un prof, mais simplement en vivant ma vie. Je les rends plus attentifs, plus conscients. Et enfin, le plus important, j'apporte ce que n'importe quel ami apporte, mon humour, mes passions. Mes coups de gueule, mes conseils amoureux, foireux. Ma dernière obsession musicale, je suis une personne entière. Le handicap est une partie de moi, ce n'est pas tout ce que je suis. Mes amis ne sont pas mes amis malgré mon handicap. Ils sont mes amis, point. Pour eux, mon handicap n'est pas un drame, c'est juste une caractéristique. Ce qu'ils attendent de moi, c'est que je sois une amie. Et c'est tout ce que j'essaie d'être.
- Speaker #2
Pour que ce soit un peu moins théorique, on s'est dit qu'on allait se poser quelques questions simplement devant vous. T'es prête ?
- Speaker #1
Plus que jamais, vas-y !
- Speaker #2
Alors, c'est quoi la chose la plus importante que notre amitié t'a apprise sur les personnes valides ?
- Speaker #1
Alors, la chose la plus importante que notre amitié m'a apprise, c'est que la maladresse n'est pas toujours de la méchanceté. Au début, beaucoup de gens sont gauches, ils ont peur de mal faire. de blessés, peur de ce qu'ils ne connaissent pas. J'ai appris à ne pas les juger trop vite. Ça dépend des jours. Et surtout, tu m'as appris que l'envie sincère de comprendre peut faire tomber toutes les barrières. Qu'une amie valide peut devenir ta meilleure alliée, non pas par pitié, mais par pure affection. Et toi, Yahi, la plus grande leçon que tu as apprise avec moi ?
- Speaker #2
Alors moi, c'est vraiment l'humilité, clairement. J'ai appris à me taire et à écouter, à arrêter de croire que je savais mieux parce que j'étais valide. J'ai compris que je n'avais aucune idée de ce que tu vivais et que mon rôle, ce n'était pas de débarquer avec mes solutions toutes faites, mais de te demander simplement de quoi tu as besoin. Ça a changé toutes mes autres relations. Poser cette question au lieu d'imposer mon aide, c'est une révolution.
- Speaker #1
Question suivante madame, c'est quoi le plus grand avantage de notre amitié, un truc que les gens ne voient pas ?
- Speaker #2
Alors, je dirais la vérité. On ne peut pas tricher. Notre relation nous oblige à être vrai. La vulnérabilité est sur la table dès le départ. Et une fois que tu acceptes ça, tu peux construire quelque chose d'incroyablement solide. On a sauté toute l'étape. des banalités, des discussions de surface, un gain de temps fou.
- Speaker #1
Tellement d'accord. Pour moi, le plus grand cadeau, c'est la normalité. Pour beaucoup de gens, je suis la fille en fauteuil. Avec toi, je suis juste moi. On peut se vanner, s'engueuler, se réconcilier. Il y en a eu un. Toi, tu oublies mon fauteuil et moi, j'essaie d'oublier tes défauts. C'est une amitié, c'est une bulle où je peux juste exister sans avoir à me justifier, à m'expliquer ou à m'expliquer. C'est un refuge.
- Speaker #2
Dernière question plus légère. On va rigoler un petit peu. C'est quoi la situation la plus absurde qu'on ait vécue ensemble ?
- Speaker #0
Tu t'en rappelles ? Oh oui !
- Speaker #1
Oh oui que je m'en rappelle ! La situation la plus absurde que nous avons vécue ensemble, c'est lors d'une fin de journée de travail, parce que Steph et moi on s'est connus au travail. J'attendais... Mon ambulancier, pour rentrer chez moi, qui une fois de plus était en retard, et Stéphanie n'a rien trouvé de plus à me dire. Mais pourquoi tu rentres pas à pied, t'habites à cinq minutes. Elle avait complètement occulté mon handicap et elle avait complètement occulté que j'étais amputée d'une jambe.
- Speaker #2
C'est... Moi je dirais que c'est... Voilà, t'es quelqu'un d'apparentier en fait pour moi et comme je te l'ai toujours dit, c'était plus qu'une personne invalide. T'es pas...
- Speaker #1
T'as oublié, t'as complètement occulté le handicap. C'est le cas de le dire. Donc voilà, au fond, si notre amitié est spéciale, ce n'est pas à cause du handicap, c'est parce qu'elle est profondément humaine, authentique. Le handicap, c'est juste une circonstance. Ce n'est pas le cœur de la relation. L'échange et l'enrichissement mutuel, ce n'est pas une sorte de compensation. C'est le principe de base de n'importe quelle amitié qui vaut le coup.
- Speaker #2
Puis, on n'est pas amis pour se donner des leçons de vie. On est amis parce qu'on se fait rire, parce qu'on s'est reconnus l'une en l'autre. Ça, c'est clair. Parce qu'on se soutient. La plus grande souffrance, ce n'est pas le handicap lui-même, c'est l'isolement qu'il peut créer. Et l'amitié, la vraie, c'est le meilleur antidote à ça, pour tout le monde.
- Speaker #1
On espère que ce podcast vous aura aidé à voir ce genre d'amitié un peu différemment, au-delà des clichés de l'aidante et de l'aidé. Si c'est le cas, et si vous pensez que ce message est important, n'hésitez pas à... partager ce podcast.
- Speaker #2
Et surtout, dites-nous en commentaire vos amitiés, quelles qu'elles soient, qu'est-ce qu'elles vous apportent de plus précieux, qu'est-ce que vous donnez et qu'est-ce que vous recevez. On a vraiment hâte de vous lire. Merci de nous avoir écoutés. A bientôt !
- Speaker #1
A bientôt sur Déconstruire Ensemble !
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté Déconstruire Ensemble ! Si cet épisode t'a parlé, partage-le autour de toi, à tes proches, sur les réseaux, dans les groupes où ça résonne. Chaque partage, chaque abonnement, c'est une voie de plus pour faire bouger les lignes. Alors abonne-toi et reste avec nous pour continuer à exploser les clichés, épisode après épisode. À très vite et surtout, reste fier de qui tu es.