- Speaker #0
L'épisode, il démarre dans quelques secondes, mais avant ça, je te rappelle, tu peux mettre 5 étoiles sur Spotify et Apple Podcast. Tu peux aussi mettre un commentaire sur Apple Podcast ou la section sondage sur Spotify. Et finalement, si tu veux me faire un retour sur Instagram, c'est dedicated underscore podcast. Je te remercie d'avance. Bonne écoute. Peace out.
- Speaker #1
What's up, y'all ? You're tuning in to the Dedicated Podcast.
- Speaker #0
Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien. On est en direct live du Barthes à Neuchâtel et j'ai un public en face de moi. Est-ce que le public peut applaudir qu'on entende qu'ils sont là ? Voilà, magnifique ! C'est superbe ! Merci à tous d'être là. Alors, comme d'habitude, je reçois un invité. Alors aujourd'hui, on ne va pas parler de musique, on ne va pas parler d'un sujet de société. Enfin si, pour ceux qui consomment BFM TV et CNews, ça parle beaucoup d'immigration. Mais on va prendre un angle différent aujourd'hui. J'ai à côté de moi Mélone. Mélone, comment tu vas ?
- Speaker #2
Ça va bien, merci.
- Speaker #0
Est-ce que vous l'entendez assez bien ? Oui ? Ok, très bien. Alors Mélone, il est érythréen, comme moi. Il est en Suisse depuis quelques années, mais on va faire un petit tour autour de son parcours, parce que vous allez voir, c'est assez intéressant. Et on va démarrer tout de suite. Donc Mérone, tu viens d'Érythrée et tu as grandi à Caren, Caren qui est une ville au nord d'Asmera. C'est la deuxième ville d'Érythrée. Il y a environ, alors je ne sais pas, il faut me corriger si je me trompe dans les chiffres, mais ils disent environ 140 000 personnes qui vivent à Caren. Ça doit être plutôt avec les alentours. Quand tu repenses à ton enfance à Caren, c'est quoi la première image qui te vient ?
- Speaker #2
Je pense que la première image qui me vient... La plupart des retraits peuvent confirmer, je pense, une ville qui a beaucoup de religions, que ce soit des musulmans, des chrétiens, des chrétiens catholiques, des protestants, des orthodoxes. Je pense que la ville la plus mélangée des retraites, c'est de trouver tous les types d'ethnies et religions. C'est la ville qui accueille tout le monde. tous les types de personnalités en Erythrée. C'est pour ça qu'elle est connue, puis je suis content de venir dans cette ville.
- Speaker #0
Alors, il faut savoir, pour ceux qui ne sont pas au courant, en Erythrée, il y a plusieurs ethnies, donc ça veut dire qu'il y a plusieurs langues, et Karen, je ne vais pas me tromper, mais il parle tigrinya ou il parle bilène là-bas ?
- Speaker #2
Je vais fâcher peut-être certains, mais la plupart parlent tigrinya, mais on a quand même bien dominé par bilène.
- Speaker #0
Ok, donc Bilen, c'est une des ethnies et une des langues. Alors, t'es né à Karen ?
- Speaker #2
Exact, c'est ça.
- Speaker #0
C'est quoi le quotidien là-bas ? Donc, tu vas à l'école, primaire. C'est quoi les activités ? Tu joues au foot avec tes copains ? Comment ça se passe quand t'es gamin ?
- Speaker #2
En fait, Karen, c'est une ville vraiment... Comme tous les gamins, tu vas à l'école, tu fais des activités sportives ou d'autres activités, que ce soit la musique ou autre chose. Après, Keren, on va dire que c'est à peu près le centre du pays pour la partie commerciale. C'est-à-dire que tous les produits qui viennent depuis le projet, c'est, on va dire, entre guillemets, le soudan. Tout passe par Keren pour faire distribuer via la capitale, c'est-à-dire Asmara. Massawa et puis ailleurs. C'est-à-dire qu'il y a quand même beaucoup de monde. Du coup, il y a plusieurs activités à faire dans cette ville. Moi, j'ai grandi comme la plupart des enfants à Cairn, à l'école, jusqu'à mes 15 ans. Et puis ensuite, je suis arrivé à l'âge d'à peu près 16 ans en Suisse.
- Speaker #0
Pas trop vite. Pas trop vite. Oui, mais je me souviens. Tu as parlé, il y a beaucoup de commerce qui est fait là-bas. Si je ne me trompe pas, c'est là-bas que vous allez acheter le bétail. Ok, très bien. Merci, je voulais juste vérifier. Toi, tu aimes le foot, toi ? Oui. Tu es fan de quelle équipe ?
- Speaker #2
Ça fait mal, mais Arsenal.
- Speaker #0
Arsenal. Ok. Non, parce qu'il faut savoir, en Erythrée, c'est simple. En tout cas, de cette génération, c'est soit Arsenal, soit Manchester. Tu as parlé de la ville, de la langue, dans quel type d'enfance, l'école normale. Donc l'école, tu y vas jusqu'à l'école obligatoire comme tout le monde. Mais il y a un moment où ça devient un peu compliqué. Est-ce que tu peux peut-être expliquer pourquoi ça devient compliqué ?
- Speaker #2
Je ne sais pas si on va parler de la même chose, mais je pense que c'est le moment quand tu vas finir ton école obligatoire.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #2
Pour aller faire, on va dire, le service civil, l'armée. Obligatoire, je pense, dans la plupart des pays, c'est obligatoire. Après, vu qu'il n'y a pas de limite, si tu ne fais pas de bonnes notes, tu n'as pas les moyens pour continuer encore. à faire tes études dans les collèges, c'est là que tu dois décider pour ton avenir. Soit tu vas servir le pays, mais en déterminé, soit tu vas décider de quitter le pays. Actuellement, c'est le cas de la plupart des gens.
- Speaker #0
Pour le contexte, je vais prendre l'exemple en Suisse. On va dire que c'est comme si l'école obligatoire va jusqu'à la 12e année, je crois. et Les dernières années se font dans le cadre du service civil, du service militaire. C'est-à-dire que vous êtes déployé à un endroit et c'est là-bas que vous terminez votre étude. Je me trompe ou pas ?
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #0
C'est ça. Et toi, est-ce que tu as des bonnes notes ?
- Speaker #2
Honnêtement, jusqu'à la quatrième, j'ai galéré beaucoup. Après, j'étais vraiment dans les top 3, top 5, top 10 jusqu'à… Ah ouais.
- Speaker #0
Ah ouais, magnifique et du coup t'as des bonnes notes, ça veut dire que potentiellement tu vas aller faire tes dernières années à l'armée
- Speaker #2
Moi, je n'ai pas fait l'armée parce que je suis parti quelques mois, voire une année avant le départ. Parce que je sentais arriver, puis si mes parents se voyaient, ça allait arriver. Ça n'a pas arrivé. Moi, j'avais des amis qui sont partis après moi parce que j'ai quitté et j'ai pris des nouvelles. Ils étaient un des premiers dans la classe. Quand ils sont allés faire l'examen, peut-être que par hasard ça peut être le stress. Vu qu'on est resté loin pendant une année, loin de la famille, des proches. La situation n'est pas vide. On peut se retrouver à faire des mauvaises notes. Au final, peut-être les parents qui voyaient leurs enfants à faire des études, devenir médecins ou autre chose, vont peut-être le voir à porter une arme loin de la famille encore une fois pendant 30 ans, 40 ans, 50 ans.
- Speaker #0
Mais du coup, si tu n'as pas fait l'armée, c'est-à-dire que entre le moment où... Tu arrêtes l'école et tu quittes le pays. Parce qu'on va y arriver. Il y a combien de temps ?
- Speaker #2
Moi, ça dure à peu près... J'ai essayé de partir du pays, c'était en juin.
- Speaker #0
Quelle année ?
- Speaker #2
En 2012.
- Speaker #0
Et toi, tu avais quel âge ?
- Speaker #2
Là, j'avais à peu près 15 ans.
- Speaker #0
15 ans, ok.
- Speaker #2
J'ai essayé de partir, je me rappelle très bien la date, c'était le 28 juin 2012. J'ai essayé de fuir quand même le retrait. Après, il faut quand même préciser, j'invite déjà mes parents aussi en Suisse. Du coup, j'ai essayé de partir du pays. Le 2 juillet 2012, on a essayé de partir par la troisième ou la quatrième capitale du pays qui s'appelle Mendeferra. Et puis à ce moment-là, on s'est fait rattraper par la police et les armées de cette ville. C'est à ce moment-là que je me suis retrouvé enfermé dans la prison pendant exactement six mois parce que je suis sorti de prison via une caution pile six mois le 18 janvier 2013.
- Speaker #0
Ok. Je vais revenir à une question juste, on va rétro-pédaler. Quand tu étais à l'école, avant que tu quittes l'Erythrée, c'est de quoi que tu rêvais le plus ? Qu'est-ce que tu voulais faire ?
- Speaker #2
avant de penser à partir après personnellement moi j'aime bien tout ce qui est business même quand j'étais à l'école j'essayais de faire des trucs même dans les magasins aux alentours où j'habitais pour vendre et acheter encore plus loin Du coup, j'ai rêvé de faire de grandes choses à part l'école, même si j'étais bien à l'école. Mais j'ai rêvé de faire encore plusieurs choses à côté.
- Speaker #0
Quel type de choses ?
- Speaker #2
Faire du business, acheter ça, vendre ça ou faire des activités, des événements. Puis on voyait que même j'avais deux, trois personnes qui étaient dans ma classe, qui sont partis des pays, soit de leurs propres idées, soit... Peut-être que leurs parents étaient à l'étranger. Ça peut être la Suisse, ça peut être en Europe ou en
- Speaker #0
Asie. On va revenir à la prison. Alors, tu dis que tu rentres en prison le 18 juillet.
- Speaker #2
Exact.
- Speaker #0
Dans quelle prison ? A Mendefara ?
- Speaker #2
A Mendefara, exactement.
- Speaker #0
Donc Mendefara qui est la troisième ou quatrième ville ?
- Speaker #2
Troisième ville.
- Speaker #0
Je ne sais pas. Bref. Trois ou quatrième ville d'Erythrée. Donc là, tu es en prison là-bas ?
- Speaker #2
Exactement, j'étais en prison dans cette ville-là. Attends,
- Speaker #0
mais on dit prison, est-ce qu'il y a quatre murs ?
- Speaker #2
En fait, c'est différent parce que dans cette prison, il y avait deux cellules. Une, c'est vraiment, on va dire, entre 9 et 10 mètres carrés. La deuxième salle, c'était à peu près 700 mètres. Donc combien de mètres carrés ? Juste pour vous donner une petite idée, la première solide où je passais à peu près un mois et demi, cinq semaines, on faisait comme une chambre dans un appartement. Et puis la deuxième, on est là comme une salle de basket. Dans cette salle de basket, on était 700. Juste avant, on était à peu près 40 dans une chambre. C'est-à-dire, on dormait, je ne sais pas si on le dit ça en français, on disait cortello, c'est-à-dire tu dors que sur le côté. Je crois que c'est un mot italien, je crois, cortello. Du coup, tu dors que sur le côté.
- Speaker #0
Ils ont même inventé un mot pour ça.
- Speaker #2
Parce que le rétré, si jamais il était colonisé par l'Italie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Et puis, en fait, tu ne peux pas te tourner, tu peux dormir sur un côté. C'est-à-dire que toutes les personnes étaient collées dans le même sens. On était à peu près, je crois, le maximum qu'on a atteint était 42. Juste pour vous donner l'organisation de cette cellule. Vous avez la porte d'entrée juste derrière. La première personne qui arrive dans cette prison, elle est plus proche de la porte. Parce qu'il y a l'air frais qui rentre par la porte. C'est lui qui gère le prison. Celui qui est le plus proche de la porte, il va profiter de l'air frais. Celui qui arrive dernier, il est à peu près où il est habillé. Et puis où il y a le mixeur, c'est exactement où on va faire les bosons. Parce que c'est là que vous allez pisser, même si vous êtes malade, c'est là que vous allez se soigner rapidement. Dans le sens que vous avez le droit d'aller faire vos besoins à 6h du matin une fois, puis la deuxième fois ce sera à 6h d'après-midi.
- Speaker #0
Du soir.
- Speaker #2
Du soir, exactement. C'est-à-dire, si vous avez une maladie ou vous avez des arrêts parce que vous avez mangé autre chose, un truc qui ne va pas. Dans la même chambre, vous allez faire vos besoins devant tout le monde, peut-être une ou deux personnes qui vont peut-être vous couvrir avec des habits, avec des couvertures, en attendant que vous fassiez un stade. Moi, j'ai eu la chance, grâce à Dieu, j'ai fait. que cinq ou six semaines je me rappelle pas bien mais certains étaient là depuis trois quatre ans comme par hasard la même personne qui était là qui faisait partie du jeu qu'ils étaient devant la porte j'ai le croisé à trois en allemagne sa vie a beaucoup changé mais maintenant j'essaie d'aborder ce jeu là juste pour un petit rappel et puis voilà pour discuter du passé Cette personne, elle n'a même pas envie de parler de ça, parce qu'elle a été tellement traumatisée. Et puis, juste pour faire la suite, vous avez le droit de manger deux fois par jour. Je ne sais pas si je vais dire deux fois, mais le matin, vous avez le droit d'enter à peu près dans ce verre-là. Et puis du pain, ce n'est pas la farine blanche, c'est vraiment une farine. tout noir, on apprécie que c'est des cailloux. Et puis, en midi, vous ne mangez pas. Et puis, le soir, vous mangez avec des céréales, un peu de... Il n'y a pas de viande. Et avec un seul pain ou deux pains, ça dépend du jour. Et encore une fois, quand vous allez faire les besoins le matin à 6h du matin et le soir à 6h du soir, pas que vous vous fuyez de prison, vous êtes au... En fait, les armées, pour 40 personnes, il y avait à peu près 12 ou 13 personnes qui venaient nous surveiller. Malgré ça, on était quand même attachés, c'est-à-dire on est attachés derrière les bras comme ça, les pieds et les... Toute la journée ? Non, quand vous allez sortir pour faire les beaux-arts.
- Speaker #0
Ah, ok.
- Speaker #2
C'est-à-dire que vous êtes attachés les pieds et les bras, et en même temps, vous êtes attachés avec une autre personne. C'est-à-dire, si Abhi décide de partir, puis moi je n'ai pas envie de partir, il ne peut pas. Il est obligé de rester. Du coup, voilà. C'est incroyable parce que... Maintenant de parler comme ça, quand on est loin de cette situation, ça s'est déjà passé depuis 13 ans maintenant, ça ramène un peu de sourire, ça ne fait pas autant réfléchir, mais quand vous êtes dedans, on a l'impression que notre vie est terminée, on ne peut pas sortir.
- Speaker #0
Quand tu es en prison, c'est de quoi que tu rêves le plus ?
- Speaker #2
En fait, en vrai, tu n'es pas très vagrant, rien du tout. C'est clair, en fait, même pour moi, pour mon cas, je voyais ma vie, je disais, je vais faire ça, je vais faire ça, je vais faire les études, je vais arriver à ça, En fait, tout est bloqué.
- Speaker #0
Là,
- Speaker #2
tu prie juste de sortir.
- Speaker #0
Tu savais que tu allais faire 6 mois ?
- Speaker #2
Tu ne sais pas du tout.
- Speaker #0
Je connais la réponse, mais je pose la question.
- Speaker #2
Non, tu ne sais pas du tout en vrai.
- Speaker #0
Parce qu'il n'y a pas eu de jugement ? Non,
- Speaker #2
tu ne sais pas du tout. Parce que si tu vois, il y a des gens qui font une semaine, ils n'arrivent pas à sortir. Soit ils vont payer une caution, parce que leur cas n'est pas trop compliqué que le nôtre.
- Speaker #0
Mais du coup, la caution, elle était à combien ?
- Speaker #2
À l'époque, c'était à peu près 10 200 dollars.
- Speaker #0
$10 200 ? 2.
- Speaker #2
2
- Speaker #0
200 $. À 2 000 ?
- Speaker #2
Oui. Après...
- Speaker #0
C'est quoi le salaire moyen en Eritrée ?
- Speaker #2
C'est à peu près 25-30 $.
- Speaker #0
Le salaire moyen ?
- Speaker #2
Oui. Ok. Après, ce qu'il ne faut pas oublier, parce que moi j'ai payé, j'ai eu la chance, parce qu'au bout de quatre mois, ils nous ont dit qu'on ne pouvait pas rester tout le temps dans la prison. Du coup, ils ont dit qu'ils allaient faire l'armée obligatoire. C'est-à-dire à environ 50 km de cette ville, on est partis faire l'armée. Des encombres qui ont été construites pour la première fois. Mais nous, on a participé à la construire. Et puis, vu qu'on était...
- Speaker #0
Pendant que tu étais en prison, ça faisait partie de ta peine.
- Speaker #2
Exactement. En fait, on est sortis de là. Ça fait environ 50 kilomètres de cette prison. On a été faire l'armée, soit disant qu'on va faire l'armée obligatoire, puis après, on sera libérés, pas libérés, mais on va faire partie d'un service militaire, qu'on va servir le pays. Du coup, tu vas faire l'armée pendant six mois. Et puis moi, c'était pas du tout mon truc. Je me suis dit, encore une fois, je vais essayer de m'enfuir.
- Speaker #0
Attends, mais ils ont payé la caution ou pas ?
- Speaker #2
Là, c'est pas encore.
- Speaker #0
Pas encore. Donc là, t'es à l'armée, etc. Donc là, tu parles de t'enfuir de l'armée.
- Speaker #2
Exactement. Pendant la survie, j'ai fait une semaine.
- Speaker #0
Parce que là, quand même, la prison, c'était dur, là.
- Speaker #2
Là, c'était dur. Là, c'est pas encore fini. Je vais revenir sur... La prison après, mais juste pour la question de question. En fait, là j'ai fait une semaine, je vois que le soleil c'est à table, pareil tu ne manges pas, tu te lèves à 5h du matin, tu es fort. Attends,
- Speaker #0
le soleil c'est à table, ça veut dire qu'il n'y a pas de toit ?
- Speaker #2
Il y a un toit, mais en fait toute la journée tu passes dehors.
- Speaker #0
Ah ok, je fais juste l'armée, pardon.
- Speaker #2
Tu es obligé de construire une nouvelle maison, tu es obligé de faire des activités comme de l'armée. J'ai dit non, je ne vais pas faire longtemps. Et puis, là, la même chose, j'ai fait une semaine, puis j'ai essayé de m'enfuir.
- Speaker #0
Quand vous étiez dehors ?
- Speaker #2
On était dehors. En fait, c'est ce qu'on a fait. C'est à la corruption, mais...
- Speaker #0
Attends, attends, avant juste. On est d'accord, je ne connais pas l'endroit, mais pour arriver à l'endroit où vous étiez, je suis sûr qu'il y a une route pour arriver, une route pour partir.
- Speaker #2
C'était vraiment entouré par les montagnes. Si tu voulais partir de là, tu es obligé de monter les montagnes pour descendre encore plus bas et puis fuir. Juste pour te préciser, quand on s'est fait attraper de bio pour fuir le pays, on était 4-5 personnes.
- Speaker #0
C'est ce que j'allais te demander. Vous étiez tous ensemble en prison ?
- Speaker #2
Exactement, on était tous ensemble et puis on a eu la chance et on est tous partis faire le service militaire. Puis là, on a réfléchi, on s'est dit, aujourd'hui, c'est Miron qui va partir. Et puis le gardien qui va nous aider à partir, c'est peut-être Abic qui va le payer. Et ensuite, ça sera quelqu'un d'autre. Mais après, c'est lui qui reste là-bas qui va lui payer l'argent. On s'est organisé comme ça.
- Speaker #0
C'est prison break, ça.
- Speaker #2
On ne connaît pas l'endroit exactement.
- Speaker #0
Mais c'est vrai. Prison break. Il y en a un, il a payé l'autre, qui a payé l'autre.
- Speaker #2
Exactement. En fait, parce que moi, je ne peux pas le payer. Je suis obligé de le payer une fois que j'ai quitté l'endroit. je peux pas revenir pour le payer ils vont me choper on a essayé de faire comme ça puis il me dit écoute on a été chercher des cailloux pour qu'on sache la maison il me dit écoute là il n'y a pas trop de monde essaye de monter la montagne par là puis tu vas descendre puis après tu vas marcher à peu près 400 km puis tu vas arriver à la ville qui s'appelle c'est la cinquième ou sixième ville de l'Erythrée et puis j'ai dit ok Merci. J'ai essayé de monter les montagnes.
- Speaker #0
Là, tu étais seul ?
- Speaker #2
J'étais seul. Et puis, là, il y a une personne de loin qui me dit, écoute, arrête-toi. Là, je me suis dit, je ne peux pas m'arrêter parce que si je m'arrête, ça va partir en...
- Speaker #0
En vrille,
- Speaker #2
oui. Là, je me suis dit, vas-y, je vais courir. J'ai essayé de courir. Je crois qu'il y avait 5-6 personnes qui ont tiré en l'air. Je crois qu'ils ont fait à peu près une dizaine de tirs. Là, j'ai dit, je ne vais pas m'arrêter. J'ai essayé de courir. Je crois que ça a duré 15 minutes. Avant d'arriver au haut de la montagne, je crois qu'il y avait deux voitures, plusieurs personnes. Ils sont arrivés. J'ai l'impression que... T'as essayé de tuer le président du pays,
- Speaker #0
quoi.
- Speaker #2
Ouais.
- Speaker #0
Ils t'ont attrapé ?
- Speaker #2
Là, ils m'ont attrapé.
- Speaker #0
Deux fois ?
- Speaker #2
Et puis là, honnêtement, je me suis fait taper. Mais moi, je me suis dit des fois, tu peux pas taper un autre homme comme ça. Même les personnes... Juste après, je vais revenir sur la prison, mais... Là, ils m'ont tapé, puis j'ai fait toute la nuit dehors. Et puis le lendemain, ils m'ont rendu à la prison où j'étais. Je retournais.
- Speaker #0
Ah ok. Donc là, tu ne faisais plus l'armée, la construction de la maison, etc. Exactement. Du coup,
- Speaker #2
ils m'ont retourné dans la prison où j'étais. Juste pour l'anecdote, c'était un jeudi, puis on avait le droit de visite des parents, des proches, le lundi et le jeudi. Du coup, en attendant, ils m'ont dit écoute, avant que les parents partent, tu restes dehors. Et après, une fois que les parents sont partis, tu vas rentrer. Du coup, j'étais en train d'attendre dehors. Et les personnes avec qui j'étais en prison, ils ont eu l'occasion de voir leurs parents, puis ils sont sortis. Puis moi, je leur fais juste coucou. Comment ça va, machin ? Et puis les gens, ils n'arrivent pas à me reconnaître. Parce que j'étais tellement frappé, le visage. Et puis ils me disaient, qui c'est cette personne-là ? Qui nous dit bonjour ? Avec le soleil, avec...
- Speaker #0
Ouais, les blessures.
- Speaker #2
Les blessures, tout ça, les gens n'arrivaient pas à me reconnaître. Puis j'étais encore jeune, 15 ans, 16 ans. Pour eux, j'étais le petit gamin. Ils ne pensaient jamais que j'allais revenir.
- Speaker #0
Puis même toi, tu ne sais pas parce que tu n'as pas de miroir. Donc tu ne sais pas à quoi...
- Speaker #2
Exactement. Exactement. C'est assez dur. C'est là que j'ai dit, c'est là que tu penses, en fait, tu as plus de vie. Ça, tu vas faire le transfert entre les prisons, les prisons, entre plusieurs services. Armée, prison, armée, prison. C'est compliqué.
- Speaker #0
Ok. Mais du coup, comment ça se termine tout ça ? Parce qu'il y a un moment, là, tu es à côté de moi, du coup, tu fais l'armée, tu es en prison, tu vas faire des missions pour l'armée, tu te fais attraper, ils te remettent en prison. Et quand est-ce que tu sors complètement de ce système ?
- Speaker #2
En fait, on va faire le service une fois par année, voire deux fois par année. Ça dépend de l'endroit où on se trouve. Et du coup, la session pour nous s'est déjà passée parce qu'ils ont déjà commencé. Du coup, tu ne peux pas arriver au milieu du service. Et puis je voyais déjà, il y avait environ 700 personnes dans la deuxième salle. Puisqu'il était compliqué encore une fois, il y avait encore certaines personnes qui avaient le même âge que moi. Qui venaient de l'autre partie du pays, c'est-à-dire l'endroit qui fait plus chaud, de Rétré. C'est-à-dire qu'on l'appelle... C'est un peu comme le canton, mais il y a six zones en retrait. C'est Gajbarka, c'est-à-dire que c'est l'endroit qui fait le plus chaud en retrait.
- Speaker #0
C'est quoi la grande ville de Gajbarka ?
- Speaker #2
C'est Barontout.
- Speaker #0
Ah oui, c'est en bas.
- Speaker #2
Exactement, en bas.
- Speaker #0
Au sud, vers la frontière pour lutter.
- Speaker #2
Exactement. Du coup, il y avait plusieurs personnes qui sont venues là. Vu qu'on dormait par terre, on n'avait pas de couverture, il fait froid. Je pense en bout d'heure.
- Speaker #0
La nuit du coup ?
- Speaker #2
La nuit, exactement. Puis c'est ça, on n'avait pas de chaussures, rien du tout. Là on voyait peut-être, ça va je ne suis pas encore noirci, mais vous pouvez voir, on se lavait, je ne sais pas si je peux vous poser la question, mais devinez en six mois combien de fois on se lavait ?
- Speaker #0
Deux fois ? Il a dit deux fois.
- Speaker #2
Deux fois, exactement. On se lavait deux fois en six mois. Là, je me douche, en fait, je passe mon hiver 15 minutes. Je sais pas rattraper le temps que je me suis pas lavé pendant 6 mois, mais on s'est lavé deux fois en 6 mois. Du coup, on voyait les gens qui venaient de cet endroit de retrait, dans l'endroit qui fait encore... Un des endroits qui fait plus de froid. Maintenant, moi... On a perdu à peu près 5-6 personnes qui sont décédées. À cause de faim, ils avaient faim, les maladies, le froid. Et puis là, je me suis dit, en fait, il ne faut pas y aller à tout prix pour sortir de là.
- Speaker #0
On est d'accord que là, tu es à l'est, mais tu es proche de la frontière avec l'Éthiopie.
- Speaker #2
Exactement, oui, c'est ça. La partie Tessiné, Gachbarca...
- Speaker #0
La partie vers le Soudan.
- Speaker #2
Ça, c'est vers le Soudan.
- Speaker #0
Oui, ok. Oui, mais c'est proche de la frontière avec l'Éthiopie ? Ou Soudan ?
- Speaker #2
Exact, c'est juste...
- Speaker #0
Soudan, ok.
- Speaker #2
T'as suivi...
- Speaker #0
T'as ouvert le Sénat ?
- Speaker #2
Exact, ouais. T'as gagné une partie de l'Éthiopie. Et pardon, ouais. Exact.
- Speaker #0
Ouais, ça dépend de quel côté on regarde. Ok. Donc là tu vois tout ça, tu vois ces gens qui sont décédés, en gros, en fait je pense que tu te dis, de toute façon là il peut rien m'arriver de pire en fait.
- Speaker #2
Exactement c'est ça.
- Speaker #0
Donc là tu décides de fuir encore une fois.
- Speaker #2
Là en fait ils ont proposé, ils ont dit vous allez revenir dans la prochaine session pour faire l'armée, du coup soit vous restez à l'armée, soit vous allez payer une caution, on sait pas si on va le récupérer ou pas une fois qu'on est revenu. Mais je pense que c'est rarement que les gens récupèrent leur caution, même s'ils sont revenus en prison. Du coup, ils ont proposé de payer 10 200 dollars pour partir voir la famille. On n'a pas le droit de quitter le pays. Puis tu peux rester encore avec ta famille en attendant qu'ils t'appellent pour faire la prochaine session de dernier.
- Speaker #0
Donc là, vous payez et là, tu es libéré ?
- Speaker #2
Exactement. Là, on paye et je suis libéré préalablement. En attendant qu'ils m'appellent pour faire la prochaine session de l'armée.
- Speaker #0
Ok. Et là, du coup, tu rentres chez toi à Karen ?
- Speaker #2
Là, je rentre chez moi à Karen,
- Speaker #0
oui. Et puis du coup, là tu rentres à Karen, mais tu fais quoi ? Parce que tu n'es plus à l'école ?
- Speaker #2
Là, je ne suis plus à l'école. Tu ne fais rien en fait ? Je ne fais rien en fait. Je suis resté deux semaines à peu près à Karen. Et puis je voyais encore mes amis, les personnes avec qui j'étais à l'école. Ils étaient en train de se préparer pour partir à Sawa.
- Speaker #0
Ça voit qu'un des endroits où ils font l'armée.
- Speaker #2
Exactement. Ce qu'on disait avant, qu'on doit rester pendant une année pour faire le service obligatoire. Du coup, je les voyais se préparer. Ils restaient encore six mois. C'était au mois de janvier. Je suis sorti le 18. Je suis resté à peu près deux ou trois semaines. Et puis après, on a décidé avec mes proches... Je ne peux pas faire l'armée. Il faut trouver un moyen de quitter encore le pays.
- Speaker #0
Et du coup, tu as choisi quel ?
- Speaker #2
J'ai choisi de quitter le pays parce que je ne peux pas revenir à l'école. Je n'ai pas le moyen. J'avais qu'un seul choix. Si j'arrêtais dans le pays, c'était de faire l'armée. Pour moi, ce n'était pas mon idée. La même chose pour mes proches. Du coup, j'ai décidé de partir encore la deuxième fois, de quitter le pays.
- Speaker #0
Ok. Et là, tu quittes le pays et tu vas où ? Parce que je ne sais pas à quel point vous êtes familier, mais il y a plusieurs. Les gens quittent le pays de façon différente. Il y a ceux qui, vous avez déjà entendu parler du chemin jusqu'à la Libye. Il y a ceux qui vont au Soudan, il y a ceux qui vont en Éthiopie. Toi, parce que si jamais l'héritier est entouré du Soudan, de l'Ethiopie et du Djibouti à l'est. Et puis en face, c'est la mer Rouge. Donc du coup, toi, tu prends la décision. OK, là, vous prenez la décision. Et du coup, tu te diriges vers où ?
- Speaker #2
Là, la même chose. Ce sera encore une fois l'Ethiopie parce qu'avec le Soudan, c'était un peu compliqué. Pas avec les pays, mais la frontière avec le Soudan, c'était assez serré. Du coup, vu que l'Ethiopie, il est encore en conflit avec les retraits.
- Speaker #0
À cette époque-là, oui. des bons termes.
- Speaker #2
Ça s'est calmé pendant quelques années, en 2018, 2018-2019, mais à ce moment-là, ils étaient encore en conflit.
- Speaker #0
Ça veut dire qu'il y a beaucoup de monde aux frontières.
- Speaker #2
Beaucoup, oui, beaucoup d'armées. Juste pour vous donner une idée, si vous essayez de partir vers le Soudan, vous êtes attrapé. vous allez en prison. Par contre, si on vous rattrape vers l'utopie, qu'on vous dit de s'arrêter, vous n'arrêtez pas, l'armée a le droit de tirer sur vous. C'est-à-dire que vous pouvez mourir sur le champ et les parents n'ont pas le droit de demander parce que... Le gouvernement va leur dire qu'il a assez d'aller chez l'ennemi. Du coup, à ce moment-là, soit tu as la chance, il va te faire attraper dans un village ou dans une ville proche de la frontière. Comme ça, tu rentres directement en prison. Soit le jour qu'ils vont te dire arrête-toi, tu t'arrêtes. Soit si tu essaies de partir, tu as la chance, il va quitter le pays. Si tu n'as pas la chance, tu essaies de courir, là peut-être que tu vas te retrouver avec une balle et ce sera la fin de ta vie.
- Speaker #0
Donc ça veut dire que là, tu es à Cologne, tu descends jusqu'à la frontière ?
- Speaker #2
Moi, je suis à Cologne et là, je descends jusqu'à une ville qui s'appelle Adria. Du coup, là, on a trouvé un passeur. Il était payé 10 000 dollars aussi, pareil. Ça fait à peu près 80 000 nakfa.
- Speaker #0
Ça dépend quand.
- Speaker #2
Exact. Maintenant, ce n'est pas pareil, mais à l'époque, c'était 10 000 dollars. Du coup, là, la même chose. Moi, je ne savais pas du tout, mais on était 13. Il y avait 12 femmes et j'étais le seul garçon. Puis je me suis dit, je ne peux pas revenir en arrière maintenant. C'est compliqué parce que... Tata
- Speaker #0
Ce n'est pas un point de faiblesse, mais après, quand tu as un homme, peut-être qu'il va plus résister à marcher pendant deux jours, parce que ça dure deux jours de marche.
- Speaker #1
Oui, mais même s'il t'attrape, etc. Alors, je ne sais pas s'ils ont de la compassion, mais c'est vrai qu'il y avait des chances que si ça se passait mal, c'est sur toi qu'ils allaient se défouler.
- Speaker #0
Exact. Surtout, s'il faut taper quelqu'un, ils ne vont pas taper deux femmes, ils vont peut-être se ramasser plus. Soit peut-être qu'il y a une idée de douze femmes, mais il sera plus fatigué, peut-être qu'il a une maladie ou quelque chose. Tu es obligé de se tenir parce que tu ne peux pas la laisser au milieu du champ, au milieu des forêts.
- Speaker #1
Donc depuis, vous prenez, qui est une petite ville, avec le passeur, vous prenez une voiture, un camion ?
- Speaker #0
Là, tu es obligé parce que... À pied ? À pied. Parce que là, tu ne peux pas aller vers le tapis, tu ne peux pas aller en camion.
- Speaker #1
Tu peux juste expliquer en termes de... d'environnement.
- Speaker #0
En fait, c'est vraiment entre des montagnes, du forêt. Ce qu'on a fait, en fait, on nous a dit de se retrouver à 6h du soir en dehors de la ville. Comme si vous étiez en château et que vous alliez vous retrouver un peu vers Val-de-Rieux. Comme ça, les armées ne vont pas nous suivre.
- Speaker #1
Pour info, c'est environ à 2000 mètres d'altitude. Donc, toutes les personnes qui sont ici, je pense, vous êtes foutus. Vous n'auriez pas résisté. Donc du coup, vous faites des montées et des descentes en fait. Exactement. En fait,
- Speaker #0
on est obligé de marcher la nuit. Et la journée, pour ne pas que l'armée nous croise, on est obligé de dormir dans un endroit caché, dans une montagne. Et puis eux, ils connaissent vraiment l'endroit. Ils savent à quelle heure on part, à quelle heure on s'arrête. Et puis de quelle heure à quelle heure on va passer la journée dans un endroit caché pour ne pas qu'on soit aperçu par l'armée ou par les gens qu'ils avaient dans le village. Du coup, on est partis un soir. On a marché jusqu'à 6h du matin. À 6h du matin, on s'est reposés. Ils ont donné quelque chose à boire, quelque chose à manger. Puis la journée, on s'est reposés. Et le lendemain, on est arrivés aux frontières de l'utopie, où ils ne pouvaient pas passer parce qu'ils vont encore continuer à faire leur business. Ils sont obligés de revenir. dans la ville depuis où on est partis. Donc ils ont dit, vous allez encore marcher pendant 30 minutes pour traverser la rivière.
- Speaker #1
Donc là, tu parles du passeur.
- Speaker #0
Le passeur,
- Speaker #1
il ne peut plus venir avec toi. Et à partir de là, il te dit, maintenant tu dois continuer dans ce sens-là.
- Speaker #0
Exactement. Du coup, c'était à peu près 6h, 7h du matin. Certaines femmes ont dit, maintenant on se repose et on va aller traverser la frontière. Dans l'après-midi ou un peu plus tard. Puis nous, on s'est dit, non, non, on ne va pas rester là parce qu'il faut qu'on arrive vraiment de l'autre côté de l'utopie. Parce que si tu te fais attraper là, certains vont essayer de courir puis peut-être qu'on va se faire tirer par là. Mais c'est compliqué. Du coup, on a convaincu tout le monde et puis on a passé la frontière.
- Speaker #1
Vous vous êtes fait tirer dessus ou pas du tout ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. On a eu la chance. On ne s'est pas fait remarquer. Et puis on a traversé la... La frontière, sans problème. On a été bien accueillis par l'armée de l'Ethiopie. Encore une fois... Ah,
- Speaker #1
donc là, vous vous êtes attrapés par l'armée éthiopienne, du coup ?
- Speaker #0
On n'a même pas attrapé. En fait, il faut séparer vraiment deux choses. On a un apprécié parce qu'on va chez l'ennemi, on va se faire attraper, on sera questionné, machin. Mais on n'a pas été accueillis comme on était du roi, ou comme on était du peuple de l'Ethiopie. ok à qui ils ont donné à manger une famille on a mangé là bas ils ont donné une chambre à juste pour dire une chambre une grande chambre ils ont fait à manger honnêtement c'est ça la viande et tous les bassins comme vos, franchement, tu es bien accueilli correctement. Puis là, le lendemain, ils ont l'obligation de nous rendre dans un centre de réfugiés.
- Speaker #1
Pour rappel, pour du contexte, à quel âge tu es à 16 ans à ce moment-là ?
- Speaker #0
A peu près,
- Speaker #1
15 ans. Donc là, après, vous êtes dans un camp de réfugiés. C'est dans quelle ville ?
- Speaker #0
Non, ça s'appelle Chiré.
- Speaker #1
Et puis ? C'est un détail. Mais l'endroit où tu arrives en Éthiopie, c'est aussi un endroit où ils parlent tegrinia.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Donc du coup, la partie nord de l'Éthiopie parle tegrinia. Donc c'est aussi, quand on arrive là-bas, tout le monde se comprend. Donc c'est aussi plus facile pour la communication. Donc là, vous êtes dans un camp de réfugiés. Et du coup, à partir de là, qu'est-ce qui se passe ? Avant, tu as mentionné que tes parents étaient déjà en Suisse. À partir de ce moment-là, toi, tu descends direct à la capitale, tu restes dans le camp de réfugiés. Il y a combien de personnes déjà dans le camp ?
- Speaker #0
En fait, le Chiresse est le premier qui a accueilli la première fois quand il est arrivé au Tupi. C'est là qu'ils vont te poser des questions. Comment tu es venu ? Pour quelles raisons ? Tu vas aller où ? C'est là qu'ils vont te poser des questions. Tu vas rester à peu près un mois, deux semaines, trois semaines. Après, quand tu es mineur, normalement, ils essaient d'avoir plus de mineurs pour qu'ils envoient une fois dans les grands camps de l'Utopie. Il y a à peu près trois. Je crois qu'ils vont avoir à peu près un million de retraitants qui sont dispatchés dans les trois endroits. Du coup, à ce moment-là, moi j'ai fait à peu près trois semaines. Et puis quelqu'un est venu me chercher depuis la capitale de l'Utopie. Il a été envoyé par mes parents. Ils m'ont dit écoute, tu peux aller chercher là-bas. Comme ça, tu les ramènes directement à faire les procédures pour venir en Suisse. Du coup, j'ai fait à peu près trois semaines. Mais là, encore une fois...
- Speaker #1
Vous avez fait tout ça en voiture ? Il est venu te chercher en voiture ?
- Speaker #0
Il est venu me chercher en bus.
- Speaker #1
En bus ? Il y avait combien d'heures de route depuis Addis Ababa ?
- Speaker #0
Normalement, vous faites à peu près une journée et demie.
- Speaker #1
Pour rappel, l'Ethiopie, quand vous regardez sur les cartes, ça a une certaine taille, mais je crois que ça fait plus ou moins une fois et demie ou deux fois. Je n'ai pas envie de dire de bêtises. Une fois et demie la France, environ, si jamais. Donc là, tu arrives dans la capitale. Et ça veut dire ? Quand tu quittes l'Erythrée, l'objectif c'est la Suisse ?
- Speaker #0
C'est la Suisse, exact.
- Speaker #1
Donc tu arrives à 10, à partir de là, si je ne me trompe pas, il y a des procédures qui ont été enclenchées pour que tu puisses rejoindre tes parents en Suisse, c'est ça ?
- Speaker #0
Exact, c'est ça.
- Speaker #1
Donc tu sais déjà ce qui va se passer. Donc là, quand tu es en Suisse, à 10, c'est… et que tu sais que tu vas, si tout se passe bien, arriver en Suisse, qu'est-ce que... c'est à quoi que tu penses ? C'est quoi qui te fait rêver ? Quels sont tes objectifs ? Pas forcément objectifs, mais c'est quoi que tu veux le plus ? À part le fait de venir en Suisse, qu'est-ce qui te permet de rêver à partir de ce moment-là ?
- Speaker #0
Déjà, moi, même si ma vie s'arrêtait, en fait, c'est tout simplement après avoir quitté la prison et le service militaire, je me suis dit, même si ma vie s'arrête maintenant en utopie, c'est déjà énorme. sans mentir parce que on voit pas à la télé mais quand on entend à la télé que les Etopies sont les ennemis du coup ils ont rien fait pour l'instant puis moi j'ai eu l'occasion de prendre le bus depuis Chire jusqu'à la capitale je vois le développement du pays c'était incroyable c'était la première fois que tu sortais du pays en fait du coup je vois comment ils ont vraiment voilà Ils ont vraiment tout fait pour agrandir le pays. C'est là que j'ai dit, en fait, même si je reste là, c'est top. Simplement, je remercie Dieu parce que des fois, c'est plus compliqué. On voit les gens à haut, les personnes qui vont dire l'Éthiopie, c'est mal ou l'Éthiopie, c'est comme ça. Je me suis dit, c'est déjà bien, je suis content d'avoir arrivé en Éthiopie. Là, je vis déjà toutes les grandes villes de l'Éthiopie, que ce soit à Mekelle, à Degrat, à Dziaba. Là, je me suis dit, c'est déjà bien. Après, maintenant, s'il faut attendre 3 ans, 4 ans, 5 ans, je peux attendre.
- Speaker #1
Et du coup tu attends combien de temps avant d'arriver en Suisse ?
- Speaker #0
En fait ça a duré à peu près 3 semaines dans la première ville où je suis arrivé, puis après j'ai fait à peu près 3 semaines.
- Speaker #1
À 10 ?
- Speaker #0
À 10 au total à peu près 45 jours, depuis les rétrés jusqu'à la Suisse. Juste pour vous donner une idée, je suis arrivé en Suisse le 11 avril 2013, puis le 18 juillet j'étais en prison.
- Speaker #1
Donc, vous avez quelques mois. Neuf mois, quoi.
- Speaker #0
Non, même pas, trois mois.
- Speaker #1
Attends, attends, attends.
- Speaker #0
Le 18 janvier, au... Ah,
- Speaker #1
tu étais en prison, pardon.
- Speaker #0
Exactement, en 2013.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Puis le 11 avril 2013, je suis arrivé en Suisse. En fait, je vis le pire endroit du monde. Le 10 janvier, puis le 11 avril 2013, je vis, on va dire, le meilleur endroit du monde, le meilleur pays du monde, on va dire. Et c'est là qu'il dit...
- Speaker #1
Après, ça va, tu arrives en avril, il ne fait pas trop froid. Non, c'est vrai. C'est vrai. Donc là, tu arrives en Suisse, le 11 avril, tu as dit.
- Speaker #0
Le 11 avril, exact.
- Speaker #1
Donc là, tu arrives en Suisse, déjà... Du coup, à cause de la procédure, tu as pu venir en avion.
- Speaker #0
Exactement, oui.
- Speaker #1
Déjà, prendre l'avion, là déjà, je pense que c'était...
- Speaker #0
Ça va, je n'ai pas eu peur, ça va.
- Speaker #1
Ça t'a choqué, je pense.
- Speaker #0
Oui, de ouf. Honnêtement, c'était compliqué, mais...
- Speaker #1
Allez, tapez Karen sur Google.
- Speaker #0
Moi,
- Speaker #1
je suis resté poli jusqu'à maintenant. Tapez Karen sur Google une fois et vous allez voir la ville. Voilà. C'est comme s'il venait du Val-de-Rue, plus ou moins, pour donner un exemple. Mais du coup, tu prends l'avion, je pense, voilà, déjà, écran plat. Après,
- Speaker #0
vu que j'étais mineur, j'étais quand même accompagné par quelqu'un jusqu'à Genève.
- Speaker #1
Et là, du coup, tu rejoins ta famille.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #1
Et du coup, qu'est-ce qui se passe quand tu arrives en Suisse ? Comment ça se passe ? Déjà là, je pense que tu parles anglais ou pas ? Un petit peu ?
- Speaker #0
Oui, j'ai parlé un peu l'anglais. Après,
- Speaker #1
tu as arrêté l'école aussi presque une année avant.
- Speaker #0
Une année avant, mais après ce qui est bien, il faut quand même préciser l'école obligatoire en retrait. À partir de la quatrième année, tous les cours sont donnés en anglais.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
C'est-à-dire ? Et l'école de Gota, c'est vraiment top, dans le sens que vous allez parler la langue officielle de l'endroit où vous vous retrouvez en Erythrée. Ça va pas être Tégéré, Tégrenia ou une autre langue, jusqu'à la quatrième année. À partir de la quatrième, tous les cours, que ce soit le maths, l'anglais, la science ou l'histoire, tout est donné en anglais.
- Speaker #1
Donc tu parles un peu anglais ? Exactement. Mais tu parles pas français du tout ?
- Speaker #0
En vrai, je... Je savais que la France existait parce qu'on regardait le foot. Par contre, sans mentir, avant que...
- Speaker #1
Est-ce que tu savais qu'en Suisse, on parlait français ?
- Speaker #0
Pas du tout. En vrai, je ne vais pas te mentir. Deux, trois ans avant de venir, je ne savais pas que la Suisse existait.
- Speaker #1
Ah, waouh.
- Speaker #0
On ne connaît pas. Honnêtement, je ne sais pas. C'est vrai. On ne connaît pas trop.
- Speaker #1
C'est vrai. Donc, tu arrives en Suisse. Tu arrives directement à Neuchâtel. Enfin, Genève. Bam, Neuchâtel. Oui. Tu rejoins tes parents. C'est quoi ? Tu prends direct des cours de français ? En fait, non. Quand tu arrives en Suisse, et que tu arrives en Suisse, qu'est-ce que tu penses de la Suisse ?
- Speaker #0
Honnêtement, au début, j'avais un peu du mal avec la bouffe. Déjà quand j'ai vu le pain, qui était énorme, comme ça, j'ai décidé. Ça va être compliqué parce que nous, le pain, c'est vraiment le petit pain. Je pense que vous voyez comme, je ne sais pas si vous êtes déjà parté en Afrique. Dans pas mal de pays, le pain, il est vraiment petit. Vous n'allez jamais trouver un grand pain énorme comme vous allez acheter à l'Amigo, un franc 10, un franc 30. Je me suis dit, je vais voir déjà le goût. Après, je ne mangeais pas du tout de la gourde parce que je n'avais pas le même goût. C'était compliqué d'abord. Mais je mangeais quand même. Avec le temps, le fromage, ça m'a pris beaucoup de temps à s'habiter. Au final, je suis devenu fondu du fromage. C'est gracieux. Mais pour préciser, quand je suis arrivé en 6, mes parents m'ont dit... À l'âge d'arriver, ça va être compliqué de s'intégrer, faire l'école obligatoire. Peut-être que tu as la chance de faire une année, mais ça encore à voir. Mais tu n'as pas trop la chance de faire le lycée, encore aller à l'université. Ils m'ont dit, tu es obligé de trouver dans le sens qu'une place d'apprentissage au...
- Speaker #1
faire autre chose mais ce ne sera pas vraiment les collaborateurs quand ils essaient de planifier c'est marrant tu m'as parlé de nourriture donc je vais profiter de ce moment pour faire un petit commercial break donc pour toi il y a évidemment le sel pimenté lvdd.ch pour tout le monde et jusqu'à la fin du mois il y a 10% si vous tapez podcast podcast 10 en un mot en majuscule vous avez 10% sur le site LVDD et malheureusement il nous a quitté il y a 5 minutes mais il y a Samy qui fait du café, il s'appelle Jebuna J-E-B-U-N-A et le site c'est jebunacoffee.com et si vous tapez le code podcast10 vous avez aussi droit à 10% donc voilà, n'hésitez pas à aller consommer et ça c'est pour toi ça, tu bois du café ou pas ?
- Speaker #0
Merci un peu d'ailleurs, je goûtais juste avant c'était top Au revoir.
- Speaker #1
Très bien. On continue. Donc, jabunacoffee.com et lvdd.ch avec podcast 10 comme code promo. N'hésitez pas. On continue. Donc, tu arrives en Suisse. C'est quoi la première chose que, scolairement parlant, c'est quoi la première chose que tu fais ?
- Speaker #0
J'ai fait classe d'accueil au collège de Maï. Je pense que certains ont déjà passé dans cette école. J'ai fait une année en apprenant le français, les maths et l'anglais.
- Speaker #1
Le français t'apprend vite ou pas ?
- Speaker #0
Pour moi, ça allait très vite. Parce que j'ai tout fait pour apprendre rapidement. Donc,
- Speaker #1
tu étais motivé ?
- Speaker #0
Motivé. En fait, la première fois que j'ai fait, j'ai ouvert l'ordinateur, le téléphone. Chaque fois, je mettais une chanson française. Chaque fois, je tombais sur le bouquin. Voilà. Du coup, chaque fois, j'écoutais des raps et puis ça allait trop vite.
- Speaker #1
Voilà. Oui, le rap, évidemment. Évidemment. Une fois que tu parles français, est-ce que tu te dis... Parce que tu vois, quand t'arrives, tu parles pas la langue, c'est quelque chose. Mais une fois que tu parles la langue, là, tu peux commencer à te dire « Ok, moi, j'aimerais faire ça ou ci ou ça » . C'est quoi que tu veux faire le plus à ce moment-là ?
- Speaker #0
En fait, à ce moment-là, on avait le droit de faire des stages. Bien sûr, ça entre-là. Là, ça fait un mois d'une année que j'étais en Suisse. Ils ont demandé de faire des lettres, des CV pour faire des stages. Je crois que la première année, j'ai envoyé à peu près, au bout de neuf mois, je crois que j'avais envoyé à peu près une quarantaine de lettres et de CV pour des stages. En fait, je n'ai pas eu de réponse. J'ai dit je vais aller voir quand même personnellement. Du coup j'ai eu l'occasion de faire une semaine de stage. Finalement ils m'ont dit qu'ils n'allaient pas m'apprendre. Et après j'ai profité de faire, de rendre visite. Une fois par année, ça s'appelle la nuit d'apprentissage. On peut aller voir les patrons des entreprises pour leur demander une place d'apprentissage. J'ai eu l'occasion d'aller voir mon ancien patron chez les tropos. Je ne vais pas citer toutes les entreprises où je travaille, mais peut-être que ce sera l'occasion aussi de remercier cette personne-là. Parce qu'elle m'a donné l'occasion, elle m'a dit, écoute, tu viens essayer chez nous, tu fais une semaine de stage. Après, on va voir ce que tu peux faire. Du coup, j'ai eu l'opportunité de faire une semaine de stage. Il m'a proposé de faire la deuxième semaine de stage. J'ai fait. Et puis, au bout d'une année, en 2014, j'ai trouvé ma première place d'apprentissage.
- Speaker #1
Et toi, tu es arrivé septembre 2014 ? Août 2014, commence ton CFC ?
- Speaker #0
Août 2014, exact.
- Speaker #1
Août. Ok, donc toi tu arrives le 13 avril, 11 avril 2013.
- Speaker #0
Exactement, en fait au bout d'un an et quelques mois, je trouvais déjà mon apprentissage.
- Speaker #1
Ok, et là le travail, je pense que le travail c'est jamais le problème, mais les cours, comment c'est ? Parce qu'il y a du français, il y a...
- Speaker #0
En fait, l'IMA, tout ce qui est technique, ça a été encore, je ne dis pas en formation, j'ai fait un apprentissage électricien. les maths, le reste, l'électro-technique, tout ça, ça a été. Par contre, le français, c'était compliqué.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
C'était assez compliqué.
- Speaker #1
Écrire les dossiers, tout ça.
- Speaker #0
Exactement. Il y avait des dossiers à rendre, il y avait des comptes généraux à faire en classe. Du coup, j'ai bossé encore beaucoup plus que les autres. Puis le seul moment où j'ai profité de la situation, c'était quand on avait des dossiers à faire à la maison. À ce moment-là, je profitais, parce que quand tu es en classe, tu dois faire un test. Et t'as pas d'aide aux alentours de toi, c'est compliqué. Du coup, chaque fois qu'il y avait un dossier à faire, je le mettais à fond. Puis j'avais un peu, pas la facilité, mais j'étais quand même habitué à travailler avec l'ordi. Du coup, ce que je faisais, j'ai bossé tout seul. sol pendant quelques semaines. Après, je donnais à quelqu'un à corriger mon dossier. Juste pour information, je donnais à une personne qui corrigeait mon dossier. Je l'ai payé avec mon salaire d'apprentissage 20 francs de l'or pour qu'elle corrige mon dossier. Chaque fois, il était à l'université, juste là derrière. Il me donnait l'accès pour aller réviser. Je ne me rappelle pas comment ça s'appelle, mais tu as juste un peu de liberté quand tu descends et tu escalais. Un Imaduro ? Non, mais pas un Imaduro. Dans le Pégé ? Exactement.
- Speaker #1
Oui, dans la médiathèque.
- Speaker #0
Exactement. En fait, il me donnait l'accès avec sa carte et j'allais réviser là-bas. Et puis, en même temps, j'ai payé 20 francs dans mon salaire d'improvisation. J'étais payé 350 francs, 500 francs, 1000 francs par mois. Je donnais 20 francs par mois. Du coup, grâce à ça, ça m'a permis de corriger mon dossier. Puis je prenais un peu d'avantage sur les notes par rapport à mes camarades de classe.
- Speaker #1
On va avancer un petit peu. ton apprentissage, après 3 ans, tu le termines ?
- Speaker #0
Après 3 ans, je le termine.
- Speaker #1
Tu termines. Socialement, comment tu t'intègres ? Parce que tu as 16, 17, 18 ans quand tu fais ton apprentissage. Tu n'es pas né ici. Je ne sais pas si tu fais du sport. Socialement, c'est souvent par là qu'on passe. Ou alors dans ton quartier, etc. Ou alors est-ce que tu... Tu te connectes beaucoup avec les érythréens de ta génération, comment ça se passe ?
- Speaker #0
En fait, pour la partie sociale, déjà j'avais une activité, j'ai fait du sport avec... Au Trives, je faisais un tour vers la gare de Scarlet Rive, puis j'ai fait à peu près 3-4 ans avec l'équipe B. Et en même temps, j'avais quand même un bon lien avec la communauté rétrainée aussi à Neuchâtel, je pense que Babali peut confirmer. Et puis en même temps, en fait, dès que j'ai terminé mon apprentissage, je me suis dit, moi j'ai galéré pour faire cet apprentissage. Dans l'école, à l'époque ça s'appelait CPMB, puis maintenant ils l'appellent CPNE. On était 1200 par semaine, c'est-à-dire à peu près 300-400 personnes par jour. Puis j'étais le seul retraint de 1200. Ça c'est en 2014 et 2017. Je pense à partir de la 10ème année, il y a quelqu'un d'autre qui est arrivé, mais j'étais le seul retraint. Je me suis dit qu'il y avait un problème parce qu'on était quand même beaucoup en château, mais je ne voyais personne faire son appréciation. Je me suis dit, après il y a des gens qui sont venus me parler, ils m'ont dit comment tu as fait ton affranchissement, que tu n'as pas eu trop de problèmes, de galères, comment tu as fait pour le français. Là j'ai réfléchi, j'ai dit, il faut qu'on trouve une solution.
- Speaker #1
Attends, il faut savoir qu'il y a beaucoup d'érythréens, si vous regardez. simplement les news ou bien il y a beaucoup d'air et train qui sont arrivés en Suisse entre 2008 et 2017 2018 2016 donc il y en a beaucoup qui venaient ici et il y en a beaucoup qui étaient mineurs et du coup évidemment il y en a beaucoup qui avaient des apprentissages mais les cours c'est toujours la partie la plus dure surtout le français, rédiger des dossiers, etc. C'est très difficile de rattraper tout ce que nous, on a appris, par exemple, depuis l'école primaire. Donc, du coup, tu as vu qu'il y avait une problématique là. Et du coup, qu'est-ce que tu as mis en place ?
- Speaker #0
Du coup, j'avais un ami, je lui expliquais la situation. Il était encore en apprentissage. On avait un bon lien avec certaines personnes israéliennes qui sont nées ici et qui ont grandi ici en Suisse. Du coup, on a décidé de les rencontrer pour leur expliquer la situation. Parce que nous, les gens qui n'avions pas trop de peine à l'école, mais au niveau de la technique, on leur donnait un coup de main. Contre, au niveau français, on était limité. Quand on a décidé de rencontrer les personnes, certains sont encore là, je pense, 500 millions, puis encore d'autres, je vais citer une autre, c'est Néhité, Yordanos, Nusgana, Alex, ils étaient là. Faites un pause. On les a proposés quand même. Et moi,
- Speaker #1
gros.
- Speaker #0
Oui, à Béissin.
- Speaker #1
Je me dis tous les noms. D'accord. Ok, vas-y, continue. D'ailleurs, voilà,
- Speaker #0
à Béissin, il a dit, pour certains services, ça peut être... pour le local dans lequel on donnait le cours, ça appartient à la communauté rétrain. C'est-à-dire qu'on ne payait pas de loyer, rien du tout. On ne payait même pas de charges. Du coup, on utilisait toute la cuisine locale. À ce moment-là, en fait, on a décidé de... de passer vraiment en cap supérieur, c'est-à-dire on va dire à toute la communauté chrétienne qui habite dans le canton de Châtel, s'ils ont besoin d'aide pour leur français, on peut leur donner du soutien tous les mercredis soirs, c'est-à-dire après le boulot de 18h à 21h. Les cours étaient donnés gratuitement pendant trois heures. Et puis, en dehors de ça, on faisait leurs devoirs, pas leurs devoirs directement, mais on leur donnait un code-map et on corrigeait leurs dossiers. C'est-à-dire les personnes qui avaient la facilité avec le français ou les maths, chacun partageait des tâches. Et puis, en même temps, ce qu'on avait aussi, parce que la plupart étaient célibataires. Du coup, ce qu'on faisait, il y avait trois à quatre personnes qui donnaient les cours. Puis une personne s'occupait de faire la cuisine pour faire à manger à tout le monde. Parce que tout le monde... On rentrait à la maison à 21h, 22h, du coup, t'as pas le temps de faire manger. Du coup, on était vraiment très, très bien organisés. On faisait des sorties, une ou deux fois par année, on organisait des trucs. Puis grâce à ça, par année, on avait à peu près 3, 4, 5 personnes qui terminaient leur apprentissage. Puis on n'a jamais eu le cas. Depuis, il y avait beaucoup de gens qui signaient leur place d'apprentissage, mais qui ne terminaient jamais. Grâce à ça, on avait même des affrontés qui terminaient 1er du canton, 2e du canton, 3e du canton, grâce à notre soutien, bien sûr, grâce à leur travail. Mais ça a quand même permis à beaucoup de retraitants de terminer leur affrontage et de voir. encore de continuer encore leurs études. Même avec ça, il y a des gens qui ont encore continué à faire des brevets ou des maturités plus tard.
- Speaker #1
C'est dommage que vous n'avez pas fait des statistiques parce qu'il y avait vraiment beaucoup de... Moi, je me souviens quand j'allais donner un coup de main, des fois, il y avait vraiment du monde. Il y avait 15, 20 personnes. Que ce soit pour corriger un dossier, que ce soit pour... Il y avait tout type de métiers. Il y avait des maçons, des électriciens,
- Speaker #0
des sanitaires,
- Speaker #1
des assistants en pharmacie, etc.
- Speaker #0
En trois ans, il y avait quand même à peu près 45 personnes qui se sont réveillées dans cette association qui s'appelle Agéna. On a quand même eu de belles réussites. Après, avec l'OTAN, on avait quand même des obligations privées, que ce soit l'étude, la famille, le travail. Du coup, en leur donnant, certaines personnes continuent encore de donner du soutien en dehors de cette association. Mais on a quand même fait trois ans de travail.
- Speaker #1
On va quand même revenir un peu à toi. Toi, tu finis ton apprentissage, tu mets en place Adjena, etc. À partir de là, toi, qu'est-ce que tu veux faire ?
- Speaker #0
parce que en fait quand je terminais mon apprentissage j'avais des meilleures notes puis j'ai voilà au début c'était un peu plus compliqué mais après j'ai réussi à remonter le niveau Puis là, je décide de continuer les études. J'ai décidé de faire technicien du bâtiment ou faire le brevet fédéral. J'ai travaillé jusqu'à fin 2018. Puis là, j'ai décidé de faire le brevet fédéral d'électricien. Puis là, depuis 2019 et 2020, je commence mon brevet fédéral. Et puis j'ai terminé en 2024, parce qu'on s'est arrêté une année par rapport à la Covid. Du coup, j'ai terminé mon brevet fédéral en septembre 2024. Bien sûr, j'ai financé moi-même. Et puis j'ai dit qu'on se sacrifiait le vendredi et le samedi en travaillant. De lundi à jeudi, puis le vendredi, je prenais le télésur comme si j'allais en vacances. C'est-à-dire, sur les 20 jours qu'on a le droit de vacances par année, je ne partais même pas en vacances. J'ai fait des heures supplémentaires pour payer mes études. Ça coûte à peu près 25 000, 30 000 francs avec tous les frais complémentaires. Du coup, le but final, c'était de réussir à finir le brevet fédéral. Puis, en même temps, je suis en train de faire l'expérience. A l'époque, ça s'appelait la maîtrise fédérale, c'est l'équivalent du master par rapport aux études de théorie. Et là, actuellement, je suis en train de faire depuis une année et demie maintenant, expert en salacien électrique dans les bâtiments.
- Speaker #1
Tu galères toujours pour faire corriger ou bien tu payes quelqu'un ? Tu fais quoi ?
- Speaker #0
actuellement si quelqu'un qui peut me dire je suis en train de faire mon marketing du coup mais franchement ça va comment ça franchement je paye un abonnement chez jpt du coup ça va c'est le plus dur je pense Trouver des moments pour aller, comme on dit, si vous n'avez pas d'aide dans la famille, vous n'avez pas d'héritage, ça coûte cher les études en Suisse. Parce que quand vous faites des études liées aux techniques des bâtiments, vous avez le droit de subvention, mais à la fin, ce n'est pas beaucoup. mais après vous êtes obligé de financer vous même soit l'entreprise qui va vous financer mais c'est des études qui coûtent 30-40 000 francs chaque, que ce soit le brevet ou devenir expert et ça c'est ce que tu es en train de faire en ce moment ça ?
- Speaker #1
expert je suis en train de faire maintenant ok et ça tu vas terminer quand ?
- Speaker #0
je sais tu vas bien
- Speaker #1
2027 donc tu es arrivé le 13 avril 2011 Je suis arrivé là.
- Speaker #0
En avril 2013. 11 avril 2013.
- Speaker #1
Depuis le 11 avril 2013, tu as fait ton CFC, tu as fait technicien.
- Speaker #0
Le brevet fédéral.
- Speaker #1
Maintenant, tu fais la maîtrise. Vous pouvez applaudir. Je ne dois pas tout vous dire aussi. Ok. Et là maintenant, c'est quoi que tu rêves le plus ? C'est quoi que tu veux faire ? Parce que là, t'as un peu la maladie de recommencer quelque chose à chaque fois. Soit tu aimes financer le système suisse, soit je sais pas.
- Speaker #0
Non, j'ai déjà essayé d'entre autres choses, j'ai profité en même temps que mon brevet, j'ai organisé des... Des événements, des soirées, des trains. Ah oui,
- Speaker #1
non, stop. Attends, stop. Je vais t'arrêter. Tu as eu un bar.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Tu as eu un bar pendant combien de temps ?
- Speaker #0
Un peu près deux ans.
- Speaker #1
Deux ans à Bienne.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Donc, je vous résume. Il avait un bar à Bienne. Il faisait son brevet. Il travaillait à Bienne. Mais il habita Neuchâtel. Voilà. C'est pour ça que je dis, c'est quoi que tu as prévu maintenant pour la suite ? Il n'a plus le bar, maintenant il fait uniquement sa maîtrise. Qu'est-ce que tu veux faire maintenant ?
- Speaker #0
J'ai beaucoup de choses, j'ai déjà beaucoup d'idées depuis que je suis arrivé en Suisse. J'ai fait des choses que j'ai envie de faire plus tard. Je ne vais pas trop en parler parce que ça m'est déjà arrivé. J'essaie de communiquer avec les gens. Ça a été mis directement en place parce que moi, je n'avais pas les moyens de faire les choses. Du coup, je préfère, peut-être que ce sera l'occasion de parler la prochaine fois. J'ai beaucoup de choses à mettre en place.
- Speaker #1
Quand tu étais petit, tu as dit que tu aimais faire du business.
- Speaker #0
Exactement. J'aime m'investir. Je n'ai pas peur de perdre de l'argent. En vrai, j'ai déjà investi dans plusieurs business, que ce soit en Suisse ou ailleurs. En tout cas, avec le bord, j'ai quand même gagné de l'argent. Mais dans plusieurs business, j'ai quand même perdu beaucoup d'argent. Mais en vrai, je n'ai pas perdu de l'argent. Je sais que je vais réussir, mais pour l'instant, je ne préfère pas trop en parler. Ce que je vais faire dans deux ans, trois ans. Maintenant, je me concentre vraiment à finir mes études. En même temps, je travaille sur d'autres projets avec plusieurs personnes, ou même, j'en fais des... des autres projets encore en Afrique. J'ai eu l'occasion de partir en Ouganda voir la famille en 2024. Ça m'a permis d'ouvrir un peu les yeux. Et souvent, quand je pars en vacances, je pars pas que pour savourer le moment de repos. mais je profite quand même de regarder pour voir ce qui existe vraiment ailleurs mais qui n'existe pas en Suisse pour faire venir vraiment tout ce qu'on peut faire venir en Suisse puis voir, prendre un truc qui existe en Suisse, le faire apparaître ailleurs.
- Speaker #1
Tu sais, quand vous vous êtes fait attraper la première fois, les 4-5 là, tu as dit qu'il y en a un que tu as vu en Allemagne aussi ?
- Speaker #0
Exactement, oui.
- Speaker #1
Et puis eux, du coup, là en ce moment, tu es toujours en contact ?
- Speaker #0
Surtout dans le contexte, on se croise deux ou trois fois par année quand je pars en Allemagne.
- Speaker #1
Et puis eux, ils ont aussi réussi à s'intégrer ? Oui,
- Speaker #0
ils ont réussi à s'intégrer. Il a fondé sa famille, il a des enfants. C'est le but final parce que tout le monde ne peut pas devenir businessman, tout le monde ne peut pas faire des études. Le plus important, c'est de... De trouver déjà la vie normale que tout le monde le souhaite. Parce que quand on est dans une situation comme on a vécu pendant 6 mois, lui il a vécu pendant 85 ans, je pense que le seul bonheur du moment c'est de respirer correctement, de manger correctement, de dormir correctement. Je ne peux pas apprécier un moment comme ça.
- Speaker #1
C'est vrai. Rien à ajouter. On va gentiment arriver à la fin pour arriver aux questions de fin. Puis ensuite... S'il y en a qui ont des questions, vous pourrez poser vos questions. Est-ce que, tu vois, le fait que tu aies traversé tout ça et tout, tu as l'impression quand même que tu dois toujours faire beaucoup ? Ou est-ce que tu as du mal à t'asseoir et te dire, ok, là, je vais chiller un peu, là ? Parce qu'au vu de toutes tes activités, j'ai l'impression que quand même, tu es un peu hyperactif ou tu as peur de ne pas bien utiliser le temps que tu as maintenant ?
- Speaker #0
Des fois, 24 heures, c'est court. Après, j'ai toujours envie de... Beaucoup de gens rigolent quand je dis ça, mais je n'ai pas envie de travailler jusqu'à 60 ans. Dans le sens que je n'ai pas envie de dépendre sur un salaire jusqu'à 60 ans. C'est-à-dire, si tu le veux...
- Speaker #1
70 même, je pense plutôt.
- Speaker #0
Exactement, je ne sais pas encore. à la CID et du Leveau, j'ai envie de vraiment travailler jusqu'à 40 ans grand max. C'est quelque chose qui pourrait m'apporter mes besoins d'ici là. Mais j'ai toujours dit, ça fait maintenant une huitième ou une neuvième année. année que j'ai dit ça, je pense qu'avec tout ce qui se passe actuellement, tous les efforts que je suis en train de fournir, c'est réalisable parce que je me suis mis le but de dire à 40 ans, je vais arrêter de travailler et puis je vais peut-être créer quelque chose qui pourrait m'apporter et profiter de la vie parce qu'il n'y a pas que le travail et les études.
- Speaker #1
C'est vrai que quand on faisait ces cours, quand on donnait les cours de soutien... Moi, j'ai toujours dit, vous auriez dû créer une société de construction qu'avec des érythréens. Il y avait tout. Il y avait le maçon, il y avait l'électricien, il y avait le peintre. Il y avait tout, quoi. Enfin, bref, je laisse ça là. On va arriver aux questions de fin que je pose à tous mes invités. Alors, la première, c'est quoi ton son du moment ?
- Speaker #0
Moi, je n'ai pas de son du haut, mais le son que j'écoute souvent quand j'ai besoin de réconfort un peu, puis j'ai besoin d'un peu d'espoir, c'est le son de Booba. Non, attends.
- Speaker #1
Vous avez entendu sa phrase de fou malade. Quand j'ai besoin de réconfort, j'écoute Booba. OK, vas-y.
- Speaker #0
Jusqu'ici, tout va bien.
- Speaker #1
Jusqu'ici, tout va bien.
- Speaker #0
Exactement. Tiens,
- Speaker #1
Karim, corrige-moi, mais jusqu'ici tout va bien, c'est dans Panthéon ? T'en mords ? T'en mords ? T'en mords, c'est quoi, c'est 2001 ? Il est arrivé en Suisse en 2013.
- Speaker #0
Après, j'ai écouté du Booba, d'Hamsaw, du Carice. Après, quand tu comprends vraiment, tu regardes l'actualité. J'essaie maintenant de filtrer un peu les artistes à qui je vais écouter.
- Speaker #1
Voilà, t'as oublié de dire Myro. Deuxième question, si tu pouvais avoir un dîner avec cinq personnes, qui est-ce que tu choisirais ? Ça peut aller de ton cousin à Michael Jackson. Je t'ai dit de préparer.
- Speaker #0
Oui. Non, mais après, je pense que je peux citer des personnalités, mais chacun est différent. Moi,
- Speaker #1
je préfère... Moi, il y en a un, la dernière fois, dans la même table, il m'a dit, je veux Jésus et Mohamed. Donc, tu peux y aller.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. En vrai, Jésus, pourquoi pas, mais ce qui est important pour moi, je pense, j'ai envie d'être entré et profiter du moment avec trois, quatre personnes dans ma vie. J'ai envie d'avoir ces personnes-là autour de moi, quelqu'un qui travaille à la banque. un avocat, un médecin et puis un vrai ami et puis avec moi ça fait 5 honnêtement je te dis le jour que je vais avoir des amis ou des personnes proches avec moi qu'on va collaborer ensemble, un bon copie et puis un avocat ce sera le rêve on va passer,
- Speaker #1
Senay tu peux venir s'il te plaît on va passer à la partie euh... Je vais poser des questions, je vais activer le micro, Sona va prendre le micro. Qui c'est qui a une question déjà ? Ah non, pas comme ça. Ouais, Fadi. Tu peux donner le micro à Fadi ? Tu parles juste dans le micro. On t'entend bien ? Un deux, un deux ?
- Speaker #2
Un deux, un deux. Merci pour ce partage qui est très inspirant. C'est une bonne leçon d'humilité. Ma question, elle est sur aussi un questionnement personnel.
- Speaker #0
Mairon,
- Speaker #2
vous venez de loin, d'une autre vie, d'un autre monde. Maintenant, vous êtes en Suisse. Et maintenant que vous êtes là, vous visez encore plus de choses. Est-ce qu'en visant plus de choses, on peut être satisfait ? La question tourne un peu sur ce concept du greed en anglais, de toujours vouloir plus. C'est ce qu'en voulant toujours plus, on peut être un jour satisfait. Merci.
- Speaker #0
Je pense que jamais. Parce que j'ai déjà essayé, c'est pour ça que je disais avant que quand j'ai perdu beaucoup d'argent sur certains business, j'avais envie d'aller très vite. Puis j'avais envie, je pensais que le résultat final, ce sera d'avoir tout, mais pas du tout. C'est pour ça que je dis maintenant, même, je veux qu'il y ait des moments très difficiles au niveau santé, parce que je ne dormais pas du tout en même temps que j'avais 3-4 business avec les études. C'était assez compliqué, c'est là que j'ai décidé en fait. Ok, je peux faire les efforts, mais sans trop prendre tout dans la santé. Mais je ne pense pas qu'on peut avoir tout en travaillant, je pense que c'est plus compliqué. Après, l'argent ne fait pas le bonheur, mais ça revient quand même beaucoup de bonheur. j'ai fait ce qu'il faut travailler mais on peut devenir quand même rapidement assez gourmand puis ça peut avoir des impacts dans notre vie. Puis vu que moi qui ai vécu ça, c'est pour ça j'ai essayé de ralentir aussi dans la vie. Des fois j'ai envie de profiter aussi du moment. De remercier Cédu de tout ce que j'ai accompli jusqu'à maintenant. Ça m'a remis quand même beaucoup de questions parce qu'il y a des gens encore qui étaient ensemble, on a fait l'école ensemble, qui sont encore au pays, qui n'ont pas de voiture, ils n'ont pas d'appartement, ils n'ont pas la liberté de dire les choses. Du coup, des fois, il faut savoir se remettre en question aussi.
- Speaker #1
Il y avait une autre question, Millions, c'était... Ah non, Karim !
- Speaker #3
Tu nous as dit que quand tu es arrivé, tu ne connaissais pas forcément la Suisse. Moi, ce que j'ai envie de savoir, c'est que tu n'avais peut-être pas d'attente, mais qu'est-ce qui t'a le plus surpris en positif ou négatif quand tu es arrivé en Suisse, quand tu as commencé à communiquer avec des gens ? Au niveau de la mentalité, qu'est-ce qui t'a le plus surpris, positivement ou négativement ?
- Speaker #0
La première fois, j'étais surpris qu'on était tellement aidé par la Suisse, c'est-à-dire qu'ils travaillaient, qu'ils ne travaillaient pas. Dans le sens, parce que vu que la plupart des retrains, les premières années, ne travaillaient pas, qu'on avait aidé financièrement, on va le reconnaître.
- Speaker #1
C'est important de préciser. Il y en a beaucoup qui ne travaillent pas aussi parce que des fois, ils n'ont pas le statut qui leur permet de travailler aussi.
- Speaker #0
Exactement. Non, parce que sinon,
- Speaker #1
c'est repris et après, tu connais. Non, c'est vrai.
- Speaker #0
Mais je dis dans le sens que, voilà, peut-être si vous êtes au chômage parce que vous avez déjà cotisé, vous allez être payé plus tard. Mais quand vous avez un papier, vous pouvez travailler ou vous êtes dans un point d'une situation d'intégration. Du coup, ça, c'est la première chose. Puis la dixième chose, c'était, je visais l'accueil de la Suisse. Moi qui viens de l'Afrique, elle est tellement accueillie. Les gens, ils savent dire bonjour, comment ça va, ils prennent des nouvelles. Puis la Suisse, en Suisse, c'était pareil. Je voyais les gens, ils disaient bonjour. Au début, je ne savais pas dire bonjour, je souriais. Du coup, j'étais quand même assez content de l'accueil de la Suisse. Puis la même chose, c'est ça, dans mes études, puis mes collègues. J'étais assez quand même, j'avais quand même un bon lien, du coup. Je suis content de vivre maintenant tout ce qui se passe ailleurs. Je suis content d'arriver en Suisse et pas ailleurs.
- Speaker #4
Pour le coup, moi, ça prenait un peu la même question. C'était pour savoir comment est-ce que les Suisses t'ont accueilli ? Est-ce qu'ils t'ont bien accueilli ? Comment tu t'es senti quand tu es arrivé en 2013 ? Parce que le changement est quand même énorme dans l'Erythrée d'arriver en Suisse. Donc, ça revenait un petit peu à la question. Mais qu'est-ce que tu as ressenti par rapport à ça ?
- Speaker #0
Honnêtement, comme je disais, j'étais bien accueilli. Il y avait quelques points qui revenaient. Au début, c'était par rapport... Vu que j'étais électricien, j'allais réparer certaines installations dans les appartements. Au début, c'était un peu compliqué parce que les gens avaient un peu du mal de voir une personne de couleur qui allait venir réparer leur installation qui est en défaut. Ils avaient un peu du mal à accepter. Et puis un jour, je ne sais pas si c'était par intelligence ou par je ne sais pas quoi, une personne m'a dit, elle m'a un peu mal parlé et puis après c'était une personne retraitée. En fait, il a mal réagi par rapport à ma colore de peau. J'ai dit, si jamais, madame, c'est moi qui fais votre retraite. D'accord. Les remarques de mon fils,
- Speaker #1
ça a été devenu vite.
- Speaker #0
À partir de là, je suis assez fier. Parce que dans ce sens, ce n'est pas un critique vers le système de la Suisse, mais il faut quand même remettre certaines personnes à leur place. Parce qu'on dit souvent la jeunesse... migration, mais il faut quand même dire les choses. S'il n'y a pas la migration, peut-être qu'il n'y aura pas tout ce qu'on veut dans ce pays. Du coup, il y a des positifs, il y a des négatifs pour toutes les choses, car dans ce monde-là, ça ne veut pas dire que toutes les choses qui vont passer, c'est les migrés qui vont les faire, mais il faut quand même rappeler à certains des choses, les belles choses qu'on fait, à des personnes qui pensent que la migration, c'est que des mauvaises choses.
- Speaker #5
Salut Mérone. Moi, j'ai une question sur l'accueil que tu as eu ou pas eu de ta communauté qui est née en Suisse, le soutien. Est-ce que tu as eu un soutien ou pas ? Parce qu'il y a beaucoup avec qui j'échange qui nous disent, je suis née ici, chez Eritrean, à Genève, et avec qui j'ai beaucoup échangé et qui nous disent, les enfants qui sont nés ici ne nous ont pas aidés. à nous intégrer ou à comprendre le système suisse. Est-ce que toi, tu as ce sentiment-là ou l'inverse ?
- Speaker #0
Moi, personnellement, j'ai eu beaucoup, beaucoup de soutien. Mais pour confirmer, il y a Benoît, il y a toute sa famille, il y a tout ça, il y en a et tout ça ailleurs. Après, c'est pareil, la même chose, il y a plusieurs personnes qui sont nées en Suisse, ils ont beaucoup de... et qu'ils étaient là bien avant moi, ou soit qu'ils sont en Suisse. Après, moi, j'ai toujours dit une chose. C'est celui qui a besoin qui doit aller chercher les informations parce que, de l'autre côté, la personne ne peut pas savoir si tu as besoin d'aide ou pas. C'est-à-dire que c'est à toi d'aller chercher la personne. C'est à toi... d'aller chercher les informations. C'est-à-dire, si la personne, moi, je ne peux pas deviner qu'elle a besoin d'aide, tu peux créer comme on a créé nous à Gena, parce que tu as remarqué peut-être certaines difficultés dans la communauté rétrain, ça ne veut pas dire que tout le monde doit penser la même chose. C'est-à-dire... Tu vas aller joindre la communauté rétrienne ou tu vas aller voir les autres activités au sein de la communauté. Je pense que la première migration, c'était les Italiens, les Portugais, les Espagnols, les Albanais. Je pense qu'ils ont quand même montré c'est quoi la force de la communauté et comment on peut faire ça. Du coup, c'est pour ça, à mon avis, pour moi, je suis assez aidé par la communauté existante en Suisse. Et puis, celui qui a besoin, qui doit aller quand même se renseigner et demander les informations qu'il a besoin.
- Speaker #1
Ça a répondu à nous. C'est bon ? Il y a d'autres questions ? Oui, là devant, Véro. C'était son anniversaire il y a quelques jours.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour ton témoignage,
- Speaker #6
Mélone. Hyper fière de toi, hyper touchant de voir ton évolution. Et je me souviens en 2014, en 2015, il y avait la campagne Stop Slavery in Eritrea et toi, tu n'as pas hésité à faire du plaidoyer pour la jeunesse érythréenne alors qu'à cette époque, ce n'était pas hyper facile d'en parler. C'était encore un peu tout début, on n'était pas tous à l'aise. Alors j'aimerais savoir qu'est-ce qui t'a motivé à le faire et comment tu vois ça maintenant aujourd'hui, d'où tu es ?
- Speaker #0
Même déjà à l'époque, en fait moi j'ai toujours dit, moi j'ai l'occasion de dire les choses maintenant. J'ai le pouvoir de dire les choses. C'est pas que j'ai le pouvoir, mais au moins, je peux passer l'information à deux, trois personnes, voire plus. Maintenant, il y a plusieurs personnes.
- Speaker #1
Déjà, avant de dire le pouvoir, tu as vécu des choses, donc tu peux les expliquer.
- Speaker #0
Oui, exactement. Parce qu'il y a certaines personnes qui sont encore en retrait, qui n'ont pas... Ils ne peuvent pas dire les choses. Du coup, moi, je peux être leur porte-parole, puis dire les choses vraiment qu'on a vécues, et puis, au moins, apporter du soutien à ces personnes-là, puis leur donner des informations que peut-être le monde entier ne sait pas. Pour certains, il y a des personnes qui ont des histoires pire que les miennes. Peut-être que vous n'êtes pas au courant. Il y a des personnes qui sont vécues dans des moments très difficiles. Si ces personnes-là ne viennent pas dire les choses qu'ils ont vécues, même s'ils ne viennent pas se tenir les mouvements, les associations par rapport à la situation de retrait, personne d'autre ne va les faire à notre place. Ce n'est pas un... suisse, c'est pas en français, c'est pas en espagnol qu'il va dire un retrait, il se passe ça, Parce que lui, il n'a pas vécu ça. C'est-à-dire, moi, c'est pour ça, des fois, j'ai un peu du mal avec certains comités retraits parce que on est quand même divisé sur la... la partie politique. Il faut quand même souligner, c'est important. Ça peut faire mal à certaines personnes, ça peut faire du bien à certaines personnes, mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'on ne peut pas cacher les choses. C'est-à-dire, dans le sens, si on est là, si on est retraité, quand il compte à peu près 40-45 personnes retraites en Suisse, il n'y a qu'une raison. Je pense que personne ne peut quitter son propre pays si tu vas bien. Vous n'allez jamais voir...
- Speaker #1
Ça dépend quand ils sont arrivés aussi.
- Speaker #0
Je suis d'accord.
- Speaker #1
Pour différentes raisons.
- Speaker #0
Oui, après, tu peux voir la vague de l'immigration.
- Speaker #1
Oui, mais toi, ce n'est pas la même raison. Voilà, c'est pour ça que je dis.
- Speaker #0
Mais après, les éreintes qui sont arrivées en 2026, en 2006, et puis les éreintes qui sont arrivées après, c'est différent. En 2018, il y avait 70 personnes qui quittaient le pays tous les jours.
- Speaker #1
70 ?
- Speaker #0
70 personnes qui quittent le pays tous les jours. Ça, c'est une information devenue. C'est énorme, c'est beaucoup. Quand tu compares ça avec les gens qui viennent ici et qui n'arrêtent pas de dire les choses qui se passent vraiment en retrait, c'est dommage parce que sinon, personne ne va venir faire le travail à notre place. C'est pour ça que je dis encore une fois, c'est pour ça que je soutiens aussi le mouvement. 2014-2015, et puis c'était l'occasion de dire les choses. Après la deuxième question, j'ai oublié c'était quoi. Toujours la même chose, j'ai encore des amis qui soutiennent encore le gouvernement, j'ai pas des jeunes, allez manger avec eux. puis de partager des repas, je vais se faire des sorties pour partir en vacances on a aussi l'occasion de parler de la politique le plus important c'est au moins tu sais que demain tu vas pas regretter de ne pas avoir dit les choses parce que moi j'ai vécu ces choses là, il y a aussi des gens qui ont vécu la même chose que moi, qui soutiennent encore le gouvernement, moi ça me fait encore plus mal mais chacun il est libre de dire ce qu'on pense il est libre de choisir Quel parti politique ? C'est comme la Suisse. Il est libre, tu ne peux pas obliger quelqu'un de se tenir sur ce parti-là et supporter l'autre parti. Chacun est libre. Après, c'est dommage parce que quand on parle d'humanité... c'est plus compliqué, c'est plus délicat. J'espère qu'un jour, tout ça s'arrangera, puis tout le monde trouvera sa place, puis tout le monde trouvera sa paix.
- Speaker #5
Je vais juste rebondir par rapport à ce sujet-là. Les problèmes en Érythrée, ça ne date pas d'aujourd'hui. On est d'accord, ça date... déjà depuis longtemps. Nos parents ont protesté. Nous, on a protesté. La génération d'après nous, elle proteste. Et il y en a beaucoup, la génération de nos parents, où ils n'ont pas pu retourner en Érythrée. Et quand tu ne peux pas retourner en Érythrée, c'est un sacrifice que tu fais, de ne plus voir ton frère, ta soeur, ta famille qui est en Érythrée. ou les conséquences qu'il peut avoir pour ta famille là-bas sur place. Est-ce que ce sacrifice vaut la peine aujourd'hui ? Parce que quand je suis allée il y a quelques années en Érythrée, avec les personnes que j'ai parlé sur place, ils m'ont tous dit, mais ce que vous faites à l'extérieur a des représailles à l'intérieur. Est-ce que tu penses, de ton point de vue, vu qu'on n'est pas lancé là-dessus, Ce sacrifice-là, parce que toi, demain, tu ne vas pas retourner en Érythrée. Tes parents ne pourront pas retourner en Érythrée parce que tu es contre le gouvernement. Et du coup, tu laisses une partie de ta famille là-bas.
- Speaker #1
C'est toi qui l'as dit, lui, il ne l'a pas dit. Non,
- Speaker #0
mais c'est juste que je veux répondre. Il a raison.
- Speaker #5
Mais c'est véridique.
- Speaker #1
Et il ne l'avait pas dit.
- Speaker #5
Voilà.
- Speaker #1
T'as cramé sa couverture.
- Speaker #0
C'est juste.
- Speaker #5
Désolé. Mais voilà, en gros, est-ce que ce sacrifice vaut la peine ?
- Speaker #0
Moi, pour moi, oui, parce que quand je sacrifice, c'est la justice ici, la justice. Moi, j'ai l'occasion peut-être, si je ne peux pas dire autrement. Ils travaillent ici, comme je pense la plupart des immigrés. On va envoyer l'argent à nos proches. Celui qui n'a pas de famille, celui qui n'a pas ses enfants en Europe, en Etats-Unis, comment il fait pour vivre tous les jours ? Moi, sans dire quelque chose, je peux envoyer 300 francs, 400 francs par mois. Mais celui qui n'a pas de famille en dehors du pays, comment il fait pour vivre tous les jours ? Parce que moi, je ne peux très bien rien dire avec mes proches et ma famille. Par contre, celui qui ne peut pas manger tous les jours, celui qui ne peut pas sortir, celui qui est toujours en prison, il restera là et puis il ne va peut-être pas vivre comme nous. Je pense qu'il faut quand même porter la parole pour les gens qui n'ont pas la parole. Je ne peux pas être égoïste de dire maintenant que je suis bien dans un pays qui me convient, qui convient à mes proches. Je ne peux pas fermer les yeux parce que moi-même, j'ai vécu. Je ne peux pas dire que c'est bon, je ne fais plus partie, je ne suis plus en retrait. J'ai vu ma meilleure vie, je pars en vacances, je mange tout ce que j'ai envie de manger. On peut envoyer encore quelques centaines de fonds en retrait par mois. Je pense pour moi, c'est d'être égoïste. T'as raison, moi ça fait 13 ans que j'ai pas vu mon grand-père et j'ai perdu il y a pas longtemps. Ça fait mal. Encore une fois, t'as raison. J'ai des amis qui sont partis après 13 ans, 14 ans parce qu'ils ont eu les mêmes réflexions que toi. Ils ont dit, stop, maintenant on est obligé d'aller voir nos parents, la famille. Là ils vont aller payer ce qu'ils ont payé, 2-3%. 2% de la retraite. Mais, moi, indirectement, je suis en train de soutenir la dictature du gouvernement du pays. Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas. Tu me dis demain, tu payes 2% et je vais voir mon pays grandir, avoir des structures correctement. Avec plaisir, je peux même payer 5%. Je peux même payer 2%.
- Speaker #1
Arrête.
- Speaker #0
Tu n'as pas coupé un samuel.
- Speaker #1
10%
- Speaker #0
il a dit. C'est important quand même de dire les choses parce que si quand c'est un pays il va débuter, sûrement il a besoin de ses citoyens, c'est normal parce que soit il doit faire des investissements, soit il doit aider. A l'époque où il y a eu la guerre les retraits qu'ils étaient en Italie ou dans le pays de Golfe, en Réseau d'Ide, ils ont quand même vendu leurs bijoux pour donner un coup de main. Il faut souligner, il faut dire que les premiers écrins qui étaient émigrés en Suisse ou ailleurs, ils ont quand même donné un coup de main. quand le retrait a fait la guerre contre l'Ethopie. C'est quand même important. Beaucoup de gens ont soutenu via leur argent, via leurs bijoux. Peut-être que demain, on aura besoin de faire ça. Mais actuellement, je ne peux pas être égoïste et dire que je n'ai pas... pas à fermer les yeux. Si je ne devais pas aller voir les proches et les amis pendant 40 ans, je vais le faire. Mais la douleur, elle ne dure pas longtemps. Elle pique, mais peut-être un jour ça va passer. Je pense qu'on va se rappeler de ce moment-là.
- Speaker #1
Merci. Est-ce qu'il y a une autre question ? Une dernière question ? Pas de question ? Très bien. Merci beaucoup à toi. Merci. Merci pour ton temps. Courage. Si vous avez des gens qui se plaignent de l'immigration, vous pouvez parler d'histoire. Vous pouvez les envoyer sur cet épisode. Je pense que c'est une bonne pub. Ceux qui n'ont toujours pas donné 5 étoiles sur Spotify ou sur Apple Podcast, n'hésitez pas à le faire. Ça aide énormément pour les algorithmes. C'est important. Vous avez même une section sondage sur Spotify. Vous pouvez laisser un commentaire. On se voit au prochain épisode. Il y a les t-shirts là. Pour ceux qui veulent un t-shirt d'une certaine couleur, vous pouvez venir. On peut s'arranger. Et voilà. Merci à tous d'être venus. Et je vous dis au prochain épisode.
- Speaker #7
Merci d'avoir écouté. Bye bye.