- Speaker #0
Bonjour Anthony.
- Speaker #1
Bonjour Christine.
- Speaker #0
Bienvenue dans mon podcast « Des voies et des vies, ces entrepreneurs qui nous inspirent » . Merci d'avoir accepté de partager ton parcours entrepreneurial, tes motivations, tes choix et les inspirations qui t'ont guidé et te guident encore sur ce chemin. Fonder et diriger une entreprise est une aventure exigeante, jalonnée d'obstacles et de défis humains, mais c'est aussi une expérience riche en apprentissage et en transmission. Aujourd'hui, nous allons explorer ensemble les multiples facettes de cette aventure et les partager avec ceux qui nous écoutent. L'objectif de ce podcast est de donner vie à ton récit, de le rendre accessible à d'autres entrepreneurs et qui sait d'inspirer ou de nourrir leurs propres réflexions. Avant de plonger dans notre conversation, quelques mots sur ton parcours. Tu es un professionnel de l'immobilier depuis plus de 35 ans. En 2006, tu as cofondé les agences immobilières Domissim et puis en 2010, tu as créé une société spécialisée dans le développement de nouveaux véhicules de placement collectif immobilier. Ton aventure dans l'immobilier a commencé très tôt, à seulement 22 ans. Est-ce que cette entrée précoce dans le secteur était déjà portée par un rêve, une ambition entrepreneuriale ? Est-ce que tu peux me dire comment... Tout cela a commencé pour toi.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui a tout déclenché, en particulier dans le monde de l'immobilier, c'est finalement le hasard d'une discussion avec mon père. Mon père a été mon guide dans mes premiers choix professionnels. Malheureusement, je l'ai perdu assez jeune, j'avais 30 ans, mais de 20 à 30 ans, il m'a accompagné à travers des propositions, des idées. La première qu'il m'a effectivement proposée était de travailler dans le monde des assurances. Peu de gens le savent, mais moi je n'ai pas un parcours universitaire, j'ai un parcours... d'apprenti, apprenti de commerce. Et mon père, qui s'inquiétait, pour moi, comme pour tous ses enfants, de notre avenir, avait, à travers ses conseils, compris que j'étais quelqu'un qu'il fallait rapidement lancer, qui n'avait pas envie de passer dix années à l'école ou sur les bancs d'université. je pense que j'aurais pu avoir Le niveau pour le faire, je l'ai d'ailleurs fait plus tard, souvent par complexe. Mais lorsque j'avais 21 ans, mon père m'a dit, je pense que tu devrais travailler dans les assurances, c'est très très dur. Et si tu t'en sors bien, tu seras armé pour faire du commerce et pour être capable d'aller au devant des gens. Et souvent, c'est vrai dans le monde du commerce, d'entrer en contact avec quelqu'un, pour beaucoup de personnes, c'est finalement presque inné. Alors que ça ne l'était peut-être pas autant avant cette expérience. Donc j'ai travaillé pendant deux ans environ et en parallèle, mon père avait... financer, aider un promoteur en Suisse et un promoteur en Espagne à développer leurs activités. Il avait vendu son entreprise qui était un commerce de vin, assez important, et donc à travers ses investissements, il a aussi senti et pensé que j'avais un bon profil pour travailler dans l'immobilier, donc il m'a suggéré de me lancer à travers un partenariat qu'il avait déjà lui-même sur une activité en Espagne.
- Speaker #0
Maintenant, si on revient sur, je dirais, un peu ces origines, ces déclencheurs de ton parcours entrepreneurial, est-ce qu'il y a dans ta jeunesse ou dans ton enfance, une ou deux anecdotes qui pourraient faire un lien justement avec cette étincelle qui t'a animé très jeune ? Oui,
- Speaker #1
une ou deux. Une dont je suis à la fois fier et pas fier, puisqu'elle était... Très opportunistique. C'est vrai que d'abord, j'ai baigné toute mon enfance, pas un monde d'entrepreneurs pluriels, mais avec mon père, un entrepreneur qui a eu des hauts et des bas, comme tout entrepreneur, dans le commerce de vin, l'importation de vin. Et très très jeune, j'ai vu mon père qui travaillait, qui nous parlait de ses entreprises. On vivait aussi ces moments difficiles, il n'y a pas toujours du succès. Et c'est vrai que... Ça permet aussi, je pense, de mieux être préparé à l'idée qu'entreprendre est... Et avoir son entreprise, ce n'est pas un long feu tranquille, et ça peut même être parfois très compliqué. D'ailleurs, je l'ai vécu très jeune, cette situation d'une entreprise en crise, mais s'agissant de création ou d'opportunité d'entreprise très jeune, J'avais, comme beaucoup de jeunes à cette époque, une admiration pour une personnalité qui s'appelle Claude François. J'aimais beaucoup sa musique, j'aimais beaucoup son style. Les shows de Claude François, c'était quelque chose qui... Je devais avoir 12 ans, 11, 12 ans, 13 ans, je ne sais plus exactement. Me fascinait aussi parce que c'était quelqu'un qui fonctionnait ou qui, en tout cas... Il avait une prestation différente des autres. Je ne sais pas si vous vous souvenez à l'époque, à la télévision, les gens bougeaient à peine. C'était très plat. Et ce Claude François, lui, au contraire, ça partait dans tous les sens et j'étais effectivement assez admiratif. Enfin, ça pour dire que lorsqu'il est décédé, c'était un samedi après-midi, parce que je regardais la télévision et ils ont interrompu le programme pour annoncer le décès de Claude François. et j'étais triste, ça je ne peux pas le cacher mais en même temps je me suis dit Beaucoup de gens aimeraient acheter certainement un disque de Claude François, en souvenir. Donc j'ai emprunté 100 francs à mon père, qui m'a demandé pourquoi j'avais besoin de 100 francs tout de suite. J'ai pris mon vélo et je suis parti du petit village de Prangin, à la placette à Nyon, et j'ai été acheter tous les 45 tours de Claude François, que j'ai ensuite vendu. L'après-midi même, ou peut-être le lendemain, je ne me souviens pas si j'ai attendu un tout petit peu, mais je ne crois pas. Et c'est vrai que je sonnais aux portes et 45 tours ça coûtait 5 francs à l'époque, je les ai vendus 10 francs. Et j'expliquais aux gens que j'avais des 45 tours de Claude François et que ce serait bien d'en avoir un pour en souvenir. Alors j'ai un petit peu mauvaise conscience quand même. Et j'ai toujours dit à mes enfants et à mes femmes qu'un jour j'irais sur la tombe de Claude François pour m'excuser. Puis en même temps pour lui dire merci. Parce que lui aussi, c'est un entrepreneur. Et je pense qu'il aurait certainement un petit clin d'œil aujourd'hui en disant que ce n'était pas une mauvaise idée.
- Speaker #0
Tu écoutes toujours Claude François ?
- Speaker #1
Non, bien sûr en soirée, en discothèque, c'est souvent un incontournable, mais je pense que j'étais beaucoup plus admiratif du dynamisme de Claude François. À l'époque, je lisais Podium, il lançait son parfum, il était omniprésent, c'était un peu le Bernard Tapie. du show business. Et c'est vrai que cette carrière-là me fascinait. Et probablement que j'avais envie de lui ressembler dans un autre domaine, d'être un entrepreneur, quelqu'un qui vraiment soit dynamique.
- Speaker #0
Ton père et Claude François, on peut dire qu'ils ont tous les deux joué un rôle important, d'une certaine façon, bien sûr, complètement différemment. ... Tu vas vendre les 45 tours de Claude François à ton entourage dans le village. Tu continues ton chemin à l'adolescence. Tu crées la première, on va dire, entreprise. Comment tout ça se met un petit peu en route ?
- Speaker #1
Notre entreprise s'appelait Heaven Discotheque. On a créé avec mon frère et deux autres amis une petite entreprise qui animait des soirées pour le compte des jeunesses en général. C'est une soirée discothèque. une salle communale, on s'installe et on installe du live show et puis on fait DJ. C'était ça. Et donc on avait acheté du matériel, on louait aussi du matériel et puis Heaven Discotheque était engagée pour animer quelques soirées. C'était moi, disons, le principal instigateur, initiateur de cette petite entreprise et... Lorsque j'étais à l'école de commerce, les cours commerciaux à Lausanne, où j'ai rencontré ma femme, je ne me souviens plus comment c'est arrivé, mais temps présent, j'organisais une série sur des jeunes, très jeunes entrepreneurs de moins de 20 ans, qui avaient lancé une activité. Et puis, donc, ils se sont intéressés à Even Discotheque, ils se sont intéressés à mon parcours. à mon profil, et un peu comme aujourd'hui, ce n'était pas un podcast, c'était un reportage sur Anthony Collet, 18 ou 19 ans, je ne sais plus quel âge j'avais, je pense 19 ans, entrepreneur. Et ce reportage est passé sur ton présent, et mon beau-père m'a rencontré ou vu, mes beaux-parents m'ont vu pour la première fois à travers cette émission. Et sincèrement, ce n'est pas beau à voir. Pas plus exactement. J'étais tellement prétentieux et tellement sûr dans mes propos que j'allais devenir un entrepreneur à succès et puis que c'était une évidence que je dois dire que si j'avais été à la place de mes beaux-parents, je me serais dit, celui-ci, il est vraiment un peu sûr de lui. Et voilà, donc une image de moi que je n'aime pas forcément, qui m'a peut-être d'ailleurs un peu ensuite. permis de changer. Je pense que j'ai créé cette entreprise, c'est pas vraiment une entreprise, c'est une activité d'animation et de jeûne entre nous et voilà on a eu notre petite gloire locale et puis après on s'est séparés parce qu'on est partis à l'étranger pour apprendre des langues ou pour nos parcours respectifs puis l'activité est tombée. C'est vrai qu'ensuite l'autre entreprise que j'ai créé qui était Co-immobilier, l'une de mes initiales, c'est l'entreprise que j'ai créée quand mon père m'a proposé de vendre des projets, des maisons qui étaient réalisées en Espagne par son associé, un partenaire d'opération immobilière.
- Speaker #0
Alors, dans ces projets que tu as évoqués... Qu'est-ce qui t'a motivé ? Qu'est-ce qui a déclenché en toi cette envie de créer, d'innover aussi ? Parce que tu as parlé de Claude François, DJ, pour l'époque c'était quand même des activités qui sortaient des sentiers battus. Quelles sont tes motivations ? Qu'est-ce qui te pousse à avoir envie de créer ?
- Speaker #1
C'est extrêmement difficile de répondre parce que finalement c'est naturel, c'est cette envie. J'ai toujours été quelqu'un de vif, donc une hyperactivité, que je canalise plutôt que de l'avoir partie dans tous les sens à travers des projets. Et dans l'idée aussi d'être quelqu'un... qui donne ou qui montre ou qui démontre un certain nombre de choses, notamment l'exemplarité. Ça s'est peut-être venu plus tard. Ce qui m'a donné l'envie de créer diverses activités, c'était d'entraîner avec moi des gens. Je pense que je n'ai pas tout de suite trouvé, mais je peux dire que ce côté leadership, ce côté chef de groupe, guide... d'où Ou leader, jamais par le pouvoir, ce n'est pas quelque chose qui m'a motivé. L'idée de pouvoir de manière dictatoriale ou d'une certaine manière dirigée, et même ça m'a valu quelques fois des problèmes, parce que comme j'ai ce leadership un peu naturel, j'aime entraîner les gens dans une direction, sur un projet, et j'aime associer les gens. C'est très important pour moi d'associer tout le monde, enfin toutes les personnes qui... qui sont motivés par ce projet, en général par mes projets. Et je pense que c'est ça qui me motive, c'est d'entraîner d'autres personnes avec moi dans une aventure.
- Speaker #0
Cette aventure entrepreneuriale, parce que c'est une aventure, comme tu l'as dit, avec des hauts et des bas, si aujourd'hui, par rapport à ton parcours, il y avait une aventure entrepreneuriale qui aurait peut-être plus d'importance ou qui t'aurait particulièrement marquée ou à partir de laquelle tu t'es sentie transformée ? Qu'est-ce qui dans ton parcours a été pour toi vraiment marquant ?
- Speaker #1
Alors je pense que c'est Fundim bar slash Realitim, ça veut dire le projet Realitim. Pour moi, ça a été l'aboutissement à la fois d'une expérience dans l'immobilier que j'avais pu acquérir toutes ces 20 ou 25 dernières années, puisque Realitim remonta au début 2010. En gros, 2008-2010, c'était mon expertise de l'immobilier, mais l'idée d'aller dans un monde qui m'était totalement étranger, c'est-à-dire les véhicules de placement collectif, régulés par la FINMA, le monde bancaire, ou en tout cas le monde financier. Et c'est d'avoir pu motiver quelques personnes à s'associer au projet et qu'on monte à trois, puis à quatre, une nouvelle entreprise dans un domaine... dans lequel j'avais certes une expertise immobilière et de promoteur ou développeur, mais absolument pas de légitimité dans le monde financier ou dans le monde des véhicules régulés. Et j'ai pu trouver avec les partenaires avec lesquels on a monté Sals cette complémentarité. Pour moi, c'est l'entreprise dont je suis le plus fier parce que je n'avais pas d'expertise et je ne me suis pas senti un imposteur. Ça c'est important de le dire parce que c'est vrai que quand on fait certaines fois des choses dans un domaine duquel on n'est pas forcément né ou été formé, on peut se sentir un peu atteint du syndrome de l'imposteur et du coup mal le vivre ou mal le vivre tout court, ça n'a pas du tout été le cas. Grâce à cette complémentarité, grâce à ces associations, je me suis vraiment senti à l'aise. et fier de cette entreprise.
- Speaker #0
Tu as parlé d'association, de gens, de nouveaux. Est-ce que tu pourrais dire que tu as du flair ?
- Speaker #1
J'aimerais dire oui, puis en même temps, je n'ai pas toujours le bon flair. Donc, restons humbles et on m'a fait le compliment suivant, qui répondra à la question, d'avoir effectivement toujours su associer, m'entourer. et motiver des personnes autour de mes projets et de réaliser ainsi des choses que peut-être, même pas que peut-être, que je n'aurais jamais pu réaliser seul. J'aime bien, je crois que c'était Churchill qui disait « Une entreprise, c'est faire à plusieurs ce qu'on ne peut pas faire tout seul. » C'est évident. Et effectivement, l'association des personnes et des bonnes personnes nous a permis, donc je ne vais déjà plus parler de la première personne, nous a permis de réaliser des choses formidables.
- Speaker #0
Donc ces personnes, aujourd'hui, elles comptent toujours dans ta vie ?
- Speaker #1
Oui. Pour moi, ça a toujours été très, très important de rester en relation avec les personnes qui m'ont aidé, qui m'ont permis de monter mes projets, ou des projets qu'on a pu monter ensemble, y compris dans l'amitié. Et dans les personnes que j'ai rencontrées très très jeunes, ce sont pour beaucoup mes amis d'enfance et mes amis de 30 ans, mes amis de 40 ans, mes amis de 50 ans. J'ai un cercle d'amis assez large. Et pareil en association. J'ai eu une association très malheureuse, parce que c'est là que je l'oublie, alors qu'elle a été très formatrice. C'était à mes 22-23 ans, quand j'ai créé cette société en cours pour promouvoir, vendre des projets immobiliers en Espagne. J'ai été associé avec l'associé de mon père. Les gens disaient, finalement, l'associé de votre père, c'est donc finalement une association à trois noms. Mon père avait souhaité, m'avait suggéré de faire cette activité-là et de m'associer avec cette personne à laquelle il prêtait de l'argent pour acheter. des terrains, il m'a dit de m'associer avec cette personne et cette personne finalement est partie avec la caisse au début des années 90 en pleine première guerre du golf. Donc moi j'ai fait un NBA échelle 1-1 avec en deux ans, deux ans et demi, un succès fulgurant, un ego surdimensionné, une grosse casse et ensuite techniquement j'avais tout perdu. Et je me suis retrouvé avec des dettes et un associé qui était parti avec mon argent et l'argent de plein d'autres personnes. Et ça, ça a été la meilleure formation que j'ai pu suivre. Donc en fait, c'est vrai que j'ai eu deux associations. Une, je ne peux même pas vous dire, très malheureuse finalement. très très très très riche et d'expérience donc celle de mes 22 ans et puis beaucoup plus tard une vingtaine d'années plus tard dans une opération on s'est désassocié avec une personne parce que parce qu'on se rendait compte qu'on allait on allait trop se prendre la tête qu'on avait des points de vue trop différents mais personnes avec qui on s'est séparé en excellent terme donc j'ai jamais eu de conflit avec un seul associé jamais deux de procès d'associés et tous les associés que j'ai eu dans mes projets sont encore aujourd'hui soit des associés dans d'autres projets,
- Speaker #0
soit des amis c'est extraordinaire c'est rare parce que tu as évoqué justement que tu avais un large cercle d'amis, d'associés de personnes avec lesquelles tu es en contact depuis longtemps ce succès dans tes relations qu'elles soient professionnelles ou amicales, mais aussi familiales, elles semblent te caractériser. Et tu dirais que savoir justement choisir les bonnes personnes avec lesquelles s'associer, savoir choisir aussi les bonnes personnes avec lesquelles travailler, parce que l'association c'est à un niveau de constitution de société, mais après il faut aussi engager du monde, gérer des équipes. Donc qu'est-ce que tu... Je dirais avec ton expérience et justement ce large réseau qui fait le lien, le succès de toutes ces relations.
- Speaker #1
Ce qui fait le succès de ces associations, évidemment de choisir les bonnes personnes. Je pense qu'on a la tête bien faite parce que idéalement une personne qui a une tête bien faite et bien remplie c'est encore mieux. Mais avant tout une tête bien faite et surtout qui attache beaucoup d'importance. à l'autre. On vient peut-être sur quelque chose qui pour moi est très important, c'est que si on attache de l'importance à l'autre, si on a une empathie, une envie aussi de faire des choses qui plaisent aux autres ou qui se font pas de manière forcée, de travailler autour d'idées qui t'appellent beaucoup, enfin, perdent, non, à prendre beaucoup de temps. Pour trouver le chemin qui nous convient à tous, c'est vraiment l'idée d'associer des personnes qui ont un esprit de partage, qui ont un esprit d'entreprendre à plusieurs, qui ont vraiment, bien entendu, des compétences assez évidentes, qui mettent ou attachent beaucoup d'importance au travail et, disons, à l'investissement personnel dans le travail. Je dois oublier plein d'ingrédients d'une bonne association et du bon choix des partenaires. Après, il y a le ressenti. On m'avait, une fois, donné un truc que j'utilise encore toujours. Mes trois questions que je me pose en général, ou que je pose plutôt à mon subconscience, et ça m'a été appris par un ami qui était mon patron, qui est devenu mon ami et avec qui on garde encore de... de très très bonne relation, il m'a dit tu verras quand tu fais un recrutement et tu vas te poser trois questions la première c'est, est-ce que tu lui achèterais une voiture d'occasion ? on est vraiment dans la question de la sincérité des propos, de l'honnêteté de la personne et aujourd'hui c'est peut-être différent parce que quand on achète une voiture on ne prend plus les mêmes risques mais quand on achetait une voiture il y a 20 ou 30 ans, on ne savait rien de la voiture on pouvait nous raconter ce qu'on voulait et on pouvait effectivement tomber dans un piège et le fait que quelqu'un vous parle de sa voiture, vous explique comment elle est, qu'il n'a pas eu d'accident, et vous le croyez ou vous ne le croyez pas, c'est une vraie question. C'est-à-dire que c'est la sincérité. Je pense que le gars est honnête, la personne honnête, pas personne, homme ou femme. La deuxième question, elle est liée à la relation, comment on apprécie le comportement de la personne et si on a le sentiment effectivement que... que professionnellement c'est peut-être quelqu'un de très bien mais qui peut ne jamais sortir du cadre professionnel et être finalement fatigant parce que la question qu'on se pose c'est si c'est mon collègue je l'engage et que je suis dans le même club med en vacances que lui est-ce que je le vois au loin et je me dis chouette je vais prendre un verre avec lui ou pas forcément merde ou zut il est dans le même club Ça c'est très important parce que c'est aussi votre subconscient qui va vous dire si vous vous sentez bien en compagnie de cette personne, si vous avez envie de partager des choses qui ne sont pas que liées au travail. Parce que pour un associé ça va être très important. Parce qu'être associé que pour l'intérêt financier, pour l'objectif business qu'on a ensemble, moi personnellement ça ne me convient pas. Et la troisième question c'est, et si cette personne que j'engage aujourd'hui, c'était elle qui m'engageait ? Et si c'était mon patron ? Et là on est dans des notions de... de leadership, est-ce que j'ai envie de travailler pour lui, est-ce que son style, sa façon de s'exprimer, est-ce que la manière dont il amène les choses m'inspire, me motive, me donne envie d'être avec lui, de le suivre. C'est très important parce que... Alors on dit qui même me suive ou qui s'assemble, qui se ressemble s'assemble, il y a un peu de ça. C'est-à-dire de ressentir avec cette personne une admiration, une inspiration. Même si finalement c'est peut-être votre collègue, votre employé, votre associé. votre patron demain ? Ça, c'est peut-être anecdotique, mais c'est trois questions que je me pose toujours et j'ai toujours dit à mes collègues, quand vous recrutez quelqu'un, posez-vous ces trois questions. Est-ce que vous lui achèterez une voiture d'occasion ? La sincérité, les propos. Vous le croisez dans le même club, mais là, c'est vraiment... Il y a parfois des gens, ils sont très très bons techniquement, ils doivent être honnêtes, c'est certain. Mais bon, il vous casse un peu les pieds parce qu'il parle tout le temps de la même chose, tout le temps de son travail. Et puis ça, vous n'avez pas forcément envie. Donc, vous le croisez dans cet endroit où vous êtes plutôt en vacances. Zut, je n'ai pas envie. Et puis, il y a l'admiration, le fait d'être inspiré par quelqu'un, quelqu'un dont vous êtes fier, comme votre père, comme votre fils, parce que ce qu'il vous dit vous fait envie, vous en êtes fier. Ça, c'est aussi très important.
- Speaker #0
J'aimerais revenir sur la troisième question parce qu'elle est aussi en lien avec cette inspiration, comme tu dis. Est-ce que j'aurais envie de travailler pour cette personne si elle était mon boss ? Est-ce que cette personne m'inspire ? Qu'est-ce que ça veut dire être inspirant ?
- Speaker #1
C'est d'arriver à exposer une idée. un projet de manière suffisamment claire pour qu'il soit compris et surtout ressenti comme un défi dont une fois l'objectif atteint on sera fier. Inspirant c'est aussi montrer la voie, montrer l'exemple. c'est de pouvoir montrer aussi ce qu'on est soi-même c'est à dire ne pas jouer ne pas cacher ne pas voilà il ne pas ne pas Ne pas avoir de honte ou de problème à exprimer ses difficultés, je dirais même à pleurer s'il faut, à un moment donné, si un projet est tellement difficile et qu'on sent qu'on est un peu au bout du rouleau, de ne pas se cacher, de ne pas jouer un rôle. Vraiment, d'être inspirant, pour moi, c'est d'être soi-même et de toujours garder la foi dans son projet. parfois dit mais c'est fou, on est en pleine ascension d'un projet, donc à une étape clé et puis là on a une tuile, quelque chose qui nous tombe dessus, qui fait qu'en général il faudrait peut-être se reposer deux, trois jours pour reprendre des forces et puis moi je vais retourner ça comme une opportunité, c'est-à-dire que je vais bien sûr subir quelques minutes. la mauvaise nouvelle et puis quelques minutes plus tard je lui dis en fait c'est une bonne nouvelle on va me regarder en disant mais il est complètement fou il veut nous faire croire que c'est une bonne nouvelle parce qu'il veut juste qu'on ne déprime pas, non non c'est une bonne nouvelle parce qu'en fait si ça ne nous était pas arrivé il aurait pu se passer ça et ça et en fait cette mauvaise nouvelle nous rend service parce que maintenant on va faire comme ça et on va changer de trajectoire ou on va changer telle et telle chose et là je leur dis Merci. super on continue mais on fait autrement mais on continue et on va y arriver et ça c'est le côté inspirant c'est à dire effectivement de pouvoir se dire j'ai eu des patrons comme ça pas disons il en aurait pu tous laissés tomber on aurait pu tous dire bon ben voilà qu'est ce qu'on va faire d'autre non on va non seulement continuer mais on va tirer profit de ce qui pourrait être sur le moment considéré comme un effet. Mandela disait ça, il disait...
- Speaker #0
Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j'apprends. Et pour moi, ça c'est totalement vrai. On ne perd jamais. Même si on a perdu dans les faits parce qu'on n'a pas atteint un objectif, on a appris énormément. Et la fois d'après, on sera meilleur dans une situation comparable.
- Speaker #1
Dans ta vie entrepreneuriale, est-ce qu'il y a eu un moment où vraiment... Tu as quand même eu ce sentiment que les équipes ne croyaient plus que ce serait possible, que vous étiez au bord de ce précipice et puis tu as quoi, une intuition, tu sens que c'est encore possible ?
- Speaker #0
Alors les entreprises que j'ai créées ou dirigées, certaines étaient toutes petites, la première était la mienne, d'autres n'étaient pas mes entreprises puis ensuite le sont devenues. Mais je pense que le pire moment, ça a été, et c'est en même temps le meilleur, c'est ça que j'ai beaucoup de peine, parce que je peux oublier un moment difficile, parce que je peux même m'en souvenir d'un événement positif. C'est ce que je disais tout à l'heure, transformer un échec en une expérience positive. Mais ma première entreprise, on ne parle pas de... de disco mobile ou d'autres petites choses que j'avais créées, mais la première entreprise que j'ai créée avec l'associé de mon père, finalement quand il est parti avec l'argent, quand je me suis retrouvé avec une quinzaine de personnes qui subissaient un préjudice financier à travers moi, mais je n'étais pas le responsable, mais j'étais finalement concerné ou impliqué. Et ça a été de leur expliquer déjà que ce n'est pas moi qui étais parti avec leur argent, enfin je ne sais pas tous les détails. Ça a été aussi de devoir licencier la toute petite équipe que j'avais, ça a été aussi de devoir descendre de mon échelle ou de mon piédestal, où je me considérais déjà à 22 ou 23 ans comme un entrepreneur accompli, comme quelqu'un qui était presque intouchable et qui avait déjà réussi. Aujourd'hui, j'ai 58 ans et ça m'arrive de dire à mes enfants, tout peut disparaître, on peut tout perdre. Donc, à 23 ans, j'ai perdu. finalement trois fois rien quand je regarde ça d'aujourd'hui mais pour cette époque j'ai perdu j'ai perdu énormément puis en même temps j'ai rebondi et je me suis dit bon finalement tu aimes bien ce monde de l'immobilier finalement il ya beaucoup de gens qui le font Que pour l'argent qu'ils le font pas toujours très très honnêtement, et soit différent d'eux, et soit cette personne qui, dans l'immobilier, est un comportement, un engagement, et des valeurs qui, comme dans plein d'autres domaines, puissent être considérées comme, j'aime pas dire exemplaires, mais oui, exemplaires. Et mon père m'avait dit, suite à cette aventure, il m'a dit je pense vraiment que t'es fait pour ce métier, t'es fait pour l'immobilier, fais-le en Suisse maintenant. J'ai dit mais papa, il n'y a personne qui va m'engager en Suisse. On est en pleine crise, les arrêts étaient faits d'euros urgents, tous les promoteurs se faisaient enfin étaient en difficulté, les banques résilient les prêts, c'était cette fameuse période que les jeunes avec lesquels je travaille aujourd'hui ne connaissent pas je leur dis, n'oubliez pas, on a vécu ça, c'était c'est arrivé en deux ans, deux, trois ans il y avait le non à l'Europe, il y avait il y avait Suisse, il y avait plein, plein, plein, plein de choses c'était une série noire pour la Suisse entre 91 et 96, 97 je pense ça a duré même très très longtemps Merci. Et du coup, mon père me dit, mais allez, fais tes preuves en Suisse. Montre qui tu es, vas-y. Je suis persuadé que tu vas trouver une entreprise qui va te donner une place. Il fallait trouver un travail, c'est très difficile. Et puis, tu vas leur montrer de quoi tu es capable. Et c'est ce qui s'est passé. Et donc, cette expérience malheureuse s'est transformée en une école, comme je l'ai déjà dit, un MBA à l'échelle 1-1. Et m'a permis, je pense, toute ma vie de me dire, attention, ce qui est là aujourd'hui ne sera peut-être plus là demain. Et puis construire les choses de manière effectivement à ce que jamais on puisse te reprocher d'avoir mal agi et d'être reconnu comme un professionnel sérieux et honnête. Je crois qu'aujourd'hui, on le dit et j'en suis fier.
- Speaker #1
Ce que j'entends aussi, c'est que tu as parlé de valeurs, des principes de vie qui sont essentiels aussi pour guider, te guider. Tu dirais que ces principes, ces valeurs, ce sont lesquels ?
- Speaker #0
Les valeurs, je l'ai dit, c'est le travail, l'exemplarité, l'investissement personnel, c'est le partage, c'est l'honnêteté.
- Speaker #1
Tu sens qu'ils ont guidé vraiment ta vie jusqu'à aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, clairement. Il y a l'équité aussi, j'ai oublié, c'est un élément très important pour moi, ça va avec le partage. Mais dans une personne avec laquelle je pourrais envisager une collaboration, c'est clairement quelqu'un qui doit s'engager, qui doit être très clair dans ses propos. Pour moi, il faut être très clair, il faut tout dire, j'aime les gens francs, j'aime les gens aussi qui sont plutôt pragmatiques. Je n'aime pas les gens qui aiment le pouvoir. Par exemple, dans la plus grande entreprise que j'ai co-créée, j'ai à peu près 150 personnes. Dès qu'on passe 20 ou 30 personnes, qu'on commence à avoir un niveau intermédiaire, de cadre intermédiaire, Le grand danger, c'est d'avoir des gens de pouvoir, des gens qui effectivement vont prendre du plaisir, où leur motivation principale, c'est d'avoir du pouvoir sur les autres. Et ça, j'ai toujours, toujours fait en sorte, pas toujours été possible, mais de les identifier. Et si possible, avant de les engager, mais parfois, ils passent à travers les mailles du filet, et parfois, dire que si je n'avais pas recruté la personne, ça pouvait arriver, ça serait prétentieux. Ça m'est arrivé aussi d'engager des gens, je me suis aperçu qu'à un moment donné leur motivation c'était le pouvoir, ou que c'était en tout cas un des éléments importants pour eux, et ça j'ai toujours fait en sorte qu'ils ne restent pas. En fait en gros j'ai leur dit de même, parce que finalement je ramenais les choses de façon à ce qu'ils comprennent que ce n'était pas à eux seuls de décider, qu'ils ne pouvaient pas se comporter comme ça avec leurs équipes, et puis ces personnes-là en général ne restent pas dans une entreprise où on ne leur donne pas ce pouvoir, c'est-à-dire que j'ai toujours fait en sorte qu'il y ait un pouvoir. un pouvoir métier, un pouvoir d'arbitrage, un pouvoir aussi de leadership sur une équipe, pouvoir tirer des gens dans un projet, mais jamais un pouvoir de nuisance. Une personne qui va créer du mobbing, je pense que dans les entreprises que j'ai eues, il n'y a jamais eu, à mon avis, en tout cas durablement, de cas de mobbing. C'est quelque chose que... que je ne peux pas imaginer, concevoir et je pense que je l'identifie. Ça se voit dans le regard des gens, ça se voit dans la motivation des équipes. Je pense qu'on voit très très vite quand une entreprise est bien dirigée. Je pense qu'on le voit quand on pousse la porte et on le voit au bonjour de la personne qui vous reçoit et on le voit au bonjour, on l'entend au bonjour des personnes que vous croisez. On ressent très bien une entreprise où il y a vraiment des belles valeurs, où l'humain est considéré et tout. Les personnes sont considérées. Inversement, on sent très bien les entreprises où il y a une terreur, un manque de motivation, mais pire que ça, disons une sorte de peur ou une démission des gens qui sont là sans être là.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui fait que quand on dirige une entreprise, on peut imbiber, imprégner finalement dans l'entreprise ses propres qualités ? Tu parlais avant d'équité, respect, professionnalisme, tu parlais aussi d'exigence. Et toutes ces caractéristiques, tu les as imprégnées, tu les as fait vivre autour de toi, dans tes équipes. Et c'est aussi ce qui fait le succès d'une entreprise. Est-ce que tu sais aujourd'hui comment tu, d'une certaine façon, tu arrives à être l'exemple ?
- Speaker #0
C'est vrai que... Aujourd'hui, ça me paraît évident. Je pense que j'ai beaucoup appris aussi des mauvais patrons ou des situations qui, aujourd'hui, me font dire ou me font agir différemment, en me disant « Surtout, ne fais pas comme ça. Tu l'as vécu, tu l'as vu, et ça ne fonctionne pas. » Après, il y a un ingrédient important que j'ai oublié de citer, c'est le rire. On ne se prend pas au sérieux. Moi, j'ai toujours fait en sorte, et je doute toujours d'être suffisamment modeste, mais j'ai toujours fait en sorte de dire, même si on a du succès, il ne faut surtout pas que ça en devienne de l'arrogance. On a du succès, ça dure le temps que ça dure. Comme je l'ai dit tout à l'heure, tout peut partir. Et puis surtout, il faut rire, il faut... Il ne faut pas se prendre au sérieux. Et le côté distractif dans une entreprise, moi j'ai toujours accordé beaucoup d'importance, même beaucoup de moyens en fait. Quand j'ai vendu la plus grande entreprise, ceux qui ont repris ont très vite pensé qu'ils pouvaient économiser beaucoup d'argent, c'est vrai, en supprimant, en passant de quatre sorties annuelles à une, en passant d'un endroit qu'on avait appelé « lounge » où il y avait... pratiquement toutes les semaines une activité, tous les mois une activité pour le personnel, qui était mise à disposition du personnel aussi pour leurs anniversaires. Et j'en passe, je ne sais pas le nombre de choses qu'on faisait pour que le personnel se dise « Je suis dans une faite entreprise, ce n'était pas les moyens de Google. » Mais c'était bien. Et voilà, ces gens qui ont repris ont... On pensait qu'ils pouvaient améliorer les bid'as en procédant à ces coupes. Oui, ils l'ont amélioré l'année suivante, mais par la suite, ils ont perdu des collaborateurs. Je pense que c'est très important d'avoir du plaisir et de se dire que dans son entreprise, on ne demande pas uniquement de faire des résultats, mais qu'on partage ensemble plein de choses. D'ailleurs, les personnes qui travaillaient dans cette entreprise disaient qu'on avait le sang bleu. Avoir le sang bleu, ce n'était pas le sang noble. de la royauté française mais le sang bleu c'était la couleur de l'entreprise et beaucoup disaient ce qu'on aime c'est le sang bleu. Ce qui était aussi pour moi une fierté c'est que beaucoup de gens rêvaient de venir travailler chez nous. Et ce qui a été très très dur parce que c'est aussi un échec là, c'est que l'entreprise que j'ai vendue malheureusement n'a pas continué dans cette dans cette dynamique et qu'aujourd'hui, depuis quelques années déjà, on ne postule pas pour aller travailler là-bas. Et ça, c'est quand même incroyable de passer d'une situation où beaucoup de gens avaient envie et rêvaient qu'un jour ils puissent travailler dans cette entreprise et de passer à la situation où les gens ne postulent plus dans une entreprise. Mais c'est vrai que c'est quelque chose qui n'est pas forcément facile à vivre. Et puis en même temps, ça serait mentir que de dire que finalement, je n'étais pas conscient que peut-être les choses allaient se passer différemment. J'avais le rêve que ça ne se passe pas comme ça, que ça se passe différemment, mais j'étais conscient que ça ne pouvait pas se passer. Donc à partir de là, j'ai pris cette décision qui était une décision pour moi, parce que j'ai beaucoup pris de décisions dans ma vie qui étaient pour les autres. Et là, quand j'ai vendu l'entreprise, c'était une décision pour moi, pour me préserver moi, ma santé simplement. Enfin, simplement, c'est peut-être plus que simplement. Et c'est vrai que quand vous avez construit une entreprise où les gens s'identifient, où vous avez un certain succès, une belle reconnaissance, surtout pour ses valeurs. Pas une reconnaissance parce que vous êtes devenu un des acteurs importants. mais une reconnaissance pour toute une série de raisons. C'est vrai que c'est dur quand vous voyez votre entreprise qui ne continue pas dans la même direction et puis qui finit finalement par ne ressembler presque plus à rien.
- Speaker #1
Est-ce que quand tu as pris cette décision de vendre, tu avais communiqué pour quelles raisons tu vendais ?
- Speaker #0
Je n'ai jamais communiqué, c'est en 2014, que j'ai fait un burn-out. Parce que je suis resté très très très confidentiel. C'est resté au sein du conseil d'administration et puis de ma famille. Et de là, on a pris la décision, à partir de la décision de vendre l'entreprise, c'est les questions existentielles qu'on se pose. Qu'est-ce qui fait qu'on n'est pas bien ? Pour quelles raisons ? Et puis qu'est-ce qui pourrait faire pour qu'on soit bien ? Et puis finalement, on finit par faire une liste, puis écrire ce qu'on aime le plus, ce qu'on aime le moins. Et puis finalement, j'ai l'opportunité. de garder l'activité qui était dans les placements collectifs, l'activité que j'aimais le plus, et de pouvoir continuer dans cette voie. Et puis de vendre l'entreprise, je ne veux pas dire que ce n'était pas l'entreprise que j'aimais le moins, au contraire, c'est une entreprise dont j'étais très fier. Mais c'était là où c'était le plus difficile pour moi. En fond, aussi pour une raison simple, c'est que j'avais atteint mes limites, c'est-à-dire que l'entreprise était trop grande pour moi. Parce que je pense que comme entrepreneur qui se préoccupe toujours du bien-être de ses équipes, il y a une limite. Je ne sais pas si elle est à 20, 30, 50, 100 personnes, mais il y a une limite. Ça veut dire que quand vous vous préoccupez du bien-être de tous les collaborateurs, d'une forte identification à votre culture, à vos valeurs, et puis que vous perdez un peu le contact avec, c'est-à-dire que quand vous n'avez plus que 5 minutes pour régler, quel problème que ce soit. Un problème qui nécessite une heure ou qui nécessite deux minutes, vous ne prenez de toute façon que cinq minutes. C'est ce qui m'était arrivé. Pourquoi j'étais arrivé dans cette situation-là ? Parce que finalement, j'accordais trop d'importance à chaque personne. Et quand une situation particulière de difficulté survenait, ça me prenait tellement à cœur, j'avais tellement de peine. à me détacher de ces problèmes, en général de ressources humaines, que je les subissais comme une mère avec trop d'enfants. C'est comme une maman qui a toujours plus d'enfants et qui, à un moment donné, n'arrive plus à... n'arrive plus, tout simplement, cette décision de vendre. Elle était presque une question de survie. Je n'étais pas capable de changer de style, parce que moi je l'ai un peu ressenti comme ça. Ce qui m'a beaucoup aidé, c'est mon associé, plus âgé que moi, qui m'a dit Anthony, il n'y a pas de question à se poser, ta santé est plus importante que l'entreprise. Pourtant c'est lui qui l'avait créée, la première partie de l'entreprise, qui nous a permis ensuite de développer ensemble. Moi, je le vivais comme un abandon, comme une solution de lâcheté. Si je n'avais pas été aidé par le conseil d'administration et par ma femme aussi, qui m'a dit « Anthony, pense à toi » , moi je dis « mais je ne peux pas, je ne peux pas » . Et d'ailleurs, quand on a fait le dernier repas de fin d'année, et j'ai eu droit à une standing ovation qui a duré, je ne sais pas, quelques minutes, J'ai vraiment l'impression de tous les abandonner. Mais après, je ne regrette pas ma décision parce que ça m'a sauvé et ça m'a permis de vivre une autre vie et changer de vie ensuite.
- Speaker #1
Dans ton cœur, est-ce que tu as laissé à toutes ces personnes qui ont fait cette standing ovation pour toi ?
- Speaker #0
Pour beaucoup, l'idée que quand on est bien dans une entreprise, il faut y rester. Une entreprise dans laquelle le patron, les équipes, toute l'organisation est portée sur. Le succès, bien sûr le travail bien fait, la performance, la performance raisonnable ou la performance plurielle, pas la performance financière, la performance qui passe aussi par le bien-être des collaborateurs, par la satisfaction des clients, c'est de laisser dans l'idée de ces gens, j'espère, je crois que c'est ça, que quand on est dans une bonne entreprise, il faut y rester, il faut l'apprécier et que ce n'est pas partout comme ça.
- Speaker #1
S'il y avait un mot, une anecdote, une impression, une émotion qui, d'une certaine façon, caractérisait ce qui est vraiment important pour toi dans ta vie entrepreneuriale, ce serait quoi ?
- Speaker #0
C'est la bienveillance. c'est de se préoccuper du bien-être de tous, tout le temps. Naturellement, c'est plus important que le reste, même si moi j'ai l'impression parfois que le reste est très important, le succès. Mais en même temps, au-dedans de moi, tout le temps, c'est à travers un filtre qui est la bienveillance. Et l'empathie, ça a toujours été ma force et mon handicap. Je pense que dans le développement de mes entreprises, et j'ai aucun regret, les entreprises que j'ai pu développer, elles ont été magnifiques, le sont encore, mais elles auraient pu être beaucoup plus importantes. Parce que je pense que, et ça c'est prétentieux, donc il faut que je le formule bien, je pense que j'ai eu des bonnes idées et un bon leadership et j'étais capable d'emmener des gens. dans des projets, des directions qui auraient pu permettre à ces entreprises d'être encore plus importantes, beaucoup plus importantes. Mais il aurait fallu une chose que je n'ai jamais voulu laisser, c'est de ne moins me préoccuper des autres. Et justement du côté bienveillant. Je pense que si j'avais été moins bienveillant... On ne peut pas être moins empathique quand on est empathique qu'on est empathique. Il n'y a pas un curseur pour dire « Ah, ben tiens, aujourd'hui je vais mettre à 50% d'empathie » . Mais si, si effectivement je pouvais mettre le curseur de l'empathie sur 100% pour comprendre quels seraient les besoins de telle et telle personne dans le futur qui fait qu'on a intérêt à développer telle activité, puis au moment où il faut développer l'entreprise, coûte que coûte, je mets le curseur d'empathie sur zéro. Et je me comporte comme un entrepreneur un peu, je dirais, sans ses valeurs. Et puis qui est un petit acte réel. Et on aurait pu développer l'entreprise fois deux, fois trois, fois dix. Mais ce n'est pas moi. C'est impossible.
- Speaker #1
Ce qui est très beau dans ce que tu partages, c'est que tout ce que tu as fait tout au long de ta vie entrepreneuriale te ressemble.
- Speaker #0
vraiment disons si je traduis ça par le fait que je peux me regarder dans la glace puis me dire effectivement que que tout ce que j'ai fait je l'assume bien et que je pense avoir rarement fait du mal en tout cas en tout cas volontairement c'est à dire je suis jamais fait violence en me disant Anthony ça va faire des dégâts mais là il faut y arriver parce que l'objectif est top parce que tu vas devenir numéro un de... Et puis tant pis pour les autres, j'ai jamais eu besoin de me faire cette violence-là parce que ça m'a jamais traversé l'esprit. Il y a une chose qu'il faut toujours avoir en tête, c'est que si on reste modeste, je pense qu'on peut avoir du succès sans créer du négatif autour de soi. Parce que le succès amène forcément la comparaison, amène... Ce que je n'aime pas appeler la jalousie. Et le fait d'avoir du succès et de rester modeste, je pense que déjà pour soi-même c'est bien. Et pour son entourage, pour ceux qui n'ont pas forcément eu le même succès que vous, c'est le moyen de rester soi-même.
- Speaker #1
Merci Anthony. Je vous remercie d'avoir écouté cet épisode réalisé par Christine Vizinant et signé par l'entreprise BeShine. Abonnez-vous à ma chaîne YouTube Be-Shine Voices pour ne rien manquer de ces parcours singuliers. Et n'hésitez pas à me laisser un commentaire sur ce que vous avez particulièrement aimé ou sur ce que vous souhaiteriez écouter dans mes prochains podcasts. Je me réjouis de vous retrouver avec mon prochain invité dans le podcast BeShine. Des voix et des vies, ces entrepreneurs qui nous inspirent.