- Speaker #0
Le cirque il a le ciel, le trapèze puis l'ambule, c'est le seul art culturel qui a le ciel. J'ai été fasciné par ce monde et je suis toujours naïf, je suis toujours fasciné par ce monde, je suis un bon spectateur, je suis comme un enfant je découvre toujours. Si vous arrivez à faire partager votre passion, vous avez gagné. Je dirais que je partage en frères.
- Speaker #1
Je m'appelle Claire Bonneau et vous écoutez Désenchantement, le podcast qui se demande comment vivre après avoir été désenchanté. Une traversée sur le fil entre désillusion et création. Comment réembarquer sur une barque échouée ? Comment vivre dans la réalité sans renoncer à ses rêves ? Peut-on même encore rêver ? À quoi ressemblera le monde d'après ? Je vous propose, à mes côtés, de voyager vers ceux qui n'ont pas tout à fait déchanté et se permettre encore et toujours de rêver et de voir dans ce que l'on appelle réalité un espace infini de créativité et d'autres mondes à inventer. Peut-on habiter le monde tout en inventant le sien ? Ces funambulnais ont peut-être la clé, et je m'en vais dénicher leurs secrets. Pour moi, pour vous. Bonne écoute ! En cette rentrée, j'entre en piste avec une figure du cirque, une de celles qui font monts et merveilles en coulisses et sont indispensables aux artistes. De Las Vegas à Lima, de Véronne à la Principauté de Monaco, ce personnage au destin incroyable est incontournable sur la piste aux étoiles, encore aujourd'hui, à 91 ans. Il s'avère qu'il fut le maire du village dans lequel j'ai grandi, Tourette-Levince, perché sur les hauteurs de l'arrière-pays niçois. Et je lui dois assurément mon amour indéfectible pour le spectacle vivant, car c'est grâce à lui que j'ai pu assister, enfant, au Festival international du cirque de Monte Carlo, premier festival de cirque au monde, qu'il co-créa en 1974 avec nul autre que le prince régné de Monaco. Alain Frère, ou plutôt le docteur Alain Frère, comme nous l'avons toujours appelé, puisqu'il exerçait dévoué son métier à toute heure du jour et de la nuit, a aussi été le médecin des artistes du cirque, l'admirateur passionné de ce monde saletainbanque et enchanté, et l'ami fidèle sur qui les grands du cirque ont toujours pu compter. C'est en déambulant, il y a près d'un an, dans une exposition signée Macha Macaïef au Mucem de Marseille, en piste, clown, pitre, saltimbanque, que je repère le nom d'Alain Frère. Mais oui, bien sûr, me dis-je alors, je savais bien qu'il collectionnait des trésors. Mon amour de la scène, des gens de troupe et de l'envers du décor, m'avait menée, exaltée, vers ce plateau, fantasmée entre paillettes et désenchantement. Des panoplies de clowns semblables à des pièces haute couture s'affichaient, espiègles, sur un podium. Des savates, toutes plus délirantes les unes que les autres, se tenaient prêtes à lancer un coup de pied au derrière du premier spectateur étourdi. La malle de voyage de Francesco Fratellini révélait comme une bonne farce tous les instruments du pitre, tandis qu'un arrêté historique de la préfecture du Gard nous mettait en garde contre les boniments de ces escamoteurs que sont les saltimbrants. Tout un monde défilait sous mes yeux, entre pays des merveilles et dure réalité. Il était temps que j'aille frapper à la loge de ce passeur de rêve qui est Alain Frère. Lorsque je lui pose la question rituelle du podcast, ça évoque quoi pour vous, le désenchantement ? Je sens bien que l'enfant qu'il était n'a toujours pas déchanté, depuis qu'il a fait son entrée émerveillée sous le plus grand chapiteau du monde. Et que s'il avait une ordonnance à faire là, maintenant, il y serait écrit « cultiver une passion » .
- Speaker #0
Les gens n'ont plus de passion. Ils avaient l'amour de quelque chose. Moi je ne me suis jamais ennuyé, jamais ennuyé. Et encore maintenant, je ne m'ennuie jamais avec la collection. Je cherche, je fouine, toujours. Et heureusement que j'ai fait ça. Sinon je serais un vieux gâteux. Je ne m'ennuie jamais.
- Speaker #1
Quel est l'univers qui vous a façonné quand vous étiez enfant ?
- Speaker #0
Je suis né en aimant le cirque. Je transformais les soldats de plomb en acrobates. Les tanks en camions de cirque. J'avais la passion du cirque. Moi, j'ai eu la passion à l'âge de 4 ans. Comme le prince régné, comme la princesse Téphanie. On se ressemble parce qu'on avait la passion du ciel.
- Speaker #1
Et vous savez d'où ça vous est venu ?
- Speaker #0
Non. Je ne sais pas, je suis né avec ça. Mon maman était pharmacienne des mines, mais a fait du théâtre amateur. A l'heure, elle a voulu être professionnelle. Mes parents, en Corse, n'ont pas voulu. Tu seras pharmacienne et pas autre chose. Et moi, je n'ai jamais pu. faire le professionnel parce qu'il n'y avait pas d'école de cirque.
- Speaker #1
Donc c'était une envie pour vous quand même de devenir un circassien, de devenir peut-être un trapéziste ?
- Speaker #0
J'aurais au moins fait l'école, mais dire ce que j'aurais voulu, clown certainement pas, mais peut-être trapéziste par exemple. On rêve, le trapèze volant, c'est quand même la plus belle discipline du cirque. Maintenant, on arrive à faire les quatre groupes saupérieux, c'est incroyable.
- Speaker #1
Donc vous vouliez plutôt être trapéziste, vous n'aviez pas peur du vide ? Non,
- Speaker #0
acrobate, je faisais le saupérieux. Lorsque j'étais enfant, je courais, je faisais le saupérieux, donc j'étais doué.
- Speaker #1
Le moment où le cirque est vraiment entré dans votre vie d'enfant, qu'est-ce qui s'est passé en vous ?
- Speaker #0
Il s'est passé que si un cercle arrivait à Saint-Vallier, je ne quittais pas le cirque. Toute la journée, maman et ma grand-mère, qui m'ont élevé pendant la guerre, savaient que j'étais au cirque. Et le soir, ils me donnaient l'argent pour y aller, et eux arrivaient après. Et j'allais voir, je jouais par exemple avec les Grusses, avec Arlette, avec Lucien, qui étaient venus avec leurs chevaux en 1943. Avec leur caravane au gazogène, j'ai vu arriver un directeur de cirque avec 80 chevaux. 80 chevaux pendant la guerre ! Formidable ! Je n'ai pas oublié ça. Lorsqu'un cirque arrivait, je ne savais pas. Maman savait que j'étais au cirque. Je voyais le montage, la ménagerie, je regardais si je voyais ça. C'était ma passion vraiment vivante.
- Speaker #1
Et je voulais vous demander, parce que vous racontez justement cette anecdote du cirque qui s'est envolé.
- Speaker #0
J'avais 10 ans. En 1945, j'ai vu sur les murs Achille, Alex et Zavatar. En 1945, ils sont sortis de Bouglione. J'ai reçu le chapiteau de Bouglione fin août, début septembre, passe à Mont-Solimine. Il faisait tellement chaud qu'ils enlèvent les entourages. Ce n'était pas comme maintenant. Tu connais ce qui allait se passer. Il est arrivé un ouragan a fait envoler le cirque. j'étais dessous la toile est tombée jusque la dernière et les frères Bouglione se montèrent à la toile et le chapiteau Bouglione s'est envolé deux fois à Montsolimine et à Brest et j'étais sous le chapiteau et je suis devenu les grands amis de Joseph Bouglione et de sa femme Rosa qui sont nées au ciel et elle est morte à 17 ans et de leurs enfants et petits-enfants et arrière petits-enfants. Et arrière, l'histoire est ainsi faite. Et à Marseille, alors là, j'ai commencé à voir une voiture. Même les cirques à Marre, qui étaient à Arles, je suivais. Même s'ils ne faisaient pas Marseille, avec ma voiture, c'est en troisième année que j'avais la voiture, j'allais voir les cirques.
- Speaker #1
En troisième année de médecine, c'est ça ? Oui.
- Speaker #0
Et puis après, en médecin, la chance, je fais mon internat à Monaco. Et c'est là qu'on découvre ma passion. Et lorsque le prince régné a voulu faire quelque chose au ciel, le maire n'a trouvé pas, personne ne voulait venir. Ils ont fait appel à moi, mon maître, le pasteur, qui vient de s'en aller. J'ai téléphoné à Alain, viens on a besoin de toi. J'ai aidé le prince rayé grâce au Bouglion. J'étais le médecin de famille. Et grâce à moi, M. Jeff m'a dit docteur bien sûr que pour vous je viendrai.
- Speaker #1
Qu'est-ce que dans l'atmosphère du cirque, à cet instant de votre vie, à vos 10 ans, quand vous avez rencontré le cirque, comment ça a pu créer cet enchantement ?
- Speaker #0
C'était la ville, le monde du voyage. Faire la ville d'un jour qu'Alfred court. de païens. Vous vous rendez compte que c'est un aristocrate marseillais, Alfred Cour de païens, qui a inventé le savon de Marseille, qui voulait faire du cirque. Il faisait un numéro de bariste avec son frère et le père était courtier. Il a fait faillite. Un malheur pour les Courpaïens, un bonheur pour les deux, car c'est les deux fils d'aristocrates. Non, vous ne ferez jamais du cirque. Grâce à la faillite du courtier, il est devenu... artiste, directeur de cirque à 20 ans à Marseille et après le plus grand dresseur de fauves du monde et après je suis devenu ami intime à Fred Kour qui m'a aidé tous le lion, le panthère panthère des neiges,
- Speaker #1
douchka et je voulais vous demander justement avec quelle figure du cirque vous avez grandi et qu'est-ce qui vous fascinait chez ces artistes là ?
- Speaker #0
c'est le monde parce que c'est un monde pas comme les autres c'est pas le théâtre, c'est pas l'opéra pourquoi ? Parce que le cirque, il a le ciel, le trapèze, le philongule, et dans le cirque, on regarde le ciel. C'est le seul art culturel qui a le ciel. Le cirque, il est la féerie du ciel. Et alors, enfant, la féerie. Le noir, et dans le noir, les lumières, Alex qui est là, tournaient avec des sortes de clochettes qui tournaient. C'était vrai, ça m'avait fasciné. Ah là là ! J'ai donc fasciné par ce monde. Et je suis toujours naïf. J'ai toujours fasciné par ce monde. Je suis un bon spectateur. Je suis toujours... Et je découvre toujours quelque chose. Il y a tellement de variétés et de gens qui découvrent des choses que je trouve toujours quelque chose à découvrir. À 90 ans, je vois toujours quelque chose de nouveau. tellement le cirque maintenant est devenu un art complet.
- Speaker #1
C'est très beau ce que vous dites sur la naïveté, je veux vraiment parler de ça, de la naïveté et du cœur d'enfant en fait, l'enfant qu'on reste.
- Speaker #0
Se laisser bercer.
- Speaker #1
Voilà, voilà.
- Speaker #0
Moi je suis un bon spectateur, je suis comme un enfant, je découvre toujours.
- Speaker #1
Est-ce que vous pouvez me raconter justement ce qu'est un clown pour vous ? Qu'est-ce que doit être un clown sur la piste du cirque ?
- Speaker #0
Le clown, c'est normalement l'élément clé du cirque. C'est lui qui attire, c'est lui qui fait rire. C'est normalement celui qui fait rire les enfants. Des grands clowns sont rares. Il y a encore Pastelli, il y en a d'autres, ils sont très rares. Il faut qu'il occupe la piste de façon facile, aisée, en artiste. Un clown, on disait, un clown sauteur. Oriol était un clown sauteur, c'était le plus grand clown du 19e siècle. Un clown sauteur à combat. Il marchait sur les bouteilles, etc. C'était extraordinaire. Donc le départ, Ashiz Avatar a d'abord été un écuyer, acrobate, et après devenu clown. Voilà l'exemple. Les Russes, c'est pareil. Par exemple, Popov, d'abord à l'école du CER de Moscou, tous les matins, on fait de la danse pour pouvoir avoir l'attitude. Et puis après, il y a une école, mais on ne devient pas clown. On est comique ou on n'est pas comique. Vous avez ceux, les plus grands artistes, ce sont des gens qui ne sont pas forcément des hommes à balles, mais qui ont apporté quelque chose de comique au cirque. Grock, le plus grand de tous les clowns, était fils de cafetier, un jour il est parti, et puis il a eu comme maître Antonette. Antonette et Baby, eh bien c'était le maître. Le groc, c'est lui qui lui a appris le métier, après il est parti tout seul. Et un clown doit être musicien. Et ce petit accordé, on l'ajoute à la concertine. On est né clown ou pas. Par exemple, Raymond Devos aurait pu être un très grand clown. Fernand Reynaud, d'ailleurs, a fait le clown d'une tournée avec le Siakamar. C'était des génies.
- Speaker #1
Quels clowns ont été les plus marquants dans votre vie et pourquoi ?
- Speaker #0
J'ai eu la chance à 18 ans de voir le groc. Mes parents jouaient le jeu, parce que j'aimais le cirque depuis l'âge de 4 ans. A chaque fois qu'il y avait un cirque qui passait à Nice, j'allais chez Vuamart, chez les Panais, chez les Bouillons, avec mes parents. Et Grock avait commencé sa tournée avec son cirque personnel à Nice.
- Speaker #1
Et c'est quoi qui vous plaisait dans les numéros de cirque de Grock ?
- Speaker #0
Tout était extraordinaire, ça durait 50 minutes. Et vous savez qu'il jouait de la concertina, il passait à travers la chaise, il tombait dans la chaise. Il avait l'intitude de se relever, d'être assis sur la chaise. Son grand truc, c'était ça. Il jouait du piano aussi, puis il glissait sur le truc du piano. Il a mis toute sa vie pour arriver à faire ses 55 minutes. Il était vedette au Cirque Medrano, vedette au Cirque d'Hiver.
- Speaker #1
Et ça, c'est votre clown favori ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Vous en avez d'autres ?
- Speaker #0
Achille Zavata, pour moi, était un type formidable.
- Speaker #1
C'était un de vos amis ?
- Speaker #0
Que j'ai vu, tous ces gens-là, je les ai vus, bien sûr. Je ne parle que de ceux que j'ai vus. J'ai engagé Achille. Achille est venu à l'action de cirque à Levinz. Il est venu manger à Tourette. Voilà, c'était des amis.
- Speaker #1
Petit, vous étiez plutôt un être ancré dans la vie ou plutôt un peu la tête dans les étoiles ? Est-ce que vous rêviez beaucoup ?
- Speaker #0
J'étais sur terre, mais je savais bien que je ne serais jamais artiste de cirque. J'avais la passion de la médecine, donc j'ai fait la collection. Très jeune, j'allais au marché Opus à Nice et je collectionnais les cartes postales. Lorsqu'un cirque passait, ils mettaient les affichettes chez les commerçants. J'allais chercher chez les commerçants proches de la pharmacie de maman, les affichettes.
- Speaker #1
Après le fait d'être spectateur, vous débutez cette activité de collectionneur. Je voulais savoir à quel âge vous commencez à collectionner des objets de cirque.
- Speaker #0
Très tôt.
- Speaker #1
Et pourquoi ?
- Speaker #0
Très tôt. C'est une passion du collectionneur, à travers ma passion le cirque. Et heureusement que j'ai fait ça, car je ne m'ennuyais jamais. Moi, je ne me suis jamais ennuyé. Jamais ennuyé, et encore maintenant, je ne m'ennuie jamais avec la collection. Je cherche, je fouine, toujours. Je fais les brocantes, etc. Je faisais les brocantes. J'ai eu la chance, en 68, après l'épidémie de grippe, j'étais éreinté. Je prends des vacances, je vais à Paris. Et là, je vais chez Proutet, c'est le plus grand marchand de gravure. Wurzel. Et il y a un monsieur qui est maintenant, je cherche le ciel. Il arrive, monsieur, vous collectionnez le ciel ? Oui, ah, vous savez, avant-guerre. Monsieur Antel, le collectionneur, mais revenez me voir l'année prochaine. J'ai acheté la collection de l'afficheur des descendants de l'afficheur de la ville de Paris. J'aurai des choses à vous proposer et vous serez mon premier client, je vous le promets. Je reviens l'année prochaine. C'était un monsieur qui avait plus de 80 ans. Il me montre au premier étage, il ouvre un classeur. Il avait toutes les affiches de cercle du XIXe siècle. Et je lui ai acheté pendant quatre ans, je lui ai acheté toutes les affiches. Il y en a ici, du cercle Napoléon. C'est Napoléon III à 1852. Le premier bâtiment qu'il a, qu'il inaugure, c'est le cercle Napoléon. Cercle d'hiver bougliane. Le plus beau cercle du monde, c'est le cercle d'hiver bougliane. Parce qu'il l'entretenait. C'est de l'or.
- Speaker #1
Et ce que c'était. et une envie de concrétiser ce monde que vous aimiez dans votre vie à vous, de le rendre réel en achetant des affiches, en collectionnant des objets ?
- Speaker #0
Je voulais surtout que ces trésors ne soient pas perdus. Heureusement que j'ai fait collection et que j'ai eu la chance. de pouvoir aider le Prince Régnier, toujours au Festival du Cirque Montécarlo, conseiller artistique. Tout le monde me connaît dans le monde. Et lorsque vous avez une affaire, on vient vous solliciter, l'État vient vous solliciter, et vous faites 150 objets de prêt, c'est quand même énorme. Je suis sans doute l'un des plus grands prêteurs. Vous prêtez gracieusement, mais... S'il y a quelque chose qui intéresse le musée, vous pouvez faire des dations. Je peux léguer une partie donnée à l'État qui me donnera une somme d'argent et mes successeurs, mes enfants, petits-enfants, il n'est pas question de vendre. C'est acquis par mes enfants, mes petits-enfants, ils continueront la collection. Et j'ai l'aîné de mes petits-enfants qui est collectionneur. Quelle chance !
- Speaker #1
Le jour où je rencontre le docteur Alain Frère dans mon ancien village, le clown roi de la piste. Costume scintillant, affiche grandiose, portrait mythique, l'illusion est totale. Je me vois même plonger dans cette mélancolie des clowns qui m'est si chère lorsque Charlotte Libaud, artiste de cirque et marionnettiste, me joue un air de Charlie Chaplin à la concertina, l'instrument favori de Grock. Mais le spectacle ne s'arrête pas là. Je suis invitée à entrer dans le musée du cirque privé d'Alain Frère, niché dans le sous-sol de sa maison. Me voilà escortée par cette musique entraînante et reconnaissable entre mille, qui me rappelle mes jeunes années.
- Speaker #0
Tous les objets m'enchantent, parce que tous les objets me racontent une histoire.
- Speaker #1
Tapissée de rouge, cette véritable caverne d'Ali Baba affiche un tourbillon de paillettes, de plumes, de costumes, d'affiches, de peintures et de portraits des légendes du monde du cirque. Des reliques précieusement conservées et qui redonnent vie aux gloires du cirque à chaque exposition.
- Speaker #0
Alors vous avez à côté les grands clowns. Popoff. La casquette m'a été donnée par lui parce que je l'ai engagée à Monaco. Et sa femme m'a offert il y a quelques mois son costume. Là pour Grok, c'est la fille de son partenaire, il s'appelait Maïs, qui m'a offert le costume de Grok. Et ça c'est Achille Zavata, le plus grand clown français, avec son vrai costume, le dernier costume. C'était mouvant, très mouvant. Ça c'est le plus grand clown actuel, c'est Pastelito.
- Speaker #1
C'est l'une des plus importantes et des plus belles collections privées au monde de cette arène unique que représente le cirque. Elle est profondément émouvante car constituée au fil des années à la force de la passion, de l'émerveillement et de l'amitié partagée. Vous avez été maire, médecin. Ce que je trouve beau, en fait, c'est que vous étiez toujours entre la réalité et le rêve, puisque vous avez eu des fonctions très réelles dans le quotidien, en tant que maire, en tant que médecin. Et en même temps, vous arriviez à être dans le rêve, dans l'imaginaire, dans la magie, avec le cirque.
- Speaker #0
Tant que j'ai été encore élu. J'ai fait six ans, là, je viens de faire six ans d'adjoint au maire, j'ai donné ma place à 85 ans, faut quand même pas trop exagérer. J'ai gardé la culture pour faire l'exposition et je fais la magie le dimanche. extraordinaires. J'ai 150 personnes au moins tous les dimanches. Et c'est là que les gosses rêvent.
- Speaker #1
Et est-ce que vous, justement, vous aviez besoin de toujours rêver ? Est-ce que c'est pour ça que vous avez gardé cette passion du cirque ? Parce que vous avez grandi, vous êtes devenu médecin. Pour moi,
- Speaker #0
le rêve est devenu réalité. Je cultive. le rêve, ma réalité.
- Speaker #1
C'est beau ce que vous m'avez dit sur mon rêve qui est devenu réalité.
- Speaker #0
C'est toujours réalité parce que je fais profiter. Je dirais que je partage en frères. La vie doit être un partage. Si vous arrivez à faire partager votre passion, vous avez gagné. Sinon, ça ne sert à rien. J'ai toujours cultivé ma passion. Je fais profiter aux enfants. J'ai toujours fait une exposition. J'ai quand même créé l'école de cierre de Thorez-le-Vinz.
- Speaker #1
Moi, j'ai eu la chance de faire partie... des enfants qui ont pu aller voir le festival de cirque international de Monte Carlo grâce à vous et je voulais vous demander avec vos expositions vos prêts aussi d'objets du cirque qu'est-ce que vous voulez insuffler aux enfants, justement à la jeune génération en promouvant le monde du cirque je veux transmettre ma passion Les lumières s'allument, l'orchestre attaque l'ouverture, les garçons de piste vérifient une dernière fois agréés et accessoires. Les places se remplissent et les enfants deviennent silencieux. Ils savent que leur rêve commence. À la réalité succède le merveilleux, l'incroyable, car voici le bon sourire un peu triste du clown, la maladresse calculée des éléphants, l'audace des acrobates qui, suspendus à un rayon de lune artificielle, se balanceront dans le vide. avec l'élégante assurance des êtres irréels. On risque tout, même sa vie. Ce festival international du cirque a été créé en pensant à ce monde du cirque, à cette famille de mal-aimés, pour que vous, spectateurs attentifs à leurs efforts et à leur travail, les connaissant mieux, vous puissiez mieux les fêter. Ce texte magnifique, dont je ne cite ici que quelques extraits, a été écrit en décembre 1974 par le prince Rigné III, pour l'inauguration du Festival du Cirque International de Monte Carlo. Il a, depuis, rejoint le musée aux mille trésors du docteur Alain Frère qui me le présente alors ému et fier. Passionné par le monde du cirque, le prince monégasque demanda en effet que pour le 25e anniversaire de son règne, une idée soit trouvée pour sauver le cirque Amar, alors en grande difficulté, et le cirque en général. C'est comme cela que le destin est venu frapper à la porte d'Alain Frère alors jeune interne en médecine à Monaco et infatigable spectateur de cirque. Il participe ainsi à la création de ce premier festival de cirque au monde en tant que co-créateur et conseiller artistique. Un vrai rêve de gosse devenu réalité. Aujourd'hui toujours très proche de la famille princière de Monaco, il s'est vu fêter ses 85 ans en musique par l'orchestre des Carabiniers du Prince et remettre le clown d'or par le Prince Albert II en 2023. Le docteur Alain Frère délivre même un prix à son nom dans les festivals de cirque. que du monde entier. Une histoire bien réelle qui ferait rêver les bonimenteurs d'autrefois. Et d'ailleurs, vous voulez me parler de ce premier festival de cirque au monde que vous avez co-créé avec le prince Régnier ?
- Speaker #0
Prince avait la même passion. Il voulait faire, il avait été très troublé, très désenchanté par la fin du siècle camarade. C'était tragique. Il a dit, je veux pour le 25e anniversaire de mon prince faire quelque chose pour mon jubilé. Il a dit, je veux faire quelque chose pour le cirque. Il a demandé à... Au maire de Monaco, monsieur Jean-Louis Médecin, le pauvre ne connaissait pas le cirque. Et moi, je l'ai beaucoup aidé pour faire le cirque. C'est moi qui ai trouvé les chapiteaux et les bouguillons, qui ont loué leurs chapiteaux, qui ont fait, qui étaient là pour gérer.
- Speaker #1
Et donc, c'était vraiment le premier festival de cirque au monde, c'est ça ?
- Speaker #0
Au monde. J'ai créé le premier festival de cirque au monde. Ça n'existait pas. Je délirais. J'avais quatre spectacles différents. Jeudi, vendredi, samedi, dimanche, c'est le final de l'année. Le prince m'a dit, docteur, on va rendre l'heure au cirque, on va mettre à tout notre smoking. Et toute la famille était là.
- Speaker #1
Et c'est vous qui choisissiez les numéros et les artistes ?
- Speaker #0
À ce moment-là, oui. Moi, j'ai choisi les numéros. Après, ça a évolué. Maintenant, c'est devenu une énorme affaire. On fait près de 50 000 spectateurs par an. Il y a un directeur artistique. Moi, je suis le co-conseiller. Mais toujours très proche de la famille.
- Speaker #1
Et donc, aujourd'hui, vous partez dans le monde comme récemment.
- Speaker #0
Aujourd'hui, je suis une personnalité du cirque. On me réclame pour présider les juillets dans le monde. Je préside par exemple le juillet à Lima pour le premier festival du Pérou avec deux numéros de sélection comme à Monaco. Je vais partir encore à Las Vegas. Je vais partir deux fois en Italie.
- Speaker #1
Et vous parlez de votre passion du cirque aussi.
- Speaker #0
Bien entendu, on m'appelle. J'ai mon site, j'ai du cirque à l'infraire. Regardez, vous êtes jamais désenchantés.
- Speaker #1
Et est-ce que vous... Vous avez eu la chance de découvrir le cirque et d'avoir cette passion très jeune.
- Speaker #0
Heureusement, c'est ce qui m'a fait vieillir. Sinon, je serais un vieux gâteux. Je ne m'ennuie jamais.
- Speaker #1
Que peut apporter l'univers du cirque dans le monde d'aujourd'hui, selon vous ?
- Speaker #0
C'est peu, mais les gens qui vont au cirque ne sont pas désenchantés.
- Speaker #1
Merci d'avoir embarqué dans ce quatrième épisode de Désenchantement avec ce protecteur de l'émerveillement qui a puisé toute sa vie dans la magie quasi-existentielle du cirque. Ce monde funambule entre la terre et le ciel n'a-t-il pas été sa meilleure médecine ? Il lui a enseigné de se laisser bercer, à être un bon spectateur, à préserver son âme d'enfant. C'est bien beau, me direz-vous. Mais si l'on tombe de haut, cela n'arrivera pas si vous cultivez votre rêve dans la réalité, comme le prescrit le docteur Alain Frère. Outre le matérialiser dans sa vie, pour lui, au travers d'une collection dantesque et d'un rôle de premier plan au sein du monde du cirque, il faut, pour le faire vivre, le partager, en faire profiter. Et c'est ainsi que la transmission se fait, et que les rêves s'implantent pour ensuite monter bien haut. Aussi haut. que la folle envolée des trapézistes du cirque. Si vous êtes fasciné par ce monde enchanté du cirque, vous pouvez vous connecter au site du Dr Alain Frère, musée du cirque Alain Frère, et guetter dans les prochains jours, sur le compte Instagram du podcast Des Enchantements, tout attaché et au pluriel, une immersion en images au sein du musée privé de mon invité. A bientôt !