- Laetitia Rebord
Bonjour à tous et bienvenue dans Désir à valider, le podcast qui questionne le validisme en santé sexuelle et qui donne la parole à celles et ceux qu'on entend trop rarement. Je suis Laetitia Rebord, paire-aidante professionnelle en santé sexuelle et handicap. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Chiara Kahn. Chiara est journaliste, diplômée de Sciences Po et activiste handiféministe. Elle est aussi l'autrice, avec Charlotte Puiseux, du livre « Plutôt vivre, comprendre le validisme et valoriser une culture crip » . Un essai qui nous invite à déconstruire les récits hégémoniques autour du handicap, valorise la fierté handi et propose une relecture politique et solidaire de la condition des corps handicapés.
Elle est également la créatrice du podcast Conpassion, un espace unique où chaque invité raconte des récits sans filtre, avec les blessures, les joies, les stratégies de survie ou de résistance, ce qui permet de nuancer le rapport au handicap comme une expérience humaine complète. Mais au-delà de son travail médiatique et militant, Chiara est aussi une femme paraplégique depuis l'enfance. qui a dû découvrir et se réapproprier sa sexualité dans un contexte marqué par la médicalisation, le validisme et le patriarcat. Aujourd'hui, elle nous partage son parcours, ses luttes et ses joies pour inventer une sexualité anti-féministe, authentique et libérée.
Désir. Désir. A valider.
Bonjour Chiara, je suis vraiment ravie de t'avoir avec moi aujourd'hui au micro. Merci surtout d'avoir accepté mon invitation pour parler ensemble de validisme, de vie intime et d'indiféminisme aussi. Pour moi, ton parcours et ton vécu et ton regard politique aussi, ils sont très précieux. et j'ai hâte qu'on plonge ensemble dans cette discussion. D'abord pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter à nos auditeurices et me dire quels sont tes engagements militants ?
- Chiara Kahn
Bonjour Laetitia, moi aussi je suis très heureuse de faire ce podcast avec toi et merci pour ce travail qui est essentiel, je pense, d'investir la question de la santé sexuelle. Pour me présenter, moi je m'appelle Chiara Khan. Je suis une femme blanche et j'ai 27 ans. Je suis journaliste et je tiens un podcast qui s'appelle Conpassion avec un N comme con, qui est un podcast qui fait intervenir uniquement des personnes concernées par le handicap et où on aborde la question du validisme, qui est une question très vaste mais on va dire qu'on part du récit de vie de la personne au micro. pour politiser un peu son vécu et raconter notamment son expérience dans un environnement qui lui est inadapté. À côté de ça, j'ai écrit un livre qui est sorti en septembre avec Charlotte Puiseux qui fait partie des dévalideuses que tu connais et qui s'appelle Plutôt Vivre qui, pareil, essaye de... de vulgariser la lutte antivalidiste, son histoire, les enjeux contemporains, la naissance de l'idéologie, etc.
- Laetitia Rebord
Oui, on en parlera justement un peu après, de votre ouvrage. Mais moi d'abord, j'aimerais bien savoir comment tu penses que ton parcours t'a amené justement à avoir un peu cette approche ? Handiféministe et anti-validiste.
- Chiara Kahn
C'est vrai que je ne l'ai pas dit dans ma description, mais moi je suis une femme paraplégique. J'ai eu un accident de la route quand j'avais 10 ans. J'ai eu une lésion à la moelle épinière en bas du dos. Ce qui fait qu'aujourd'hui, je suis paralysée des deux membres inférieurs et je me déplace principalement en fauteuil roulant manuel. J'ai aussi une perte de sensibilité du coup au niveau des jambes. Et on va dire que si je me suis intéressée à l'handiféminisme au premier abord, je pense que c'est parce que je suis concernée à la fois par les questions de sexisme et les questions de validisme. C'est grâce aussi à des ouvrages que j'ai lus, des militantes que j'ai rencontrées, des collectifs que j'ai rejoints, en tout cas des ressources auxquelles j'ai eu accès tard dans ma vie je trouve, Parce que... Je dirais que ma véritable politisation à ces sujets, elle est arrivée quand même dix ans après mon accident.
- Laetitia Rebord
Oui, je pense qu'un peu comme moi, tu as... Moi, personnellement, j'ai d'abord beaucoup conscientisé le sexisme avant de conscientiser le validisme, même si ça s'est fait un peu de manière croisée. Mais le bon chemin, c'était un peu plus ça. Je ne sais pas si ça a été... Le cas pour toi aussi.
- Chiara Kahn
Si, évidemment. Le sexisme aujourd'hui, c'est quand même une lutte qui est presque devenue mainstream, je dirais. Je pense que même si on ne se dit pas féministe ou qu'on n'est pas militante, on a la chance aujourd'hui d'être la quatrième vague. Et je pense que nombreuses femmes ont accès à... aux connaissances qui sont attachées, enfin du moins à certaines connaissances rattachées au féminisme ou qui savent à peu près les grands enjeux de la lutte pour l'égalité des femmes et des hommes. Et donc d'abord j'ai découvert le féminisme, je pense que je m'y suis intéressée et oui en effet c'était dans un second temps, je pense deux trois ans après, que j'ai découvert des autrices, mais pour le coup qui... travailler sur les intersections entre féminisme et antivalidisme, parce que c'était des femmes handicapées. Donc même mon approche de la lutte antivalidiste, elle s'est d'abord faite avec cette approche-là.
- Laetitia Rebord
Pendant qu'on discutait, tu m'as parlé justement de la médicalisation très précoce de ton corps. Ça me parle aussi beaucoup parce que moi aussi, même si on n'a pas le même vécu en termes d'apparition du handicap, puisque moi je suis née avec, mais pareil, j'ai eu une grosse médicalisation. Est-ce que tu peux m'en dire un peu plus sur cette médicalisation et pour toi, quel a été l'impact à ton avis sur justement... Ta relation à toi-même, à ton intimité et à ta sexualité ?
- Chiara Kahn
Oui, c'est que je dirais, en fait, comme je l'ai dit, j'ai eu un accident de la route quand j'avais 10 ans. Donc j'ai été hospitalisée d'urgence. J'ai subi deux opérations assez lourdes. On m'a mis dans un coma artificiel et ensuite je suis restée à l'hôpital pendant presque 4 mois. Et donc pendant toute cette période, déjà, j'ai subi beaucoup, beaucoup de soins. et donc dans beaucoup de zones de mon corps pour la rééducation etc. Et je pense que c'est important de le spécifier dans le cadre des blessés médulaires, c'est qu'en fait on fait des sondages urinaires, et donc ça veut dire qu'on a besoin d'une assistance mécanique pour aller aux toilettes pour faire pipi, et donc ça passe par une sonde. C'est des sondages qu'on apprend ensuite à faire pour... pour être totalement autonome dans ce geste qui est quand même un geste du quotidien. Mais quand on est à l'hôpital, pendant les premiers temps, les sondages sont réalisés par les infirmières, les infirmiers, parfois même par d'autres personnes du personnel médical. Et donc c'est vrai que je me suis retrouvée quand même à 10 ans avec bon nombre de personnes qui sont rentrées dans la zone la plus intime de mon corps. à un moment où je pense qu'on construit aussi son rapport à ces parties-là. Donc je pense que ça a quand même eu un impact conséquent sur comment est-ce que j'ai envisagé cette zone de mon corps et comment est-ce qu'elle a été mise à disposition du personnel médical. Et donc évidemment, ça a été très complexe pour moi de me réapproprier. cette partie là, mais aussi je dirais même le reste de mon corps parce que, et ça c'est une question qui est, enfin c'est un sujet qui je pense est commun à nombreuses personnes handicapées, quand on a l'habitude de se faire accompagner, aider, manipuler pour des gestes de la vie quotidienne plus ou moins intime, on perd parfois un peu la notion du droit qu'on a sur notre corps et sur et sur ce que les autres doivent ou devraient se permettre de faire avec.
- Laetitia Rebord
Oui, pour moi, ça rejoint l'histoire du consentement. Parce que j'entends beaucoup parler autour de moi de consentement qu'on assimile directement à la sexualité. Mais je pense que pour beaucoup de personnes handies, le consentement, il est déjà non respecté dans plein de domaines et rien qu'au niveau de disposer de notre corps, oui. tu as raison, c'est déjà compliqué.
- Chiara Kahn
On dit souvent qu'on a du mal à passer d'un objet de soin à un objet de désir. Et je pense que c'est ça, en fait, le sujet. Je n'ai pas abordé la notion de consentement. Je voulais y revenir après, peut-être. Mais en tout cas, oui, évidemment, ce consentement, il est encore absent de la plupart des institutions hospitalières et médicales. Et peut-être plus tard, même en étant féministe, on apprend cette notion-là. Aujourd'hui, elle est rentrée quand même dans la Constitution. Donc j'espère que même les enfants vont pouvoir y avoir accès, même si l'éducation sexuelle, je pense que ce n'est pas encore ça. Mais c'est vrai que moi, pour en revenir à mon parcours, quand vous avez 10 ans, vous vous retrouvez à l'hôpital et que... ça rentre, ça sort de votre chambre. Parfois même, il y avait des moments où je pense que je n'étais même pas très habillée. Je ne sais pas, on ne respectait même pas ne serait-ce que le fait de me couvrir ou que je sois nue ou non. Vous perdez totalement le rapport avec ce qui se fait, ce qui ne se fait pas, ce qui est normal, ce qui n'est pas normal. Et moi, le consentement, c'était une notion qui était bien loin de moi. J'ai dû apprendre ce mot, pareil, dix ans plus tard.
- Laetitia Rebord
Oui, et moi, souvent, dans mes accompagnements, ce que je remarque, c'est... comme il y a eu des très mauvaises bases en termes de consentement chez beaucoup de personnes handicapées, du coup, après, dans la sexualité, il y a aussi une grosse difficulté à l'extrême aussi. Donc, de toute façon, ça fait effet rebond. Et du coup, comment tu pourrais m'expliquer comment tu as un peu découvert ou redécouvert une sexualité plus... on va dire plus centré sur toi, plus authentique par rapport aux difficultés que tu as pu avoir au niveau de la propre perception de ton corps.
- Chiara Kahn
Je dirais que c'est un chemin qui est très long et qui est encore en cours, en toute honnêteté. C'est passé par beaucoup d'étapes. Déjà, comme on le disait, je trouve que pour moi, l'antiféminisme, le militantisme m'a donné énormément de clés. ne serait-ce que pour commencer à protéger mon corps et à me dire voilà que c'est le mien, à comprendre cette notion de consentement dont on discutait etc. Et ensuite je pense que c'est passé par des recherches, beaucoup de recherches, beaucoup d'essais pour déconstruire ce que j'avais ce que j'avais cru être la seule sexualité que je pouvais avoir, le seul rapport à mon corps que je je pouvais avoir, qui était en fait une reproduction de... d'une sexualité normée, de scénarios préétablis qu'on nous apprend de notre plus jeune âge à encore aujourd'hui. On est dans une société, je trouve, où la sexualité elle est partout. Et voilà, c'est pas forcément... Enfin, c'est une certaine sexualité. Donc moi, ça a été de me questionner sur finalement qu'est-ce que j'avais envie, de quoi j'avais vraiment envie, qu'est-ce que je pouvais faire avec mon corps tel qu'il était. Et de faire des essais, de faire des erreurs aussi, et de même parfois me mettre en danger, je pense, en me cherchant. Et in fine, d'arriver à un modèle qui est au plus près de ma personne. Mais comme je le disais, pour moi, c'est un modèle qui a un corps amené à changer. Et je ne suis pas encore, très honnêtement, pleinement satisfaite de ma sexualité. après je me dis est-ce que... Est-ce qu'on peut l'être ? Est-ce qu'on n'est pas toujours en mouvement ? Est-ce qu'on n'est pas toujours en recherche ? Mais voilà, moi je me dis que j'ai tellement de choses justement à déconstruire que ça prend du temps et que c'est pas un travail facile.
- Laetitia Rebord
Je dis souvent que la découverte de la sexualité, personnellement, même si je l'ai eu un peu tard, elle m'a permis de me connaître un peu plus. Je pense vraiment que j'étais un peu restée sur mon identité de femme handicapée avant de découvrir tout le reste. Et je trouve que la sexualité, la vie affective et sexuelle en général, permet un petit peu de se découvrir et de savoir ce que je veux ou ce que je veux pas et avant finalement je n'avais pas trop enfin je n'avais pas trop travaillé étant donné que mon identité était axée principalement sur le handicap. Est-ce que tu penses qu'il y a eu un moment clé où je sais pas où tu as discuté avec une personne ou une stratégie que tu as mis en place qui t'a un peu permis justement de te réapproprier ? Ta sexualité, tu réappropries le plaisir aussi avec ta sensibilité partielle.
- Chiara Kahn
Je suis totalement d'accord sur le fait que pour moi, la sexualité, ça cristallise tellement la complexité de la personne qu'on est. Et moi, je pense que je suis une femme handicapée, ça fait partie de mon identité. Mais je suis aussi une personne traumatisée, donc j'ai quand même vécu un accident très grave. qui a bouleversé totalement mon rapport à mon corps du jour au lendemain. Et moi, c'est aussi passé par la thérapie. Et je pense que c'est important de le dire parce que c'était très important pour moi de comprendre les enjeux liés au féminisme, de comprendre les questions, les injonctions, les questions liées au genre, etc. De comprendre les questions liées au validisme. Mais au bout d'un moment, il y avait aussi une limite à ça parce qu'il y avait des barrières qui étaient aussi psychologiques. Et j'en ai encore, encore une fois. Et donc moi je me suis fait suivre en thérapie, donc ça fait cinq ans aujourd'hui et ça m'aide beaucoup. Et ma sexualité c'est une question qui est très souvent abordée. Et j'ai eu aussi l'occasion de rencontrer une sexologue, pour le coup qui est une médecin qui me suit d'un point de vue aussi neurologique, pour toutes ces questions comme je disais de sondage urinaire etc. Et en fait, je l'ai vu deux, trois fois. Ce n'est pas un suivi régulier comme ce qu'on peut faire avec un thérapeute ou une thérapeute. Mais en fait, c'est une femme qui a une connaissance de la paraplégie, de la tétraplégie et qui a su m'apporter des réponses que je n'ai pas trouvées ailleurs. Et qui m'a expliqué vraiment aussi d'un point de vue clinique des choses qu'on ne m'avait jamais dites. Et ça, je trouve que c'est un point aussi important. C'est que je n'ai pas du tout eu d'accompagnement post-accident. sur ce qu'allait être ma nouvelle vie sexuelle, sur même le fonctionnement de mon nouveau corps. Et en fait, cette femme m'a expliqué qu'il y avait deux systèmes nerveux, le système sympathique, le système parasympathique, et qu'en fait, la sensibilité passait par ces deux systèmes-là, et que même des zones du corps où potentiellement on n'a pas de sensibilité peuvent recevoir des messages, et ces messages-là vont passer par le système parasympathique. C'est un peu le système des signaux réflexes. Donc par exemple, la lubrification c'est quelque chose de réflexe chez la femme. Donc on peut ne pas sentir et avoir de la lubrification. Bon, plein de choses un peu comme ça, qui m'ont permis de mieux me comprendre. Elle m'a même conseillé des sites, des objets pour m'aider. Cette femme a eu un rôle très important dans ma sexualité. Elle m'a aussi beaucoup rassurée sur à quel niveau de désir je pouvais avoir accès. Parce que moi, j'ai quand même grandi, je pense, pendant les cinq premières années de ma vie sexuelle, qui a commencé quand j'étais au lycée, à penser que de toute façon, je n'aurais jamais accès à l'orgasme. À me dire, de toute façon, ça, c'est... réservée aux femmes valides. Moi, dû à ma réduction de ma sensibilité, parce qu'elle n'est pas absente, mais elle est réduite, je ne peux pas y avoir accès. Bon, après, il y a aussi un gros sujet à savoir sur les zones érogènes, etc. Je pense que je n'étais même pas bien éduquée à la sexualité tout court. Mais voilà, elle, elle m'a quand même dit, écoute, ça peut passer par d'autres zones, évidemment, mais ça, c'est des choses qu'on... Donc on sait aussi, parce qu'on voit un peu dans les médias, sur les personnes blessées médulaires, souvent on va voir des scènes où ça passe par d'autres endroits, mais il y avait toute une question aussi sur, c'est pas parce que c'est en dessous de la lésion que c'est pas des endroits qui peuvent être stimulés. Et donc elle m'a invitée même, je veux dire, à persévérer davantage, à chercher, et ça, couplé à donc une thérapie, une personne avec qui je pouvais en parler, ça m'a permis de vraiment avancer. et après évidemment il faut le dire j'ai eu... différents partenaires sexuels et c'est aussi la rencontre avec des personnes qui m'ont aidé, qui m'ont accompagné parce que parfois c'est pas... Même si on a tendance à dire que ça devrait passer d'abord par une connaissance de son corps, par des pratiques de sexualité solo, je pense que quand on est une personne traumatisée et qu'on a un rapport au corps qui est particulier, parfois c'est pas facile de se retrouver toute seule avec son corps. Et de se dire, OK, là, j'y vais. Parfois, c'est aussi bien d'être avec une personne qui est bienveillante et qui nous accompagne. Donc, j'ai aussi eu la chance de rencontrer des personnes qui m'ont appris des choses sur mon corps.
- Laetitia Rebord
Je pense que ça montre bien aussi à quel point, en fait, les rencontres peuvent aussi beaucoup nous apporter. Des choses négatives aussi, mais aussi des choses très positives. mais aussi, comme tu disais, le manque de... on va dire de formation de certains professionnels aussi peut être compliqué enfin je veux dire cette histoire de la sexualité si on n'enseigne pas à la suite dans la rééducation souvent par exemple après un accident souvent on apprend plein de choses mais pas tout ce qui va se passer au niveau de la sexualité moi je m'en aperçois avec les personnes que j'accompagne ça reste encore un point de blocage Et je pense que ça peut peser extrêmement lourd sur les parcours de sexualité des personnes qui ont une blessure médulaire. Donc vraiment, c'est important. Pour revenir à cette santé sexuelle de manière peut-être plus générale, mais à ton avis, comment tu les as perçues ces manifestations de validisme dans ton parcours ? et en particulier dans le champ de la santé sexuelle ?
- Chiara Kahn
Pour moi, en premier lieu, je dirais que c'est au-delà du manque d'accompagnement qui malheureusement est un point de convergence, je pense, même avec les personnes validant. Parce qu'aujourd'hui, pour avoir de l'information sur la sexualité, bon maintenant avec les réseaux sociaux, etc., si on suit les bonnes personnes et les bonnes pages, on trouve plein de choses très enrichissantes. Mais je pense que pour n'importe qui, Ça reste un parcours de recherche individuelle. Et dans le cas des personnes handicapées, des femmes paraplégiques, pour prendre ma situation encore une fois, il y a un vrai manque de représentation. Je n'ai très peu vu de femmes paraplégiques dans leur sexualité, tous médias confondus. Même ne serait-ce qu'une sexualité envisagée, j'ai été beaucoup confrontée à des contenus qui racontaient une absence presque totale de sexualité, parce qu'absence totale de sensibilité, alors qu'encore une fois, c'est des choses qui sont bien plus nuancées que ça. Et oui, aussi, un manque d'accompagnement. Aucun moment donné, on a supposé de près ou de loin que j'aurais une sexualité. Et je n'ai pas rencontré beaucoup de personnes handicapées non plus, du moins de femmes paraplégiques avec qui je pouvais échanger, qui pouvaient me partager leurs expériences. Donc en fait, moi, j'ai calqué aussi ma vie sexuelle sur ce que je connaissais de la vie sexuelle des personnes valides. Donc c'est en ça que je pense qu'on peut parler de validisme. puisque quand on parle de validisme, on parle justement de ces sociétés qui sont construites par des personnes valides pour des personnes valides. Et en fait, moi, j'ai construit ma sexualité comme des personnes valides pour les personnes valides avec qui je relationnais. Et en fait, j'ai totalement performé une sexualité qui ne m'appartenait pas pendant des années par manque d'information, d'accompagnement et de représentation. et Et je l'ai performé aux côtés de personnes qui avaient les mêmes connaissances que moi, en fait. Fausse. Donc, aucun des partenaires, ni moi, ni les autres, on avait de ressources pour appréhender mon corps. Et encore une fois, ce n'est pas à 17-18 ans qu'on a le recul suffisant pour se dire qu'il y a quelque chose qui cloche. Oui,
- Laetitia Rebord
carrément. et pour toi tu penses que Ça vient de quoi le fait que la sexualité des femmes, particulièrement handi, elle est si invisibilisée, ou même je dirais plus qu'invisibilisée, elle est niée. Moi par exemple, tu vois, à l'époque j'ai été vice-présidente d'une association qui s'appelle La Passe pour la promotion de l'accompagnement sexuel. J'ai moi-même eu, tu vois... eu recours personnellement à un accompagnant sexuel, mais rien que de dire que j'avais fait appel à un accompagnant, en tant que femme, plus qu'Andy même, c'était assez mal vu, tu vois, le fait que je pouvais avoir des désirs et des envies de découvrir mon corps et ma sexualité.
- Chiara Kahn
Je pense que déjà, tu as dit femme, et la sexualité des femmes... De fait, je veux dire, on a appris comment fonctionnait réellement un clitoris très tard dans l'histoire. La vraie forme de l'organe, la manière dont il fonctionne, voilà. On a vu des représentations aussi du sexe féminin dans son anxiété aussi très tard. Donc je pense que déjà, bon, les femmes ne sont pas globalement invitées à explorer leur sexualité. On a aussi une sexualité, certes, qui tourne autour de la personne valide, mais qui tourne autour aussi des hommes. Et ça, il faut le dire. Le scénario sexuel de base du coït-éjaculation, c'est terminé. C'est totalement tourné autour du corps masculin. Le plaisir de la femme, c'est un sujet dont j'ai entendu parler très tard, après le début de ma vie sexuelle. Même pour les pratiques de masturbation, on entend parler de masturbation masculine, la masturbation féminine, c'est encore une fois des choses qui viennent dans un second temps. Donc je pense qu'en ça, on ne parle pas vraiment... Du désir des femmes, on n'a pas spécialement envie non plus d'en entendre parler. Et quand il s'agit des femmes handicapées, là on rentre pour moi aussi dans un autre sujet, c'est vraiment, pour moi c'est presque de l'hypocrisie. Et le fait de considérer en fait ce qui va être désirable ou non pour l'ordre établi, après je n'ai pas fait de recherche, je n'ai pas lu grand chose à ce sujet, mais je sais en tout cas ce qui est considéré comme beau dans nos sociétés. Je sais ce qui est valorisé notamment par les entreprises pour vendre comme corps, et comme corps duquel il faut au maximum se rapprocher. Et ce corps-là, il est très loin du corps de la plupart des femmes handicapées. Et en fait, comme c'est ce corps-là qui est considéré comme désirable, sexualisé, les autres corps finalement, on est encore plus loin de leur penser une vie sexuelle. Donc c'est comme ce que je disais tout à l'heure, c'est qu'on n'est pas considéré comme des objets de désir. et là où je pense que ça rentre dans une forme d'hypocrisie, c'est que c'est faux. C'est que c'est faux, en fait, parce que de mon expérience de femme handi et de l'expérience des femmes handi que je côtoie au quotidien, toutes ont une vie sexuelle, toutes sont désirées, toutes ont des avances au quotidien diverses et variées. Et en fait, cette vie sexuelle, elle existe même dans la pornographie, donc dans tout ce qui est justement à l'ombre de la société. Par contre, dès qu'il s'agit de montrer, d'en parler, de la démocratiser, de la normaliser. Là, ça remettrait en question l'ordre établi, ce qui est le beau, ce qui est le pas beau, ce qui est désirable, ce qui n'est pas désirable, et tout de suite...
- Laetitia Rebord
Pour revenir un petit peu au monde médical, est-ce que tu pourrais peut-être me raconter, si tu as déjà eu, enfin moi je suis sûre que tu en as eu, des violences médicales, pas forcément dans le côté purement technique, mais des violences aussi verbales par rapport à ton corps et à ta sexualité. Comment tu l'as ressenti ? Le validisme au niveau médical, particulièrement dans la sexualité, par exemple, si tu es allée chez le gynéco ou autre ?
- Chiara Kahn
J'ai eu beaucoup de mal, moi, à trouver des personnes pour m'accompagner, même en gynécologie. Déjà, encore une fois, difficile de trouver des personnes qui respectent le consentement, qui sont formées aux violences sexuelles, etc. Et évidemment, Handigynéco et même ce label très intéressant qui ne sert pas à grand-chose. si tu veux mon avis j'ai eu beaucoup beaucoup de mal à rencontrer des soignants et des soignantes même sages-femmes qui respectent mon corps et qui ont même ne serait-ce qu'une conscience de mon corps et de ce qu'il avait pu vivre en tant que corps de femme handie en fait et des événements précis à te citer comme ça purement dans le cadre de la sexualité de la santé sexuelle Merci. J'en ai pas, même si voilà du coup cette absence de consentement permanente, le fait de ne pas prendre en considération le fait que je sois une femme handie ou que je puisse avoir un passé traumatique, ça c'est tout le temps en fait, c'est tout le temps tout le temps. Même si là j'ai trouvé quelqu'un donc je suis contente récemment, mais c'est cette année pour dire, la route est longue. Et après je dirais que globalement de toute manière j'ai vécu tellement de violences médicales, mais quand je dis violences médicales c'est même pas un terme... Des violences, mais des choses qui ne sont pas des micro-agressions, des choses très très graves, des raisons pour lesquelles j'ai failli monter jusqu'à l'ordre des médecins. Et que ça a eu un impact ensuite sur mon rapport à mon corps. Et voilà, sans rentrer dans le gros détail, mais moi, ma dernière intervention chirurgicale... Mon chirurgien est arrivé en retard, j'étais nue sous ma blouse et en fait il était très très en colère. Il est rentré dans la salle, il a totalement nié le fait que j'étais une personne humaine, un corps réveillé. Et il a soulevé totalement ma blouse, je me suis retrouvée toute nue devant tout le monde. Et quand j'ai voulu dire quelque chose, on m'a injecté une dose tellement forte d'anesthésie que je me suis réveillée en salle de réveil en hurlant et en vomissant. Donc ça c'est ma dernière expérience. C'est pour dire que là où on en est, et que je pense que c'est pas normal d'être considéré comme ça, comme des objets, et de pas du tout avoir de considération pour ce qui peut être même notre passé, dans le cadre du parcours de soins, en fait, et ce qu'on a pu vivre avant. Moi, je pense que quand on va chez un soignant... notamment un soignant ou une soignante qui est gynécologue, sage-femme ou qui s'occupe de notre santé sexuelle aussi, sexologue, peu importe, il devrait y avoir vraiment un moment d'échange pour savoir où en est la personne, comment ça s'est passé, comment elle aimerait que ça se passe et qu'on soit sur un pied d'égalité.
- Laetitia Rebord
Selon toi, est-ce que tu penses qu'il faudrait, et comment surtout, changer en priorité dans la formation de tous ces soignants ? pour sortir de ça, tu vois, et du validisme entre autres, mais de toutes ces violences. Je pense qu'il y a un gros manque quand même au niveau formation.
- Chiara Kahn
Je trouve qu'il y a un énorme manque de formation au féminisme, et il y a une absence de formation à l'antivalidisme, parce que je parlais tout à l'heure du label Handigynéco, donc moi mes deux dernières consultations avec un gynécologue puis un sage-femme, Maintenant je me fais plus manipuler, enfin je n'accepte plus en fait de soins si je ne sens pas la personne, tout simplement. Et voilà, j'ai posé la question parce que c'était deux personnes qui étaient labellisées Handigynéco. Qu'est-ce que c'est que cette formation finalement ? Comment ça se passe ? Etc. La première personne, je ne sais plus quel bullshit elle m'a sorti. Mais de toute façon, je n'ai pas continué la consultation. Et la seconde, en toute honnêteté, m'a répondu, écoute, j'ai fait une formation de quelques jours. On m'a juste expliqué qu'il fallait que je prenne plus de temps pour les femmes handicapées. Et en toute honnêteté, moi, je préférais qu'on en discute et que tu me dises ce dont tu as besoin, parce que je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir appris quoi que ce soit. Et la notion de validisme est totalement absente. Or, et pour le coup, j'écoutais un podcast de Dire Valide People, le collectif de Montpellier qu'on connaît aussi avec Nadia Morand qui parlait justement de l'impact du validisme sur la sexualité des personnes handicapées et j'ai entendu quelque chose qui m'a beaucoup intéressée où elle disait que justement elle en sexologie en prenant en compte justement les questions de validisme donc la condition sociale vraiment des personnes handicapées elle savait qu'il y avait trois impacts sur nos vies dans notre sexualité bon tu dois le savoir mais donc donc c'est la pathologie en premier. L'impact secondaire, ça va être les traitements médicamenteux, autres aides mécaniques, peu importe. Et l'impact tertiaire, qui est donc le psychosocial, et qu'en réalité, ce qui a le plus d'impact, c'est le psychosocial. Donc, le validisme, en fait. Et donc, pour quelque chose qui a le plus d'impact sur la sexualité des personnes concernées, sur leur santé sexuelle aussi, le fait qu'on ne prenne pas en compte le psychosocial et qu'on ne forme pas les soignants et les soignantes au validisme, Moi, je ne comprends pas. Ces personnes-là n'ont aucune conscience des discriminations, de la stigmatisation subies au quotidien de ce que c'est que nos expériences de vie. Mais comment peuvent-elles vraiment nous accompagner ?
- Laetitia Rebord
Former au validisme, qui pour moi est complètement différent de former au handicap. Parce que souvent, on me dit, quand je dis « mais là, vous avez besoin de formation » , On me rétorque très facilement, « Non, non, mais j'ai appris ce que c'était les handicaps, etc. » Et voilà, c'est important de faire la différence. Et pour en revenir Handigynéco, moi, c'est important qu'on puisse en parler, parce que moi aussi, je suis très critique sur ce dispositif. Déjà, c'est un dispositif qui vient de notre gouvernement. Du coup, notre gouvernement, il ne faut pas se leurrer, il est extrêmement validiste. Il a quand même été mis en place ce dispositif principalement pour qu'il y ait des personnes qui viennent faire des consultations en institution, en établissement médico-social. Il ne faut quand même pas oublier que ça a été ça la première... Ce qui a fait naître ce dispositif, c'est que d'un seul coup, ils se sont réveillés en disant « bizarrement, les gens en institution n'ont pas de suivi gynéco » . Mais surtout, ce qui est enseigné, à nouveau, moi qui ai l'habitude de faire des formations, j'ai remarqué que c'était uniquement les formateurs, des gens qui n'étaient pas directement concernés par le handicap. À nouveau, on rentre à nouveau là-dedans et du coup, oui, tu as raison, moi je trouve que ça ne vaut pas grand-chose. Voilà, C'était ma petite parenthèse.,
- Chiara Kahn
Pour finir là-dessus, c'est important de le dire et c'est important de dire aux femmes handicapées qu'il ne faut pas s'attendre à un bon accompagnement. C'est malheureux, mais il faut le dire et qu'il faut exprimer ses besoins. C'est dur de le faire, mais il faut le faire pour se mettre en sécurité. Il faut le faire si on peut le faire et il ne faut pas se faire soigner si on sent que la personne n'en est pas capable de le faire correctement.
- Laetitia Rebord
Et maintenant, on va revenir un peu aux représentations, je reviens à toutes les nombreuses idées reçues qui peuvent être véhiculées justement par les représentations. Tu disais tout à l'heure que toi, tu n'as pas beaucoup vu de représentations de toute façon de femmes parapléviques dans les médias, mais tu penses que... Enfin, quelles représentations justement ? Tu aimerais voir apparaître un peu plus dans les médias, dans la culture, et pas celles qu'on connaît actuellement ?
- Chiara Kahn
Moi, je pense que dans les représentations des femmes paraplégiques, on est clairement dans la culture du viol, et je n'ai pas de soucis à le dire. Je trouve que c'est vraiment grave, en fait, ce qui se passe, parce que On retrouve, je reviens un peu sur ce qu'on nous propose aujourd'hui, parce que je pense que c'est important quand même de rentrer un peu plus dans le détail là-dessus, c'est qu'en fait on propose pour la plupart du temps des représentations de femmes paraplégiques qui sont totalement au service de la sexualité de leurs partenaires, donc un corps à disposition. Et moi je vais prendre un exemple négatif, mais après je donnerai des exemples positifs. qui est un film qui m'a totalement révoltée. D'ailleurs, j'avais envoyé un mail à Franck Dubosc à ce moment-là, qui est « Tout le monde debout » . Déjà, on vous laisse apprécier le titre. C'est l'histoire d'une jeune femme paraplégique interprétée par une femme valide, évidemment, qui est Alexandra Lamy, et qui rencontre un homme. Bon, évidemment, c'est une rencontre arrangée par sa sœur parce que cet homme se fait passer pour une personne handicapée et qu'il n'y a que cet homme-là qui pourrait la désirer. Bon bref, on... On repassera là-dessus aussi. Et en fait, pendant tout le film, non seulement elle passe beaucoup de temps à se dévaloriser et à expliquer combien il est compliqué pour elle d'avoir accès à une vie sentimentale et sexuelle et combien ses attentes sont très très basses, en fait. Parce que, de toute façon, tout ce qui compterait pour elle, c'est d'avoir quelqu'un, peu importe ce quelqu'un. Et voilà, elle finit par avoir une relation avec cet homme qui lui ment de A à Z sur son identité parce qu'il se fait passer pour une personne handicapée. Et au final, elle a une relation sexuelle avec cet homme, où elle est inerte, à aucun moment son désir, son consentement n'est questionné. Et il y a cette phrase qui m'a énormément choquée, c'est un Franck Dubos qui lui demande « Et du coup, pour toi, c'est comment ? » Donc là, j'ai vu une lueur d'espoir, elle est prise en considération, et Alexandra Lamy lui répond « Moi, t'inquiète pas, de toute façon, fais ce que tu veux, c'est que dans ma tête. » Moi j'ai vu cette scène, je me suis dit « waouh ! » Mais qu'est-ce qu'on est en train de raconter aux gens ? et qu'est-ce qui va être performé ensuite dans la sexualité. Et par contre, pour rester sur la représentation, j'ai quand même vu des films avec des sexualités de personnes handies qui étaient, à mon sens, plus positives. Pour l'exemple d'un homme blessé médulaire, je trouve que dans Sex Education, le personnage de Isaac, il est très intéressant, même dans son parcours personnel, hors de sa sexualité. et même Amy qui elle pour le coup n'est pas une femme paraplégique mais c'est une femme qui est traumatisée par une agression sexuelle et qui va être en quête de sa sexualité je trouve qu'il y avait beaucoup d'éléments intéressants à récupérer aussi et après pour des séries pour revenir vraiment sur pas personne handicapée il y a une série qui est sortie sur Arte qui s'appelle Late Commerce, très récente qui est top et il y a un personnage justement, c'est Anna Davinet je crois, qui est une militante en plus dans la vie, qui est une femme handi, qui a participé à l'écriture et qui en fait revendique sa sexualité, revendique les personnes qu'elle désire, ne se contente pas en fait d'un partenaire qui ne serait pas à sa hauteur sous prétexte qu'elle a un corps de femme handicapée. et il y a des scènes notamment une scène hyper hot de elle qui a une relation sexuelle et moi je me suis dit waouh mais là vraiment c'est la première fois que je vois une scène de cul en fait avec une personne handi et ça me donne envie et j'étais super contente quand j'ai vu cette scène là parce que je me suis dit voilà là on a réussi quelque chose là il y a de l'envie, il y a du désir ça transperce l'écran et après il y a du podcast aussi qui est fait, toi et moi qui en faisons Franchement, pour le coup, les podcasts aussi, les acteurs, actrices, délutes progressistes ont beaucoup investi ce médium-là. Et il y a un podcast qui s'appelle Entre nos lèvres, qui est bien et qui fait aussi parler des femmes handicapées. Et j'ai pu entendre des témoignages vraiment intéressants dans ce podcast-là. Et puis après, ton podcast, Dire Valide People, les conférences. Il faut aller les chercher, mais il y a quand même des contenus qui émergent. Un Mètre 20, la série.
- Laetitia Rebord
Un Mètre 20, j'allais en parler parce que pour moi, elle est vraiment top. Je vous la conseille, elle est à nouveau sur Arte, donc allez la visionner, vraiment, je ne sais pas. Qu'est-ce que tu as pensé de la représentation de la personne dans la médecin, du personnage principal ?
- Chiara Kahn
En fait, ce que j'ai beaucoup aimé, moi, c'est qu'elle est maîtresse de sa vie sexuelle. C'est-à-dire que du premier épisode au dernier épisode, c'est une femme qui décide pour elle, une femme en dit. qui va décider pour elle comment elle a envie que ce passe sa première fois, comment elle a envie aussi d'avoir accès à l'éducation et à la sensibilisation, à la vie sexuelle. Et ça, je me suis dit, mais pareil, c'était complet, c'était réussi. Il y avait la notion de validisme, il y avait la notion de consentement, c'était féministe. Vraiment, c'est un très, très beau personnage en plus, je trouve, cette jeune femme. et Et en plus, après, bon, ça reste un point de vue situé qui est le mien. Mais comment ne pas percevoir l'attractivité de cette femme, quoi ? Enfin, je veux dire, j'ai trouvé qu'elle était très, très bien écrite. Et pareil, écrite avec la personne concernée. Donc, on en revient toujours à la même chose. C'est que si on veut sortir des scénarios qu'on nous vend aujourd'hui, Il va falloir commencer à se renseigner réellement sur ce qui se passe dans l'intimité des personnes handies.
- Laetitia Rebord
Oui, sortir aussi du côté dramatique qu'on peut toujours voir avec les personnes handies, ça c'est terrible, je trouve. Ou alors du côté inspiration porn, au contraire, il ou elle a réussi parce qu'il a surpassé son handicap. Ou alors, je trouve, les scénarios de sauveurs ou sauveuses de personnes handicapées. et qui sont souvent des personnes valides. Moi, je pense que c'est tout ça qu'il faut changer dans les représentations.
- Chiara Kahn
Totalement. Et sortir, justement, par rapport à cet aspect sauveur-sauveuse, arrêter de croire que c'est un miracle qu'une personne valide ou non, d'ailleurs, s'intéresse à une autre personne handicapée, parce que ça arrive tous les jours, et continuer de croire que ça n'arrive pas, c'est aussi... Invisibiliser toutes les violences qu'il peut y avoir au sein de ces relations-là. Donc elles existent en fait, qu'on le veuille ou non. Et il faut les raconter dans toute leur diversité. Il faut questionner... le désir de la personne concernée et pas uniquement le désir de la personne qui s'intéresse à la personne handicapée. Et oui, cette narrative de sauveur, ou de sauveuse, enfin sauveur surtout malheureusement, n'a aucun sens. Comme je le disais même de par mon expérience personnelle, je veux dire, certes j'ai pu potentiellement découvrir des choses avec des personnes, mais c'était aussi avec des personnes différentes. Et avant tout, moi, en décidant justement que j'avais envie d'avancer et de faire quelque chose et de me réapproprier ce corps. Et c'est d'abord passé par moi, il ne faut pas déconner non plus.
- Laetitia Rebord
Ok, alors pour la dernière partie de notre échange, il faut revenir à toi et à ce que tu aimerais transmettre. Donc j'aimerais bien savoir si tu pouvais t'adresser justement à une jeune, toute jeune femme, paraplégique ou même tétra, qui se questionne sur la sexualité. Quel message tu aimerais lui transmettre ?
- Chiara Kahn
Déjà, j'aurais bien aimé que quelqu'un me transmette un message. Oui,
- Laetitia Rebord
c'est clair.
- Chiara Kahn
Merci pour cette question, parce que c'est important. Moi, je dirais, prends soin de toi et prends soin de ton corps. Fais-le passer avant tout le reste, parce que tu vas passer toute ta vie avec. Et il n'est qu'à toi. Donc j'ai un peu envie, j'ai l'impression que ça va être un peu dramatique, mais j'ai envie de dire en premier abord, protège-le. Et protège-le au maximum, parce que c'est pas la société qui t'invitera à le faire. Il faut être un peu réaliste avec le monde dans lequel on vit aujourd'hui et l'endroit où on en est aujourd'hui, même si j'ai beaucoup d'espoir pour l'avancée de nos luttes et tout ce qu'on est en train de faire, et en plus on milite pour ça. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on n'a pas encore un suivi de santé sexuelle et de soins. Et même, ce n'est pas toujours facile de rencontrer des partenaires qui sont sensibilisés. Donc malheureusement, on a la responsabilité de faire attention à nous. Et j'aimerais que ce soit autrement, mais je pense qu'il faut le faire. Pour faire ça, il y a plein de ressources qui existent. en fait, que ce soit... Justement, comme on le disait, des ressources féministes, des ressources anti-validistes. Il y a plein d'autrices, de collectifs. Je veux dire, on connaît les collectifs, les dévalideuses, lire Charlotte Puiseux, avec qui je travaille, lire Elisa Rojas, qui est la première à avoir sorti une romance Femmes handicapées, Hommes valides. et pour comprendre et pour se construire cette stratégie peut-être de défense mais je pense qu'elle est essentielle en fait à la survie sexuelle c'est horrible de dire ça mais mais mais il faut se préserver et voilà si on n'est pas sûr enfin si t'es pas sûr bah tu dis non en fait même les endroits voilà pour vraiment la femme paraplégique les endroits où on sent pas ça reste notre corps ça nous appartient et personne ne saura l'aimer mieux que nous et c'est C'est pareil, il n'y a pas que... Moi, on m'a souvent fait des compliments sur le haut de mon corps, mais mes jambes aussi, elles sont désirables. Tout ton corps est beau et il n'y a que toi qui peux le décider. Donc, investis-le, donnez de l'amour, parce que personne ne le fera mieux que nous. Et le valorisez, et avec douceur, je dirais, parce que prendre le temps de se redécouvrir, souvent quand on est paraplégique c'est suite à un à un accident ou à une maladie, etc. Donc c'est tout un travail de redécouverte, de recherche, et il y a plein de belles choses à apprendre, je dirais, je pense que c'est une sexualité qui est différente, mais je pense qu'elle est très très loin d'être moins bien, vraiment très très loin d'être moins bien, que ce soit pour la personne concernée et pour les personnes avec qui elle peut être partagée, cette sexualité-là. Donc voilà, de... de rester ouverte à toutes les nouvelles possibilités et de ne pas y aller aussi si on n'a pas envie. S'il y a une absence de désir, parce que ça existe aussi après les traumatismes, et qu'on n'en souffre pas, il n'y a pas d'injonction non plus à la santé sexuelle, à la vie sexuelle, enfin plus à la vie sexuelle, pas à la santé sexuelle. Et voilà. Et de ne pas hésiter à en parler avec les personnes avec qui on la partage et aussi à s'aider avec des objets. si on a besoin. Et il y a un site qui s'appelle Andyjoy, où il y a pas mal d'outils. Et après, même en sex shop, il y a plein de choses qui peuvent aussi aider pour stimuler aussi ce système parasympathique dont je parlais au début. Donc voilà, faire attention à soi, à prendre en premier lieu à prendre soin de son corps pour ensuite pouvoir sur... le partager avec d'autres et bien choisir aussi ces autres personnes. Parce que c'est un cadeau, en fait, qu'on leur fait. Donc, ne pas sous-estimer ça.
- Laetitia Rebord
Oui, super. Je trouve que c'est un chouette message. Et pour finir, est-ce que tu peux nous parler du livre que tu as co-écrit avec Charlotte Puiseux, qui est récemment d'ailleurs paru en librairie un petit peu ? Voilà, parle-nous de cet excellent livre que j'ai commencé et que je vous conseille.
- Chiara Kahn
Ben, c'est, je dirais, un livre qui... qui a tenté au mieux de rassembler les ressources et les enjeux contemporains liés au validisme. En fait, moi, je dirais presque que c'est une introduction au validisme. L'idée, c'est de rediriger vers tout ce qui est proposé aujourd'hui. Donc, ça peut être une première porte d'entrée pour comprendre la culture CRIP aussi, qui est donc la culture des fiertés handi. dont Charlotte, avec qui je travaille, est la spécialiste en France. Et de pouvoir, grâce à cette première approche, vraiment on a essayé d'écrire simplement, de vulgariser les notions, etc. De pouvoir ensuite creuser ces sujets, et d'avoir des notions aussi de la lutte anticapitaliste, qui est vraiment liée à la nôtre, pour pouvoir comprendre aussi les intersections qu'on peut trouver, enfin les convergences. qu'on peut trouver avec les autres luttes et penser je pense un monde inclusif de tous et toutes et pas uniquement de certaines personnes pour pas non plus hiérarchiser les luttes. Et voilà, ce sont des premières bases. Donc je dirais que c'est un bon outil si on veut commencer à s'y intéresser, mais qu'il ne suffit pas. C'est peut-être une première étape vers plein d'autres choses. Donc on voulait vraiment inviter les gens à s'intéresser au validisme et à ne pas se dire que c'est trop compliqué, que ça ne me concerne pas, que ça ne me regarde pas. Parce qu'en fait, le handicap, c'est une question qui regarde tout le monde. Je ne vais pas m'étaler trop longtemps, mais vous aurez certainement la réponse à ça dans le livre.
- Laetitia Rebord
Et tu peux nous parler vite fait du titre qui s'appelle donc « Plutôt vivre, pourquoi ce terme ? » Je trouve très intéressant de... de savoir pourquoi vous avez choisi ce titre.
- Chiara Kahn
Donc nous on a choisi plutôt vivre à la base, c'était parce qu'on est parti d'une citation de Michel Drucker qui a été le présentateur du Téléthon pendant 14 ans, pour celles et ceux qui ne sont pas au courant, qui la veille d'une intervention assez risquée au cœur a dit à ses soignants, soignantes que si jamais il devait y avoir quelconque séquel et qu'il devait devenir une personne handicapée, Il préférait mourir. Et en plus, c'est un témoignage qu'il a évidemment relayé dans nombreux médias. Donc c'était vraiment plutôt mourir que d'être handicapé. Et nous, on a trouvé que c'était une phrase qui reflétait vraiment le regard validiste que la société pose sur les personnes handicapées, l'idéologie de base qui structure les politiques publiques, les décisions qui sont prises encore aujourd'hui. Et ce qui est intéressant, je trouve aussi, c'est qu'on a clôturé le manuscrit au moment du passage à l'Assemblée de la loi pour la fin de vie, qui est une loi, ce serait peut-être un peu complexe de rentrer dans le détail, mais en tout cas qui est une loi qui concerne une très grande partie des personnes handicapées et qui est une loi qui propose de les inviter potentiellement à un accompagnement. une aide à mourir avant même de leur proposer des conditions dignes de vivre. Donc les collectifs antivalidistes se sont positionnés fermement contre, non pas par essence parce qu'on est contre la liberté de choix, mais vraiment pour expliquer que c'était dangereux de légiférer ce droit à mourir dans des sociétés dans lesquelles on n'a pas encore mis les conditions mises en place pour que les personnes handicapées puissent pleinement exercer cette liberté de choix. au vu de la qualité de vie qu'on leur offre aujourd'hui. Donc en fait, ça a deux fois plus pris son sens de choisir ce titre et de dire que non, il ne vaut pas mieux mourir quand on est une personne handicapée, qu'on peut tout à fait avoir envie de vivre, que l'envie de mourir, ce n'est pas une envie intrinsèque à la personne même et que la plupart du temps, c'est la conséquence. de facteurs extérieurs et de la manière dont on nous traite. Donc c'est un message plein d'espoir pour les personnes concernées et de dire que nous, en fait, on a plutôt envie de vivre et vous avez intérêt à faire en sorte que ça puisse avoir lieu plutôt que de nous proposer des choses comme celle-là.
- Laetitia Rebord
Par rapport à cette loi, je vous invite à lire un peu toutes les publications. On a pu faire tous les militants anti-validistes, les dévalideuses, notamment pour comprendre un peu pourquoi on alerte par rapport à cette loi eugéniste. C'est important de... Moi, j'ai beaucoup de personnes autour de moi qui, en fait, n'avaient pas pris la mesure de tout ça. Et quand on commence à les éveiller, justement, à toutes ces dérives, le discours interne peut changer. mais voilà donc je pense à essayer de d'aller lire, ça peut vous ouvrir beaucoup de perspectives. Merci infiniment, Chiara, pour ton intervention qui, pour moi, était très puissante et tu l'as si bien politisée comme tu le fais tout le temps, notamment dans ton podcast Compassion, que je vous conseille aussi d'aller écouter, pour la sincérité aussi de tes partages. Merci beaucoup à toi.
- Chiara Kahn
Merci à toi, Laetitia, pour le cadre aussi. que tu poses, on se sent en confiance.
- Laetitia Rebord
Le parcours et l'engagement de Chiara nous rappellent une chose essentielle, la sexualité n'appartient pas qu'au corps que la société considère comme valide. Elle est une expérience humaine universelle qui mérite d'être vécue dans toute sa diversité, sans injonctions, sans infantilisation et sans hiérarchie des désirs. Ici, dans Désir à valider, on revendique haut et fort que les personnes handicapées ont non seulement une vie affective et sexuelle, mais qu'elles ont le droit de la vivre dans la dignité, la liberté et le plaisir. Déconstruire le validisme, c'est aussi redonner toute leur place aux femmes et minorités de genre, aux corps différents, aux voix qu'on n'entend pas assez. Si cet épisode vous a touché, je vous invite à le partager autour de vous, à en parler, à vous abonner au podcast pour soutenir cette démarche militante. Parce que plus nous serons nombreuses et nombreux à écouter et à porter ces récits, plus nous pourrons ensemble transformer les représentations et construire une société où chaque désir a droit de citer. Merci à vous pour votre écoute et à très bientôt pour un nouvel épisode de Désir à Valider. Désir. Désir. À valider.