Speaker #0On parle très souvent des premières fois, et dès la naissance on y accorde d'ailleurs beaucoup d'importance avec les premiers pas, le premier mot. Mais qu'en est-il des dernières fois ? C'est en faisant ma veille sur les réseaux sociaux que je suis tombée sur le post d'une maman qui disait qu'elle ne se souvenait pas de quand est-ce qu'elle avait porté ses enfants pour la dernière fois dans les bras. Ça m'a fait un peu bizarre, parce que je l'ai inconsciemment projeté sur plein d'autres choses. Et ça m'a fait réaliser que Corneille avait bien raison. Aujourd'hui, j'accorde beaucoup plus d'importance à ce que je fais, parce que je me dis que c'est peut-être la dernière fois que je vis ça. J'espère qu'elle se reconnaîtra. Mais j'étais avec une copine un soir, on avait mangé pizza, on s'était baladé, et d'un coup, j'ai eu super peur, elle m'a grippé le bras, j'ai pas compris, et elle m'a dit, ok, on prend le temps d'apprécier deux minutes cette soirée. Et je me suis un peu pris une claque, parce que je m'étais rendue compte que je profite. Je ne profitais pas assez de ces moments de bonheur, aussi petits qu'ils soient. Et j'ai commencé à beaucoup plus profiter de ma vie, parce que parfois, avec le recul, on se dit qu'on aurait dû plus profiter. Et c'est quelque chose que je continue à faire, de me dire, je prends deux minutes pour apprécier ce que je vois, ce que je fais. Et c'est important pour moi maintenant. Et en fait, en me penchant un peu plus sur la question des dernières fois, je me suis dit qu'il y avait plusieurs types de dernières fois. J'adore me faire des listes, alors du coup j'ai commencé à écrire sur ça. Et pour moi je crois qu'il y a des dernières fois qui sont conscientes. C'est-à-dire qu'on sait quand est-ce qu'on va quitter un travail, un stage. On sait quand c'est le dernier jour. C'est un peu comme le dernier jour de l'école ou le dernier jour de l'année. Et souvent elles ont un petit goût un peu particulier. Parce que ces moments-là je les vis déjà avec beaucoup de nostalgie. Alors que c'est pas fini. Et parfois même pas commencé. Mais ça peut être aussi un grand soulagement. Parce que je sais que quand j'ai vécu ma soutenance de 3ème année, je me suis dit, ça y est, c'est enfin fini. Ça peut sortir de ma tête et on n'en parle plus. Et je savais que ça allait être la dernière fois. Et ce qui est cool, c'est que parfois elles se fêtent. Mais je trouve aussi qu'elles sont dures. Parce qu'on se dit qu'on les revivra plus jamais. Je sais qu'il y a des années au lycée où je me dis, je ne revivrai jamais ça. Même il y a des années tout simplement où je me dis, C'est pour toujours que c'est fini. Mais à côté de ça, il y a des dernières fois qui sont inconscientes. Et celles-ci, elles sont parfois douloureuses. Et souvent, c'est douloureux parce que l'impact émotionnel, il arrive quand on réalise plus tard que c'était la dernière fois. Et ils peuvent passer un peu inaperçus sur le moment, mais devenir très marquants plus tard. La dernière fois qu'on voit un proche, le dernier anniversaire, perdre un animal, c'est des choses qui sont inconscientes et qu'on réalise qu'après. Mais il y a aussi celle du quotidien. Quand on perd nos clés, on nous dit quand est-ce que tu les as vues pour la dernière fois ? Mais j'en sais rien. On a beau essayer de se souvenir, on ne s'en souviendra pas. On essaie de retracer tout le fil de la journée. Les clés sont perdues. Et puis, il y a un peu une dernière catégorie que je trouve un peu symbolique. C'est, par exemple, la fin de l'enfance avec la dernière fois qu'on a joué avec nos jouets ou l'exemple que j'ai pris tout à l'heure avec les enfants dans les bras. Et il y en a tellement d'autres que je pourrais citer, mais c'était un peu ma liste que j'ai établie pour faire cet épisode. Bon, j'ai eu quand même pas mal de dernières fois, du coup, dans ma vie, même si j'ai que 22 ans. Et ça m'a fait quand même apprendre pas mal de choses sur moi, sur la vie, sur les gens. Et je sais que j'ai toujours essayé de cultiver une certaine gratitude, avoir une pleine conscience, en fait, pour moi, mais aussi pour les autres. Je sais que savoir dire merci, c'est important. Simplement être reconnaissant. Mais même de simplement mettre l'accent sur des petites choses, parfois ça fait toute la différence. J'ai aussi appris à mieux apprécier les choses. C'est pas toujours facile parce que j'ai toujours beaucoup projeté ma vie. J'ai beaucoup vécu dans le futur finalement de me dire il faut que je sois comme ci, dans dix ans ça sera comme ça. Et c'est d'ailleurs une de mes plus grandes peurs d'oublier. Aussi de manquer des choses. C'est pour ça d'ailleurs que j'ai envie de faire mille métiers. Et que ça fait beaucoup rire les gens parce que je dis, ah mais je voulais trop faire ça avant. Et mon copain me répond tout le temps, mais t'as toujours tout voulu faire. Et récemment pour vous dire, c'était de devenir pharmacienne. Donc voilà, ça peut être vraiment touché. Beaucoup de métiers. J'ai appris aussi à dire au revoir parce que c'est important. On dit que toutes les bonnes choses ont une fin. C'est un peu horrible comme phrase mais... Je pense que c'est un peu vrai. Et ça signe un peu un renouveau. Je reviens sur l'histoire de ma soutenance, mais... Quand c'est passé, je me suis réellement dit que je vais pouvoir commencer ma nouvelle vie. Ça m'a vraiment fait du bien, au moral, de venir ça. Mais il y a aussi, quand je suis partie de chez mes parents, ça aussi, c'était vraiment un sentiment bizarre. La dernière fois que j'ai dormi dans mon lit, la dernière fois que j'ai ouvert ma penderie, enfin, c'est des trucs tout bêtes, mais c'est des choses qui restent un petit peu en tête. Et puis, c'est important de dire au revoir, parce que c'est aussi reconnaître que certaines choses doivent se terminer pour que d'autres puissent commencer. Et accepter les fins, ça fait aussi partie de la croissance personnelle. Il y a des choses que j'apprends encore. J'essaye de valoriser mes relations. C'est méga important et je me rends compte à quel point pour moi, c'est dur d'appeler les gens parfois, par peur de déranger, par peur d'être en trop. Mais je sais que c'est super important et en plus, ça me fait du bien, ça leur fait du bien. Et c'est des gens que j'aime, donc c'est important. Même prendre des nouvelles, je trouve que c'est essentiel. Et je me rends compte que je ne le fais vraiment pas assez. Et puis tout ça, ça va me créer encore plein de souvenirs. C'est des détails auxquels je vais faire plus attention ou que je vais garder encore plus précieusement dans ma tête. Des moments importants que je raconte à chaud dans mon dictaphone pour revivre les moments à l'infini. C'est des choses que... Et pour mes dernières fois, j'essaye d'en prendre soin. De les vivre avec une pleine conscience. Je ne sais pas si vous, vous étiez déjà posé la question des dernières fois. Mais je serais très curieuse de savoir si vous aviez des dernières fois marquantes. Mais aussi que vous avez appris des choses peut-être avec ces dernières fois. Je sais que je teste pas mal de trucs un peu avec mon podcast. Il n'y a pas eu d'épisode la semaine dernière, ni ce lundi-là. C'est pour ça qu'on se retrouve ce mercredi. Mais je pense que pour moi, cette organisation est un petit peu mieux. tant de choses. J'ai encore beaucoup de sujets sur lesquels j'ai envie de parler. J'appréhende encore un petit peu d'inviter des gens sur ce podcast, même si je sais que ça sera hyper enrichissant et que je serais super ravie de partager ça avec d'autres gens. Donc je vous retrouve sur Dictaphone la semaine prochaine, mercredi prochain à 10h pour un nouvel épisode. A bientôt !