Speaker #0Digression numéro 20, qui je pense devrait s'appeler « Demain, j'arrête vraiment le dating » , je crois. Je vous parle souvent du fait de percer à jour le mystère de mon célibat. Je pense y avoir répondu plein de fois, parce qu'il y a tellement de facteurs, le facteur physique, le facteur social. les valeurs que j'ai aussi qui ne sont pas forcément compatibles avec ce truc de consommer des corps et des personnes grâce aux applications est-ce que j'oublie des choses ? je crois pas mais je crois que je ne me suis pas encore posé la question de ma personnalité Merci. Quel rôle ça joue dans le fait de donner à quelqu'un envie de rester, ou au contraire de s'en aller très loin, de bloquer votre numéro, tout ça, ce genre de trucs. Quand je me rends compte que ça ne va pas du tout, quand je me rends compte que je suis en train de m'abîmer dans un truc... qui en plus n'a pas d'avenir. Je me pose souvent cette question, pourquoi j'ai fait ça ? Pourquoi tu t'es fait ça ? Pourquoi tu t'es imposé la compagnie de mecs qui sont incapables de ne pas flirter avec l'abus, qui ne peuvent que rester dans le flou romantique tout en distillant ici et là des preuves, évidemment factices, de leur engagement. Parce que je le vois tout ça. Mais au moment du bénéfice du doute, au moment de la fin de la méfiance, de la défiance partout, tout le temps, et parce que j'en crois aussi, je mets les signaux alarmants de côté. Et puis parfois... Je n'arrive pas à me détacher de ce que la société attend de moi. En ce qui concerne la baraque en banlieue, cerner de verdure pour un chien et des gamins qui gambadent en se jetant sur des jets d'eau automatiques ou dans des flaques de boue l'hiver, je crois que ça, je sais que pour moi c'est mort, ça n'arrivera pas. Ce n'est pas que je veuille. J'ai ni la thune, ni le temps, ni la patience de construire un truc pareil. Puis je crois pas tant que ça, en fait. Puis c'est cool, la tata. On a un peu un rôle de daron amélioré, en fait. On est là que pour le fun et les anniversaires. Option conseil et rigolade pour les plus impliqués. Il y a d'un côté l'incapacité à me détacher de ce que la société attend de moi, c'est-à-dire quand même, même si je ne fais pas d'enfant, être en couple pour quelque part valider ma normalité, valider en tant que femme aussi, parce que j'ai l'impression qu'un homme seul dérange moins qu'une femme seule en fait. Je ne sais pas si déranger est le bon mot, mais il y a quelque chose de... J'ai l'impression un peu plus triste, avoir une femme seule, notamment quand elle n'a pas d'enfant. Ça laisse une impression de gâchis et d'anormalité. Mais après, je ne vous apprends rien. C'est des questionnements qu'on retrouve beaucoup sur les réseaux sociaux. La péremption. Je tombe beaucoup sur des posts sur les réseaux. où on me dit que non, à 40 ans, je ne suis pas périmée. Je ne savais pas que je devais me poser la question en fait. Merci de m'alerter sur le sujet. Ce qui signifie que sans doute de nombreuses personnes pensent que je le suis. Évidemment, ces personnes ne m'intéressent pas. Donc il y a de ce côté-là un peu cette espèce de truc qui crée un peu de la honte. C'est pas facile d'expliquer. En fait, non, c'est pas ça. C'est que quand on se retrouve autour d'une table où tout le monde est maqué, ou quand on... Ouais, tout simplement ça. Quand on se retrouve autour d'une table autour de laquelle tout le monde est maqué, en tout cas moi, j'ai un peu envie d'expliquer pourquoi. Moi, je suis seule. Et ouais, j'ai envie de me justifier parce que... Je n'ai pas envie qu'on pense que c'est parce que je suis bizarre ou qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez moi, même si récemment, je me suis dit qu'en fait, cette quantité de gras que j'ai en trop ne m'aide pas du tout. Et que tous les gens qui me disent que ce n'est pas ça le problème me mentent. parce que je pense que pour un homme je m'en doutais mais j'ai eu la confirmation récemment je pense que pour un homme c'est quand même assez il faut l'assumer en fait d'être avec une femme qui pèse plus lourd que soi dans le sens où j'ai l'impression que les mecs sont très ouais je fais beaucoup de généralité et je donne beaucoup mon opinion comme ça à l'emporte-pièce aujourd'hui J'ai l'impression que les hommes ont besoin de voir leur forme de statut social se refléter sur leur partenaire. Et on sait tous, la minceur, c'est un signe de réussite et le surpoids plutôt d'échecs et de laideurs. D'ailleurs, c'est marrant, je regardais Sandman il n'y a pas longtemps. Il y a plusieurs personnages qui incarnent des sensations, des sentiments de la vie. Et le désespoir est le seul personnage qui est gros. Je me suis dit que c'est marrant, c'est l'idée du laisser-aller. On a lâché l'affaire, on s'est laissé prendre du poids. C'est pour ça que le désespoir est gros, à mes yeux. Fin de la digression. Et de l'autre côté, toute cette honte que je peux ressentir à ne pas me présenter au bras de quelqu'un, elle disparaît un peu parce que je suis quand même très attachée à l'idée de me réaliser créativement. Et ça, c'est incompatible avec l'idée pour moi d'être un parent. Parce que j'ai bien conscience qu'élever un kid, c'est une tâche hyper enrichissante, je crois, c'est ce qu'on m'a dit, et qui procure beaucoup de bonheur. je sais pas et je sais que c'est pas simple aussi et je le vois plutôt comme un projet de vie et du coup ce projet de vie là je le trouve pas compatible avec le temps de cerveau dont moi je disposerais pour prendre soin d'un être extrêmement vulnérable après je pense que vous aurez plein de contre-exemples à me donner en me disant Un tel a eu deux enfants et a eu un prix Nobel de machin. Je ne sais pas pourquoi je suis axée prix Nobel aujourd'hui. Une telle a eu X enfants. OK, d'accord. Mais est-ce que ces gens ont développé de vraies relations avec leurs enfants ? Est-ce que leurs enfants ont par la suite pu se réaliser en fait par ce qu'on leur a donné et tout nécessaire pour le faire ? Parce qu'on était présents, parce qu'on avait du temps pour eux, tout ça. J'en suis pas sûre, en fait. Et donc, entre créer des trucs et peut-être échouer à le faire et offrir un nouveau patient à un psy, j'ai clairement fait mon choix. Et puis, je crois que mon horloge biologique, elle est cassée, en fait. Je ressens pas cette envie. Mais en fait, ça, je vous en ai déjà parlé. Et malgré ça... Il m'arrive parfois de m'imaginer élever un enfant. J'en ai même rêvé. Je traversais une grossesse express de la découverte de la nouvelle à l'accouchement. Je me réveillais vachement moins fâchée que lorsque ça m'arrivait d'arriver de grossesse au début de ma trentaine. Mais bon, je crois que certains rêves sont faits pour flotter éternellement dans l'inconscient. En y réfléchissant, je pense que j'ai rêvé de ça. à cause de ce que je voyais et entendais dans mon environnement. Par exemple, la mère qui me voit vieillir, qui ne peut pas s'empêcher d'imaginer que je finirais par regretter de ne pas m'être reproduit. À l'époque, ils ont des gamins et sont disponibles. Ceux qui cherchaient à en avoir et provoquant moi cette image terrifiante, moi toute seule devant mon verre accoudée aux ingres d'un bar, je ne connais personne. Parce que tout le monde a mieux à faire que d'altérer doucement sa conscience. Tant pis, je prends le risque. Et de toute façon, moi, je n'ai pas le choix. Je prends le risque parce qu'un enfant ne s'élève pas seul, selon moi. Et oui, on peut voir ça comme une déclaration radicale. Parce que certaines personnes n'ont pas le choix de le faire seul. Et d'autres décident de le faire comme ça. C'est juste une opinion qui n'engage que moi, dans ce cas précis, comme dans tout ce que je dis dans ce podcast. Et puis après, il y a aussi qui je suis, quoi. On m'a souvent dit d'arrêter de me prendre la tête et juste de me lancer. Ce à quoi dans ma tête je répondais mais avec qui ? Mais quand même, je pense que le cas de ma sexualité, je suis une personne bisexuelle qui galère vraiment beaucoup avec les garçons et encore plus avec les filles et qui n'a pas complètement réglé la question autour de cette identité-là. Pour une personne comme moi, je pense qu'on y repense à deux fois. Attention, pas parce que les gens comme moi sont quelque peu... sont un peu dégénérés, loin de là. Mais parce que, que ce soit la question de l'identité sexuelle ou de toutes les choses qui ne sont pas très stables dans notre tête, je pense que c'est trop précieux, la vie d'une personne, pour mettre ça sous le tapis et espérer que tout se passe bien. Je parlerais presque comme une pro-life, tiens. Je vous rassure, je ne le suis pas du tout. Donc voilà, après toutes ces grosses digressions, j'arrête le dating. Plus de tentatives de relation pour moi. Je fais désormais partie de ces gens dont la vie sentimentale se résumera à fantasmer la relation parfaite avec une célébrité, un personnage de série ou de bouquin. Encore une fois, le mirage de cet inconnu que j'ai croisé une fois à Franprix et d'autres ailleurs. En ce moment, le délire, c'est King George, Lauren Charlotte, Netflix. Mais je pense que j'ai aussi un mini crush sur l'acteur qui joue dans Sandman. C'est quoi son nom ? Tamster Ridge, l'acteur qui interprète Sandman. J'adore les mélancoliques. Si vous êtes toujours là, vous vous demandez peut-être ce qui a pu se passer pour que je décide de ranger dans les archives ma trépidante et minable vie sentimentale. Je dirais que ça s'est passé en plusieurs étapes et c'est donc le moment des anecdotes. D'abord, il y a eu ce musicien un peu triste, K-Clinique de narcissisme, qui m'avait mollement prévenu de son comportement à venir. Après, bien sûr que j'ai accepté de partager mon corps avec lui. Ouais, grande classe. Bon, j'en parle un peu dans les épisodes 19, 18 et 17. Ça ne m'a pas du tout marquée. Je pense même que cette personne est en partie à l'origine de ma longue pause des digressions. Sept mois sans publier, peut-être un peu plus même. Non, je n'ai pas fait que me morfondre en pensant à cette personne. Mais je pense qu'on en a assez longuement parlé de cette déception-là. Et puis, vraiment très peu de temps après, parce que je fais partie de la team remonte vite en selle, il y a eu le troll ensuite. Au début, il ne s'appelait pas le troll. Et puis en fait, peut-être que c'était un peu de ma faute. Parce que j'avais matché avec lui, parce qu'il indiquait sur son profil qu'il cherchait déjà quelqu'un de gauche. Un truc, je pense, qui en disait plus sur son identité à lui que sur la mienne. Et puis, cette meuf de gauche devait aussi être belle. C'était clairement indiqué. C'était vraiment, comment on dit ? C'était une forme de facteur obligatoire qu'il imposait comme ça dès son profil. Je trouvais ça un peu arrogant pour un mec qui était très peu identifiable sur la première photo qu'affichait son compte. Et puis, un usage typique des applications, je voulais savoir si un mec comme ça, qui avait l'air d'avoir une vie en ordre, pouvait s'intéresser à une meuf comme moi, qui avoue sans détour qu'elle est là pour mettre fin à sa solitude. mais qui liste aussi sans prendre de pincettes tous les sociotypes à qui elle ne répondra pas. Meuf sympa, smart but lonely, cherche personne sympa, smart et sensible. Tu peux être lonely aussi, entre parenthèses. C'est super vexant le unmatch, je préfère encore que vous ne me parliez pas. Panneau interdit, pas là pour un plan, panneau interdit, not into ENM, poli et compagnie. Comment trouver le temps d'avoir de beaux échanges avec plusieurs personnes ? Et surtout pas envie d'entretenir ta vie émotionnelle et sexuelle pour que tu puisses continuer de bénéficier des avantages de ton couple en guéridiction. Panneau interdit, moins de 37 ans. Panneau interdit, négrophile. Puis, cœur, les gens intelligents, cultivés, ouverts et gentils. Cœur, les longues discussions. Cœur, boire du verre. Cœur, drunk dancing. Cœur, le second degré. Cœur... la musique, évidemment, plein d'autres trucs. Enfin, par souci d'ouverture et pragmatisme... Les personnes en dessous d'un mètre soixante-dix n'y figuraient pas. Je fais plus d'un mètre soixante-dix. Celles qui ne lisent pas non plus n'y figuraient pas, ni celles qui n'affichaient pas clairement qu'elles recherchaient à construire avec quelqu'un. Parce que j'estime que c'est une chose qui se décide avec le temps. Bon, je digresse, mais j'ai toujours trouvé très étrange qu'on affiche clairement une relation de courte durée. Déjà, qu'est-ce que ça veut dire ? Et courte durée par rapport à quoi ? Par rapport à qui ? Mais je me répète, là. Je sais que vous n'écoutez pas forcément les épisodes dans l'ordre. Donc, le troll au début, c'est pas vraiment un troll, c'est juste un mec. Je connais pas son visage, ses photos préservent le mystère, il est toujours un peu loin ou avec une capuche. C'est impossible de savoir s'il fait partie des 40% d'hommes de son âge qui souffriraient de calvitie. J'ai des standards, mais je sais que je suis pas canon au point de... pouvoir faire ma fine bouche. Calvitie ou pas, c'est ok. Donc le troll est un stit. Il habite pas loin de chez moi et ne m'a pas immédiatement demandé quelles étaient mes pratiques sexuelles favorites. Je me dis que ça commence bien. Et en fait, on parle surtout de moi. Il me pose pas mal de questions sur ce que je fais dans ma vie, la musique que j'écoute, mon passé sentimental. Et moi, j'adore me lire et m'écouter parler, alors ça match plutôt bien. En revanche, il se fait discret quand je deviens curieuse. Je ne sais pas encore qu'il n'a absolument rien à me dire, parce qu'il trouve toujours un moyen de me parler de ses filles. Enfin, il n'élute pas quand je lui demande pourquoi il n'est plus avec leur mère. Et puis par la suite, je me rendrai compte qu'il a beaucoup éludé. Je ne l'aurais sans doute jamais rencontré s'il ne l'avait pas fait. Parfois, le dating ressemble un peu à une partie d'échec. Et le problème, c'est que je suis complètement nue en stratégie. J'ai une petite passion pour les sujets légèrement politiques et l'éducation. L'éducation, un sujet minable en politique. Et on parle beaucoup... Et on parle beaucoup de ça. Et parfois, le soir, quand on s'appelle, il me parle des soirées qu'il organisait dans des bâtiments désaffectés en banlieue. Et je trouve ça plutôt sexy. Enfin, même si ces appels se passent sur Messenger et que je trouve ça un peu étrange. Qui utilise encore Messenger ? À part mon pote Cédric qui déteste les réseaux. Bon, ça me semble un peu déconnecté. C'est pas que je suis le genre de personne à passer ma vie sur les réseaux sociaux, mais j'y suis un peu parce que tout le monde y est et que ne pas y être, c'est comme passer à côté d'une expérience qui fait partie de la vie d'un grand nombre de gens. À mes yeux, c'est comme être très myope et préférer se passer de lunettes. On se ferme quelques perspectives. Cela dit, je trouvais aussi que de ne pas avoir cédé à l'appel des réseaux montrait quelque part... chez lui une force de caractère. Et puis j'imaginais que c'était quelqu'un qui préférait lire, aller au ciné ou faire du sport plutôt que de se laisser happer deux heures par jour par un écran. Quand on se parle, il me raconte sa journée, il me demande comment s'est passée la mienne, il m'écrit souvent, alors je pense à lui lorsqu'il commence à se faire tard et que j'ai pas une nouvelle. Et puis c'est plutôt agréable, au milieu de tout ce vide et ces automatismes, d'avoir quelqu'un qui pense à toi. Quand c'est moi qui vais lui parler, il est un peu différent. Il m'évoque un peu plus l'arrogant qui exige une femme belle sans oser montrer son visage. Et puis souvent, quand c'est moi qui viens lui parler, il essaie de s'inviter chez moi. On me propose de passer lui apporter des bières parce que, pour une raison qu'il ne s'avoue pas, ce serait dangereux pour lui d'avoir de l'alcool à la maison. Je refuse poliment à chaque fois. Pas parce que je ne veux pas le rencontrer, mais plutôt parce que je ne sais pas vraiment qui est ce type et je ne souhaite pas lui envoyer le mauvais message. Je ne vais pas débarquer chez lui à 23h30. Je ne fais plus ce genre de trucs. Ils se rencontrèrent pour un plan et finir leurs jours ensemble, heureux et sans enfants, nés par accident, et une putain de légende urbaine. Quand on va direct chez eux, c'est presque l'assurance de ne jamais sortir de ce cas de figure. La meuf qu'il ne verra jamais à la lumière du jour. Tu parles de Maxi, cet héros, évidemment. Un dimanche, il me fait remarquer que je lui mets beaucoup de vent. Je lui explique que ses propositions de rencontre nocturne ne me font pas rêver. Et il ne quitte pas la conversation. Il me donne une heure et passe me chercher en bas de chez moi. On va dans un parc. Je me rends compte une fois descendue de sa voiture que je suis plus grande que lui et qu'il est calvicié. Mais c'est ok. J'aime bien son style sans prise de tête. Sans attente particulière, regard profond, un peu charmant. On passe deux heures ensemble à m'écouter raconter ma vie. Quand je lui pose des questions, il esquive, laisse des silences et il dira même « on n'est pas obligé de tout se dire tout de suite » . Avec une pointe d'agacement dans la voix. Ça me plaît moyen, mais je me dis que ce n'est qu'une première rencontre. Que certaines personnes ont besoin de temps pour s'ouvrir. Encore une erreur. Il me raccompagne chez moi et je pose délicatement mes lèvres sur sa joue avant de sortir de son véhicule, histoire de lui faire comprendre que je le reverrai bien. On se revoit plus tard dans un bar, c'est toujours moi qui parle, lui il boit, tellement vite que je ne peux pas suivre. Je lui fais remarquer qu'à chaque fois qu'il l'ouvre, c'est pour me contredire, mais ça ne m'empêche pas de le laisser payer pour moi, puis de le laisser m'embrasser plus tard. À ce moment, dans ma tête, je me dis que c'est bien d'être face à quelqu'un qui me fait réfléchir sur ce que je dis. Et puis il est charmant. Il a un regard charmant. Il est tard et il insiste un peu, beaucoup pour venir chez moi. Merci l'alcool, j'accepte. Je m'attends à ce qu'on avance côte à côte sur nos vélos respectifs sans penser à ce qui pourrait se passer ensuite ou à ce que ça impliquerait. Juste en profitant de la légèreté qui s'empare de nous lorsqu'on embrasse quelqu'un pour la première fois. Mais lui, il fonce, il roule vite, parfois plusieurs mètres devant moi, et les quelques réflexions plus ou moins humoristiques que je lui lance ici et là, pour lui faire entendre sa goujaterie, ne changent rien. Il a hâte, et moi ça me coupe un peu l'envie. Mais j'ai pas le courage de changer d'avis, de lui expliquer là, tout de suite. que je n'ai plus envie qu'il vienne chez moi. Alors je me convainc, je me dis que ça va briser un peu la solitude, ça fera peut-être une nouvelle histoire à raconter, peut-être qu'il sera cool, une fois qu'on sera posé chez moi, n'importe quoi. Il n'y a jamais rien à imaginer et à espérer de quelqu'un, rien d'autre que ce que cette personne veut bien, le sexe, du sexe. Un moment vaguement érotique, annulant tout point, au point que je me demande pourquoi il était si pressé de me dévoiler sa crasse médiocrité sexuelle, sa nullité totale en fait, pour sa défense. Il m'avait bien dit qu'il n'avait rien à voir avec P, le premier mec dont je parle dans la digression numéro 1, et ça m'allait très bien. Le problème n'était pas qu'il n'avait pas un corps d'Apollon. Comment oserais-je, moi qui suis si loin de la perfection ? Le fait est qu'il avait la sensualité d'une carpe, que même sa fragrance oublion arôme garrot ne pouvait rehausser. Ouais, je suis chelou, j'aime bien cette odeur, quand je suis bourrée. Ouais, c'était nul, à peine sexy, mais c'était la première fois que je me retrouvais à l'horizontale avec lui, alors je me suis dit que ce serait mieux la prochaine fois. Sauf que pas du tout. Et que toutes les fois d'après, et que les fois d'après, continuer à se parler quotidiennement sans avoir rien d'autre à se dire que de faire le monotone descriptif de nos journées sans surprise devenait un peu angoissant, pour les raisons que j'y citais plus haut. Enfin, dans cette espèce de recherche de... connexion avec quelqu'un, j'espérais que quelque chose se révèle, que quelque chose change. Un soir, j'ai fait la bêtise d'accepter qu'il passe en deuxième partie de soirée. Il s'est pointé alcoolisé, très limite, pas très cohérent. Le sexe était triste, comme une chaussette dépareillée qui prend la pluie sur le trottoir. Il a prétexté un truc bidon pour rentrer chez lui après avoir obtenu ce qu'il voulait. Et moi j'étais contente qu'il parte. Même si dans ce genre de moment, on aurait presque envie d'envoyer une facture à ce mec qu'on a soulagé parce que... Je cherche encore la raison. La solitude peut-être. Malgré ça, on a continué à se parler. Un peu moins fréquemment, mais on a continué à se parler. Et puis sa grand-mère est morte. Évidemment que j'ai tout de suite imaginé que c'était un mytho lâché pour se débarrasser de moi. Mais j'ai pas mal grandi et la non-disposibilité de mon crush ne signifie pas forcément qu'il me fuit. Sauf que là, je pense que c'était un peu le cas. Enfin, plus exactement, l'idée, je pense, était d'espacer nos rencontres et de laisser le truc mourir lentement en réitérant ce type de rendez-vous minable qui se termine au milieu de la nuit. Mais je refusais de le voir comme ça parce que je n'avais pas envie que ce soit ça, en fait. Je refusais de m'être encore trompée sur mon choix de partenaire. Alors, j'ai continué d'essayer, j'ai demandé des nouvelles. J'ai fait des vocaux pas trop longs et sensibles. Je proposais une écoute du soutien. des moments de fun. Et c'est à partir de là qu'il a commencé à me sortir ce genre de phrases sorties nulle part pendant nos conversations qui n'allaient nulle part sur Messenger. Il me disait « J'ai l'impression que tu veux plus » . Ça m'interloquait vachement. Les premières fois, je lui demandais de m'expliquer ce qu'il voulait dire par « plus » . Elle restait très vague. C'était un peu comme s'il était constipé de la pensée. Comme une petite coquille. dès qu'il s'agit de parler d'autre chose que de l'emploi du temps de ses gosses. Et enfin, chaque fois, il réussissait à en dire un peu plus. Et sans en faire rien. J'ai peur qu'il me dise, j'ai l'impression que tu veux être en couple. Et ce mot, couple, je le prononce jamais. Et même dans ma tête, je ne le prononce jamais ce mot. Je préfère me dire, j'aimerais bien être avec quelqu'un. Parce que la peur du rejet est telle, la peur du rejet même de quelqu'un que je n'ai jamais rencontré, que je préfère... Ne pas utiliser ce mot du tout, ne pas vraiment y penser. Et pour moi, c'était un peu compliqué d'avoir cette discussion-là parce que c'était un peu comme un piège, comme s'il fallait que je lui prouve que je ne voulais surtout pas être en couple. Et en arrivant là, après tout ce que je vous ai raconté, effectivement, on peut se dire que cette histoire-là, elle était plutôt mal partie. Ça aurait été un peu bête de se lancer là-dedans, en y allant à fond, en tout cas. À ce moment-là, ça aurait été... Comment dire ? Et puis je me suis dit que c'était dingue d'avoir si peu confiance, si peu confiance en soi que de vouloir dire qu'on attend plus d'une relation que des passages tard le soir et des messages pas très intéressants en fin de journée. Et c'est dingue d'avoir si peu confiance qu'on n'ose pas vraiment dire que si vouloir plus, c'est demander de se voir sobre en fin d'après-midi. pour faire autre chose que Ken, de manière si bancale. On a l'impression de vivre un drame. Si ça, c'est plus. Si ça, c'est trop. Autant rester là, non ? Alors je lui ai dit, sans détour, ni espérer qu'il essaie de me convaincre que tout ça, en fait, c'était bien et qu'il fallait que ça continue, qu'il ne fallait surtout pas que ça s'arrête. Et il essaie un peu un moment, mollement, très mollement même. Il assume pas vraiment de voir que ça continue. Alors je réponds que je suis pas là pour le réparer, en attendant qu'il soit juste assez fort pour aller vers des meufs qui lui plaisent vraiment. Bien sûr, il s'en défend. Mais j'ai décidé de ne plus répondre. Le lendemain, il m'envoie ce message accompagné de rien. Pas même un pauvre emoji. Juste Joyeux Noël. Je lâche une insulte devant mon écran et je me demande comment j'ai pu passer du temps avec ce type aussi vilain qu'inintéressant. Au fond... Je pense que je voulais me protéger des habituels déconvenus en passant du temps avec ce troll. La logique derrière étant, moins on est attirant, plus on sait la chance qu'on a d'être avec quelqu'un, et donc mieux on le traite. C'est probablement faux. D'ailleurs, une étude menée sur 473 personnes au Royaume-Uni est publiée en août 2024. montre que les hommes les plus hostiles vis-à-vis des femmes sont ceux qui se perçoivent comme très attirants, ceux qui se perçoivent comme les moins attirants, et les mecs très très très à droite, enfin les fachos en gros quoi. Bon, finalement, j'ai commencé à me dire que même si le troll ne voulait pas de moi, c'est que je devais avoir un problème. Et il est là le problème, quand les gens commencent à vous faire douter. de votre valeur. Je pense que dans ces cas-là, il faut fuir au moindre doute, en fait. Mais encore une fois, je crois bien que j'avais déjà passé trop de temps avec lui. Enfin, quoi qu'il en soit, ce fut le deuxième coup asséné à mon optimisme concernant le dating et ma vie sentimentale, tout court. Si vous avez aimé cet épisode, partagez-le, parlez-en autour de vous. Suivez-nous sur Instagram, à le podcast de la meuf inutile. Bref, show me the love. Bisous.