Speaker #0Bienvenue dans votre podcast favori pour passer un moment de détente et une nuit paisible. Installez-vous confortablement et profitez chaque soir de votre moment de relaxation avec le podcast Dormir sans souci. Il était une fois, il y a si longtemps que tout le monde a oublié la date, un petit garçon de sept ans, nommé Wolf, orphelin de père et de mère, et resté à la charge d'une vieille tante, personne dure et avaricieuse. qui n'embrassait son neveu qu'au jour de l'an, et qui poussait un grand soupir de regret chaque fois qu'elle lui servait une écuellée de soupe. Mais le pauvre petit était d'un si bon naturel, qu'il aimait tout de même la vieille femme, bien qu'elle lui fit grand peur, et qu'il ne put regarder sans trembler la grosse verrue ornée de quatre poils gris qu'elle avait au bout du nez. Comme la tante de Wolf était connue de toute la ville pour avoir pignon sur rue. Elle n'avait pas osé envoyer son neveu à l'école des pauvres. Mais elle avait tellement chicané pour obtenir un rabais, avec le magistère chez qui le petit Wolf allait en classe, que ce mauvais pédant, vexé d'avoir un élève si mal vêtu et payant si mal, lui infligeait très souvent et sans justice aucune. L'écriteau dans le dos est le bonnet d'âne, et excitaient même contre lui ses camarades, tous fils de bourgeois cossus, qui faisaient de l'orphelin leur souffre-douleur. Le pauvre mignon était donc malheureux comme les pierres du chemin, et se cachait dans tous les coins pour pleurer. Quand arrivèrent les fêtes de Noël, La veille du grand jour, le maître d'école devait conduire tous ses élèves à la messe de minuit et les ramener chez leurs parents. Or, comme l'hiver était très rigoureux et comme depuis plusieurs jours il était tombé une grande quantité de neige, les écoliers vinrent tous au rendez-vous chaudement empaquetés et enmitouflés. Avec bonnet de fourrure enfoncé sur les oreilles, double et triple veste, gants et mitaines de tricot, et bonnes grosses bottines à clous et à fortes semelles, seul, le petit Wolf se présenta grelottant sous ses habits de tous les jours et des dimanches, et n'ayant aux pieds que des chaussons de Strasbourg. dans de lourds sabots. Ses méchants camarades, devant sa triste mine et sa dégaine de paysans, firent sur son compte mille risées. Mais l'orphelin était tellement occupé à souffler sur ses doigts et souffrait tant de ses engelures qu'il n'y prit pas garde. Et la bande de gamins, marchant deux par deux, magistères en tête, se mit en route pour la paroisse. Il faisait bon dans l'église, qui était toute resplendissante de cierges allumées. Et les écoliers, excités par la douce chaleur, profitèrent du tapage de l'orgue et des chants pour bavarder à demi-voix. Il vantait les réveillons qui les attendaient. Chez le premier échevin, Il y avait un petit sapin dans une caisse, aux branches duquel pendaient des oranges, des sucreries et des polychinelles, et la cuisinière du tabellion avait attaché derrière son dos, avec une épingle, les deux brides de son bonnet, ce qu'elle ne faisait que dans ses jours d'inspiration, quand elle était sûre de réussir son fameux plat sucré. Et puis... Les écoliers parlaient aussi de ce que leur apporterait le petit Noël, de ce qu'ils déposeraient dans leurs souliers, que tous auraient soin, bien entendu, de laisser dans la cheminée avant d'aller se mettre au lit, et dans les yeux de ces galopins, éveillés comme une poignée de souris, étincelaient par avance la joie d'apercevoir, à leur réveil, le papier rose des sacs de pralines. les soldats de plomb rangés en bataillon dans leurs boîtes les ménageries sentant le bois vernis et les magnifiques pantins habillés de pourpre et de clinquant le petit wolf lui savait bien par expérience que sa vieille avare de tante l'enverrait se coucher sans souper Mais, naïvement, et certain d'avoir été, toute l'année, aussi sage et aussi laborieux que possible, il espérait que le petit Noël ne l'oublierait pas, et il comptait bien tout à l'heure placer sa paire de sabots dans les cendres du foyer. La messe de minuit terminée. Les fidèles s'en allèrent, impatients du réveillon, et la bande des écoliers, toujours deux par deux et suivant le pédagogue, sortit de l'église. Or, sous le porche, assis sur un banc de pierre surmonté d'une niche ogivale, un enfant était endormi, un enfant couvert d'une robe de laine blanche et pieds nus malgré la froidure. Ce n'était point un mendiant, car sa robe était propre et neuve, et près de lui, sur le sol, liée dans une serge, une équerre, une hache, une bise aiguë, et les autres outils de l'apprenti charpentier. Éclairée par la lueur des étoiles, son visage aux yeux clos avait une expression de douceur divine, et ses longs cheveux bouclés d'un blond roux semblaient allumer une auréole autour de son front. Mais ses pieds d'enfant, bleuis par le froid de cette nuit cruelle de décembre, faisaient mal à voir. Mais le petit Wolf, sortant de l'église le dernier, s'arrêta tout ému devant le bel enfant qui dormait. Hélas ! se dit l'orphelin, c'est affreux ! Ce pauvre petit va sans chaussures par un temps si rude, il n'a même pas, ce soir, un soulier ou un sabot à laisser devant lui, pendant son sommeil, afin que le petit Noël y dépose de quoi soulager sa misère. Et emporté par son bon cœur, Wolf retira le sabot de son pied droit, le posa devant l'enfant endormi, et, comme il put, tantôt à cloche-pied, tantôt boitillant et mouillant son chausson dans la neige, il retourna chez sa tante. Voyez-le, vaurien ! s'écria la vieille, pleine de fureur, au retour du déchaussé. Qu'as-tu fait de ton sabot, petit misérable ? Le petit wolf ne savait pas mentir. Il essaya, tout en balbutiant, de compter son aventure. Mais la vieille avare partit d'un effrayant éclat de rire. Ah ! monsieur se déchausse pour les mendiants, monsieur dépareille sa paire de sabots pour un vanupié, voilà du nouveau par exemple. Eh bien, puisqu'il en est ainsi, Je vais laisser dans la cheminée le sabot qui te reste, et le petit Noël y mettra cette nuit, je t'en réponds, de quoi te fouetter à ton réveil, et tu passeras la journée de demain à l'eau et au pain sec, et nous verrons bien si la prochaine fois tu donnes encore tes chaussures au premier vagabond. Désespéré, l'enfant se coucha dans l'obscurité et s'endormit bientôt sur son oreiller trempé de larmes. Mais le lendemain matin, quand la vieille, réveillée par le froid et secouée par son cathare, Descendie dans sa salle basse, ô merveille, elle vit la grande cheminée pleine de jouets étincelants, de sacs de bonbons magnifiques, de richesses de toutes sortes. Et, devant ce trésor, le sabot droit que son neveu avait donné au petit vagabond se trouvait à côté du sabot gauche qu'elle avait mis là cette nuit même. Comme le petit Wolf a couru au cri de sa tante, s'extasier ingénument devant les splendides présents de Noël, voilà que de grands rires éclatèrent au dehors. La femme et l'enfant sortirent pour savoir ce que cela signifiait, et virent toutes les comères réunies autour de la fontaine publique. Que se passait-il donc ? Les enfants de tous les richards de la ville, ceux que leurs parents voulaient surprendre par les plus beaux cadeaux, n'avaient trouvé que des verges dans leurs souliers. Alors, l'orphelin et la vieille femme, songeant à toutes les richesses qui étaient dans leur cheminée, se sentirent pleins d'épouvante. Mais tout à coup, on vit arriver M. le curé, la figure bouleversée, au-dessus du banc placé près de la porte de l'église, à l'endroit même où, la veille, un enfant, vêtu d'une robe blanche et pieds nus, malgré le grand froid, avait posé sa tête ensomméée, le prêtre venait de voir un cercle d'or, incrusté dans les vieilles pierres. Et tous se signèrent dévotement. comprenant que ce bel enfant endormi, qui avait auprès de lui des outils de charpentier, était Jésus de Nazareth en personne, redevenu pour une heure tel qu'il était quand il travaillait dans la maison de ses parents, et ils s'inclinèrent devant ce miracle que le bon Dieu avait voulu faire pour récompenser la confiance et la charité d'un enfant.