Speaker #0Bienvenue dans ce nouvel épisode de lecture d'une histoire qui, j'en suis certain, vous plaira. Je vous souhaite de passer un très, très bon moment. Et si ce n'est pas déjà fait, avant de vous endormir, vous pouvez vous abonner au podcast pour ne louper la sortie d'aucun épisode. Bonne écoute, bonne nuit. Et n'oubliez pas, vous êtes une personne formidable. Au temps où les seigneurs vivaient despotiquement dans leur terre, dans ces glorieux temps où la France comptait dans son enceinte une foule de souverains, au lieu de trente mille esclaves bas rampant devant un seul, vivait au milieu de ces domaines le seigneur de Longeville, possesseur d'un assez grand fief près de Fime en Champagne. Il avait avec lui une petite femme brune, espiègle, vive, peu jolie, mais friponne, et aimant passionnément le plaisir. La dame de Châtelaine pouvait avoir vingt-cinq à vingt-six ans, et Monseigneur trente ou plus. tous deux mariés depuis dix ans, et tous deux très en âge de chercher un peu de distraction aux ennuis de l'hymen, tâchés à se pourvoir dans le voisinage du mieux qu'il leur était possible. Le hameau de Longeville offrait peu de ressources. Cependant, une petite fermière de dix-huit ans bien appétissante et bien fraîche, avait trouvé le secret de plaire à Monseigneur. Et depuis deux ans, il s'en arrangeait le plus commodément du monde. Louison, c'était le nom de la tourterelle chérie, elle venait tous les soirs coucher avec son maître par un escalier dérobé. Un escalier ménagé dans une des tours qui avoisinait l'appartement du patron. Et le matin, elle décampait avant que Madame n'entrât chez son époux, comme elle avait coutume de faire pour le déjeuner. Madame de Longeville n'ignorait nullement la petite conduite incongrue de son mari. Mais comme elle était bien aise de se divertir aussi de son côté, elle ne disait mot, il n'y a rien de plus doux que les femmes infidèles. Elles ont tant d'intérêt à cacher leur démarche qu'elles examinent celle des autres infiniment moins que les prudes. Un meunier des environs nommé Colas Jeune drôle de dix-huit à vingt ans, blanc comme sa farine, musclé comme son mulet, et joli comme la rose qui croissait dans son petit jardin, s'introduisait chaque soir, comme Louison, dans un cabinet voisin de l'appartement de Madame, et bien promptement au fond du lit quand tout était tranquille dans le château. On ne pouvait rien voir de plus tranquille, rien de plus que ces deux petits ménages. Sans le démon qui s'en met là, je suis sûr qu'on les aurait cités comme des exemples à toute la champagne. Chers auditeurs, ne riez point, non. Ne riez point de cet exemple. Au défaut de la vertu, le vice bien décent et bien caché peut servir de modèle. N'est-il pas aussi heureux qu'à droit de pécher sans scandaliser son prochain ? Et dans le fait de quel danger peut être le mal ? Quand il n'est pas su, voyons, décidez par vous-même, Cette petite conduite toute irrégulière qu'elle était, Ne se trouve-t-elle pourtant pas préférable Aux tableaux que les mœurs actuelles peuvent nous offrir ? N'aimez-vous pas mieux le cire de longeville ? Dumont étendu son bruit dans les deux jolis bras de sa jolie fermière et sa respectable épouse, au sein d'un beau meunier dont personne ne sait le bonheur, qu'une de nos duchesses parisiennes, changeant publiquement d'amant tous les mois ou se livrant à ses valets. Pendant que M. mange deux cent mille écus par an avec une de ces méprisables créatures que déguise le luxe, une de ces créatures qui avilit la naissance et que la vie corrompt. Je le dis donc, sans la discorde dont les poisons distillèrent bientôt sur ces quatre favoris de l'amour. Rien de plus doux et rien de plus sage que leur joli petit arrangement. Mais le sire de Longeville, qui avait comme beaucoup d'époux injustes la cruelle prétention d'être heureux et de ne pas vouloir que sa femme le fût, Le sire de Longeville qui s'imaginait que personne ne le voyait parce qu'il avait la tête à couvert, découvrit l'intrigue de sa femme, et il la trouva mauvaise, comme si sa conduite à lui n'autorisait pas pleinement celle qu'il s'avisait de blâmer. De la découverte à la vengeance, il n'y a pas loin dans un esprit jaloux. M. de Longeville se résolut donc de ne rien dire, et de se débarrasser du drôle qui flétrissait son front. « Être cocu, se disait-il tout seul, par un homme de mon rang, soit, mais par un meunier. » Monsieur Colas, vous aurez la bonté, s'il vous plaît, d'aller moudre à d'autres moulins. Il ne sera pas dit que celui de ma femme s'ouvre davantage à votre semence. Et comme la haine de ces petits despotes suzerains était toujours fort cruelle, comme ils abusaient souvent du droit de vie et de mort que les lois féodales leur accordaient sur les vassaux, Monsieur de Longeville ne se résolut à rien moins qu'à faire jeter le pauvre Colas dans les fossés pleins d'eau qui environnaient son habitation. « Clodomir, dit-il un jour à son servant, il faut que tes garçons et toi me débarrassiez d'un vilain qui souille le lit de madame. » « Soit, monseigneur, nous l'égorgerons, si vous voulez, et vous le servirons troussé comme un cochon de lait. » « Non, mon ami, répondit M. de Longeville. » « Il suffit de le mettre dans un sac avec des pierres dedans et de le descendre en cet équipage au fond des fossés du château. » « Cela sera fait, monseigneur. » « Très bien, mais avant tout, il faut le prendre, et nous ne le tenons pas. Nous l'aurons, mon Seigneur, il sera bien fin s'il se sauve de nous. Nous l'aurons, je vous le dis. » Et l'époux offensé répondit, « Écoutez, il viendra ce soir à neuf heures. » Il passera par le jardin, arrivera de plein pied dans les salles basses, ira se cacher dans le cabinet qui est auprès de la chapelle, et se tiendra blottis là, jusqu'à ce que Madame, me croyant endormie, vienne le délivrer pour le conduire en son appartement. Il faut lui laisser faire toutes ses manœuvres, nous contenter de le guetter, et dès qu'il se croira à l'abri, nous mettrons la main dessus, et nous l'enverrons boire afin de tempérer ses feux. Rien de mieux conduit que ce plan. Et le pauvre Colas allait certainement être mangé des poissons, si tout le monde eût été discret. Mais le baron s'était confié à trop de monde. Il fut trahi. Le jeune garçon de cuisine, qui chérissait beaucoup sa patronne, et qui peut-être aspirait à partager un jour ses faveurs avec le meunier, se livrant plutôt au sentiment que lui inspirait sa maîtresse, qu'à la jalousie qui eut dû le rendre enchanté du malheur de son rival, courut donner avis de tout ce qui venait de se tramer, et en fut récompensé d'un baiser, et de deux beaux écus d'or qui valaient moins pour lui que le baiser. « Assurément, » dit Mme de Longeville dès qu'elle fut seule avec celle de ces femmes qui servaient son intrigue, « c'est un homme bien injuste que mon seigneur. » « Et quoi ? Il fait ce qu'il veut ? Je ne dis rien. Et il trouve mauvais que je me dédommage de tous les jours de jeûne qu'il me fait faire ? Ah ! je ne le souffrirai pas, je ne le souffrirai jamais. » Écoute, Jeannette, es-tu fille à me servir dans le projet que j'invente et pour sauver Colas et pour attraper mon seigneur ? Assurément, madame. Madame n'a qu'à ordonner. Je ferai tout. C'est un si brave enfant que ce pauvre Colas. Je n'ai vu à nul autre garçon des reins si doubles et des couleurs si fraîches. Ah oui, madame. Ah oui, je vous servirai, que faut-il faire ? Il faut, dès ce moment même, que tu ailles avertir Colas de ne point paraître Ausha, que je ne le fasse avertir. Et le prier de ma part de me prêter l'habillement complet qu'il a coutume de mettre quand il vient ici, dès que tu tiendras ce vêtement, Jeannette. Tu iras trouver Louison, la bien-aimée de mon père Fide, et tu lui diras que tu viens à elle de la part de mon Seigneur qui lui fait enjoindre de se vêtir des habits que tu auras dans ton tablier. De ne plus venir par son chemin ordinaire, mais par celui du jardin, de la cour et des basses salles, et d'aller aussitôt qu'elle sera dans la maison. se cacher dans le cabinet qui est à côté de la chapelle, et ce, jusqu'à ce que monsieur vienne la chercher, et aux questions qu'elle te fera sans doute sur ces changements, tu lui diras que cela vient de la jalousie de madame, qui a tout su, et qui l'a fait guetter par le chemin qu'elle a coutume de prendre. Et si elle s'effraye, tu la rassureras, tu lui feras quelques présents, et tu lui recommanderas bien, surtout, de ne pas manquer de venir, parce que Monseigneur a ce soir des choses de la plus haute conséquence à lui dire, des choses relatives à tout ce qui a suivi la scène de jalousie de Madame. Jeannette s'en va, et à neuf heures du soir, c'est la malheureuse Louison sous les habits de colasse qui se trouve dans le cabinet où l'on veut surprendre l'amant de Madame. « Avançons, dit M. de Longeville à ses gens. Allez, avançons. Vous l'avez vu comme moi, n'est-ce pas ? Oui, monseigneur, parbleu, c'est un joli garçon. » Ouvrez lestement la porte, jetez-lui des serviettes sur la tête pour l'empêcher de crier, enfoncez-le dans le sac et noyez-le sans autre forme de procès. Et tout s'exécute au mieux. On bouge tellement l'organe de l'infortuné captive qu'il lui est impossible de se faire reconnaître. On l'enveloppe dans le sac au fond duquel on a eu soin de mettre de grosses pierres. Et par la même fenêtre du cabinet où s'est faite la prise, on la précipite au milieu des fossés. L'opération faite. Tout le monde se retire, et M. de Longeville gagne son appartement, très empressé d'y recevoir sa donzelle, qui, selon lui, ne devait pas tarder de venir, et qu'il était bien loin de croire si fraîchement placé. La moitié de la nuit se passe, et personne ne paraît. Comme il faisait un très beau clair de lune, notre amant, inquiet, imagine d'aller voir lui-même au logis de sa belle, quel motif pouvait l'arrêter. Il sort, et pendant ce temps-là, Madame de Longeville, qui ne perdait rien de ses démarches, vient s'établir dans le lit de son mari. Monsieur de Longeville apprend chez Louison qu'elle est partie du logis comme à l'ordinaire, et qu'assurément elle est Ausha. On ne lui dit rien du déguisement, car Louison n'en avait fait la confidence à personne, et qu'elle s'était évadée sans qu'on la vit. Le patron revient. Et la bougie qu'il avait laissée dans sa chambre se trouvant éteinte, il va prendre près de son lit, imbriqué pour la rallumer. En s'approchant, il entend respirer. Il ne doute pas que sa chère Louison ne soit venue pendant qu'il allait la chercher, et qu'elle s'est couchée d'impatience ne le voyant point dans son appartement. Il ne balance donc point, et le voilà bientôt entre deux draps, caressant sa femme avec les mots d'amour et les expressions tendres dont il avait coutume de se servir avec luisant. Que tu m'as fait attendre, ma douce ! Où donc étais-tu, ma chère luisant ? « Perfide ! » dit alors Madame de Longeville en découvrant la lumière. « Je ne puis donc plus douter de ta conduite. Reconnais ton épouse, et non la, à qui tu donnes ce qui n'appartient qu'à moi. » « Madame, » dit-il alors, « je crois que je suis maître de mes actions, quand vous-même me manquez aussi essentiellement. » Vous manquez, monsieur ? Et en quoi, je vous prie, ne sais-je pas votre intrigue avec Colas, avec un des plus vils paysans de mes terres ? Moi, monsieur, répond arrogamment la châtelaine, moi, ma vie lire à ce point, vous êtes un visionnaire. Il n'exista jamais un mot de ce que vous dites. et je vous défie de m'en donner les preuves. Il est vrai, madame, que cela serait difficile actuellement, car je viens de faire jeter à l'eau ce scélérat qui me déshonorait, et vous ne le reverrez de vos jours. Monsieur, dit la châtelaine avec encore plus d'effronterie, Si vous avez fait jeter ce malheureux halo sur de tels soupçons, assurément, Vous êtes coupable d'une grande injustice. Mais si, dites-vous, il n'est ainsi puni que parce qu'il venait dans le château, j'ai bien peur que vous ne vous soyez trompé, car il n'y mit les pieds de la vie. En vérité, madame, vous me feriez croire que je suis fou. Éclaircissons, monsieur, éclaircissons. Rien n'est plus aisé. Envoyez vous-même, Jeannette, que voilà, Cherchez ce paysan dont vous êtes si faussement et si ridiculement jaloux, Et nous verrons ce qui en sera, le baron consent. Jeannette part. Elle amène Colas bien stylé. M. de Longeville se frotte les yeux en le voyant. Il ordonne aussitôt à tout le monde de se lever et d'aller reconnaître au plus vite qu'elle est donc, en ce cas, l'individu qui l'a fait jeter dans les fossés. Et ce n'est qu'un cadavre qu'on rapporte. Et c'est celui de la malheureuse Louison qu'on expose aux yeux de son amant. « Oh, juste ciel ! » s'écrit le baron. Une main inconnue agit dans tout ceci, mais c'est la Providence qui la dirige. Que ce soit vous ou qui l'on voudra, Madame, qui soyez cause de cette méprise, je renonce à l'approfondir. Vous voilà débarrassé de celle qui vous causait des inquiétudes. Défaites-moi de même de celui qui m'en donne, et que dès l'instant qu'Holas disparaisse du pays, y consentez-vous, Madame. « Je fais plus, monsieur. Je me joins à vous pour le lui ordonner. Que la paix renaisse entre nous, que l'amour et l'estime y reprennent leur droit, et que rien ne puisse les en écarter à l'avenir. » Colas partit et ne reparut plus. On enterra Louison, et jamais il ne se vit depuis toute la Champagne d'époux plus unis que le cire et la dame de Longeville.