Speaker #0Bienvenue dans votre podcast favori pour passer un moment de détente et une nuit paisible. Installez-vous confortablement et profitez chaque soir de votre moment de relaxation avec le podcast Dormir sans souci. Pour débuter le podcast, découvrez la citation du jour, une source d'inspiration qui vous guidera vers la tranquillité intérieure. Notre citation du jour, signée Voltaire, nous a été envoyée par notre abonné Guillaume de Nancy. Heureux qui jouit agréablement du monde, plus heureux qui s'en moque et qui le fuit. Merci Guillaume, et merci à toutes et tous. Pour votre fidélité au podcast, merci d'y être abonné ou de vous abonner maintenant et merci de le partager autour de vous et de nous proposer toutes ces citations. Bonne écoute et n'oubliez pas, vous êtes une personne formidable. Disons qu'elle s'appelait Madame Anseur, pour qu'on ne découvre point son vrai nom. C'était une de ces comètes parisiennes qui laissent comme une traînée de feu derrière elle. Elle faisait des vers et des nouvelles, avait le cœur poétique et était belle à ravir. Elle recevait peu. rien que des gens hors ligne de ce qu'on appelle communément les princes de quelque chose. Être reçu chez elles constituait un titre, un vrai titre d'intelligence. Du moins, on appréciait ainsi ces invitations. Son mari jouait le rôle de satellite obscur. Être l'époux d'un astre n'est point chose aisée. Celui-là, cependant, avait eu une idée forte, celle de créer un état dans l'état, de posséder son mérite à lui, mérite de second ordre. Il est vrai. Mais enfin, de cette façon... Les jours où sa femme recevait, il recevait aussi. Il avait son public spécial, qu'il appréciait, l'écoutait, lui prêtait plus d'attention qu'à son élégante compagne. Il s'était adonné à l'agriculture, à l'agriculture en chambre. Il y a comme cela des généraux en chambre. Tous ceux qui naissent, vivent et meurent sur les ronds de cuir du ministre de la guerre, ne le sont-ils pas ? Des marins en chambre, voire au ministère de la marine, des colonisateurs en chambre, etc., etc. Il avait donc étudié l'agriculture. Mais il l'avait étudié profondément, dans ses rapports avec les autres sciences, avec l'économie politique, avec les arts. On met les arts à toutes les sauces, puisqu'on appelle bien travaux d'art les horribles ponts des chemins de fer. Enfin, Il était arrivé à ce qu'on dit de lui, c'est un homme fort. On le citait dans les revues techniques. Sa femme avait obtenu qu'il fût nommé membre d'une commission au ministère de l'agriculture. Cette gloire modeste lui suffisait. Sous prétexte de diminuer les frais, Il invitait ses amis le jour où sa femme recevait les siens, de sorte qu'on se mêlait, ou plutôt non, on formait deux groupes. Madame, avec son escorte d'artistes, d'académiciens, de ministres, occupait une sorte de galerie, meublée et décorée dans le style empire. Monsieur. se retirait généralement avec des laboureurs dans une pièce plus petite, servant de fumoir et que Madame Anseur appelait ironiquement le salon de l'agriculture. Les deux camps étaient bien tranchés. Monsieur, sans jalousie d'ailleurs, pénétrait quelquefois dans l'académie. et des poignées de main cordiales étaient échangées. Mais l'Académie dédaignait infiniment le salon de l'agriculture, et il était rare qu'un des princes de la science, de la pensée ou d'autres choses, se mêla au laboureur. Sous-titrage FR ? Une brioche, voilà tout. Et monsieur, dans les premiers temps, avait réclamé deux brioches, une pour l'académie, une pour les laboureurs. Mais madame, ayant justement observé que cette manière d'agir semblerait indiquer deux camps, deux réceptions, deux parties, monsieur n'avait point insisté. de sorte qu'on ne servait qu'une seule brioche, dont Madame Anseur faisait d'abord les honneurs à l'académie et qui passait ensuite dans le salon de l'agriculture. Or, cette brioche fut bientôt pour l'académie un sujet d'observation des plus curieuses. Madame Anseur ne la découpait jamais elle-même. Ce rôle revenait toujours à l'un ou l'autre des illustres invités. Cette fonction particulière, spécialement honorable et recherchée, durait plus ou moins longtemps pour chacun. Tantôt trois mois, rarement plus. Et l'on remarqua que le privilège de découper la brioche semblait entraîner avec lui une foule d'autres supériorités, une sorte de royauté ou plutôt de viceroyauté très accentuée. Le découpeur régnant avait le verbe plus haut. Un ton de commandement marqué, et toutes les faveurs de la maîtresse de maison étaient pour lui, toutes. On appelait ces heureux dans l'intimité, à mi-voix, derrière les portes, les favoris de la brioche. Et chaque changement de favori amenait dans l'académie une sorte de révolution. Le couteau était un sceptre, la pâtisserie un emblème. On félicitait les élus. Les laboureurs jamais ne découpaient la brioche. M. lui-même était toujours exclu, bien qu'il en mange à sa part. La brioche fut successivement taillée par des poètes, par des peintres et des romanciers. Un grand musicien mesura les portions pendant quelques temps, un ambassadeur lui succéda. Quelquefois, un homme moins connu, mais élégant et recherché, un de ceux qu'on appelle, suivant les époques, vrai gentleman ou parfait cavalier, ou dandy. ou autrement, s'assit à son tour devant le gâteau symbolique. Chacun d'eux, pendant son règne éphémère, témoignait à l'époux une considération plus grande. Puis, quand l'heure de sa chute était venue, il passait à un autre le couteau. et se mêler de nouveau dans la foule des suivants et admirateurs de la belle Madame Anseur. Cet état de choses dura longtemps, longtemps, mais les comètes ne brillent pas toujours du même éclat. Tout vieillit par le monde. On eût dit peu à peu... que l'empressement des découpeurs s'affaiblissait. Ils semblaient hésiter parfois, quand on leur tendait le plat. Cette charge, jadis, tant enviée devenait moins sollicitée. L'on la conservait moins longtemps, on en paraissait moins fier. Madame Anseur prodiguait les sourires et les amabilités. Hélas ! on ne coupait plus volontiers. Les nouveaux venus semblaient ici refusés, les anciens favoris reparurent un à un comme des princes détrônés qu'on remplace un instant au pouvoir. Puis, Les élus devinrent plus rares, tout à fait rares. Pendant un mois, oh prodige, M. Anseur ouvrit le gâteau. Puis il eut l'air de s'enlacer. Et l'on vit un soir Mme Anseur, la belle Mme Anseur, découper elle-même. Mère Cela paraissait l'ennuyer beaucoup, et le lendemain, elle insista si fort auprès d'un invité qu'il n'osa point refuser. Le symbole était trop connu cependant. On se regardait en dessous avec des mines effarées, anxieuses. Couper la brioche n'était rien. Mais les privilèges auxquels cette faveur avait toujours donné droit épouvantaient maintenant. Aussi, dès que paraissait le plateau, les académiciens passaient pêle-mêle dans le salon de l'agriculture, comme pour se mettre à l'abri derrière l'époux qui souriait sans cesse. Et quand Madame Anseur, anxieuse, se montrait sur la porte avec la brioche d'une main et le couteau de l'autre, tous semblaient se ranger autour de son mari, comme pour lui demander protection. Des années encore passèrent. Personne ne découpait plus. Mais par la suite d'une vieille habitude invétérée, celle qu'on appelait toujours galamment la belle madame en soeur cherchait de l'œil, à chaque soirée, un dévoué qui prit le couteau, et chaque fois le même mouvement se produisait autour d'elle. Une fuite générale, habile, pleine de manœuvres combinées et savantes, pour éviter l'offre qui lui venait aux lèvres. Or, voilà qu'un soir on présenta chez elle un tout jeune homme, un innocent et un ignorant. Ils ne connaissaient pas le mystère de la brioche. Aussi, lorsque parut le gâteau, lorsque chacun s'enfuit, Lorsque Madame Anseur prit des mains du valet le plateau et la pâtisserie, il resta tranquillement près d'elle. Elle crut peut-être qu'il savait. Elle sourit et d'une voix émue. Voulez-vous, cher monsieur ? Être assez aimable pour découper cette brioche ? Il s'empressa, ôta ses gants ravis de l'honneur. Mais comment donc, madame ? Avec le plus grand plaisir. Au loin, dans les coins de la galerie, dans l'encadrement de la porte ouverte sur le salon des laboureurs, Des têtes stupéfaites regardées. Puis lorsque l'on vit que le nouveau venu découpait sans hésitation, on se rapprocha vivement. Un vieux poète plaisant frappa sur l'épaule du néophyte. Bravo, jeune homme ! lui dit-il à l'oreille. On le considérait curieusement. L'époux lui-même parut surpris. Quant au jeune homme, il s'étonnait de la considération qu'on semblait soudain lui montrer. Il ne comprenait point, surtout, les gracieusetés marquées, la faveur évidente. et l'espèce de reconnaissance muette que lui témoignait la maîtresse de la maison. Il paraît cependant qu'il finit par comprendre. À quel moment, en quel lieu la révélation lui fut-elle faite, on l'ignore. Mais quand il reparut à la soirée suivante, il avait l'air préoccupé, presque honteux, et regardait avec inquiétude autour de lui. L'heure du thé sonna, le valet parut, Madame Anseur, souriante, saisit le plat, chercha des yeux son jeune ami. Mais... Il avait fui si vite qu'il n'était déjà plus là. Alors elle partit à sa recherche et le retrouva bientôt tout au fond du salon des laboureurs. Lui, le bras passé sous le bras du mari, le consultait avec angoisse sur les moyens employés pour la destruction du phylloxéra. Mon cher monsieur, voulez-vous être assez aimable pour me découper cette brioche ? Il rougit jusqu'aux oreilles, balbutia, perdant la tête. Alors monsieur en sœur eut pitié de lui et se tournant vers sa femme. Ma chère amie. Tu serais bien aimable de ne point nous déranger. Nous causons agriculture. Fais-la donc couper par Baptiste ta brioche. Et personne, depuis ce jour, ne coupa plus jamais la brioche de Madame en sœur.