Speaker #0Bienvenue dans votre podcast pour s'endormir, passer un moment de détente et une nuit paisible. Installez-vous confortablement , trouver le sommeil rapidement et profitez chaque soir de votre moment de relaxation avec le podcast Dormir sans souci. Pour débuter le podcast, découvrez la citation du jour, une source d'inspiration qui vous guidera vers la tranquillité intérieure. Notre citation du jour nous a été envoyée par notre abonné Aude de Gap. Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions qu'on a reçues et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances. De René Descartes Merci Aude Bien loin, bien loin de la civilisation s'étendent à l'infini, dans les vastes Amériques, des plaines immenses, entrecoupées de prairies plus immenses encore. C'est, ou plutôt ce fut, le territoire indien. Ces terres d'or, convoitées par d'acharnés aventuriers, sont devenues la proie du premier occupant. Elles ont été divisées, morcelées, mises en lambeaux par leurs insatiables hôtes. La solitude a été mise au pillage. Chacun a voulu avoir sa part à la curée. Arpenteurs, spéculateurs, locataires, fermiers, trafiquants, forestiers, chasseurs et par-dessus tout, chercheurs d'aventure, tous se sont abattus par légion sur le patrimoine indien. et s'en sont emparés violemment, par droit de conquête. Les enfants perdus de la civilisation se sont installés là comme chez eux, et bientôt les noms de Kansas, de Nebraska, sont devenus aussi familiers que ceux de New York, Londres ou Paris. Toutes les peuplades aborigènes ont disparu successivement, comme des foyers éteints, refoulés par l'incessante et implacable pression des faces pâles. Des ogres au désert, des oiseaux de proie, d'insolents usurpateurs, des voleurs sans retenue et sans conscience. Les Blancs ont été tout cela, et pire encore dans ce malheureux nouveau monde, qui aurait bien voulu rester toujours inconnu. Le grand et vieux fleuve qui descend des régions mystérieuses et inexplorées des montagnes rocheuses a dû se plier aux jougues des envahisseurs. Ces flots majestueux Jusqu'alors purs et calmes comme l'azur des cieux, ont écumé sous les coups redoublés de la vapeur, se sont souillés des détritus d'usines, ont charrié des fardeaux, ont été réduits en esclavage. En même temps, des fermes, des parcs, des avenues. Des villages, des villes, des palais ont surgi comme par enchantement sur les rives du vénérable cours d'eau. La solitude et son paisible silence, le désert et sa paix profonde ont disparu. Et pourtant, elle était si grande, cette belle nature. sorti des mains du Créateur comme un reflet de son immensité, qu'aux déserts absorbés ont succédé les déserts, et que les plus effrontés chercheurs en ignorent encore les bornes. Parmi les plus aventureux pionniers de la Nebraska se trouvait Thomas Newcomb. Quoique venu du Connecticut, Il était né anglais, et s'il avait gagné le Far West, c'était moins pour chercher la fortune que pour satisfaire les caprices d'une imagination fantasque, désordonnée, ennemie de toute gêne. Son existence tenait du roman, comme cela arrive beaucoup trop fréquemment pour l'ordre et le bonheur de la société. Il avait été le héros d'une mésalliance qui avait fait grand bruit dans le monde londonien. À une époque où il était jardinier dans les propriétés d'une noble famille, il avait su se faire adorer par la fille de la maison, l'avait enlevée et avait fui avec elle en Amérique. La malheureuse et imprudente victime de cette passion s'était aperçue trop tard de son funeste aveuglement. Il lui avait fallu dévorer dans l'humiliation et les larmes le pain amer de la pauvreté, assaisonné de remords et d'affronts, car son séducteur n'était qu'un cœur faux, un esprit misérable. tout à fait indigne du sacrifice consommé en sa faveur. Enchaînée à ce misérable époux, Mistresse Newcomb avait perdu non seulement amis et famille, mais encore sa fortune et ses espérances, car elle avait été déshéritée. Thomas n'avait convoité en elle que la richesse, Quand il la vit pauvre, il la prit en horreur. La malheureuse femme traîna pendant quelques années une existence désespérée. Puis elle mourut, laissant une fille unique, à laquelle elle léguait sa beauté, son esprit fin, distingué, impressionnable, et par-dessus tout. Les noirs chagrins qu'il l'avait tué. La jeune Alice habitait avec son père une vieille clôtrie sur les rives du Missouri. Leur habitation, grossièrement construite en troncs d'arbres, était installée sur la bordure des bois et occupait à peu près le centre du domaine. Cet habitat bien délimité sur trois côtés par des ruisseaux d'une certaine importance n'avait sur le quatrième côté que des confins extrêmement indécis. Dans ces contrées exubérantes d'espace, la terre se mesure et se distribue largement. Les grands spéculateurs, un autre nom moins honorable serait peut-être plus juste, qui revendent à la toise les territoires achetés à la lieu carré, s'inquiètent peu d'attribuer à deux ou trois acquéreurs le même lambeau de terre. Dans ces marchés troubles auxquels personne ne comprend rien, qui commencent par une goutte d'encre et finissent par des ruisseaux de sang, il n'y a rien de sûr, rien de déterminé. La seule chose certaine, c'est qu'ils sont traités de coquins à scélérat et que leur unique sanction repose sur le droit du plus fort. Il s'y trouve toujours un côté douteux. Or, le quatrième côté de l'habitat de Newcombe était plus que douteux. À force d'être disputé entre voisins, il était sur le point de n'appartenir à personne. Les prétendants les plus signalés étaient quatre jeunes gens concessionnaires d'un important territoire au milieu duquel était implantée leur rustique habitation. Un matin, Newcomb avait trouvé toute une rangée de pieux solidement plantés sur ce qu'il regardait comme son bien, du quatrième côté. Il ne fut pas long à les arracher pour les replanter bien loin en arrière, rendant ainsi avec usure, usurpation pour usurpation. Deux jours après, les poteaux étaient réintégrés à leur place première. Les jeunes voisins faisaient en même temps sommation d'avoir à respecter leur clôture. Newcombe répondait sur le champ par une sommation contraire. Chacun, bien entendu, avait la carabine au dos, le revolver en poche. Il devint facile de préciser l'instant où la conversation s'échaufferait et ferait parler la poudre. La tremblante Alice ne pouvait apporter remède à cet état de choses, car elle était absolument sans influence sur l'esprit de son père. Quoique jeune, elle était sérieuse, raisonnable, prudente et dirigeait la maison paternelle en ménagère accomplie. Sans se décourager, elle plaidait sans cesse pour la paix et la modération. Mais elle prêchait littéralement dans le désert. Rien, rien n'impressionnait cet esprit brutal, emporté, indomptable qu'était son père. Un matin qu'il s'était réveillé dans un état d'exaspération extraordinaire après une longue nuit de sommeil, Il s'agitait dans la maison, la parcourant à grands pas et adressant à ses voisins toutes sortes d'imprécations. Alice, espérant faire diversion à ses pensées hargneuses, se hasarda à lui dire timidement. Monsieur Mallet, du comptoir d'échange est venu vous demander. Et qu'est-ce qu'il me veut, ce damné Français de malheur ? fut la gracieuse réponse du père. Il ne me l'a pas expliqué. Seulement, il m'a annoncé qu'il reviendrait dans un jour ou deux. En effet, poursuivit-il aigrement. Il doit avoir d'importantes affaires par ici, je le suppose. Combien de temps est-il resté ? Que vous a-t-il dit ce maroufle ? La jeune fille palie et rougit successivement. Mais son émotion était causée plutôt par le ton et les manières choquantes de son père que par le souvenir de son entrevue avec le jeune Français. Les paroles empreintes de soupçons qui venaient de lui être adressées la troublèrent au point de rendre sa réponse hésitante et embarrassée. Je ne saurais vous rapporter ce qu'il a dit, répondit-elle en balbutiant. Il me semble qu'il a loué l'emplacement de notre maison. Il a expliqué que tout ce territoire lui était parfaitement familier, qu'il était en état de me raconter une foule d'histoires fort intéressantes sur les mœurs. Les guerres, les légendes des Indiens, tout ça, vraiment, j'en suis touché. Je parierai qu'il en sait une provision d'histoire, toute plus intéressante les unes que les autres, et doit être extrêmement instruit en façon indienne. Et qu'a-t-il chanté encore ce bel oiseau ? Il m'a demandé si j'avais des frères et des sœurs. Il trouve que je ne dois pas mener une existence agréable, toute seule, avec vous, surtout si on pense que vous êtes dehors la majeure partie du temps. Et en vérité, il suppose que vous avez besoin de société, n'est-ce pas ? Eh bien, là, franchement, je ne suis en aucune façon de son avis. Et je vous le dis, Alicia Newcomb, si ce polisson de français vient encore rôder par ici, sous prétexte de me demander... S'il a l'effronterie de faire des pauses pour vous distraire par sa conversation, je m'arrangerai de façon à ce que vous vous mordiez les doigts de vous être prêté à ces familiarités-là. Mais comment puis-je m'y prendre pour l'empêcher de venir ici et de me parler s'il vient ? demanda la jeune fille moitié chagrine, moitié irritée de l'apostrophe paternelle. Allons ! Comme si toute femme ne connaissait pas d'instinct le moyen de se débarrasser d'un important. Mais je ne suis qu'une pauvre fille sans expérience, mon père. Je ne sais rien. Si ce n'est qu'il faut répondre civilement à qui me parle avec civilité. Récanat l'irisable et grincheux. Petit effronté, prenez garde de vous montrer trop fidèle à votre sang, vous comprenez ? Et sachez que je ne veux pas vous voir comme votre mère prodiguez vos plus gracieux sourires à quiconque les sollicite. Il était dans les habitudes grossières de Newcomb de se venger sur sa noble femme de la pauvreté qu'elle lui avait fait porter. Ses brutales récriminations avaient toujours fait grand fond dans la couronne d'épines que la pauvre martyr avait dû supporter. Quoique accoutumé à voir sa mère redoyée par son indigne tyran, Effroissée dans ses sentiments les plus délicats, Alice, depuis la mort de cette unique et précieuse amie, n'avait pu supporter les insultes adressées à sa mémoire chérie. Aux paroles cruelles de son père, des larmes brûlantes jaillirent de ses yeux et sillonnèrent lentement ses joues palissantes. Mais elle se hâta de les essuyer furtivement, de peur qu'elles ne servissent de prétexte à quelques nouvelles cruautés. La cabane de Newcomb était assurément bien misérable pour servir d'habitation à cette gracieuse fille. Mais heureusement, la pauvreté ne lui avait jamais semblé un mal sérieux. Sa mère avait fortifié sa jeune âme par de salutaires enseignements. Tout en lui faisant apprécier par-dessus tout les richesses de l'intelligence, ce luxe du pauvre aussi bien que du riche, elle lui avait appris à embellir l'indigence même, par les ressources de l'esprit, de la grâce et d'une résignation inaltérable. Ainsi, dans cette rustique et prosaïque demeure, Alice avait su faire régner une atmosphère de propreté, d'ordre et de paix. de distinction, d'élégance même, où l'œil le moins délicat trouvait aussitôt un reflet de précieuse qualité. Mais au fond, le contraste était frappant. Il était pénible de songer qu'une si aimable enfant se trouvait condamnée à hanter pareille demeure. Très probablement des pensées de ce genre vinrent en esprit à Thomas Newcomb. Il se rendit involontairement justice en regardant d'un œil furtif la pauvre Alice, qui meurtrissait ses petites mains en s'efforçant de tirer à elle les lourds volets pour opérer la fermeture quotidienne. Probablement, Dans l'âme sordide de ce Manon s'éleva un cri de la conscience lorsqu'il se demanda quelles seraient les appréciations de la fille civilisée si cet enfant lui apparaissait malheureuse, déclassée, courbée sous la froide étreinte de la misère et de l'abandon. Mais tout chez cet homme aboutissait à la colère. Il secoua violemment ses idées importunes, se leva en sursaut et jetant sa chaise sur le plancher avec un bruit infernal. Il se mit à marcher de long en large, suivant son habitude, comme un ours dans sa cage. Au lit, fille, au lit ! Va dormir ! s'écria-t-il enfin. Je veux déjeuner demain matin de bonne heure, car il faudra aller tenir tête à ces rogneurs de terre. S'ils ont besoin d'une leçon, je leur en donnerai une. Jamais Alice n'avait vu son père déployer une telle violence. Toute tremblante, elle se retira, sans mot dire, dans le sombre réduit qui lui servait de chambre à coucher. Elle s'endorma, et Thomas s'étendit sur un banc dans la pièce commune. Bientôt le silence, sinon le sommeil, régna sous le triste toit de ces deux misérables créatures.