Speaker #0Bienvenue dans votre podcast favori pour passer un moment de détente et une nuit paisible. Installez-vous confortablement et profitez chaque soir de votre moment de relaxation avec le podcast Dormir sans souci. Pour débuter le podcast, découvrez la citation du jour, une source d'inspiration qui vous guidera vers la tranquillité intérieure. Notre citation du jour nous a été envoyée par Valérie, notre abonnée de Paris. Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. D'Antoine de Saint-Exupéry, bien sûr. Merci Valérie. Vous me demandez, Madame, si je me moque de vous ? Vous ne pouvez croire qu'un homme n'ait jamais été frappé par l'amour ? Eh bien, non. Je n'ai jamais aimé. Jamais. D'où vient cela ? Je n'en sais rien. Jamais je ne me suis trouvé dans cette espèce d'ivresse du cœur qu'on nomme l'amour. Jamais je n'ai vécu dans ce rêve, dans cette exaltation, dans cette folie où nous jette l'image d'une femme. Je n'ai jamais été poursuivi, hanté, enfiévré. En paradisée par l'attente ou la possession d'un être devenu tout à coup pour moi plus désirable que tous les bonheurs, plus beau que toutes les créatures, plus important que tous les univers. Je n'ai jamais pleuré. Je n'ai jamais souffert par aucune de vous. Je n'ai point passé les nuits les yeux ouverts en pensant à elle. Je ne connais pas les réveils qui illuminent sa pensée et son souvenir. Je ne connais pas l'énervement affolant de l'espérance quand elle va venir. Et la divine mélancolie du regret. Quand elle s'est enfuie en laissant dans sa chambre une odeur légère de violette et de chair. Je n'ai jamais aimé. Moi aussi je me suis demandé souvent pourquoi cela. Et vraiment, je ne sais pas trop. J'ai trouvé des raisons cependant, mais elles touchent à la métaphysique et vous ne les goûterez peut-être point. Je crois que je juge trop les femmes pour subir beaucoup de leur charme. Je vous demande pardon de cette parole. Je l'explique. Il y a dans toute créature l'être moral et l'être physique. Pour aimer, il me faudrait rencontrer entre ces deux êtres une harmonie que je n'ai jamais trouvée. Toujours l'un des deux l'emporte trop sur l'autre. Tantôt le moral, tantôt le physique. L'intelligence que nous avons le droit d'exiger d'une femme pour l'aimer n'a rien de l'intelligence virile. C'est plus et c'est moins. Il faut qu'une femme ait l'esprit ouvert, délicat, sensible, fin, impressionnable. Elle n'a, je pense, besoin ni de puissance, ni d'initiative dans la pensée. Mais il est nécessaire qu'elle ait de la bonté. De l'élégance, de la tendresse, de la coquetterie et cette faculté d'assimilation qui la fait pareille en peu de temps à celui qui partage sa vie. Sa plus grande qualité doit être le tact. Ce sens subtil qui est pour l'esprit ce qu'est le toucher pour le corps. Il lui révèle mille choses menues, les contours, les angles et les formes dans l'ordre intellectuel. Les jolies femmes le plus souvent n'ont point une intelligence en rapport avec leur personne. Or, le moindre défaut de concordance me frappe et me blesse du premier coup. Dans l'amitié, cela n'a point d'importance. L'amitié est un pacte où l'on fait la part des défauts et des qualités. On peut juger un ami et une amie, tenir compte de ce qu'ils ont de bon, négliger ce qu'ils ont de mauvais et apprécier exactement leurs valeurs tout en s'abandonnant à une sympathie intime, profonde et charmante. Mais pour aimer, il faut être aveugle, se livrer entièrement, ne rien voir, ne rien raisonner, ne rien comprendre. Il faut pouvoir adorer les faiblesses autant que les beautés. Renoncer à tout jugement, à toute réflexion. à toute perspicacité. Et je suis incapable de cet aveuglement et rebelle à la séduction irraisonnée. Mais ce n'est pas tout. J'ai de l'harmonie, une idée tellement haute et subtile que rien, jamais, ne réalisera mon idéal. Mais vous allez me traiter de fou, écoutez-moi. Une femme, à mon avis, peut avoir une âme délicieuse et un corps charmant, sans que ce corps et cette âme concordent parfaitement ensemble. Je veux dire que les gens qui ont le nez fait d'une certaine façon ne doivent pas penser d'une certaine manière. Les gras n'ont pas le droit de se servir des mêmes mots et des mêmes phrases que les maigres. Vous, vous, madame qui avez les yeux bleus, vous ne pouvez pas envisager l'existence, juger les choses et les événements comme si vous aviez les yeux noirs. Les nuances de votre regard doivent correspondre fatalement aux nuances de votre pensée. Et j'ai pour sentir cela un flair de limier. Riez si vous voulez, c'est ainsi. Et j'ai cru aimer pourtant, pendant une heure, un jour. J'avais subi niaisement l'influence des circonstances environnantes. Je m'étais laissé séduire par le mirage d'une aurore. Voulez-vous que je vous raconte cette courte histoire ? J'avais rencontré un soir une jolie petite personne exaltée qui voulut par une fantaisie poétique passer une nuit avec moi dans un bateau sur une rivière. J'aurais préféré une chambre et un lit. J'acceptais cependant le fleuve et le canot. C'était au mois de juin. Mon ami choisit une nuit de lune afin de pouvoir se mieux monter la tête. Nous avons dîné dans une auberge sur la rive, puis vers dix heures on s'embarqua. Je trouvais l'aventure fort bête, mais comme ma compagne me plaisait. Je ne me fâchais pas trop. Je m'assis sur le banc en face d'elle, je pris les rames et nous partîmes. Je ne pouvais nier que le spectacle ne fut charmant. Nous suivions une île boisée, pleine de rossignols. et le courant nous emportait vite sur la rivière couverte de frissons d'argent. Les crapauds jetaient leurs cris monotones et clairs. Les grenouilles s'égosillaient dans les herbes des bords. Et le glissement de l'eau qui coule faisait autour de nous une sorte de bruit confus, presque insaisissable, inquiétant, et nous donnait une vague sensation de peur mystérieuse. Le charme doux des nuits tièdes et des fleuves luisants sous la lune nous pénétrait. Il faisait bon vivre et flottait ainsi, rêver et sentir près de soi une jeune femme attendrie et belle. J'étais un peu ému, un peu troublé, un peu grisé par la clarté pâle du soir et par la pensée de ma voisine. Asseyez-vous près de moi, me dit-elle, et j'obéis. Et elle reprit, Dites-moi des vers. Et je trouvais là que c'était trop. Je refusais. Elle insista. Elle voulait décidément le grand jeu, tout l'orchestre du sentiment, depuis la lune jusqu'à la rime. Et je finis par céder. Je lui récitai, par mots cris, une délicieuse pièce de l'huile bouillée. dont voici les dernières strophes. Je déteste surtout ce barde à l'œil humide qui regarde une étoile en murmurant un nom, et pour qui la nature immense serait vide s'il ne portait en croupe ou lisait tout ni nom. Ces gens-là sont charmants qui se donnent la peine, afin qu'on s'intéresse à ce pauvre univers, d'attacher les jupons aux arbres de la plaine et la cornette blanche au front des coteaux verts. Certes, ils n'ont pas compris les musiques divines, éternelles natures aux frémissantes voix, ceux qui ne vont pas seuls par les creuses ravines, en rêve d'une femme au bruit que font les bois. Je m'attendais à des reproches. Pas du tout. Elle murmura. Comme c'est vrai. Et je demeurais stupéfait. Avait-elle compris ? Notre barque, peu à peu, s'était approchée de la berge et engagée sous un saule qui l'arrêta. J'enlaçai la taille de ma compagne et tout doucement j'approchai mes lèvres de son cou. Mais elle me repoussa d'un mouvement brusque et irrité. Finissez donc, êtes-vous grossier ? Et moi, j'essayais de l'attirer. Je jugeais prudent de cesser mes poursuites. Elle dit. Je vous ferai plutôt chavirer, je suis si bien, je rêve, c'est si bon. Puis elle ajouta avec une malice dans l'accent. Avez-vous donc oublié déjà les vers que vous venez de me réciter ? Elle avait raison. C'était juste. Je me tue. Et elle reprit Allons, ramez ! Et je m'emparai de nouveau des avirons. Je commençai à trouver longue la nuit et ridicule mon attitude. Ma compagne me demanda Voulez-vous me faire une promesse ? Oui, laquelle ? Celle de demeurer tranquille, convenable et discret, si je vous permets. Quoi ? Dites. Voilà, je voudrais rester couché sur le dos au fond de la barque à côté de vous en regardant les étoiles. Je m'écriais. J'en suis. Et elle reprit. Vous ne me comprenez pas. Nous allons nous étendre côte à côte, mais je vous défends de me toucher, de m'embrasser. Je promis, et elle annonça, Si vous remuez, je chavire. Et nous voici couchés côte à côte, les yeux au ciel, allant au fil de l'eau. Les vagues mouvementées du canot nous berçaient. Les légers bruits de la nuit nous arrivaient maintenant plus distincts dans le fond de l'embarcation. et nous faisait parfois tressaillir. Je sentais grandir en moi une étrange et poignante émotion, un attendrissement infini, quelque chose comme un besoin d'ouvrir mes bras pour étreindre et d'ouvrir mon cœur pour aimer, de me donner, de donner mes pensées, mon corps, ma vie, tout mon être à quelqu'un. Et nous sommes restés longtemps, longtemps sans bouger. Nous nous étions pris la main, une force délicieuse nous immobilisait. Une force inconnue, supérieure, une alliance, chaste, intime. absolu de nos êtres voisins qui s'appartenaient sans se toucher. Qu'était-ce ? Le sais-je ? L'amour peut-être ? Le jour naissait peu à peu, il était trois heures du matin. Lentement, une grande clarté envahissait le ciel. Le canot heurta quelque chose. Je me dressais. Nous avions abordé un petit îlot. Je demeurais ravi, en extase. En face de nous, toute l'étendue du firmament s'illuminait, rouge, rose, violette, tachetée de nuages embrasés, pareils à des fumées d'or. Le fleuve était de pourpre, et trois maisons sur une côte semblaient brûler. Je me penchai vers ma compagne, j'allais lui dire Regardez donc ! Mais je me tue, éperdu, et je ne vis plus qu'elle. Elle aussi était rose d'un rose de chair sur qui aurait coulé un peu de la couleur du ciel. Ses cheveux étaient roses. Ses yeux roses, ses dents roses, sa robe, ses dentelles, son sourire, tout était rose. Et je crus vraiment, tant je fus affolé, que j'avais l'aurore devant moi. Elle se relevait tout doucement. me tendant ses lèvres, et j'allais vers elle frémissant, délirant, sentant bien que j'allais baiser le ciel, baiser le bonheur, baiser le rêve devenu femme, baiser l'idéal descendu dans la chair humaine. Et elle me dit, Vous avez une chenille dans les cheveux. Et c'était pour cela qu'elle souriait. Il me sembla que je recevais un coup de massue sur la tête, et je me sentis triste soudain comme si j'avais perdu tout espoir. C'est tout, madame, c'est puéril, niais, stupide, mais je crois depuis ce jour que je n'aimerai jamais. Pourtant, qui sait ? Le jeune homme sur qui cette lettre eut trouvé a été repêché hier dans la Seine. Un marinier obligeant qu'il l'avait fouillé pour savoir son nom apporta ce papier.