Speaker #0Bienvenue dans votre podcast favori pour passer un moment de détente et une nuit paisible. Installez-vous confortablement et profitez chaque soir de votre moment de relaxation avec le podcast Dormir sans souci. Pour débuter le podcast, découvrez la citation du jour, une source d'inspiration qui vous guidera vers la tranquillité intérieure. Notre citation du jour nous a été envoyée par Anne-Marie, notre abonnée de Paris. L'indignation pourrait avoir beau jeu de nous donner bonne conscience, pourtant elle ne dispense pas de l'action. De l'abbé Pierre Merci beaucoup Anne-Marie. C'est une grande erreur et souvent une grande injustice que de juger des personnes qu'on rencontre dans le monde d'après leur extérieur. L'être le plus obscur, le plus disgracié de la nature cache quelquefois sous des vêtements grossiers et des difformités ridicules les qualités les plus rares que ne possèdent pas ceux-là même qui l'accablent de leur mépris. Amélie d'Orval habitait une grande partie de l'année la jolie terre de la Plaine, située à une lieu et demi de la ville de Tours, sur les délicieux bords de la Loire. Fille unique de la plus tendre mère, occupée constamment à diriger son éducation, elle en avait déjà la grâce, l'aménité. Elle était bonne, affable et pour tout le monde. Jamais elle ne dédaignait le pauvre qui venait réclamer assistance, ni aucun des gens attachés à son service. On la voyait jouer avec les enfants des jardiniers, avec les petits voisins fils d'agriculteurs ou d'honnêtes ouvriers. Et cela, sans jamais leur faire sentir qu'ils étaient d'une classe inférieure à la sienne. Elle avait appris de son excellente mère que Dieu dispense à son gré les faveurs du rang et de la fortune, et que tous ces goûts aux yeux du Créateur nous ne nous faisons estimer et chérir que par l'élévation de notre âme. et la délicatesse de nos sentiments. Aussi la jeune Amélie était-elle aimée, considérée de tout le petit peuple qui l'entourait et pour lequel on la voyait toujours être la même. C'était à qui lui offriraient les meilleurs fruits des vergers, les plus belles fleurs des jardins. découvrait on dans le parc un nid de linotte ou de tourterelle et aussitôt il lui était indiqué parvenait on en fauchant les fertiles prairies qu'arrose la loire À prendre des cailles, de petits lapins déjà vigoureux à la course, tout était offert à la bonne Amélie. Elle avait formé une espèce de ménagerie de tous les dons qu'elle avait reçus. Et parmi les personnes attachées au service de Madame d'Orval, était un pauvre vieillard infirme appelé daniel a force de bêcher la terre depuis quatre-vingts ans il avait le dos voûté sa tête où il ne restait plus que quelques cheveux blancs échappés à l'ardeur du soleil était penchée vers ses pieds couverts de durillon qui ralentissait encore sa marche vacillante Ses pauvres jambes, affaiblies par la fatigue et par l'âge, supportaient non sans effort son corps décharné, et ses mains tremblantes soutenaient à peine le bâton, ce bâton noueux sur lequel il s'appuyait. Toutefois, il n'avait aucune infirmité. On le rencontrait toujours gai, travaillant autant que ses forces pouvaient le permettre, et chevrotant la vieille chanson du pays. Trop fier, quoique pauvre, pour être à charge à ses maîtres, il savait encore se rendre utile, soit en arrachant les herbes parasites qui croissaient dans le parterre, soit en ratissant les principales allées des bosquets, émondant les arbrisseaux les plus rares et portant un arrosoir à moitié plein pour rafraîchir les rosiers de toute espèce et les plantes étrangères que réunissait le jardin particulier d'Amélie. C'était son occupation chérie. Il n'était jamais plus heureux que lorsqu'il entendait sa jeune maîtresse, qu'il appelait toujours la petite mamselle, dire à ceux qui s'étonnaient de l'admirable tenue de son jardin. C'est l'ouvrage du père Daniel. On l'a nommé ainsi dans toute la contrée, où l'on admirait son aptitude au travail, sa gaieté franche et son heureux naturel. Tous les jeunes patres le saluaient avec respect. Chacun d'eux ambitionnait un sourire, un serment de main du père Daniel. Tant il est vrai que la vieillesse imprime partout un respect qui est indépendant des vertus dont elle offre l'exemple. On conçoit que ce digne vieillard avait un grand attachement pour Amélie. qu'il l'avait vu naître et dont il avait servi le père et le grand-père. Jamais il ne passait devant elle sans lui ôter son chapeau rapiécé, sans lui offrir le bonjour le plus affectueux. Amélie, de son côté, portait au père Daniel le plus grand intérêt et le plus tendre. Elle s'informait toujours si rien ne lui manquait, et souvent elle le conduisait elle-même à l'office où elle lui versait une rasade du meilleur vin qui le réconfortait. Il le buvait de bon cœur en invoquant le ciel pour le bonheur et la conservation de celle qui savait si bien soutenir et honorer sa vieillesse. Parmi les jeunes personnes du voisinage et de la ville de Tours qui formaient habituellement la société d'Amélie, et que sa prévoyante mère avait admise comme les plus dignes de cultiver avec sa fille les doux épanchements de l'amitié, il y avait Célestine de Montaran, née d'une famille distinguée par des services militaires. Elle cachait sous des dehors aimables un orgueil indomptable, et surtout un dédain outrageant pour tous les gens qui appartenaient à la classe populaire. Elle s'imaginait qu'ils étaient formés d'une toute autre substance que la sienne. Qu'il n'avait ni son âme, ni son intelligence, ni ses organes. L'insensé. Elle ignorait donc que nous sommes tous faits sur le même modèle, avec plus ou moins de perfection. Que nous sommes tous sujets aux mêmes besoins, aux mêmes infirmités. Et qu'après avoir voyagé dans ce monde, Les uns à pied, les autres sur des chars brillants, nous nous retrouvons dans l'autre, dépouillés de ces hochets de la grandeur et de l'opulence. Tous égaux, tous soumis au jugement de Dieu, qui ne distinguera que ceux dont la vie aura été sans tâche, et qui ne seront riches alors que du bien qu'ils auront fait. Mais la veine Célestine ne connaissait que l'antique origine de ses ancêtres, ne calculait que les riches revenus de sa mère, veuve d'un officier des marines, et dont elle était l'idole, l'unique espoir. Peu instruite et seulement remarquable par des talents d'agrément, La jeune Montaran faisait consister le bonheur dans l'éclat et la richesse. Et ses yeux éblouis ne regardaient que comme des esclaves faits pour ramper sur la terre tout ce que le sort assujettissait à vivre du travail de leurs mains. Un jour, Camélie et Célestine se promenaient ensemble dans une allée du parc. Devant elle passe le père Daniel, couvert de pauvres vêtements, et portant sur son dos courbé l'instrument avec lequel il avait l'habitude de parer les jardins. Il salue sa jeune maîtresse et lui dit avec l'expression du respect et de l'attachement le plus tendre, Dieu vous conserve, petite mamselle. Quoi ? dit Célestine. Tu souffres que ce vieux père t'appelle sa petite ? C'est par habitude, répond en souriant Amélie. Il m'a vu naître. C'est le plus ancien serviteur de ma mère. Et le salut d'un octogénaire n'a jamais rien de déshonorant. Et Célestine répliqua. Pour moi, ma chère, je ne laisse point ces sortes de gens m'aborder, et je ne leur permets encore moins de m'adresser la parole. Je les fais assister par ma femme de chambre, et me garde bien de me compromettre en leur adressant un seul mot. Mais le père Daniel n'est point un étranger pour moi, c'est un ancien jardinier de ma mère. qui, pour récompense de ses longs services, lui a accordé une retraite qu'il n'eut point acceptée s'il n'eut pas cru la mériter. Il est trop fier pour cela. Et tel que tu le vois, Célestine, il ne supporterait pas la moindre humiliation. Mais, encore une fois, ma chère, on place ces gens-là dans quelques hospices et l'on évite par ce moyen leur fatigante familiarité. Un hospice pour un digne vieillard qui a servi ma famille pendant un demi-siècle ? Ce serait l'humilier, lui faire rompre ses chères habitudes. Ce serait lui donner la mort. Amélie le traitait toujours comme un bon et fidèle serviteur, tandis que Célestine ne cessait de le regarder comme un être inutile sur la terre et de le traiter avec dédain. Jamais elle ne répondait à son salut que par un regard plein de mépris. Et si quelquefois le Père Daniel osait lui adresser la parole, elle lui tournait le dos. et s'éloignait sans lui répondre. Le bon vieillard souriait de pitié et semblait demander tout bas au ciel de lui procurer l'occasion de prouver à la jeune orgueilleuse que malgré son grand âge, il pouvait être encore de quelque utilité. Et la Providence lui permit de donner à Célestine une leçon tout à la fois forte et touchante, qui devait servir à la convaincre que nous avons tous besoin les uns des autres, quelle que soit la distance que le sort semble avoir mise entre nous. On était au mois de juillet. La chaleur était extrême. Les deux amis avaient coutume d'aller respirer le frais dans une île charmante, ombragée par des arbres très élevés, entourée d'une eau limpide et courante, et dans laquelle est établie une grotte solitaire en face d'un moulin dont l'aspect est ravissant. Un gazon épais y répand en tout temps une fraîcheur salutaire, et la suave odeur des arbrisseaux. En fleurs dont toute l'étouffe nombreuse caresse le visage Semblit attirer la douce haleine des éphires Et le bruit des eaux irritées par les roues du moulin Et les différentes cascades dont il est environné Forment un murmure délicieux Qui invite au charme d'une douce rêverie Amélie et Célestine y venaient ensemble faire des lectures choisies par leur mère. Quelquefois même, elles y répétaient la leçon d'histoire qu'elles avaient reçue la veille. Un jour que Célestine, entraînée par le calme du matin, avait devancé son amie à la grotte solitaire, Et qu'en l'attendant elle repassait une leçon d'anglais, elle s'endormit paisiblement sur un banc de mousse, où déjà les plus heureux songes venaient bercer son imagination et son sommeil. Elle n'avait pas aperçu le père Daniel, qui, placé à quelque distance, raccommodait un treillage couvert de chèvres feuilles et de lilas. Mais, souvent, au moment même où nous rêvons le bonheur, le plus grand danger nous menace. Un énorme serpent, se glissant sous des roseaux, la gueule béante et le dard en avant, s'approchait en long repli de la jeune dormeuse qu'il avait aperçue. Il allait s'élancer sur la figure de Célestine et l'infecter du poison mortel qui recelait sous sa dent venimeuse. Lorsque le père Daniel, qui par un coup de la Providence venait couper quelques joncs pour terminer son treillage, pousse un cri perçant qui réveille Célestine. Il s'élance sur l'affreux reptile et l'attaque avec intrépidité. Le peu de force qui lui reste semble doublé en cet instant, et au risque d'être victime de son courage, il lui casse la tête avec la bêche dont il est armé. Au nouveau cri de frayeur qu'il exhale, et à la vue du serpent qui se débat encore, Célestine pallie et tombe sans connaissance dans les bras du courageux vieillard. Celui-ci, effrayé lui-même, crie et appelle au secours. Amélie a cours en ce moment. Elle aide Daniel, déjà vacillant sur ses jambes, à soutenir sa jeune amie. qui reprend ses sens et se trouve appuyée sur le dos voûté du pauvre jardinier dont elle s'était moquée tant de fois. Elle le désigne comme son libérateur. Elle ne dédaigne plus ce bon père Daniel qu'elle croyait n'être d'aucune utilité sur la terre. Elle ne craint plus de s'abaisser en lui parlant. Et avec quelle ivresse elle presse dans ses mains délicates et parfumées les mains noires et durillonnées de son généreux défenseur. Elle s'oublia même dans l'effusion de sa reconnaissance, jusqu'à poser ses lèvres sur le front chauve et ridé de ce fidèle serviteur, auquel elle voua un attachement qui ne se démentit jamais. Elle se faisait un devoir de soutenir ce vieillard dans sa marche. Elle répétait sans cesse qu'elle lui devait la vie. Et à partir de cette époque, elle honora, secourut la vieillesse, même dans la classe la plus obscure. et chaque fois qu'elle voyait les jeunes personnes de son âge rire d'un agriculteur courbé sous le poids de l'âge ou repousser avec dédain un vieil indigent qui implorait leur assistance elle les blâmait à son tour et elle se rappelait le père daniel