- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast En Binôme. En Binôme, c'est un podcast qui vous plonge dans le quotidien de personnes accompagnées d'un chien guide ou d'assistance. A travers des histoires de vie, on découvre le lien unique entre le maître et son chien, mais aussi le rôle souvent méconnu des familles d'accueil, des éducateurs et l'importance de l'accessibilité. Le podcast comprend également une partie au BAC, qui est l'Observatoire de l'accessibilité du chien guide ou d'assistance, avec des interviews de responsables d'entreprises, de fédérations, d'institutions ou d'associations engagées en faveur du libre accès des personnes accompagnées d'un chien guide ou d'assistance. Bienvenue dans l'épisode 1 de En Binôme avec Chien Guide et études supérieures, le parcours de Théotime Berthode. A 20 ans, Théo, aveugle de naissance et étudiant en 3ème année à l'Epitech Digital School, voit son quotidien profondément évoluer en juillet 2024 avec l'arrivée d'Uno, son chien guide. Âgé de 2 ans et demi, ce labrador devient bien plus qu'un compagnon, mais un véritable partenaire d'autonomie qui transforme sa manière d'étudier, de se déplacer et de vivre son quotidien.
- Théotime
Moi, je m'appelle Théotime Berthaud, j'ai 20 ans et je suis étudiant dans le domaine de l'informatique. Je suis aveugle de naissance, j'ai fait l'INJA pendant 7 ans et ensuite je suis parti dans le système scolaire classique au collège et lycée Buffon, donc en intégration comme ils disent. Voilà que dire de plus.
- Speaker #0
Ça s'est bien passé, ta scolarité, avant de rentrer en études supérieures ?
- Théotime
Oui, oui, oui, c'était très intéressant. Ça m'a permis de vraiment rencontrer des gens. Alors, le terme « normaux » n'est pas le meilleur, mais des gens valides, des gens qu'on va voir tous les jours, entre guillemets. de voir un petit peu de... de découvrir un petit peu les réactions qu'on les vend vis-à-vis du handicap.
- Speaker #0
Ok, alors tu as dit que tu étais étudiant, donc la dernière fois où on en avait parlé, tu as intégré Epitech. C'est une école d'informatique, c'est ça ? Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ? Qu'est-ce qui t'a attiré dans cette école ? Est-ce que tu avais déjà prévu plus jeune d'intégrer cette école ?
- Théotime
Alors, à l'origine, l'école s'appelait Pitek Digital School. Et en fait, j'ai un camarade qui était à Ninja avant moi, puis qui était à Buffon avant moi, qui y est allé aussi. Et c'était mon AESH qui m'en avait parlé au lycée, qui l'avait accompagné quand lui était au lycée, qui m'avait dit « Ouais, il est super content » . Donc, je m'étais un peu renseigné et j'avais trouvé l'école très intéressante. En fait, le principe, c'était de faire un cursus à moitié business, à moitié tech. Donc, ça mélangeait vraiment du code et de la programmation avec du marketing, de la communication, des plans et de l'entrepreneuriat.
- Speaker #0
D'accord. Et c'est une école privée ?
- Théotime
C'est une école privée en cinq ans avec des stages et de l'alternance. Et en fait, c'est ce qui m'a... pour vous orienter vers ça, c'est que les stages de l'alternance, en fait, c'est là qu'on découvre le plus de choses, c'est là qu'on apprend le plus, finalement.
- Speaker #0
Oui, complètement.
- Théotime
Donc, voilà, c'est ce qui m'a attiré à l'école.
- Speaker #0
OK, donc là, tu es en troisième année. Donc, pour l'instant, tu es satisfait de ton cursus de ces trois années, ça s'est bien passé ?
- Théotime
Oui, alors, il y a eu un petit accrochage parce qu'à l'origine, on est à Parmentier, on était à Parmentier. Et on a fusionné avec Epitech Classique, que tout le monde connaît, qui se trouve au Crème Limbicêtre. Donc, on a déménagé. Donc, bon, le temps de trajet a sérieusement augmenté sans prévenir d'un seul coup. Mais bon, à part ça, non, non, ça se passe très bien. C'est une pédagogie, en fait. Le principe, c'est qu'on nous donne un projet, on doit... aller le plus loin possible dans le projet, on présente le projet au bout d'un temps donné et on est noté.
- Speaker #0
D'accord. Et ça te plaît ?
- Théotime
C'est du concret, en fait.
- Speaker #0
D'accord.
- Théotime
C'est du concret et c'est ce que je trouve intéressant dans la pédagogie.
- Speaker #0
Ok. Donc, est-ce que tu as eu des difficultés dans ton quotidien d'étudiant ou même avant tes études supérieures, que ce soit par rapport à ton handicap ou avec aussi ton chien maintenant ?
- Théotime
Alors, mon chien, il est arrivé très très récemment. Donc, pour l'instant, des difficultés, je n'en ai pas trop rencontré.
- Speaker #0
D'accord.
- Théotime
les difficultés que j'ai pu rencontrer au quotidien euh dans mes études plutôt, c'est des fois l'inaccessibilité des contenus et le fait que les contenus ne soient pas exploitables. C'est quelque chose qui tend à disparaître de plus en plus avec l'évolution de l'outil numérique, l'IA qui fait plein de choses. Mais il y a toujours des contenus qui... qui ont besoin d'être adaptés, qui ne demandent pas beaucoup, mais qui ont besoin qu'une personne voyante prenne peut-être 5 minutes pour se poser, prendre le doc et le rendre utile.
- Speaker #0
Et le rendre accessible. Et c'est quel genre de supports qui ne sont pas accessibles, par exemple ?
- Théotime
Les PowerPoints. Nous, il y a on nous fait passer énormément de PowerPoints. Ça me fait toujours marrer, parce qu'en fait, les PowerPoints... Alors, sur le papier, on peut se balader dedans. Et en vrai, on est censé pouvoir se balader dedans. Mais c'est très lourd, parce qu'il faut aller dans la diapo, il faut aller chercher le texte dans la diapo, puis il faut retourner à la barre, puis il faut passer à la diapo suivante, etc. Oui,
- Speaker #0
les diapos sont très longs aussi, il y a beaucoup de slides.
- Théotime
Tout à fait.
- Speaker #0
alors que c'est pas comme un document Word où on dépile le document et ça file et est-ce que par rapport à ça l'école a pu s'adapter par rapport à ton handicap visuel est-ce que par exemple tu leur as parlé en amont et même si on va dire t'as dit qu'il y avait pas trop de difficultés est-ce que l'école a pu s'adapter en tout cas avant ton arrivée ?
- Théotime
Alors, très honnêtement, non. Là-dessus, il y a toujours une bataille que je mène, alors pas forcément pour ça, mais pour l'accessibilité des outils. Là, par exemple, cette année, donc c'est depuis, pas depuis le début de l'année, mais on est censé devoir émarger à chaque fois qu'on commence un cours. eh bien moi je ne peux émerger que... que depuis mi-septembre. Donc, sur les deux ans que j'ai fait de cours, les deux ans et deux mois presque, je ne peux émerger que depuis mi-septembre. Alors, c'est une grande révolution pour moi. C'est ma nouvelle petite... Je suis très heureux. Je suis très heureux. Mais voilà, malheureusement, il y a toujours une bataille à mener parce que ben... Il y a des outils que l'école utilise parce qu'ils trouvent ça très bien. En fait, moi, ça m'attriste, mais ils n'ont pas forcément pensé à « Ah bon, ce n'est pas accessible ? » Merde ! C'est malheureusement quelque chose.
- Speaker #0
C'est directement quand ils vont créer... Non,
- Théotime
non, non. Eux, ils ne le créent pas. Eux, ils utilisent des outils...
- Speaker #0
Quand ils mettent en place plutôt.
- Théotime
Quand ils vont nous proposer cette solution, ce n'est malheureusement pas la question qu'ils vont se poser.
- Speaker #0
Oui.
- Théotime
Tout de suite. C'est dommage, mais dans le monde d'aujourd'hui, ça a de plus en plus tendance à se poser. Il y a de plus en plus de choses qui sont faites autour de l'accessibilité, mais il y a quand même encore des gros soucis.
- Speaker #0
Oui, j'imagine très bien. Et est-ce que toi... Dans ton quotidien, tu utilises des outils ou des logiciels spécifiques pour suivre tes cours, même que ce soit avant tes études supérieures, qui pour toi sont très bien, très accessibles, ou tu pourrais justement, à travers cette interview, donner des conseils aux autres personnes qui sont malvoyantes ?
- Théotime
Alors, des outils spécifiques, pas vraiment. Quand j'étais en collège et lycée, j'utilisais ce compte. ce qu'on appelle un easy time. Là, certains sauteront sur leur chaise et diront... que c'est nul, d'autres diront que c'est très bien. Donc, ça, c'était the outil spécifique que j'ai utilisé. Après, sinon, aujourd'hui, j'utilise beaucoup Word, finalement, parce que...
- Speaker #0
C'est le plus accessible pour soi.
- Théotime
Et accessible. Alors, je ne vais pas dire que c'est simple, parce que aucun outil de Microsoft n'est simple, ce sont des usines à gaz, mais mais on peut en faire une utilisation très simple et on peut pousser son utilisation assez loin de manière tout à fait accessible. Ça reste aujourd'hui quand même un outil très très accessible.
- Speaker #0
Ok, au moins il y en a quelques-uns.
- Théotime
Je n'utilise pas plus d'outils spécifiques que ça. Donc moi je lis en braille, je travaille en braille avec une synthèse vocale. Donc bon, j'ai un afficheur braille et un ordinateur qui me causent. Mais sinon, voilà.
- Speaker #0
D'accord. Donc, tu as dit que tu étais récemment devenu maître d'un chien guide. Donc, comment il s'appelle ? Est-ce que tu peux nous le présenter ? Qu'est-ce qui t'a donné envie d'avoir un chien guide ? Et même si ça fait peu de temps, comment ça se passe ?
- Théotime
C'est Monsieur Uno. Bon, moi je dis premier du nom, mais peut-être pas. Il paraît qu'il y en a pas mal quand même.
- Speaker #0
Pas mal.
- Théotime
c'est marrant parce que là il s'est mis à remuer la queue j'ai pas compris pourquoi mais bon il a compris qu'on allait parler de lui donc c'est un très beau labrador je le dis en toute subjectivité c'est le plus beau c'est un très beau chien il a un peu plus de 2 ans et demi et j'ai fait ma remise courant juillet donc juste pour les vacances d'été Merci.
- Speaker #0
D'accord.
- Théotime
Et alors, ce qui m'a donné envie d'avoir un chien guide, alors déjà, il y a eu plusieurs phases. C'est-à-dire que quand j'étais petit, je voulais un chien. Enfin, quand j'avais 10 ans. Et quand j'étais encore plus petit, j'avais peur des chiens. Il n'y a pas de logique. Mon oncle est berger. Donc, quand j'allais là-bas, il y avait des chiens partout. Dans l'idée, je n'avais pas peur des chiens, mais en fait, quand il y a un chien qui est aveugle, qui est super gentil, mais qui te fonce dessus et que toi, tu es haut comme trois pommes, c'est sûr que ça peut faire un petit peu peur, que tu ne vois pas le chien arriver non plus. C'est comme deux aveugles qui se rendent dedans. Après, j'ai eu ma période où je voulais un chien. j'étais petit et au collège mi-collège débutier, donc à cette époque là je prenais le taxi pour aller là-bas j'en voulais plus je me disais non mais le chien c'est pas pratique ça prend trop de place ça se range pas aussi facilement que la canne et Et en fait, j'ai discuté avec mon instructrice de locomotion. Et en fait, en travaillant les trajets, en mettant en pratique ce que j'ai appris, parce que moi, j'ai fait beaucoup de locomotion. J'ai eu pas mal de blocages à un moment. Ça a été très, très long parfois. Et quand on a commencé vraiment à retransposer ça dans mon quotidien, je me suis dit de plus en plus, mais en fait, si le chien, ça pourrait être une... très bonne idée. Mes parents n'étaient pas forcément très Ausha parce que parisien, ma mère est parisienne jusqu'au bout des ongles. Mon père est jurassien. Accueillir un chien à la maison, ce n'était pas trop dans leur projet. Ma petite sœur essayait de faire passer la pilule en proposant de faire famille d'accueil et on a failli faire famille d'accueil. On a commencé à remplir les papiers, mais on n'est jamais allé jusqu'au bout. Alors, bien sûr, on allait aux journées portes ouvertes de l'école de chien guide. On était tout contents. On voyait des petits chiens. C'était parfait, quoi. Mais en fait, ça s'est presque décidé sur un coup de tête, finalement. Parce que première année d'études supérieures. Je me dis, bon, il faut que je le fasse. Je commence à me déplacer un peu tout seul à la canne. Je vais toujours à l'école en taxi, mais je commence à prendre le métro, je commence à aller à droite, à gauche tout seul. Oui, c'est très tard par rapport à beaucoup de gens, mais...
- Speaker #0
Il vaut mieux tard que jamais, ce n'est pas grave.
- Théotime
Exactement, exactement. Et je me dis, mais si, si, le chien, ça pourrait être quand même vachement pratique. Et je... Je commence à chercher comment on fait la demande. Et bon, je vais à la journée porte ouverte, mois de septembre, classique. Je discute, on me dit, oui, il faut appeler tel numéro, etc. Je n'étais pas très à l'aise avec le fait d'appeler au téléphone à l'époque. Déjà, parce que je ne savais pas trop où trouver le numéro. Est-ce que c'était le bon ? Moi, je vois, quand je vais sur le site des chien guides de Paris, qui sont à Paris, alors que moi, j'ai toujours cru qu'ils étaient en face du zoo de Vincennes. Et pour moi, dans ma petite tête, le zoo de Vincennes est à Vincennes. Donc, je ne suis même pas sûr d'être à la bonne école. Bref, je finis par comprendre que si, c'est le bon endroit. Et là, je vois un lien faire une demande. Moi, ça m'allait très bien de remplir un formulaire. Je ne parle avec personne, c'est parfait. Donc, je remplis le formulaire un peu, presque sans dire vraiment mes paroles. Bon, ils n'étaient pas opposés, mais ils ne m'étaient pas non plus, ils ne me motivaient pas à le faire.
- Speaker #0
Ils ne te pensaient pas pour faire ça ?
- Théotime
Ils n'étaient pas derrière moi pour le faire. Là, ils sont plus derrière moi pour trouver une alternance, par exemple. Et je remplis le formulaire et ma mère me dit « Mais non, on ne te rappellera jamais. On ne t'appellera jamais, il faut appeler pour ce genre de choses. » Une semaine plus tard, on m'appelle, on me dit « Bonjour, est-ce que vous pourriez venir nous rencontrer, passer des entretiens ? » Je dis « Oui, je viens à l'école. » Et en fait, j'ai discuté avec la référente des attributions de l'école des génétiques de Paris. J'ai fait l'entretien psy. J'ai eu des essais de locomotion. Et puis après, on a validé mon dossier. Donc ça, cette demande, elle s'est faite en novembre 2023. Le dossier, il a été validé en juillet 2024. Donc à partir de là, bah... Je n'ai pas mis le sujet de côté, mais je me suis dit, on est parti pour un an et demi, deux ans d'attente, ça arrivera quand ça arrivera. En attendant, on y va à la canne blanche, ça marche bien aussi. J'ai arrêté de prendre le taxi pour ma rentrée 2024-2025. Ça, il a fallu que je le fasse passer auprès de mes parents qui avaient un peu de mal à me laisser prendre le métro tous les jours. C'est normal.
- Speaker #0
C'est normal.
- Théotime
Et il y a quelques fois où il m'est arrivé des petits trucs pas cool. Je me suis fait casser deux fois ma canne. Le changement à Nation sans canne blanche, c'est un petit peu ardu quand même. Même à République. Donc c'était... Voilà. Mais... Donc... 2024, dossier accepté. Novembre 2024, on nous annonce que l'école déménage, mon école à moi. Donc là, j'étais très content d'être en pleine attente de Chiangyit parce que j'ai appelé l'école à l'aide cours de locomotion. Donc, j'ai pu avoir des cours de locomotion pour apprendre le nouveau trajet vite fait. Ça a été rapide.
- Speaker #0
Ok.
- Théotime
Et puis, fin mars 2025, je reçois un appel auquel évidemment je ne réponds pas. Sinon, ce n'est pas drôle. Et puis, j'écoute le message et là, j'entends, on a des chiens à vous faire essayer. Bon, là, évidemment, je rappelle tout de suite et la personne ne répond pas. Voilà, parce que sinon, ce n'est pas drôle du tout. Ce n'est pas drôle. Finalement, on arrive à se joindre et cinq chiens à essayer. Bon, donc, j'en ai essayé cinq différents. Deux sur le site de Paris et deux sur le site de Buc.
- Speaker #0
Oui.
- Théotime
Pardon, trois sur le site de Buc. Et chaque essai, j'en ai gardé un. Et j'ai essayé les deux autour de chez moi. Et finalement, c'est Uno...
- Speaker #0
L'élu.
- Théotime
C'est Uno l'élu.
- Speaker #0
C'est l'élu en chien. Donc, c'était quand même une attente, mais plutôt satisfait d'avoir attendu.
- Théotime
C'était une attente. Moi, je ne pensais pas... On m'aurait dit l'an dernier que j'aurais un chien en juillet. J'aurais rigolé.
- Speaker #0
Ouais, d'accord.
- Théotime
J'aurais rigolé, j'aurais dit non. Enfin, pour moi, c'était 2025, 2026. Enfin, voilà. Il n'y avait pas... J'étais pas... Je n'étais pas complètement dans les starting blocks à attendre qu'on m'appelle. Voilà, j'ai fait ma demande, j'attends, on va voir.
- Speaker #0
Et comment ça s'est passé les premières fois avec Uno ? Vous avez directement matché. Et comment c'était aussi tes premières fois quand tu as pu te balader seul avec Uno ?
- Théotime
Alors, euh... Le chien guide, c'est quelque chose qui va peut-être en rebuter certains. Ce n'est pas un miracle. C'est une aide inestimable, qui n'a pas de prix. Enfin voilà, ça c'est génial, c'est super, c'est tout ce qu'on veut. Ce n'est pas un miracle. Parce qu'il y en a qui pensent que ça l'est, certaines personnes qui voient. Ça demande de la réflexion, ça demande des fois de se remettre en question, de se dire, bon, le chien, il fait quelque chose, moi, je ne veux pas. Pourquoi est-ce que le chien fait ça ? Ça demande d'être à l'écoute énormément. Et tout ça, c'est venu petit à petit. C'est-à-dire que les premières fois... Alors moi, pareil, je n'y croyais pas à cette histoire de match. Je disais, non, mais le chien, de toute façon, c'est... Ça vient avec le temps, il n'y a pas de match qui se crée tout seul. Et il se trouve que, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais sur les deux essais que j'ai faits, c'est Uno dont j'ai causé le plus quand même. Donc sur les cinq chiens que j'ai essayés. Je ne sais pas, il avait un truc, quand on s'est rencontrés... Alors, celui que j'avais essayé juste avant, pour expliquer un petit peu, les éducateurs amènent le chien et nous laissent faire connaissance, seuls, sans qu'il soit dans les parages. Bon, le chien d'avant, il voulait absolument s'enfuir pour aller rejoindre son éducatrice, alors que Uno, lui, il est resté, il y a quelqu'un avec moi, il me dit de m'asseoir, allez, on va s'asseoir, il me dit de me coucher. Bon, il me fait des câlins. Ah, vous... bon alors ça va je reste et même après au harnais je sais pas il y avait quelque chose de on marche vite parce que c'est bien de marcher vite mais t'inquiète je maîtrise je sais où on va bon il m'a quand même fichu dans une flaque mais c'est pas grave et en fait après ça s'est fait petit à petit Merci. ça s'est fait petit à petit en fait il y a des prestages où on vient une demi-journée à l'école toutes les semaines ou les deux semaines et où on travaille les bases avec le chien donc tout ce qui est rappel etc même si on connait déjà ces bases là ça permet de commencer à créer un petit bout de lien avec le chien parce que le chien a aucune raison de faire ce que je lui demande. Il ne me connaît pas, il n'a aucune raison de me faire confiance, il n'a aucune raison de revenir au pied quand je l'appelle au pied. Pourtant, il faut qu'il le fasse. Donc, c'est, voilà, on instigue ça avec les prestages. Après, il y a eu la remise, donc, qui était très chouette, parce qu'on passait nos journées ensemble. Alors, il avait déjà commencé à faire quelques week-ends à la maison. Alors, bon, c'est le premier chien qui est rentré vraiment dans la maison. Il n'y en a pas eu d'autres avant. Enfin, c'est le premier animal, en fait, qui est rentré dans la maison.
- Speaker #0
D'accord.
- Théotime
Bon, je ne savais pas comment mes parents réagiraient. Il se trouve que ma mère, qui de base n'aime pas les chiens, est guéga devant Uno. Littéralement, je n'aurais pas cru ça possible.
- Speaker #0
Finalement.
- Théotime
Finalement, tout à fait. Et... Et donc, il y a eu ces premiers week-ends où il venait en tant que chien de compagnie, en fait. Bon, moi, je l'ai tout de suite emmené. Alors, ce n'était pas le premier, mais le deuxième week-end, il s'est retrouvé au conservatoire à assister à un examen de piano. Enfin, voilà, il a vu plein de trucs. Et remise, donc apprentissage. En fait, la remise, ça nous permet de... D'apprendre à communiquer avec le chien et à écouter ce qu'il nous dit. Oui. Dans le sens où il parle gestuellement.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Théotime
Et puis après sont venus les premiers petits trajets tout seuls. Donc bon, ça demande de l'adaptation. Ça demande à chacun de trouver son équilibre. Et j'ai envie de dire, ce n'est pas encore fait. Ce ne sera peut-être pas encore fait avant quelques mois. C'est normal. Mais c'est hyper agréable, en fait, de se balader avec Uno. Sauf quand il n'a pas envie de bosser. Mais ça, c'est comme tout. Mais quand il est motivé, c'est hyper agréable. Parce que même si ce n'est pas forcément où il va, moi, je sais en général où je vais. Bon, ça m'arrive de ne pas savoir. Mais en général, je sais où je vais. Quand on est à un endroit qu'il connaît, lui aussi, alors là, il est tout content parce qu'il sait qu'on va là-bas, il sait qu'il connaît le chemin et que je sais qu'il connaît le chemin. Et c'est agréable parce que tous les poteaux, les passages piétons à trouver, tout ce qui est un peu relou à faire à la canne blanche. Qu'on fait, qu'on ne fait pas. Des fois, moi, ça m'est arrivé de traverser des passages piétons un peu de manière un peu... Je suis arrivé, j'ai vu que j'étais à peu près bien placé, j'y suis allé, c'est passé, j'ai eu de la chance. Toutes ces petites choses-là, le chien guide les gère à notre place et fait en sorte qu'on n'ait pas à s'en préoccuper. Moi, j'ai déjà traversé des carrefours en diagonale. Bon, avec le chien guide, c'est très rare, voire jamais. C'est parce que le chien, ça sécurise énormément. Alors, c'est pas le chien qui va prendre la décision de traverser, même si des fois, il a très très envie d'y aller. Mais ça sécurise énormément. Et puis, moi, j'avais l'habitude de parler tout seul. Je sais pas, j'aimais bien me parler à moi-même en marchant. bon bah là au moins je parle vraiment à quelqu'un j'ai plus l'air complètement idiot donc c'est c'est vachement chouette et puis c'est vachement mieux d'être perdu à deux que tout seul oui c'est sûr, ça fait quelqu'un pour partager cette expérience exactement, bon il y en a un, il comprend pas il va pas forcément aider mais au moins il est là et c'est C'est une très belle expérience. Et puis en plus, comme ça, j'ai un chien. Parce que moi, je connais un chien. Je suis très très content de l'avoir. C'est vrai que c'est un chien qui est très posé. Il n'est pas... Il y a des chiens guides qui sont très gentils. Mais dès qu'il y a quelqu'un qui va ouvrir la porte, dès qu'il y a quelqu'un qui va apparaître dans le champ du chien, il va se lever, il va aller voir, il va essayer de... Il ne va pas partir, mais il va aller voir un peu partout. Uno, il est très fusionné. Il reste quasiment toujours collé à moi. C'est très difficile pour lui de me voir m'éloigner.
- Speaker #0
Et tu as eu des réactions d'autres personnes par rapport à ton chien dans un lieu public ou même à l'école, par exemple, vu que tu y es déjà depuis trois ans, tu as fait tes premières années sans ton chien. Et là, en fait, tu es arrivé à la rentrée. avec le petit Zuno, donc ça a dû parler.
- Théotime
Alors, il fait sa star. Maintenant, il y a les petits rituels du matin. On va chercher son tapis au bureau de la pédagogie. Donc là, toute la pédagogie lui fait des câlins. Il y a tous ces petits rituels-là. Des refus, j'en ai. jamais vraiment eu, en fait il y a des gens qui n'étaient juste pas au courant de l'emploi et qui se sont posés la question mais quand on leur a dit c'est obligatoire forcément ils demandent à leur hiérarchie parce qu'ils vont pas croire bon je vais me traiter de gamin mais oui ils vont pas croire le gamin aveugle qui arrive et qui leur dit si si vous êtes obligé de laisser entrer le gamin donc évidemment ils demandent à leur hiérarchie Merci. Ça ne part pas d'une mauvaise intention. Sur le coup, on peut le prendre mal, mais ça ne part pas d'une mauvaise intention. Ils ne savent pas forcément. Ils ne sont pas au courant. Donc, ils demandent de la hiérarchie. Oui, c'est bon. Il n'y a pas de souci. Je passe. Mais sinon, à l'école, il n'y a pas eu de souci du tout. En fait, on est venu avec son éducatrice. On est venu en juillet, quand il n'y avait pas grand monde. Donc, il avait même vu l'école avant que je fasse ma rentrée. Et puis...
- Speaker #0
Non, non, les gens l'adorent à l'école. Les gardiens, quand on arrive, ils lui disent bonjour. Ils se marrent parce que tous les midis, Uno adore la cafétéria. Donc, quand Uno comprend que nous allons à la cafétéria, il tire comme un bœuf. Et c'est très, très drôle parce que d'un seul coup, il est tout content. Il a la queue qui remet. Enfin, c'est marrant. Sinon, des lieux publics, le métro, il fait son roi dans le métro. C'est-à-dire que je me couche, je prends la place que je veux et débrouillez-vous avec. Donc, les gens sont plutôt bienveillants. En fait, il a une belle tête, mine de rien. Je pense que ça aide beaucoup.
- Théotime
Oui, il est mignon. Bonne bouille.
- Speaker #0
Oui, il a une bonne bouille. Je ne peux pas le montrer, mais il a plutôt une bonne bouille. et mine de rien je pense que ça joue c'est pas un chien qui fait la tronche qui a une tronche de 3 pieds de long et qui donne pas envie de le caresser c'est un chien les gens ont envie de lui faire des câlins quand ils le voient ils le font pas sauf Cara mais bon dans ce cas je leur dis non non il bosse mais euh... Mais non, en général, les gens sont plutôt bienveillants envers nous. Et même quand Uno vire les jambes de leur siège dans le métro. Oui,
- Théotime
parce qu'il fait ça aussi.
- Speaker #0
Il fait genre qu'il n'a pas vu la personne et il montre le siège où est la personne. Donc, la personne se sent obligée de se lever. Et non, c'est plutôt bien accueilli. pareil au conservatoire il n'y a pas eu de problème je suis rentré bon bah tant mieux tant mieux tant mieux et donc là t'es en pleine étude est-ce que tu
- Théotime
comptes travailler est-ce qu'il y a un métier déjà qui t'intéresse par rapport dans le numérique est-ce que tu sais déjà ce que tu veux faire alors oui je pense que oui Merci.
- Speaker #0
Moi, je m'oriente plus vers le développement, donc vers la programmation et la conception et entretien soit de plateformes web, soit de logiciels.
- Théotime
D'accord.
- Speaker #0
Parce que l'informatique, ça m'a toujours intéressé depuis que je suis tout petit. J'ai commencé en faisant juste l'iPad familial, que je mettais écran noir et plus personne ne savait comment. Moi non plus, plus personne ne savait comment leur allumer. Après, ça a été avec les téléphones fixes des grands-parents. Et puis, j'ai découvert un peu au collège la programmation. Et en fait, je trouve ça un peu magique, le développement. Parce que même quand c'est quelque chose que je sais comment je l'écris, je sais comment ça marche, en fait, finalement... finalement, je suis toujours surpris de le voir marcher. Je suis toujours surpris de voir la solution marcher. D'accord. Même quand je sais pourquoi elle marche et que les ans ont marché.
- Théotime
Et comment tu perçois cette évolution, par exemple, de la technologie en matière d'inclusion et d'accessibilité aujourd'hui, vu que tu nous as dit que ça t'intéressait depuis que tu étais enfant ? Comment tu perçois maintenant cette évolution ?
- Speaker #0
Alors, il y a beaucoup de choses qui sont mises en place. Oui, heureusement. Non, mais il y a toujours des gens qui se plaignent, mais on peut dire ce qu'on veut. Il y a énormément de choses qui sont mises en place. Les entreprises font de plus en plus d'efforts sur l'accessibilité numérique. Alors, il y a toujours des choses... qui sont assez scandaleuses. Moi, quand je tombe dessus, j'ai envie de hurler un bon coup parce que ce n'est pas du tout acceptable que ces choses-là soient inaccessibles. Mais il y a beaucoup de choses qui évoluent. L'IA aide énormément. Aujourd'hui, il y a pas mal de choses, il y a pas mal d'outils qui utilisent l'IA. Et mine de rien, l'IA pour décrire une image, ça aide vachement. Bon, je crois pas qu'on en soit au stade de l'IA qui génère des audiodescriptions pour des films. prochainement je pense après bon on va arriver au même stade que pour les comédiens de doublage là on va dire mais ceux qui écrivent les audiodescriptions ça veut dire qu'ils n'ont plus de boulot est-ce qu'il faut le voir comme ça ou est-ce qu'il faut le voir plutôt comme ah bah on va pouvoir sortir tous les vieux films et les audiodescrire voilà on va pouvoir sortir la collection intégrale des Harry Potter et les audiodescrire parce qu'aujourd'hui on en a que 4 sur 7 Merci. Mais il y a beaucoup de choses qui sont faites. Il y a la Conférence Nationale du Handicap, il y a les différentes associations qui fleurissent un peu partout. Il y a le campus Louis Braille qui est arrivé récemment. Enfin voilà, c'est plein de choses.
- Théotime
Les avancées qui ne sont pas négligeables, si tout n'est pas parfait.
- Speaker #0
Voilà, exactement.
- Théotime
Ok. Bon, ça part quand même sur une bonne lancée. Oui, ça part sur une très très bonne lancée. C'est qu'en principe, il y a des gens qui râlent parce que tout le monde râle finalement. Tout à fait, en France. Voilà, surtout en France. Mais bon, déjà, s'il y en a comme toi qui sont conscients que le monde avance, le monde de la technologie avance, en tout cas pour l'accessibilité, ça part sur une bonne lancée. Donc, c'est ça qui est le plus important finalement.
- Speaker #0
Parfait. Il y a 10-15 ans, il n'y avait pas de feu sonore dans Paris. Alors là, certains me diront, mais il n'y a pas besoin de feu sonore, on se débrouille très bien sans. Oui, mais c'est un confort.
- Théotime
C'est ça.
- Speaker #0
C'est un confort.
- Théotime
Et donc, qu'est-ce que tu donnerais peut-être comme conseil à un jeune déficient visuel, justement, qui hésite peut-être à se lancer dans des études par rapport à l'informatique ? qui peut être peut-être à la base des études qui puissent paraître pas assez accessibles pour des jeunes malvoyants ?
- Speaker #0
Alors déjà, il ne faut pas partir du principe que tout sera donné, parce que ce n'est pas vrai. Il va falloir trouver des solutions, il va falloir creuser un peu, chercher, voire vouloir se lancer notamment dans l'informatique quand on est déficient visuel, ça demande d'avoir un peu de curiosité. là ça ferait beaucoup rigoler mon père ce que je suis en train de dire parce que lui il trouve que j'en ai pas assez mais ça demande de quand on veut quelque chose ou plutôt quand on a besoin d'un outil on essaye de trouver une solution alors je dis pas qu'il y en a à chaque fois mais dans la plupart des cas il y a des solutions et on trouve des solutions pour développer pour développer pour pour faire ce qu'on appelle de la revue de code, c'est juste de la relecture de code, pour lire l'écran de son ordi tout simplement. On trouve quasiment des solutions pour tout. Alors aujourd'hui, éventuellement la seule chose qui reste une barrière pour nous, c'est le jeu vidéo, le développement du... Développer un jeu vidéo, ça reste un peu compliqué quand on n'y voit rien.
- Théotime
mais dans ces cas-là faites le scénario voilà oui voilà exactement ok et est-ce que on va on va un peu scinder les trois dernières questions est-ce que quelle est la chose dont tu es le plus fier dans ton parcours et un message que tu aimerais peut-être partager voilà si t'as quelque chose à nous dire ou à nous dire à tout le monde Merci.
- Speaker #0
Je cherche une alternance ? Non, je plaisante. Alors, quelle est la chose dont je suis le plus fier ? Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas parce que j'ai pu faire plein de choses. J'ai eu la chance de faire plein de choses. J'ai eu la chance d'aller à la Conférence Nationale du Handicap et de pouvoir parler devant Stanislas Guérini qui était là à l'époque. j'ai pu faire plein de trucs donc en fait je suis fier d'avoir fait plein de choses je suis très content d'avoir fait toutes ces choses là je suis très fier de Uno évidemment qui est en train de dormir ce dont je pense je peux être assez fier c'est d'être là de d'avancer, de pas trop mal m'en sortir, mais de rien, bon, voilà, et De me déplacer, ça a été une grande fierté à un moment. Oui, c'est important. Moi, quand j'étais petit, j'avais juste peur de marcher tout seul dans la rue.
- Théotime
Oui.
- Speaker #0
Parce que maintenant, je vais dans Paris, je me balade un peu partout. On me dit, tu viens, on va se faire une bouffe à tel endroit. Je ne connais pas. OK, comment ça se passe ? On se retrouve là. OK, très bien. Allez hop, on y va. C'est parti. Je me lance. Ce que je fais là depuis, je l'ai fait quelques fois, je mets mon téléphone devant moi, j'appelle mon père en visio et il me guide en visio juste avec le chien et moi je l'ai dans mes écouteurs. En fait, finalement, il n'y a pas de choses particulières dont je suis fier, mais c'est tous les petits trucs de la vie quotidienne qui finalement m'y boue à bout. Je me débrouille, je vais à l'école, je vais à l'escalade, je vais à la musique. Voilà, je fais plein de trucs. Et comme tout le monde, en fait.
- Théotime
C'est ça. C'est très bien. Très inspirant, en tout cas. Ben écoute, merci beaucoup pour cette belle interview.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté Ambino. Et on se retrouve le mois prochain pour un nouvel épisode.