Speaker #0Bienvenue dans ce nouvel épisode de En Parallèle, un podcast qui devrait vous parler si vous êtes aussi à la fois artiste et freelance. Je suis Thaïs Villet, auteure, compositrice et interprète sous le nom de Thaïs T, et aussi freelance dans le digital. Ici, je partage mes expériences pour ouvrir la discussion et créer des ponts entre les problématiques des artistes et celles des freelances dans des métiers plus classiques. On y va ? Bonjour tout le monde, c'est à nouveau moi pour ce premier vrai épisode où on va rentrer dans le vif du sujet. Je me suis présentée dans un premier épisode, si vous ne l'avez pas écouté, n'hésitez pas à aller jeter une oreille pour comprendre un peu le contexte. Je vais parler un peu de mon expérience et de où j'en suis par rapport à mon art, entre guillemets, qui est la musique. Et je sais que ça ne va pas forcément être hyper joyeux et enthousiasmant, donc ça reflète simplement mon expérience et potentiellement celle d'autres personnes que j'ai pu croiser. Le but n'est pas du tout d'être décourageante ou déprimante. C'est juste que pour le moment, j'en suis là et que ce n'est pas forcément hyper enthousiaste. Mais j'ai aussi envie de partager des choses positives et des ouvertures. Mais voilà, si ça ne va pas fort en ce moment, que vous vous posez des questions et que vous n'avez pas trop envie d'en rajouter, ce n'est peut-être pas le moment d'écouter cet épisode. Je préfère vous prévenir. Mais on ne va pas pleurer non plus. Ne vous inquiétez pas. Pour commencer, ça m'a paru assez évident de parler des rêves d'enfants. Les rêves qu'on a quand on est enfant, moi j'ai l'impression qu'on valorise beaucoup ça. Le fait de vivre quand on est adulte, de se rappeler de ses rêves d'enfant, de soigner son enfant intérieur, de se reconnecter à ce qu'on voulait quand on était tout petit ou petite, et que c'est un peu comme un guide pour notre vie d'adulte. Et dans l'idée, je trouve ça super beau. Mais je remets ça en question, je vais vous expliquer aussi pourquoi. Et on a un peu ce fantasme, j'ai l'impression que quand on est enfant, on est tout neuf et que vraiment là, on est nous-mêmes. Et plus j'y réfléchis, plus je me rends compte qu'en fait, très très tôt, on est sociabilisé, qu'on est encouragé, qu'en plus quand on est enfant, on veut plaire aux adultes. Donc les rêves qu'on a en fin, est-ce que c'est vraiment nos rêves ou est-ce que potentiellement, on nous les a transmis sans mauvaise intention ? Mais moi, je pense qu'on est... vraiment profondément des êtres sociaux et que c'est très dur d'avoir quelque chose de pur entre gros guillemets tout dépend des gens qui nous entourent donc en ce qui me concerne j'ai toujours rêvé de faire de la musique et je pourrais dire bah oui ça m'est venu de moi voilà mais en fait c'était quand même très valorisé dans le milieu où j'ai grandi que ce soit dans ma famille ou à l'école autour de moi et même plus largement dans la société dans laquelle on vit je pense que la plupart des petites filles à un moment veulent être chanteuse ou actrice socialement c'est très valorisé, on ne peut pas dire le contraire. Du coup, est-ce que c'est seulement mon rêve ? Eh bien, j'en suis de moins en moins sûre. Et c'est sûr que, par contre, c'est là que je kiffais le plus. Je rentrais de l'école, je mettais de la musique et je chantais. Mais il y avait plein, plein d'autres choses que j'aimais. Et pourquoi toute mon attention s'est focalisée sur cette Ausha, sur être chanteuse ? Sans doute parce que j'avais bien compris que, socialement, ça allait être valorisant. Encore une fois, c'est mon expérience. Il y a des gens, peut-être, qui font de la musique vraiment par... besoin d'expression et moi je pense qu'il y a de ça aussi mais c'est pas forcément que la musique par exemple j'écris beaucoup j'ai toujours écrit j'ai toujours eu des journaux intimes depuis que j'ai 10 ans et ça pour le coup je pense que c'est pas du tout valorisé socialement ça c'est beaucoup plus intimement moi et quelque chose dont j'ai besoin donc d'écrire ça c'est sûr de chanter ça aussi j'adore ça j'ai toujours aimé ça ça me fait du bien de danser j'aime ça mais après est-ce qu'il faut en faire un métier bah pas forcément quoi donc pourquoi pourquoi on se focalise là dessus parce qu'on a des modèles, parce que c'est valorisant et du coup on se dit moi aussi je veux avoir tous ces avantages. Moi je pense qu'il y a un peu de ça, ça me fait mal de l'admettre mais au point de départ je pense qu'il y avait ça, d'où après potentiellement la désillusion et la difficulté quand le rêve rencontre la réalité. Et surtout ce que je trouve qui est dur avec ces rêves d'enfants, c'est qu'on se construit beaucoup par rapport à ça et je vais vous expliquer moi comment ça s'est passé et du coup ça devient potentiellement un peu notre identité. Et le jour où on remet ça en question, c'est très compliqué parce que c'est un peu qui on est. Et quelque part, on a l'impression qu'on est en train de se trahir, de trahir les autres, de renoncer à soi. Ça m'intéresserait beaucoup s'il y a d'autres personnes qui vivent un peu ça avec d'autres arts potentiellement ou avec d'autres passions. Parce que je trouve ça assez violent et je n'ai jamais trop entendu de conversation sur ce sujet-là. Comment on a pu se laisser définir par son art, par sa passion et qu'à un moment, on a envie d'être... plus que ça d'être une autre personne. Donc voilà, si ça vous parle, je suis preneuse de témoignages là-dessus. J'en ai parlé dans le tout premier épisode, mais je vais là le centrer un petit peu plus sur ce côté rêve d'enfant et comment on se définit. Mon parcours jusque-là, en fait, ça a toujours été lié à la musique. Donc, quand j'étais petite... Pas énormément parce que j'étais une enfant, mais c'est vrai que très vite, j'ai chanté, j'étais dans des chorales, dans des choses comme ça. Et après, ça s'est amplifié, on va dire, quand j'ai commencé à écrire des chansons, vers l'âge de 13-14 ans, parce que j'ai commencé à les montrer, j'ai commencé à apprendre à jouer de la guitare. Au lycée, je les ai enregistrées, je les avais mis sur... le réseau social de l'époque qui s'appelait MySpace, qui était très lié à la musique. Quand je suis arrivée au lycée, j'étais la musicienne. Quand j'ai fait mes études, j'étais la musicienne. Dans mes premiers travails, j'avais des groupes, je chantais dans les bars, donc j'étais aussi la musicienne. Dans ma famille, forcément, alors il y a d'autres musiciennes dans ma famille, mais voilà, on me pose tout le temps des questions sur la musique. Donc ça a vraiment été mon identité. Et comme en plus, à côté, je fais de la communication digitale et que j'ai l'impression que pour beaucoup de gens, on se dit... touche au web en tant que travail et pas en tant que divertissement c'est très très flou vu que c'est des métiers qui ont moins de 10 ans, qui sont très récents comme j'ai l'impression que beaucoup de gens ne comprennent pas ce que je fais comme travail à côté en freelance, tout c'est concentré sur mon travail en tant que musicienne, c'est ça qui fait rêver, c'est ça qui est intéressant et en même temps c'est chouette et en même temps c'est un peu le piège et puis on n'a jamais forcément des conversations non plus très profondes sur vraiment les enjeux, c'est plus ... combien t'as de concerts ? Et c'est vrai que cette question me tend, mais je sais que c'est pas mal intentionné. Mais vraiment, cette jauge du nombre de concerts, alors que moi, en plus, j'ai jamais été intermittente, clairement, mon lien à la musique n'est pas lié en nombre de concerts. Mais voilà, en tout cas, tout ça pour dire que dès qu'on me parle, je suis la musicienne. Et au-delà de ça, tous mes choix de vie dans ma vie d'adulte, je les ai faits par rapport à la musique. Et c'est là que ça se complique encore plus. Alors, ce n'était pas que la musique s'est alignée aussi avec potentiellement ce que je veux dans la vie. Mais je me suis mis en freelance pour pouvoir travailler dans la musique et pas être salariée. Parce que souvent, quand on est musicien, si on fait un concert, on va nous demander d'être là à 16h. Et clairement, si on est en CDI dans une entreprise, on ne peut pas partir trois fois par mois à 15h. Ça ne le fait pas. Donc je me suis un peu rendu compte que j'avais pas le choix en fait, il fallait que je sois indépendante. Clairement maintenant j'aime beaucoup être en freelance mais c'est quand même difficile, je vais beaucoup en parler dans ce podcast pour plein de raisons. Et je pense que si j'avais pas voulu avoir cette carrière musicale, je me serais sans doute pas mise en freelance, je serais restée dans une entreprise. Donc ça c'est déjà un énorme pas que j'ai fait pour pouvoir faire de la musique, être indépendante, surtout au niveau de mon emploi du temps, de ma façon de gérer mon temps. Au niveau de l'argent, et là, je pense vraiment que c'est le point central de difficulté. Je ne suis pas la seule. J'ai tout fait pour avoir de l'argent disponible, pour faire de l'argent. Pour faire... Non, la psis. Pour faire de la musique. Je le garde, c'est drôle. Parce qu'en fait, quand on ne se rend pas compte, mais quand on a un projet, ça coûte énormément d'argent. Alors, si on est très riche, peut-être pas. Mais voilà, quand on est... tout seul et qu'on essaye de faire tout tout seul et qu'on n'a pas une grosse fortune, ça coûte énormément d'argent, ça n'en rapporte vraiment pas beaucoup. Même quand ça marche un peu, je pense qu'on a vraiment des gros fantasmes. Je pense que je ferai plusieurs épisodes sur plein de thématiques liées à l'argent parce qu'il y a vraiment des choses à dépoussiérer. Quand on démarre les premières années, voire plus, on ne gagne pas d'argent. avec la musique ou à peine de quoi payer ses factures, gérer son quotidien. Et du coup, moi j'ai fait en sorte, alors je parle aussi quand même d'une position très privilégiée où j'ai des parents qui m'aident si j'ai besoin, j'ai potentiellement un endroit où dormir chez eux si j'ai besoin, je suis très entourée, j'ai plein d'amis, j'ai fait des études, je sais que je peux trouver du travail facilement. Donc je tiens aussi à le préciser parce que ce n'est pas le cas de tout le monde. J'ai quand même une position très privilégiée par rapport à ça. J'ai fait en sorte de vivre en dessous de mes moyens pendant des années et des années, même je pense encore maintenant, par conviction aussi écologique, de durabilité et tout ça, parce que je n'ai jamais été quelqu'un de très dépensier. Mais c'est sûr que pendant des années, je ne suis pas partie en vacances. Je partais seulement en week-end chez des amis. Je ne faisais pas de grands voyages. Je ne m'achetais pas spécialement de fringues ou que des trucs d'occasion. Je faisais très attention et je me rends compte autour de moi que les gens partaient en voyage, je ne sais pas où, ils faisaient un peu des trucs de fou. Moi, tout était concentré sur la musique et de toute façon, dès qu'il faut payer des studios, des clips, je ne pouvais pas. Mais avec tout cet argent que j'ai mis dans mes projets, j'aurais pu faire des voyages de fou. Et en plus, je bossais énormément. Je bossais les week-ends, je bossais la semaine, je m'arrêtais très peu. Et à un moment, j'en ai eu marre de tout sacrifier pour juste... ce projet musical, voilà, donc je vous expliquerai ce qu'il en est aujourd'hui. J'ai aussi fait des études de communication parce que je me suis dit que ça me servirait pour la musique. Et vu que je sentais qu'il fallait, que j'ai un diplôme, ça rassurait tout le monde, j'ai choisi quand même une formation qui allait me servir pour la musique. Et je crois que j'ai eu bien raison de faire ça. Ça, pour le coup, j'en suis très contente. Et même quand j'étais ado, j'ai appris l'anglais pour faire de la musique. Alors pareil, ça me sert beaucoup pour d'autres choses aussi. Mais vraiment, je passais des heures... à traduire toutes les chansons, en plus voilà avec le dictionnaire bilingue à l'époque, l'époque de dinosaures où il n'y avait pas internet. Et j'ai appris l'anglais beaucoup comme ça, à 16 ans je suis partie, j'ai fait un échange aux Etats-Unis avec une correspondante, donc je fais trois mois chez elle, elle est venue trois mois chez moi. Du coup j'ai été bilingue assez jeune, ce qui est super chouette, mais pour moi c'était pas dans un objectif professionnel, c'était juste pour pouvoir écrire des chansons en anglais, ce que je ne fais plus. Mais qu'est-ce que j'ai fait pendant un petit moment ? Donc vraiment, il y a énormément de choix de vie qui ont été faits par rapport à la musique. Et je pense qu'il y en a beaucoup plus aussi sur le plan personnel. C'est pas rien en fait, toute la vie tourne autour de ce projet-là, d'être chanteuse. Et on en vient à ce fabuleux concept des métiers passion. Et là, je sais que je ne parle pas uniquement des métiers artistiques. C'est pareil pour plein de métiers, l'événementiel, la publicité, le journalisme, voilà. Donc c'est tous les métiers où on peut se faire taper dessus parce qu'on l'a bien voulu. Et je voulais parler de ce concept et de comment je l'ai vécu. Donc mon métier passion, c'était la musique. Ça n'a jamais été vraiment mon métier puisque j'ai toujours travaillé en freelance à côté. Je ne me suis jamais vraiment rémunérée. Alors oui, je touchais des cachets, mais... Ça n'a jamais été ma principale source de revenus, on va dire, la musique. Et c'est de l'argent que je réinvestissais toujours dans mon projet. Donc, je ne sais pas si on peut vraiment parler de métier, mais en tout cas, je l'envisageais comme ça. Et pour moi, pendant des années, les missions que je faisais en freelance, c'était vraiment juste pour payer mes factures, mon quotidien. Je ne le voyais pas comme quelque chose que j'allais développer. Et donc, dans ma tête, mon métier, c'était la musique, même si ce n'est pas ça qui me faisait manger. Et du coup, vraiment, ça me fait... posé cette question, est-ce que la passion doit être le métier ? En ce qui me concerne j'en suis de moins en moins convaincue je crois que ça ne me correspond pas et en fait j'ai la fâcheuse tendance à me passionner pour à peu près tout donc en fait je me rends compte que j'ai pas forcément besoin de tout mettre au même endroit, il y a plein plein plein de choses qui m'intéressent par ailleurs et de plus en plus moi je vois que c'est pas un modèle qui me va et que la musique c'est vraiment quelque chose pour moi que j'ai pas envie de compromettre, ça m'a fait beaucoup de mal et Ça ne colle pas pour ma part. Je comprends totalement les gens qui ont envie de tout donner pour leur passion. Parce que le contrepoids, c'est aussi d'avoir moins de temps pour le faire si notre métier, c'est autre chose. Donc forcément, on est peut-être moins bon, on va moins progresser sur notre passion. Donc voilà, ça, c'est propre à chacun. Et en tout cas, je trouve que c'est super bien d'avoir le luxe immense d'avoir quelques années de sa vie à dédier à sa passion. Et ça, c'est incroyable. Et vraiment, si je ne l'avais pas fait... Je pense que je n'en serais pas là aujourd'hui. J'aurais toujours envie que ça arrive. Donc vraiment, si vous avez cette chance et ce luxe, n'hésitez pas. C'est trop bien de pouvoir consacrer du temps et de l'énergie à développer sa passion, à rencontrer plein de gens. Tous les aspects positifs, ils sont trop cools. Il y a une immense sensation de liberté. Moi, j'ai eu vraiment l'impression de me réaliser. En fait, c'est peut-être ça aussi que je me suis dit. C'est que le rêve d'enfant, peut-être à un moment, je l'ai réalisé. Parce que j'ai vécu plein de choses. incroyable. Moi, mon rêve d'enfant, en fait, c'était de sortir des disques, peut-être de faire quelques concerts. Et encore enfant, je ne suis même pas sûre que j'avais cette notion-là, parce que je n'allais pas avoir de concert. C'était vraiment de sortir un disque, des disques que j'en ai fait trois. J'ai fait plein, plein, plein de concerts. J'ai joué dans des immenses salles, j'ai joué dans des opéras, j'ai joué en groupe, j'ai joué toute seule. J'ai fait la première partie de deux de mes artistes. préférées quand j'étais adolescente, je les ai rencontrées, je leur ai parlé, je leur envoie des messages j'ai chanté avec un orchestre philharmonique en fait il y a plein de choses, même en étant à un tout petit niveau, on réalise des trucs trop bien, j'ai chanté dans quasiment toutes les salles à Lyon où je rêvais de chanter j'avais même pas réalisé voilà et j'ai fait des choses que j'aurais jamais imaginé faire donc peut-être aussi qu'à un moment le rêve d'enfant, il est réel et il est réalisé. Et c'est ce que je me suis dit aussi, on n'a peut-être pas besoin d'avoir tous le même rêve. Et il y en a, leur rêve d'être musicien, d'être chanteur, c'est de jouer à l'Olympia, de faire la tournée des Edith, d'être super connue. Moi, en fait, mon rêve, au fond, ça n'a jamais été ça. Et si vous faites un autre art, il y a peut-être des jalons comme ça, un peu idéalisés, d'une galerie, de gens à connaître et tout ça. Et en fait, après, il faut vraiment se demander est-ce que c'est vraiment pour moi ? Moi, je me souviens, j'avais fait un atelier et la personne qui animait l'atelier avait dit demandez-vous qu'est-ce que vous voulez comme vie au quotidien. Et est-ce que, donc c'était sur la musique, est-ce que la vie d'artiste, d'être en tourbus et tout ça, par exemple, c'est ce qui vous fait envie ? Ou est-ce que vous voyez plutôt en studio ? Et moi, l'idée de passer ma vie dans un bus, sur des parkings, sans intimité, pour moi, c'est un cauchemar. Moi, j'aime être tranquille, j'aime être avec mes proches, j'aime être chez moi, j'aime avoir des routines. Sinon, je pète un câble, en fait. Et vraiment, ce jour-là, je me suis dit, ouais, mais en fait, je pourrais pas. de faire ça comme métier, si ça marchait, je le supporterais pas. Et d'ailleurs, il y a beaucoup d'artistes qui disent que c'est très très dur et j'en doute pas. Mais on se pose pas forcément les questions du quotidien, du concret, est-ce que ça nous irait ou pas ? Et je me suis rendue compte qu'il y avait la vision d'enfant et il y avait la réalité du terrain. Pareil, le rêve un peu, je pense, dans mon milieu de chanteur, c'est un peu de faire l'Olympia en tant que tête d'affiche. Quand j'ai compris qu'en fait, pour ce genre de salles, il faut les louer. Donc en fait, il faut avoir de l'argent. et les louer et après les remplir, ça fait moins rêver. Et en fait, on se dit, c'est une industrie, c'est un business. Et le rêve, du coup, ça ne me fait plus du tout rêver. Pour vous parler des points négatifs, je voulais revenir sur la sortie de mon dernier EP, mon dernier disque, que j'ai sorti en octobre 2022 et qui a été un peu pour moi la goutte d'eau. Pour remettre dans le contexte, c'était mon troisième EP, le premier c'était vraiment un truc vite fait, mais on va dire que c'était mon deuxième EP, et donc EP c'est mini-album de cinq titres, et j'ai voulu le sortir en faisant vraiment tout pour de vrai. Donc j'étais... toute seule, je devais tout gérer mais je me suis dit j'y vais donc j'ai bossé comme une dingue pour mettre de l'argent de côté donc je faisais énormément de concerts dans des mariages de l'événementiel et tout ça, oui parce qu'il faut aussi noter que dans ma tête c'était super important que tout l'argent que je mettais dans la musique vienne de la musique donc je n'avais pas le droit entre guillemets pour moi de payer des choses pour mon disque avec de l'argent que j'avais gagné en freelance voilà le challenge en plus histoire de se compliquer la vie Et j'ai dit, je fais tout pour de vrai, c'est-à-dire que j'ai enregistré un studio, j'ai fait mixer, je l'ai fait masteriser. Donc ça, c'est vraiment pour lisser les morceaux qui passent bien sur tous les types d'écouteurs, d'enceintes, de streaming, de tout ça. Donc ça, je l'ai fait faire à part par un professionnel, ça coûte pas mal d'argent. J'ai fait, je ne sais même plus, j'ai fait trois clips, je crois, qui étaient assez ambitieux. J'ai payé une attachée de presse, j'ai payé un graphiste pour faire la pochette et j'ai géré toute la communication. Mais en fait... Et c'est toujours le problème, c'est qu'une fois que j'avais fait tout ça, et ça prend des mois et des mois, j'étais épuisée. Parce que bien sûr, en plus, je travaillais à côté en freelance, je cherchais des concerts. Enfin non, je crois que je ne cherchais plus de concerts, parce qu'il y avait le Covid qui était passé par là et j'avais arrêté de chercher des concerts déjà. Mais du coup, je n'ai pas eu d'énergie vraiment pour faire de la com bien comme il faut, alors que c'est mon métier. Mais c'est toujours pareil, vous savez, l'histoire des cordonniers mal chaussés. Et vraiment, à la fin, je n'en pouvais plus et surtout, ça coûte. beaucoup d'argent on me demandait toujours encore de l'argent pour faire si pour faire ça pour faire ça et c'était infernal et je suis arrivé à la sortie du disque où j'étais vraiment épuisé hyper stressé parce que voilà ce qu'il ya aussi c'est que on gère plein plein de choses qu'on ne connaît pas et qu'on ne sait pas gérer Donc c'est hyper stressant d'être toujours un peu un pied dans le vide en sachant pas si on est en train de faire une connerie. Bien sûr j'ai fait des conneries, alors sur ce disque, qu'est-ce que j'ai fait ? Je crois que j'ai pas gravé les titres dans le bon ordre. Sur mon tout premier j'avais fait une faute d'orthographe dans les titres. Le deuxième je crois qu'il était pas mal parfait. Le premier ne le cherchait pas, il n'existe plus, il a été détruit, il est juste en exclusif disque physique dans ma chambre. Donc j'ai fini très très fatiguée, j'ai fait un concert de sortie qui était hyper chouette, avec plein d'amis et tout ça. Mais c'est vrai qu'après, une fois sortie de là, j'avais plus envie de communiquer, de parler de mes chansons. Et surtout, je n'écoutais plus de musique, je n'avais plus envie de faire de concert, j'en avais marre quoi. Et vraiment cette tension par rapport à l'argent, je me disais je ne peux pas recommencer ça en fait. Je n'ai pas envie que ma vie, voilà encore cette histoire au quotidien, je n'ai pas envie que ma vie ce soit ça, j'ai envie de profiter, j'ai envie de partir. partir en vacances, j'ai envie de faire des choses qui me font kiffer moi et en fait tout mettre dans la musique ça ne me fait plus du tout kiffer je pense qu'il y a aussi quelque chose d'un peu plus large et d'un peu plus complexe sur lequel j'ai sans doute pas encore mis complètement le doigt mais il y a un contexte politique qui fait qu'après le Covid moi j'ai vraiment, et je suis pas la seule dans la culture, c'est vraiment hardcore on a reçu un coup de massue sur la tête et honnêtement moi je crois que je m'en suis toujours pas remise. J'ai eu vraiment l'impression qu'on nous crachait dessus et que ça confirmait toutes mes peurs d'être un artiste. C'est pas un vrai métier. En gros, fermez-la, on s'en tape. Et en fait, ça continue depuis. Tous ceux qui bossent dans le milieu culturel et artistique le savent très bien. Il y a des coupes budgétaires sans cesse. Donc là... Toutes les subventions s'est diminuées, voire supprimées. Tous les lieux de culture ferment les uns après les autres. Les festivals, pareil. Ceux qui restent ouverts, ils doivent programmer des énormes têtes d'affichés. Il n'y a plus de place pour les petits. Et les années post-Covid, j'ai eu beaucoup de retours de programmateurs de festivals ou de salles qui me disaient qu'on ne peut plus programmer autant de groupes qu'avant, on a beaucoup moins d'argent. Et en fait, à un moment, on a l'impression de se battre dans le vide. Et s'il n'y a plus d'endroits pour nous accueillir, s'il n'y a plus de subventions, pour faire exister la culture. S'il y avait beaucoup moins de gens qui se déplaçaient dans les salles, ça je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui. Mais franchement, c'était ultra violent et très décourageant. Il y a des gens plus battants que moi. Moi, j'ai eu un peu un mouvement de recul. Comme aussi, c'est des années où j'ai pris conscience de plein d'autres choses au niveau social. J'ai eu un peu l'impression de me dire, je vais mettre mes combats dans d'autres causes et là, je ne sais plus trop comment faire. Et en même temps, la culture... de loin j'en reparlerais, ça a l'air d'être quelque chose d'un peu déconnecté parfois ou pour des gens très privilégiés et en même temps chaque fois que j'écoute des militants parler ils pointent à quel point l'art et la culture c'est essentiel, notamment pour façonner de nouveaux imaginaires donc c'est un sujet très complexe mais je peux pas ne pas en parler ici parce que je crois que moi vraiment ça m'a immensément découragée et j'ai pas encore trouvé la force de me battre mais pour moi la musique Maintenant prend un tout autre sens et j'ai juste pas encore trouvé comment j'ai envie d'en faire maintenant. Mais on reviendra là-dessus dans un autre épisode. Et du coup, à ce moment-là, j'ai tout arrêté. En même temps, j'avais quelques concerts, donc ça je les faisais, mais j'ai arrêté de chercher des concerts. Je n'écrivais plus de musique, de toute façon, je n'avais plus du tout envie. Je n'en faisais même plus, je ne touchais plus ma guitare, je ne chantais plus. Tout me paraissait très noir. Le gros point positif quand même, et j'ai eu énormément de chance, c'est que juste avant l'été, juste avant le mois d'août, j'ai rempli le dossier de la SACEM qui est une subvention. Donc la SACEM, c'est un organisme pour les droits d'auteur et ils donnent de l'argent à certains projets, notamment en autoproduction. Et j'ai eu la chance d'avoir cette subvention qui était assez élevée, c'est 6 000 euros et qui en gros a remboursé... J'avais fait un crowdfunding aussi, donc le crowdfunding et l'aide de l'Assasem ont remboursé tout l'argent que j'avais mis dans ce disque. Oui, c'est beaucoup d'argent pour cinq titres, voilà, pour que vous ayez un ordre d'idées. Ça, ça a été incroyable et je crois vraiment que pour moi, ça a été un énorme déclic. C'est qu'en fait, je me suis dit, je n'ai pas à trimer comme une malade pour gagner cet argent. Et je vois autour de moi, il y a plein de gens qui font de la musique parce qu'ils ont des subventions. Et en fait, je ne peux pas me pourrir la vie comme ça. Si je le fais, c'est parce qu'il faut que je trouve l'argent. autrement. En fait, ça a de la valeur. Et je crois vraiment que ça a changé quelque chose dans ma tête d'avoir cette aide-là. Et d'ailleurs, c'est l'été où je suis partie. Cette année-là, je suis partie en vacances, vraiment longtemps, j'ai tout coupé. Ce que je n'avais pas fait depuis que j'étais plus salariée. Et c'était trop bien, c'était assez symbolique dans mes dossiers de partir en vacances. Et je l'ai su après, je l'ai su à la fin de l'année que j'avais cette aide-là. Mais ça a vraiment changé quelque chose dans ma tête. Si vous êtes artiste, je pense que c'est dans tous les arts, il y a des subventions, il y a des aides de la région, de la métropole, si vous êtes dans une grande ville. des organismes de soutien et il faut vraiment aller les demander. Pareil, il y a des formations, il faut faire des formations. Et ça, moi, j'ai mis très longtemps à en avoir conscience parce que je n'osais pas demander. Le dossier, j'ai failli pas le faire, vraiment. Alors que j'aurais perdu 6 000 euros, c'est énorme. Maintenant, l'aide, elle a baissé parce que tout baisse. Mais en plus, je suis tombée à un moment où l'aide était vraiment très importante par rapport à d'habitude. Et heureusement qu'il y a eu ça. Je pense que sinon, j'aurais vraiment fait une dépression. Voilà, non, mais on va être honnête. Du coup, voilà, comme quoi, le nerf de la guerre, entre guillemets, j'aime pas cette expression, c'est l'argent. Et moi, d'avoir cet argent qui est... Derrière l'argent, il y a toujours autre chose, mais voilà, il y avait une idée de reconnaissance, du travail que j'avais fait, de la qualité de ce que j'avais fait. Et je me suis dit, bon, j'ai bien fait de tout faire hyper bien avec que des pros, parce que voilà, ça a une certaine valeur. Donc, heureusement, il y a eu ça. À partir de 2023, je me suis concentrée sur mes activités de freelance. Parce que voilà, vous avez compris, la musique, j'en pouvais plus, blocage créatif de malade, j'arrivais plus. Et toujours, ça fait longtemps et j'ai pas vraiment réécrit de chansons de A à Z depuis. Donc ça dure, on va être honnête. Et je sais aussi que je suis pas la seule à traverser ça. Mais c'est très complexant, c'est très compliqué. J'ai eu la chance quand même pendant ces années-là de faire des concerts un peu avec mes chansons. Et aussi avec une collective qu'on a montée avec d'autres artistes, compositrices, autrices, interprètes, qui s'appelle Ardente. On a joué dans des lieux de fous et ça, ça m'a mis du baume au cœur. Et je me suis dit aussi qu'il y a cette idée d'être tout le temps seule, en solo, à tout gérer seule, qui me pèse. Et peut-être que je referai de la musique plus tard, plutôt dans un groupe. Enfin, j'en sais rien, parce qu'en même temps, j'aime bien être toute seule. Il y a eu quand même des super belles choses qui sont tombées ces dernières années qui m'ont permis de tenir et de garder contact quand même avec la musique. Mais j'ai développé plus mon activité en freelance ces dernières années, d'où ce podcast. Et surtout, je me suis rendue compte que j'avais appris à gérer une entreprise. Et c'est horrible parce qu'on parle beaucoup d'artistes entrepreneurs en ce moment. Et je me suis vraiment rendue compte que c'était la réalité. On ne s'en rend pas forcément compte. On apprend à gérer plein de choses. On apprend à structurer un projet. On apprend à se vendre. Il y a plein d'outils que je n'avais pas. Mais l'idée, en tout cas, je l'avais. Et les étapes, elles étaient très claires dans ma tête. Donc maintenant, je suis en train de faire ça avec mon activité de freelance. J'ai appris beaucoup de choses ces dernières années, je me suis beaucoup formée sur plein de choses, j'en reparlerai aussi plus tard. Et je me disais au moins je vais être tranquille, je vais être planquée, parce que dans la musique il y a aussi le fait de se montrer tout le temps qui est ultra épuisant. Il faut montrer son visage, il faut être sur des photos, sur des vidéos, ça me pesait beaucoup. Sauf que maintenant quand on a son entreprise, c'est en train de devenir la même chose pour les entrepreneurs, puisqu'il y a LinkedIn comme réseau social qui se développe énormément, et de plus en plus il faut mettre des photos de soi, puisque l'humain... aiment voir d'autres humains pour interagir. Je ne le fais pas encore beaucoup, je ne me prends pas en photo pour mon activité de freelance, mais honnêtement, je crois que ça me dérange moins parce que dans la musique, il y a quelque chose de très intime, très émotionnel et du coup, c'est assez dense de se montrer pour dire des choses personnelles. Quand c'est pour une entreprise, je trouve ça plus lisse et c'est plus facile, ça me paraît moins compliqué. Mais il y a un gros travail à faire avec l'image de toute façon. Moi je suis d'une génération où j'ai 34 ans, je ne suis pas née non plus avec les selfies et les réseaux sociaux. Et ce n'est pas évident, pourtant ça fait des années, c'est mon travail, mais quand c'est pour soi, c'est un aspect qui est très compliqué. Et pour conclure cet épisode, je ne sais pas s'il sortira avant ou après, mais je sors un nouveau morceau le 21 février. C'est un morceau que je joue depuis très longtemps sur scène et j'ai décidé de le sortir puisqu'il était fini parce que j'ai quelques morceaux sous le coude encore que j'aime bien et qui ne sont pas encore sortis. Donc je me suis dit que c'est quand même une façon un peu de remettre le pied à l'étrier. C'est une chanson qui s'appelle De loin. Toute l'année dernière, j'ai ressorti plein de vidéos sur les morceaux de mon disque de 2022. Ça, c'était super chouette aussi. L'art n'a pas de temporalité et on peut remettre un coup de projecteur sur des choses qu'on a fait avant. Moi, je suis très contente de l'avoir fait. J'ai vu vraiment qu'il y a plus de gens qui ont écouté ma musique, qu'on m'en a parlé. Donc si c'est une question que vous posez, n'hésitez pas à le faire. Franchement, j'ai testé pour vous et je suis trop contente d'avoir fait ça parce que j'avais l'énergie de faire de la communication que je n'avais pas avant. Et j'ai remis en lumière des choses qu'il y avait à un ou deux ans et c'était trop chouette de faire ça. J'ai l'impression d'être allée vraiment au bout. Donc voilà, nouvelle page qui se tourne, nouveau morceau de loin. Et je pense que je vais en sortir d'autres dans l'année. Et puis on verra ensuite si l'envie d'écrire des chansons revient. J'écris mais pas forcément des chansons. Je pense qu'elle reviendra, je ne sais pas si c'est des choses qui sortiront ou pas. En tout cas aussi pour dire écoutez-vous et finalement on a le temps. Et il ne faut pas se forcer, il ne faut pas que le rêve devienne une contrainte.