Speaker #0Quand on est triste, "3h30 du matin". Quand on est mal heureux, "la voix dans la nuit". On aimerait bien entendre une voix dans la nuit pour nous réconforter. Une voix chaude, une voix douce. Une voix qui nous prendrait dans ses bras de voix, qui nous envelopperait. Elle avancerait vers nous sans bruit, sans être mal honnête ni intrusive. Elle ferait la part belle au silence, sans le déloger, sans le débusquer, comme ces voix de nos enfances à la veillée qui font un tapis au silence laissé par l'ancêtre qui part. Cette voix qui nous vient de la bougie, dans la nuit, la voix qui lisse les ombres, les fait cambrer doucement. On n'aurait pas besoin qu'elle dise quelque chose de précis. C'est une histoire..., peu importe ce qu'elle raconte après tout. C'est un poème..., cela, c'est une chanson... On ne l'écoute pas vraiment, on entend juste et simplement la voix. On est bercé, on est content, petit à petit, petit à petit, on tombe moins vite dans le trou, petit à petit, il y a un matelas, petit à petit, on pense de moins en moins, petit à petit, on ne pense plus, on tombe moins vite dans le trou, petit à petit, on se love en soi-même. On est bercé, on s'y trouve bien, on est content. Petit à petit, on s'y révèle, on s'y élève. Oui, on s'y élève. Calme, serein, bien heureux. Il nous semble entendre que coule une source quelque part. Au lointain, un bruit vaporeux, un sifflet. On se dit que ça doit être quelque part à l'autre bout du globe, que de là où on se trouve désormais, on peut entendre toutes les eaux couler, une forêt, un jardin, celui de la belle, la chaude, la douce voix. On écoute, on écoute encore, on ferme les yeux. Et alors, là où tout était noir, là où tout était froid, là où tout était froid, tellement noir et froid qu'on ne pouvait pas y rester, alors, à ce même endroit, apparaît soudain une lumière. On n'y croit pas, on réouvre les yeux, mais on y retourne pour vérifier résolument. On y retourne. Il y en a partout, c'est blanc, c'est clair, c'est beau, ça se diffuse lentement sous la bouclière, ça réchauffe et ça réjouit, ça donne à la bouche le goût à s'étirer, le cœur à sourire, ce ne sont pas des étoiles, c'est un ciel entier et on se sent bien, et on se sent heureux, et on se sent joyeux, il n'y a plus de place pour la tristesse. Il y a partout la joie, presque immobile, belle et certaine. Ça vous réconforte un homme, la beauté. La beauté de cette lumière dans les tréfonds de la voie. Alors, à ce moment, on se laisse tomber. Il arrive qu'on s'endorme, prêt et paré au vertige, dans toute cette lumière. On ne sait plus pourquoi on est triste, car il est évident qu'on l'est encore. Cette chose en nous n'a pas disparu. Disons. qu'on n'est plus uniquement cela. On est aussi heureux. Il y a des papillons de lumière sous mes paupières. Alors on peut se lever si on ne dort pas déjà. Alors on peut s'asseoir sous un ciel étoilé. Alors on peut prendre sa plume, son marteau, son aiguille, que sais-je. Car alors, on peut œuvrer. Car alors, on peut créer.