- Speaker #0
Bonjour Charlotte, je suis très contente d'être recevoir aujourd'hui. La première question que je pose en général à mes invités, c'est de se présenter en me parlant de leurs valeurs. Parce que pour moi, les valeurs, c'est vraiment le socle un peu de ce qui va nous permettre de prendre des décisions et de guider nos vies. Donc, est-ce que tu peux me dire un petit peu quelles sont les valeurs qui te guident dans la vie ?
- Speaker #1
Alors, c'est marrant parce que ce matin, j'avais une rencontre avec des lycéens dans une ville juste à côté d'ici. Et à un moment donné, je leur parlais de la manière dont le changement climatique impacte les femmes, et notamment les femmes dans les pays du Sud, avec des exemples quand même assez horribles. Je parlais de comment ça accélérait les mariages forcés, les mutilations génitales, etc. Et ils ont fini par me dire « Mais en fait, madame, on n'en a rien à foutre, ça ne nous concerne pas » . Et je me suis mise à leur faire tout un exposé sur l'empathie et à quel point pour construire une société plus juste et plus vivable, il faudrait vraiment que ce soit une valeur qu'on défende et qu'on partage tous. Et je pense que c'est peut-être ça qui me vient du coup remis à l'esprit. Et c'est comme ça aussi que, on va peut-être en parler, mais comme ça que j'élève ma fille, c'est dans l'empathie par rapport aux autres et quel que soit l'autre. C'est-à-dire quel que soit l'être vivant qui est l'autre.
- Speaker #0
Ça me parle beaucoup, ça fait partie aussi des valeurs importantes et ça se voit clairement dans ton travail. Justement, j'avais envie de te poser des questions sur ton métier de journaliste. Parce que quand t'en parles, j'ai l'impression que c'est plus qu'un simple métier, j'ai l'impression que c'est vraiment une vocation pour toi. Peut-être que je me trompe, je ne sais pas, mais du coup, qu'est-ce qui t'a donné envie d'être journaliste ? Est-ce que tu l'as toujours su ? Et aussi, du coup, quelle est ton approche en tant que journaliste ? Parce que tu peux traiter plein de sujets différents, avoir différents formats, etc. Toi, tu as quand même une approche assez spécifique. Donc, est-ce que tu peux m'en parler ?
- Speaker #1
Oui, alors, je pense que j'ai su que je voulais être journaliste très tôt. J'étais au collège. à l'époque où je l'ai verbalisé, en tout cas j'étais au collège donc j'y suis quand même très tôt je voulais être historienne un peu plus tôt donc ça reste un peu la même branche mais je crois que c'est le seul métier avec lequel j'avais existé juste avant et je suis vraiment arrivée au journalisme par l'écriture ma passion première dans la vie ça a toujours été la littérature depuis que je suis toute petite, j'ai toujours un bouquin avec moi après je me suis mise à écrire mais c'était de la fiction et j'ai rencontré le journalisme comme ça, c'est à dire que petit à petit quand tu lis du Camus ou du Victor Hugo tu finis par tomber sur le récré journalistique et j'ai été Merci. frappé quand j'étais au collège de voir qu'avec l'écriture, non seulement tu pouvais créer des imaginaires, mais tu pouvais aussi bousculer les esprits des gens et transmettre des pensées, des valeurs et puis graver le monde dans le marbre en fait, ce truc d'immortalité des événements que tu vis. Et moi ça m'a beaucoup marqué et au début j'étais vraiment partie avec l'idée que je serais journaliste de guerre, mais vraiment à l'adolescence je serais journaliste de guerre pour parler des personnes qu'on ne voyait pas et c'est une idée qui m'a suffit pendant... très longtemps. J'étais journaliste au Liban pendant un moment, après j'ai parti en Turquie, enfin tout le côté Moyen-Orient, ça m'intéressait énormément et je me voyais vraiment faire ma carrière là-bas pendant 30 ans. Et après le Covid est passé par là, et alors j'étais déjà journaliste à cette époque et je m'intéressais déjà aux questions écologiques, féministes, mais c'était pas forcément le cœur de mon sujet. Et pendant le Covid, on parlait de mort tout le temps, c'était insupportable et je me suis rendue compte que c'était ce que je m'apprêtais à faire tout le reste de ma vie. Alors ça fait beaucoup rire les gens parce que quand je raconte ça, je leur dis « et c'est pour ça que je suis devenue journaliste spécialisée écologie » . Et là on me dit « parce que c'est plus loyaux que le journalisme de guerre, j'en ai parlé de réchauffement climatique aujourd'hui » . Et c'est vrai que c'est un peu les montagnes russes émotionnelles parce que pour moi parler de réchauffement climatique, c'est pas juste parler de réchauffement climatique, c'est parler de tous les enjeux autour sociétaux, féministes. Et c'est pour ça que j'aime bien ce levier-là. C'est qu'en fait pour moi le levier écologique, il permet de tirer énormément de fils. Donc tu vas parler de... protection même de l'enfance, protection de la faune et de la flore, des femmes, justice, égalité, refonte démocratique, et c'est ça qui est passionnant, en fait. Et surtout pour sortir de ce côté très négatif et pessimiste de l'info, je fais de plus en plus de journalisme de solution, donc je vais voir les personnes qui mettent en place des alternatives concrètes, et j'essaie de les mettre en lumière.
- Speaker #0
trop cool C'est quoi les challenges en tant que journaliste aujourd'hui ? Parce que surtout avec les médias, il y a plein de médias qui se créent, il y a les réseaux sociaux, la désinformation, etc. C'est quoi les challenges en tant que journaliste et surtout en tant que journaliste engagée pour vraiment faire passer tes messages, mais être aussi juste, objective ?
- Speaker #1
Ce qui est intéressant, c'est que j'ai le pied dans deux formes de journalisme assez différentes et ça me permet de voir des challenges d'un point de vue global. Je suis journaliste pour les échos. où j'écris pour la rubrique Planète. Et je dirige un média indépendant qui s'appelle Combat, qui est le média de la révolution écologique et sociale par les femmes. Donc on a d'un côté un média qui a une ligne éditoriale bien libérale, où c'est assez difficile de changer son ADN, et de l'autre un média vraiment très engagé, qui est vraiment mon média de cœur. Donc d'un côté, j'essaye d'être pédagogue envers un public qui n'est pas très sensible aux questions que je viens traiter, et de l'autre un public plus de niche, qui au contraire est déjà engagé, voire militant. Donc aux échos, ce qui est difficile, c'est que tu t'adresses à des personnes qui ne voient pas forcément l'intérêt pour eux de lire ce que tu écris par rapport à l'écologie, par rapport aux droits des femmes, etc. Et c'est assez challengeant de réussir à faire passer des sujets. Par exemple, l'année dernière, mon dada, c'était les droits autochtones. Comment tu relis les droits autochtones et l'environnement ? J'ai réussi à faire passer beaucoup de sujets là-dessus, mais c'est vrai que c'est assez difficile. Et surtout, quand tu parles dans un média dont l'historique et la colonne vertébrale, ça reste le capitalisme et l'argent. Et c'est très difficile de parler d'autre chose. Mais on y arrive quand même. Je vois qu'il y a de plus en plus de journalistes qui sont engagés dans des médias qu'ils ne sont pas et qui essayent un peu de faire sortir des sujets dans l'ombre ou pas, mais en tout cas de changer les choses à l'intérieur. Et à l'inverse, dans Combat, on a un public qui est très réceptif. Par contre, c'est un média indépendant. Et dans le milieu des médias indépendants, c'est ce que tu disais, il y a de plus en plus de médias qui se créent. Mais pour une finance qui reste stable, on est de plus en plus à se partager un gâteau qui n'est pas très grand. Et c'est très difficile de faire émerger des vrais médias qui sont stables d'un point de vue économique ou de journalistes aussi, parce qu'il faut les payer ces personnes. Et de proposer des médias qui proposent des récits différents de ceux des médias mainstream, c'est difficile parce qu'on n'a pas les moyens. On est de moins en moins soutenus. Avant, on avait une bourse pour la presse émergente qui a été suspendue l'année dernière, donc on a moins d'argent aussi de ce côté-là. Et la dernière chose, que ce soit aux échos ou à combat, c'est que on a le développement de l'IA qui est vraiment en plein boom en ce moment. Et je suis assez révoltée de voir à quel point dans mon entourage, les journalistes, ils utilisent ChatGPT à toutes les sauces. C'est-à-dire qu'à pas, maintenant, ils font tous leurs articles avec. Alors, ils ne vont pas forcément écrire tout l'article avec ChatGPT, mais pour leurs recherches, etc. C'est vraiment devenu un outil du quotidien. Et moi, je trouve ça assez inquiétant parce que l'IA, au contraire, elle est en train de nous bouffer notre travail. Maintenant, quand je vais passer à un article ou une photo... je vais devoir vérifier si elle est vraie. C'est-à-dire qu'avant de vérifier ce qu'elle dit, tu dois vérifier d'abord qu'elle est vraie. Et comme ils sont de plus en plus forts, c'est plus difficile.
- Speaker #0
Mais t'en parlais un peu dans ton livre quand tu parles de tout ce qui est école, éducation et tout. Je me dis, entre ce que tu partageais et puis aussi ce que j'ai vu, par exemple, pendant mes études, cette idée que toujours l'écologie est traitée à part. C'est-à-dire... Pendant tes études ou à l'école, voilà, t'as un sujet écologie très spécifique, tendeur, et puis après on traite les sujets de manière classique. Et dans les médias, c'est un peu ça aussi, de se dire voilà, il y a le volet écologie, bah toi t'es dans la partie écologie justement, écologie des échos. Alors qu'en fait l'écologie, c'est infusé dans tout quoi, c'est autant, comme tu dis, le féminisme. mais c'est aussi la vie de tous les jours, l'immigration, c'est vraiment la base de tout. Je ne sais pas comment toi, tu pourrais traiter ça, justement, dans tes articles à toi, ou même dans les échos, pour passer de ce truc, c'est juste l'écologie d'un côté, à en fait, il faut que l'écologie, ça soit partout. En politique, souvent, tu as le parti écolo, ou vraiment l'onglet écologie dans les programmes, alors qu'en fait, tout devrait être fait en fonction de ça aussi.
- Speaker #1
Je suis absolument d'accord. Pour moi, l'écologie, tu dois irriguer tous les sujets. Et c'est pour ça que c'est difficile aux échos. En plus, moi, c'est une sous-rubrique. C'est dans les échos week-ends, il y a la rubrique planète.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
il faut aller la chercher déjà. Et comment tu fais quand tu as un papier ? Alors, je vais donner un exemple précis. Mais moi, aux échos, quand je fais des papiers, c'est vraiment des papiers où je parle de sociétés où on arrête d'utiliser les produits qui émettent des gaz à effet de serre, donc tout ce qui est énergie fossile, etc. Et juste après, tu vas voir la tribune d'un mec qui dit « Vive le pétrole » . C'est du BQ, donc il y a vraiment une tribune dans les échos qui s'appelait « Vive le pétrole » . Pareil, j'avais fait un jour une enquête sur les banques qui polluent en France. Et juste après, il y avait une pub pour BNP Paribas, alors que je venais de les dégommer dans mon article. Et ça n'a aucun sens.
- Speaker #0
C'est pas cohérent.
- Speaker #1
C'est pas cohérent, et c'est pour ça qu'il faut que l'écologie infuse partout, et surtout qu'on forme les journalistes. Parce que ça, c'est un truc qui est très important, c'est que les journalistes ne sont pas formés aux questions écologiques. Ou alors, ils vont avoir peut-être un cours pendant leur master, mais ça va s'arrêter là. Alors qu'aujourd'hui c'est quand même un enjeu qui est primordial puisqu'il vient tout bousculer, qu'il faut que la société de demain se base là-dessus pour avoir une planète plus ou moins habitable. Et ça ne peut pas le faire si on a des articles qui dénoncent certaines choses et que juste après on passe à autre chose. En fait c'est comme passer d'un film à un autre, il n'y a sans aucun fil rouge entre les deux. Et ça ça doit être, c'est même pas seulement juste dans le milieu du journalisme. Moi j'essaye de faire ça, généralement quand j'essaye de prendre des sujets qui sont transversaux. où je parlais à la fois d'écologie et d'impact sur les plus précaires, d'écologie et on parlait de droit des femmes, d'écologie, droit des autochtones. Alors il y a l'aspect biodiversité qui plaît beaucoup. Mais c'est encore une fois, en fait ça plaît beaucoup et en même temps ça reste un sujet niche donc c'est assez difficile. Mais même avant le journalisme, il y a tout ce qu'on apprend à l'école finalement. Moi à l'école on m'a toujours dit t'es une littéraire, tu vas faire des études littéraires. J'ai fait un bac L, j'étais effectivement trié littéraire. Et pendant longtemps, quand on parlait d'écologie, moi j'avais l'impression que l'écologie, c'était un truc de scientifique. On venait d'expliquer avec des chiffres, et puis des trucs chimiques, etc. Et des trucs de physique, où peut-être j'étais pas apte à comprendre. Alors qu'en fait, justement, il faut que ça infuse partout. Et il y a une collection de bouquins que j'aime beaucoup, qui est chez Actes Sud, la collection... C'est Empreinte Sauvage, je crois. J'ai plus le nom, mais bref, c'est une collection chez Actes Sud, où il lit généralement un écrivain, donc un artiste, avec un scientifique. Et ils essayent de faire un mix, c'est-à-dire de sensibiliser les lecteurs. Alors ça va être soit sur le renard, soit sur l'ours, soit sur des animaux, mais avec un style très littéraire. Et du coup, ils mêlent vraiment science et littérature. Et je pense que c'est des trucs un peu hybrides comme ça qui peuvent faire que ça fonctionne. C'est vraiment montrer que comprendre le changement climatique, ce n'est pas un truc de scientifique, mais ça touche tout le monde et on peut en parler de manière très artistique aussi. Il y a de plus en plus d'artistes qui en parlent de ça.
- Speaker #0
Oui parce que ça nous concerne vraiment tous, c'est pour ça que c'est frustrant. Je sais que moi dans mes études de mode c'était pareil, on avait le cours sur la mode responsable, dans mon master moi j'avais l'option éco-responsabilité, alors qu'en fait déjà en termes de réglementation maintenant les marques doivent aussi suivre certaines choses, donc en fait on n'a plus trop le choix et les gens derrière ne sont pas formés, donc c'est vrai que c'est frustrant aussi et ça amène à ma question sur l'engagement, tu es très engagée. Et je me demandais déjà, est-ce que tu te considères activiste ? Qu'est-ce que ça veut dire pour toi être activiste ? Et concrètement, comment se traduit ton engagement dans ton quotidien ? À travers ton métier, c'est assez clair, mais de manière générale, comment tu traduis cet engagement ?
- Speaker #1
C'est compliqué parce que, déjà, même sans parler jusqu'au mot activiste, te dire journaliste engagé, c'est toujours assez mal perçu. D'ailleurs, on s'était fait la réflexion une fois que journalistes engagés, on dit ça pour les journalistes qui sont plutôt constitués à gauche, mais jamais pour un journaliste constitué à droite. Alors que d'une certaine manière, ils sont engagés pour d'autres valeurs, peut-être. Est-ce que je suis activiste ? J'ai été activiste vraiment au sens pur pendant quelques années, quand j'étais mobilisée auprès d'ONG. Par exemple, j'étais à Extinction Rebellion à une époque. J'ai été bénévole dans des associations comme ATD Carmond. pour On est prêt, Amnesty, vraiment des ONG d'activistes. Aujourd'hui, c'est un peu moins facile de conjuguer ça avec le métier de journaliste, parce qu'il faut quand même que tu sois un minimum, alors neutre, c'est pas le terme, mais pas forcément que tu sois sur le terrain à militer. Et donc, pour moi, mon engagement, il vient surtout des sujets que je choisis, et de la manière dont je les mets en œuvre. C'est-à-dire que si je prends un sujet qui traite d'économie et d'écologie, je vais vraiment essayer de montrer là où ça pêche. Y compris si c'est dans un média qui est détenu par un milliardaire. Et je n'ai pas peur de montrer cet engagement-là à travers mes articles. À partir du moment où c'est des propos qui sont justifiés, où c'est des scientifiques qui viennent les étayer, où il y a des sources, etc. Je ne parle pas à la première personne. Ce n'est jamais moi qui viens mettre mes idées sur la table. On est tous avec des origines sociales différentes, géographiques différentes. On n'a pas le même vécu. On n'a pas été élevés de la même manière, par exemple. On ne va jamais fournir un sujet de la même manière. Et je crois qu'il faut qu'on l'assume aussi. Et cet encouragement-là, je l'ai aussi mis dans ma vie personnelle parce que je ne me voyais pas parler d'écologie en vivant forcément en ville à l'année. Moi, j'ai un petit village de 500 habitants en Alsace. Après, je suis montée en université à Paris, mais j'ai grandi vraiment près de la nature. Et j'en avais un peu marre de voir des journalistes parler de changements climatiques et d'agriculture et d'impact sur les zones rurales, alors qu'en fait, ils quittaient jamais les zones urbaines. Et là, ça fait trois ans que j'habite dans les Gorges-du-Verdon, où il y a des problématiques qui sont très fortes. Et ça me permet aussi de garder vraiment les pieds sur terre et de voir comment ça se passe ailleurs que là où il y a les plateaux télévisés.
- Speaker #0
Et comment tu gardes espoir justement ? Parce que déjà quand on est pas à fond, quand on suit moins l'actualité ou qu'on est moins engagé au quotidien, c'est déjà pas évident parce qu'on se rend quand même compte de tout ce qui se passe dans le monde. Et toi t'es vraiment sur le front, tu te renseignes énormément, t'es au courant de tout ce qui se passe. Comment tu gardes espoir justement et d'où tu te trouves ? justement cette énergie de continuer à agir, à t'impliquer, à y croire en fait. Parce que vraiment quand tu vois des trucs qui se passent en ce moment, tu te dis « non mais en fait ça ne sert à rien, comment faire, c'est un problème qui est plus grand que nous etc. »
- Speaker #1
Non en plus que là cette année on a quand même été dans un tsunami entre la réélection de Trump, les reculs sur les normes environnementales, Gaza, on est vraiment dans un moment très particulier. Alors je vais pas te dire que je nage dans l'espoir du matin au soir, jour après jour, c'est pas vrai. Et en plus je fais un métier où c'est vraiment les montagnes russes émotionnelles. Donc tu te lèves le matin, tu fais une enquête sur, je sais pas, sur la pollution atmosphérique ou sur le recul des normes environnementales. En plus, les enquêtes, c'est comme des gros papiers où tu as beaucoup de scientifiques au téléphone. Et puis, faire des interviews scientifiques, c'est très long parce que c'est des personnes qui aiment bien étayer leur propre. Donc, ça va prendre parfois deux à trois heures d'interview. Et à la fin de la journée, tu as juste des infos négatives à mettre en page et ce n'est pas du tout agréable. Puis, le lendemain, tu vas faire un papier sur quelqu'un qui a mis en place une solution concrète. Et tu vas adorer la mettre en lumière parce que du coup, c'est ça qui va te donner espoir. Donc, c'est vraiment pas les montagnes russes. Et en même temps, c'est un peu ce que je voulais, c'est-à-dire ne pas être juste dans le journalisme de solutions où tu as tes œillères, tu as l'impression que tout va bien. Et en même temps, juste dans le journalisme factuel, où tu montres que... Enfin, où il y a un truc un peu apocalyptique, finalement. Donc comment est-ce que je rêve à garder espoir ? Déjà parce que j'ai une fille de 3 ans. Et que j'essaye de me dire que si je l'ai mise au monde, c'est pas pour baisser les bras. Et je crois que c'est un peu un acte de survie aussi. C'est que moi, j'aime profondément la vie. Et j'aimerais bien qu'elle continue. Pour moi, comme pour les générations suivantes. Et j'ai tellement rencontré que ce soit pour... mon dernier livre ou pour les papiers que j'écris au quotidien des personnes qui sont engagées, mais corps et âme, dans cette lutte-là, que je crois que ce serait peut-être indécent de leur dire « mais ce que tu fais, ça sert à rien, de toute façon, on va tous mourir » . Moi, c'est des personnes qui me portent, des personnes que je rencontre au quotidien, et j'essaye de m'entourer de gens comme ça, qui y croient et qui n'ont pas peur d'aller mettre la main dans la terre pour changer le monde à leur manière.
- Speaker #0
Ouais, je pense que moi aussi, j'oscille souvent entre les deux, quoi. Entre le désespoir et l'idée de me dire, de toute façon, on n'a pas le choix, en fait. On est là, il faut qu'on fasse quelque chose, donc autant s'engager et faire des choses qui sont alignées aussi avec nos valeurs, justement. Parce qu'être en dissonance cognitive tout le temps, c'est quand même très compliqué. Mais à ton avis, qu'est-ce qu'on peut faire à un niveau individuel ? C'est la question qui revient toujours. Pour vraiment avoir un impact tout en ayant les moyens qu'on a en tant qu'individu. Parce que souvent, moi, je me dis, ouais, non, mais OK, je ne fais pas assez. Je ne me considère pas activiste, je me considère engagée. D'accord, c'est bien de le dire. Mais finalement, qu'est-ce que je fais concrètement au quotidien ? Je fais des petites choses à mon niveau, mais j'aimerais faire plus. Je sais qu'il y a beaucoup de gens qui sont comme ça. À ton avis, qu'est-ce qu'on peut faire ou qu'est-ce que tu recommanderais de faire qui peut quand même avoir un impact à notre échelle ?
- Speaker #1
Oui. Alors souvent, quand on pose cette question de manière générale, on aime bien répondre en parlant d'éco-gestes et en listant tous les trucs que tu peux faire dans ton quotidien, en utilisant les déchets, etc. Le problème de tout ça, c'est que déjà, ça oblique la réalité qui est que le problème est systémique et structurel et pas individuel. Et surtout, ça replie vraiment toujours les gens sur leur foyer. C'est-à-dire que si tu veux changer les choses, tu restes chez toi et puis tu fais ton savon, tu fais ton truc. Oui, c'est ça. prend des couches lavables, ce qui est très bien. Mais la vraie solution, à mon avis, c'est justement de sortir de chez soi et c'est d'aller sensibiliser autour de soi. Pas d'aller faire des leçons de morale, mais vraiment de recréer du lien. Parce que je pense qu'on est dans une société qui manque vraiment de liens et que c'est ce qui fait aussi que tout est en train de s'effondrer. C'est qu'on a l'impression d'être ultra connectés avec nos réseaux sociaux, etc. Mais en fait, on est tous divisés les uns les autres. Et rien que recréer du lien dans son quartier, dans son village, et de réussir à... parler des problématiques qui nous tiennent à cœur parce qu'il y a toujours un combat qui tient à cœur à quelqu'un. Si ce n'est pas l'écologie, ce sera des problématiques sociales, ce sera des personnes qui sont dans la précarité, ce sera les violences sur les enfants, je ne sais pas. Et en fait, tout finit par se relier. Et je crois que la solution, elle est là aussi, c'est-à-dire de réussir à créer des luttes transversales avec les personnes qui sont autour de nous. Parce que ça permet de créer du collectif et je crois que l'espoir, il réside là-dedans, en fait, dans le collectif.
- Speaker #0
Ouais, je pense que t'as raison, parce qu'on se sent quand même très seule, quoi. Tu te dis, quand c'est un truc individuel, et t'es là, bon, qu'est-ce que je vais faire ? Je vais recycler, ok. Et puis tu te retrouves juste tout seule avec ton écho-anxiété, et t'es là, bon, Alors que justement, quand tu vas dans des lieux collectifs, ou que tu t'engages dans une asso, ça porte quand même d'être à plusieurs, et ça aide à s'encourager, mais aussi à voir qu'il y a des gens qui ont plein d'idées, qui ont plein de ressources, et tout ça. Mais justement, comment on rencontre des gens dans... qui sont dans cette même vibe. Il y a les assos, c'est ma première idée, ok, on s'engage dans une asso, mais c'est pas si simple, je trouve, de trouver des collectifs ou des gens avec qui se réunir pour s'engager ou juste discuter, échanger.
- Speaker #1
Alors oui, effectivement, il y a les associations et les collectifs qui sont assez bien répertoriés, donc c'est assez facile. Et encore une fois, c'est plus facile dans les villes que dans les zones rurales. Là où j'habite, par exemple, la première gare, elle est à deux heures. la première grande ville elle est à 2h c'est l'endroit où il y a la gare et pour y aller c'est 2h en voiture mais moi je prends les transports en commun parce que je suis journaliste écologique donc je mets 4h de bus c'est un délire et surtout il y a très peu d'associations il faut aller loin et c'est pour ça que c'est intéressant dans ces endroits là quand je dis de recréer du lien parfois ça va être juste dans sa rue moi je me suis rendu compte au début je suis arrivée là et les Gorges du Verdon c'est très touristique il y a du surtourisme donc les... Personne n'a intérêt à protéger la faune et la flore, parce que ça veut dire moins de rentrées d'argent. Au début je me disais comment je vais faire pour parler d'écologie dans ce village-là. C'est au fur et à mesure, mais vraiment c'est juste réapprendre à se poser dans des cafés avec les gens qui vivent près de chez nous. Parce qu'on passe notre temps à parler avec des gens qui habitent à l'autre bout de la planète. Mais en fait les gens qui vivent près de chez nous, ce ne sont pas des personnes qu'il faut ignorer ou qu'on considère comme ignorants sur tous enjeux. J'ai fini par rencontrer des personnes qui n'étaient pas forcément au fait de ce qui se passe dans le climat. mais qui étaient touchés par ce qui se passait dans la région parce qu'ils la voyaient changer, ou qui allaient me parler de... J'ai eu toute une conversation sur l'avenir des enfants, par exemple, avec eux. Et il faut réussir à s'intéresser à ce qui anime les gens, qui vivent près de chez nous. Vraiment, je pense vraiment qu'il faut partir de là aussi, parce que c'est beau de réapprendre à se connaître entre nous. Et c'est d'autant plus fort après comme lien. Et on a toujours... Franchement, encore une fois, le réchauffement climatique, ça impacte tellement tous les secteurs du quotidien et de notre vie que ça finit... toujours pas rentrer en contact avec quelque chose qui touche les gens.
- Speaker #0
Oui, c'est tout à fait vrai, mais c'est pas évident aussi de renouer le contact avec des gens et potentiellement s'exposer à des gens qui n'ont pas les mêmes idées. Il faut être patient, il faut être pédagogue et il faut être à l'écoute, etc. C'est vrai que ça dépend de qui est en face de nous, mais moi des fois, j'ai du mal. Et pourtant, de base, pour moi, c'est facile d'écouter et j'ai beaucoup d'empathie et j'essaie toujours d'être le plus bienveillant possible. Mais si vraiment sur certains sujets on n'a pas les mêmes idées, je trouve que c'est vraiment très difficile des fois de... Soit d'être juste dans l'écoute et de ne pas intervenir ou de vouloir imposer ton idée, soit de vraiment échanger et que ça reste un échange et que l'émotion ne prenne pas le dessus.
- Speaker #1
Mais parce qu'on a désappris à faire ça, notamment avec les réseaux sociaux.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Mais on ne sait plus vraiment discuter et prendre en compte l'avis de l'autre et son vécu encore une fois. Mais il y a un super projet qui a été monté par Lacroix l'année dernière, je ne sais plus si c'était à partenaire avec Brut ou quoi... L'idée c'était de faire, il fallait remplir un formulaire où tu mettais, ils te posaient des questions, qu'est-ce que vous pensez, est-ce qu'il faut plus d'autorité en France, est-ce que le réchauffement climatique est une priorité, etc. Et après ils faisaient se rencontrer deux personnes qui avaient un avis totalement opposé et le but c'était justement de leur permettre de discuter, de confronter leurs opinions et de permettre d'échanger avec des personnes qui ne sont pas d'accord avec toi. Donc il y a quand même des projets qui essayent d'émerger là-dedans.
- Speaker #0
C'est un bon exercice. Tu l'as fait toi ?
- Speaker #1
Je m'étais inscrite et je crois qu'il ne m'avait trouvé personne dans la région dans laquelle j'habite. Mais dans les villes, c'était plus facile de trouver quelqu'un.
- Speaker #0
Oui, j'avoue que ce serait une bonne chose à faire.
- Speaker #1
Mais on le refait cette année. Ah oui ?
- Speaker #0
Ok. Peut-être qu'il faudrait que je m'y intéresse. C'est presque pour s'entraîner. Je voulais aussi te parler du fait que tu as écrit un livre, qui est génial. Et tu l'as écrit en allant à la rencontre de personnes qui ont des modes de vie et de pensées alternatives. Et notamment des écolieux, des communautés, etc. Et c'est clairement ce que j'essaye de faire avec le podcast. Et en plus, pour cette saison 2, de base, je m'étais dit je vais vraiment faire ça. Je vais aller physiquement à la rencontre de mes invités. Et notamment, j'avais envie d'explorer tout ce qui est écolieux, etc. Et au final, je l'ai un peu fait, mais je ne suis vraiment pas allée jusqu'au bout de mon expérimentation. Enfin c'est pas une fin en soi, je sais que je vais continuer à le faire et tout, mais je pense que j'ai eu beaucoup de peur aussi, de blocage, parce que c'est quand même une grosse sortie de zone de confort d'aller à la rencontre aussi de ces autres manières de vivre, etc. Mais du coup je suis super curieuse que tu me racontes de comment ça s'est passé, de qu'est-ce que t'as pu expérimenter, qu'est-ce qui t'a marqué et si justement ça t'a donné aussi envie de vivre comme ça. Et si oui, comment ? Parce qu'en fait, il y a plein d'écolieux, ça veut tout dire et rien dire. Il y a plein d'infrastructures différentes, de modèles de vie en communauté différents.
- Speaker #1
En fait, c'est ça qui est assez fort, c'est que quand on parle d'écolieux, on imagine tous à peu près une caricature de personnes qui vivent, je ne sais pas, dans des tiny houses ou sous des tentes. Alors qu'en fait, c'est tellement multiple comme modèle. Et moi, je crois que c'est la première chose qui m'a frappée, c'est de voir à quel point on pouvait multiplier les manières de vivre différemment et en phase avec ces valeurs. et que tout est imaginable. C'est que j'ai rencontré des personnes qui vivaient vraiment à leur image. Ils choisissaient le mode de vie qui, pour eux, était le plus susceptible d'être aligné avec leurs valeurs et de les rendre heureux. Et d'un point de vue, c'est assez vertigineux parce que ça veut dire qu'il faut que tu saches profondément ce que tu veux en toi. C'est pas forcément évident tout le temps. Moi, j'ai adoré ces trois années-là. Donc, ces trois ans où j'ai été nomade, alors pas forcément toute l'année parce qu'en plus, j'ai fait la première année en étant enceinte. C'était un peu rock'n'roll. Mais déjà j'ai adoré y aller avec mon enfant dans le ventre. Je trouvais que justement ça cassait un peu la glace quoi. Ça veut dire que t'arrives, t'es pas toute seule. Et c'est des rencontres qui sont assez fortes. Moi j'ai toujours cet exemple quand on me demande ce que je retiens de toutes les familles que j'ai rencontrées, parce que j'en ai quand même rencontré beaucoup. C'est la première famille, c'était à Brocéliande. Je suis restée trois mois sur un terrain. Alors ils appellent ça une oasis, mais du coup ils vivent plusieurs familles dans des paille-ourtes. C'est des ourtes en paille porteuse. dans un endroit immense qui ressemble à une sorte de grand verger, c'est vraiment sauvage. Et moi, la première image que j'ai de ce moment-là, c'est une jeune femme qui s'appelle Delphine, qui est une des femmes qui vit depuis le plus longtemps sur le lieu, et qui vient à ma rencontre, et en fait, juste dans la prestance qu'elle a, dans la manière qu'elle a de marcher, de se tenir, je trouve qu'elle est différente des personnes que jusque-là j'ai rencontrées. Parce qu'il y a une sorte de force, une sorte d'ancrage. où tu comprends que ce qu'elle fait au quotidien c'est vraiment elle et qu'elle a su s'écouter et créer le mode de vie qui lui convenait et c'est quelque chose que j'ai retrouvé après chez les autres mais comme c'était la première je pense que c'est ce qui m'a le plus marquée je la revois encore avant ses remarques je vois comment elle était habillée c'était assez fou et j'ai rencontré vraiment des personnes qui donnaient envie parce qu'elles étaient solaires et parce que elles irriguaient quelque chose quelque chose de juste et qui donnaient vraiment envie Alors oui, forcément, ça m'a donné envie de me lancer dans l'aventure. Mais c'est tellement grand comme projet. Et j'ai vu tellement de choses différentes. J'ai vu autant des personnes qui vivent dans des paillourtes que d'autres qui vont vivre. Alors juste une famille dans une cabane en bois au-dessus d'une colline, mais qui vont être interdépendants avec les personnes qui vivent dans le village. J'ai vu des personnes qui vivent en ville, mais qui essaient de vivre de manière alternative. J'ai vu des personnes qui sont nomades à vélo. C'est... tellement différent et en plus à chaque fois elle t'en parle avec tellement d'amour et d'enthousiasme qu'elle pourrait te convaincre de partir le lendemain avec elle. Donc c'est assez difficile, mais je pense que j'ai pas fini d'expérimenter finalement. Moi j'aimerais bien y retourner maintenant que j'ai eu ma fille, y retourner avec elle et voir un peu comment elle se sentirait. Mais moi j'avais bien accroché ce premier oasis à Brosséliande parce que c'est... C'était vraiment très chaleureux comme lieu. C'était des barrières qui vivaient toutes ensemble en interdépendance, mais sans que ce soit vraiment... Enfin, sans que ce soit de l'entre-soi militant. C'est-à-dire qu'elles avaient toutes un peu une vie à côté, dans le village d'à côté, elles faisaient un peu ce qu'elles voulaient, mais il y avait des projets collectifs en même temps. Et puis, il y avait quelque chose de pur, en fait, qui m'a frappée.
- Speaker #0
Et comment tu trouvais ces lieux, justement ? Est-ce que tu les... J'imagine que tu les contactais d'avance. Tu allais faire du woofing. Comment ça s'est passé concrètement ?
- Speaker #1
En fait, c'est assez marrant parce qu'avant de partir, je m'étais fait une liste d'écolieux ou d'endroits un peu alternatifs qui avaient l'air sympas. J'ai contacté au fur et à mesure. Je suis allée dans aucun de ces lieux-là. Je pense qu'il y en avait une cinquantaine et je suis allée dans aucun. En fait, j'avais commencé dans une ferme qui n'est pas dans le livre, mais c'était plus pour un projet journalistique. C'était une ferme en Loire-Atlantique. Donc, ferme autogérée avec un boulanger, etc. Et sur place, il y a un homme. J'ai fait du woofing là-bas pendant 3-4 mois. Et là, il y a un homme qui me dit, tu devrais aller à Brosséliande, ils font des trucs chouettes. Donc là, Brosséliande, je rencontre cette famille qui me redirige vers une autre famille, qui me redirige vers une autre famille. Et en fait, j'ai fait ça pendant trois ans. C'est de fil en aiguille, de bouche à oreille. J'ai fini pour rencontrer des personnes que je n'aurais jamais rencontrées si j'avais suivi mon plan initial.
- Speaker #0
Ouais. C'est ouf, ça, quand même.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Parce que, ouais, c'est... Après, moi, je me donne des excuses aussi, mais c'est pas toujours simple. Alors déjà, tu peux pas juste chercher sur Google. Enfin, tu peux, mais bon. c'est pas forcément le truc le plus simple non plus le plus évident et après t'as aussi des modalités pour aller voir ces lieux tu peux pas juste débarquer comme ça donc faut quand même trouver comment pouvoir faire ces expériences là mais ouais c'est hyper intéressant et
- Speaker #1
après quand j'ai devenu maman il y avait un autre truc intéressant c'est que j'étais la seule de mon entourage parmi mes amis et famille à devenir maman puisque j'avais mon enfant à 24 ans donc j'étais enfin assez jeune Oui. par rapport à la moyenne, et du coup je m'étais inscrite sur un forum de mamans, enfin c'est un truc tout con.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et il y avait un onglet écologie où il y avait pas mal de mamans qui m'apparaîlaient de comment elles font pour essayer d'avoir un mode de vie plus écolo, et j'ai rencontré pas mal de personnes comme ça, et notamment une femme qui aujourd'hui fait partie de Combat, qui est devenue une de mes meilleures amies,
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
et qui a un projet, elle, en Savoie, donc elle lève ses enfants de manière très militante, elle est au soulèvement de la terre, je la vois physiquement, t'as l'impression que c'est... Une sorte de sorcière sacrée, en fait. Elle a plein de tatouages, des dastres. Elle a vraiment une chevelure qui est flamboyante. Et puis, tu as l'impression de la voir le point levé tout le temps. Et puis, très dans la spiritualité, etc. Et du coup, c'est des rencontres qui se sont faites comme ça aussi.
- Speaker #0
Mais il y a quand même des éléments où déjà, aujourd'hui, tu te dis « Oui, ça, j'aimerais vraiment que ça fasse partie de ma vie, des manières de vivre ou des lieux qui t'ont marqué, des idées qui sont restées comme ça. » En fait, des lieux, je ne sais pas, parce que j'ai l'impression que j'ai encore envie d'aller voir un peu ailleurs.
- Speaker #1
Après, cette idée d'avoir des...
- Speaker #0
un habitat collectif sans qu'on soit tous les uns sur les autres mais vraiment par exemple les paillourtes je trouvais ça trop bien parce que ça s'appelait mini village ouais tu as tout le monde à sa petite maison mais en même temps on vit ensemble et ça j'ai vraiment bien aimé je trouvais que ça a recréé du lien différemment ça faisait comme une mini société quoi où généralement on apprend quand même comment construire les paillourtes ensemble il y a les repas ensemble tu mets la main à la pâte et puis tu apprends plein de choses en fait parce que ça aussi c'est la partie de la solution c'est comment réapprendre à travailler le bois à travailler la terre à être autonome sur plein de choses et ça je trouvais ça hyper riche Surtout qu'il y avait beaucoup d'enfants dans cet endroit-là. Et je crois qu'avec ma fille, j'aimerais bien un lieu où elle puisse apprendre des choses au contact d'autres personnes. Ouais,
- Speaker #1
en mode petite tribu.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça.
- Speaker #1
Bah ouais, de ouf. Et c'est vrai que moi, de base, je m'étais toujours dit, ah oui, vivre en communauté, ça me plairait bien. Et en même temps, j'en serais jamais capable. J'ai vraiment trop besoin de mes moments seuls, d'être tranquille. Je pourrais vraiment pas être entourée de gens tout le temps. Et en fait, tu te rends compte qu'il y a quand même peu de... peu de communautés de collectifs qui sont comme ça en mode enfin en général chacun a son espace à sa vie aussi à côté et en fait c'est recréer du contact comme on disait tout à l'heure avec les gens autour de soi parce que à paris moi ce qui ce qui me dérangeait surtout à la fin je me suis dit ok il faut que je parte mais que je crée autre chose parce qu'il suffit pas juste de partir c'est que je connais pas mes voisins je sais pas qui c'est ou alors je les ai croisés comme ça mais mais je n'ai jamais créé de lien. Et je me suis dit, oui, même si j'ai besoin de quelque chose, il n'y a personne autour. Et inversement, j'aurais pu en fait les aider, tu vois, les discuter avec les personnes âgées à côté. Et je ne l'ai jamais fait et tout. Alors que ma grand-mère, elle, elle a gardé ce truc-là, tu vois. Il y a ses voisins qui viennent boire l'apéro. Si elle a besoin d'un truc, elle va leur demander et tout. Et je pense que c'est ces choses-là qui m'attirent dans ce qu'on qualifie d'écolieux, de communauté. C'est de recréer du lien. avec les gens avec qui tu vis quoi et juste rester dans ta petite bulle dans ta maison il ya un livre de pablo servigne et gauthier chapelle qui s'appelle l'entraide l'autre loi de la jungle et il montre que dans en tout cas chez les animaux et dans nos sociétés il ya très longtemps plus
- Speaker #0
on est dans le chaos s'il y avait des axes de solidarité qui vont se créer parce qu'on va être obligé de s'entraider plus tard et c'est pour ça que je disais qu'on est tous interdépendants c'est que quand on va dans des zones aujourd'hui rurales où c'est très difficile parce qu'il fait froid ou parce que la ville est loin, on est obligé d'être proche les uns des autres. Moi, par exemple, là où j'habite, dans le Verdon, on a un groupe WhatsApp où dès que quelqu'un monte en ville, il dit « est-ce que faut que j'emmène quelqu'un ? Est-ce que vous avez besoin d'emmener un colis ou de récupérer un colis ? » Et c'est débile en fait, mais on a perdu ça parce qu'aujourd'hui, quand tu vis à Paris ou dans une grande ville, tu peux tout faire toi-même et il y a tout qui est à proximité alors que là t'as besoin des autres en fait Et je crois qu'on va vers une société qui va devenir de plus en plus comme ça, parce que ce sera de plus en plus difficile de vivre sans l'autre. Donc on va être obligé de revenir à ces formes-là. Quand tu parles de ta grand-mère, clairement, c'est des questions de génération aussi.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
À l'époque, tu étais obligée de créer du lien dans ta rue. Ouais,
- Speaker #1
ça c'est cool. C'est un peu déprimant parce qu'on va devoir le faire par la force des choses. Mais ouais, c'est important. Les gens se sentent de plus en plus seuls de toute façon. donc je pense que c'est un besoin qui revient de plus en plus. Et oui, justement, par rapport à ta fille, par rapport à ton livre, les expériences que tu as pu faire et puis toi aussi avec qui tu es, tes valeurs, qu'est-ce que tu essayes de mettre en place dans son quotidien, dans son éducation pour transmettre justement toutes ces valeurs et toute cette conscience écologique, humaine ? Déjà, pour le peu que tu m'en dis, c'est déjà réussi. C'est-à-dire d'être un être humain déjà très éveillé. Mais est-ce qu'il y a des choses concrètes que tu as pu voir par exemple et que tu essayes de mettre en place dans son éducation ?
- Speaker #0
Alors la première chose c'était même si on vit dans un écolieu, vivre dans un endroit où elle est proche du vivant. Et ça c'était très important pour moi. On sait très bien que c'est dans les premières années que l'attachement en vivant va se former. Il y a plein d'études qui montrent que les enfants, j'envis, reconnaissent plus des logos de marques que des feuilles d'arbres près de chez eux ou des champs d'oiseaux. donc j'ai fait très gaffe à ça dans le verdon on vit dans une rue où il n'y a pas de voitures qui peuvent passer par exemple Donc elle déambule, déjà ma fille elle est à pieds nus tout le temps, c'est moubli mais que ce soit, maintenant même en ville elle en a un petit peu sur elle. Donc elle est tout le temps pieds nus, donc elle est au contact avec la terre, avec l'herbe, elle se baigne dans le verdon quelle que soit la saison, je sais pas comment il est ton épiderme. Mais voilà, elle escalade les rochers, enfin voilà, elle est toujours en lien avec le vivant. Si elle veut, elle voit un escargot qu'elle veut le voir ramper pendant 15 minutes, je vais la laisser regarder l'escargot ramper pendant 15 minutes. Il y avait une scientifique qui m'avait recommandé une application aussi où tu peux prendre en photo les insectes et puis ça te dit ce que c'est. Donc parfois on fait ça. En tout cas voilà, les premières années c'était vraiment la sensibiliser au vivant autour d'elle et qu'elle sache que le vivant c'est un allié, qu'elle en fait partie. Et pas que c'est quelque chose contre lequel il faut lutter ou qui est loin. Donc ça c'est plutôt bien fait. Après, on a effectivement tout ce qui a été éco-gestes, parce que vu mon métier, ça me semblait logique de rester en face avec tout ça. Donc oui, elle a été en couche lavable, elle sait que ses habits, on les achète d'occasion. Je l'emmène en friperie, on fait des brocantes pour ses jouets. On fait aussi, alors c'est assez rigolo parce qu'on fait nos savons dentifrice seules. Et c'est assez drôle parce que c'est un temps, mine de rien, au début je me disais c'est juste un petit geste individuel qui ne changera rien. Alors qu'en fait ce qui est assez intéressant c'est que ce temps là que tu passes avec elle à faire, c'est un temps que tu ne passeras pas avec elle à consommer. Ma fille elle va très peu dans les supermarchés. Elle se dit, enfin il n'y a plus de produits pour laver le linge, elle dit bah viens on le fait, elle va sortir le bicarbonate etc. Elle sait faire ça. Ce qui était important aussi, c'était comme je suis dans le métier, en fait, technologie de société, je l'ai gardé beaucoup avec moi. Donc, elle a très peu été gardée pendant trois ans. Je ne l'ai pas mis à la crèche, par exemple. Et je l'accompagnais avec moi en reportage, en conférence, sur le terrain. Et elle a été sensibilisée du coup très tôt à ça. Il y a des notions parfois un peu compliquées, mais du coup, elle va me demander après de lui expliquer ce que c'est le réchauffement climatique ou la pollution. ou le capitalisme, je vais l'expliquer avec des mots un peu faciles pour elle à comprendre. Et en fait, c'est un âge où c'est tellement des éponges qu'il retiennent facilement. Et je le vois qu'après, dans son quotidien, elle met les choses en place. Si elle sort et qu'elle voit un déchet par terre, je suis pas sûre qu'elle va engueuler toute la rue pour savoir qui l'a mis par terre. Elle lui explique les réchauffements climatiques, et puis après la montée des eaux, et après la pollution, il couvre moins la canicule. elle a expliqué à son père ce que c'était que le patriarcat l'autre fois voilà donc c'était Moi je suis assez fière de ça parce que sans vouloir en faire, le but c'est pas d'en faire un bébé activiste ou quoi, mais c'est qu'elle soit consciente aussi du monde dans lequel on vit. Et puis je trouve ça important qu'elle sache aussi ce que fait sa mère. Parce qu'aujourd'hui quand son enfant a deux mois, tu le mets à la crèche et puis maman et papa vont travailler. Mais en fait on a deux vies qui sont complètement distinctes. Et moi c'était important de la mêler, qu'elle comprenne ce que c'était mes valeurs, mes combats, mes objectifs. Et ça fait qu'aujourd'hui, à la 3 ans, elle peut avoir vraiment des conversations avec moi sur le sujet et qu'elle est assez éveillée sur toutes ces questions. Et après, elle fera le chemin qu'elle veut. Par exemple, je suis végétarienne. Elle, elle ne l'est pas. Mais elle sait quand on va manger. Elle dit, oui, maman, elle ne mange pas de viande parce qu'elle ne veut pas manger les animaux. Puis elle explique pourquoi. Et elle prendra peut-être le choix un jour d'être végétarienne ou peut-être pas. Mais en tout cas, elle a les enjeux et les notions derrière.
- Speaker #1
C'est trop bien. Tu vois, en lisant ton livre, moi qui n'ai pas trop envie d'avoir des enfants, c'est pas vraiment un désir que j'ai, en tout cas pas pour tout de suite. C'est pas un truc, c'est pas mon objectif de vie forcément. Mais en lisant ton livre où tu explores différents aspects de la parentalité, etc. Ouais, tu dis, ah c'est quand même cool ! Parce qu'il y a plein de choses hyper chouettes que tu peux faire aussi pour élever ton enfant différemment. Justement sur la partie éducation, bah oui en fait tu peux... Tu peux élever des enfants de la manière que tu veux et justement de cette manière-là, je trouve ça génial. De leur permettre d'expérimenter tout ça, d'être proche de la nature, de pouvoir être curieux, poser toutes ces questions. Et ça donne presque envie d'avoir des enfants. Si tu veux faire ça,
- Speaker #0
dis-nous ! En fait, tu as toutes ces... Je peux faire ça seule, tu vois, écrire des critiques, l'engager. Mais déjà, ça prend une autre résonance quand tu as un enfant parce que ça t'oblige encore plus. Tu ne peux plus te dire aujourd'hui, tiens, finalement, je vais changer de métier parce que ça n'a pas de sens. Tu es obligé de garder... quelque chose comme ça. Et puis, il y a tout ce qui est transmission et partage qui rend ce que tu fais encore plus fort. Parce que je sais que, voilà, par exemple, quand je vais me balader, on le sait, aujourd'hui, on ne voit plus les animaux qui sont autour de nous. Alors que ma fille, elle voit un papillon à 3 mètres, elle va lui courir après. Et moi, ça me frappe toujours à quel point elle voit un animal ou elle va entendre un son d'oiseau et elle va chercher à le voir et à voir ce que c'est comme oiseau. et à chaque fois je me dis mince mais moi je fais pas ça Et ça me remet un peu les idées claires, je me dis mais ok t'es engagée sur cette question et tu vas donner des conférences sur la question mais en fait t'es pas complètement déconstruite de ce point de vue là aussi. Et ma fille a des choses à m'apprendre et moi je peux lui apprendre des choses aussi et c'est ça qui est beau quoi.
- Speaker #1
Ouais ça te pousse à te reconnecter à plein de choses, ça c'est trop cool. Mais après bon l'éducation scolaire et tout ça c'est un vaste sujet, je pense qu'il n'y a pas une réponse unique clairement à ce truc là. Mais du coup, c'est vrai que c'est inspirant parce que moi je me rends compte, j'ai eu un parcours scolaire classique dans une école classique et du coup aujourd'hui, ouais ouais j'ai un master et tout mais je sais rien faire, je sais pas bricoler, je sais pas vraiment reconnaître les végétaux, j'ai une faible connaissance du vivant et je dépends de tout le monde pour tout quoi. Et à l'inverse, dans ce que t'enseignes déjà on voit que c'est différent, ce que j'ai vu au croissant fertile, la manière dont Caroline et Jonathan élèvent leur fils et... C'est incroyable ce qu'ils font. Ah ouais, les petites, elles sont géniales. Elles connaissent tout de la nature, les champignons, tout. Elles t'expliquent des choses, t'es là, waouh. Et du coup, ça donne envie aussi de s'engager là-dessus et d'aider à faire changer les choses. Parce que c'est vrai que tout commence aussi par les nouvelles générations et il y a plein de choses à faire.
- Speaker #0
Et ce qui est difficile, c'est que pendant des années, on nous a expliqué que ce qui était important, c'était d'avoir un master sur des thématiques qui étaient prestigieuses. Ouais. En tout cas, d'avoir un bac plus 5. Et quand on regarde aujourd'hui les... les enjeux de notre époque, on se rend compte qu'on n'est pas du tout armé pour y faire face. On a un diplôme qui fait bien, qui est très bien encadré, peut-être qu'on va bien gagner notre vie. Mais si demain tout s'effondre, on ne sait pas faire. Et c'est très difficile de l'accepter, parce qu'on a été élevés comme ça. Moi, je suis ce qu'on appelle une transfuge de classe, donc je viens d'un milieu plutôt ouvrier, et j'ai fait des grandes études. Donc pour moi, pour ma famille, c'était une chance, c'était un honneur, c'était... j'ai réussi, quoi. Et je me rends compte que finalement... C'est peut-être dans mon milieu d'origine qu'il faut que j'aille puiser des choses aujourd'hui. Mon père, il sait faire son potager, par exemple. Il fait son petit potager bio tout seul. Ma grand-mère était couturière. Elle a transmis ça à ma mère. Donc, ma mère fait des habits. C'est eux qui ont le savoir et la connaissance pour vivre de manière autonome. Nous, on ne l'a pas du tout. Nous, on sait très bien comment on a eu Burit, par exemple. Mais c'est non, non. Et en fait, ça doit repasser. C'est pour ça, encore une fois, ça doit repasser par l'école aussi. c'est qu'est-ce qu'on transmet comme savoir et comme savoir-faire. Il y a des pays, les pays du Nord ou en Allemagne, où on va beaucoup plus leur apprendre tout ce qui est métier manuel. Alors que chez nous, c'est très dévalorisé. Si t'es pas bon à l'école, tu seras menuisier. Mais en fait, demain, on aura besoin de menuisiers qui sachent faire des trucs avec le bois. Puis on aura besoin de paysans et de personnes qui sachent comment cultiver des fruits et des légumes, y compris quand la température, elle change et qu'elle n'est pas adaptée à nos cultures actuelles. Et oui, je trouve que c'est un cheminement qui est très difficile à faire.
- Speaker #1
Oui, mais c'est pas évident. Surtout quand t'es adulte, tu te dis, bon, c'est peut-être trop tard. Comment est-ce que je vais réapprendre tout ça ? Mais ouais, c'est hyper inspirant. Je ne sais pas si je voulais parler de la naissance vite fait, parce que c'est un sujet quand même assez personnel. Je ne vais pas te demander de raconter ton accouchement, comment ça s'est passé. Mais je n'ai pas plus souvent que tu le pourrais. Après, je ne sais pas, peut-être que tu es à l'aise avec ça. Mais je voulais en parler encore une fois par rapport au livre. Mais c'est vrai que ce premier chapitre sur la naissance, moi, ça m'a... Waouh ! Parce qu'encore une fois, je te dis, moi, les enfants, bon... C'est pas ma priorité, c'est pas forcément un truc qui me fait vibrer comme ça. Enfin, c'est bizarre de dire « fait vibrer » , mais pour des enfants, mais voilà, c'est pas un truc auquel je pense tous les jours. Et puis, clairement, l'accouchement, c'est la partie où je me dis « mon cœur, si un jour je suis enceinte, ça c'est mon pire cauchemar » . En plus, j'ai des règles douloureuses, donc je me dis « jamais je serais capable de gérer une telle douleur » . Et pour autant, dans cette première partie de ton livre, donc d'explore... toutes les différentes manières d'accoucher, autre que le classique à l'hôpital, médicalisé, etc. Et il y a eu plusieurs témoignages qui m'ont quand même vraiment marquée, et j'ai trouvé ça fou, mais notamment celui de Caroline, tu la cites, et c'est drôle parce qu'elle m'en avait parlé aussi, que le fait d'accoucher pas forcément à l'hôpital, et pas forcément avec les anesthésiants qui réduisent la douleur, Ça t'a aidé aussi en tant que femme à déjà retrouver ta puissance en tant que femme, te rendre compte à quel point on peut être puissante parce qu'accoucher c'est quand même, c'est très très très dur physiquement, ça c'est sûr. Donc déjà j'ai trouvé ça fou de me dire ok l'accouchement c'est pas juste un truc chiant qui fait mal, mais c'est un vrai rite de passage pour être en mesure après d'être parent. Et il y a une autre personne que tu cites, je me souviens plus qui, qui justement dit ça. que quand elle a accouché, elle s'est rendue compte ok, si je suis capable d'accoucher et de faire ça, alors du coup, ça me donne la force et le courage pour élever mon enfant. Parce qu'élever un enfant, c'est quand même extrêmement... C'est difficile, il faut quand même beaucoup de courage et de travail et tout. Et ouais, j'ai trouvé ça fou cette partie sur l'accouchement. Et je me dis ok, il faut déjà... Même sur l'accouchement, s'il y aurait un truc qui est vraiment primaire, de base de la vie, il faut... aussi aller de ce côté-là dès qu'on se fait des choses et remettre en question des trucs et c'est intéressant mais c'est aussi un peu fatiguant quoi.
- Speaker #0
Ouais alors ce truc sur l'accouchement c'est hyper important et aussi le chapitre qui suit sur le matinage proximal où je parle notamment d'allectement etc. Et ça rejoint un combat qui est beaucoup plus vaste qui est celui du rôle de la femme face au changement climatique et aux clés qu'on lui donne. On sait depuis 92 donc le sommet de la terre à Rio que les femmes c'est une des plus grandes solutions face au changement climatique parce qu'en fait c'est elles qui ont les savoirs, qui ont les clés, qui ont les compétences. Tous les rapports du GIEC le remontrent. Alors dans certains pays, les solutions des femmes ça passe par la réappropriation des savoirs et des semences. Donc les pays comme le Canada qui a été colonisé ou avant les femmes autochtones, c'était elles qui possédait le savoir des plantes etc. On leur a retiré pendant la colonisation, aujourd'hui elles sont en train d'essayer de le retrouver. Pareil en Inde. Parce que c'est ça qui va nous permettre de lutter contre le changement climatique. C'est toutes les cultures qu'elles, elles savent faire émerger, y compris en cas de sécheresse. Donc dans certains pays, ça passe par une reconnexion au savoir, aux connaissances et surtout aux traditions. En Occident, ça va repasser par notre redécouverte du corps. Parce qu'en fait, en tant que femme, on ne sait pas du tout de quoi notre corps est capable. Et on ne sait pas à quel point c'est un outil de grande force. Et Caroline, elle le dit très bien. C'est une citation qui est assez puissante et c'est pour ça que je la retransmise. Elle dit qu'elle renoue avec son côté sauvage. Et surtout, elle rappelle que quand tu accouches, tu sécretes plein d'hormones, dont l'hormone de l'empathie, l'hormone qui te relie au monde. Et donc, soit tu accouches à l'hôpital avec des médicaments, avec des produits qu'on t'injecte, tu ne développes pas ces hormones-là. Soit tu accouches chez toi ou dans une maison de naissance sans ces outils-là. Et du coup, tu vas sécréter ces hormones. Et en fait, ça veut dire que la manière dont ton enfant arrive au monde, ça va aussi dépendre de ce moment-là. C'est-à-dire que soit il arrive dans un endroit qui est hyper médicalisé avec des produits, soit il arrive dans un endroit qui est chaleureux et où il y a ces hormones-là de l'amour et du bonheur qui sont autour de lui. Et oui, effectivement, en tant que femme, quand on accouche, t'as l'impression qu'après, se lever des montagnes, franchement, c'est rien. Mais même avant, je me souviens quand j'étais enceinte, alors j'ai un ancien anorexique, donc j'avais un rapport à mon corps qui était assez compliqué. Et quand j'ai tombé enceinte, mes meilleurs amis m'ont dit « Tu sais, son ventre va grossir, Charlotte, il va se passer des choses. » Et moi, j'ai adoré ça parce que c'est ce qui a fini de me réconcilier avec mon corps. Ça veut dire que mon corps de femme, ce n'était pas juste un objet à admirer, à afficher sur les pubs pour le bus ou pour le mot-champ, ou un truc hyper glamour qu'il fallait qu'il reste beau et jeune pour faire plaisir aux mecs. C'était un vrai outil qui pouvait porter la vie, qui pouvait donner la vie, et avec lequel ensuite, je pouvais allaiter. Et j'ai trouvé ça tellement puissant de me dire que mon corps de femme, il pouvait faire ça parce qu'un corps d'homme, il ne peut pas.
- Speaker #1
Ben oui, ça c'est sûr.
- Speaker #0
Il n'y a rien que l'allaitement. Je trouvais que c'était tellement, pour moi c'est vraiment devenu un outil de lutte contre l'industrie capitaliste parce que du coup tu es chez tes parents à acheter du lait en poudre ou des produits qu'on essaie de nous vendre parce que c'est meilleur pour la santé ou pour la femme. Pas du tout. J'étais en train de nourrir mon enfant avec mon propre corps. Il avait poussé dans mon corps mais je le nourrissais avec mon propre corps. Et je crois qu'on oublie à quel point c'est incroyable en fait ce qu'on est capable de faire. Et je trouve que pour moi ça participe. Le jour où toutes les femmes seront conscientes de la force qu'elles ont en elles.
- Speaker #1
qui est brute et sauvage et que vraiment elles peuvent faire ce qu'elles veulent je pense qu'on pourrait aller bien plus loin je suis bien d'accord que ça parle accouchement ou autre parce que quand tu parles avec des femmes le peu de cercles de femmes que j'ai fait ça a été ma constatation de me dire en fait ces femmes que je vois elles sont incroyables elles font des choses de fou j'avais naturellement beaucoup d'admiration parce que chacune a son parcours différent un parcours différent ... Mais il y avait toujours ce truc qui revenait de oui mais je me sens pas légitime, oui mais j'aime pas trop prendre de place, ça me gêne et tout ça. Et du coup c'est vrai que, encore une fois avec ou sans accouchement, mais du coup là l'accouchement ça peut être aussi une voie de retrouver un peu sa place et sa constance. Et de dire ah oui mais attends, moi aussi j'ai le droit d'exister, je fais des trucs incroyables quoi.
- Speaker #0
Ouais c'est ça, non alors le but c'était pas de dire qu'il faut que t'aies un enfant pour redégrouper ton corps, ça fait partie des chemins. Mais dans tous les cas, et c'est marrant parce que je suis en train de lire un bouquin sur l'âgisme de Fiona Schmidt, et c'est pareil concernant la ménopause, les règles, etc. C'est qu'on nous a complètement privés de notre rapport à notre corps, on l'a complètement politisé, sociabilisé. Et aujourd'hui, et c'est assez intéressant parce que Fiona Schmidt, elle raconte que nous, en tant que femmes, notre vie, elle est compartimentée en fonction de ce qui arrive à notre corps. C'est-à-dire que d'abord, tu es une enfant, puis tu as tes règles, donc tu deviens une ado. puis après ton corps est vraiment capable d'avoir des enfants, t'es une adulte, puis après t'as la ménopause, donc t'es en gros fini quoi. Alors que les hommes c'est de tel âge à tel âge, t'es un enfant, tel âge à tel âge, t'es un adulte, tel âge à tel âge. En fait eux c'est en fonction de l'âge, alors que nous c'est vraiment en fonction de notre corps. Comme si on était juste des victimes de notre corps et qu'il nous disait, enfin c'était lui qui nous disait qu'elle était notre place dans la société en fonction de ce qu'il faisait. Alors que notre corps ça peut aussi être un outil de puissance.
- Speaker #1
Bah oui oui, ouais non mais ça c'est sûr que c'est un vaste sujet les règles etc mais ouais c'est... C'est frustrant de se rendre compte de tous ces trucs-là et en même temps du coup ça donne aussi les clés et l'envie de les faire évoluer.
- Speaker #0
Il y a une étude de Nature Climate Change qui est sortie en 2020, je crois, qui disait que s'il y avait au moins 50% de femmes décisionnaires ou grandes instances de décision, on améliorerait la lutte contre le changement climatique.
- Speaker #1
Je n'en doute pas du tout.
- Speaker #0
Mais en parallèle, les fonds de dotation qui vont aux associations à travers le monde, ils sont encore portés à 80% par des hommes blancs, c'est ce genre. Donc il y a aussi tout un truc à faire au niveau financement. Et c'est ce que tu disais par rapport à ton sentiment de syndrome de la poster, c'est que nous on grandit avec ça, moi je l'ai aussi complètement. Et on nous apprend à être comme ça en fait, à ne pas prendre de place. Il faut qu'on soit calme, qu'on soit douce, il ne faut pas trop s'énerver, il faut un peu garder les émotions en soi. Alors que les garçons, il faut qu'ils soient plus vifs. Ceux qui vont décider plus tard, etc. Et voilà, des constructions, elles passent partout.
- Speaker #1
Et ça repasse par l'éducation. Oui,
- Speaker #0
comme quoi c'est la clé.
- Speaker #1
C'est ça. Et la dernière question que j'aime bien te poser, c'est, tu as déjà donné quelques références, mais si tu as des livres, ou des reportages, ou tout ça, peut-être là on peut axer sur des choses qui t'ont, toi personnellement, accompagné dans ton parcours. Des livres vraiment qui t'ont marqué, et tu te dis, ça a participé à... à mon développement, ou c'est des livres que j'aime bien relire et que t'aimerais bien partager et qui pourraient inspirer d'autres personnes.
- Speaker #0
Ouais. Alors mon problème c'est que je lis entre 3 et 4 bouquins par semaine, je suis née l'année, et j'ai l'impression que mes potes me disent faut que t'arrêtes parce qu'à chaque fois que tu dis un livre, tu nous dis qu'il est trop bien.
- Speaker #1
C'est d'ailleurs ce qui nous donne les meilleurs des meilleurs livres que tu as déjà eu.
- Speaker #0
Ah là ça va être dur. Alors en terme de romans, il y a des bouquins qui ont vraiment marqué, on parlait de la réappropriation des semences par les femmes, il y a La Semeuse qui est sortie. aux éditions... je sais plus, faudrait que je donne les références. Mais voilà, La Semeuse c'est un super beau bouquin qui parle justement de la réappropriation des semences par les autochtones au Canada. Tous les romans de Ginny Gland. qui parle autant de pouvoir féminin que de vivre seule en pleine nature, en plein apocalypse, comment tu élèves un enfant à cet endroit-là, ça c'est des bouquins que j'aime beaucoup relire. Et moi je suis une fan absolue des livres de Baptiste Morisot pour tout ce qui a rapport au vivant, et en plus il fait ça de manière tellement poétique que tu les lis juste pour les réciter parce que ça fait du bien juste dans la bouche de les lire quoi.
- Speaker #1
Trop bien, génial. C'est des références que je ne connais pas, donc je vais l'accepter à ma liste, clairement. Merci beaucoup Charlotte, c'était passionnant et j'ai vraiment hâte de partager l'épisode. Merci de ta confiance. Merci à toi.