- Speaker #0
Bienvenue sur Entre nous, le podcast des histoires qui nous relient. Ici, les liens nous parlent, les rencontres nous déplacent, les histoires nous bouleversent. On écoute les parcours de vie, les trajectoires croisées, les liens et ce qu'ils font naître en nous. Chaque invité ouvre une fenêtre sur son univers et sur les rencontres qui l'ont porté jusqu'ici, puis nous amène vers une personne qui l'inspire, déroulant une chaîne de témoignages uniques, vibrants et profondément humains. Tu viens avec nous ?
- Speaker #1
Elvin pour moi c'est vraiment la joie de vivre et c'est quelqu'un de pétillant au quotidien. Elle a une force qui pour moi est incroyable, celle de même si ça ne va pas, elle saura toujours donner le change. C'est pour ça aussi en tant qu'ami parfois c'est important d'être là aussi dans les moments un peu compliqués, mais pour moi, c'est une femme ultra forte. Parce qu'elle arrivera toujours à dissocier, en fait, elle, ce qu'elle a, ses problèmes, etc., et la vie, en fait. Et c'est pas qu'elle joue un jeu, je pense qu'elle est réellement comme ça, en fait. C'est vraiment quelqu'un qui saura toujours apporter le sourire à la personne qui est en face d'elle, elle saura toujours... Trouver les mots réconfortants et surtout pour moi, elle a une ténacité incroyable. Je veux dire, elle est passée par différents épisodes professionnels avec un talent incroyable. Déjà, c'est bien simple, elle a hyper bon goût. Elle s'habille trop bien, son choppier est trop beau, ses illustrations sont trop belles. Je veux dire, voilà, elle a un goût incroyable. Et voilà, elle est dans l'air du temps, elle est pétillante. Elle est haute en couleurs, à l'instar de son shop et de ses bonnets.
- Speaker #0
Bonjour Elvin !
- Speaker #1
Bonjour Coraline !
- Speaker #0
On vient d'entendre Charlotte parler de toi à l'invité de l'épisode 4. Qu'est-ce que ça te fait ?
- Speaker #2
Eh bien, j'espère que ce sera coupé au montage, mais en tout cas c'était très émouvant. J'étais à deux doigts de m'effondrer, merci Charlotte. C'est étonnant, c'est étonnant parce que je ne pensais pas qu'on puisse penser ça de moi. Moi, je ne me vois pas nécessairement comme ça. C'est touchant de voir qu'elle arrive à voir mes qualités et aussi un petit peu mes failles. Et puis elle me connaît tellement bien. Effectivement, on a traversé tellement de choses, on a connu tellement de choses ensemble, on se connaît depuis 20 ans. Donc elle connaît le moindre aspect de ma personnalité. mais ça fait drôle parce que des fois c'est vrai qu'on est copine et on n'a pas trop le temps de se voir et quand on se voit c'est toujours un peu en speed ces derniers temps on est un peu en surface mais malgré tout elle sait tout et puis c'est beau et il y a toujours la petite pointe d'humour c'était très mignon vraiment je sais pas si j'aurais été capable de faire de parler de toi comme ça ? ouais non c'est clair
- Speaker #0
et tu te décrirais comment du coup toi ?
- Speaker #2
je sais pas, je me vois comme quelqu'un de plutôt joyeuse ça c'est sûr, je le vois au quotidien j'aime faire plaisir aux autres, c'est vrai ça fait partie de ma personnalité je l'admets, je le vois et je ne me force pas à le faire quand je vois quelqu'un j'aime le faire sourire j'aime qu'il se sente à l'aise alors à Après, parfois peut-être avec un peu de maladresse, je ne sais pas. Parce que ça ne plaît pas à tout le monde, tu vois. Mais c'est vrai que la joie dans ma vie et dans ma personnalité, ça prend une énorme partie.
- Speaker #0
Tu es la petite dernière dans ta fratrie ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #2
Comment t'as deviné ? Bah écoute... Le drôle ?
- Speaker #0
Ouais, le côté qui veut faire rire tout le monde un peu, le petit clown.
- Speaker #2
Ouais, ouais, ouais, peut-être. Ouais, ouais, ouais. Je suis vraiment la petite, petite dernière. C'est vrai ?
- Speaker #0
Et alors, comme il faut.
- Speaker #2
Je suis arrivée 16 et 15 ans plus tard. Oui.
- Speaker #0
Effectivement. Mais un accident joyeux, du coup.
- Speaker #2
Ah oui, oui, oui, totalement. Mes parents me l'ont toujours dit comme ça. Oui, c'était un accident, mais finalement très, très heureux. Un heureux accident.
- Speaker #0
C'est mignon. Et le vide, on est dans ta boutique, là, actuellement, qui est effectivement très haute en couleurs, comme ton bonnet que t'as eu.
- Speaker #2
Voilà. Je n'avais pas de bonnet aujourd'hui et voilà, je l'ai mis pour toi, Charlotte.
- Speaker #0
Avant d'en arriver à ouvrir ton... shop rue Gambetta à Metz. Qu'est-ce que tu as fait ? Quel a été ton parcours ?
- Speaker #2
Mon parcours, j'ai fait une formation de stylisme à Nancy, de 3 ans, en BTS, à l'école de Condé pour être précise. J'ai été ensuite styliste dans une petite entreprise familiale. J'étais donc styliste pour une marque de golf, une marque de prêt-à-porter, une marque de province un peu similaire à Copes Copines de l'époque. Voilà. Et j'ai été amenée à voyager en Chine à ce moment-là pour faire le suivi de collection, puisqu'on produisait à la fois en France, à la fois en Europe et à la fois en Chine. Il y avait plusieurs parties dans la collection qui n'étaient pas produites au même endroit, comme beaucoup de marques. Avec ces multiples voyages que j'ai pu faire en Chine, et notamment à Shanghai, où j'y allais quand même entre 3 à 4 fois par an, à raison de 2 à 3 semaines à chaque fois, Je suis tombée amoureuse de la ville, j'ai rencontré des expats là-bas, j'ai découvert la grande vie, la vie à la New Yorkaise en fait, les grands buildings, les duplex incroyables, super stylés, super design, les after work, les gens qui s'échangent des business cards. Et puis surtout une vie de confort parce que j'étais, il faut le dire quand même, j'étais styliste au SMIC en France. Et moi, je voyais tous ces gens à Shanghai qui étaient en VIE ou autre. C'est un volontariat international en entreprise. Et effectivement, je voyais tous ces jeunes gens de mon âge de 25 ans qui gagnaient hyper bien leur vie. Et moi, avec mon petit SMIC, ça a commencé à me faire rêver. Je me suis dit qu'il y avait des opportunités incroyables. C'est vrai qu'à ce moment-là, Shanghai, c'était le nouvel Eldorado d'ailleurs. Il y avait plein de reportages à ce moment-là. sur Shanghai, cette nouvelle jeunesse dorée qui s'expatriait là-bas. Et donc j'ai commencé à rencontrer des jeunes de mon âge et je me suis dit qu'il était peut-être possible que moi je m'installe là-bas. Donc j'ai un peu tout quitté, mon taf, mon mec, et j'ai décidé d'aller vivre là-bas. J'ai décidé de trouver un emploi et il se trouve que j'ai postulé un job de prof de stylisme à l'université. Et c'est marrant parce que pour moi, c'était une évidence. J'ai toujours voulu enseigner. C'était un rêve. Mais je ne pensais pas à cet âge-là pouvoir accéder à ce poste-là. J'ai écrit une lettre de motivation incroyable et j'ai été prise.
- Speaker #0
En anglais ?
- Speaker #2
Alors, ce qui était assez fou, c'est que j'ai enseigné d'abord en français. On avait des interprètes, en fait. J'avais mon petit doule à côté de moi sur chaque cours. C'était un peu la spécificité, si tu veux, de cette université. Tous les profs étaient français et donc il y avait des interprètes qui traduisaient la totalité du cours. Mais bon, à vrai dire, des cours magistraux, il n'y en avait pas beaucoup. Alors c'était évidemment important de pouvoir communiquer avec l'étudiant, mais c'était surtout beaucoup de TP, voilà, travaux pratiques, voilà, comment apprendre à dessiner. Donc il y avait beaucoup de rapports one-to-one quoi.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #2
Et puis par la suite, j'ai enseigné en anglais. Et par la suite, vraiment sur la fin, quand je commençais à être un peu plus à l'aise en chinois, c'est vrai que l'interprète était là vraiment pour les petites nuances et le vocabulaire que je n'avais pas.
- Speaker #0
Tu t'es mise à apprendre le chinois sur place ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
C'était combien de temps ?
- Speaker #2
Sept ans.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord.
- Speaker #2
Donc oui, j'ai passé pas mal de temps là-bas. J'ai rencontré mon ex-mari qui est donc le père de ma fille, qui est américain. J'ai pu progresser en anglais. Ensuite, j'ai eu ma fille qui est née à Shanghai, qui s'appelle Louise. Et on a décidé de revenir vivre en France. Le fait d'avoir un enfant, ça a un peu tout chamboulé en moi. Et j'ai eu envie de me rapprocher de ma famille, de ma sœur évidemment, de ma maman, de mes copines qui avaient toutes des enfants. Elles se faisaient des cafés klatch tous les week-ends et moi je me sentais seule. C'est vrai qu'on avait encore beaucoup de copains à Shanghai qui vivaient la grande vie, work hard, play hard, les soirées tous les week-ends. Moi je me sentais un peu en décalage. Et puis j'avais envie de retrouver un train de vie plus calme, plus serein. Et puis offrir aussi quelque chose de plus doux à ma fille. Et pour moi c'était vital de rentrer en France à ce moment-là. Donc on est rentré en France, ma fille avait deux ans. Et donc mon ex-mari a trouvé du travail au Luxembourg. Et moi je savais que ça allait être compliqué de retrouver... du travail dans mon domaine d'activité, donc le stylisme. Mais c'était tellement vital de rentrer que je me fichais de trouver un boulet alimentaire. Mais j'avais quand même quelques pistes. J'avais postulé en tant que prof dans l'école de Condé où j'avais fait mes études. Et puis c'était presque fait, c'était presque signé, et ça ne s'est pas fait malheureusement. Et j'étais très déçue à cette époque. Et puis finalement... Ça a été un peu rigolo, j'ai rencontré mon ancien employeur avant de partir en Chine, qui était très déçu d'ailleurs que je parte en Chine parce que, bon voilà, je l'ai presque un peu abandonné quoi, on va dire. Il était surpris parce qu'il avait presque la sensation que je l'avais trahi parce que c'est lui qui m'emmenait en Chine et finalement c'est comme si je n'étais jamais revenue quoi. Et donc finalement on s'est revus après toutes ces années, après 7 ans, donc de l'eau avait coulé sous les ponts et donc il m'a rembauchée, voilà. Et j'ai travaillé chez lui pendant presque quatre ans.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #2
Voilà, alors c'était une petite entreprise familiale pour une marque de golf qui ne fonctionnait pas très bien à ce moment-là. Donc moi il fallait que je rebooste le design, que je refasse des collections et c'était un vrai challenge, sachant qu'on avait une équipe commerciale qui était en déclin. Voilà, donc c'était un challenge très très difficile et que je n'ai pas réussi... Pas de mon fait, mais en tout cas, je n'ai pas réussi à aller jusqu'au bout. Et puis, on va dire que c'était une entreprise familiale un peu vieillotte. Donc voilà, c'était vraiment très difficile de rester dans ces conditions. J'étais mal payée, j'étais toujours au SMIC. Alors j'acceptais cette condition-là parce que, comme tu sais, je voulais être en France et je voulais être à Metz. J'aurais pu avoir d'autres opportunités évidemment à Paris, un peu plus loin. Mais pour moi, l'idée, c'était quand même de rester à Metz. auprès de ma famille et de mes amis. Et donc là, les opportunités étaient vraiment très, très minces.
- Speaker #0
Oui, j'allais te demander justement pourquoi est-ce que tu y étais retournée ? Mais c'était pour rester dans le secteur ?
- Speaker #2
Quelque part, c'était presque un job alimentaire. Et puis quand on est rentré en France, on était presque à poil. On n'avait plus de carte vitale, on ne pouvait pas accéder même à la location puisqu'on n'avait pas de CDI. Il fallait vite trouver quelque chose. Donc en moins de trois mois, finalement, j'ai trouvé ce job-là et je me suis accrochée. Et puis sachant que mon ex-mari travaillait au Luxembourg, je me dis bon, ça compense un petit peu. Moi, pendant des années, en fait, en Chine, je gagnais très, très bien ma vie et lui un peu moins. Je me suis dit pourquoi pas faire l'inverse pendant quelques années ? Je me raccrochais un peu à ça. Et puis en fait... Je suis vite tombée dans une espèce de dépression professionnelle. Je crois que ça s'appelle un bore-out.
- Speaker #0
Quand tu n'as aucune motivation, tu n'as aucun sens à aller au travail.
- Speaker #2
C'est ça. Alors que je faisais un métier qui me passionne. J'adore mon métier, vraiment. Mais le contexte, l'entreprise, faisait que moi, je mourrais à petit feu. Et c'est à ce moment-là qu'est arrivé, comme beaucoup d'entreprises, beaucoup de personnes... qui se sont lancés dans l'entrepreneuriat. Ils arrivaient le Covid.
- Speaker #0
Non mais...
- Speaker #2
Voilà, non mais tout le monde va le dire et je le dis aussi.
- Speaker #0
Il y a un avant et un après Covid. Ouais,
- Speaker #2
non mais c'est fou. Et moi ça m'a permis de bénéficier alors d'un chômage partiel. Et pendant ce chômage partiel, là je me suis dit bon ben qu'est-ce que tu fais ? Voilà, retrouver un boulot c'est pas possible. Il n'y a aucune entreprise qui embauche en ce moment. Non. C'est soit je reprends mes études et je me réinvente, encore une fois. Enfin pas encore une fois puisque finalement j'avais une carrière plutôt stable jusqu'à présent. Mais là je commençais à me dire « qu'est-ce qu'on fait quoi ? » J'ai eu envie, j'étais très attirée par, évidemment de par mon métier, le dessin. Ça fait partie de mon métier. Mais il y a eu toute cette mouvance à un moment donné pendant le Covid où j'ai vu des comptes Instagram d'illustratrices. se multiplier par centaines et j'étais fascinée par toutes ces nanas qui vivaient de leurs illustrations en fait. Mais vraiment, j'étais admirative, mais vraiment, je trouvais ça extraordinaire. Et je me suis dit « mais c'est ça que j'ai envie de faire ! »
- Speaker #0
Et tu dessinais quand même déjà ?
- Speaker #2
Quand t'es styliste, tu dessines. Ça fait partie de ton métier, tu dessines des vêtements, tu dessines des imprimés, tu travailles la couleur, les imprimés, tout ça. Le dessin, ça fait partie de ton métier, tu dessines des silhouettes. Et puis surtout quand t'enseignes, d'autant plus quand t'es dans l'enseignement, t'apprends en plus différentes techniques. T'es obligé de maîtriser quelque part différentes techniques : la peinture, le crayon, le noir et blanc, le graphique, le machin, travailler sur Illustrator, utiliser une tablette. Hop on repasse sur Photoshop donc t'es vraiment multi-support. Et du coup je me suis dit "Moi j'en suis peut-être un peu capable" donc j'ai commencé à dessiner de mon côté pour mon plaisir. Et puis c'est là que je me suis dit "Allez je me lance quoi ! Je vais faire de l'illustration ! " Donc j'ai créé un petit compte Instagram Je me suis fait un petit site internet, j'ai accepté de faire des dessins, ce qu'on appelle en commission, pour faire des illustrations personnalisées pour des familles, des couples. Et puis ça a vite pris finalement. Je me suis séparée du papa de ma fille et là ça a un peu bougé les lignes. Parce que je me lançais dans l'auto-entrepreneuriat et il y avait toujours ce petit coussin de... mon mari. Finalement, il y avait des mois avec, il y avait des mois sans, mais vu qu'il y avait mon mari, ça allait encore un petit peu. Et là, il a fallu que je trouve un appartement, que je vive seule et que j'étais... Voilà, il fallait que je me débrouille, quoi. Et malheureusement, l'illustration à ce moment-là n'était pas assez régulier, les revenus n'étaient pas assez réguliers pour pouvoir vivre sur cette activité. Donc de nouveau, à peine... Un an après m'être lancée dans ce projet d'auto-entrepreneuriat, dans l'illustration, je me dis comment je vais faire ? Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que de nouveau je reprends des études, je continue l'illustration ? Bon j'avais un petit peu de chômage qui tombait mais pas trop. Enfin bref, vraiment c'était compliqué. Et il y a eu un truc, je ne sais pas si c'est les planètes, appelle ça comme tu veux, mais il y a eu aussi un événement quasiment au même moment de cette séparation. Il y a une amie de ma sœur qui achète ce local. Et on en parle, à une soirée entre copines, elle passe par là et elle me raconte qu'elle a acheté une très belle boutique à côté du Fox Coffee. Je passe devant tous les jours et à chaque fois je me dis mais mon dieu, que c'est inspirant, que ces gens sont inspirants, et qu'est-ce que ça me donne envie et qu'est-ce que j'aimerais avoir. Mon lieu à moi, quoi. Et je passe très souvent devant ce local en me disant « Oh, qu'est-ce qu'il est beau, ce local ! » « Oh là là, moi si j'avais un local pareil, mais j'en ferais un truc incroyable ! » Et donc, elle me dit « Ouais, j'ai acheté ce local, là. Tu vois lequel c'est ? » « Tu sais, avec la jolie petite vitrine bleue. » Je dis « Ouais, ouais, ouais, ouais, ouais ! » Et je lui dis « Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai envie de le visiter. » Elle me dit « Ben, je n'ai pas commencé les travaux. » « Si tu veux le visiter, il sera à toi, quoi. Tu seras la première à le visiter. » Et je ne peux pas te dire pourquoi, mais j'ai foncé. Alors que je n'avais pas de projet. Je m'étais... Allez ! Ça faisait quand même quelques temps que je me disais « Bon, j'ai peut-être envie d'ouvrir une boutique, je trouve ça chouette d'avoir une boutique. » J'avais une amie d'une amie qui avait sa propre boutique et elle avait l'air de réussir. Et on peut la citer d'ailleurs, c'est Sarah de Mother & Daughter. Et ça avait l'air de cartonner quoi ! Et je me disais « Waouh, ça donne vachement envie ! » Je me disais « Mais pourquoi pas moi ? » Et puis créer son univers, comme si tu rentrais chez toi, enfin chez quelqu'un dans une boutique. J'aimais bien cette idée-là. Et donc sur un petit carnet, des fois je notais tout ce dont j'aurais besoin pour ouvrir une boutique. Donc je commençais à prendre des notes. C'était un peu comme un espèce de rêve. J'y croyais pas vraiment, tu vois. J'avais plein de rêves notés sur des coins de cahiers, franchement. C'était pas la première idée que j'avais eue. Mais celle-ci, elle me trottait quand même pas mal dans la tête. Et puis j'en parlais autour de moi, j'en parlais à mes copines. Et à chaque fois on me disait « Ouais, c'est une super idée » . Je me suis fait aussi cette réflexion. Tout ça, ça a été très rapide en quelques semaines. Je me suis fait la réflexion de « Ouais, t'es dans l'illustration, il y a des boutiques d'illustration à Metz, il n'y en a pas ou il n'y en a pas » . peu, alors que dans d'autres villes ça existe et ça cartonne, je me dis il y a une place à prendre. Et donc je vais visiter ce local, mais là je rentre et je me dis « Ok, là il faut faire quelque chose, c'est juste incroyable » . La propriétaire m'a dit, qui était donc la pote de ma sœur, « Bon t'es bien gentille, t'es ma copine, mais il faut quand même que tu me donnes une réponse assez rapidement pour savoir si je mets une annonce ou si c'est toi qui vas définitivement le louer, si ton projet est viable. » Je n'avais pas été voir ni de banquier, ni qui que ce soit, donc il fallait que je me dépêche. En 48 heures, je monte un dossier. Je bosse nuit et jour pendant deux jours très intenses. Je ne dors pas et je me fais un joli PDF hyper bien présenté avec un logo qui n'était pas le logo définitif mais presque. Le logo, le nom, voilà j'avais le nom. Je savais que c'était tête d'affiche. Je voulais un jeu de mots avec affiche. Voilà, c'est celui-là. Et puis j'ai dit « Allez, on fonce, on fonce, on se dépêche ! » Et donc je fais ce petit PDF de présentation, business plan. Je vais voir une comptable qu'on m'a recommandée. En une semaine c'est bâclé, en deux semaines je vais voir la banquière. Et là la banquière m'interrompt dans ma présentation et me dit « Oui oui c'est bon, il n'y a pas de problème, on y va, on fonce ! » Et en fait ça a été d'une fluidité incroyable ! Je m'attendais à avoir des bâtons dans les roues pas possibles, qu'on me dise « oui, mademoiselle, vous êtes gentille, mais vous n'avez pas d'apport, et puis ceci, puis cela, et puis vous rêvez, enfin bref, ouais non ça va pas, allez voir une autre banque » . Je m'attendais vraiment à ce que ce soit le parcours du combattant. Et cette banquière super sympa qui croyait en mon projet m'a dit « fais action » . De cette visite jusqu'à l'ouverture, il s'est passé trois mois. Voilà, donc j'ai signé à la banque quasiment directement. Deux semaines s'étaient faits. Les travaux ont commencé quasiment immédiatement. Par chance, ma propriétaire m'a rendu un local quasiment tout neuf parce qu'il était fort abîmé. C'était un antiquaire précédemment qui était ici, qui était là depuis... Je crois pas me tromper, mais je crois qu'il était là depuis 40 ans. Et donc, il fallait quand même remettre un petit peu à neuf. Il y avait même de l'électricité à faire, etc. Ça, je n'en étais pas capable. Mais ma propriétaire, en tout cas, a tout pris en charge. Mais du coup, moi, je suis arrivée clé en main. J'avais juste à mettre mes meubles, faire de la peinture, un peu de déco et basta. Je me suis retrouvée à faire mes achats et à ouvrir ce shop au mois d'octobre 2022.
- Speaker #0
Ça t'a pas fait peur que ça aille si vite ?
- Speaker #2
Non, au contraire. Dans ma personnalité, il faut que ça aille vite. Oui. J'ai vu beaucoup d'entrepreneurs qui s'épuisent justement à trop réfléchir, à qu'est-ce qu'on va faire et machin. Et puis à faire aussi des formations pendant plusieurs années, à faire des études de marché, enfin bref. Et moi j'étais plutôt dans un espèce de gut feeling quoi tu vois. Je le sens, je le sais. Moi je partais du principe que moi j'étais consommatrice d'affiches et de déco, je vois pas pourquoi les autres ne le seraient pas quoi en gros. C'était peut-être une erreur, tu vois, mais en tout cas, j'ai quand même eu le pif. Et puis ça a roulé. Je pense que ça m'aurait peut-être découragée, le fait que ce soit trop lent.
- Speaker #0
Pour bien comprendre ce que tu fais, du coup, dans ta boutique, tu as des affiches qui sont tes illustrations. Et puis tu vois aussi d'autres objets, d'autres découvertes.
- Speaker #2
Oui, effectivement, le nerf de la guerre, le cœur du magasin... C'est les affiches. Il y a un peu plus d'une centaine d'illustrateurs différents dans le magasin que je sélectionne, dont une dizaine d'artistes locaux dont je fais partie. Du coup, il y a des illustrations qui sont faites par moi effectivement, mais pas toutes. Une toute petite partie. Le but, ce n'était pas de me mettre en valeur dans un premier temps, c'était vraiment d'offrir une variété d'illustrateurs différents, que l'offre soit vraiment multiple. Voilà. Et après, Tête d'affiche, finalement, c'est un shop dédié à l'illustration sous toutes ses formes. Parce que l'illustration, dans le packaging, dans le design, la céramique, le textile, l'illustration peut se retrouver un peu partout. Donc c'est vrai qu'il y a l'illustration sous forme d'affiche et puis après j'ai un peu décliné sur les objets.
- Speaker #0
Il y avait un sujet que j'avais très rapidement abordé avec Émilie, mais comme tu viens d'en parler... Tu vois si on peut y aller ou pas, mais je te pose la question parce que ça m'intéresse vraiment fortement et je pense que ça peut être très inspirant pour les auditrices surtout qui nous écoutent.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Tu es maman solo et tu as aussi ta boutique, enfin en vrai t'es seule et tout repose sur toi.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que ça te booste ? Est-ce que ce n'est pas trop stressant ? Moi, je suis gée. Oui, mais parce que moi, je trouve ça juste incroyable que tu sois maman solo, auto-entrepreneuse, nerf.
- Speaker #2
Oui, je ne sais jamais comment le dire.
- Speaker #0
Enfin, vraiment, je trouve ça incroyable.
- Speaker #2
Merci. C'est un gros sujet. Oui, c'est dur. Franchement, c'est dur. Je ne te cache pas que ces trois dernières années ont été particulièrement difficiles. On m'a ramassé à la petite cuillère plusieurs fois. Ça m'arrive de pleurer plusieurs fois par semaine, moins ces derniers temps. Tu vois, on a tendance à idéaliser et à fantasmer sur l'auto-entrepreneuriat, l'indépendance, tu fais ce que tu veux, t'es libre, etc., c'est génial. Eh bien, c'est pas tout à fait la vérité. Moi, j'avais jamais fait de burn-out. Pourtant, j'étais en entreprise et je connais beaucoup de gens qui sont en entreprise et qui ont fait un burn-out. Moi, j'ai fait trois burn-outs en étant à mon compte, tu vois. Parce qu'effectivement, il y a trop à gérer, quoi. Il faut gérer tes soucis financiers, il faut gérer tes soucis logistiques de la boutique, etc. Tu fais tout toute seule, il faut gérer ta fille, il faut gérer son quotidien. Il faut penser à tout, il faut essayer de survivre au milieu de tout ça et de... de quand même malgré tout avoir une vie sociale et d'être une bonne amie, une bonne fille pour ses parents, une bonne sœur. Conjuguer tout ça, ça a été vraiment le plus gros challenge de l'entrepreneuriat effectivement. Donc c'est pas, pour répondre à ta question, ouais c'est pas simple. Et à la fois, c'est assez moteur parce que je peux compter que sur moi-même. Et il y a des moments effectivement où tu remontes un peu la pente. Et tu te dis, bon, ça va en fait, je gère quoi. C'est dur, mais je gère. Et puis des fois, c'est parce que t'as pas le choix. C'est tout, il faut bouffer, voilà, donc tu redoubles les efforts. Et puis il faut y aller quoi, il faut payer ton loyer toute seule, voilà. Ça te parle aussi ?
- Speaker #0
Oui, et tu vas faire pleurer aussi là de manger chacun son tour, mais oui.
- Speaker #2
Ouais,
- Speaker #0
ouais,
- Speaker #2
dis-moi un peu.
- Speaker #0
Je suis même en solo aussi. Et en fait, c'est Charlotte déjà qui en avait parlé. Mais elle l'a dit d'un point de vue... Moi, je m'y suis reconnue en tant que maman solo. Mais elle parlait de la solitude en étant à son compte dans son local. Et elle disait, quand j'ai des décisions à prendre, je suis toute seule et je n'ai personne, même en référence. Et moi, c'est ce que je ressens énormément ou ce que j'ai ressenti énormément quand j'étais maman solo avec un petit bébé ou dans les moindres petits trucs, tu vois, où tu n'as personne pour temporiser, en fait. Et... Moi, je me dis déjà, gérer ça, c'est quand même énorme. Et en plus, toi, tu te rajoutes ça en étant à ton compte. Tu n'imagines pas à quel point c'est inspirant.
- Speaker #2
Oui, c'est sûr. Mais d'autant plus qu'on est exigeant avec les femmes. Il faut être une superwoman, une bonne... En tant que maman, en plus, on se culpabilise... Hyper vite. Et moi, je sais que dans les premières années de ma fille, j'ai essayé d'être la maman parfaite, évidemment. Les goûters, les machins, les activités. On fait ci, on fait ça. Acheter bio. Enfin bref, faire le mental plus plus. Bon bref, je ne vais pas te faire la liste parce que tu la connais. Et j'avoue que ces trois dernières années, j'ai dû lâcher. C'est dur des fois. Et j'ai eu des moments où la culpabilité était énorme. énorme, où j'en ai échalé. J'ai souvenir, là, il y a quelques mois, c'était la fin du CM1 et on a reçu les évaluations annuelles, des résultats de ton enfant, etc. Et la maîtresse qui est connue pour être une maîtresse un peu sévère avait mis des commentaires, pas assez travaillés, ce sujet n'a pas été traité, les devoirs, ceci, cela... Bref, je me suis effondrée. Mais effondrée, mais j'ai chialé dans ma voiture comme un bébé. Et je me suis dit « J'ai pas été là pour ma fille, je l'ai pas assez suivie » . Enfin bref, j'étais vraiment... J'étais au fond quoi. Et j'ai pleuré pendant une bonne heure, on va pas exagérer, mais ouais, j'arrivais pas à m'en remettre. Je me disais « Mais c'est de ma faute » . Et puis au final, je me suis rendue compte que cette maîtresse-là a été connue pour être hyper exigeante et au final tout roule.
- Speaker #0
Mais tu t'en es rendue compte comment ? t'en a parlé autour de toi ?
- Speaker #2
Oui, oui, il se trouve que j'ai des copines qui connaissaient cette maîtresse et puis en fait, ma fille a changé de maîtresse à la rentrée. Et oui, ça se passe très bien et voilà, ça va. Mais il y a des moments où tu te remets en question. Et puis c'est vrai que j'aimerais passer davantage de temps avec ma fille. Et c'est vrai que l'entrepreneuriat ne me le permet pas aujourd'hui. Heureusement, son papa est très présent. mes parents sont là, j'ai une sœur aussi qui s'occupe de ma fille de temps en temps dès qu'elle peut, enfin
- Speaker #0
Donc on bricole, mais passer du temps avec ma fille là, ces trois dernières années, ça a été un challenge, vraiment. Les minutes étaient comptées. Donc ça a été aussi le plus gros challenge, tu vois, de cette entreprise, c'était d'être là tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps, six jours sur sept. Et puis le septième jour, en fait, tu fais de la compta et tu fais, voilà, donc c'est du quasi sept jours sur sept depuis trois ans. Pas de congé. Pas de vacances, rien. À moi, les cinq semaines, j'en rêve. J'en rêve. Cinq semaines de vacances, mais où sont-elles ? J'en ai fait une, cette année. Une semaine de vacances. Donc, ouais, le commerce, c'est encore vraiment une catégorie à part.
- Speaker #1
Tu parlais de rêve griffonné sur des coins de cahiers tout à l'heure. Pour 2026, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Partir en vacances. pourquoi pas ça peut pas être une bonne résolution un objectif ouais ouais c'est un objectif 2026 je pense que cette année 2026 elle devrait en toute logique être un peu plus un peu plus cool que les trois premières années on dit souvent d'ailleurs que dans l'entrepreneuriat il faut passer le cap des trois ans et ben je me demande si c'est pas c'est pas vrai tout ça est-ce que tu pourrais me donner cinq choses
- Speaker #1
Cinq faits pour lesquels tu es fière.
- Speaker #0
Cinq ? Oui. Oh putain, déjà une, je galérais quoi. J'étais là... Ok. Bon, la première, c'est d'avoir réalisé mes rêves. Alors, vu que j'en avais plusieurs, peut-être que ça peut être cinq. On va faire comme ça, on va décortiquer. J'avais un rêve, c'était de devenir styliste. Check. Tu vois, je suis devenue styliste. Voilà, j'étais jusqu'au bout. Alors que mes parents n'étaient pas chauds. Mon deuxième rêve, c'était de partir à Shanghai. Check. Mon troisième rêve, c'était d'avoir un enfant. Check. Mon quatrième rêve, c'était de devenir illustratrice. Check. Et mon cinquième rêve, c'était d'ouvrir ma boutique tête d'affiche. Et check. Ça fait cinq !
- Speaker #1
Ça fait cinq !
- Speaker #0
Mais du coup, pour répondre à la question globale, de quoi je suis fière, c'est d'avoir toujours été jusqu'au bout de... bout de mes rêves ! Comme la chanson ! Ouais, j'ai toujours été jusqu'au bout. Ouais, j'ai rien lâché.
- Speaker #1
Et est-ce que toi, tu penses que tu peux être une inspiration pour d'autres ?
- Speaker #0
Oui, je pense. Peut-être.
- Speaker #1
On te le dit. Oui, c'est sûr. C'est sûr, mais... On a du mal généralement à le ressentir.
- Speaker #0
Oui, j'ai pas mal de clientes et de copines. Copines-clientes. Oui, parce que des fois, les clientes deviennent des copines. Enfin bref. Qui me disent, ça donne trop envie. J'adore ce que tu fais. Mais moi, mon rêve, ce serait d'ouvrir ma boutique. C'est hyper inspirant. J'ai eu des retours comme ça. Et ça me fait tellement plaisir. Mais évidemment, ça me touche. Mais il y a aussi une partie de moi qui a envie de leur dire « Si vous saviez comme c'est dur ! » C'est bien, j'en vois du rêve, mais n'y va pas ! Pitié !
- Speaker #1
Si tu savais ! Reste chez toi, garde ton salariat et tes cinq semaines de vacances !
- Speaker #0
Mais après, il y a du kiff, il y a beaucoup de kiff. Mais c'est beaucoup de sacrifices, énormément de sacrifices.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une phrase ou une citation qui t'accompagne dans ton quotidien ?
- Speaker #0
Oui, l'art est une manifestation de l'amour. L'art, ça émane de toi, de ce que tu ressens. C'est de l'amour pour la créativité, de l'amour pour la peinture, de l'amour pour le dessin. Tu y mets forcément une partie de toi. Donc, en partant de là, effectivement, c'est une partie de toi que tu donnes aux autres. Donc, c'est de l'échange, donc c'est de l'amour. Voilà, c'est... Oui, donc, voilà.
- Speaker #1
Écoute, on arrive au bout de notre échange. Je te remercie beaucoup de m'avoir reçu dans ta boutique.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Pleine de couleurs. Je vous invite vraiment à aller faire un tour, ça vaut le détour. On va continuer notre échange pour que tu me parles du coup d'une personne qui t'inspire, que j'irai interviewer dans l'épisode suivant, puisque je le rappelle, mais tous les épisodes sont reliés entre eux. Chaque invité m'amène au suivant. Vous pouvez nous retrouver sur toutes les plateformes d'écoute, Spotify, Deezer, Amazon Music et même YouTube. Et d'ailleurs, vous êtes de plus en plus nombreux à nous écouter et ça, je vous en remercie beaucoup. On se retrouve très vite. À bientôt !