Pierre NetBonjour et bienvenue sur Entretien Pharmacétique, le podcast qui parle des pharmaciens d'aujourd'hui et de demain. Épisode spécial aujourd'hui 18 septembre en soutien aux pharmaciens d'officines qui font grève. En cause, la décision des autorités d'abaisser le plafond des remises sur les médicaments génériques. Pourquoi les officinaux sifflent-ils leur colère ? Quels impacts pour le réseau officinal et les patients ? C'est ce que nous allons décrypter ensemble. Et oui, épisode en soutien aux collègues officinaux qui sont en grève aujourd'hui pour protester contre l'arrêté du 4 août 2025 qui abaisse le plafond des remises sur les médicaments génériques. Une fois n'est pas coutume, il n'y aura pas d'invité pour cet épisode où je vous explique pourquoi les pharmaciens font grève et pourquoi, in fine, cela nous concerne toutes et tous. Car si vous n'êtes pas un patient aujourd'hui, vous le serez un jour. En préambule, je tiens à signaler que voir des professionnels de santé en grève, que ce soit des médecins, pharmaciens ou infirmiers, n'est jamais un bon signe, car ce n'est pas dans leur nature de faire grève, et que ces derniers préféraient largement s'occuper de leurs patients. Commençons d'abord par resituer le contexte dans lequel se trouvent actuellement nos officines. Et ce contexte, il n'est pas brillant, avec plus de 2000 officines qui ont fermé sur les 10 dernières années. Côté prix, la situation n'est guère meilleure avec un prix public des médicaments remboursables qui a diminué de 51% depuis 2000. Alors pourquoi les pharmaciens font-ils grève ? Et bien, depuis le 1er septembre... le plafond des remises sur les médicaments génériques que les pharmacies pouvaient négocier auprès de leurs fournisseurs a été abaissé de 40 à 30% et descendra à 20% à horizon 2027. A titre d'exemple, lorsqu'un pharmacien achetait auprès de son fournisseur un médicament générique à un prix de 10 euros, il pouvait obtenir via des négociations une remise maximale de 40% sur 4 euros. Lors de la délivrance de ce médicament à un patient, les pharmaciens étaient remboursés 10 euros et réalisèrent donc une marge de 4 euros sur cette même boîte. Avec cette réforme, la remise est désormais abaissée à 30% et à terme 20%, soit 3 et 2€ si l'on reprend notre exemple de médicaments génériques à 10€. Et le problème, c'est que les médicaments génériques, on en donne beaucoup puisqu'ils représentent 41% des boîtes de médicaments remboursables vendues. Mais trêve de compte d'apothicaire et voyons quelles sont les conséquences concrètes de cette mesure. Pour les officines, cela signifie, d'après les estimations, une perte directe moyenne estimée entre 20 000 et 30 000€ par pharmacie. soit presque l'équivalent d'un poste de préparateur. Le risque de licenciement, voire de fermeture définitive, est aussi conséquent, notamment pour les petites officines. Et qu'en est-il des industriels ? Eh bien oui, il est vrai que mécaniquement, cet arrêté leur profitera, mais sur le court terme uniquement. Car si l'on réfléchit un peu, les industriels seront également perdants avec cette mesure, car moins d'officines signifie pour eux moins d'acheteurs et moins de points de distribution. Mais surtout, cet arrêté fournira aux autorités un argument supplémentaire pour renforcer la baisse du prix des médicaments. ce qui diminuera encore plus l'attractivité du marché français et augmentera le nombre de ruptures de médicaments, qui est déjà conséquent. Et enfin, qu'en sera-t-il des patients ? Eh bien, moins de pharmacie signifie pour eux devoir se déplacer plus loin pour aller chercher leurs médicaments. Mais au-delà de cet aspect pratique, moins de pharmacie, c'est la perte de professionnels de santé de proximité, accessibles 6 jours sur 7 sans rendez-vous et gratuitement, ce qui est plutôt un luxe de nos jours. En parlant de gratuité, revenons un instant sur ces services invisibles et non facturés fournies par nos pharmacies, telles que le portage des médicaments, l'administration des premiers secours, allant du simple pansement jusqu'au massage cardiaque, ou encore simplement prendre le temps de discuter avec une personne âgée isolée, pour qui la pharmacie sera le seul contact humain de la journée. La pharmacie d'officine, c'est enfin et surtout des personnes humaines qui feront tout pour prendre soin de leurs patients et faire en sorte qu'ils aient accès à leur traitement. La pharmacie, c'est le docteur Xavier Schneider qui va aider sa patiente déclarée morte administrativement en lui fournissant à titre gracieux son traitement de plusieurs centaines d'euros. tout en l'aidant à régulariser sa situation au plus vite. La pharmacie, c'est le docteur Julien Varro, qui va suspecter une embolie pulmonaire chez sa patiente, à partir d'une simple toux sèche et d'un essoufflement, et qui va lui permettre d'être hospitalisé en urgence. Et spoiler alert, il l'avait vu juste. La pharmacie, c'est encore le docteur Guillaume Racle, qui va prendre le temps de prendre l'attention chez une patiente à risque, qui demandait simplement à acheter de l'ibuprofène pour son mal de tête, et ô surprise, elle était à 20-12. Alors, pourquoi faut-il soutenir nos pharmacies ? Eh bien peut-être par solidarité dans un premier temps, car les pharmaciens sont attaqués directement dans leur métier et qu'il est naturel pour eux de le défendre. D'autant plus que cette mesure a été appliquée de façon unilatérale et sans proposer de réelle alternative. Mais sinon, vous pouvez simplement le faire par pur intérêt personnel, car cet arrêté vous conduira à faire plus de trajets pour aller chercher des médicaments qui ne seront peut-être plus disponibles. Et si cela n'est pas suffisant, dites-vous que cet arrêté va à nouveau fragiliser le monopole pharmaceutique et risque de réveiller de vieux serpents de mer qui rêvent de vendre des médicaments. à la place des pharmaciens, et qui seront bien moins aimables et serviables. J'espère que cet épisode spécial vous a plu, et je vous donne rendez-vous début octobre pour le prochain entretien.