Speaker #0On a passé un an en région parisienne et Marine faisait des cours de français sur la thématique de l'aventure. Elle s'est rendue compte que ses élèves adoraient les récits d'aventure, surtout qu'on a essayé de cibler des aventuriers qui venaient des quartiers populaires aussi. Et en fait on s'est dit mais c'est bien, mais ces élèves là, est-ce qu'un jour ils vont vraiment goûter à l'aventure ? Et elle leur a fait une promesse, même en étant butée sur Cannes, qu'ils allaient réaliser un projet. En 2022, on a réuni des élèves du 93 et de Cannes et on leur a fait gravir le sommet du Monte Cinto en Corse. Je pense qu'avec les adolescents des quartiers populaires, c'est vraiment intéressant de cibler en tout cas sur ces publics-là parce qu'ils ont besoin justement d'un petit coup de pouce. Ce n'est pas forcément dans la culture de leurs parents de les amener en montagne ou de sortir tout simplement du quartier. C'est ça qui n'est pas toujours évident. Des fois, c'est des moyens financiers ou c'est tout simplement le contexte social dans lequel ils évoluent. Il n'y a peut-être pas autant de transports qui vont à la montagne, on n'a peut-être pas forcément cette culture-là avec les parents. Donc nous, on se dit, l'école peut rendre ça accessible, et c'est pour ça qu'on œuvre dans ce sens-là. Il y a un réel intérêt, ça nous a donné la motivation, l'année d'après, d'amener que des élèves de Cannes, maintenant qu'on était sur place, pour les amener faire la grande traversée du Mercantour, parce que c'est un massif incroyable qui est seulement à une centaine de kilomètres de la côte. Donc on s'est dit qu'il y avait un réel intérêt de le faire. Donc on a fait cette traversée-là de 17 jours. Donc ça a été une expérience incroyable pour ces 22 collégiens qui ont quand même fait plus de 200 kilomètres à pied et 12 000 mètres de dénivelé dans des conditions qui n'étaient pas forcément évidentes. Et ils ont tous réussi. Tous. Les 22 ont réussi. Donc ça, ça a été assez incroyable. Envie d'ailleurs. Le voyage autrement. On donne beaucoup de temps pour soi, avant le projet, pour les recherches de financement, l'organisation, etc. Et une fois qu'on est dedans, on vit un truc très fort. On est vraiment une cordée, on est une famille, on compte les uns sur les autres, on s'encourage, il y a des petits coups de mou. Donc déjà on vit passionnément le moment présent, c'est très fatigant, pendant et après, mais honnêtement ça fait du bien et on se dit qu'on se sent utile en faisant ce genre de projet. Et bon, il y a pire de marcher en montagne comme ça, dans une cordée, être accompagné et tout, c'est quand même sympa quoi. On vit d'ailleurs C'est vrai que j'ai des souvenirs assez marquants et c'est surtout des images en fait Une première image que je pourrais donner c'est l'année dernière quand on a fait la scie du Gélas Moi-même je suis randonneur mais je ne suis pas alpiniste et on était sur cette crête avant d'arriver au Gélas donc une crête très vertigineuse et je me souviens avoir été un peu en difficulté en avançant tout doucement et quand je regardais en bas je voyais sur cette grande dalle de pierre à plus de 3000 mètres d'altitude je voyais les cordées progresser avec les guides de haute montagne Et les élèves. Et en fait, je voyais cette fluidité comme ça. Et moi, j'étais sur cette crête vertigineuse où je n'étais pas à l'aise. Et je me disais, je ressens peut-être les mêmes choses qu'eux à ce moment-là. Parce que moi-même, je ne suis pas à l'aise. Moi-même, je suis en train d'essayer de trouver des solutions pour progresser, pour avancer. Et eux, je les voyais de manière très fluide comme ça, avec tout le paysage derrière et tout. La vallée italienne derrière. Donc, c'était superbe. Ça, c'est une image que je retiens. Et une autre qui est tout à fait différente, c'était une soirée aussi à la Madone de Fenestre, où on avait fait venir mon collègue Alix Miucci, qui est accompagnateur en montagne et qui fait aussi de l'astronomie. Et là, il avait tendu des grandes bâches entre deux étapes. Le soir, après avoir mangé au refuge, tous les élèves étaient conviés. Et sur ces grandes bâches-là, il y avait des plaies, des petits oreillers, etc. Et ils étaient tous couchés par terre. Et ils regardaient juste le ciel. Alors certains écoutaient Alix avec ses appareils pour montrer les galaxies, les étoiles. Et d'autres, ils étaient juste allongés comme ça, sans portable, à juste regarder les étoiles. Et il y en a encore certains qui me reparlent de ce moment-là aujourd'hui et qui me disent « Ouais mais c'est incroyable comment on voyait les étoiles » . Et c'est vrai que c'est des choses toutes simples quand on habite en ville, quand on est citadin, quand on est dans un... dans un quartier qu'on ne prend pas le temps de faire et qu'on ne peut pas forcément voir. Et juste ça, cette émotion qui a pu être générée chez certains, j'ai trouvé ça super intéressant. Envie d'ailleurs, le voyage autrement. Ce que je dirais aux personnes qui se posent peut-être la question ou qui ne voyagent pas, le voyage ce n'est pas forcément quelque chose qu'on fait au bout de la planète. Le voyage c'est à partir du moment je pense où on passe déjà une nuit à l'extérieur de chez soi. où simplement on est dans une dynamique d'ouvrir sa porte et de partir peut-être dans un endroit qu'on n'a pas encore défini ou de ne pas encore avoir toutes les étapes. En fait, cet inconnu-là, c'est ça qui est vraiment enrichissant. Et on peut le faire à vélo, on peut le faire à pied, on peut le faire même en voiture. Il y a énormément de moyens. Donc moi, j'incite les gens. Et quand je travaille en randonnée, même sur une journée, des fois c'est une mini-aventure. Parce qu'on ne sait pas exactement où mettre les pieds, on ne sait pas comment la météo va évoluer, on ne sait pas comment physiquement on va répondre, on ne sait pas ce qu'on va voir, peut-être de la faune, de la flore. Donc... Si on peut mettre un petit peu d'aventure comme ça, un peu d'inconnu dans chaque jour du quotidien ou se prendre un temps sur deux ou trois jours pour aller peut-être traverser juste son département ou un massif qui est au-dessus de chez soi ou je sais pas quoi, tout ça c'est accessible. Faut pas voir ça comme quelque chose d'aventure de très coûteux ou autre, ça peut l'être bien sûr, mais tout le monde est capable de faire sa propre aventure et c'est même ça qui est le plus intéressant, c'est de la construire, de l'établir, d'y réfléchir et de la réaliser. Et ça en soi tout le monde peut le faire.
Speaker #2Ce que j'aime dans l'histoire de Loïc, c'est qu'elle nous rappelle qu'on ne sait pas toujours de quoi on est capable avant d'essayer. Alors, si toi aussi tu doutes, cette semaine je te propose un petit exercice. Fais une chose que tu n'as jamais faite, mais quelque chose de simple. Prends un autre chemin, teste une nouvelle activité, parle à une nouvelle personne que tu ne connais pas. Pas besoin de viser un sommet, mais juste sortir un instant de tes habitudes, de ta zone de confort. Chaque petit pas réalisé est une... petite victoire qui nourrira ta confiance. Conception, Christine Pianigiani. Interview et montage, Jean Rinaud. Production et création sonore, Hubert Moussenier. Si cet épisode t'a parlé, je t'invite à rejoindre la newsletter du podcast. Tu y partages d'autres portraits, des idées et des expériences pour mettre un peu plus d'ailleurs dans nos vies. Et si tu as envie de rencontrer celles et ceux qui ont choisi de passer à l'action, de ralentir, de changer de cap, ou de vivre autrement, je te donne rendez-vous au Festival Envie D'Ailleurs. A très bientôt pour un nouvel épisode de ce podcast.