Speaker #1L'affaire Bruel, M. Bruel. Au risque de m'attirer l'hostilité, voire la vindicte populaire, j'aimerais vous adresser ces quelques mots dans le creux de l'oreille. Sachez que je ne souhaite pas prendre part à votre procès. Cela ne me regarde pas, j'ai bien assez de ma vie à gérer. Mais je ne peux m'empêcher de ressentir à votre égard une forme d'empathie, un sentiment d'injustice médiatique. On parle à juste titre de lynchage public. Comme il doit être violent d'être un jour au sommet, adulé, adoré. Et du jour au lendemain, plus bas que terre, blâmé, insulté, vilipendé et rejeté. On les voit défiler, ces personnalités qui s'expriment à votre sujet. Et à part quelques rares courageux et fidèles amis, tous vous lâchent. Tous et toutes, hommes et femmes, vertueux et vertueuses, n'en vous déplaisent, dénoncent le scandale, crient à l'esclandre.
Speaker #1Les femmes ? Forcément solidaire, s'exprime au nom de la femme écrasée, dominée, humiliée. Les hommes, obligatoirement sauvant leur image, se rangeant prudemment du côté des femmes et dénonçant le pervers, l'autre bien sûr. Il est bien trop risqué d'oser exprimer son avis. Comment leur en vouloir ? Comment faire autrement ? personne n'a envie d'être assimilé au bourreau du moment et de subir son sort par procuration. Alors, on se protège, on se défend. Nous, nous ne sommes pas comme lui, le méchant, l'affreux coupable à condamner. Il me revient à une anecdote. Un jour, l'instit de mes enfants, qui étaient très admirés et encensés par les parents, et à qui moi-même, je félicitais et je lui faisais remarquer son succès. Il me confiait, faire la une, être encensé, c'est tellement fragile, tellement instable, aussi haut soit-on loué un jour, que l'on peut être descendu et maudit aux yeux de tous le lendemain. Pour revenir à vous, M. Bruel, le nombre de plaintes augmente. Aucune issue possible, l'étau se resserre. Je me contenterai pour ma part de soulever quelques questions. Bien sûr, les experts, les psychiatres et les professionnels de la santé mentale se sont déjà exprimés savamment sur votre profil. L'ivresse du succès ? Un égo démesuré qui ne supporterait pas qu'on lui résiste ? Qui sait ce que le star system peut avoir comme effet secondaire ? Beaucoup le reconnaissent après coup. Le succès s'amonte à la tête et donne l'illusion de la toute-puissance. Terrible revers de la médaille ! Mais cela m'intrigue quand même. Quand on a un tel succès, la gloire et l'argent, et toutes les femmes à ses pieds, a-t-on vraiment besoin d'agresser, de forcer ? Comment est-il possible d'utiliser force, pression, chantage ou produit quand on a tout ce qui fait tomber les conquêtes dans son lit ? Alors si c'est vraiment le cas, combien il faut se sentir tout petit dedans et si peu intéressant ? D'autres que vous, hommes stars pleins de succès, ont connu leur heure de gloire. Et combien ont résisté aux fans très entreprenants ou très entreprenantes ? Quoi qu'il en soit, Monsieur Bruel, vous étiez riche, très riche et célèbre. Vous l'êtes toujours. Cela suscite sans nul doute bien des jalousies et bien des convoitises. Ne l'oublions pas. Quant aux femmes victimes qui vous dénoncent toutes ces années après, j'ai envie de leur dire au creux de l'oreille. Est-ce que cela vous apaise de dénoncer votre drame au monde entier ? J'entends souvent cette idée répandue que c'est un acte courageux de dénoncer publiquement ce que l'on cachait par honte, que cela redonne une dignité, que être reconnue comme victime officiellement, cela permet de se restaurer et d'avancer. Nul besoin de citer les mouvements féministes du style MeToo. qui soutiennent largement cette idée. L'idée est séduisante, je le reconnais. Pourtant, je n'arrive pas à y adhérer. Je ne peux m'empêcher d'y voir une forme de règlement de compte dans un monde à la dualité tranchée où l'homme serait forcément le bourreau abuseur et la femme forcément la victime abusée. Et quant à l'argent récolté en cas de culpabilité du bourreau, La rançon du procès, comme d'un tout procès judiciaire aujourd'hui. Cet argent, suffira-t-il à combler vos blessures profondes ? C'est d'ailleurs bien le drame de notre société moderne, basé sur l'argent et le matériel. On croit que l'on peut tout acheter, même la réparation de nos blessures du passé. Acheter la paix retrouvée. À quel prix peut-on acheter le pardon ? La miséricorde, la seule issue possible pour vous, pour nous, mesdames. Je me permets de vous le demander car, voyez-vous, en tant que femme, je sais ce que vous avez traversé. J'ai replongé dans mes propres expériences du passé, celles que j'aurais volontiers gommées, celles que j'ai quasiment effacées de ma mémoire. Car notre cerveau nous protège, il gomme. Il arrange nos souvenirs, afin que l'on oublie ce qui nous a fait mal, et que l'on continue à avancer. Des souvenirs d'adolescentes et de jeunes femmes me sont revenus à l'esprit, en pensant à cette triste actualité. J'ai découvert des parties de moi que j'avais oubliées. Mais comment avais-je fait pour me retrouver dans des situations ambiguës, alambiquées ? Je me cherchais, je tâtonnais. Je séduisais, puis je repoussais le représentant de la jante masculine qui m'intriguait tant. Et puis, moi qui me pensais insignifiante, j'avais tellement envie d'être vue comme une femme. Mesdames ou mesdemoiselles, comme vous avez dû vous sentir complètement dépassées par la situation. Une star a le droit à tout. Une star n'est pas permis de lui résister. Une star, on lui laisse tout passer. Une star, on lui cède, bon gré mal gré. Car sinon, qui sait ce qui nous arriverait ? Une éviction médiatique, un avenir brisé, ou pire, un lynchage médiatique. Je me permets encore de vous demander. Certes, vous dites votre vérité, vous racontez votre vécu. Mais êtes-vous certaine de dire... tout sur ce qu'il s'est passé. N'y aurait-il pas une autre réalité, un peu moins radicale, un peu plus nuancée ?
Speaker #1Bien sûr, je n'ai aucune réponse, que des questions. Et au moment où j'écris ces lignes, je suis prise d'un doute. Et si je me trompais ? Et si tout cela était vraiment possible ? Que M. Bruel vous ayez usé de tous les moyens possibles pour arriver à vos fins et abuser de ces femmes ? Quoi que la justice décidera, rien ne sera plus comme avant. M. Bruel, la chute doit être violente, brutale, car vous tombez de si haut. Non, c'est sûr, vous n'en sortirez pas indemne. Mais, le savez-vous, M. Bruel, que la vie ne nous veut jamais du mal ? Ce que je crois profondément, c'est que, malgré toutes les apparences, elle vous veut du bien. Peut-être qu'elle vous conduira qu'à la seule issue possible. Se pourrait-il qu'elle cherche à vous dire quelque chose ? Et si la gloire aux yeux des hommes ne vous est plus possible, croyez-vous vraiment que vous ne serez plus personne ? C'est peut-être bien cela le message qu'elle veut vous donner. Car quand on ne peut plus briller aux yeux des hommes, alors on peut toujours briller aux yeux de Dieu. Mais cette gloire-là, elle ne fait pas de bruit, pas d'éclat. Elle n'est pas visible aux yeux des hommes. Elle réjouit profondément le cœur de la paix retrouvée. Elle se tourne vers l'autre comme un nouveau sens à sa vie. Alors, M. Bruel, je n'ai plus qu'une dernière chose à vous demander, au creux de votre oreille. Avez-vous cette foi en ce plus grand que vous qui vous habite ?