- Speaker #0
Bienvenue dans ErasmusLab, le podcast qui explore les initiatives du programme Erasmus+, en Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans cet épisode, nous nous penchons sur le rôle d'Erasmus+, dans la promotion de l'inclusion. Pour cela, nous vous emmenons à l'une des conférences organisées par l'AEF-Europe, un événement incontournable qui, en 2024, a mis cette thématique à l'honneur. Au programme, des témoignages inspirants de participants engagés dans des initiatives inclusives, ainsi que les récits de trois porteurs de projets qui, grâce à Erasmus+, ont concrétisé des actions en faveur de l'égalité des chances. Avant de les écouter, Fanny Lutz, directrice de l'AEF-Europe, nous éclaire sur les enjeux de cette priorité au cœur du programme Erasmus+.
- Speaker #1
Pour la programmation 2021-2027, la Commission européenne a cherché à accroître les possibilités offertes à un plus grand nombre de participants et aussi à un éventail plus large d'organisations. Ainsi, les organisations et les participants qui ont moins d'opportunités ont désormais à disposition des mécanismes et des ressources spécifiques pour leur faciliter l'accès aux actions du programme. En plus, les organisations participantes ont aussi pour objectif de rendre leurs projets et leurs activités accessibles en adoptant une approche inclusive dès la conception de leurs projets. Et donc nous, les Agences nationales, comme l'AEF-Europe, on a un rôle important à jouer puisqu'on veille à ce que les projets qui soient financés soient les plus inclusifs possibles. Alors la Commission européenne a défini huit obstacles qui sont considérés comme pouvant réduire l'accès au programme des personnes qui sont moins favorisées. Parmi ces obstacles, on a les handicaps, les problèmes de santé, les obstacles qui sont plutôt liés au système d'éducation et de formation. On a aussi des différences culturelles, des obstacles socio-économiques, des obstacles liés à la discrimination et enfin, dans certains pays, des obstacles même géographiques. Alors chacun de ces obstacles peut à lui seul déjà constituer une vraie barrière pour participer aux actions du programme. Et quand il se combine à d'autres obstacles, il entrave vraiment la participation de certains groupes ou de certaines institutions. En lien avec ces obstacles, le rôle des Agences nationales comme l'AEF, c'est d'élaborer une liste beaucoup plus concrète dans un contexte national spécifique de publics cibles qui sont considérés comme à moindre opportunité ou ayant moins d'opportunités. Et ces publics ont ensuite accès à des incitants supplémentaires, notamment financiers ou encore à des formats de mobilité qui sont adaptés, qui sont peut-être plus adaptés en tout cas. Par exemple, dans l'enseignement supérieur, on peut retrouver des étudiants qui sont aussi parents solos, qui devraient partir avec un enfant qui n'est pas encore dans l'enseignement obligatoire. Évidemment, dans ce cas-là, une mobilité classique de longue durée de plusieurs mois est compliquée. Et donc, on peut lui proposer quand même une mobilité d'une semaine, une mobilité courte, pour avoir déjà ce goût de l'Erasmus, ce goût de l'international, mais qui soit vraiment adapté à sa situation spécifique. En plus de ça, il y a toute une série de soutiens financiers qui existent également.
- Speaker #0
Au-delà des différents soutiens financiers disponibles pour les projets d'inclusion, il existe également d'autres mesures incitatives destinées aux acteurs et actrices de terrain. Fanny Lutz nous en dit plus.
- Speaker #1
Si on prend l'Action clé 1, qui est celle des mobilités, la plus connue, les participants qui ont moins d'opportunités ont accès à des soutiens financiers qui varient en fonction des secteurs d'éducation et de la formation. Dans certains cas, il existe ce qu'on appelle un top-up, c'est-à-dire qu'ils ont un montant de bourse additionnelle au taux standard des autres participants pour leurs frais de séjour. Typiquement, dans l'enseignement supérieur, un étudiant qui partira en Espagne aura une bourse normalement de 540 euros par mois et un étudiant considéré comme ayant moins d'opportunités aura une bourse de 250 euros en plus, c'est-à-dire de 790 euros par mois. Ce qui fait quand même une différence. On a aussi un soutien additionnel à la mobilité pour des frais qui ne seraient pas couverts par ces différents forfaits. les forfaits de séjour, les forfaits voyage. Ainsi, certains frais peuvent être remboursés sur base de leurs coûts réels, simplement par demande auprès de l'Agence. Il y a également un forfait qui existe pour l'organisme en lui-même, qui organise ses activités de mobilité pour des étudiants ou des participants considérés comme ayant moins d'opportunités. Il existe aussi des formats de projets, de partenariats qui sont simplifiés. À côté des partenariats classiques de coopération à plus grande échelle, il existe désormais des partenariats simplifiés qui ont pour objectif d'attirer des newcomers, donc des personnes ou des organisations qui demandent, qui partent pour la première fois, mais aussi des organisations simplement moins expérimentées, des petits acteurs. Dans ce cas-là, le processus de candidature, mais aussi la gestion même, et notamment la gestion financière et administrative du projet, est plus facile est simplifié.
- Speaker #0
Avant de plonger dans l'ambiance de la conférence, revenons sur les objectifs derrière l'organisation de cet événement.
- Speaker #1
Alors cette conférence a plusieurs objectifs. Le premier est certainement de valoriser des projets qui mettent en avant la priorité de l'inclusion et de la diversité, mais également, comme second objectif, je dirais, le partage de bonnes pratiques entre des porteurs de projets qui ont rencontré certainement des défis, notamment en début de programmation en 2021-2022. et qui ont trouvé des solutions pour les dépasser, puisque évidemment, entre les différents incitants et mécanismes qui sont mis en place au niveau européen et la pratique, il y a toujours des réalités différentes. Et donc, il s'agit de trouver des moyens de quand même promouvoir l'inclusion au sein de leur projet Erasmus. À titre d'exemple, Erasmus, c'est aussi des mobilités de stage, et il est parfois compliqué de trouver des lieux de stage adaptés à des étudiants ou des élèves porteurs d'un handicap. Mais des réseaux ont pu se développer et donc cette conférence est l'occasion notamment de partager ces bonnes pratiques, comme je viens de le citer.
- Speaker #0
Café, thé, quelques douceurs et surtout une salle comble. Des représentants et représentantes d'organisations et d'institutions se retrouvent et échangent, chacun porté par un objectif. Certains sont là pour découvrir le programme. Est-ce que vous pouvez me dire pourquoi vous êtes ici? Alors nous,
- Speaker #2
on travaille au pôle territorial de la ville de Bruxelles et en fait, nous avons été conviés par notre coordinatrice parce qu'en fait, nous travaillons avec de l'acclusion, l'inclusion avec les enfants à besoin spécifiques, dans le secondaire, maternelle, primaire. Et donc, c'est pour voir si nous, on pouvait amener aux écoles des projets en lien avec Erasmus.
- Speaker #0
Je suis ici parce que je suis responsable des mobilités internationales, des mobilités Erasmus d'étudiants à l'IHECS, l'école de communication. Et on a un grand nombre de mobilités. Ça reste, je pense, un programme qui n'est pas inclusif. La volonté de la commission, la volonté du programme est d'être inclusif. Mais franchement,
- Speaker #2
je suis preneuse de toutes les pistes.
- Speaker #0
Je vais à tout ce qui est proposé. Ici, c'est une initiative qui va, j'espère, nous donner des clés, des pistes pour essayer d'être plus inclusif. Je suis là pour écouter, partager, entendre et j'espère apprendre quelque chose.
- Speaker #1
Bonjour, je suis enseignante dans une école secondaire. et j'ai moi-même, quand j'étais étudiante, participé au programme Erasmus+. Je me suis dit que ce serait super chouette de pouvoir lancer ça dans l'école où je travaille maintenant et offrir cette opportunité à mes élèves. D'autres sont plus expérimentés.
- Speaker #3
Moi, je travaille dans un CEFA, donc c'est un centre d'enseignement et de formation en alternance. Et nous avons pas mal de jeunes qui viennent de milieux défavorisés et nous pensons que le programme Erasmus convient tout à fait à... à ce type d'élèves parce que ça permet justement l'inclusion de jeunes qui n'ont parfois jamais quitté
- Speaker #0
Namur. Et donc l'idée c'est de les faire voyager et sortir de Namur?
- Speaker #3
Oui tout à fait, en fait notre CEFA mène depuis longtemps des projets européens et nous organisons des séjours, mais pour des stages actifs, la pratique professionnelle pour pas mal de sections de notre école et c'est vrai qu'ils en reviennent tous changés et c'est vraiment une belle opportunité.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez me dire dans quelle ville ils ont été par exemple et qu'est-ce qu'ils y ont fait?
- Speaker #3
Principalement en France, parce que comme il y a déjà le problème de la langue, la barrière de la langue, ce sont des jeunes qui n'ont pas de bagage au niveau linguistique. Donc, par exemple, les voiristes vont souvent à Malmore en France, sinon les vendeurs à Toulouse. Maintenant, nous allons envoyer des jeunes aussi en Bretagne. Donc des mécaniciens garagistes pour qu'ils travaillent sur des voitures électriques. Il y a toujours un objectif derrière, évidemment. Des électriciens, des mécaniciens, peut-être des frigoristes. Enfin voilà, on a pas mal de choses en cours.
- Speaker #0
Vous l'aurez compris, les bénéficiaires du programme Erasmus+, ont des profils et des parcours variés. Mais tous partagent un même objectif, s'inspirer et échanger autour des opportunités qu'offre le programme en matière d'inclusion. Et pour illustrer cette diversité, nous avons tendu le micro à trois porteurs de projets issus de différents secteurs. Nous commençons avec Nathalie Husquin. Cette chargée de projet pour la ASBL Lire et Écrire Luxembourg a bénéficié d'un projet de partenariat simplifié dans le secteur de l'éducation des adultes. Nathalie nous explique pourquoi elle a souhaité déposer un projet Erasmus+, dans son cas, un projet d'échange avec le Centre de Ressources Illettrisme Auvergne en France.
- Speaker #2
Nous avons décidé de mener un projet avec le Centre Ressources Illettrisme Auvergne en France parce qu'en fait nos deux institutions se posaient des questions ou posaient en tout cas un même constat sur les questions d'illettrisme. Tant en Auvergne que chez nous en Belgique, on constate un même pourcentage, un taux d'illettrisme ou d'analphabétisme et on constatait qu'on avait des pratiques à échanger. Et donc... C'est le CRI Auvergne qui nous a contactés parce qu'en fait, en France, depuis quelques années, ils développent ce qu'on appelle le facile à lire. Dans les médiathèques, il y a des modules, une sorte de mobilier où on présente des livres faciles à lire qui permettent alors à des publics parfois éloignés de la lecture de venir trouver des romans qui peuvent leur parler. Et sur un de ces modules... Le CRI Auvergne avait découvert les romans de la collection La Traversée. Cette collection, c'est une collection qui est développée et qui a été initiée par l'ASBL Lire Écrire Luxembourg, voici maintenant plus de dix ans. Et ces romans, en fait, sont très spécifiques parce que c'est un auteur reconnu de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui écrit un manuscrit. Ce manuscrit est relu par toute une série d'apprenants en formation en alpha, adultes. Et... ils vont identifier les freins, les difficultés à la lecture. Donc nous, on est chargé de rassembler tous ces freins, de demander à l'auteur ou l'autrice de faire évoluer son manuscrit. Et puis, une fois qu'il n'y a plus de freins, alors à ce moment-là, on travaille en coédition avec un éditeur belge. Et donc, c'est comme ça qu'un roman naît. Aujourd'hui, on a une collection de 30 romans. Deux vont bientôt paraître. Et donc, le CRI trouvait ça, le processus vraiment intéressant. Donc, c'était au moment du Covid. Comme on ne savait pas échanger, voilà comment on le voulait. Ils ont proposé qu'on fasse une visio pour présenter notre projet et le présenter à leur public, puisqu'ils travaillent essentiellement avec des professionnels et ils leur proposent des outils. Ils trouvaient que les romans de la collection La Traversée, c'était des outils vraiment intéressants pour les formateurs qu'ils formaient. À l'issue de cette journée, on s'est dit qu'on ne pouvait pas rester comme ça, que c'était vraiment important de continuer. Il y avait un bon feeling qui était passé. Et donc on s'est dit, tiens, pourquoi ne pas déposer un projet Erasmus+, petit partenariat, pour essayer de trouver des moyens justement pour développer ces échanges de pratiques. Et c'est comme ça que le projet est né.
- Speaker #0
Il existe évidemment aussi des partenariats simplifiés pour la formation professionnelle, comme l'a expérimentée. l'Association Langues des signes francophones de Belgique. Susanna Sanchez, coordinatrice de la LSFB, nous raconte son expérience des échanges et de la création d'outils avec des écoles belges et espagnoles. Cette interview est interprétée en français par l'Association Cossens.
- Speaker #4
En ce qui concerne ce projet, l'objectif est double. Donc on a déjà un objectif de création d'outils, à savoir des vidéos. en lien avec le programme scolaire 5e, 6e, primaire. La création de ces outils, les vidéos sont en langue des signes et sont également sous-titrées et on utilise des supports visuels, un petit peu comme l'émission C'est pas sorcier, en respectant les besoins d'apprentissage, les besoins pédagogiques des élèves sourds qui ne sont pas les mêmes que les élèves entendants. Donc on a 20 vidéos en LSFB, langue des signes de Belgique francophone, et 20 vidéos en LSE, langue des signes espagnole. Le contenu est strictement le même, mais les deux langues sont différentes. Donc on a travaillé à la création de ces outils. Donc on a mis une année pour créer ces outils. Et ensuite, on a mis en place un camp avec les élèves sourds belges et espagnols qui ont pu se rencontrer physiquement. Donc la LSFB, c'est pour l'association Wallonie-Bruxelles en collaboration avec la fondation CSNE en Espagne, avec l'école de Guidem en Espagne et l'école Sainte-Marie à Namur en Belgique. C'est une collaboration entre nos quatre structures pour la mise en place de ce camp. Et pour le camp, on a également pu faire appel à l'association du CRE en Belgique.
- Speaker #0
Au-delà des échanges entre pays, il est aussi possible de réaliser des projets de mobilité de courte durée dans le secteur scolaire. Wendy Duculot, directeur-adjoint de l'école Les Forges à Ciney et Ambassadeur Erasmus+, nous parle de ses motivations pour offrir des possibilités de mobilité aux jeunes de son établissement.
- Speaker #5
Les projets Erasmus+, pour nous, c'est vraiment une fenêtre pour nos élèves qui souffrent sur un monde qu'ils ne pouvaient s'imaginer que de très très loin. Ce sont des jeunes qui sont retenus en tout cas par des barrières visibles et invisibles. On parlait d'obstacles tout à l'heure lors de la conférence. Elles sont bien là, ces barrières. Ce sont des élèves qui, dès leur plus jeune âge, ont connu l'exclusion scolaire. Dès l'école maternelle, on a dit à leurs parents, votre enfant, il est trop différent. Votre enfant, il est porteur de handicap. Ils ne rentrent compte pas dans les normes. Vous devez partir, vous devez aller voir ailleurs, aller dans les écoles spécialisées, nous on ne peut rien faire pour vous. Et en parallèle à cette exclusion scolaire, il y a une exclusion sociale. Souvent ce sont des jeunes qui ne peuvent même pas intégrer un club sportif ou un mouvement de jeunesse parce qu'ils sont porteurs de handicap. Et donc cette fenêtre qui s'ouvre sur le monde, en tout cas elle porte une promesse, une promesse que certains rêves peuvent se réaliser, des rêves d'aventure, des rêves de moments inoubliables, des rêves de formation aussi pour ces jeunes. C'est pour pouvoir trouver vraiment une place pour chacun, que ce soit en Belgique ou ailleurs, c'est important pour eux dans leur épanouissement et dans leur formation. Je vais peut-être reparler de l'histoire de Madeline, qui est une élève de chez nous, qui est âgée de 20 ans. C'est une jeune fille très courageuse, très volontaire, et toujours souriante, et très sympathique. Elle suit une formation en tant que technicienne de surface, et Madeline est porteuse de handicap, donc elle a un retard intellectuel jugé de modéré à sévère. Elle a également des troubles du langage et nécessite également une attention toute particulière au niveau médical. Son rêve a pu se concrétiser grâce au programme Erasmus+. Elle est partie à Faro, au Portugal. Pour elle, c'était vraiment un événement marquant de sa vie parce que c'est la première fois de sa vie qu'elle quittait le cocon familial. Elle partait sans papa et maman, mais elle avait vraiment envie de participer à ce projet. C'était pour elle aussi un projet pour pouvoir se dire je peux aussi faire quelque chose sans mon père pas sans maman. Et ce projet a été effectivement une formidable expérience. C'est une petite fille qui est partie, c'est une jeune femme qui est revenue, donc ça c'est vraiment très beau à voir.
- Speaker #0
En évoquant l'expérience de Madeline, Wendy Duculot parle d'autonomisation, l'un des impacts directs des projets de mobilité. En bon ambassadeur, il nous cite plein d'autres avantages de ce type de programme.
- Speaker #5
Notre école propose des formations professionnelles. Donc nous, quand nous partons dans un programme de mobilité à l'étranger, c'est pour pouvoir aller dans des entreprises, travailler. Alors effectivement, nos élèves vont acquérir des compétences professionnelles et personnelles. Mais ce n'est pas que simplement apprendre un métier. C'est surtout apprendre à retrouver une confiance en soi, à se découvrir, se redécouvrir, à franchir des obstacles, à surmonter ses peurs. Et nos élèves se sentent écoutés, se sentent respectés, surtout en tant que personnes, avec leurs différences, avec leurs troubles. Et en tout cas, c'est donner une valeur supplémentaire à leur travail. Et c'est l'occasion aussi pour certains élèves d'avoir des opportunités professionnelles. On a eu cette chance cette année pour deux élèves de se voir offrir un job d'étudiant après leur stage Erasmus dans l'entreprise dans laquelle ils avaient été formés. Pour moi, l'élément le plus touchant, c'est l'expérience humaine. Vous savez, c'était le cas de Madeline qui n'était jamais partie de chez elle, mais c'est le cas pour beaucoup de jeunes. Ils ne quittent jamais leur maison, ils ne quittent jamais leur milieu familial ou leur institution, leur village, leur quartier. Et ces stages, ils ouvrent un monde beaucoup plus vaste, beaucoup plus riche, un monde où ils vont pouvoir se découvrir, se redécouvrir. C'est un formidable message d'espoir en tout cas pour tous ces élèves et pour nous, acteurs de l'enseignement spécialisé. C'est une manière de prendre chacun par la main et de les amener sur les chemins de la dignité dont ils ont été si souvent privés.
- Speaker #0
Susana Sanchez, quant à elle, revient sur l'impact de l'outil développé grâce à ce projet, ainsi que sur les retombées du voyage organisé pour les participants. De son côté, Nathalie Husquin souligne les bénéfices des échanges entre professionnels et l'importance d'impliquer les apprenants, les premières personnes concernées par ces outils.
- Speaker #4
Dans ces vidéos, il y a à la fois une personne qui présente en langue des signes et puis un support. On voit vraiment comment fonctionne en 3D un élément du corps humain, par exemple le cœur. Mais donc... Ça permet aux élèves sourds d'avoir l'information qui est donnée en langue des signes et de la voir en 3D visuellement grâce à un support pédagogique. Les vidéos sont également sous-titrées pour permettre à tous les profils de comprendre. Les écoles partenaires sont des écoles bilingues, donc elles s'adressent aussi à des élèves entendants. Ça permet aux élèves entendants et aux élèves sourds de voir la même vidéo. Et puis pour l'élève sourd, en termes d'estime de lui, c'est important de voir que ses amis entendants vont pouvoir regarder la même chose, vont pouvoir avoir accès grâce à la langue des signes. Ça, c'est vraiment important. Ça aide aussi à la mémorisation puisqu'il y a des supports visuels. Donc les deux, en fait, sont pour les deux à la fois sourds et entendants. L'impact est important. Et le camp, lui, a eu de grandes retombées en termes de développement personnel pour les élèves sourds. Parce qu'en fait les élèves sourds se rendent compte que généralement ce sont des personnes entendantes avec qui ils sont en contact. Alors qu'ici dans le cadre du camp, toutes les personnes étaient des personnes sourdes. Qu'il s'agisse du caméraman, du monteur, du cuisinier, du conducteur, il n'y avait que des personnes sourdes. Donc en termes d'identification et de modèle, pour eux, pour l'avenir c'est vraiment important. Je pense qu'il y a un impact important, et pas uniquement pour les élèves qui ont pu rencontrer enfin participer au projet, mais aussi de façon plus large à toutes les personnes qui ont gravité autour du projet.
- Speaker #2
On pense souvent que des personnes qui sont en situation d'analphabétisme ou d'illettrisme n'ont pas de compétences, ou manquent de compétences. Or, ils en ont, et c'est très important de pouvoir les faire remonter. Parce que ce qu'il faut savoir, c'est que ces personnes souvent ne se sentent pas légitimes. Et donc, quand elles viennent en formation, déjà pousser le pas de la formation, c'est compliqué. Mais souvent, comme l'accès au livre est compliqué puisqu'ils ne sont pas lecteurs ou lecteurs débutants, pour eux, le livre, c'est quelque chose de sacré. Mais ils ont des choses à dire parce que nous autres, on ne sait à la limite même plus comment on a appris à lire. Eux, ils connaissent encore toutes les difficultés. Donc, ils vont pouvoir mettre le doigt là où c'est compliqué. Ils vont pouvoir changer le regard qu'un professionnel a et l'amener alors à avoir un autre regard et se mettre aussi un peu dans la peau d'une personne analphabète ou illettrée pour pouvoir alors changer sa manière de travailler.
- Speaker #0
Que ce soit au Portugal, à Malte, en France ou en Espagne, la coordination d'un voyage pour des personnes à besoins spécifiques comporte des défis logistiques particuliers. Nathalie, Wendy et Susanna nous confient leur retour d'expérience.
- Speaker #4
Le premier travail, c'était déjà de s'accorder sur ce qu'on allait dire dans nos vidéos, puisque certains concepts sont abordés en Espagne en sixième, et puis nous plutôt, ou inversement. Donc voilà, il a fallu déjà de s'accorder sur les thèmes qu'on allait pouvoir aborder. Ensuite la réalisation en tant que telle n'a pas posé réellement de problème, mis à part quand même l'accès au téléphone puisque pour contacter différents organismes, réserver une salle, réserver un avion, poser différentes questions, on était quand même en difficulté. Quand on envoie un email, les réponses elles sont quand même très longues à arriver donc trouver un interprète juste pour passer un appel de 10-15 minutes c'est quand même un petit peu compliqué mais c'était notre principal obstacle, c'était l'accès au téléphone.
- Speaker #5
Il faut vraiment penser le projet dans les moindres détails. Tout d'abord, il faut trouver des entreprises qui vont accepter d'accueillir des personnes ayant un handicap ou ayant des troubles de comportement, des troubles d'apprentissage, et voir aussi si ces entreprises acceptent d'amener des adaptations dans leur quotidien, dans leurs horaires, même dans le mobilier, je veux dire, ou dans leur accessibilité. Il faut également trouver un logement qui ne soit pas trop loin de l'entreprise, un logement sécurisant, où on puisse développer l'autonomie de nos élèves. Il faut prévoir un accompagnement spécifique pour chaque personne. C'est important qu'il y ait des personnes qui soient là présentes tout au long du projet pour pouvoir valoriser chaque réussite, pour pouvoir créer vraiment un climat de confiance. Nos élèves à l'école n'ont pas de cours de langue, donc on me pose souvent la question mais tiens, la barrière linguistique, comment vous la franchissez Elle se franchit assez aisément. On va mettre en place des outils, des moyens de communication alternatifs, que ce soit des pictogrammes, des tablettes, des assistances, qui vont permettre à nos élèves de communiquer. Effectivement, ils ne vont pas tenir un débat philosophique avec leurs entrepreneurs, mais au moins, ils vont pouvoir se faire comprendre et comprendre ce que l'on leur demande pour effectuer un travail.
- Speaker #2
Nous, on a dû surmonter beaucoup de stress parce qu'en fait, certains n'avaient jamais franchi la frontière déjà. Donc, voyager hors de son village est déjà au départ très compliqué parce que quand on ne sait pas lire l'horaire d'un train ou quand on ne sait pas lire un horaire d'un bus. C'est déjà très compliqué de venir en formation dès que l'horaire change, par exemple. Ça, c'est un exemple concret. Mais alors, il y a beaucoup de stress aussi. Comme je disais tout à l'heure, on ne se sent pas légitime. Donc, pourquoi est-ce qu'on irait parler en France à des professionnels C'est pour ça qu'on a dû amener petit à petit les gens à ce qu'ils aient confiance en eux. Et donc, on a tissé vraiment des liens très, très profonds et très étroits avec le CRI Auvergne. Donc, régulièrement, on avait des visios entre notre groupe d'apprenants et les professionnels d'Auvergne. Et donc petit à petit, tous ces échanges ont permis une confiance et ça a permis alors au groupe de se mobiliser. Et donc au départ, ils étaient 11 à s'être portés candidats. On pensait que si on en avait 6 ou 7, ce serait vraiment formidable. Et en fait, ils ont été en France à 11. Donc pour nous, c'est vraiment une belle réussite.
- Speaker #0
De belles réussites et de belles histoires. Les porteurs et porteuses de projets en ont plein à partager. Avant de conclure avec les participants et participantes de cette conférence sur l'inclusion, Wendy Duculot nous partage une dernière anecdote pour la route.
- Speaker #5
Je vais vous parler de Gisèle qui a effectué son stage Erasmus à Milazzo en Sicile dans une boutique de luxe. Les patrons étaient très bienveillants à son égard et ils étaient en tout cas très satisfaits de notre travail. Il y a eu une très belle collaboration entre les patrons et Gisèle durant toute la période du stage. Et à la fin du stage, ils lui ont dit, écoute, nous on est très contents de toi, on veut te faire un cadeau, tu n'as qu'à choisir une tenue dans notre boutique. Et donc, Gisèle a pris une tunique d'une valeur de 700 ou 800 euros, je ne sais plus exactement, en tout cas, tenue de luxe, et était très fière de revenir avec. Vraiment, nous, on est allé retrouver les patrons, on a dit, écoutez, mais monsieur, c'est trop, vous lui donnez des choses bien, bien, bien, bien trop chères. Et ils ont dit, non, non, ça nous fait plaisir, nous, c'est important de pouvoir valoriser son travail et lui montrer qu'on était très contents d'elle. Effectivement, Gisèle vient d'un milieu très précarisé et revenir avec ce cadeau merveilleux, c'était une très belle expérience, en tout cas pour elle.
- Speaker #0
Un mot pour résumer la journée? Ou une phrase? Allez, je vais être sympa.
- Speaker #2
Intégration. Et en route vers l'inclusivité.
- Speaker #0
Un ressenti, un mot pour décrire cette journée? Plus-value,
- Speaker #1
en fait,
- Speaker #2
c'est super, c'est que du positif. Moi, je dirais idée. On ressort d'ici avec plein d'idées, de projets, de partenaires, donc c'est parfait.
- Speaker #0
Les témoignages et les échanges de bonnes pratiques que l'on peut entendre ici et durant les conférences de valorisation organisées par l'AEF-Europe permettent d'ouvrir des perspectives, de donner un élan à celles et ceux qui désirent initier un projet de mobilité et confortent les déjà initiés sur le fait que le programme Erasmus+, ce n'est en effet que du positif. Merci d'avoir écouté cet épisode d'ErasmusLab consacré aux échanges de bonnes pratiques en matière d'inclusion en Fédération Wallonie-Bruxelles. De l'autonomisation des participants à la création d'outils pour des publics spécifiques, ces initiatives montrent l'impact direct du programme. Nous espérons que ces exemples vous inspireront à lancer vos propres projets. A très vite