Speaker #0Bienvenue dans « Et après nous » , le podcast qui raconte les histoires de vie, celles qui nous font rire, celles qui nous font pleurer, celles qui nous relient les uns aux autres. Ici, on parle de nos peines, de nos échecs, mais aussi de nos envies, de nos rêves, de tout ce qui nous construit, de tout ce qui nous rend profondément humains. Je suis Vanessa. officiantes de cérémonies, mais surtout contes d'histoires. Des histoires vraies, sincères, parfois intimes, mais toujours universelles. Parce qu'après nous, il reste ces récits, ces souvenirs, ces émotions, qui forment un héritage précieux, une trace de nous dans le cœur des autres. Alors, prenez un instant, pour vous, installez-vous confortablement, laissez vos pensées s'apaiser, et laissez-vous emporter par le récit du jour. Pour ce second épisode, j'avais envie de figer un autre moment de ma vie. Un moment qui, peut-être, résonnera en vous, peut-être, qui l'alertera à certaines d'entre vous. En tout cas, je voulais le poser ici, pour ne pas oublier ce que j'ai ressenti. L'année dernière, j'ai vécu l'une des plus belles saisons de mariage, mais aussi l'une des plus dures de ma carrière. Nous étions en pleine haute saison, cette période où, pour nous, prestataires de mariage, les journées ne comptent plus leurs heures, où la vie sociale disparaît, où le sommeil devient un luxe rare. Et puis, au milieu de cette haute saison, je suis entrée dans ce que l'on appelle un tunnel. Un tunnel, c'est lorsque les mariages s'enchaînent à un rythme effréné, presque sans répit. Pour moi, ce fut six mariages en quinze jours. Lorsque je les avais signés, je trouvais ça fou, mais incroyable. J'étais fière que l'on souhaite autant travailler avec moi. Et je m'étais dit, ça va être chaud, mais ça va le faire. Spoiler alert, ça a été chaud, mais ça l'a fait. Enfin, oui, tout a été parfait pour eux, pour mes petits mariés. Pour eux, ce fut fort, intense, doux, magique, des moments de fête et d'émotion. Et j'en ai été la témoin privilégiée. Témoin de chaque éclat de rire, de bonheur et de surprise, quelle chance j'ai eu de vivre ça. Moi, petit bout de femme de 36 ans, je réalisais pour certaines leur rêve de petite fille, en leur créant le mariage dont elles avaient toujours rêvé. Mon sourire toujours greffé à mes lèvres, ce regard rassurant posé sur eux, j'ai fait de ces 15 jours de folie une parenthèse enchantée pour ceux qui m'avaient fait confiance. Mais en coulisses, une toute autre histoire se jouait. Cette saison était folle, elle me challengeait, elle me poussait à bout, je ne voyais plus mes amis, ma famille composée avec mes absences et ma fatigue. Et puis, il y a eu ce matin-là, dans ma douche. L'eau coulait sur mon visage, sur mon corps. C'est comme si le temps ralentissait pour me demander de respirer. C'est comme si je percevais chaque ruissellement d'eau qui me parcourait. Je ne pensais plus à rien, j'étais ailleurs, comme hors du temps. Puis soudain, comme dans un film, tout s'est accéléré de nouveau, pour me ramener à la réalité de la vie. Alors je me reconnecte avec ma tête, celle à qui j'en demande beaucoup, et à mon corps, celui que je maltraite bien trop souvent. Et je m'enroule dans ma serviette. Je me souviens avoir posé mes yeux sur mon téléphone. J'avais laissé ma série tourner. Vous savez, une de ces séries réconforts que l'on peut regarder mille fois sans se lasser. Cette fois, ce sont les frères Scott qui m'accompagnaient. On ne juge pas, ok ? Bref, je m'enroule donc dans ma serviette, écoute quelques secondes de ma série, et là je me rends compte que dans la douche, il s'est passé quelque chose. Je ne veux pas y croire. Je me dis que non, ce n'est pas possible. Et pourtant, l'hypocondriaque que je suis sent son cœur s'emballer. La serviette glisse à mes pieds et moi je tombe des nues. Je reste figée, démunie. Il va falloir que je vérifie ce qui me terrifie. Alors lentement, je lève mon bras gauche, comme on me l'a appris et montré à plusieurs reprises, et je procède à ce qu'ils appellent une autopalpation. Je prends le temps, je respire, elle est bien là, je la sens. Mon cœur s'accélère de nouveau, je tente de me calmer, de me raisonner, alors je recommence. Plus de doute, elle s'est planquée là, ici, dans mon corps, sur mon sein, cette petite masse tapie, discrète, mais bien là. J'entends Nathan et Elé se disputer depuis mon téléphone. Ils me font revenir à la réalité. À ma réalité. Dans ma maison, tout est calme. Tout le monde dort encore. Dans mon bureau, ma to-do liste infinie m'attend. Elle, elle se fout de mes états d'âme. Elle m'attend sur le pied de guerre. Je respire profondément une nouvelle fois. Ma décision est prise. Je m'occuperai de ça plus tard. Je me dis ça comme si ce n'était rien, comme si c'était une machine à faire tourner ou le balai à passer. Mais oui, je m'en occuperai plus tard. Après que ce tunnel soit passé, après que nos vacances d'été soient passées. Oui, c'est décidé. Mais mariée d'abord, mes vacances ensuite, et puis on verra ça à la rentrée. Je me pars de mon plus beau sourire, comme je sais si bien le faire. Et la journée peut enfin commencer. Cette fois, pour de vrai. Les journées filent, les mariages s'enchaînent. Je donne tout ce que je peux pour rendre chacun d'entre eux inoubliable. Puis mes enfants partent pour la réunion. Je ne peux même pas les accompagner à l'aéroport, non. Je suis en mariage. Je sais pourquoi je le fais. On compte sur moi. Oui, je sais, eux aussi comptent sur moi. Mais ils savent, enfin je crois, que je travaille aussi dur pour eux. Et que bientôt, je les rejoindrai. Parfois, lorsque je suis seule, je lève le bras et je la cherche. Elle est toujours là, comme une amie fidèle mais insupportable, qui ne veut pas te lâcher. Alors que toi, tu aimerais qu'elle t'oublie ? Mais je m'y attarde jamais. Je ne peux pas, je ne dois pas céder à la panique. Je n'en parle pas parce que cela deviendrait bien trop réel, bien trop concret. Le seul au courant est mon mari. Il me connaît, il est là. Il me surveille à distance car il me connaît. Il est cette épaule sur laquelle me reposer, cette oreille attentive qui m'écoute pleurer, crier, me ressaisir. Il est mon garde-fou et mon pilier. Mes vacances sur mon île arrivent. Ça y est, je suis dans l'avion. Avec l'altitude, je prends du recul. Ces vacances vont me faire du bien. Elles vont être une bouffée d'oxygène. Et ce fut le cas. J'ai profité de chaque instant avec les miens, loin de tout, aussi bien en lézardant sur le sable chaud que crapahutant dans les montagnes. On a fait la fête en famille, on a chanté, on a dansé. Je me suis nourrie des paysages fabuleux qu'offre la Réunion. Mais aussi, on ne va pas se mentir, je me suis surtout nourrie de ces succulents plats préparés avec amour par mes tatis. J'essaie de ne pas penser à cette fidèle amie. J'y arrive souvent, mais pas tout le temps, je l'avoue. Puis fin des vacances, retour à la réalité, à peine sur le tarmac de l'aéroport, la folie du téléphone qui vibre reprend. J'ai un nouveau mariage dans quatre jours, pas le temps de s'attarder sur ces doux souvenirs qui emplissent ma tête. À moi d'en créer de merveilleux pour mes petits mariés. Elle, elle est toujours là et ne m'a pas laissé de répit. Elle est la première à laquelle je pense chaque matin en ouvrant les yeux. Elle est la dernière qui m'accompagne avant de tomber dans les bras de Morphée. Mais c'en est assez, je ne peux rester plus longtemps sans savoir. Peut-être que je n'ai rien, bien évidemment, mais elle est là. Et pour le moment, je ne sais pas. Vanessa, prends-toi en main. Tu as peur, oui, mais c'est pire encore de ne pas savoir. Rendez-vous pris chez mon médecin traitant ? Je n'arrive pas à avoir un rendez-vous tout de suite, qu'importe. J'ai déjà attendu tout ce temps, quelques jours de plus ne vont pas me tuer. En tout cas, je prie pour. Ce jour-là, mon médecin rencontre cette amie. S'en suit un tas de questions sur mes antécédents et ceux de ma famille. Il paraît que je ne suis pas un sujet à risque. Je déteste ce terme surtout, car là, il y a quand même un risque, non ? Il faut tout de même en être sûre. Je lis l'ordonnance, bilan sanguin, échographie, mammographie... Ok, c'est parti. Sauf que, avoir un rendez-vous pour une écho ou une mammo, cela prend visiblement plus de temps que ma patience ne peut l'accepter. Ai-je le choix ? Pas tant. Alors il me faudra attendre presque deux mois pour avoir ces deux rendez-vous. Dans l'intervalle, retour du bilan sanguin. A priori, tout n'est pas nickel. On ne me dit pas que ça va, ni que ça ne va pas d'ailleurs. On me dit qu'il faut confirmer. Peut-être que c'est une stratégie normale, un process commun de dire ça. Mais pour moi, c'est tout sauf normal et commun. Car on me demande de maintenir cette échographie et cette mammographie. Les semaines qui suivirent ont été mouvementées. L'attente encore et toujours. Ne rien dire, ne rien laisser paraître, car pourquoi alerter tout le monde s'il n'y a rien ? Ne rien dire, garder le sourire. Ma famille compte sur moi, mes mariés comptent sur moi. Et moi, je suis là, la tête comme dans un brouillard constant, le cœur engourdi. Je déteste cette attente. Et puis, le jour J arrive. On me dit qu'il n'y aura probablement pas besoin de mammographie. Puis à l'écho, on me dit qu'on va quand même la faire pour être sûre. Mais sûre de quoi ? Sûre qu'il n'y a rien ? Je me laisse porter, je respire, ce n'est pas agréable, dans cette pièce froide, impersonnelle, j'ai eu peur. Puis je me rhabille, elle me confirme qu'il n'y a rien. Enfin, s'il y a un nodule bénin, mais elle me dit que ce n'est rien de grave. Je respire, enfin, la vie reprend son cours, ou presque, rien n'était tout à fait pareil. Ces dernières semaines, ces derniers mois ont été éprouvants psychologiquement, alors que finalement, je n'avais rien, je n'oublie pas, et je me sens chanceuse. Car je n'ai pas été 7 femmes sur 8, mais ça aurait pu être moi, ça pourrait toujours être moi. Vous, nous, on est toutes et tous concernés. Alors s'il vous plaît, n'attendez pas. Merci d'avoir écouté cet épisode un peu particulier de « Et après nous » . Si j'ai choisi de vous le partager, c'est parce qu'il m'a profondément marquée, et parce qu'il porte aussi un message universel. En ce mois d'octobre rose, j'aimerais vous rappeler à quel point il est important de connaître son corps, de pratiquer régulièrement l'autopalpation, et surtout de consulter sans attendre si vous avez le moindre doute. Parce que parfois, attendre c'est s'enfermer dans une peur silencieuse. Parce que... Votre vie vaut bien plus que votre to-do list. Nous avons toutes et tous des histoires à raconter, mais nous n'avons qu'une seule vie. Alors prenez soin de vous. Si cet épisode vous a touché, je vous invite à le partager autour de vous, à laisser un petit mot et peut-être qu'ensemble, nous pourrons sensibiliser encore plus de personnes. Je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode, une nouvelle histoire. Parce qu'après nous, il reste toujours une histoire à raconter.