- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast « Faire de la finance autrement » . Je suis Stéphanie Capdeville et ensemble, explorons les nouvelles voies de la finance. Ici, des hommes et des femmes partagent leur parcours inspirant pour intégrer les enjeux environnementaux et sociaux. Pas à pas,
- Speaker #1
nous découvrirons de multiples ressources pour transformer durablement le monde de la finance.
- Speaker #0
Aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir Raphaël Bauer, directeur financier du groupe Tarket, un groupe international spécialisé dans les solutions de revêtement de sol. Raphaël, tu as rejoint Tarket en 2010, après un parcours chez Valeo Erexam. Tu es directeur du groupe depuis le 2017 et tu pilotes la fonction finance et le contrôle interne et tu vas nous parler de tous les projets que tu as accompagnés en tant que directeur financier, notamment sur la partie modèle d'affaires. Alors première question, c'est un rituel dans ce podcast, qui es-tu Raphaël en tant qu'homme ?
- Speaker #2
Bonjour Stéphanie, merci de me recevoir dans ton podcast. C'est avec plaisir qu'on parcourra l'agenda dont tu as parlé, mais pour me présenter rapidement, Raphaël, 46 ans, je suis marié, père de 5 enfants, dont 2 porteurs de handicap, ce qui force à voir les choses un peu différemment, à s'adapter, à revoir ses priorités. Et on a beaucoup appris avec ça. J'aime, en dehors de Tarket et de mon métier, J'aime faire du sport, plutôt en contact avec la nature, de l'alpinisme, de l'escalade aussi en été, au printemps, et de la plongée sous-marine. Donc voilà, quand il y a un peu d'aventure et d'adrénaline, ça me plaît aussi.
- Speaker #0
Merci en tous les cas et merci pour cette franchise. On ne prépare jamais les qui et tu. Du coup, je suis toujours assez étonnée et merci d'avoir livré des informations qui sont quand même très personnelles. Ça montre aussi, ça va montrer en tous les cas, j'espère, l'homme que tu es et l'engagement que tu as chez Tarket sur les sujets de durabilité notamment. Alors pourquoi tu t'es orientée au départ dans la fonction finance ? Je crois que tu as fait Sciences Po et du coup tu as bifurqué vers la finance. Est-ce que tu peux nous expliquer ça ?
- Speaker #2
Oui, alors c'est vrai que c'était peut-être parce qu'il y avait de plus naturel d'aller dans l'industrie en finance, mais dans le fond, il me semblait, avec les informations que j'avais, et puis notamment des contacts dans les personnes qui travaillaient dans l'automobile, que la finance était un bon moyen de assez vite contribuer aux décisions, à la prise de décision, aux sujets importants dans l'entreprise. En suivant la performance et puis ensuite en apportant des propositions, des conseils à son échelle. Et donc je le voyais comme un moyen de assez vite contribuer à la prise de décision dans l'entreprise.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Je n'ai pas été déçu parce qu'effectivement, en l'occurrence chez Valeo, là où j'ai commencé, c'était vraiment comme ça. Donc j'ai à la fois beaucoup appris et puis commencé à contribuer dans les usines où j'étais contrôleur de gestion, dans les business units où j'étais responsable financier. Et donc je suis resté après en finance dans l'industrie.
- Speaker #0
D'accord. Et justement, pour toi, le rôle du directeur financier, puisque j'avais été assez étonnée quand tu m'avais dit que tu allais dans les usines, tu voyais les commerciaux, les clients. Et voilà, dans mon imaginaire, en tous les cas, le CFO d'une grande maison ne va pas forcément sur le terrain comme tu le fais. Du coup, c'est quoi le rôle d'un directeur financier qui aussi, Aujourd'hui à la charge de la responsabilité durable, la durabilité et puis pour aussi évidemment la transformation du modèle d'affaires dans ce monde en transition.
- Speaker #2
Oui, je pense que d'avoir commencé comme contrôleur de gestion dans des usines proches du terrain, en travaillant avec les opérationnels, ça m'a vraiment incité à continuer après. Je pense qu'il y a aussi un aspect de curiosité personnelle, de volonté de comprendre, de volonté de découvrir. Et donc je pense qu'aujourd'hui, pour un directeur financier de groupe international, c'est un risque, peut-être un danger même, de ne pas aller au contact. des équipes de ne pas aller au contact des clients. Pour moi, le fait de faire cela à intervalles réguliers, c'est m'assurer de bien comprendre les contraintes de nos métiers, les attentes de nos clients et d'être capable, j'espère, de prendre des décisions plus éclairées derrière. Et donc, ça me permet de participer aux échanges, aux prises de décisions sur les sujets opérationnels et stratégiques avec avec quand même un retour de première main du terrain, un petit peu plus qualitatif que ce que je peux avoir après dans des revues mensuelles, financières, où les choses ont pu être éventuellement un petit peu aseptisées.
- Speaker #0
C'est clair, c'est intéressant que tu évoques le mot risque. Alors évidemment, pour un directeur financier, parler de risque, ce n'est pas un sujet, mais de ne pas aller sur le terrain. Je trouve ça hyper intéressant. à la première fois j'entends que... C'est aussi un risque de ne pas savoir ce qui se passe dans la réalité de l'entreprise, de l'industrie, de l'organisation, des équipes. Et je suis d'accord que je pense que c'est aussi important que d'appréhender des risques qui sont très factuels, très chiffrés. Et ça, ça ne se mesure pas complètement, sauf à le rencontrer en réel.
- Speaker #2
Le risque, c'est d'être un peu déconnecté, voire très déconnecté. Bon, accessoirement, c'est aussi important vis-à-vis des investisseurs, des actionnaires, d'être capable de donner des exemples qualitatifs, de montrer qu'on est impliqué et qu'on comprend et maîtrise l'activité du groupe pour lequel on travaille. Donc, ce sera de toute façon utile aussi dans ces exercices de... partage et de communication avec les investisseurs.
- Speaker #0
Du coup, ça te permet de voir en réel les sujets aussi. Alors évidemment, tu les appréhendes d'autres manières, mais je trouve ça hyper intéressant. Qu'est-ce qui t'a conduit à rejoindre Tarket il y a maintenant plus de 15 ans ?
- Speaker #2
Alors au départ, je cherchais un poste avec vraiment un périmètre international, européen par exemple, et c'était le cas. J'ai rejoint Tarket comme contrôleur financier de la division Europe de l'Ouest. Mais je cherchais aussi un groupe toujours dans l'industrie, après avoir travaillé dans l'automobile et le packaging, toujours dans l'industrie, un groupe qui soit mondial. Donc avec la possibilité à terme de pouvoir travailler avec d'autres géographies que l'Europe. Et donc Tarket m'a vraiment attiré pour ça. Tarket m'a attiré aussi parce qu'il y avait une dimension que je n'avais pas avant dans mes deux industries où j'ai travaillé précédemment. C'était vraiment cette... partie complexe pour aller vers les clients tous les différents canaux de distribution la prescription ça va être particulièrement élaboré dans le dans le bâtiment un aspect aussi design un aspect culturel dans les produits de revêtement de sol qui sont des produits visibles et les clients choisissent en partie pour le design donc voilà des éléments qui étaient en plus ce que j'ai découvert après chez target que je soupçonnais pas au début et puis qui s'est construit aussi au fil des ans, c'est vraiment cette perspective de long terme avec l'actionnariat familial. Auparavant, j'ai travaillé dans deux groupes cotés, des détentions par des actionnaires plus dispersés, un peu plus classiques. Et là, il y a une famille qui a le contrôle du groupe, qui n'est pas forcément le seul actionnaire d'ailleurs, et c'est ça qui est intéressant aussi, d'avoir des fonds d'investissement dans le capital, mais une famille comme actionnaire sur... de référence. Et avec vraiment une vision de long terme, une volonté de la famille de transmettre leur patrimoine aux enfants, aux petits-enfants, et d'investir dans le groupe. Et ça, ça donne quand même une dimension de long terme qui, moi, résonne avec ce que j'ai envie de faire et puis offre des perspectives de carrière. Je pense qu'on a pu le démontrer avec beaucoup d'exemples chez Tarket.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, effectivement, le sujet de la durabilité, qui est un sujet de long terme, peut effectivement s'inscrire dans ce cadre-là. Peut-être beaucoup plus que dans des boîtes où il y a une vision beaucoup plus court terme et moins de transmission. J'aimerais maintenant qu'on comprenne bien le rôle que tu as pu jouer dans des projets et sujets de durabilité. Est-ce que tu pourrais illustrer par un exemple qui s'est passé notamment sur la partie recyclage ?
- Speaker #2
Oui, alors toute ma sensibilité aujourd'hui sur la durabilité s'est vraiment développée chez Tarket. et j'ai Tarket, je dirais, était un petit peu en avance de phase par rapport à d'autres industries. Notre industrie du revêtement de sol, Tarket a toujours recyclé les rebuts de production de ses produits et puis s'est mis à recycler les chutes sur les lieux de pose et maintenant on a développé des systèmes pour récupérer les anciens produits et les réutiliser. Le recyclage fait vraiment partie de l'ADN du groupe.
- Speaker #0
cadre que c'était posé au départ ? Alors, initialement,
- Speaker #2
c'était vraiment de l'efficacité industrielle, c'est-à-dire que les rebuts qui étaient générés sur les lignes de production pouvaient être réutilisés, donc moins de matière vierge. Voilà, donc c'était vraiment un sujet d'économie et d'efficacité industrielle. Et c'est vrai que c'est là où c'est intéressant, c'est qu'on n'oppose pas du coup durabilité et modèle économique et rentabilité et profitabilité. Alors, c'est plus difficile sur les sujets de récupération des matériaux anciens parce que ça, ça a un coût. Aujourd'hui, les coûts que nous supportons, pour l'instant, ce sont des choses que l'on offre aux clients. On va voir comment la réglementation évolue, on va voir comment on fait évoluer notre modèle d'affaires là-dessus. Mais aujourd'hui, il y a un vrai engagement du groupe pour se positionner sur ces boucles complètement fermées et recycler les produits. Donc moi, je m'investis personnellement pour m'assurer, par exemple, chaque année, qu'il y ait une portion du budget d'investissement qui soit allouée. à ces projets de recyclage, à la capacité de recyclage, au développement de nouveaux processus pour le recyclage. On a investi en R&D, on a investi dans des machines, dans des processus. Et donc ça, c'est vraiment important de le sanctuariser, de le flécher et de pouvoir ensuite communiquer après l'avoir fait, bien sûr.
- Speaker #0
Et c'est du temps long du coup ?
- Speaker #2
C'est du temps long parce que nos capacités de recyclage ne sont pas forcément saturées aujourd'hui. On peut faire plus, mais c'est un coût, donc il faut trouver l'équilibre. Il faut aussi faire un travail de conviction auprès de nos équipes d'abord, pour qu'elles soient elles-mêmes convaincues d'aller l'expliquer et le vendre aux clients. Et ça, moi j'ai vraiment vu un changement ces cinq dernières années en Europe. Je prends l'exemple souvent d'un déplacement à Londres que j'ai fait juste avant le début du Covid, en février 2020. Je m'en souviens bien pour ça aussi. Et rencontrer des architectes avec des commerciaux de nos équipes. Et finalement, être la seule personne chez Tarket à parler de durabilité, à parler de l'empreinte carbone de nos produits, à parler de ce qu'on était en train de faire. En l'occurrence, il s'agissait d'un rendez-vous, on parlait de parquet. On a une de nos usines en Suède qui réutilise les chutes de bois de la production, l'assure de la production. pour les brûler et générer de l'énergie avec une chaudière biomasse, l'énergie qui est utilisée pour la production. Donc ce type de petites boucles verteuses, les commerciaux n'étaient finalement pas conscients et ne pensaient pas à le mettre en avant. Cinq ans après, en début de cette année, j'étais à Londres et j'ai revu des architectes avec les commerciaux. Et notamment un rendez-vous m'a frappé, c'est que sur une heure de rendez-vous, on a passé 45 minutes à parler de durabilité des produits Tarket. Et c'était en début de rendez-vous. Les quinzaines de minutes, on a parlé design. logistique et puis un petit peu de prix. C'est assez étonnant. Alors tous les rendez-vous ne sont pas comme ça, il y a beaucoup de rendez-vous où on parle d'abord du prix et du service et ensuite de la durabilité, mais on voit qu'il y a une vraie bascule et on voit qu'il y a une vraie plus qu'un intérêt, une demande forte de fonds de certains clients.
- Speaker #0
D'accord, et là, qui a à dire ? driver l'échange, la conversation parce qu'en tout cas, c'est intéressant. Et ça,
- Speaker #2
c'est vraiment la bascule. Et là, on a toujours un rôle à jouer, si il est faux ou pas si il est faux. Je pense que tous les managers du groupe, quand ils se déplacent, quand ils sont en contact avec les équipes, doivent parler justement de durabilité, doivent expliquer ce qu'on veut faire, doivent expliquer que c'est pour le long terme, on sait que c'est pas facile, on sait que c'est coûteux, on va avancer pas à pas, mais ça fait du sens et on veut tous s'engager dans cette perspective-là.
- Speaker #0
Et du coup, comment ça s'est passé la bascule entre 2020 et 2025, justement, de la culture, du changement de culture ? C'est-à-dire qu'au jour d'aujourd'hui, je vais parler d'un métier que je connais bien, la banque. Ça ne serait pas très difficile de faire une petite statistique, de voir combien aujourd'hui sont en capacité de pouvoir parler de ces sujets-là. Donc, on voit bien que c'est du temps long, on voit bien qu'il y a de la pédagogie, de la culturation. Combien de temps ça a pris ? Qui a pris le lead, justement, sur ces sujets ? Et comment, enfin, c'est quoi votre recette ?
- Speaker #2
Je sais. Encore une fois, il y avait un terreau.
- Speaker #0
Ce que je parle aussi est faux. Oui, tout à fait.
- Speaker #2
Je pense qu'il y avait un terreau fertile avec cet actionnariat familial, cette vue long terme, ces produits que l'on peut recycler. On avait cette habitude. Il y a quand même eu clairement une initiative managériale qui était d'avoir un vice-président CSR qui fait partie du comité de direction. Ok. Qui a été nommé de mémoire en 2019 et qui venait du business. C'est-à-dire que c'était quelqu'un qui est un ingénieur, un industriel et qui a dirigé chez nous la business unit Bois Europe.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Donc c'est quelqu'un qui connaît les contraintes de production, qui connaît les clients, qui connaît bien nos équipes et qui est en charge maintenant de proposer une stratégie. Développement durable, définir les indicateurs et puis former, inciter, pousser les équipes et communiquer largement dans le groupe. Donc il y a vraiment cette initiative interne. Après il y a aussi la demande des clients d'abord en Europe, un peu moins aux Etats-Unis, même si dans certains états, à la Californie, à New York, etc. On va voir des clients qui eux sont moteurs aussi. Donc il y a un peu cet effet conjoint. qui fait que nos équipes ont de plus en plus embarqué les projets de durabilité dans les projets qu'elles déploient chaque année.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Je pense que ça s'est accéléré aussi avec les vagues d'inflation qu'on a pu connaître. Fin 2021, début 2022, c'était très significatif pour notre industrie. Bien sûr, on a passé des hausses de prix de vente. Mais une manière de se désensibiliser à l'inflation des matières premières, c'est aussi de réutiliser d'anciens produits. Donc quelque part, ça venait valider les premières initiatives stratégiques dans ce sens-là. Et ça a motivé et ça a rendu aussi les cas d'usage plus vertueux financièrement parlant. Donc on a vu là aussi une bonne complémentarité entre le modèle d'affaires, la rentabilité et les initiatives de durabilité.
- Speaker #0
Oui, et puis clairement, lié à la pénurie, lié à la hausse des matières premières, il y a un vrai enjeu économique qui doit être soit compensé ou en tous les cas modifier la trajectoire de l'entreprise pour pouvoir absorber ça. Il y a la demande des clients. Donc là, c'est intéressant de voir aussi que dans le secteur de l'industrie, la demande des clients ou tout autre secteur, la demande des clients pousse aussi les entreprises à revoir un peu leurs feuilles de route. Côté collaborateur, je comprends que quand on vient travailler chez Tarket, on a quand même une certaine culture, on adhère en tous les cas à cette culture familiale qui est portée par le groupe. Mais par ailleurs, on peut se sentir un peu sensibilisé sur ces sujets. Pour autant, d'y aller, ça reste quand même une autre étape. Et du coup, est-ce que là, il y a des choses que tu peux nous confier ?
- Speaker #2
Ce qui est intéressant, c'est de rencontrer des gens qui ont rejoint le groupe. après quelques mois de travail chez Tarket.
- Speaker #0
C'est facile de recruter chez Tarket ?
- Speaker #2
Non, c'est une vraie difficulté. Pour un groupe industriel qui a 33 usines, transforme des matières premières dont certaines dérivent du pétrole, c'est difficile de recruter des jeunes et ce n'est pas facile d'attirer les candidats.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Donc c'est vrai que les explications que l'on donne sur l'engagement, sur la durabilité sont importantes parce que souvent ça fait partie de l'ensemble des paramètres qui font que le candidat ou la candidate se décide à rejoindre Tarket. Mais après quelques mois, de manière très systématique, les gens nous disent j'avais senti qu'il y avait quelque chose mais là maintenant j'ai vu que c'était... vraiment du tangible, c'était vraiment du concret. Et je me doutais que ce n'était pas du greenwashing, mais là j'en ai la preuve et je suis fier de faire partie de ça. Et donc on voit les gens comme ça s'engager aussi progressivement et avoir une certaine fierté de ce qui est fait. C'est aussi un levier d'attractivité à un moment où c'est difficile de toute façon de recruter et en particulier dans les groupes industriels.
- Speaker #0
D'accord, donc c'est win-win à plein d'endroits différents. C'est vrai que tu as raison de dire que le fait qu'on le perçoive réellement dans la manière dont vous produisez, dans la commercialisation, etc., où vous pensez vos produits, on voit tout de suite. Versus quand on communique beaucoup, mais ça ne s'incarne pas complètement dans l'entreprise. Là, tu m'avais montré des extraits. de moquettes et les différences de matériaux, etc. Et c'est vrai qu'au moins l'avantage, c'est que c'est palpable assez vite par rapport à un métier de service. C'est peut-être un peu plus difficile. Tout à fait.
- Speaker #2
Alors peut-être un dernier levier à mentionner quand même aussi, c'est la reconnaissance externe. On fait donc intervenir des auditeurs externes pour valider nos indicateurs, pour valider la pertinence de ces indicateurs. le très connu maintenant SBTI, organisme qui valide les stratégies de décarbonation. On utilise aussi des référentiels comme CDP. On a choisi de se concentrer sur quelques référentiels pertinents mondialement. Donc CDP en est un, bien sûr. Ecova10 nous audite aussi, pas seulement sur la démarche de durabilité, mais aussi sur les relations avec les fournisseurs, l'impact sociétal. Et ça, ce sont des notations qu'on rend publiques, bien sûr, qu'on partage. et chez qui... On a beaucoup progressé et maintenant, que ce soit chez CDP et chez Ecovadis, on est dans les notations les plus hautes, Platinium notamment chez Ecovadis. On est très fiers de ça et on progresse chaque année et pourtant les barèmes sont... de plus en plus exigeant chaque année. Donc cette reconnaissance est importante et ça permet de communiquer aux clients et aux investisseurs. Parce que les investisseurs vont aussi faire des choix en fonction de ces évaluations externes.
- Speaker #0
Et tu as vu un changement récent par rapport à tout ce qui se passe dans le monde sur les investisseurs ? Est-ce qu'ils prennent moins d'attention ou au contraire ils sont toujours aussi attentifs ? J'espère que oui.
- Speaker #2
Alors, moi, je... Voilà. Tarket, jusqu'en 2021, avait... 49% de flottants en bourse rencontraient régulièrement les investisseurs equity. Et j'ai bien vu que dans les rendez-vous, de plus en plus, on passait de 5 minutes à 10 minutes, un quart d'heure, 20 minutes sur les sujets de durabilité. J'ai vu aussi la mise en place de roadshow ESG, ce type d'initiative qui permettait d'avoir accès à un peu plus de poches de capitaux. Donc, c'était intéressant, mais ça restait le début. depuis 2021 la famille de Coninck est montée au capital de Tarket et donc on a très peu de flottants en bourse maintenant on n'a plus que 3% de flottants en bourse et donc je n'ai plus ces rencontres avec les investisseurs equity et donc je ne saurais pas dire exactement quel est leur appétit aujourd'hui ou pas par contre c'est quelque chose qui est important avec les investisseurs dette puisque on parle aux investisseurs dette tous les trimestres et on a d'une dans le coût de notre dette, un système de bonus-malus en fonction d'indicateurs de développement durable, à savoir le taux de recyclage, le taux de produits recyclés dans nos matières premières, et puis les émissions de CO2. Donc on a une vraie incitation à être vertueux, parce que ça réduit un petit peu le coût du financement. C'est incitatif ? C'est incitatif, oui, et ça peut être pénalisant.
- Speaker #0
D'accord. Et donc ça, c'est quelque chose qui fonctionne bien. C'est un peu plus que...
- Speaker #2
Voilà, c'est une grosse dizaine de bips. D'accord. Si ça passe bien, c'est jusqu'à 15 bips.
- Speaker #0
D'accord, très bien. Effectivement, du coup, vous avez tout intérêt à communiquer en tous les cas, puisque vous faites, vous qui pouvez maintenant communiquer, ce n'est pas le tout de faire. Effectivement, je pense que toutes les certifications et tout ce que vous avez mis en place d'un point de vue reporting me permet de réaliser. Moi, j'ai envie de partager un autre projet sur lequel tu as été, qui était plutôt en Suède.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Alors en Suède, c'était la chaudière de biomasse qui était intéressante parce que finalement on réutilise des chutes du processus de production et au lieu de les envoyer à l'extérieur ou en incinération ou je ne sais quoi, elles sont réutilisées, brûlées et ça produit de la vapeur et donc derrière de l'énergie pour nos processus de production. Et ça, en fait, je parlais de la Suède, mais en fait, on l'a fait ailleurs aussi, en Italie, dans notre usine de linoleum, où c'est le cas aussi, où on brûle des chutes de production pour créer de la chaleur. On a aussi vraiment ces investissements ciblés pour réduire l'empreinte carbone de notre consommation d'énergie dans les usines. Ce n'est pas le plus gros levier, le plus gros levier est le recyclage, mais en complément du recyclage, on investit dans ces systèmes dans les usines. En France, on a investi dans un système pour capturer la chaleur perdue. En Serbie, on a investi dans un système de panneaux photovoltaïques sur le toit de l'usine, donc très classique, pas de révolution, mais qui présente, contrairement à ce que je pensais au début, un intérêt financier certain, à savoir que ça permet de fixer le prix de l'électricité sur une période longue, puisque c'est un partenaire qui investit, et on rentre dans un contrat de fourniture d'électricité avec le partenaire, donc il n'y a pas de décaissement immédiat de cash pour nous, donc il n'y a pas d'investissement immédiat. On rentre dans ce contrat de long terme de fourniture d'électricité à un prix garanti sur 7 ans, 10 ans. Donc pour nous, ça donne de la visibilité, alors que sinon, par définition, le marché de l'énergie est volatile. Donc ça, c'est économiquement intéressant.
- Speaker #1
Et fort de ça...
- Speaker #0
Vous avez dû travailler avec les partenaires, les parties prenantes, et c'est ça aussi que vous n'avez pas pu décider ça tout seul dans votre coin.
- Speaker #2
Non, non, tout à fait. Donc,
- Speaker #0
ça a été un travail d'engagement des parties prenantes.
- Speaker #2
Et pourquoi la Serbie ? C'est parce que ça fait partie de nos meilleures équipes, avec un très bon niveau industriel aussi. Et donc, ils sont capables de mener des projets, je dirais, d'une main de maître. Et donc, on pensait que c'était un bon pilote à grande échelle pour vraiment déployer du photovoltaïque. C'est en cours au moment où on se parle. Et les équipes sont très motivées par ce projet. Elles ont beaucoup poussé aussi pour qu'on le valide. Et je trouve qu'il y a vraiment une dynamique intéressante sur place.
- Speaker #0
Oui, c'est ça qui est intéressant que j'avais aussi noté, c'est l'implication des équipes pour porter ces projets-là. Puisque c'est une chose de décider en amont à Paris, à la Tour de la Défense, d'économie et de mise en œuvre de nouvelles manières de produire ou d'utiliser l'électricité. C'en est une autre de réaliser le projet, puisque ce n'est pas toi qui vas directement en servir au quotidien pour mettre en place cette nouvelle pratique. Non, tout à fait.
- Speaker #2
Et c'est avec des projets comme ça qui après ont de la visibilité dans le groupe et donnent envie finalement aux autres équipes. Ça peut être des projets même parfois peu significatifs en apparence finalement. Par exemple, on a travaillé avec un partenaire externe pour changer tout le système d'éclairage du site industriel de Sedan en France. Ils vont passer à des éclairages LED qui éclairent mieux et qui consomment moins d'énergie. Et ça, c'est financé par ce partenaire externe. On partage les économies au début pour que le partenaire puisse s'y retrouver. Puis après, toutes les économies d'énergie sont pour nous. Donc, très vertueux. Donc, au début, on a poussé, je dirais, pour que ça puisse se mettre en place. Et maintenant que c'est en place, d'autres usines de cette division ont envie de regarder les projets avec ses partenaires. C'est le cas à Luxembourg. Donc, il y a un projet qui est en cours d'examen, pas forcément validé, on va voir. Mais on sent que derrière, ça crée de l'intérêt. Et en l'occurrence, là, c'est aussi des projets qui combinent intérêt financier et durabilité.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Comment vous testez vos moquettes ?
- Speaker #2
Alors, les tests des produits de manière générale sont très normés, puisqu'il faut répondre à toute une série de normes. Nous, on est plutôt orienté vers les segments d'utilisation commerciaux, donc les bureaux, la santé, l'éducation, l'hôtellerie. Donc dans chaque... pays il y a des normes qui sont très précises donc on a toute une batterie de tests selon ces normes d'usure donc aussi de durabilité au sens il faut que le produit soit résistant, soit robuste et nos produits en fait se changent pas très souvent. Les moquettes sont peut-être les produits qui se changent les plus souvent parce que quand un locataire change dans un bureau par exemple le L'utilisateur change et donc on va changer la moquette. C'est pour ça qu'on a été le premier groupe industriel dans le revêtement de sol à proposer le recyclage de la moquette en Europe. Ça, c'était en 2019. Donc, récupérer les anciennes dalles moquettes, séparer le fil nylon qui dépasse de l'endo et puis réutiliser les deux. On renvoie les fils nylon chez notre fournisseur qui refabrique des nouveaux fils nylon qu'on va réutiliser dans de nouveaux produits. Et on récupère l'endo. Et ça, dans notre processus de production, on est capable de le réutiliser pour de l'endo, pour faire des dalles neuves, je dirais, des produits finis neufs, entre guillemets, mais faits avec de l'ancien.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Et donc ça, c'est ce qui est très intéressant. Nos produits revêtements de sol souple sont beaucoup plus résistants. On est duré d'usage de 8 à 12 ans, on va dire. Néanmoins, sur ces produits anciens, on veut proposer aussi la récupération, le recyclage. et montrer qu'il y a une boucle vertueuse, même si déjà, de par leur durée d'utilisation, ils sont assez vertueux.
- Speaker #0
J'avais en tête des écoles chez qui vous faisiez tester aussi vos matériaux pour voir s'ils étaient résistants par rapport aux... Oui, alors c'est vrai, on fait ça aussi. Oui, oui, t'as fait,
- Speaker #2
on met des produits. L'école, c'est assez intéressant parce qu'il y a un peu de trafic, ça court, ça saute, il peut y avoir de la saleté. Les enfants font moins attention que dans un bureau. Donc on fait des tests dans les écoles et on se demande comment ça se passe. Exactement, là on l'installe, on le teste. Et puis bon, s'il y a quoi que ce soit qui se passe, ce n'est pas exactement à l'attendu, on intervient. Et puis surtout, ça ne pose pas de problème, moins que dans un hôpital par exemple. Donc l'école est un terrain de jeu, si je puis dire, pour la cesse de nos produits.
- Speaker #1
Et on s'en souvient. Super, merci.
- Speaker #0
On arrive bientôt à la fin de ce podcast. Donc bien entendu, aussi, c'est une question rituelle, la vision 2035. Et comment tu imagines ton métier de CFO dans 10 ans ?
- Speaker #2
C'est une question intéressante parce qu'on est dans une industrie très cyclique où ça bouge beaucoup à court terme. Et finalement, on fait des plans à 5 ans et on les refait très souvent parce qu'il faut réajuster. Donc, se projeter à 10 ans, ce n'est pas un exercice qu'on fait si souvent que ça. Et pour la fonction finance, je pense qu'il y aura des changements en profondeur. j'imagine une fonction finance qui va travailler Beaucoup plus sur de l'information déjà analysée, déjà préparée, déjà restituée. Et donc en fait participer beaucoup plus à tirer la sonnette d'alarme, faire des propositions, participer à des prises de décisions, faire des scénarios avec les jeux de données qui sont déjà disponibles. Et donc en fait, une finance peut-être moins de spécialistes, pas des spécialistes de la comptabilité, pas des spécialistes de la consolidation, pas des spécialistes du contrôle de gestion. mais des gens qui sont capables d'apporter un éclairage, des propositions et d'être vraiment en partenariat sur les sujets opérationnels et stratégiques. Et ça, pour moi, ça va quand même être vraiment permis par les développements récents en termes de digitalisation et d'utilisation d'intelligence artificielle. On n'y est pas encore aujourd'hui, c'est balbutiement, on finance, on teste. On essaye, ça marche pas très bien pour certaines choses, ça marche mieux pour d'autres. Mais clairement, ça va changer la manière dont on alloue notre temps. Et donc la préparation de la donnée financière, la préparation des chiffres, j'en suis convaincu, prendra beaucoup moins de temps et sera beaucoup moins faite par des personnes qui seront simplement en supervision, en revue, en validation, et donc auront un temps plus de qualité. avec les opérationnels. C'est en tout cas ce à quoi j'aspire.
- Speaker #0
Oui, mais du coup, ça va nécessiter quelques soft skills qui ne sont pas encore complètement dans toutes les formations financières ?
- Speaker #2
Je pense qu'on aura des profils différents. Pour le moment, moins besoin d'experts. Oui, je n'étais peut-être pas un expert en arrivant, mais peut-être. Mais je pense qu'on recrutera des gens qui, effectivement, ont des profils plus divers. Et en fait, on s'aperçoit que... Ça, ça délivre de la performance, ça génère de la créativité, ça génère de la motivation. C'est les équipes qui font la différence en fait. Donc on aura peut-être des profils moins homogènes en finance et c'est très bien. D'autant plus qu'on a de toute façon du mal à recruter. Et de toute façon, les générations qui arrivent sur le marché du travail sont moins nombreuses et pas attirées par ces métiers-là.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #2
il va de toute façon falloir proposer autre chose et la digitalisation va nous y aider.
- Speaker #0
C'est clair. Alors, je partage à 1000%. Alors, pour ta vision de 2035, on commence par toi ou Tarket ? Allez pour Tarket.
- Speaker #2
Allez pour Tarket. Parquette, moi je suis convaincu, aura toujours une place de leader dans le revêtement de sol parce qu'on s'est engagé très tôt sur les sujets qui font la différence à long terme et la durabilité c'est l'un de ces sujets. Je pense que c'est aussi grâce à la manière dont on pilote le groupe, dont on manage, les valeurs que l'on transmet, le fait de travailler en équipe, le fait d'écouter les propositions, le fait d'essayer d'avoir... un minimum de silos et le plus de transversalité possible, le fait d'avoir des managers accessibles. Et ça, je pense que ça fera la différence à long terme. Donc, je vois Tarket vraiment bien positionné sur ces sujets-là. J'espère que ça l'a fait déjà aujourd'hui. Alors, bien sûr, ça se fera aussi avec... continuer à délivrer des résultats financiers sur l'île et même améliorer les performances du groupe parce qu'il faut se créer ces marges de manœuvres financières pour continuer à investir dans les nouveaux produits, parce que l'innovation nous permettra de continuer à être là et dans la durabilité. Et donc ça, on a vraiment ce besoin chez Tarket de continuer à renforcer la profitabilité du groupe et ce n'est pas du tout un sujet de court terme. Ça s'inscrit pleinement dans la question à 10 ans. donc voilà moi je suis très confiant pour Tarket dans 10 ans moi aussi et maintenant j'ai envie d'entendre ta version à toi,
- Speaker #0
pour toi comment toi tu imagines le monde dans 10 ans comment tu le, voilà qu'est-ce qu'on aura de plus,
- Speaker #2
de moins je sais pas ce qui m'interpelle dans le monde actuel c'est en fait avec toute l'information qui est disponible et la vitesse de circulation de cette information On est tous devenus un petit peu épidermiques à réagir à la moindre chose extrêmement rapidement. Volatiles. Volatiles, à donner des coups de barre à droite, à gauche, à changer d'avis. Et je trouve que, quelque part, nos gouvernants sont de plus en plus comme ça. Les entreprises sont peut-être un peu plus des pôles de stabilité dans certains cas, donc c'est intéressant. Mais j'aspire à ce qu'on puisse utiliser toute cette information avec plus de recul. Est-ce que l'intelligence artificielle nous y aidera ? Peut-être.
- Speaker #0
Peut-être.
- Speaker #2
Ça va plus vite, mais est-ce que ça permettra de se concentrer sur les choses importantes, sur prendre plus de recul, sur avoir plus d'analyse ? Je ne sais pas. En tout cas, c'est plus une aspiration qu'une vision, je dirais. mais être capable de d'avoir cette prise de recul et un peu plus d'intelligence face à tous les événements et tous les faits, et un petit peu moins d'hyperdermique et de volatilité.
- Speaker #0
Ok, j'aspire exactement la même chose que toi, donc on est au moins deux à aspirer à ça. Peut-être un conseil pour un financier, un jeune financier, ou même un directeur financier qui veut s'y mettre, parce qu'il y a un peu de boulot. La transformation des modèles d'affaires, on n'est un peu qu'au début, est-ce que tu aurais un conseil à leur donner ?
- Speaker #2
Une des clés, c'est la curiosité en fait. Être ouvert, ouvert d'esprit, avoir cette envie de découvrir des choses nouvelles, différentes, variées. Et donc peut-être un peu plus généraliste que spécialiste du coup, pour comprendre et contribuer à tous ces sujets qui font la différence à long terme. Donc vraiment, moi j'ai souvent la question quand je fais passer des entretiens d'embauche, les gens me disent « qu'est-ce que vous attendez en fait des financiers ? » mais moi j'attends de la curiosité. Et donc ça, il faut vraiment la cultiver. Et donc un jeune financier qui voudrait justement travailler plus sur les sujets de durabilité, j'ai envie de lui dire « viens chez Darket et tu verras que c'est possible » .
- Speaker #0
Merci, en tous les cas j'espère que le public nous entendra Venez chez Tarket si vous souhaitez découvrir la finance autrement et merci Raphaël pour cet échange riche et inspirant et vraiment on avait préparé mais in fine j'ai un peu mis de désordre mais c'était parfait et au moins ça me donne de la spontanéité ce qui était quand même important On retiendra que la finance ce n'est pas seulement une affaire de chiffres, c'est aussi une question de sens, de pédagogie, de confiance le rôle du CFO est aujourd'hui Merci. d'accompagner cette transition, cette transition durable tout en garantissant la performance de l'entreprise. Merci à tous, merci de votre écoute et c'était Faire de la finance au trouvement. Merci de nous avoir écoutés, n'hésitez pas à partager cet épisode autour de vous et vous abonner pour découvrir nos prochains invités. A très bientôt, merci.
- Speaker #2
Merci Stéphanie.