Speaker #0Il s'appelle Dejan Savicevic. Il est né le 15 septembre 1966 à Titovrad, en ex-Yougoslavie, dans une famille aimante. Ses parents, Vladimir et Vojka, travaillent comme employés des chemins de fer. Ils vivent assez confortablement et dès son plus jeune âge, le gamin aime le ballon. Et le foot plus particulièrement. L'école un peu moins. Assez naturellement, il va intégrer le club de son quartier, l'OFK Titovrad. Régulièrement, il va jouer dans la rue avec ses copains ou en futsal. Il raconte. Je jouais avec l'équipe du quartier, des 55 la plupart du temps. J'avais moins de 15 ans, les autres en avaient 25. Et il n'y avait jamais faute. Quand je tombais, c'était toujours Relève-toi ou va te faire foutre ! Alors il a fallu que j'invente un truc pour rester debout. Un moyen pour qu'il ne voit pas le ballon, que je le cache. On voit déjà là toute la malice de l'adolescent. Il poursuit d'ailleurs. À cette époque, j'étais un petit voyou. Mon père était furieux. Si je n'étais pas devenu footballeur, je serais devenu un voyou à coup sûr. En 1981, Savicevitch a 15 ans. Il fait partie des esports du club et s'entraîne quelques fois avec les pros. Sous les ordres de Vazo Ivanovic, son coach, Savicevitch progresse. Et l'année suivante, en 1982, il est sur le point de débuter avec l'OFK Tito Grad, mais un événement va bouleverser le cours des choses. Tournoi amical, match face au FK Buduknost, une équipe de D1 Yougoslav. Le coach du FK tombe sous le charme du gaucher et lui propose un contrat directement. Desjeunes n'hésite pas très longtemps et accepte la proposition de Milutin Fotic, l'entraîneur du FK Buduknost. A la fin de l'hiver 1983, Desjeunes Savicevic, 17 ans, rejoint le FK Buduknost sans avoir disputé la moindre minute avec l'équipe A de l'EFK Tito Graud, son club formateur, le début de l'histoire. Le FK Buduknost n'est pas un cadeau du championnat yougoslave des années 80. Car il faut le préciser, à cette époque, la D1 yougoslave est d'un excellent niveau. On y retrouve les clubs mythiques comme l'Etoile Rouge de Belgrade ou le Partisan, mais également le Dynamo Zagreb, la Duke Pit, l'Olympia Ljubljana, le Vardar Skopje. Habitué au ventre mou ou à lutter pour ne pas descendre en D2, le club est idéal pour Odez Savicevic. Il va pouvoir jouer, prendre de l'expérience et gagner en maturité. Première saison. Le jeune David Savicevic a inscrit 6 buts en 28 matchs et le club termine 15e. Il marque peu, mais on y voit déjà la patte géniale du joueur. Clair d'œil du destin, il inscrit son tout premier but contre l'étoile rouge de Belgrade. Seconde saison, Buduknus le finit 14e et Savicevic boucle sa première saison pleine avec 32 matchs et 10 buts. Il étonne par sa capacité à dribbler et son pied gauche régal. Derrière, il enchaîne deux autres saisons, 86-87 et 87-88. Sur les mêmes standards, les 29 matchs débutent. A 22 ans, Ejan Savicevic est déjà l'attraction du championnat du Breslau. International depuis plusieurs mois, il s'est rapidement fait une place chez les titulaires. Il marque pour sa première sélection face à la Turquie en octobre 86 en rentrant au cours du jeu. Et derrière, il doit rejoindre les U21 pour disputer l'Euro. Assez logiquement, tous les gros clubs lui font les yeux doux. Croix-Club se détache, le Partisan Belgrade, la Duke Pit et l'Etoile Rouge Belgrade. Dans le deal, la Duke propose plus d'argent, le Partisan et le club de l'armée. Et malgré ce contexte, les jeunes Savicevich acceptent la proposition de l'Etoile Rouge de Belgrade. Il faut dire que le gaucher est supporter de l'Etoile Rouge depuis tout petit. Ça peut aider dans une négociation. Savicevic fait donc le choix du cœur. Par vengeance, l'armée le contraint à effectuer son service militaire dans la foulée. Il rejoindra Zvonimir Bobal, Darko Pantsev et d'autres joueurs célèbres pour régler ses obligations militaires. Il ne jouera donc pas de la saison avec son nouveau club. Cependant, il est autorisé à disputer les matchs de Coupe d'Europe et avec la sélection nationale. Quelques semaines plus tard, le 19 novembre 1988, match décisif pour le Mondial 90 en Italie entre la France et la Yougoslavie. C'est à ce moment précis que l'Hexagone va faire connaissance avec le gaucher Tito Var. Entré à la 70ème minute face au bleu, il donne deux passes décisives et participe activement à la victoire de la Yougoslavie 3-2 face à la France. Suite à cette belle prestation en sélection, il va aussi découvrir la coupe d'Europe avec l'étoile rouge. Luder pour son premier match européen contre Dundalk. Savi-se vite, il va faire une belle rencontre qui va tout changer pour lui, celle de lasser Milan en 8ème de finale. Si son match allé est plutôt de bon niveau, le retour est une véritable masterclass de la part de Savicevic. Dribble, accélération, pass en profondeur, technique, vista, tout y est. Passeur décisif pour le un partout de Dragan Stojkovic, il régale de bout en bout. Si le match est interrompu, il est rejoué le lendemain, mais le résultat est identique, les deux équipes vont au pénalty. Mais Savicevic a fait le plus important, il a crevé les comptes. Et lors de la séance de tir au but... il va rater sa tentative et le Milan de Sacchi va se qualifier à l'arraché. Mais le plus important est en cours. Berlusconi, patron du Milan, dira à ce moment-là Je veux Savicevic au Milan, peu importe quand je le veux. Il sait qu'à cette époque-là, les joueurs du Goslav ne peuvent pas quitter leur pays avant 27 ans, peu importe. Il attendra. La saison 89-90 de Savicevic est capitale. Le joueur a bientôt 24 ans et il va enfin débuter en D1 Yougoslave avec l'étoile rouge. En fin de saison, il y a l'Euro 8-23, mais il y a surtout la Coupe du Monde 90 en Italie. Aux côtés de Stojkovic, Pantsiev. Projineki, Savicevic s'amuse et multiplie les prestations XXL avec l'Etoile Rouge. Si le parcours en Coupe de l'UEFA est moyen, nomination en 8e de finale contre Cologne, l'Etoile Rouge gagne le championnat avec plus de 10 points d'avance sur le Dynamo Zagat. Le 13 mai 1990 va marquer un véritable tournant dans la vie du football en Yougoslavie. Le match Dynamo Zagreb-Etoile Rouge de Belgrade, qui est le choc du championnat, va être l'illustration du chaos qui règne en Yougoslavie à ce moment précis. Le match n'aura pas lieu à cause d'affrontements entre les ultras des deux clubs. Pour faire simple, on retrouve d'un côté les Ultras de l'Etoile Rouge, les déliés, comme on peut traduire par vaillants ou braves en serbe. Il faut savoir que les nationalistes ont pris le pouvoir chez les Ultras de l'Etoile Rouge à ce moment précis, et que pour mieux cadrer les soutiens incontrôlables, le club prône l'unification. Pour faire respecter l'ordre, les dirigeants nomment Zeljko Raznatovic, un caïd local qui sera appelé Arkane, et qui sera tristement célèbre par la suite. Tout ce petit monde est sous le contrôle de Slobodan Milošević, criminel de guerre dont l'idéal est de reformer la Grande Serbie. De l'autre côté, on retrouve les Bad Blue Boys, qui sont les ultras du Dynamo Zagreb. C'est un groupe ultra violent et très marqué à droite. Les BBB soutiennent Franco Tudjman, chef de file de l'Union démocratique croate et surtout un ennemi intime de Slobodan Milošević. On comprend donc rapidement que ce n'est pas une simple rivalité sportive. mais bien un antagonisme politique fort. Le jour du match, 3000 ultras de l'étoile rouge de Belgrade sont venus au stade Maximien. Ils ont semé le trouble dans la ville avant le match et rentrent au stade avec l'envie d'un découdre. Si bizarrement, on ne retrouve pas Raznatovic pendant ce match, les slogans nationalistes pleuvent, les panneaux publicitaires et les sièges sont arrachés et balancés vers les ultras du Dynamo. La police, qui est au service du pouvoir de Belgrade, ne fait rien dans un premier temps. Furieux ! de voir ça, les ultras du Dynamo tentent de rentrer sur la pelouse et là, à ce moment-là, la police décide d'intervenir et de frapper les BBB. Le chaos est général, les joueurs rentrent tous au vestiaire, sauf un, Zvonimir Boban, qui va devenir une véritable légende en Croatie, car il va frapper un policier serbe qui venait de frapper un supporter croate du Dynamo Zagreb. Protégé par les ultras du BBB par la suite, il pourra rentrer au vestiaire. Quelques jours plus tard, Le sélectionneur de l'équipe nationale de Yougoslavie, Ivi Kaosim, déclarera après la rencontre. On s'attendait à ce qu'une bombe éclate. On ne savait juste pas quand. Elle a éclaté à Zagreb, au stade Maximir. La guerre avait surtout lieu entre Serbes et Croates. Il était donc normal qu'un conflit éclate entre le meilleur club de chaque pays. Mais il fallait malheureusement s'y attendre et pour beaucoup ce match est considéré comme une véritable déclaration de guerre entre la Serbie et la Croatie. Quelques jours avant le drame du Maximir, et quelques semaines avant le début du Mondial 90 en Italie, Dejan Savicevic va de nouveau se montrer au public transalpin. Il participe à la demi-finale retour face au U23, dirigé par Cesare Maldini. Dans cette équipe, on peut retrouver des joueurs comme Angelo Peruzzi, Billy Costa-Corta, Marco Simone et d'autres. Nouvelle démonstration de talent, la Yougoslavie fait 2 partout à Parme. Combiné au nul 0-0 du match allé, Savicevic et ses coéquipiers se qualifient pour la finale contre l'URSS. Derrière, le Mondial 90 peut débuter et c'est une nouvelle occasion pour Dejan Savicevic de briller sur la scène internationale. titulaire pour son premier match face à la RFA, la Yougoslavie va exploser et Savicevic également. Mataus par deux fois, Klinsman puis Voleur vont punir les partenaires de Dejan. Sorti à l'heure de jeu, il va perdre sa place dans le 11 titulaire et il va être sur le banc face à la Colombie et face aux Émirats Arabes Unis pour les 2ème et 3ème matchs. il retrouve du temps de jeu face à l'Espagne en huitième de finale, il participe à la qualification pour les quarts mais en quart, c'est l'Argentine et il est de nouveau sur le banc il rentre à l'heure de jeu en remplaçant la légende que ça fait de Susic il ne va pas réussir à débloquer un match verrouillé des deux côtés les deux sélections se craignent et assez logiquement on va se retrouver en prolongation dans un premier temps, puis au péno dans un second, à ce petit jeu là Savicevic va inscrire son tir au but face à Goigoetia, le gardien argentin Diego Maradona va lui louper sa tentative on va y croire très très fort du côté de la Yougoslavie mais malheureusement Stojkovic, Bernovic et Adibedic vont louper leur tentative et c'est finalement l'Argentine qui va se qualifier pour les demi-finales c'est un véritable coup de poignard pour cette génération dorée les Savicevic, Stojkovic, Mihajlovic et autres merci Car malheureusement, elle ne le sait pas encore, mais elle n'aura plus l'occasion de pouvoir montrer toute l'étendue de son talent avec tous ses lois. Assez remonté après un été italien décevant et contrasté, Dejan Savicevic va sortir une saison historique et référence avec l'étoile rouge de Belgrade. Ce n'est pas un hasard si la génération 91 fait encore parler du côté de Belgrade plus de 30 ans après. Si Dragan Stojkovic est parti du côté de Marseille, l'étoile rouge possède une véritable dream team. Krozynecki, Savicevic, Pancev, Mijalovic, le stade Maracana plein à chaque match. Tous les yeux sont rivés sur les Brésiliens d'Europe comme ils sont appelés. Qualifiés en Coupe d'Europe des clubs champions, on attend beaucoup de cette équipe. Vainqueurs faciles des Grasshoppers du Ritz puis des Glasgow Rangers, les choses se corsent en quart de finale face à Dresden. Buteur à l'aller au retour, Savicevic va disputer pour sa première fois une demi-finale européenne face aux Bayern. Des Feinberg, Kohler, Lodrup et d'autres. À Munich. le Bayern va rapidement marquer par Wolfhardt, mais l'étoile rouge joue bien, mieux, juste avant la pause, Pensef égalise, et en seconde période, même schéma, et là, à ce moment-là, c'est Savicevic qui va tout changer, il récupère le ballon en milieu de terrain, Grieg, Reuter et Bender qui se sont mis à sa course, et il place une frappe imparable pour faire 2-1, au retour, Mihajlovic inscrira un but dont il avait le secret sur Koufran, si le Bayern marquera deux fois, c'est un CSE d'Ogan Thaler à la 92ème minute qui donne la qualification à l'étoile rouge de Belgrade Le 29 mai face à l'OM, le rendez-vous est pris. Avec déjà le championnat en poste, l'étoile rouge de Belgrade peut réaliser un doublé historique et se hisser tout en haut de l'échelle européenne. Pour la finale OM-Etoile Rouge de Belgrade de 1991, on a dit beaucoup de choses. Mais finalement, on se souvient assez peu de la déclaration de Savicevic qui déclarait en 2013 Avant la finale, avec Prozinecki et Belodevici, on a reçu la visite d'agents. Ils sont venus, prennent notre lieu d'entraînement et nous ont proposé de l'argent. 500 000 marques allemandes chacun. On a tous refusé. Ce n'était pas notre genre. Papy était prêt à tout pour gagner cette coupe. A la fin, il l'a gagné, mais il a gagné la prison aussi. Sur le terrain, l'Etoile Rouge a du mal face au pressing de l'OM. Si on ne reconnaît pas la formation séduisante qui a éliminé le Bayern au tour précédent, les Yougoslaves sont redoutables défensivement. Au terme d'un match poussif, c'est la séance de tir au but qui va décider du sort des deux équipes. Et dans l'exercice, l'Etoile Rouge a un vrai avantage. En championnat, cas de match nul, les matchs se jouent au tir au but. Les Yougoslaves ont donc un véritable atout dans leur manche. Premier pénalty, Amoros le loupe, derrière tous les tireurs vont réussir leur tentative, score final 4-3, victoire de l'étoile rouge, Dejan Savicevic remporte la coupe d'Europe pour la première fois de sa carrière, champion quelques semaines auparavant, il est sur le toit du football européen, et avec un tel CV, on s'attend forcément à ce que Dejan Savicevic soit le grand favori pour le Ballon d'Or 1991, mais c'est finalement Jean-Pierre Papin, le vaincu, qui va l'obtenir. Il déclare J'aurais dû le gagner cette année-là, ou à la rigueur Prosinecki, PANCEV ou Bélodédici, mais pas Papin, il a gagné quoi, le championnat de France c'est tout, c'est une honte, on nous a même pas appelé pour la remise du trophée Sur sa lancée, l'Etoile Rouge va donc disputer la Supercoupe d'Europe face à Manchester United d'un certain Sir Alex Ferguson. Nouveau récital de Savicevic, qui va distiller une de ses plus belles partitions avec le maillot de l'Etoile Rouge. Sir Alex déclarera ce soir-là, Savicevic est le plus grand numéro 10 à avoir joué à Old Trafford. Car désormais, tout le monde sait qu'en Yougoslavie, il existe un talent hors norme qui répond au nom de Dejan Savicevic. Il y a une mésande qui existe au sujet de Dejan Savicevic quand il jouait du côté de l'étoile rouge de Belgrade. Celle-ci dit que lorsqu'il laissait ses chaussures, Savicevic annonçait parfois à ses coéquipiers ce qu'il allait faire pendant le match, nombre de buts y compris, et lorsqu'il avait atteint son objectif, il s'arrêtait de jouer. Un jour, il leva trois doigts dans le ciel comme pour signifier trois buts. Quote à atteint, il passa le reste du match à marcher, main sur les hanches. En 2013, à Sofut, il confie. Quand j'étais en Yougoslavie, il y avait vraiment des matchs où j'annonçais ce que j'allais faire. Illustration de sa saison 91-92. Si d'un côté il remporte la Coupe Intercontinentale face à Colo-Colo, au terme d'un match énorme, le parcours européen est un semi-échec. Certes, les tours de qualification se déroulent sans accroc face à Porte d'Orne et la Poëlle-Limassol, mais la phase de groupe avec la Sampdoria, le Panathinaikos et Anderlecht se terminera par une seconde place derrière l'équipe de Viali et Mancini. Savicevic manque 4 matchs sur 6 en championnat il n'inscrit que 5 buts en 22 matchs et il est certes champion pour la 3ème fois d'affilée mais il est surtout proche de la fin de son histoire avec l'Etoile Rouge de son côté Silvio Berlusconi ne l'a pas oublié et il en fait même sa priorité en faisant venir son homme de confiance Ariado Braida pour négocier l'arrivée du gaucher général quelques jours plus tard l'affaire est bouclée Savicevic rejoint pour 4,6 millions d'euros Là c'est Milan, une belle somme pour l'époque. Après 105 matchs et 41 buts pour l'Etoile Rouge de Belgrade, 3 titres de champion, une coupe de Yougoslavie, une coupe intercontinentale et surtout une coupe d'Europe des clubs champions, le fantasque gaucher part dans le meilleur club européen du moment. A 26 ans, il a devant lui le plus gros défi de sa carrière.