Description
À la rencontre de Benjamin, iconoclaste, musicien, journaliste, qui nous partage son regard sur le monde, sa vie et l'amour.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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À la rencontre de Benjamin, iconoclaste, musicien, journaliste, qui nous partage son regard sur le monde, sa vie et l'amour.
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Transcription
Fragments, le podcast qui raconte des parcours de vie exceptionnels, des histoires inspirantes et pleines de courage, des histoires qui témoignent de la résilience ou de la détermination, des histoires qui rappellent que peu importe les obstacles rencontrés sur le chemin, il est possible de les surmonter et de réaliser ses rêves les plus fous. Alors, bienvenue à bord, installez-vous confortablement pour découvrir des histoires inspirantes qui, je l'espère, vous feront voir la vie autrement. Bonjour Benjamin, merci de me recevoir ici à Paris. Benjamin, tu es un homme extraordinaire. Moi je le sais, mais j'aimerais que les auditeurs le découvrent. Découvrir à quel point c'est toujours très troublant de croiser les yeux d'un homme qui aime, troublant de le voir sourire lorsqu'il regarde le monde, au travers de ses mots ou sa musique. Parce qu'avant l'homme, il y a le petit garçon, celui qui écrit de la poésie à six ans, celui qui parle plus facilement des autres que de lui, celui qui respire pour Jay, sa femme, Karel, sa fille. Je dédie ce podcast à la mémoire de ta maman, Annette. Boulogne-Biancourt, la ville où tu as poussé ton premier cri en novembre 1968, où tu as grandi. Je voudrais revenir sur ce premier jour d'école où à la sortie personne n'est venu te chercher parce qu'on t'avait oublié. C'était comment dans la tête du petit Benjamin ?
Alors dans la tête, bonjour. La présentation est évidemment un peu difficile à entendre comme ça quand on n'est pas un grand fan des superlatifs et des choses de ce type-là. Pour ce qui était, alors l'enfance n'était pas à Boulogne. Je suis né à Boulogne. J'ai dû rester 18 heures à Bologne. Et après, on habitait à la campagne. En fait, à cause de l'activité de mon père et de la notoriété, il y avait un besoin de protection complète de la famille. Donc on habitait à 55 km de Paris, en fait. On peut y aller tous les jours. Mais nous, on n'y habitait pas. Et cette école, c'était dans un petit village des Yvelines. Effectivement, le premier jour... où déjà, moi j'habitais dans un tout petit hameau, on était avec 10 habitants, et cette ville, qui faisait au moins 5 000 à 7 000 habitants à l'époque, était pour moi une espèce de mégalopole déjà effrayante en elle-même, où j'allais peu. Et évidemment, j'habitais dans un environnement extrêmement restreint, avec très peu de monde, et le fait d'être déjà dans cette cour avec tous ces enfants, qui était pour moi une certaine hostilité, l'école publique de campagne, en étant le fils de mon père, de quelqu'un de très connu, dès le premier jour ça a généré des jalousies et même une incompréhension pour d'autres raisons. Et puis effectivement à la fin des cours, ma mère qui devait venir me chercher, et qui était assez éloignée de nos préoccupations intimes et de nos peurs on va dire, pour rester dans l'élitote, là plutôt dans le féminisme, avait autre chose à faire et a oublié de venir me chercher ce premier jour. Et je me suis retrouvé. On nous a laissé sortir, je me suis retrouvé dans la rue, dans un état de panique, et peut-être la première fois de la peur, panique de l'abandon, qui possédait un être humain à un moment de sa vie, et parfois ça commence très jeune. Et c'est pour ça que je m'en souviens, parce que c'est un truc qui s'est passé il y a près de 50 ans. Mais j'ai l'image encore, l'image de la panique, le ressenti vraiment de la panique absolue, le monde qui serait... et qui disparaît juste dans un océan de peur, alors qu'en fait c'était rien. Et que dix minutes après, néanmoins, ma mère était là, au milieu. Moi, j'avais pris la route pour aller rejoindre la maison à travers les bois. C'était des bois qui nous faisaient très peur.
C'était quoi les rêves du petit Benjamin ?
C'était de faire de la musique, d'écrire et d'être skieur professionnel. Mais pour ce qui est de ce dernier aspect, d'ailleurs, à l'époque... Il n'y avait pas de skieurs professionnels. Il y avait des skieurs, des grands skieurs, puisque je suis né l'année du triomphe de Jean-Claude Killy. Mais je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas fait de ski depuis 1979. Pour la simple et bonne raison que c'est l'année où je me suis pulvérisé la jambe sur une piste de ski. On n'a plus jamais fait. Donc, les deux autres rêves, faire de la musique et écrire, j'ai pu les concrétiser, même si là aussi, c'est ça peut paraître bizarre mais ça pose quelques problèmes physiques
Ton père, Gérard Cyr, grande personnalité publique, scénariste, écrivain, journaliste, très connu d'une génération de Français qui avait comme meilleur ami le poste de radio dans la cuisine, où sa voix les a longtemps accompagnés. Mais papa très absent de ta vie, que peux-tu nous raconter de lui ?
Une voix. Une voix un peu rocailleuse qui raconte l'héros au sud avec beaucoup de chaleur. Et un monsieur très gentil, unanimement jugé comme très gentil par strictement tous les gens qui l'ont fréquenté sans doute davantage que moi. Donc voilà, moi j'ai le souvenir d'un monsieur très gentil mais... C'est distant, qui n'a jamais rien fait et qui m'a à peu près jamais adressé la parole. Mais il n'y avait aucune méchanceté dans cette indifférence tout à fait particulière. En fait, il y a eu entre mes parents un deal absolu. Mon père avait déjà eu une fille avec une autre femme. Il a compris que les enfants, ce n'était pas son truc, on va dire. Puis il travaillait 16 heures par jour, il n'avait pas le temps de s'occuper de ces trucs-là. Il était tellement dingue, amoureux de ma maman, qu'elle lui a dit, écoute, moi, c'est ça ou rien, je veux des enfants. Et il lui a dit, en gros, il n'y a aucun problème, mais tu te démerdes. Je ne veux pas en entendre parler. Alors, avec mon premier frère, mon grand frère, qui a resté longtemps fils unique, en fait, il y a eu une vraie relation, en réalité, entre lui et mon frère Antoine. Puis après, ça s'est vraiment totalement arrêté. Mon père était quelqu'un de très gentil, mais dont la seule obsession, avec un regard très tendre, mais dont la seule obsession dans la vie était le travail. Une anecdote assez amusante, c'est qu'il n'est même pas venu à son propre mariage avec ma mère. C'est-à-dire qu'il est arrivé juste à la mairie pour dire oui, il est arrivé au moment où il fallait dire oui, il a fait oui, bisous, et il est reparti. En plantant tout le monde avec les invités, il avait une petite famille. une émission il pouvait pas à la fois se marier et être à la radio Bon après, c'était à lui de choisir la priorité.
Annette, ta maman, a eu un destin de femme atypique pour l'époque, qui mériterait que l'on écrive sa biographie. Alors, il était une fois Annette, petite fille.
Alors Annette, petite fille, c'est l'enfant d'un médecin polonais qui fuit l'antisémitisme, non pas nazi, mais avant. L'antisémitisme. du régime du maréchal Piłsudski, qui mène comme très couramment une politique très antisémite en Pologne, comme c'était le cas également en Russie, il est pauvre en Méditerranée. Et mon grand-père qui devient jeune médecin en Pologne, on est conduit vraiment à quitter le pays et on se dit, mais merde. On est à Paris, en 1934, quand, juste avant le 6 février 1934, qui montre déjà que l'ambiance est formidable dans toute l'Europe occidentale aussi, Hitler vient d'accéder au pouvoir, et l'Europe bascule. Mon grand-père, pour pouvoir repasser, il est obligé de repasser ses études de médecine, mais il arrive un peu avant, il arrive à la fin des années 1920, il refait toutes ses études de médecine. La technique qui lui permet de le faire, alors qu'il n'a pas un franc dans la poche, c'est de rentrer dans l'armée, et d'autant plus dans l'armée française. Et ce, d'autant plus qu'il vient en France et pas ailleurs, mu par un amour un peu fantasmé de la France, un peu à la manière de Romain Garry, d'ailleurs ça a un parcours assez proche de ce point de vue-là. Et il arrive dans l'armée, et d'ailleurs il rencontre très vite, Comme Gary, quand il arrive dans l'armée, et qu'il y a des problèmes de promotion après ses classes d'officier, il découvre l'antisémitisme en France aussi, et l'antisémitisme dans l'armée aussi, mais il devient médecin, et en gros, il est médecin-major, quand il finit ses études et reste dans l'armée, la guerre démarre. Et là, très vite... En gros, il y a la libération de Paris, l'occupation de Paris, pardon. Il y a l'exode et lui aussi il descend et il devient médecin dans un petit village qui aujourd'hui est très connu, qui n'était pas à l'époque, qui s'appelle Gordes, pas très loin d'Avignon. Et c'est là qu'il est confronté à la résistance, puisque on a tout près le maquis du Ventoux. et c'est lui qui se met à soigner au fur et à mesure tous les résistants et à devenir en quelque sorte l'antenne médicale du maquis du Ventoux C'est une activité extrêmement dangereuse et ma mère est à ce moment-là balottée, avec l'aide de la résistance, balottée de pensionnats en famille, en pensionnats catholiques et autres, qui vont la protéger et en même temps la traiter abominablement. selon les endroits, notamment je pense à l'époque, je ne sais pas si c'est connu, mais le pensionnat de Villeneuve-les-Avignons. Les choses ont été particulièrement dures, je le sais, et pendant ce temps-là, mon père et mon grand-père finissent par être dénoncés par des gens du réseau, qui ont été arrêtés eux-mêmes, torturés, et il est envoyé à la prison des Beaumettes à Lyon, où il va être abominablement torturé, ne livré personne. Et il ne doit sa survie qu'au simple fait qu'il y a eu la libération et que quand la prison a été prise d'assaut... Par les forces à la fois françaises et américaines, les gardiens se sont enfuis en laissant les prisonniers mourant dans leurs cellules. Et mon grand-père a pu être sauvé in extremis et garder des séquelles toute sa vie, des tortures à même qu'il y a des trucs. Mais pendant ce temps-là, ma mère était tout le temps balottée, livrée à elle-même. Et elle espérait pouvoir retrouver ses parents après la guerre. Et en fait... les relations de ses parents étaient devenues très très tendues Après la guerre, elle n'est pas revenue avec eux. Et là, elle s'est mise à aller monter à Paris, à vivre une vie de bohème, et à devenir très tôt une comédienne de théâtre avec une petite réputation, un truc. Elle a fait le cours Simon à ce moment-là, à l'époque, mais elle n'avait aucune ressource. Elle n'avait que la ressource de son talent potentiel, alors qu'il s'est vite exprimé, jusqu'à ce qu'il lui arrive un truc assez marrant, C'était quelqu'un qui avait un caractère, j'en sais quelque chose, absolument volcanique, et une capacité de séduction tout aussi proportionnellement grande. Et elle est invitée comme ça un jour dans une réception à l'Opéra de Paris, et à ce moment-là il y a un jeune homme qui se trouvait être le fils du patron de l'Opéra, M. de Mestre. qui s'est planté devant elle en haut, elle lui a dit, écoutez, vous êtes tellement meldingues, vous dégagez un truc, je ne sais pas, je n'y étais pas exactement, mais ce qu'il lui a dit, il ne la connaissait pas depuis une minute et demie, il l'a demandé au mariage. Ça a fait marrer ma mère, qui devait avoir 18 ans pile. Elle a dit oui. Et le pauvre. Le pauvre homme. Six mois après, je crois que ma mère avait fait plus de bisous à d'autres hommes en cumulé qu'elle lui en avait fait. C'était une jeune femme aventurière qui venait de vivre un enfer et qui voulait maintenant croquer la vie. Puis c'était quelqu'un de tellement indocile, tellement impossible à... ...apprivoisé quand même, du moins pas possible, puisque mon père est devenu comédien, donc voilà, elle a vécu vraiment la vie entre Saint-Germain-des-Prés, la poème, la vraie, le théâtre, les tournées, etc. Elle a fait un peu de cinéma aussi, notamment un film qui s'appelle Le port du désir avec Jean Gabin, où elle prend un de ses... différents pseudonymes. Je crois que c'était Anna Serra, mais dans ce film, mais sachant que c'était un lien, un nom qui était relatif aussi à la famille, mais qui n'était pas exactement celui-là. Et puis après, elle se met à faire de la radio, et c'est là qu'elle rencontre mon père, qui est même déjà une voix... et pas encore une très grande voix comme après. Et mon père était à l'époque, fait des feuilletons radiophoniques. Et ça, c'était la grande époque des feuilletons radiophoniques. Et les feuilletons radiophoniques, pendant, étaient sponsorisés par des marques. Toujours, et ils portaient des noms, donc détournaient des marques. Et notamment, mon père faisait à l'époque un feuilleton pour la marque de machine à coudre Saint-Ger. qui s'appelait Lamy Saint-Ger, Lamy Saint-Serre, et il devait auditionner un jeune homme qui venait d'arriver d'Egypte, qui s'appelait Claude François. Et pour le décider pour le feuilleton, il avait besoin d'une réplique, il a passé la tête dans le couloir, il a vu ma mère passer, il a dit mademoiselle, est-ce que vous voulez bien m'aider ? Et puis après, mon père est mort, dans la même année et demi, ma mère a perdu son père, sa mère et son mari, qu'elle aimait d'un amour absolu fou. aussi peut-être trop absolu. Et ça a été le début de Descente aux Enfers.
Une Descente aux Enfers qui a pris quelle tournure ?
Je ne peux pas tout raconter. Mais en gros... Mon père est mort, tout le monde est mort. On s'est aperçu que mon père avait juste à peu près jamais réclamé l'argent, les millions qu'il était censé gagner. Et que non seulement il ne les avait pas réclamés, mais qu'il ne les avait pas eus et qu'avec ce qu'il n'avait pas eu, il n'avait pas payé non plus les impôts qu'il devait payer. On s'est aperçu aussi, même si on le savait plus ou moins, qu'il avait un nombre incalculable de parasites autour de lui. Il a voulu faire vivre tout le monde, notamment des gens dans son entourage, un très grand ingé son qui a été aussi un peu de média, qui avait des problèmes de jeu et autres, et donc mon père en le faisait, il faisait vivre sa famille. Et puis après, il y a eu toute l'aventure avec Jean-Yann, avant évidemment qu'il meure, mais qui a donné d'un côté des films C'est un animal connu, comme tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Et le fait que mon père s'est fait totalement escroquer, mais ce n'est même pas de l'escroquerie, c'est de l'escroquerie bienveillante de sa part. C'est de l'escroquerie complaisante. Sauf qu'à un moment, il y avait des millions et des millions d'impôts à payer. Et que ma mère s'est retrouvée seule avec trois enfants. Et totalement seul parce qu'il y a eu des problèmes avec ce qui restait de la famille de mon père, mais c'est pas un truc à développer. Et puis la manière dont le milieu lui a tendu la main, parce qu'à un moment le milieu a quand même tendu la main, et quelque chose qui l'a... qui a montré à la fois tous ses défauts, toutes ses qualités, c'est-à-dire que son indépendance lui était tellement chère qu'elle a vraiment, si vous me permettez, envoie chié tout le monde. Et là, ça a commencé à être sport. Voilà, et c'est le truc particulier, en réalité. Ce qui est compliqué pour moi aujourd'hui dans un milieu où on va dire, regardez ce gars-là, comme tous les gars dans la presse, c'est un fils à papa et autres, c'est très compliqué quand en fait on a passé des années quasiment en fuite avec plus rien. Moi je ne suis plus jamais parti en vacances de ma vie, j'ai fait que travailler depuis l'âge de l'enfance. pour dans un premier temps qu'on ait aidé ma mère à se faire un siège qu'on s'en sorte dans des conditions très dures parce que c'était quelqu'un de très violent aussi potentiellement de très méchant de très violent qui laissait aussi un peu livré à soi-même ce qui a fait faire des conneries et aussi provoquer des accidents graves Et à la fin, avec mon deuxième frère, on peut dire qu'on a grandi dans des conditions extrêmement difficiles. Et quand on est arrivé sur notre parcours qui pouvait devenir un parcours professionnel, contrairement à mes deux frères, moi j'ai disparu complètement de la société. J'existais pas, j'avais pas de sécurité sociale, j'avais... J'avais pas de carte d'identité, en fait. J'avais rien, j'ai passé des années sans exister, en fait. Tout en faisant énormément de trucs, mais complètement en marge de la société, en crainte aussi. Et ce truc me fait marrer aujourd'hui, c'est comme le côté fils à papa. J'ai une famille qui avait vraiment pas de quoi bouffer, et qui s'est finie. C'est très très très très dur. C'est aussi quand on dit, sur mes trucs, ok boomer, tu vois. Moi je suis revenu au monde, alors il y a un moment où une carrière musicale m'a plus exposé. En gros j'ai existé, au début j'ai démarré très vite dans le théâtre, où ça a pas mal marché en fait, en même temps que je faisais mes études de droit. Après j'ai disparu complètement du monde. Je suis revenu un peu en fait à partir d'il y a une vingtaine d'années en gros. à travers la musique, avec deux, trois trucs qui ont donné résultat, qui ont fait que mon nom est revenu un peu. Et puis, je suis resté assez en sous-marin, sous-marin de la vie, jusqu'à il y a sept ans, sept, huit ans seulement, où j'ai décidé, avec... C'est aussi lié aussi avec... rapport avec une petite fille à Nouriel, et de refaire surface un peu. C'est pour ça que je travaille, par exemple, les gens avec qui je travaille aujourd'hui s'étonnent, ils disent, il y en a certains qui n'avaient jamais entendu parler de moi, mais ils ne comprennent pas pourquoi je connais tout le monde, les gens qui connaissent, parce qu'en fait c'est dans d'autres vies, c'est dans d'autres parcours, ou quand j'ai travaillé, enfin les choses commencent, au début des années, je reviens aussi, parce que je travaille avec quelqu'un une importance qui est colossale dans ma vie et qui en fait a été un peu mon mentor et mon ange gardien depuis mon âge de 20 ans, qui m'a fait pas mal travailler et qui m'a entraîné dans une aventure de direction de club de football de première division, ce qui est un truc assez marrant. Et après...
Au fur et à mesure, par le biais de la presse et du politique, et de la musique aussi, mais parallèlement, je commençais, oui, à avoir... une constance officielle plus importante, mais toujours avec une réticence que j'ai encore. Et puis, quand j'ai commencé à écrire des tribunes dans le Figaro et autres, que des gens comme Alex De Vecchio, qui a sa part importante là-dedans, parce que c'est comme il disait toujours, je suis assailli toute la journée de gens qui veulent écrire en anglais. Figaro, toi t'es mon pote, et j'avais dirigé un petit journal avant, qui fait qu'on s'était connus. Il me dit mais toi tu me demandes jamais rien, et j'aimerais bien que t'écrives. Puis un jour je lui ai dit bah là j'ai un truc à dire. C'était le début de toute une série de choses que j'ai écrites sur la question du rapport entre le libéralisme politique et le numérique. Qui je pense est aujourd'hui la question essentielle, couplée. Et au moment où, comme je venais très vite, l'informatique musicale, On est dans une pièce où il y a tout ce qu'il faut pour l'informatique musicale à l'instant. J'étais un peu un des pionniers au début des années 90, donc c'est un sujet que j'ai très vite croisé. Devecchio et très vite derrière Raphaël Antonovn qui m'a dit non, maintenant tu ne peux plus te cacher, c'est interdit. Ma femme aussi m'a beaucoup dit, mais moi je suis toujours une forme de... d'hésitation à ce sujet. Mais, les circonstances maintenant, et puis la manière dont après le Figaro, l'Express Frontierer a commencé à... un projet dans lequel on m'a emmené dès la préparation, bien avant la sortie du premier numéro, et dans lequel je contribue toutes les semaines, depuis 124 numéros aujourd'hui, fait que voilà, j'ai dit, mais en fait, moi, je commence, quoi. Bon, ça j'arrive, voilà. à l'âge du boomer, mais en fait, moi, je commence.
Pourtant, tu comptes de nombreux engagements associatifs, politiques, bien malgré toi, comme tu aimes à le dire. Et justement, qu'est-ce qui pousse un citoyen lambda à s'engager ? C'est comment, de l'autre côté du rideau ?
C'est que, en fait, je n'avais aucune intention de m'engager. Pour moi, l'engagement c'est une obligation, c'est une obligation morale, c'est presque même une obligation physique et sensorielle, c'est-à-dire que le malaise que peut produire le fait de laisser faire les choses, de laisser passer les choses, crée un degré de culpabilité, de mal-être qui peut être tel que finalement on choisit quand même l'engagement, tout en étant bien conscient du fait que mon engagement à moi change. la face de rien du tout mais si personne ne s'engage rien ne change la face de rien et que si c'est le fameux principe des petits cailloux mais chacun est un grand sape dans la machine et il fait ce qu'il peut peut-être à tort d'ailleurs peut-être que mon engagement est ce qui est le pire et de ce qui abîme le plus le monde la société ou peut-être que je participe à un micro-micro-échelle, à aller dans le bon sens ou pas. Parce que je sais pas, je sais qu'il y a quelque chose, mais quand on est aussi fortement marqué, voilà, on revient à ma mère, ma mère est morte dans mes bras, elle pesait 28 kilos, c'était déjà, pas déjà, mais encore les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Voilà. Et, moi, c'est des choses que qui m'ont obsédé dès l'enfance, la question du nazisme, la question du racisme, la question de l'antisémitisme, et que j'ai d'une manière étudiée, observée, et à de rares moments subie, mais à de rares moments, mais subie à des exemples précis, fait qu'il y avait ça, puis la question de... Ce qui se passait, de la manière dont on traitait les jeunes filles en banlieue aussi, etc. C'est des trucs qui ne m'allaient pas. Effectivement, mon premier engagement un peu bizarre, ça a été très brièvement chez Niput Nessoumise. Le truc, je n'ai pas beaucoup de garçons, mais je ne suis vraiment pas assez entrain. En fait, le problème, c'est qu'avant, j'avais écrit pour des hommes politiques, et puis pour des trucs politiques, des journaux, des machins, beaucoup en négritude, même si on n'a pas le droit de le dire aujourd'hui. J'avais eu ces engagements et j'avais vu très vite comment la politique marchait, au niveau partisan, au niveau électoral, la manière dont on pouvait faire financer. À l'époque, c'était très... C'était très sport le financement des compagnies électorales, ça passait beaucoup par les grandes entreprises, par les grandes entreprises, par des trucs très durs. Et j'ai vu comment marchaient un peu les parties, et là j'ai eu un peu de mal, même si après j'ai été engagé quelques temps. au modem mais l'essentiel après je l'ai fait à travers des associations en plus et notamment le lien que j'avais avec le politologue Laurent Bouvet que j'ai rencontré il y a une quinzaine d'années quand je suivais ce qu'il écrivait et quand il a montré la gauche populaire c'est lui qui m'a contacté, ce qui m'avait fait vraiment bizarre et pour me demander d'en être avec eux. Puis voilà, c'était le début d'une amitié forte encore de ma part que de la sienne, je le dis, parce que pour moi, il était un mentor, un frère, un truc indépassable, alors que je pense qu'il pouvait vivre sans moi. Mais cet engagement, en fait, il est très vite revenu avec... La presse est très vite revenue en parallèle, puisque c'est exactement le même moment qu'avec quelqu'un qui s'appelle Arthur Scheuer, qui est venu me chercher, c'est pratiquement même le nom de Laurent, juste avant Laurent, mais je l'ai rejoint à cause de Laurent, qui avait créé un pure player en ligne qui a décollé instantanément, mais qui a eu un truc météorique qui s'appelait Rajmag, et dont je suis très vite devenu le rédacteur en chef, et qui a été la première rédaction entièrement dirigée sur Messenger. Merci. C'était un truc très amusant, c'est-à-dire qu'on avait une centaine de journées, c'est quand même. Et tous faisaient, par Messenger, on faisait une conf de rédac en physique une fois par mois. C'était surtout l'occasion de se faire une soirée bien déchirée, en fait. Mais on travaillait un petit peu avant. Mais comme on bossait en lien avec tout le monde tous les jours, donc il n'y avait pas grand-chose à faire finalement là-dedans. Et c'est un endroit, c'est le grand mérite d'Arthur, Très formateur aussi en termes de management et de compréhension du fonctionnement de la presse, même si j'avais déjà travaillé auprès de grandes rédactions en supervision, mais derrière de manière totalement dans l'ombre.
Tu as un regard acéré sur ce monde grâce à ta plume de journaliste dans Frontier Heure. Comment ne pas sombrer parfois face à l'horreur du monde ?
La réponse est qu'on sombre parfois. fois face à l'horreur du monde. Alors en ce moment, c'est un sujet qu'on évoque beaucoup entre confrères, déjà, ce qui veut dire à quel point il est pertinent. Et pas seulement, je ne parle pas des gens de Machiavel, je parle vraiment, moi je parle avec beaucoup de gens, y compris antagonistes, parce que ça m'intéresse vraiment beaucoup, et puis j'ai un moment d'assez bonne relation, d'ailleurs. C'est un sujet que On a tous dans le bide, j'en parlais encore hier avec un journaliste et une avocate très impliquées dans certaines affaires actuellement, où il y a un moment où on a tous des craquages en ce moment. Moi, honnêtement, après le 7 octobre, au dévoté, parce que je n'étais pas prêt, je suis en train de bosser, je descends mes trucs avec mes écrans. Je parle et puis il y a une journaliste qui m'a envoyé d'un coup les images, les fameuses images des attaques et des plus... Et ensuite... et ramassage on va dire et là en fait à ce moment là j'étais pas prêt, j'ai allumé le truc J'étais déjà pas bien depuis quelques jours parce que ça correspondait à tout ce que voilà on voyait venir. Mais les trucs et puis en plus moi je travaillais pas de mal sur Israël ces temps-ci. C'était un truc bizarre parce que je travaillais sur la politique israélienne vraiment pour montrer toute la fourberie et la radicalité politique de Netanyahou en disant vraiment faut dégager ce mec et tout le machin. Et on est pris d'horreur parce que... font les gars d'en face, en gros. Et au simple fait qu'on soit pris d'horreur parce que Fais-le Hamas était en réalité... On en parle très peu quand même dans les débats par la cause palestinienne. Le Hamas qui n'a strictement rien à faire de la cause palestinienne, qui n'est juste qu'une émanation du régime iranien et des frères musulmans, dont le projet n'est pas du tout la Palestine. Enfin bon, c'est pas le sujet. Mais à ce moment-là, on est saisi d'horreur, on est en train de tout faire. J'ai peur d'attaquer, parce que les journalistes c'est aussi une mission politique, et effectivement ce qui est au pouvoir en Israël, pas seulement depuis 1997. plus récemment à cause de détails de politique israélienne que je ne vais pas exprimer ici parce que c'est assez complexe, est vraiment devenu un régime d'extrême droite. C'est de montrer à quel point justement il est en train de casser certains fondamentaux à la fois démocratiques au sens institutionnel du terme, mais aussi dans la société israélienne et la manière dont la société est israélienne. était le plus divisé que jamais, ce que les gens n'arrivent pas à comprendre. Et le simple fait qu'à ce moment-là, on soit quand même touché jusqu'à l'abomination par ce qu'a fait le Hamas, on devient tout de suite un sioniste de l'extrême droite, du régime génocidaire d'extrême droite israélienne, ce qui montre à quel point il n'y a plus personne à repaire de compréhension, de subtilité, de nuance. Et je peux le dire aussi de gens qui sont vus comme étant de mon camp. si moi personnellement je n'en ai pas spécifiquement directement, mais le fait est là, bon bref, on vit ça et moi je tombe sur ces images, d'un coup j'allume mon truc, j'ai des écrans énormes, le truc me saute à la gueule, et là j'ai explosé pendant 48 heures, oui, à pleurer non-stop, à ne plus arriver à dire mais moi justement, l'engagement, il ne sert à rien, de toute façon, il ne sert à rien, je le pense en fait, objectivement je ne pense rien du tout. Mais on est réduit à ce moment-là à constater ce niveau d'horreur et il se redit à une chose qui arrive souvent, je me dis mais j'ai plein de défauts, je suis pas facile à me checker comme ça. Je me sens quand même pas appartenir à cette humanité. J'ai vraiment un problème avec ça, de dire que je vois, c'est très naïf, parce qu'il y a un côté, à la fois on a fait une analyse, je travaille beaucoup sur la géopolitique, l'histoire, donc je sais ce qui s'est passé dans le monde, je sais le degré, je ne suis jamais surpris en réalité par le degré d'horreur que peuvent déployer les êtres humains, je n'ai jamais cru à un plus jamais ça, je n'ai jamais cru que l'homme ait retenu la moindre... leçon de quoi que ce soit depuis qu'il est capable de se lever sur ses pieds, mais ça reste inadmissible et ça reste quelque chose que fondamentalement, si je peux le constater, donc le craindre, je n'arrive pas à comprendre par quel raisonnement on peut faire ce qu'on fait. Je prends un exemple récent, c'est une naïveté je sais confondre ce qui s'est passé en Russie il y a quelques jours. On va me filer 5000 euros, pour 5000 euros, je vais rentrer dans une salle de spectacle avec un fusil automatique, et je vais déchiqueter des gens. En fait, et là actuellement, il y a une telle accumulation des choses, des symboles de la capacité de barbarie de l'homme, que ça soit de la barbarie civilisée ou de la barbarie à l'état puré sans filtre, il y a un tel point. Et avec l'obligation, parce que c'est la question de départ, en fait l'obligation quand même d'y être 24h sur 24 collé, parce que c'est mon métier, c'est mon métier de l'observer, c'est mon métier de l'observer. qui est d'en parler, ça devient extrêmement dur. Et pour rappeler le truc que M. Moussé évoquait juste avant quand je parlais de la barbarie civilisée d'un côté et de la barbarie prétendument à l'état pur de l'autre, ça me fait... toujours ramené à Romain Guéry. Et pour moi, et d'ailleurs Raphaël Ntoumen, on a fait l'un de ses sujets d'édito, pas de cette phrase que j'ai là, mais de ce livre qui pour moi est un chef-d'oeuvre d'explication des choses, qui est la danse de Jane Discon, dans lequel il est dit la différence entre la culture et la barbarie, c'est que dans la barbarie, on tue les hommes pour les manger, dans la culture, on tue les hommes pour en faire des savons et des abat-jours.
Benjamin, il y a des renoncements nécessaires parfois pour laisser la place à autre chose. À quoi ou à qui as-tu renoncé ?
Moi, j'ai à peu près renoncé à tout ce que ce qui n'était pas mon travail, ma famille. et pourtant j'arrive quand même à être extrêmement, insuffisamment présent auprès des miens, et pourtant je vis avec eux, je travaille à la maison, donc je vois beaucoup ma fille, je parle beaucoup avec ma femme et autres, mais je les vois quasiment pas, je travaille au fait, ma santé étant pas très bonne, mes activités de plus en plus réduites, les choses, on est mercredi. C'est la première fois que je sors de chez moi depuis cette semaine. De chez moi, devant l'ascenseur. Donc j'en suis arrivé une vie, alors ça c'est un peu à en profiter d'ailleurs, qui fait que je ne fais que travailler. J'ai des nuits très difficiles, une première santé, ce qui fait que c'est plus difficile pour moi maintenant, comme avant, je me levais à 5h, 6h du matin tous les jours pour démarrer, ce que je ne peux plus faire maintenant, parce que c'est plus dur. Relaxamment, du coup, je travaille beaucoup, beaucoup plus tard. Et j'ai peu de temps pour, même la plupart du temps, je ne mange pas, avec ma femme et ma fille qui mangent derrière moi, à 3 mètres derrière moi, parce que je n'ai pas le temps. Je ne pars pas en vacances, je ne vais pas au théâtre, je ne vais pas au cinéma, je ne vais pas au restaurant. Et travailler tout le reste du temps, vraiment, c'est pour d'abord ma fille et ensuite ma femme.
Quel est ton rapport au divin ?
Je ne suis pas athée, je ne suis pas croyant, alors on va dire, bon, c'est simple, mon gars, t'es agnostique, c'est simple de l'expliquer, mais en fait, c'est plus compliqué que ça. Quelque part, je suis croyant, mais je ne crois à aucune religion des livres, je ne crois à aucune, à aucun dieu dogmatique, à aucun dieu spécifique, je crois à la possibilité d'une immanence, ce qui n'est pas Même chose que je peux ressentir. J'ai tendance à dire que c'est aussi pour ça, et c'est pour ça que le fait que ça soit devenu juste un produit de consommation, quelque chose qui m'énerve, c'est pour ça que la musique a une part aussi importante dans ma vie. Je peux le dire, ça peut paraître très con, mais la fois où j'ai ressenti le plus fondamentalement la présence de Dieu, c'est en appuyant sur... Le deuxième sol d'un piano demi-queue dans un studio. Et ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, j'ai appuyé sur ce sol, j'ai laissé résonner. Et là, il s'est passé, j'ai connu un phénomène mystique. Je n'étais pas drogué, je n'avais pas bu, j'avais plein de machins. Ressenti, et puis la musique, c'est quelque chose de sacré pour moi. C'est pour ça que j'en écoutais extrêmement peu. Parce que pour moi, écouter de la musique, c'est une activité. et je ne fais pas autre chose. Écouter de la musique, je travaille, je ne supporte pas qu'il y ait le moins de bruit quand je travaille. C'est pas dur. Après, j'habite dans un quartier où on a des marteaux piqueurs, même 424 depuis 10 ans. J'ai du mal à l'en expliquer. J'écoute peu de musique, mais quand j'écoute des musiques, des chansons, j'écoute un peu plus. Mais voilà, je vais consacrer trois minutes à écouter un truc. Et pendant trois minutes, je suis immergé dans le truc absolument. C'est un peu bizarre, parce que les réseaux sociaux, les journalistes, on est censé être vivant dans le politique, dans le machin de truc. Moi, je ne suis plus actif que sur un seul réseau social qui est X. J'ai extrêmement peu sur Instagram avec mon compte musicien, mais extrêmement peu. Je ne publie jamais rien. Sur X, je parle surtout de musique, avec des gens, avec les rares personnes qui enjolivent ce réseau ignoble, grâce à la beauté de ce qu'ils posent musicalement. Donc c'est assez amusant. Mais oui, la musique, c'était mon rapport à... Ça a été en quelque sorte mon rapport à Dieu, même si la possibilité de l'immanence... Que ça soit un hasard mathématique, un grand horloger immatériel ou je ne sais quoi, ce n'est pas une croyance, au sens où ce n'est pas, je ne suis que doute. Mais il y a vraiment ça. Je ne suis que doute, mais tout est probable. La seule chose qui est pour moi totalement improbable, c'est quelque chose qui ressemble à la Bible, à l'Ancien Testament, au Coran, et la moindre réalité. Si ce n'est qu'effectivement, ils se fondent les uns les autres, plus ou moins, sur des principes universaux, particulièrement la Bible, qui est en fait une sorte de catalyseur de l'ensemble des grands principes essentiels qu'on retrouve dans notre vie. Les textes à la fois hindouistes et bouddhistes ont des principes souvent équivalents, même s'il peut y avoir des questions très... L'agenté occidental, par contre, autour du sujet de l'attachement, qui va être perçu complètement différemment d'un continent et d'une culture à l'autre, mais on retrouve toujours les mêmes histoires, on les retrouve dans les contes pour enfants, on les retrouve dans les grandes épopées, des films de super-héros, dans les films de super-héros, dans les grandes sagas, que ça peut être Star Wars... des trucs comme ça, qui sont même chose, mais des textes heureux finalement, des sortes de textes religieux qui reprennent les images, les métaphores religieuses, etc. Voilà, on peut voir, en fait aussi, par ailleurs, on peut voir du sacré dans tout et dans rien. Moi, j'ai tendance à essayer d'en voir le plus possible, mais sans qu'il ne corresponde à un quelconque d'homme. Mon ennemi, c'est le dogme religieux et l'idéologie politique.
Benjamin, comment sait-on que celle que l'on aime est peut-être la femme d'une vie ?
Alors moi, bon, ça s'est passé assez facilement. J'étais sur scène, pas très loin d'ici, lors d'un concert que je faisais à Glazart, au Nord de Paris. Et c'était un concert très très compliqué parce que c'était à l'époque où j'avais une formation avec neuf musiciens, il y avait des ordinateurs partout sur scène, c'était galère, avec des sécurités informatiques pour pas que ça pète, un truc qui était un truc un peu comme ça. Je m'étais pris, moi qui ne peux plus jouer d'instrument depuis des années, en plus je jouais un peu de basse, j'avais un super bassiste par contre, j'avais un moment, c'est un concert, un truc de basse, j'étais complètement stressé. des trucs assez marrants et puis surtout que c'était des concerts pour défendre un album qui était tellement foutraque que tout le monde m'avait dit que ce serait impossible de le reproduire sur scène et donc c'était l'un des premiers concerts qu'on faisait pour défendre cet album et là j'ai vu dans les deux premiers rangs un des yeux qui me regardait et qui me regardait de manière comme on ne m'avait jamais regardé Évidemment, j'ai regardé les yeux en question de la même manière. Et là, j'ai honte de dire ça, on est dans un surregistrement. J'ai commis, pour moi, la faute la plus impardonnable quand on est sur scène. C'est de se laisser aller à un sentiment qui déconcentre. Et j'ai fait, je crois, le plus mauvais concert de ma vie. Et Dieu sait que j'en ai fait des mauvais. Parce qu'il y avait ce regard qui était là. En plus... C'était un concert, mais c'était n'importe quoi ce qu'on avait fait. Il y avait... Non, non, mais c'était une ambition à la con. En fait, on avait une personne qui était avec l'ingé son, donc l'ingé son, il dirait les spectateurs. Il n'est pas du tout sur scène, il y a un ingé son retour, mais lui qui capte juste, qui est là juste pour régler le volume de ce que nous on entend dans les retours qui sont devant nous sur scène quand on est. Mais il y a l'ingé son qui s'occupe du... qui sont du public, il est généralement dans une cabine derrière la salle, derrière le public, pardon. Et on avait également, nous, un gars qui venait de l'IRCAM, donc le grand institut de musique contemporaine créé par Pierre Boulez, qui reprenait en fait une partie du son qu'on avait sur scène, et qui créait des harmoniques, des trucs avec ce qu'on appelle un système de... on appelle des patchments. je ne vais pas expliquer ce que c'est Ça va être compliqué. Et qui était, c'était la première fois de sa vie qu'il voyait du public pratiquement, donc c'était un génie, mais il était tracker comme pas permis. Donc vous allez voir que c'est un rapport. Et moi je vois son regard dans le concert très tendu. Je suis dans le concert, je vois le gars de l'autre côté au fond qui panique. J'ai ces yeux qui me regardent, le truc s'arrête et moi le premier truc, je file dans la loge pour aller me mettre un coup de serviette parce que... Parce que je dégoulinais, j'avais un espèce de costume indien super chaud. Et je vais juste me mettre un coup de serviette et boire un shot de vodka. Et je ressors tout de suite pour essayer de voir qui était cette personne. Et puis elle était plus là. Et puis j'apprends également que le type qui faisait mon truc avec les patchmaks derrière, on n'a pas fait gaffe, il était tombé dans les vapes pendant le concert. Et j'étais concentré sur autre chose, il avait été évacué en fait pendant le concert, à la fin du concert. Et voilà, donc tout va bien, et puis trois jours après, je vais voir un coup avec ce garçon, c'est juste un petit malaise, il est beaucoup mieux. et il me dit on avait rendez-vous avec un de mes amis qui est réalisateur dans un bar à côté de chez moi et puis là il me dit ouais alors je te dis en fait il y a une fille qui veut absolument te rencontrer et je lui ai dit de passer elle doit être déjà là évidemment j'arrivais à la terrasse du café en question la fille en question c'était les yeux qui étaient dans la salle La raison pour laquelle elle n'était pas dans la salle, c'est que c'était la petite copine du garçon. On est avec sa petite copine, ce que lui n'avait pas bien compris, puisqu'elle était elle-même déjà avec quelqu'un d'autre. À l'autre bout de la France. Ça, je ne le savais pas. Et en fait, je suis arrivé à la terrasse du café. Il y avait la chaise en face d'elle qui était libre. Et de là, avant de m'asseoir, je l'ai regardé dans les yeux et je me suis dit, c'est la fin de ma vie. Ça c'est fait, c'est bon, on passe à autre chose. Sauf la femme en question, je l'ai vu dans ses yeux qu'elle s'est dit la même chose. Sauf qu'au bout de deux heures, elle m'a dit bon ben salut, je rentre chez moi Et chez elle, c'était dans les Pyrénées, à mille kilomètres, pour retrouver son mec. En plantant l'autre aussi. Ça ne s'en est pas terminé. Mais avec qui on est ? On est... On ne sera pas dans la même situation aujourd'hui. voilà et puis après il y a eu des épisodes bon après je l'ai pas vu cette personne pendant 4 mois pendant 4 mois j'ai pas vécu Quatre mois plus tard, j'ai un concert dans une autre salle, c'était le concert de la réouverture ou de la fermeture, je ne sais plus. C'est connu à Paris, il s'appelait la Flèche d'Or. Et là, c'était plein de gens, 500 personnes, c'est un truc. J'étais tout au fond, j'ai vu qu'elle, le concert s'est terminé, j'ai sauté de la scène, j'ai traversé la foule et j'ai été lui dire, je crois que je suis tombé amoureux de vous. et voilà et elle m'a juste répondu tu veux du chai Et elle est partie. La suite, dans la saison 2. Comment se sont-ils retrouvés ? Mais bon, c'est... Donc c'est comme ça que, pour répondre de manière beaucoup plus rapide à la question qui a été posée, en fait, on le sait, c'est ce que j'explique tout le temps à ma fille, qui me dit, mais comment tu sais qu'on aime ? Je dis, mais en fait, tu le sais. Tu ne sais pas, c'est pas évidemment... en détail quelle va être l'aventure, le truc, en sa conséquence, finir, l'amour quand il est là, tu le sais. Et c'est pour ça que le principe des aptitudes rencontres, des Tinder, des trucs comme ça, c'est l'une des pires abominations de cette société, mais ça va tellement dans le sens de cette société, où on est à la fois, on ne veut pas de risque, donc on coche toute une liste. Deux trucs, je veux une femme de 1m67, avec les cheveux châtains coupés au carré, mais avec une mèche un peu plus longue à gauche qu'à droite, qui aime le rouge, mais pas le rouge bordeaux, les pantalons avec, je ne sais pas, c'est-à-dire société du risque zéro, qui n'exclude elle-même qu'un petit truc qui est l'essentiel, qui est la vie. La vie, l'improvisation, le sentiment, le risque, il faut minimiser les risques, c'est pas le côté on fait n'importe quoi, c'est le rapport qu'il faut quand même doser entre la sceptisation et la normalisation, on appelle plutôt la normalisation de la société et les conséquences qu'elle a sur la survie même de la société.
Merci.
la magie de la rencontre merci Benjamin qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour les prochains mois voire les prochaines années pour les prochaines années on peut me souhaiter les prochaines années voilà c'est bien pas mal
Je pourrais dire ça pour les prochains mois. Pour les prochains mois, j'aimerais pouvoir trouver le temps de refaire un peu plus de musique et de passer un peu plus de temps dehors avec les miens et pas dedans. Mais de faire un peu plus de musique. Puis surtout que là, c'est trop tendu ce qui se passe. Tout ce qui se passe internationalement, politiquement, c'est beaucoup trop tendu. Et ça ne peut pas durer. Très bien que ça risque quand même de péter. Je vous avais dit un truc cool, sympa, et optimiste, c'est vrai.
Mon destin, ton destin, un destin extraordinaire, ma vie, ta vie, mes mots, tes mots, les mots, le destin. Décline ma vie, la vie destinée, la destinée de vie, où sont-ils, partis, où sont les mots, partis. Et ma mélodie mélodieuse, rencontre destinée, destin paresse, destin caresse, destin toujours, destin amour, destin rime et tient, tenir sa main, mon destin dans la main. Merci Benjamin.
Merci à toi.
David Downs
Description
À la rencontre de Benjamin, iconoclaste, musicien, journaliste, qui nous partage son regard sur le monde, sa vie et l'amour.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Fragments, le podcast qui raconte des parcours de vie exceptionnels, des histoires inspirantes et pleines de courage, des histoires qui témoignent de la résilience ou de la détermination, des histoires qui rappellent que peu importe les obstacles rencontrés sur le chemin, il est possible de les surmonter et de réaliser ses rêves les plus fous. Alors, bienvenue à bord, installez-vous confortablement pour découvrir des histoires inspirantes qui, je l'espère, vous feront voir la vie autrement. Bonjour Benjamin, merci de me recevoir ici à Paris. Benjamin, tu es un homme extraordinaire. Moi je le sais, mais j'aimerais que les auditeurs le découvrent. Découvrir à quel point c'est toujours très troublant de croiser les yeux d'un homme qui aime, troublant de le voir sourire lorsqu'il regarde le monde, au travers de ses mots ou sa musique. Parce qu'avant l'homme, il y a le petit garçon, celui qui écrit de la poésie à six ans, celui qui parle plus facilement des autres que de lui, celui qui respire pour Jay, sa femme, Karel, sa fille. Je dédie ce podcast à la mémoire de ta maman, Annette. Boulogne-Biancourt, la ville où tu as poussé ton premier cri en novembre 1968, où tu as grandi. Je voudrais revenir sur ce premier jour d'école où à la sortie personne n'est venu te chercher parce qu'on t'avait oublié. C'était comment dans la tête du petit Benjamin ?
Alors dans la tête, bonjour. La présentation est évidemment un peu difficile à entendre comme ça quand on n'est pas un grand fan des superlatifs et des choses de ce type-là. Pour ce qui était, alors l'enfance n'était pas à Boulogne. Je suis né à Boulogne. J'ai dû rester 18 heures à Bologne. Et après, on habitait à la campagne. En fait, à cause de l'activité de mon père et de la notoriété, il y avait un besoin de protection complète de la famille. Donc on habitait à 55 km de Paris, en fait. On peut y aller tous les jours. Mais nous, on n'y habitait pas. Et cette école, c'était dans un petit village des Yvelines. Effectivement, le premier jour... où déjà, moi j'habitais dans un tout petit hameau, on était avec 10 habitants, et cette ville, qui faisait au moins 5 000 à 7 000 habitants à l'époque, était pour moi une espèce de mégalopole déjà effrayante en elle-même, où j'allais peu. Et évidemment, j'habitais dans un environnement extrêmement restreint, avec très peu de monde, et le fait d'être déjà dans cette cour avec tous ces enfants, qui était pour moi une certaine hostilité, l'école publique de campagne, en étant le fils de mon père, de quelqu'un de très connu, dès le premier jour ça a généré des jalousies et même une incompréhension pour d'autres raisons. Et puis effectivement à la fin des cours, ma mère qui devait venir me chercher, et qui était assez éloignée de nos préoccupations intimes et de nos peurs on va dire, pour rester dans l'élitote, là plutôt dans le féminisme, avait autre chose à faire et a oublié de venir me chercher ce premier jour. Et je me suis retrouvé. On nous a laissé sortir, je me suis retrouvé dans la rue, dans un état de panique, et peut-être la première fois de la peur, panique de l'abandon, qui possédait un être humain à un moment de sa vie, et parfois ça commence très jeune. Et c'est pour ça que je m'en souviens, parce que c'est un truc qui s'est passé il y a près de 50 ans. Mais j'ai l'image encore, l'image de la panique, le ressenti vraiment de la panique absolue, le monde qui serait... et qui disparaît juste dans un océan de peur, alors qu'en fait c'était rien. Et que dix minutes après, néanmoins, ma mère était là, au milieu. Moi, j'avais pris la route pour aller rejoindre la maison à travers les bois. C'était des bois qui nous faisaient très peur.
C'était quoi les rêves du petit Benjamin ?
C'était de faire de la musique, d'écrire et d'être skieur professionnel. Mais pour ce qui est de ce dernier aspect, d'ailleurs, à l'époque... Il n'y avait pas de skieurs professionnels. Il y avait des skieurs, des grands skieurs, puisque je suis né l'année du triomphe de Jean-Claude Killy. Mais je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas fait de ski depuis 1979. Pour la simple et bonne raison que c'est l'année où je me suis pulvérisé la jambe sur une piste de ski. On n'a plus jamais fait. Donc, les deux autres rêves, faire de la musique et écrire, j'ai pu les concrétiser, même si là aussi, c'est ça peut paraître bizarre mais ça pose quelques problèmes physiques
Ton père, Gérard Cyr, grande personnalité publique, scénariste, écrivain, journaliste, très connu d'une génération de Français qui avait comme meilleur ami le poste de radio dans la cuisine, où sa voix les a longtemps accompagnés. Mais papa très absent de ta vie, que peux-tu nous raconter de lui ?
Une voix. Une voix un peu rocailleuse qui raconte l'héros au sud avec beaucoup de chaleur. Et un monsieur très gentil, unanimement jugé comme très gentil par strictement tous les gens qui l'ont fréquenté sans doute davantage que moi. Donc voilà, moi j'ai le souvenir d'un monsieur très gentil mais... C'est distant, qui n'a jamais rien fait et qui m'a à peu près jamais adressé la parole. Mais il n'y avait aucune méchanceté dans cette indifférence tout à fait particulière. En fait, il y a eu entre mes parents un deal absolu. Mon père avait déjà eu une fille avec une autre femme. Il a compris que les enfants, ce n'était pas son truc, on va dire. Puis il travaillait 16 heures par jour, il n'avait pas le temps de s'occuper de ces trucs-là. Il était tellement dingue, amoureux de ma maman, qu'elle lui a dit, écoute, moi, c'est ça ou rien, je veux des enfants. Et il lui a dit, en gros, il n'y a aucun problème, mais tu te démerdes. Je ne veux pas en entendre parler. Alors, avec mon premier frère, mon grand frère, qui a resté longtemps fils unique, en fait, il y a eu une vraie relation, en réalité, entre lui et mon frère Antoine. Puis après, ça s'est vraiment totalement arrêté. Mon père était quelqu'un de très gentil, mais dont la seule obsession, avec un regard très tendre, mais dont la seule obsession dans la vie était le travail. Une anecdote assez amusante, c'est qu'il n'est même pas venu à son propre mariage avec ma mère. C'est-à-dire qu'il est arrivé juste à la mairie pour dire oui, il est arrivé au moment où il fallait dire oui, il a fait oui, bisous, et il est reparti. En plantant tout le monde avec les invités, il avait une petite famille. une émission il pouvait pas à la fois se marier et être à la radio Bon après, c'était à lui de choisir la priorité.
Annette, ta maman, a eu un destin de femme atypique pour l'époque, qui mériterait que l'on écrive sa biographie. Alors, il était une fois Annette, petite fille.
Alors Annette, petite fille, c'est l'enfant d'un médecin polonais qui fuit l'antisémitisme, non pas nazi, mais avant. L'antisémitisme. du régime du maréchal Piłsudski, qui mène comme très couramment une politique très antisémite en Pologne, comme c'était le cas également en Russie, il est pauvre en Méditerranée. Et mon grand-père qui devient jeune médecin en Pologne, on est conduit vraiment à quitter le pays et on se dit, mais merde. On est à Paris, en 1934, quand, juste avant le 6 février 1934, qui montre déjà que l'ambiance est formidable dans toute l'Europe occidentale aussi, Hitler vient d'accéder au pouvoir, et l'Europe bascule. Mon grand-père, pour pouvoir repasser, il est obligé de repasser ses études de médecine, mais il arrive un peu avant, il arrive à la fin des années 1920, il refait toutes ses études de médecine. La technique qui lui permet de le faire, alors qu'il n'a pas un franc dans la poche, c'est de rentrer dans l'armée, et d'autant plus dans l'armée française. Et ce, d'autant plus qu'il vient en France et pas ailleurs, mu par un amour un peu fantasmé de la France, un peu à la manière de Romain Garry, d'ailleurs ça a un parcours assez proche de ce point de vue-là. Et il arrive dans l'armée, et d'ailleurs il rencontre très vite, Comme Gary, quand il arrive dans l'armée, et qu'il y a des problèmes de promotion après ses classes d'officier, il découvre l'antisémitisme en France aussi, et l'antisémitisme dans l'armée aussi, mais il devient médecin, et en gros, il est médecin-major, quand il finit ses études et reste dans l'armée, la guerre démarre. Et là, très vite... En gros, il y a la libération de Paris, l'occupation de Paris, pardon. Il y a l'exode et lui aussi il descend et il devient médecin dans un petit village qui aujourd'hui est très connu, qui n'était pas à l'époque, qui s'appelle Gordes, pas très loin d'Avignon. Et c'est là qu'il est confronté à la résistance, puisque on a tout près le maquis du Ventoux. et c'est lui qui se met à soigner au fur et à mesure tous les résistants et à devenir en quelque sorte l'antenne médicale du maquis du Ventoux C'est une activité extrêmement dangereuse et ma mère est à ce moment-là balottée, avec l'aide de la résistance, balottée de pensionnats en famille, en pensionnats catholiques et autres, qui vont la protéger et en même temps la traiter abominablement. selon les endroits, notamment je pense à l'époque, je ne sais pas si c'est connu, mais le pensionnat de Villeneuve-les-Avignons. Les choses ont été particulièrement dures, je le sais, et pendant ce temps-là, mon père et mon grand-père finissent par être dénoncés par des gens du réseau, qui ont été arrêtés eux-mêmes, torturés, et il est envoyé à la prison des Beaumettes à Lyon, où il va être abominablement torturé, ne livré personne. Et il ne doit sa survie qu'au simple fait qu'il y a eu la libération et que quand la prison a été prise d'assaut... Par les forces à la fois françaises et américaines, les gardiens se sont enfuis en laissant les prisonniers mourant dans leurs cellules. Et mon grand-père a pu être sauvé in extremis et garder des séquelles toute sa vie, des tortures à même qu'il y a des trucs. Mais pendant ce temps-là, ma mère était tout le temps balottée, livrée à elle-même. Et elle espérait pouvoir retrouver ses parents après la guerre. Et en fait... les relations de ses parents étaient devenues très très tendues Après la guerre, elle n'est pas revenue avec eux. Et là, elle s'est mise à aller monter à Paris, à vivre une vie de bohème, et à devenir très tôt une comédienne de théâtre avec une petite réputation, un truc. Elle a fait le cours Simon à ce moment-là, à l'époque, mais elle n'avait aucune ressource. Elle n'avait que la ressource de son talent potentiel, alors qu'il s'est vite exprimé, jusqu'à ce qu'il lui arrive un truc assez marrant, C'était quelqu'un qui avait un caractère, j'en sais quelque chose, absolument volcanique, et une capacité de séduction tout aussi proportionnellement grande. Et elle est invitée comme ça un jour dans une réception à l'Opéra de Paris, et à ce moment-là il y a un jeune homme qui se trouvait être le fils du patron de l'Opéra, M. de Mestre. qui s'est planté devant elle en haut, elle lui a dit, écoutez, vous êtes tellement meldingues, vous dégagez un truc, je ne sais pas, je n'y étais pas exactement, mais ce qu'il lui a dit, il ne la connaissait pas depuis une minute et demie, il l'a demandé au mariage. Ça a fait marrer ma mère, qui devait avoir 18 ans pile. Elle a dit oui. Et le pauvre. Le pauvre homme. Six mois après, je crois que ma mère avait fait plus de bisous à d'autres hommes en cumulé qu'elle lui en avait fait. C'était une jeune femme aventurière qui venait de vivre un enfer et qui voulait maintenant croquer la vie. Puis c'était quelqu'un de tellement indocile, tellement impossible à... ...apprivoisé quand même, du moins pas possible, puisque mon père est devenu comédien, donc voilà, elle a vécu vraiment la vie entre Saint-Germain-des-Prés, la poème, la vraie, le théâtre, les tournées, etc. Elle a fait un peu de cinéma aussi, notamment un film qui s'appelle Le port du désir avec Jean Gabin, où elle prend un de ses... différents pseudonymes. Je crois que c'était Anna Serra, mais dans ce film, mais sachant que c'était un lien, un nom qui était relatif aussi à la famille, mais qui n'était pas exactement celui-là. Et puis après, elle se met à faire de la radio, et c'est là qu'elle rencontre mon père, qui est même déjà une voix... et pas encore une très grande voix comme après. Et mon père était à l'époque, fait des feuilletons radiophoniques. Et ça, c'était la grande époque des feuilletons radiophoniques. Et les feuilletons radiophoniques, pendant, étaient sponsorisés par des marques. Toujours, et ils portaient des noms, donc détournaient des marques. Et notamment, mon père faisait à l'époque un feuilleton pour la marque de machine à coudre Saint-Ger. qui s'appelait Lamy Saint-Ger, Lamy Saint-Serre, et il devait auditionner un jeune homme qui venait d'arriver d'Egypte, qui s'appelait Claude François. Et pour le décider pour le feuilleton, il avait besoin d'une réplique, il a passé la tête dans le couloir, il a vu ma mère passer, il a dit mademoiselle, est-ce que vous voulez bien m'aider ? Et puis après, mon père est mort, dans la même année et demi, ma mère a perdu son père, sa mère et son mari, qu'elle aimait d'un amour absolu fou. aussi peut-être trop absolu. Et ça a été le début de Descente aux Enfers.
Une Descente aux Enfers qui a pris quelle tournure ?
Je ne peux pas tout raconter. Mais en gros... Mon père est mort, tout le monde est mort. On s'est aperçu que mon père avait juste à peu près jamais réclamé l'argent, les millions qu'il était censé gagner. Et que non seulement il ne les avait pas réclamés, mais qu'il ne les avait pas eus et qu'avec ce qu'il n'avait pas eu, il n'avait pas payé non plus les impôts qu'il devait payer. On s'est aperçu aussi, même si on le savait plus ou moins, qu'il avait un nombre incalculable de parasites autour de lui. Il a voulu faire vivre tout le monde, notamment des gens dans son entourage, un très grand ingé son qui a été aussi un peu de média, qui avait des problèmes de jeu et autres, et donc mon père en le faisait, il faisait vivre sa famille. Et puis après, il y a eu toute l'aventure avec Jean-Yann, avant évidemment qu'il meure, mais qui a donné d'un côté des films C'est un animal connu, comme tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Et le fait que mon père s'est fait totalement escroquer, mais ce n'est même pas de l'escroquerie, c'est de l'escroquerie bienveillante de sa part. C'est de l'escroquerie complaisante. Sauf qu'à un moment, il y avait des millions et des millions d'impôts à payer. Et que ma mère s'est retrouvée seule avec trois enfants. Et totalement seul parce qu'il y a eu des problèmes avec ce qui restait de la famille de mon père, mais c'est pas un truc à développer. Et puis la manière dont le milieu lui a tendu la main, parce qu'à un moment le milieu a quand même tendu la main, et quelque chose qui l'a... qui a montré à la fois tous ses défauts, toutes ses qualités, c'est-à-dire que son indépendance lui était tellement chère qu'elle a vraiment, si vous me permettez, envoie chié tout le monde. Et là, ça a commencé à être sport. Voilà, et c'est le truc particulier, en réalité. Ce qui est compliqué pour moi aujourd'hui dans un milieu où on va dire, regardez ce gars-là, comme tous les gars dans la presse, c'est un fils à papa et autres, c'est très compliqué quand en fait on a passé des années quasiment en fuite avec plus rien. Moi je ne suis plus jamais parti en vacances de ma vie, j'ai fait que travailler depuis l'âge de l'enfance. pour dans un premier temps qu'on ait aidé ma mère à se faire un siège qu'on s'en sorte dans des conditions très dures parce que c'était quelqu'un de très violent aussi potentiellement de très méchant de très violent qui laissait aussi un peu livré à soi-même ce qui a fait faire des conneries et aussi provoquer des accidents graves Et à la fin, avec mon deuxième frère, on peut dire qu'on a grandi dans des conditions extrêmement difficiles. Et quand on est arrivé sur notre parcours qui pouvait devenir un parcours professionnel, contrairement à mes deux frères, moi j'ai disparu complètement de la société. J'existais pas, j'avais pas de sécurité sociale, j'avais... J'avais pas de carte d'identité, en fait. J'avais rien, j'ai passé des années sans exister, en fait. Tout en faisant énormément de trucs, mais complètement en marge de la société, en crainte aussi. Et ce truc me fait marrer aujourd'hui, c'est comme le côté fils à papa. J'ai une famille qui avait vraiment pas de quoi bouffer, et qui s'est finie. C'est très très très très dur. C'est aussi quand on dit, sur mes trucs, ok boomer, tu vois. Moi je suis revenu au monde, alors il y a un moment où une carrière musicale m'a plus exposé. En gros j'ai existé, au début j'ai démarré très vite dans le théâtre, où ça a pas mal marché en fait, en même temps que je faisais mes études de droit. Après j'ai disparu complètement du monde. Je suis revenu un peu en fait à partir d'il y a une vingtaine d'années en gros. à travers la musique, avec deux, trois trucs qui ont donné résultat, qui ont fait que mon nom est revenu un peu. Et puis, je suis resté assez en sous-marin, sous-marin de la vie, jusqu'à il y a sept ans, sept, huit ans seulement, où j'ai décidé, avec... C'est aussi lié aussi avec... rapport avec une petite fille à Nouriel, et de refaire surface un peu. C'est pour ça que je travaille, par exemple, les gens avec qui je travaille aujourd'hui s'étonnent, ils disent, il y en a certains qui n'avaient jamais entendu parler de moi, mais ils ne comprennent pas pourquoi je connais tout le monde, les gens qui connaissent, parce qu'en fait c'est dans d'autres vies, c'est dans d'autres parcours, ou quand j'ai travaillé, enfin les choses commencent, au début des années, je reviens aussi, parce que je travaille avec quelqu'un une importance qui est colossale dans ma vie et qui en fait a été un peu mon mentor et mon ange gardien depuis mon âge de 20 ans, qui m'a fait pas mal travailler et qui m'a entraîné dans une aventure de direction de club de football de première division, ce qui est un truc assez marrant. Et après...
Au fur et à mesure, par le biais de la presse et du politique, et de la musique aussi, mais parallèlement, je commençais, oui, à avoir... une constance officielle plus importante, mais toujours avec une réticence que j'ai encore. Et puis, quand j'ai commencé à écrire des tribunes dans le Figaro et autres, que des gens comme Alex De Vecchio, qui a sa part importante là-dedans, parce que c'est comme il disait toujours, je suis assailli toute la journée de gens qui veulent écrire en anglais. Figaro, toi t'es mon pote, et j'avais dirigé un petit journal avant, qui fait qu'on s'était connus. Il me dit mais toi tu me demandes jamais rien, et j'aimerais bien que t'écrives. Puis un jour je lui ai dit bah là j'ai un truc à dire. C'était le début de toute une série de choses que j'ai écrites sur la question du rapport entre le libéralisme politique et le numérique. Qui je pense est aujourd'hui la question essentielle, couplée. Et au moment où, comme je venais très vite, l'informatique musicale, On est dans une pièce où il y a tout ce qu'il faut pour l'informatique musicale à l'instant. J'étais un peu un des pionniers au début des années 90, donc c'est un sujet que j'ai très vite croisé. Devecchio et très vite derrière Raphaël Antonovn qui m'a dit non, maintenant tu ne peux plus te cacher, c'est interdit. Ma femme aussi m'a beaucoup dit, mais moi je suis toujours une forme de... d'hésitation à ce sujet. Mais, les circonstances maintenant, et puis la manière dont après le Figaro, l'Express Frontierer a commencé à... un projet dans lequel on m'a emmené dès la préparation, bien avant la sortie du premier numéro, et dans lequel je contribue toutes les semaines, depuis 124 numéros aujourd'hui, fait que voilà, j'ai dit, mais en fait, moi, je commence, quoi. Bon, ça j'arrive, voilà. à l'âge du boomer, mais en fait, moi, je commence.
Pourtant, tu comptes de nombreux engagements associatifs, politiques, bien malgré toi, comme tu aimes à le dire. Et justement, qu'est-ce qui pousse un citoyen lambda à s'engager ? C'est comment, de l'autre côté du rideau ?
C'est que, en fait, je n'avais aucune intention de m'engager. Pour moi, l'engagement c'est une obligation, c'est une obligation morale, c'est presque même une obligation physique et sensorielle, c'est-à-dire que le malaise que peut produire le fait de laisser faire les choses, de laisser passer les choses, crée un degré de culpabilité, de mal-être qui peut être tel que finalement on choisit quand même l'engagement, tout en étant bien conscient du fait que mon engagement à moi change. la face de rien du tout mais si personne ne s'engage rien ne change la face de rien et que si c'est le fameux principe des petits cailloux mais chacun est un grand sape dans la machine et il fait ce qu'il peut peut-être à tort d'ailleurs peut-être que mon engagement est ce qui est le pire et de ce qui abîme le plus le monde la société ou peut-être que je participe à un micro-micro-échelle, à aller dans le bon sens ou pas. Parce que je sais pas, je sais qu'il y a quelque chose, mais quand on est aussi fortement marqué, voilà, on revient à ma mère, ma mère est morte dans mes bras, elle pesait 28 kilos, c'était déjà, pas déjà, mais encore les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Voilà. Et, moi, c'est des choses que qui m'ont obsédé dès l'enfance, la question du nazisme, la question du racisme, la question de l'antisémitisme, et que j'ai d'une manière étudiée, observée, et à de rares moments subie, mais à de rares moments, mais subie à des exemples précis, fait qu'il y avait ça, puis la question de... Ce qui se passait, de la manière dont on traitait les jeunes filles en banlieue aussi, etc. C'est des trucs qui ne m'allaient pas. Effectivement, mon premier engagement un peu bizarre, ça a été très brièvement chez Niput Nessoumise. Le truc, je n'ai pas beaucoup de garçons, mais je ne suis vraiment pas assez entrain. En fait, le problème, c'est qu'avant, j'avais écrit pour des hommes politiques, et puis pour des trucs politiques, des journaux, des machins, beaucoup en négritude, même si on n'a pas le droit de le dire aujourd'hui. J'avais eu ces engagements et j'avais vu très vite comment la politique marchait, au niveau partisan, au niveau électoral, la manière dont on pouvait faire financer. À l'époque, c'était très... C'était très sport le financement des compagnies électorales, ça passait beaucoup par les grandes entreprises, par les grandes entreprises, par des trucs très durs. Et j'ai vu comment marchaient un peu les parties, et là j'ai eu un peu de mal, même si après j'ai été engagé quelques temps. au modem mais l'essentiel après je l'ai fait à travers des associations en plus et notamment le lien que j'avais avec le politologue Laurent Bouvet que j'ai rencontré il y a une quinzaine d'années quand je suivais ce qu'il écrivait et quand il a montré la gauche populaire c'est lui qui m'a contacté, ce qui m'avait fait vraiment bizarre et pour me demander d'en être avec eux. Puis voilà, c'était le début d'une amitié forte encore de ma part que de la sienne, je le dis, parce que pour moi, il était un mentor, un frère, un truc indépassable, alors que je pense qu'il pouvait vivre sans moi. Mais cet engagement, en fait, il est très vite revenu avec... La presse est très vite revenue en parallèle, puisque c'est exactement le même moment qu'avec quelqu'un qui s'appelle Arthur Scheuer, qui est venu me chercher, c'est pratiquement même le nom de Laurent, juste avant Laurent, mais je l'ai rejoint à cause de Laurent, qui avait créé un pure player en ligne qui a décollé instantanément, mais qui a eu un truc météorique qui s'appelait Rajmag, et dont je suis très vite devenu le rédacteur en chef, et qui a été la première rédaction entièrement dirigée sur Messenger. Merci. C'était un truc très amusant, c'est-à-dire qu'on avait une centaine de journées, c'est quand même. Et tous faisaient, par Messenger, on faisait une conf de rédac en physique une fois par mois. C'était surtout l'occasion de se faire une soirée bien déchirée, en fait. Mais on travaillait un petit peu avant. Mais comme on bossait en lien avec tout le monde tous les jours, donc il n'y avait pas grand-chose à faire finalement là-dedans. Et c'est un endroit, c'est le grand mérite d'Arthur, Très formateur aussi en termes de management et de compréhension du fonctionnement de la presse, même si j'avais déjà travaillé auprès de grandes rédactions en supervision, mais derrière de manière totalement dans l'ombre.
Tu as un regard acéré sur ce monde grâce à ta plume de journaliste dans Frontier Heure. Comment ne pas sombrer parfois face à l'horreur du monde ?
La réponse est qu'on sombre parfois. fois face à l'horreur du monde. Alors en ce moment, c'est un sujet qu'on évoque beaucoup entre confrères, déjà, ce qui veut dire à quel point il est pertinent. Et pas seulement, je ne parle pas des gens de Machiavel, je parle vraiment, moi je parle avec beaucoup de gens, y compris antagonistes, parce que ça m'intéresse vraiment beaucoup, et puis j'ai un moment d'assez bonne relation, d'ailleurs. C'est un sujet que On a tous dans le bide, j'en parlais encore hier avec un journaliste et une avocate très impliquées dans certaines affaires actuellement, où il y a un moment où on a tous des craquages en ce moment. Moi, honnêtement, après le 7 octobre, au dévoté, parce que je n'étais pas prêt, je suis en train de bosser, je descends mes trucs avec mes écrans. Je parle et puis il y a une journaliste qui m'a envoyé d'un coup les images, les fameuses images des attaques et des plus... Et ensuite... et ramassage on va dire et là en fait à ce moment là j'étais pas prêt, j'ai allumé le truc J'étais déjà pas bien depuis quelques jours parce que ça correspondait à tout ce que voilà on voyait venir. Mais les trucs et puis en plus moi je travaillais pas de mal sur Israël ces temps-ci. C'était un truc bizarre parce que je travaillais sur la politique israélienne vraiment pour montrer toute la fourberie et la radicalité politique de Netanyahou en disant vraiment faut dégager ce mec et tout le machin. Et on est pris d'horreur parce que... font les gars d'en face, en gros. Et au simple fait qu'on soit pris d'horreur parce que Fais-le Hamas était en réalité... On en parle très peu quand même dans les débats par la cause palestinienne. Le Hamas qui n'a strictement rien à faire de la cause palestinienne, qui n'est juste qu'une émanation du régime iranien et des frères musulmans, dont le projet n'est pas du tout la Palestine. Enfin bon, c'est pas le sujet. Mais à ce moment-là, on est saisi d'horreur, on est en train de tout faire. J'ai peur d'attaquer, parce que les journalistes c'est aussi une mission politique, et effectivement ce qui est au pouvoir en Israël, pas seulement depuis 1997. plus récemment à cause de détails de politique israélienne que je ne vais pas exprimer ici parce que c'est assez complexe, est vraiment devenu un régime d'extrême droite. C'est de montrer à quel point justement il est en train de casser certains fondamentaux à la fois démocratiques au sens institutionnel du terme, mais aussi dans la société israélienne et la manière dont la société est israélienne. était le plus divisé que jamais, ce que les gens n'arrivent pas à comprendre. Et le simple fait qu'à ce moment-là, on soit quand même touché jusqu'à l'abomination par ce qu'a fait le Hamas, on devient tout de suite un sioniste de l'extrême droite, du régime génocidaire d'extrême droite israélienne, ce qui montre à quel point il n'y a plus personne à repaire de compréhension, de subtilité, de nuance. Et je peux le dire aussi de gens qui sont vus comme étant de mon camp. si moi personnellement je n'en ai pas spécifiquement directement, mais le fait est là, bon bref, on vit ça et moi je tombe sur ces images, d'un coup j'allume mon truc, j'ai des écrans énormes, le truc me saute à la gueule, et là j'ai explosé pendant 48 heures, oui, à pleurer non-stop, à ne plus arriver à dire mais moi justement, l'engagement, il ne sert à rien, de toute façon, il ne sert à rien, je le pense en fait, objectivement je ne pense rien du tout. Mais on est réduit à ce moment-là à constater ce niveau d'horreur et il se redit à une chose qui arrive souvent, je me dis mais j'ai plein de défauts, je suis pas facile à me checker comme ça. Je me sens quand même pas appartenir à cette humanité. J'ai vraiment un problème avec ça, de dire que je vois, c'est très naïf, parce qu'il y a un côté, à la fois on a fait une analyse, je travaille beaucoup sur la géopolitique, l'histoire, donc je sais ce qui s'est passé dans le monde, je sais le degré, je ne suis jamais surpris en réalité par le degré d'horreur que peuvent déployer les êtres humains, je n'ai jamais cru à un plus jamais ça, je n'ai jamais cru que l'homme ait retenu la moindre... leçon de quoi que ce soit depuis qu'il est capable de se lever sur ses pieds, mais ça reste inadmissible et ça reste quelque chose que fondamentalement, si je peux le constater, donc le craindre, je n'arrive pas à comprendre par quel raisonnement on peut faire ce qu'on fait. Je prends un exemple récent, c'est une naïveté je sais confondre ce qui s'est passé en Russie il y a quelques jours. On va me filer 5000 euros, pour 5000 euros, je vais rentrer dans une salle de spectacle avec un fusil automatique, et je vais déchiqueter des gens. En fait, et là actuellement, il y a une telle accumulation des choses, des symboles de la capacité de barbarie de l'homme, que ça soit de la barbarie civilisée ou de la barbarie à l'état puré sans filtre, il y a un tel point. Et avec l'obligation, parce que c'est la question de départ, en fait l'obligation quand même d'y être 24h sur 24 collé, parce que c'est mon métier, c'est mon métier de l'observer, c'est mon métier de l'observer. qui est d'en parler, ça devient extrêmement dur. Et pour rappeler le truc que M. Moussé évoquait juste avant quand je parlais de la barbarie civilisée d'un côté et de la barbarie prétendument à l'état pur de l'autre, ça me fait... toujours ramené à Romain Guéry. Et pour moi, et d'ailleurs Raphaël Ntoumen, on a fait l'un de ses sujets d'édito, pas de cette phrase que j'ai là, mais de ce livre qui pour moi est un chef-d'oeuvre d'explication des choses, qui est la danse de Jane Discon, dans lequel il est dit la différence entre la culture et la barbarie, c'est que dans la barbarie, on tue les hommes pour les manger, dans la culture, on tue les hommes pour en faire des savons et des abat-jours.
Benjamin, il y a des renoncements nécessaires parfois pour laisser la place à autre chose. À quoi ou à qui as-tu renoncé ?
Moi, j'ai à peu près renoncé à tout ce que ce qui n'était pas mon travail, ma famille. et pourtant j'arrive quand même à être extrêmement, insuffisamment présent auprès des miens, et pourtant je vis avec eux, je travaille à la maison, donc je vois beaucoup ma fille, je parle beaucoup avec ma femme et autres, mais je les vois quasiment pas, je travaille au fait, ma santé étant pas très bonne, mes activités de plus en plus réduites, les choses, on est mercredi. C'est la première fois que je sors de chez moi depuis cette semaine. De chez moi, devant l'ascenseur. Donc j'en suis arrivé une vie, alors ça c'est un peu à en profiter d'ailleurs, qui fait que je ne fais que travailler. J'ai des nuits très difficiles, une première santé, ce qui fait que c'est plus difficile pour moi maintenant, comme avant, je me levais à 5h, 6h du matin tous les jours pour démarrer, ce que je ne peux plus faire maintenant, parce que c'est plus dur. Relaxamment, du coup, je travaille beaucoup, beaucoup plus tard. Et j'ai peu de temps pour, même la plupart du temps, je ne mange pas, avec ma femme et ma fille qui mangent derrière moi, à 3 mètres derrière moi, parce que je n'ai pas le temps. Je ne pars pas en vacances, je ne vais pas au théâtre, je ne vais pas au cinéma, je ne vais pas au restaurant. Et travailler tout le reste du temps, vraiment, c'est pour d'abord ma fille et ensuite ma femme.
Quel est ton rapport au divin ?
Je ne suis pas athée, je ne suis pas croyant, alors on va dire, bon, c'est simple, mon gars, t'es agnostique, c'est simple de l'expliquer, mais en fait, c'est plus compliqué que ça. Quelque part, je suis croyant, mais je ne crois à aucune religion des livres, je ne crois à aucune, à aucun dieu dogmatique, à aucun dieu spécifique, je crois à la possibilité d'une immanence, ce qui n'est pas Même chose que je peux ressentir. J'ai tendance à dire que c'est aussi pour ça, et c'est pour ça que le fait que ça soit devenu juste un produit de consommation, quelque chose qui m'énerve, c'est pour ça que la musique a une part aussi importante dans ma vie. Je peux le dire, ça peut paraître très con, mais la fois où j'ai ressenti le plus fondamentalement la présence de Dieu, c'est en appuyant sur... Le deuxième sol d'un piano demi-queue dans un studio. Et ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, j'ai appuyé sur ce sol, j'ai laissé résonner. Et là, il s'est passé, j'ai connu un phénomène mystique. Je n'étais pas drogué, je n'avais pas bu, j'avais plein de machins. Ressenti, et puis la musique, c'est quelque chose de sacré pour moi. C'est pour ça que j'en écoutais extrêmement peu. Parce que pour moi, écouter de la musique, c'est une activité. et je ne fais pas autre chose. Écouter de la musique, je travaille, je ne supporte pas qu'il y ait le moins de bruit quand je travaille. C'est pas dur. Après, j'habite dans un quartier où on a des marteaux piqueurs, même 424 depuis 10 ans. J'ai du mal à l'en expliquer. J'écoute peu de musique, mais quand j'écoute des musiques, des chansons, j'écoute un peu plus. Mais voilà, je vais consacrer trois minutes à écouter un truc. Et pendant trois minutes, je suis immergé dans le truc absolument. C'est un peu bizarre, parce que les réseaux sociaux, les journalistes, on est censé être vivant dans le politique, dans le machin de truc. Moi, je ne suis plus actif que sur un seul réseau social qui est X. J'ai extrêmement peu sur Instagram avec mon compte musicien, mais extrêmement peu. Je ne publie jamais rien. Sur X, je parle surtout de musique, avec des gens, avec les rares personnes qui enjolivent ce réseau ignoble, grâce à la beauté de ce qu'ils posent musicalement. Donc c'est assez amusant. Mais oui, la musique, c'était mon rapport à... Ça a été en quelque sorte mon rapport à Dieu, même si la possibilité de l'immanence... Que ça soit un hasard mathématique, un grand horloger immatériel ou je ne sais quoi, ce n'est pas une croyance, au sens où ce n'est pas, je ne suis que doute. Mais il y a vraiment ça. Je ne suis que doute, mais tout est probable. La seule chose qui est pour moi totalement improbable, c'est quelque chose qui ressemble à la Bible, à l'Ancien Testament, au Coran, et la moindre réalité. Si ce n'est qu'effectivement, ils se fondent les uns les autres, plus ou moins, sur des principes universaux, particulièrement la Bible, qui est en fait une sorte de catalyseur de l'ensemble des grands principes essentiels qu'on retrouve dans notre vie. Les textes à la fois hindouistes et bouddhistes ont des principes souvent équivalents, même s'il peut y avoir des questions très... L'agenté occidental, par contre, autour du sujet de l'attachement, qui va être perçu complètement différemment d'un continent et d'une culture à l'autre, mais on retrouve toujours les mêmes histoires, on les retrouve dans les contes pour enfants, on les retrouve dans les grandes épopées, des films de super-héros, dans les films de super-héros, dans les grandes sagas, que ça peut être Star Wars... des trucs comme ça, qui sont même chose, mais des textes heureux finalement, des sortes de textes religieux qui reprennent les images, les métaphores religieuses, etc. Voilà, on peut voir, en fait aussi, par ailleurs, on peut voir du sacré dans tout et dans rien. Moi, j'ai tendance à essayer d'en voir le plus possible, mais sans qu'il ne corresponde à un quelconque d'homme. Mon ennemi, c'est le dogme religieux et l'idéologie politique.
Benjamin, comment sait-on que celle que l'on aime est peut-être la femme d'une vie ?
Alors moi, bon, ça s'est passé assez facilement. J'étais sur scène, pas très loin d'ici, lors d'un concert que je faisais à Glazart, au Nord de Paris. Et c'était un concert très très compliqué parce que c'était à l'époque où j'avais une formation avec neuf musiciens, il y avait des ordinateurs partout sur scène, c'était galère, avec des sécurités informatiques pour pas que ça pète, un truc qui était un truc un peu comme ça. Je m'étais pris, moi qui ne peux plus jouer d'instrument depuis des années, en plus je jouais un peu de basse, j'avais un super bassiste par contre, j'avais un moment, c'est un concert, un truc de basse, j'étais complètement stressé. des trucs assez marrants et puis surtout que c'était des concerts pour défendre un album qui était tellement foutraque que tout le monde m'avait dit que ce serait impossible de le reproduire sur scène et donc c'était l'un des premiers concerts qu'on faisait pour défendre cet album et là j'ai vu dans les deux premiers rangs un des yeux qui me regardait et qui me regardait de manière comme on ne m'avait jamais regardé Évidemment, j'ai regardé les yeux en question de la même manière. Et là, j'ai honte de dire ça, on est dans un surregistrement. J'ai commis, pour moi, la faute la plus impardonnable quand on est sur scène. C'est de se laisser aller à un sentiment qui déconcentre. Et j'ai fait, je crois, le plus mauvais concert de ma vie. Et Dieu sait que j'en ai fait des mauvais. Parce qu'il y avait ce regard qui était là. En plus... C'était un concert, mais c'était n'importe quoi ce qu'on avait fait. Il y avait... Non, non, mais c'était une ambition à la con. En fait, on avait une personne qui était avec l'ingé son, donc l'ingé son, il dirait les spectateurs. Il n'est pas du tout sur scène, il y a un ingé son retour, mais lui qui capte juste, qui est là juste pour régler le volume de ce que nous on entend dans les retours qui sont devant nous sur scène quand on est. Mais il y a l'ingé son qui s'occupe du... qui sont du public, il est généralement dans une cabine derrière la salle, derrière le public, pardon. Et on avait également, nous, un gars qui venait de l'IRCAM, donc le grand institut de musique contemporaine créé par Pierre Boulez, qui reprenait en fait une partie du son qu'on avait sur scène, et qui créait des harmoniques, des trucs avec ce qu'on appelle un système de... on appelle des patchments. je ne vais pas expliquer ce que c'est Ça va être compliqué. Et qui était, c'était la première fois de sa vie qu'il voyait du public pratiquement, donc c'était un génie, mais il était tracker comme pas permis. Donc vous allez voir que c'est un rapport. Et moi je vois son regard dans le concert très tendu. Je suis dans le concert, je vois le gars de l'autre côté au fond qui panique. J'ai ces yeux qui me regardent, le truc s'arrête et moi le premier truc, je file dans la loge pour aller me mettre un coup de serviette parce que... Parce que je dégoulinais, j'avais un espèce de costume indien super chaud. Et je vais juste me mettre un coup de serviette et boire un shot de vodka. Et je ressors tout de suite pour essayer de voir qui était cette personne. Et puis elle était plus là. Et puis j'apprends également que le type qui faisait mon truc avec les patchmaks derrière, on n'a pas fait gaffe, il était tombé dans les vapes pendant le concert. Et j'étais concentré sur autre chose, il avait été évacué en fait pendant le concert, à la fin du concert. Et voilà, donc tout va bien, et puis trois jours après, je vais voir un coup avec ce garçon, c'est juste un petit malaise, il est beaucoup mieux. et il me dit on avait rendez-vous avec un de mes amis qui est réalisateur dans un bar à côté de chez moi et puis là il me dit ouais alors je te dis en fait il y a une fille qui veut absolument te rencontrer et je lui ai dit de passer elle doit être déjà là évidemment j'arrivais à la terrasse du café en question la fille en question c'était les yeux qui étaient dans la salle La raison pour laquelle elle n'était pas dans la salle, c'est que c'était la petite copine du garçon. On est avec sa petite copine, ce que lui n'avait pas bien compris, puisqu'elle était elle-même déjà avec quelqu'un d'autre. À l'autre bout de la France. Ça, je ne le savais pas. Et en fait, je suis arrivé à la terrasse du café. Il y avait la chaise en face d'elle qui était libre. Et de là, avant de m'asseoir, je l'ai regardé dans les yeux et je me suis dit, c'est la fin de ma vie. Ça c'est fait, c'est bon, on passe à autre chose. Sauf la femme en question, je l'ai vu dans ses yeux qu'elle s'est dit la même chose. Sauf qu'au bout de deux heures, elle m'a dit bon ben salut, je rentre chez moi Et chez elle, c'était dans les Pyrénées, à mille kilomètres, pour retrouver son mec. En plantant l'autre aussi. Ça ne s'en est pas terminé. Mais avec qui on est ? On est... On ne sera pas dans la même situation aujourd'hui. voilà et puis après il y a eu des épisodes bon après je l'ai pas vu cette personne pendant 4 mois pendant 4 mois j'ai pas vécu Quatre mois plus tard, j'ai un concert dans une autre salle, c'était le concert de la réouverture ou de la fermeture, je ne sais plus. C'est connu à Paris, il s'appelait la Flèche d'Or. Et là, c'était plein de gens, 500 personnes, c'est un truc. J'étais tout au fond, j'ai vu qu'elle, le concert s'est terminé, j'ai sauté de la scène, j'ai traversé la foule et j'ai été lui dire, je crois que je suis tombé amoureux de vous. et voilà et elle m'a juste répondu tu veux du chai Et elle est partie. La suite, dans la saison 2. Comment se sont-ils retrouvés ? Mais bon, c'est... Donc c'est comme ça que, pour répondre de manière beaucoup plus rapide à la question qui a été posée, en fait, on le sait, c'est ce que j'explique tout le temps à ma fille, qui me dit, mais comment tu sais qu'on aime ? Je dis, mais en fait, tu le sais. Tu ne sais pas, c'est pas évidemment... en détail quelle va être l'aventure, le truc, en sa conséquence, finir, l'amour quand il est là, tu le sais. Et c'est pour ça que le principe des aptitudes rencontres, des Tinder, des trucs comme ça, c'est l'une des pires abominations de cette société, mais ça va tellement dans le sens de cette société, où on est à la fois, on ne veut pas de risque, donc on coche toute une liste. Deux trucs, je veux une femme de 1m67, avec les cheveux châtains coupés au carré, mais avec une mèche un peu plus longue à gauche qu'à droite, qui aime le rouge, mais pas le rouge bordeaux, les pantalons avec, je ne sais pas, c'est-à-dire société du risque zéro, qui n'exclude elle-même qu'un petit truc qui est l'essentiel, qui est la vie. La vie, l'improvisation, le sentiment, le risque, il faut minimiser les risques, c'est pas le côté on fait n'importe quoi, c'est le rapport qu'il faut quand même doser entre la sceptisation et la normalisation, on appelle plutôt la normalisation de la société et les conséquences qu'elle a sur la survie même de la société.
Merci.
la magie de la rencontre merci Benjamin qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour les prochains mois voire les prochaines années pour les prochaines années on peut me souhaiter les prochaines années voilà c'est bien pas mal
Je pourrais dire ça pour les prochains mois. Pour les prochains mois, j'aimerais pouvoir trouver le temps de refaire un peu plus de musique et de passer un peu plus de temps dehors avec les miens et pas dedans. Mais de faire un peu plus de musique. Puis surtout que là, c'est trop tendu ce qui se passe. Tout ce qui se passe internationalement, politiquement, c'est beaucoup trop tendu. Et ça ne peut pas durer. Très bien que ça risque quand même de péter. Je vous avais dit un truc cool, sympa, et optimiste, c'est vrai.
Mon destin, ton destin, un destin extraordinaire, ma vie, ta vie, mes mots, tes mots, les mots, le destin. Décline ma vie, la vie destinée, la destinée de vie, où sont-ils, partis, où sont les mots, partis. Et ma mélodie mélodieuse, rencontre destinée, destin paresse, destin caresse, destin toujours, destin amour, destin rime et tient, tenir sa main, mon destin dans la main. Merci Benjamin.
Merci à toi.
David Downs
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Description
À la rencontre de Benjamin, iconoclaste, musicien, journaliste, qui nous partage son regard sur le monde, sa vie et l'amour.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Fragments, le podcast qui raconte des parcours de vie exceptionnels, des histoires inspirantes et pleines de courage, des histoires qui témoignent de la résilience ou de la détermination, des histoires qui rappellent que peu importe les obstacles rencontrés sur le chemin, il est possible de les surmonter et de réaliser ses rêves les plus fous. Alors, bienvenue à bord, installez-vous confortablement pour découvrir des histoires inspirantes qui, je l'espère, vous feront voir la vie autrement. Bonjour Benjamin, merci de me recevoir ici à Paris. Benjamin, tu es un homme extraordinaire. Moi je le sais, mais j'aimerais que les auditeurs le découvrent. Découvrir à quel point c'est toujours très troublant de croiser les yeux d'un homme qui aime, troublant de le voir sourire lorsqu'il regarde le monde, au travers de ses mots ou sa musique. Parce qu'avant l'homme, il y a le petit garçon, celui qui écrit de la poésie à six ans, celui qui parle plus facilement des autres que de lui, celui qui respire pour Jay, sa femme, Karel, sa fille. Je dédie ce podcast à la mémoire de ta maman, Annette. Boulogne-Biancourt, la ville où tu as poussé ton premier cri en novembre 1968, où tu as grandi. Je voudrais revenir sur ce premier jour d'école où à la sortie personne n'est venu te chercher parce qu'on t'avait oublié. C'était comment dans la tête du petit Benjamin ?
Alors dans la tête, bonjour. La présentation est évidemment un peu difficile à entendre comme ça quand on n'est pas un grand fan des superlatifs et des choses de ce type-là. Pour ce qui était, alors l'enfance n'était pas à Boulogne. Je suis né à Boulogne. J'ai dû rester 18 heures à Bologne. Et après, on habitait à la campagne. En fait, à cause de l'activité de mon père et de la notoriété, il y avait un besoin de protection complète de la famille. Donc on habitait à 55 km de Paris, en fait. On peut y aller tous les jours. Mais nous, on n'y habitait pas. Et cette école, c'était dans un petit village des Yvelines. Effectivement, le premier jour... où déjà, moi j'habitais dans un tout petit hameau, on était avec 10 habitants, et cette ville, qui faisait au moins 5 000 à 7 000 habitants à l'époque, était pour moi une espèce de mégalopole déjà effrayante en elle-même, où j'allais peu. Et évidemment, j'habitais dans un environnement extrêmement restreint, avec très peu de monde, et le fait d'être déjà dans cette cour avec tous ces enfants, qui était pour moi une certaine hostilité, l'école publique de campagne, en étant le fils de mon père, de quelqu'un de très connu, dès le premier jour ça a généré des jalousies et même une incompréhension pour d'autres raisons. Et puis effectivement à la fin des cours, ma mère qui devait venir me chercher, et qui était assez éloignée de nos préoccupations intimes et de nos peurs on va dire, pour rester dans l'élitote, là plutôt dans le féminisme, avait autre chose à faire et a oublié de venir me chercher ce premier jour. Et je me suis retrouvé. On nous a laissé sortir, je me suis retrouvé dans la rue, dans un état de panique, et peut-être la première fois de la peur, panique de l'abandon, qui possédait un être humain à un moment de sa vie, et parfois ça commence très jeune. Et c'est pour ça que je m'en souviens, parce que c'est un truc qui s'est passé il y a près de 50 ans. Mais j'ai l'image encore, l'image de la panique, le ressenti vraiment de la panique absolue, le monde qui serait... et qui disparaît juste dans un océan de peur, alors qu'en fait c'était rien. Et que dix minutes après, néanmoins, ma mère était là, au milieu. Moi, j'avais pris la route pour aller rejoindre la maison à travers les bois. C'était des bois qui nous faisaient très peur.
C'était quoi les rêves du petit Benjamin ?
C'était de faire de la musique, d'écrire et d'être skieur professionnel. Mais pour ce qui est de ce dernier aspect, d'ailleurs, à l'époque... Il n'y avait pas de skieurs professionnels. Il y avait des skieurs, des grands skieurs, puisque je suis né l'année du triomphe de Jean-Claude Killy. Mais je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas fait de ski depuis 1979. Pour la simple et bonne raison que c'est l'année où je me suis pulvérisé la jambe sur une piste de ski. On n'a plus jamais fait. Donc, les deux autres rêves, faire de la musique et écrire, j'ai pu les concrétiser, même si là aussi, c'est ça peut paraître bizarre mais ça pose quelques problèmes physiques
Ton père, Gérard Cyr, grande personnalité publique, scénariste, écrivain, journaliste, très connu d'une génération de Français qui avait comme meilleur ami le poste de radio dans la cuisine, où sa voix les a longtemps accompagnés. Mais papa très absent de ta vie, que peux-tu nous raconter de lui ?
Une voix. Une voix un peu rocailleuse qui raconte l'héros au sud avec beaucoup de chaleur. Et un monsieur très gentil, unanimement jugé comme très gentil par strictement tous les gens qui l'ont fréquenté sans doute davantage que moi. Donc voilà, moi j'ai le souvenir d'un monsieur très gentil mais... C'est distant, qui n'a jamais rien fait et qui m'a à peu près jamais adressé la parole. Mais il n'y avait aucune méchanceté dans cette indifférence tout à fait particulière. En fait, il y a eu entre mes parents un deal absolu. Mon père avait déjà eu une fille avec une autre femme. Il a compris que les enfants, ce n'était pas son truc, on va dire. Puis il travaillait 16 heures par jour, il n'avait pas le temps de s'occuper de ces trucs-là. Il était tellement dingue, amoureux de ma maman, qu'elle lui a dit, écoute, moi, c'est ça ou rien, je veux des enfants. Et il lui a dit, en gros, il n'y a aucun problème, mais tu te démerdes. Je ne veux pas en entendre parler. Alors, avec mon premier frère, mon grand frère, qui a resté longtemps fils unique, en fait, il y a eu une vraie relation, en réalité, entre lui et mon frère Antoine. Puis après, ça s'est vraiment totalement arrêté. Mon père était quelqu'un de très gentil, mais dont la seule obsession, avec un regard très tendre, mais dont la seule obsession dans la vie était le travail. Une anecdote assez amusante, c'est qu'il n'est même pas venu à son propre mariage avec ma mère. C'est-à-dire qu'il est arrivé juste à la mairie pour dire oui, il est arrivé au moment où il fallait dire oui, il a fait oui, bisous, et il est reparti. En plantant tout le monde avec les invités, il avait une petite famille. une émission il pouvait pas à la fois se marier et être à la radio Bon après, c'était à lui de choisir la priorité.
Annette, ta maman, a eu un destin de femme atypique pour l'époque, qui mériterait que l'on écrive sa biographie. Alors, il était une fois Annette, petite fille.
Alors Annette, petite fille, c'est l'enfant d'un médecin polonais qui fuit l'antisémitisme, non pas nazi, mais avant. L'antisémitisme. du régime du maréchal Piłsudski, qui mène comme très couramment une politique très antisémite en Pologne, comme c'était le cas également en Russie, il est pauvre en Méditerranée. Et mon grand-père qui devient jeune médecin en Pologne, on est conduit vraiment à quitter le pays et on se dit, mais merde. On est à Paris, en 1934, quand, juste avant le 6 février 1934, qui montre déjà que l'ambiance est formidable dans toute l'Europe occidentale aussi, Hitler vient d'accéder au pouvoir, et l'Europe bascule. Mon grand-père, pour pouvoir repasser, il est obligé de repasser ses études de médecine, mais il arrive un peu avant, il arrive à la fin des années 1920, il refait toutes ses études de médecine. La technique qui lui permet de le faire, alors qu'il n'a pas un franc dans la poche, c'est de rentrer dans l'armée, et d'autant plus dans l'armée française. Et ce, d'autant plus qu'il vient en France et pas ailleurs, mu par un amour un peu fantasmé de la France, un peu à la manière de Romain Garry, d'ailleurs ça a un parcours assez proche de ce point de vue-là. Et il arrive dans l'armée, et d'ailleurs il rencontre très vite, Comme Gary, quand il arrive dans l'armée, et qu'il y a des problèmes de promotion après ses classes d'officier, il découvre l'antisémitisme en France aussi, et l'antisémitisme dans l'armée aussi, mais il devient médecin, et en gros, il est médecin-major, quand il finit ses études et reste dans l'armée, la guerre démarre. Et là, très vite... En gros, il y a la libération de Paris, l'occupation de Paris, pardon. Il y a l'exode et lui aussi il descend et il devient médecin dans un petit village qui aujourd'hui est très connu, qui n'était pas à l'époque, qui s'appelle Gordes, pas très loin d'Avignon. Et c'est là qu'il est confronté à la résistance, puisque on a tout près le maquis du Ventoux. et c'est lui qui se met à soigner au fur et à mesure tous les résistants et à devenir en quelque sorte l'antenne médicale du maquis du Ventoux C'est une activité extrêmement dangereuse et ma mère est à ce moment-là balottée, avec l'aide de la résistance, balottée de pensionnats en famille, en pensionnats catholiques et autres, qui vont la protéger et en même temps la traiter abominablement. selon les endroits, notamment je pense à l'époque, je ne sais pas si c'est connu, mais le pensionnat de Villeneuve-les-Avignons. Les choses ont été particulièrement dures, je le sais, et pendant ce temps-là, mon père et mon grand-père finissent par être dénoncés par des gens du réseau, qui ont été arrêtés eux-mêmes, torturés, et il est envoyé à la prison des Beaumettes à Lyon, où il va être abominablement torturé, ne livré personne. Et il ne doit sa survie qu'au simple fait qu'il y a eu la libération et que quand la prison a été prise d'assaut... Par les forces à la fois françaises et américaines, les gardiens se sont enfuis en laissant les prisonniers mourant dans leurs cellules. Et mon grand-père a pu être sauvé in extremis et garder des séquelles toute sa vie, des tortures à même qu'il y a des trucs. Mais pendant ce temps-là, ma mère était tout le temps balottée, livrée à elle-même. Et elle espérait pouvoir retrouver ses parents après la guerre. Et en fait... les relations de ses parents étaient devenues très très tendues Après la guerre, elle n'est pas revenue avec eux. Et là, elle s'est mise à aller monter à Paris, à vivre une vie de bohème, et à devenir très tôt une comédienne de théâtre avec une petite réputation, un truc. Elle a fait le cours Simon à ce moment-là, à l'époque, mais elle n'avait aucune ressource. Elle n'avait que la ressource de son talent potentiel, alors qu'il s'est vite exprimé, jusqu'à ce qu'il lui arrive un truc assez marrant, C'était quelqu'un qui avait un caractère, j'en sais quelque chose, absolument volcanique, et une capacité de séduction tout aussi proportionnellement grande. Et elle est invitée comme ça un jour dans une réception à l'Opéra de Paris, et à ce moment-là il y a un jeune homme qui se trouvait être le fils du patron de l'Opéra, M. de Mestre. qui s'est planté devant elle en haut, elle lui a dit, écoutez, vous êtes tellement meldingues, vous dégagez un truc, je ne sais pas, je n'y étais pas exactement, mais ce qu'il lui a dit, il ne la connaissait pas depuis une minute et demie, il l'a demandé au mariage. Ça a fait marrer ma mère, qui devait avoir 18 ans pile. Elle a dit oui. Et le pauvre. Le pauvre homme. Six mois après, je crois que ma mère avait fait plus de bisous à d'autres hommes en cumulé qu'elle lui en avait fait. C'était une jeune femme aventurière qui venait de vivre un enfer et qui voulait maintenant croquer la vie. Puis c'était quelqu'un de tellement indocile, tellement impossible à... ...apprivoisé quand même, du moins pas possible, puisque mon père est devenu comédien, donc voilà, elle a vécu vraiment la vie entre Saint-Germain-des-Prés, la poème, la vraie, le théâtre, les tournées, etc. Elle a fait un peu de cinéma aussi, notamment un film qui s'appelle Le port du désir avec Jean Gabin, où elle prend un de ses... différents pseudonymes. Je crois que c'était Anna Serra, mais dans ce film, mais sachant que c'était un lien, un nom qui était relatif aussi à la famille, mais qui n'était pas exactement celui-là. Et puis après, elle se met à faire de la radio, et c'est là qu'elle rencontre mon père, qui est même déjà une voix... et pas encore une très grande voix comme après. Et mon père était à l'époque, fait des feuilletons radiophoniques. Et ça, c'était la grande époque des feuilletons radiophoniques. Et les feuilletons radiophoniques, pendant, étaient sponsorisés par des marques. Toujours, et ils portaient des noms, donc détournaient des marques. Et notamment, mon père faisait à l'époque un feuilleton pour la marque de machine à coudre Saint-Ger. qui s'appelait Lamy Saint-Ger, Lamy Saint-Serre, et il devait auditionner un jeune homme qui venait d'arriver d'Egypte, qui s'appelait Claude François. Et pour le décider pour le feuilleton, il avait besoin d'une réplique, il a passé la tête dans le couloir, il a vu ma mère passer, il a dit mademoiselle, est-ce que vous voulez bien m'aider ? Et puis après, mon père est mort, dans la même année et demi, ma mère a perdu son père, sa mère et son mari, qu'elle aimait d'un amour absolu fou. aussi peut-être trop absolu. Et ça a été le début de Descente aux Enfers.
Une Descente aux Enfers qui a pris quelle tournure ?
Je ne peux pas tout raconter. Mais en gros... Mon père est mort, tout le monde est mort. On s'est aperçu que mon père avait juste à peu près jamais réclamé l'argent, les millions qu'il était censé gagner. Et que non seulement il ne les avait pas réclamés, mais qu'il ne les avait pas eus et qu'avec ce qu'il n'avait pas eu, il n'avait pas payé non plus les impôts qu'il devait payer. On s'est aperçu aussi, même si on le savait plus ou moins, qu'il avait un nombre incalculable de parasites autour de lui. Il a voulu faire vivre tout le monde, notamment des gens dans son entourage, un très grand ingé son qui a été aussi un peu de média, qui avait des problèmes de jeu et autres, et donc mon père en le faisait, il faisait vivre sa famille. Et puis après, il y a eu toute l'aventure avec Jean-Yann, avant évidemment qu'il meure, mais qui a donné d'un côté des films C'est un animal connu, comme tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Et le fait que mon père s'est fait totalement escroquer, mais ce n'est même pas de l'escroquerie, c'est de l'escroquerie bienveillante de sa part. C'est de l'escroquerie complaisante. Sauf qu'à un moment, il y avait des millions et des millions d'impôts à payer. Et que ma mère s'est retrouvée seule avec trois enfants. Et totalement seul parce qu'il y a eu des problèmes avec ce qui restait de la famille de mon père, mais c'est pas un truc à développer. Et puis la manière dont le milieu lui a tendu la main, parce qu'à un moment le milieu a quand même tendu la main, et quelque chose qui l'a... qui a montré à la fois tous ses défauts, toutes ses qualités, c'est-à-dire que son indépendance lui était tellement chère qu'elle a vraiment, si vous me permettez, envoie chié tout le monde. Et là, ça a commencé à être sport. Voilà, et c'est le truc particulier, en réalité. Ce qui est compliqué pour moi aujourd'hui dans un milieu où on va dire, regardez ce gars-là, comme tous les gars dans la presse, c'est un fils à papa et autres, c'est très compliqué quand en fait on a passé des années quasiment en fuite avec plus rien. Moi je ne suis plus jamais parti en vacances de ma vie, j'ai fait que travailler depuis l'âge de l'enfance. pour dans un premier temps qu'on ait aidé ma mère à se faire un siège qu'on s'en sorte dans des conditions très dures parce que c'était quelqu'un de très violent aussi potentiellement de très méchant de très violent qui laissait aussi un peu livré à soi-même ce qui a fait faire des conneries et aussi provoquer des accidents graves Et à la fin, avec mon deuxième frère, on peut dire qu'on a grandi dans des conditions extrêmement difficiles. Et quand on est arrivé sur notre parcours qui pouvait devenir un parcours professionnel, contrairement à mes deux frères, moi j'ai disparu complètement de la société. J'existais pas, j'avais pas de sécurité sociale, j'avais... J'avais pas de carte d'identité, en fait. J'avais rien, j'ai passé des années sans exister, en fait. Tout en faisant énormément de trucs, mais complètement en marge de la société, en crainte aussi. Et ce truc me fait marrer aujourd'hui, c'est comme le côté fils à papa. J'ai une famille qui avait vraiment pas de quoi bouffer, et qui s'est finie. C'est très très très très dur. C'est aussi quand on dit, sur mes trucs, ok boomer, tu vois. Moi je suis revenu au monde, alors il y a un moment où une carrière musicale m'a plus exposé. En gros j'ai existé, au début j'ai démarré très vite dans le théâtre, où ça a pas mal marché en fait, en même temps que je faisais mes études de droit. Après j'ai disparu complètement du monde. Je suis revenu un peu en fait à partir d'il y a une vingtaine d'années en gros. à travers la musique, avec deux, trois trucs qui ont donné résultat, qui ont fait que mon nom est revenu un peu. Et puis, je suis resté assez en sous-marin, sous-marin de la vie, jusqu'à il y a sept ans, sept, huit ans seulement, où j'ai décidé, avec... C'est aussi lié aussi avec... rapport avec une petite fille à Nouriel, et de refaire surface un peu. C'est pour ça que je travaille, par exemple, les gens avec qui je travaille aujourd'hui s'étonnent, ils disent, il y en a certains qui n'avaient jamais entendu parler de moi, mais ils ne comprennent pas pourquoi je connais tout le monde, les gens qui connaissent, parce qu'en fait c'est dans d'autres vies, c'est dans d'autres parcours, ou quand j'ai travaillé, enfin les choses commencent, au début des années, je reviens aussi, parce que je travaille avec quelqu'un une importance qui est colossale dans ma vie et qui en fait a été un peu mon mentor et mon ange gardien depuis mon âge de 20 ans, qui m'a fait pas mal travailler et qui m'a entraîné dans une aventure de direction de club de football de première division, ce qui est un truc assez marrant. Et après...
Au fur et à mesure, par le biais de la presse et du politique, et de la musique aussi, mais parallèlement, je commençais, oui, à avoir... une constance officielle plus importante, mais toujours avec une réticence que j'ai encore. Et puis, quand j'ai commencé à écrire des tribunes dans le Figaro et autres, que des gens comme Alex De Vecchio, qui a sa part importante là-dedans, parce que c'est comme il disait toujours, je suis assailli toute la journée de gens qui veulent écrire en anglais. Figaro, toi t'es mon pote, et j'avais dirigé un petit journal avant, qui fait qu'on s'était connus. Il me dit mais toi tu me demandes jamais rien, et j'aimerais bien que t'écrives. Puis un jour je lui ai dit bah là j'ai un truc à dire. C'était le début de toute une série de choses que j'ai écrites sur la question du rapport entre le libéralisme politique et le numérique. Qui je pense est aujourd'hui la question essentielle, couplée. Et au moment où, comme je venais très vite, l'informatique musicale, On est dans une pièce où il y a tout ce qu'il faut pour l'informatique musicale à l'instant. J'étais un peu un des pionniers au début des années 90, donc c'est un sujet que j'ai très vite croisé. Devecchio et très vite derrière Raphaël Antonovn qui m'a dit non, maintenant tu ne peux plus te cacher, c'est interdit. Ma femme aussi m'a beaucoup dit, mais moi je suis toujours une forme de... d'hésitation à ce sujet. Mais, les circonstances maintenant, et puis la manière dont après le Figaro, l'Express Frontierer a commencé à... un projet dans lequel on m'a emmené dès la préparation, bien avant la sortie du premier numéro, et dans lequel je contribue toutes les semaines, depuis 124 numéros aujourd'hui, fait que voilà, j'ai dit, mais en fait, moi, je commence, quoi. Bon, ça j'arrive, voilà. à l'âge du boomer, mais en fait, moi, je commence.
Pourtant, tu comptes de nombreux engagements associatifs, politiques, bien malgré toi, comme tu aimes à le dire. Et justement, qu'est-ce qui pousse un citoyen lambda à s'engager ? C'est comment, de l'autre côté du rideau ?
C'est que, en fait, je n'avais aucune intention de m'engager. Pour moi, l'engagement c'est une obligation, c'est une obligation morale, c'est presque même une obligation physique et sensorielle, c'est-à-dire que le malaise que peut produire le fait de laisser faire les choses, de laisser passer les choses, crée un degré de culpabilité, de mal-être qui peut être tel que finalement on choisit quand même l'engagement, tout en étant bien conscient du fait que mon engagement à moi change. la face de rien du tout mais si personne ne s'engage rien ne change la face de rien et que si c'est le fameux principe des petits cailloux mais chacun est un grand sape dans la machine et il fait ce qu'il peut peut-être à tort d'ailleurs peut-être que mon engagement est ce qui est le pire et de ce qui abîme le plus le monde la société ou peut-être que je participe à un micro-micro-échelle, à aller dans le bon sens ou pas. Parce que je sais pas, je sais qu'il y a quelque chose, mais quand on est aussi fortement marqué, voilà, on revient à ma mère, ma mère est morte dans mes bras, elle pesait 28 kilos, c'était déjà, pas déjà, mais encore les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Voilà. Et, moi, c'est des choses que qui m'ont obsédé dès l'enfance, la question du nazisme, la question du racisme, la question de l'antisémitisme, et que j'ai d'une manière étudiée, observée, et à de rares moments subie, mais à de rares moments, mais subie à des exemples précis, fait qu'il y avait ça, puis la question de... Ce qui se passait, de la manière dont on traitait les jeunes filles en banlieue aussi, etc. C'est des trucs qui ne m'allaient pas. Effectivement, mon premier engagement un peu bizarre, ça a été très brièvement chez Niput Nessoumise. Le truc, je n'ai pas beaucoup de garçons, mais je ne suis vraiment pas assez entrain. En fait, le problème, c'est qu'avant, j'avais écrit pour des hommes politiques, et puis pour des trucs politiques, des journaux, des machins, beaucoup en négritude, même si on n'a pas le droit de le dire aujourd'hui. J'avais eu ces engagements et j'avais vu très vite comment la politique marchait, au niveau partisan, au niveau électoral, la manière dont on pouvait faire financer. À l'époque, c'était très... C'était très sport le financement des compagnies électorales, ça passait beaucoup par les grandes entreprises, par les grandes entreprises, par des trucs très durs. Et j'ai vu comment marchaient un peu les parties, et là j'ai eu un peu de mal, même si après j'ai été engagé quelques temps. au modem mais l'essentiel après je l'ai fait à travers des associations en plus et notamment le lien que j'avais avec le politologue Laurent Bouvet que j'ai rencontré il y a une quinzaine d'années quand je suivais ce qu'il écrivait et quand il a montré la gauche populaire c'est lui qui m'a contacté, ce qui m'avait fait vraiment bizarre et pour me demander d'en être avec eux. Puis voilà, c'était le début d'une amitié forte encore de ma part que de la sienne, je le dis, parce que pour moi, il était un mentor, un frère, un truc indépassable, alors que je pense qu'il pouvait vivre sans moi. Mais cet engagement, en fait, il est très vite revenu avec... La presse est très vite revenue en parallèle, puisque c'est exactement le même moment qu'avec quelqu'un qui s'appelle Arthur Scheuer, qui est venu me chercher, c'est pratiquement même le nom de Laurent, juste avant Laurent, mais je l'ai rejoint à cause de Laurent, qui avait créé un pure player en ligne qui a décollé instantanément, mais qui a eu un truc météorique qui s'appelait Rajmag, et dont je suis très vite devenu le rédacteur en chef, et qui a été la première rédaction entièrement dirigée sur Messenger. Merci. C'était un truc très amusant, c'est-à-dire qu'on avait une centaine de journées, c'est quand même. Et tous faisaient, par Messenger, on faisait une conf de rédac en physique une fois par mois. C'était surtout l'occasion de se faire une soirée bien déchirée, en fait. Mais on travaillait un petit peu avant. Mais comme on bossait en lien avec tout le monde tous les jours, donc il n'y avait pas grand-chose à faire finalement là-dedans. Et c'est un endroit, c'est le grand mérite d'Arthur, Très formateur aussi en termes de management et de compréhension du fonctionnement de la presse, même si j'avais déjà travaillé auprès de grandes rédactions en supervision, mais derrière de manière totalement dans l'ombre.
Tu as un regard acéré sur ce monde grâce à ta plume de journaliste dans Frontier Heure. Comment ne pas sombrer parfois face à l'horreur du monde ?
La réponse est qu'on sombre parfois. fois face à l'horreur du monde. Alors en ce moment, c'est un sujet qu'on évoque beaucoup entre confrères, déjà, ce qui veut dire à quel point il est pertinent. Et pas seulement, je ne parle pas des gens de Machiavel, je parle vraiment, moi je parle avec beaucoup de gens, y compris antagonistes, parce que ça m'intéresse vraiment beaucoup, et puis j'ai un moment d'assez bonne relation, d'ailleurs. C'est un sujet que On a tous dans le bide, j'en parlais encore hier avec un journaliste et une avocate très impliquées dans certaines affaires actuellement, où il y a un moment où on a tous des craquages en ce moment. Moi, honnêtement, après le 7 octobre, au dévoté, parce que je n'étais pas prêt, je suis en train de bosser, je descends mes trucs avec mes écrans. Je parle et puis il y a une journaliste qui m'a envoyé d'un coup les images, les fameuses images des attaques et des plus... Et ensuite... et ramassage on va dire et là en fait à ce moment là j'étais pas prêt, j'ai allumé le truc J'étais déjà pas bien depuis quelques jours parce que ça correspondait à tout ce que voilà on voyait venir. Mais les trucs et puis en plus moi je travaillais pas de mal sur Israël ces temps-ci. C'était un truc bizarre parce que je travaillais sur la politique israélienne vraiment pour montrer toute la fourberie et la radicalité politique de Netanyahou en disant vraiment faut dégager ce mec et tout le machin. Et on est pris d'horreur parce que... font les gars d'en face, en gros. Et au simple fait qu'on soit pris d'horreur parce que Fais-le Hamas était en réalité... On en parle très peu quand même dans les débats par la cause palestinienne. Le Hamas qui n'a strictement rien à faire de la cause palestinienne, qui n'est juste qu'une émanation du régime iranien et des frères musulmans, dont le projet n'est pas du tout la Palestine. Enfin bon, c'est pas le sujet. Mais à ce moment-là, on est saisi d'horreur, on est en train de tout faire. J'ai peur d'attaquer, parce que les journalistes c'est aussi une mission politique, et effectivement ce qui est au pouvoir en Israël, pas seulement depuis 1997. plus récemment à cause de détails de politique israélienne que je ne vais pas exprimer ici parce que c'est assez complexe, est vraiment devenu un régime d'extrême droite. C'est de montrer à quel point justement il est en train de casser certains fondamentaux à la fois démocratiques au sens institutionnel du terme, mais aussi dans la société israélienne et la manière dont la société est israélienne. était le plus divisé que jamais, ce que les gens n'arrivent pas à comprendre. Et le simple fait qu'à ce moment-là, on soit quand même touché jusqu'à l'abomination par ce qu'a fait le Hamas, on devient tout de suite un sioniste de l'extrême droite, du régime génocidaire d'extrême droite israélienne, ce qui montre à quel point il n'y a plus personne à repaire de compréhension, de subtilité, de nuance. Et je peux le dire aussi de gens qui sont vus comme étant de mon camp. si moi personnellement je n'en ai pas spécifiquement directement, mais le fait est là, bon bref, on vit ça et moi je tombe sur ces images, d'un coup j'allume mon truc, j'ai des écrans énormes, le truc me saute à la gueule, et là j'ai explosé pendant 48 heures, oui, à pleurer non-stop, à ne plus arriver à dire mais moi justement, l'engagement, il ne sert à rien, de toute façon, il ne sert à rien, je le pense en fait, objectivement je ne pense rien du tout. Mais on est réduit à ce moment-là à constater ce niveau d'horreur et il se redit à une chose qui arrive souvent, je me dis mais j'ai plein de défauts, je suis pas facile à me checker comme ça. Je me sens quand même pas appartenir à cette humanité. J'ai vraiment un problème avec ça, de dire que je vois, c'est très naïf, parce qu'il y a un côté, à la fois on a fait une analyse, je travaille beaucoup sur la géopolitique, l'histoire, donc je sais ce qui s'est passé dans le monde, je sais le degré, je ne suis jamais surpris en réalité par le degré d'horreur que peuvent déployer les êtres humains, je n'ai jamais cru à un plus jamais ça, je n'ai jamais cru que l'homme ait retenu la moindre... leçon de quoi que ce soit depuis qu'il est capable de se lever sur ses pieds, mais ça reste inadmissible et ça reste quelque chose que fondamentalement, si je peux le constater, donc le craindre, je n'arrive pas à comprendre par quel raisonnement on peut faire ce qu'on fait. Je prends un exemple récent, c'est une naïveté je sais confondre ce qui s'est passé en Russie il y a quelques jours. On va me filer 5000 euros, pour 5000 euros, je vais rentrer dans une salle de spectacle avec un fusil automatique, et je vais déchiqueter des gens. En fait, et là actuellement, il y a une telle accumulation des choses, des symboles de la capacité de barbarie de l'homme, que ça soit de la barbarie civilisée ou de la barbarie à l'état puré sans filtre, il y a un tel point. Et avec l'obligation, parce que c'est la question de départ, en fait l'obligation quand même d'y être 24h sur 24 collé, parce que c'est mon métier, c'est mon métier de l'observer, c'est mon métier de l'observer. qui est d'en parler, ça devient extrêmement dur. Et pour rappeler le truc que M. Moussé évoquait juste avant quand je parlais de la barbarie civilisée d'un côté et de la barbarie prétendument à l'état pur de l'autre, ça me fait... toujours ramené à Romain Guéry. Et pour moi, et d'ailleurs Raphaël Ntoumen, on a fait l'un de ses sujets d'édito, pas de cette phrase que j'ai là, mais de ce livre qui pour moi est un chef-d'oeuvre d'explication des choses, qui est la danse de Jane Discon, dans lequel il est dit la différence entre la culture et la barbarie, c'est que dans la barbarie, on tue les hommes pour les manger, dans la culture, on tue les hommes pour en faire des savons et des abat-jours.
Benjamin, il y a des renoncements nécessaires parfois pour laisser la place à autre chose. À quoi ou à qui as-tu renoncé ?
Moi, j'ai à peu près renoncé à tout ce que ce qui n'était pas mon travail, ma famille. et pourtant j'arrive quand même à être extrêmement, insuffisamment présent auprès des miens, et pourtant je vis avec eux, je travaille à la maison, donc je vois beaucoup ma fille, je parle beaucoup avec ma femme et autres, mais je les vois quasiment pas, je travaille au fait, ma santé étant pas très bonne, mes activités de plus en plus réduites, les choses, on est mercredi. C'est la première fois que je sors de chez moi depuis cette semaine. De chez moi, devant l'ascenseur. Donc j'en suis arrivé une vie, alors ça c'est un peu à en profiter d'ailleurs, qui fait que je ne fais que travailler. J'ai des nuits très difficiles, une première santé, ce qui fait que c'est plus difficile pour moi maintenant, comme avant, je me levais à 5h, 6h du matin tous les jours pour démarrer, ce que je ne peux plus faire maintenant, parce que c'est plus dur. Relaxamment, du coup, je travaille beaucoup, beaucoup plus tard. Et j'ai peu de temps pour, même la plupart du temps, je ne mange pas, avec ma femme et ma fille qui mangent derrière moi, à 3 mètres derrière moi, parce que je n'ai pas le temps. Je ne pars pas en vacances, je ne vais pas au théâtre, je ne vais pas au cinéma, je ne vais pas au restaurant. Et travailler tout le reste du temps, vraiment, c'est pour d'abord ma fille et ensuite ma femme.
Quel est ton rapport au divin ?
Je ne suis pas athée, je ne suis pas croyant, alors on va dire, bon, c'est simple, mon gars, t'es agnostique, c'est simple de l'expliquer, mais en fait, c'est plus compliqué que ça. Quelque part, je suis croyant, mais je ne crois à aucune religion des livres, je ne crois à aucune, à aucun dieu dogmatique, à aucun dieu spécifique, je crois à la possibilité d'une immanence, ce qui n'est pas Même chose que je peux ressentir. J'ai tendance à dire que c'est aussi pour ça, et c'est pour ça que le fait que ça soit devenu juste un produit de consommation, quelque chose qui m'énerve, c'est pour ça que la musique a une part aussi importante dans ma vie. Je peux le dire, ça peut paraître très con, mais la fois où j'ai ressenti le plus fondamentalement la présence de Dieu, c'est en appuyant sur... Le deuxième sol d'un piano demi-queue dans un studio. Et ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, j'ai appuyé sur ce sol, j'ai laissé résonner. Et là, il s'est passé, j'ai connu un phénomène mystique. Je n'étais pas drogué, je n'avais pas bu, j'avais plein de machins. Ressenti, et puis la musique, c'est quelque chose de sacré pour moi. C'est pour ça que j'en écoutais extrêmement peu. Parce que pour moi, écouter de la musique, c'est une activité. et je ne fais pas autre chose. Écouter de la musique, je travaille, je ne supporte pas qu'il y ait le moins de bruit quand je travaille. C'est pas dur. Après, j'habite dans un quartier où on a des marteaux piqueurs, même 424 depuis 10 ans. J'ai du mal à l'en expliquer. J'écoute peu de musique, mais quand j'écoute des musiques, des chansons, j'écoute un peu plus. Mais voilà, je vais consacrer trois minutes à écouter un truc. Et pendant trois minutes, je suis immergé dans le truc absolument. C'est un peu bizarre, parce que les réseaux sociaux, les journalistes, on est censé être vivant dans le politique, dans le machin de truc. Moi, je ne suis plus actif que sur un seul réseau social qui est X. J'ai extrêmement peu sur Instagram avec mon compte musicien, mais extrêmement peu. Je ne publie jamais rien. Sur X, je parle surtout de musique, avec des gens, avec les rares personnes qui enjolivent ce réseau ignoble, grâce à la beauté de ce qu'ils posent musicalement. Donc c'est assez amusant. Mais oui, la musique, c'était mon rapport à... Ça a été en quelque sorte mon rapport à Dieu, même si la possibilité de l'immanence... Que ça soit un hasard mathématique, un grand horloger immatériel ou je ne sais quoi, ce n'est pas une croyance, au sens où ce n'est pas, je ne suis que doute. Mais il y a vraiment ça. Je ne suis que doute, mais tout est probable. La seule chose qui est pour moi totalement improbable, c'est quelque chose qui ressemble à la Bible, à l'Ancien Testament, au Coran, et la moindre réalité. Si ce n'est qu'effectivement, ils se fondent les uns les autres, plus ou moins, sur des principes universaux, particulièrement la Bible, qui est en fait une sorte de catalyseur de l'ensemble des grands principes essentiels qu'on retrouve dans notre vie. Les textes à la fois hindouistes et bouddhistes ont des principes souvent équivalents, même s'il peut y avoir des questions très... L'agenté occidental, par contre, autour du sujet de l'attachement, qui va être perçu complètement différemment d'un continent et d'une culture à l'autre, mais on retrouve toujours les mêmes histoires, on les retrouve dans les contes pour enfants, on les retrouve dans les grandes épopées, des films de super-héros, dans les films de super-héros, dans les grandes sagas, que ça peut être Star Wars... des trucs comme ça, qui sont même chose, mais des textes heureux finalement, des sortes de textes religieux qui reprennent les images, les métaphores religieuses, etc. Voilà, on peut voir, en fait aussi, par ailleurs, on peut voir du sacré dans tout et dans rien. Moi, j'ai tendance à essayer d'en voir le plus possible, mais sans qu'il ne corresponde à un quelconque d'homme. Mon ennemi, c'est le dogme religieux et l'idéologie politique.
Benjamin, comment sait-on que celle que l'on aime est peut-être la femme d'une vie ?
Alors moi, bon, ça s'est passé assez facilement. J'étais sur scène, pas très loin d'ici, lors d'un concert que je faisais à Glazart, au Nord de Paris. Et c'était un concert très très compliqué parce que c'était à l'époque où j'avais une formation avec neuf musiciens, il y avait des ordinateurs partout sur scène, c'était galère, avec des sécurités informatiques pour pas que ça pète, un truc qui était un truc un peu comme ça. Je m'étais pris, moi qui ne peux plus jouer d'instrument depuis des années, en plus je jouais un peu de basse, j'avais un super bassiste par contre, j'avais un moment, c'est un concert, un truc de basse, j'étais complètement stressé. des trucs assez marrants et puis surtout que c'était des concerts pour défendre un album qui était tellement foutraque que tout le monde m'avait dit que ce serait impossible de le reproduire sur scène et donc c'était l'un des premiers concerts qu'on faisait pour défendre cet album et là j'ai vu dans les deux premiers rangs un des yeux qui me regardait et qui me regardait de manière comme on ne m'avait jamais regardé Évidemment, j'ai regardé les yeux en question de la même manière. Et là, j'ai honte de dire ça, on est dans un surregistrement. J'ai commis, pour moi, la faute la plus impardonnable quand on est sur scène. C'est de se laisser aller à un sentiment qui déconcentre. Et j'ai fait, je crois, le plus mauvais concert de ma vie. Et Dieu sait que j'en ai fait des mauvais. Parce qu'il y avait ce regard qui était là. En plus... C'était un concert, mais c'était n'importe quoi ce qu'on avait fait. Il y avait... Non, non, mais c'était une ambition à la con. En fait, on avait une personne qui était avec l'ingé son, donc l'ingé son, il dirait les spectateurs. Il n'est pas du tout sur scène, il y a un ingé son retour, mais lui qui capte juste, qui est là juste pour régler le volume de ce que nous on entend dans les retours qui sont devant nous sur scène quand on est. Mais il y a l'ingé son qui s'occupe du... qui sont du public, il est généralement dans une cabine derrière la salle, derrière le public, pardon. Et on avait également, nous, un gars qui venait de l'IRCAM, donc le grand institut de musique contemporaine créé par Pierre Boulez, qui reprenait en fait une partie du son qu'on avait sur scène, et qui créait des harmoniques, des trucs avec ce qu'on appelle un système de... on appelle des patchments. je ne vais pas expliquer ce que c'est Ça va être compliqué. Et qui était, c'était la première fois de sa vie qu'il voyait du public pratiquement, donc c'était un génie, mais il était tracker comme pas permis. Donc vous allez voir que c'est un rapport. Et moi je vois son regard dans le concert très tendu. Je suis dans le concert, je vois le gars de l'autre côté au fond qui panique. J'ai ces yeux qui me regardent, le truc s'arrête et moi le premier truc, je file dans la loge pour aller me mettre un coup de serviette parce que... Parce que je dégoulinais, j'avais un espèce de costume indien super chaud. Et je vais juste me mettre un coup de serviette et boire un shot de vodka. Et je ressors tout de suite pour essayer de voir qui était cette personne. Et puis elle était plus là. Et puis j'apprends également que le type qui faisait mon truc avec les patchmaks derrière, on n'a pas fait gaffe, il était tombé dans les vapes pendant le concert. Et j'étais concentré sur autre chose, il avait été évacué en fait pendant le concert, à la fin du concert. Et voilà, donc tout va bien, et puis trois jours après, je vais voir un coup avec ce garçon, c'est juste un petit malaise, il est beaucoup mieux. et il me dit on avait rendez-vous avec un de mes amis qui est réalisateur dans un bar à côté de chez moi et puis là il me dit ouais alors je te dis en fait il y a une fille qui veut absolument te rencontrer et je lui ai dit de passer elle doit être déjà là évidemment j'arrivais à la terrasse du café en question la fille en question c'était les yeux qui étaient dans la salle La raison pour laquelle elle n'était pas dans la salle, c'est que c'était la petite copine du garçon. On est avec sa petite copine, ce que lui n'avait pas bien compris, puisqu'elle était elle-même déjà avec quelqu'un d'autre. À l'autre bout de la France. Ça, je ne le savais pas. Et en fait, je suis arrivé à la terrasse du café. Il y avait la chaise en face d'elle qui était libre. Et de là, avant de m'asseoir, je l'ai regardé dans les yeux et je me suis dit, c'est la fin de ma vie. Ça c'est fait, c'est bon, on passe à autre chose. Sauf la femme en question, je l'ai vu dans ses yeux qu'elle s'est dit la même chose. Sauf qu'au bout de deux heures, elle m'a dit bon ben salut, je rentre chez moi Et chez elle, c'était dans les Pyrénées, à mille kilomètres, pour retrouver son mec. En plantant l'autre aussi. Ça ne s'en est pas terminé. Mais avec qui on est ? On est... On ne sera pas dans la même situation aujourd'hui. voilà et puis après il y a eu des épisodes bon après je l'ai pas vu cette personne pendant 4 mois pendant 4 mois j'ai pas vécu Quatre mois plus tard, j'ai un concert dans une autre salle, c'était le concert de la réouverture ou de la fermeture, je ne sais plus. C'est connu à Paris, il s'appelait la Flèche d'Or. Et là, c'était plein de gens, 500 personnes, c'est un truc. J'étais tout au fond, j'ai vu qu'elle, le concert s'est terminé, j'ai sauté de la scène, j'ai traversé la foule et j'ai été lui dire, je crois que je suis tombé amoureux de vous. et voilà et elle m'a juste répondu tu veux du chai Et elle est partie. La suite, dans la saison 2. Comment se sont-ils retrouvés ? Mais bon, c'est... Donc c'est comme ça que, pour répondre de manière beaucoup plus rapide à la question qui a été posée, en fait, on le sait, c'est ce que j'explique tout le temps à ma fille, qui me dit, mais comment tu sais qu'on aime ? Je dis, mais en fait, tu le sais. Tu ne sais pas, c'est pas évidemment... en détail quelle va être l'aventure, le truc, en sa conséquence, finir, l'amour quand il est là, tu le sais. Et c'est pour ça que le principe des aptitudes rencontres, des Tinder, des trucs comme ça, c'est l'une des pires abominations de cette société, mais ça va tellement dans le sens de cette société, où on est à la fois, on ne veut pas de risque, donc on coche toute une liste. Deux trucs, je veux une femme de 1m67, avec les cheveux châtains coupés au carré, mais avec une mèche un peu plus longue à gauche qu'à droite, qui aime le rouge, mais pas le rouge bordeaux, les pantalons avec, je ne sais pas, c'est-à-dire société du risque zéro, qui n'exclude elle-même qu'un petit truc qui est l'essentiel, qui est la vie. La vie, l'improvisation, le sentiment, le risque, il faut minimiser les risques, c'est pas le côté on fait n'importe quoi, c'est le rapport qu'il faut quand même doser entre la sceptisation et la normalisation, on appelle plutôt la normalisation de la société et les conséquences qu'elle a sur la survie même de la société.
Merci.
la magie de la rencontre merci Benjamin qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour les prochains mois voire les prochaines années pour les prochaines années on peut me souhaiter les prochaines années voilà c'est bien pas mal
Je pourrais dire ça pour les prochains mois. Pour les prochains mois, j'aimerais pouvoir trouver le temps de refaire un peu plus de musique et de passer un peu plus de temps dehors avec les miens et pas dedans. Mais de faire un peu plus de musique. Puis surtout que là, c'est trop tendu ce qui se passe. Tout ce qui se passe internationalement, politiquement, c'est beaucoup trop tendu. Et ça ne peut pas durer. Très bien que ça risque quand même de péter. Je vous avais dit un truc cool, sympa, et optimiste, c'est vrai.
Mon destin, ton destin, un destin extraordinaire, ma vie, ta vie, mes mots, tes mots, les mots, le destin. Décline ma vie, la vie destinée, la destinée de vie, où sont-ils, partis, où sont les mots, partis. Et ma mélodie mélodieuse, rencontre destinée, destin paresse, destin caresse, destin toujours, destin amour, destin rime et tient, tenir sa main, mon destin dans la main. Merci Benjamin.
Merci à toi.
David Downs
Description
À la rencontre de Benjamin, iconoclaste, musicien, journaliste, qui nous partage son regard sur le monde, sa vie et l'amour.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Fragments, le podcast qui raconte des parcours de vie exceptionnels, des histoires inspirantes et pleines de courage, des histoires qui témoignent de la résilience ou de la détermination, des histoires qui rappellent que peu importe les obstacles rencontrés sur le chemin, il est possible de les surmonter et de réaliser ses rêves les plus fous. Alors, bienvenue à bord, installez-vous confortablement pour découvrir des histoires inspirantes qui, je l'espère, vous feront voir la vie autrement. Bonjour Benjamin, merci de me recevoir ici à Paris. Benjamin, tu es un homme extraordinaire. Moi je le sais, mais j'aimerais que les auditeurs le découvrent. Découvrir à quel point c'est toujours très troublant de croiser les yeux d'un homme qui aime, troublant de le voir sourire lorsqu'il regarde le monde, au travers de ses mots ou sa musique. Parce qu'avant l'homme, il y a le petit garçon, celui qui écrit de la poésie à six ans, celui qui parle plus facilement des autres que de lui, celui qui respire pour Jay, sa femme, Karel, sa fille. Je dédie ce podcast à la mémoire de ta maman, Annette. Boulogne-Biancourt, la ville où tu as poussé ton premier cri en novembre 1968, où tu as grandi. Je voudrais revenir sur ce premier jour d'école où à la sortie personne n'est venu te chercher parce qu'on t'avait oublié. C'était comment dans la tête du petit Benjamin ?
Alors dans la tête, bonjour. La présentation est évidemment un peu difficile à entendre comme ça quand on n'est pas un grand fan des superlatifs et des choses de ce type-là. Pour ce qui était, alors l'enfance n'était pas à Boulogne. Je suis né à Boulogne. J'ai dû rester 18 heures à Bologne. Et après, on habitait à la campagne. En fait, à cause de l'activité de mon père et de la notoriété, il y avait un besoin de protection complète de la famille. Donc on habitait à 55 km de Paris, en fait. On peut y aller tous les jours. Mais nous, on n'y habitait pas. Et cette école, c'était dans un petit village des Yvelines. Effectivement, le premier jour... où déjà, moi j'habitais dans un tout petit hameau, on était avec 10 habitants, et cette ville, qui faisait au moins 5 000 à 7 000 habitants à l'époque, était pour moi une espèce de mégalopole déjà effrayante en elle-même, où j'allais peu. Et évidemment, j'habitais dans un environnement extrêmement restreint, avec très peu de monde, et le fait d'être déjà dans cette cour avec tous ces enfants, qui était pour moi une certaine hostilité, l'école publique de campagne, en étant le fils de mon père, de quelqu'un de très connu, dès le premier jour ça a généré des jalousies et même une incompréhension pour d'autres raisons. Et puis effectivement à la fin des cours, ma mère qui devait venir me chercher, et qui était assez éloignée de nos préoccupations intimes et de nos peurs on va dire, pour rester dans l'élitote, là plutôt dans le féminisme, avait autre chose à faire et a oublié de venir me chercher ce premier jour. Et je me suis retrouvé. On nous a laissé sortir, je me suis retrouvé dans la rue, dans un état de panique, et peut-être la première fois de la peur, panique de l'abandon, qui possédait un être humain à un moment de sa vie, et parfois ça commence très jeune. Et c'est pour ça que je m'en souviens, parce que c'est un truc qui s'est passé il y a près de 50 ans. Mais j'ai l'image encore, l'image de la panique, le ressenti vraiment de la panique absolue, le monde qui serait... et qui disparaît juste dans un océan de peur, alors qu'en fait c'était rien. Et que dix minutes après, néanmoins, ma mère était là, au milieu. Moi, j'avais pris la route pour aller rejoindre la maison à travers les bois. C'était des bois qui nous faisaient très peur.
C'était quoi les rêves du petit Benjamin ?
C'était de faire de la musique, d'écrire et d'être skieur professionnel. Mais pour ce qui est de ce dernier aspect, d'ailleurs, à l'époque... Il n'y avait pas de skieurs professionnels. Il y avait des skieurs, des grands skieurs, puisque je suis né l'année du triomphe de Jean-Claude Killy. Mais je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas fait de ski depuis 1979. Pour la simple et bonne raison que c'est l'année où je me suis pulvérisé la jambe sur une piste de ski. On n'a plus jamais fait. Donc, les deux autres rêves, faire de la musique et écrire, j'ai pu les concrétiser, même si là aussi, c'est ça peut paraître bizarre mais ça pose quelques problèmes physiques
Ton père, Gérard Cyr, grande personnalité publique, scénariste, écrivain, journaliste, très connu d'une génération de Français qui avait comme meilleur ami le poste de radio dans la cuisine, où sa voix les a longtemps accompagnés. Mais papa très absent de ta vie, que peux-tu nous raconter de lui ?
Une voix. Une voix un peu rocailleuse qui raconte l'héros au sud avec beaucoup de chaleur. Et un monsieur très gentil, unanimement jugé comme très gentil par strictement tous les gens qui l'ont fréquenté sans doute davantage que moi. Donc voilà, moi j'ai le souvenir d'un monsieur très gentil mais... C'est distant, qui n'a jamais rien fait et qui m'a à peu près jamais adressé la parole. Mais il n'y avait aucune méchanceté dans cette indifférence tout à fait particulière. En fait, il y a eu entre mes parents un deal absolu. Mon père avait déjà eu une fille avec une autre femme. Il a compris que les enfants, ce n'était pas son truc, on va dire. Puis il travaillait 16 heures par jour, il n'avait pas le temps de s'occuper de ces trucs-là. Il était tellement dingue, amoureux de ma maman, qu'elle lui a dit, écoute, moi, c'est ça ou rien, je veux des enfants. Et il lui a dit, en gros, il n'y a aucun problème, mais tu te démerdes. Je ne veux pas en entendre parler. Alors, avec mon premier frère, mon grand frère, qui a resté longtemps fils unique, en fait, il y a eu une vraie relation, en réalité, entre lui et mon frère Antoine. Puis après, ça s'est vraiment totalement arrêté. Mon père était quelqu'un de très gentil, mais dont la seule obsession, avec un regard très tendre, mais dont la seule obsession dans la vie était le travail. Une anecdote assez amusante, c'est qu'il n'est même pas venu à son propre mariage avec ma mère. C'est-à-dire qu'il est arrivé juste à la mairie pour dire oui, il est arrivé au moment où il fallait dire oui, il a fait oui, bisous, et il est reparti. En plantant tout le monde avec les invités, il avait une petite famille. une émission il pouvait pas à la fois se marier et être à la radio Bon après, c'était à lui de choisir la priorité.
Annette, ta maman, a eu un destin de femme atypique pour l'époque, qui mériterait que l'on écrive sa biographie. Alors, il était une fois Annette, petite fille.
Alors Annette, petite fille, c'est l'enfant d'un médecin polonais qui fuit l'antisémitisme, non pas nazi, mais avant. L'antisémitisme. du régime du maréchal Piłsudski, qui mène comme très couramment une politique très antisémite en Pologne, comme c'était le cas également en Russie, il est pauvre en Méditerranée. Et mon grand-père qui devient jeune médecin en Pologne, on est conduit vraiment à quitter le pays et on se dit, mais merde. On est à Paris, en 1934, quand, juste avant le 6 février 1934, qui montre déjà que l'ambiance est formidable dans toute l'Europe occidentale aussi, Hitler vient d'accéder au pouvoir, et l'Europe bascule. Mon grand-père, pour pouvoir repasser, il est obligé de repasser ses études de médecine, mais il arrive un peu avant, il arrive à la fin des années 1920, il refait toutes ses études de médecine. La technique qui lui permet de le faire, alors qu'il n'a pas un franc dans la poche, c'est de rentrer dans l'armée, et d'autant plus dans l'armée française. Et ce, d'autant plus qu'il vient en France et pas ailleurs, mu par un amour un peu fantasmé de la France, un peu à la manière de Romain Garry, d'ailleurs ça a un parcours assez proche de ce point de vue-là. Et il arrive dans l'armée, et d'ailleurs il rencontre très vite, Comme Gary, quand il arrive dans l'armée, et qu'il y a des problèmes de promotion après ses classes d'officier, il découvre l'antisémitisme en France aussi, et l'antisémitisme dans l'armée aussi, mais il devient médecin, et en gros, il est médecin-major, quand il finit ses études et reste dans l'armée, la guerre démarre. Et là, très vite... En gros, il y a la libération de Paris, l'occupation de Paris, pardon. Il y a l'exode et lui aussi il descend et il devient médecin dans un petit village qui aujourd'hui est très connu, qui n'était pas à l'époque, qui s'appelle Gordes, pas très loin d'Avignon. Et c'est là qu'il est confronté à la résistance, puisque on a tout près le maquis du Ventoux. et c'est lui qui se met à soigner au fur et à mesure tous les résistants et à devenir en quelque sorte l'antenne médicale du maquis du Ventoux C'est une activité extrêmement dangereuse et ma mère est à ce moment-là balottée, avec l'aide de la résistance, balottée de pensionnats en famille, en pensionnats catholiques et autres, qui vont la protéger et en même temps la traiter abominablement. selon les endroits, notamment je pense à l'époque, je ne sais pas si c'est connu, mais le pensionnat de Villeneuve-les-Avignons. Les choses ont été particulièrement dures, je le sais, et pendant ce temps-là, mon père et mon grand-père finissent par être dénoncés par des gens du réseau, qui ont été arrêtés eux-mêmes, torturés, et il est envoyé à la prison des Beaumettes à Lyon, où il va être abominablement torturé, ne livré personne. Et il ne doit sa survie qu'au simple fait qu'il y a eu la libération et que quand la prison a été prise d'assaut... Par les forces à la fois françaises et américaines, les gardiens se sont enfuis en laissant les prisonniers mourant dans leurs cellules. Et mon grand-père a pu être sauvé in extremis et garder des séquelles toute sa vie, des tortures à même qu'il y a des trucs. Mais pendant ce temps-là, ma mère était tout le temps balottée, livrée à elle-même. Et elle espérait pouvoir retrouver ses parents après la guerre. Et en fait... les relations de ses parents étaient devenues très très tendues Après la guerre, elle n'est pas revenue avec eux. Et là, elle s'est mise à aller monter à Paris, à vivre une vie de bohème, et à devenir très tôt une comédienne de théâtre avec une petite réputation, un truc. Elle a fait le cours Simon à ce moment-là, à l'époque, mais elle n'avait aucune ressource. Elle n'avait que la ressource de son talent potentiel, alors qu'il s'est vite exprimé, jusqu'à ce qu'il lui arrive un truc assez marrant, C'était quelqu'un qui avait un caractère, j'en sais quelque chose, absolument volcanique, et une capacité de séduction tout aussi proportionnellement grande. Et elle est invitée comme ça un jour dans une réception à l'Opéra de Paris, et à ce moment-là il y a un jeune homme qui se trouvait être le fils du patron de l'Opéra, M. de Mestre. qui s'est planté devant elle en haut, elle lui a dit, écoutez, vous êtes tellement meldingues, vous dégagez un truc, je ne sais pas, je n'y étais pas exactement, mais ce qu'il lui a dit, il ne la connaissait pas depuis une minute et demie, il l'a demandé au mariage. Ça a fait marrer ma mère, qui devait avoir 18 ans pile. Elle a dit oui. Et le pauvre. Le pauvre homme. Six mois après, je crois que ma mère avait fait plus de bisous à d'autres hommes en cumulé qu'elle lui en avait fait. C'était une jeune femme aventurière qui venait de vivre un enfer et qui voulait maintenant croquer la vie. Puis c'était quelqu'un de tellement indocile, tellement impossible à... ...apprivoisé quand même, du moins pas possible, puisque mon père est devenu comédien, donc voilà, elle a vécu vraiment la vie entre Saint-Germain-des-Prés, la poème, la vraie, le théâtre, les tournées, etc. Elle a fait un peu de cinéma aussi, notamment un film qui s'appelle Le port du désir avec Jean Gabin, où elle prend un de ses... différents pseudonymes. Je crois que c'était Anna Serra, mais dans ce film, mais sachant que c'était un lien, un nom qui était relatif aussi à la famille, mais qui n'était pas exactement celui-là. Et puis après, elle se met à faire de la radio, et c'est là qu'elle rencontre mon père, qui est même déjà une voix... et pas encore une très grande voix comme après. Et mon père était à l'époque, fait des feuilletons radiophoniques. Et ça, c'était la grande époque des feuilletons radiophoniques. Et les feuilletons radiophoniques, pendant, étaient sponsorisés par des marques. Toujours, et ils portaient des noms, donc détournaient des marques. Et notamment, mon père faisait à l'époque un feuilleton pour la marque de machine à coudre Saint-Ger. qui s'appelait Lamy Saint-Ger, Lamy Saint-Serre, et il devait auditionner un jeune homme qui venait d'arriver d'Egypte, qui s'appelait Claude François. Et pour le décider pour le feuilleton, il avait besoin d'une réplique, il a passé la tête dans le couloir, il a vu ma mère passer, il a dit mademoiselle, est-ce que vous voulez bien m'aider ? Et puis après, mon père est mort, dans la même année et demi, ma mère a perdu son père, sa mère et son mari, qu'elle aimait d'un amour absolu fou. aussi peut-être trop absolu. Et ça a été le début de Descente aux Enfers.
Une Descente aux Enfers qui a pris quelle tournure ?
Je ne peux pas tout raconter. Mais en gros... Mon père est mort, tout le monde est mort. On s'est aperçu que mon père avait juste à peu près jamais réclamé l'argent, les millions qu'il était censé gagner. Et que non seulement il ne les avait pas réclamés, mais qu'il ne les avait pas eus et qu'avec ce qu'il n'avait pas eu, il n'avait pas payé non plus les impôts qu'il devait payer. On s'est aperçu aussi, même si on le savait plus ou moins, qu'il avait un nombre incalculable de parasites autour de lui. Il a voulu faire vivre tout le monde, notamment des gens dans son entourage, un très grand ingé son qui a été aussi un peu de média, qui avait des problèmes de jeu et autres, et donc mon père en le faisait, il faisait vivre sa famille. Et puis après, il y a eu toute l'aventure avec Jean-Yann, avant évidemment qu'il meure, mais qui a donné d'un côté des films C'est un animal connu, comme tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Et le fait que mon père s'est fait totalement escroquer, mais ce n'est même pas de l'escroquerie, c'est de l'escroquerie bienveillante de sa part. C'est de l'escroquerie complaisante. Sauf qu'à un moment, il y avait des millions et des millions d'impôts à payer. Et que ma mère s'est retrouvée seule avec trois enfants. Et totalement seul parce qu'il y a eu des problèmes avec ce qui restait de la famille de mon père, mais c'est pas un truc à développer. Et puis la manière dont le milieu lui a tendu la main, parce qu'à un moment le milieu a quand même tendu la main, et quelque chose qui l'a... qui a montré à la fois tous ses défauts, toutes ses qualités, c'est-à-dire que son indépendance lui était tellement chère qu'elle a vraiment, si vous me permettez, envoie chié tout le monde. Et là, ça a commencé à être sport. Voilà, et c'est le truc particulier, en réalité. Ce qui est compliqué pour moi aujourd'hui dans un milieu où on va dire, regardez ce gars-là, comme tous les gars dans la presse, c'est un fils à papa et autres, c'est très compliqué quand en fait on a passé des années quasiment en fuite avec plus rien. Moi je ne suis plus jamais parti en vacances de ma vie, j'ai fait que travailler depuis l'âge de l'enfance. pour dans un premier temps qu'on ait aidé ma mère à se faire un siège qu'on s'en sorte dans des conditions très dures parce que c'était quelqu'un de très violent aussi potentiellement de très méchant de très violent qui laissait aussi un peu livré à soi-même ce qui a fait faire des conneries et aussi provoquer des accidents graves Et à la fin, avec mon deuxième frère, on peut dire qu'on a grandi dans des conditions extrêmement difficiles. Et quand on est arrivé sur notre parcours qui pouvait devenir un parcours professionnel, contrairement à mes deux frères, moi j'ai disparu complètement de la société. J'existais pas, j'avais pas de sécurité sociale, j'avais... J'avais pas de carte d'identité, en fait. J'avais rien, j'ai passé des années sans exister, en fait. Tout en faisant énormément de trucs, mais complètement en marge de la société, en crainte aussi. Et ce truc me fait marrer aujourd'hui, c'est comme le côté fils à papa. J'ai une famille qui avait vraiment pas de quoi bouffer, et qui s'est finie. C'est très très très très dur. C'est aussi quand on dit, sur mes trucs, ok boomer, tu vois. Moi je suis revenu au monde, alors il y a un moment où une carrière musicale m'a plus exposé. En gros j'ai existé, au début j'ai démarré très vite dans le théâtre, où ça a pas mal marché en fait, en même temps que je faisais mes études de droit. Après j'ai disparu complètement du monde. Je suis revenu un peu en fait à partir d'il y a une vingtaine d'années en gros. à travers la musique, avec deux, trois trucs qui ont donné résultat, qui ont fait que mon nom est revenu un peu. Et puis, je suis resté assez en sous-marin, sous-marin de la vie, jusqu'à il y a sept ans, sept, huit ans seulement, où j'ai décidé, avec... C'est aussi lié aussi avec... rapport avec une petite fille à Nouriel, et de refaire surface un peu. C'est pour ça que je travaille, par exemple, les gens avec qui je travaille aujourd'hui s'étonnent, ils disent, il y en a certains qui n'avaient jamais entendu parler de moi, mais ils ne comprennent pas pourquoi je connais tout le monde, les gens qui connaissent, parce qu'en fait c'est dans d'autres vies, c'est dans d'autres parcours, ou quand j'ai travaillé, enfin les choses commencent, au début des années, je reviens aussi, parce que je travaille avec quelqu'un une importance qui est colossale dans ma vie et qui en fait a été un peu mon mentor et mon ange gardien depuis mon âge de 20 ans, qui m'a fait pas mal travailler et qui m'a entraîné dans une aventure de direction de club de football de première division, ce qui est un truc assez marrant. Et après...
Au fur et à mesure, par le biais de la presse et du politique, et de la musique aussi, mais parallèlement, je commençais, oui, à avoir... une constance officielle plus importante, mais toujours avec une réticence que j'ai encore. Et puis, quand j'ai commencé à écrire des tribunes dans le Figaro et autres, que des gens comme Alex De Vecchio, qui a sa part importante là-dedans, parce que c'est comme il disait toujours, je suis assailli toute la journée de gens qui veulent écrire en anglais. Figaro, toi t'es mon pote, et j'avais dirigé un petit journal avant, qui fait qu'on s'était connus. Il me dit mais toi tu me demandes jamais rien, et j'aimerais bien que t'écrives. Puis un jour je lui ai dit bah là j'ai un truc à dire. C'était le début de toute une série de choses que j'ai écrites sur la question du rapport entre le libéralisme politique et le numérique. Qui je pense est aujourd'hui la question essentielle, couplée. Et au moment où, comme je venais très vite, l'informatique musicale, On est dans une pièce où il y a tout ce qu'il faut pour l'informatique musicale à l'instant. J'étais un peu un des pionniers au début des années 90, donc c'est un sujet que j'ai très vite croisé. Devecchio et très vite derrière Raphaël Antonovn qui m'a dit non, maintenant tu ne peux plus te cacher, c'est interdit. Ma femme aussi m'a beaucoup dit, mais moi je suis toujours une forme de... d'hésitation à ce sujet. Mais, les circonstances maintenant, et puis la manière dont après le Figaro, l'Express Frontierer a commencé à... un projet dans lequel on m'a emmené dès la préparation, bien avant la sortie du premier numéro, et dans lequel je contribue toutes les semaines, depuis 124 numéros aujourd'hui, fait que voilà, j'ai dit, mais en fait, moi, je commence, quoi. Bon, ça j'arrive, voilà. à l'âge du boomer, mais en fait, moi, je commence.
Pourtant, tu comptes de nombreux engagements associatifs, politiques, bien malgré toi, comme tu aimes à le dire. Et justement, qu'est-ce qui pousse un citoyen lambda à s'engager ? C'est comment, de l'autre côté du rideau ?
C'est que, en fait, je n'avais aucune intention de m'engager. Pour moi, l'engagement c'est une obligation, c'est une obligation morale, c'est presque même une obligation physique et sensorielle, c'est-à-dire que le malaise que peut produire le fait de laisser faire les choses, de laisser passer les choses, crée un degré de culpabilité, de mal-être qui peut être tel que finalement on choisit quand même l'engagement, tout en étant bien conscient du fait que mon engagement à moi change. la face de rien du tout mais si personne ne s'engage rien ne change la face de rien et que si c'est le fameux principe des petits cailloux mais chacun est un grand sape dans la machine et il fait ce qu'il peut peut-être à tort d'ailleurs peut-être que mon engagement est ce qui est le pire et de ce qui abîme le plus le monde la société ou peut-être que je participe à un micro-micro-échelle, à aller dans le bon sens ou pas. Parce que je sais pas, je sais qu'il y a quelque chose, mais quand on est aussi fortement marqué, voilà, on revient à ma mère, ma mère est morte dans mes bras, elle pesait 28 kilos, c'était déjà, pas déjà, mais encore les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Voilà. Et, moi, c'est des choses que qui m'ont obsédé dès l'enfance, la question du nazisme, la question du racisme, la question de l'antisémitisme, et que j'ai d'une manière étudiée, observée, et à de rares moments subie, mais à de rares moments, mais subie à des exemples précis, fait qu'il y avait ça, puis la question de... Ce qui se passait, de la manière dont on traitait les jeunes filles en banlieue aussi, etc. C'est des trucs qui ne m'allaient pas. Effectivement, mon premier engagement un peu bizarre, ça a été très brièvement chez Niput Nessoumise. Le truc, je n'ai pas beaucoup de garçons, mais je ne suis vraiment pas assez entrain. En fait, le problème, c'est qu'avant, j'avais écrit pour des hommes politiques, et puis pour des trucs politiques, des journaux, des machins, beaucoup en négritude, même si on n'a pas le droit de le dire aujourd'hui. J'avais eu ces engagements et j'avais vu très vite comment la politique marchait, au niveau partisan, au niveau électoral, la manière dont on pouvait faire financer. À l'époque, c'était très... C'était très sport le financement des compagnies électorales, ça passait beaucoup par les grandes entreprises, par les grandes entreprises, par des trucs très durs. Et j'ai vu comment marchaient un peu les parties, et là j'ai eu un peu de mal, même si après j'ai été engagé quelques temps. au modem mais l'essentiel après je l'ai fait à travers des associations en plus et notamment le lien que j'avais avec le politologue Laurent Bouvet que j'ai rencontré il y a une quinzaine d'années quand je suivais ce qu'il écrivait et quand il a montré la gauche populaire c'est lui qui m'a contacté, ce qui m'avait fait vraiment bizarre et pour me demander d'en être avec eux. Puis voilà, c'était le début d'une amitié forte encore de ma part que de la sienne, je le dis, parce que pour moi, il était un mentor, un frère, un truc indépassable, alors que je pense qu'il pouvait vivre sans moi. Mais cet engagement, en fait, il est très vite revenu avec... La presse est très vite revenue en parallèle, puisque c'est exactement le même moment qu'avec quelqu'un qui s'appelle Arthur Scheuer, qui est venu me chercher, c'est pratiquement même le nom de Laurent, juste avant Laurent, mais je l'ai rejoint à cause de Laurent, qui avait créé un pure player en ligne qui a décollé instantanément, mais qui a eu un truc météorique qui s'appelait Rajmag, et dont je suis très vite devenu le rédacteur en chef, et qui a été la première rédaction entièrement dirigée sur Messenger. Merci. C'était un truc très amusant, c'est-à-dire qu'on avait une centaine de journées, c'est quand même. Et tous faisaient, par Messenger, on faisait une conf de rédac en physique une fois par mois. C'était surtout l'occasion de se faire une soirée bien déchirée, en fait. Mais on travaillait un petit peu avant. Mais comme on bossait en lien avec tout le monde tous les jours, donc il n'y avait pas grand-chose à faire finalement là-dedans. Et c'est un endroit, c'est le grand mérite d'Arthur, Très formateur aussi en termes de management et de compréhension du fonctionnement de la presse, même si j'avais déjà travaillé auprès de grandes rédactions en supervision, mais derrière de manière totalement dans l'ombre.
Tu as un regard acéré sur ce monde grâce à ta plume de journaliste dans Frontier Heure. Comment ne pas sombrer parfois face à l'horreur du monde ?
La réponse est qu'on sombre parfois. fois face à l'horreur du monde. Alors en ce moment, c'est un sujet qu'on évoque beaucoup entre confrères, déjà, ce qui veut dire à quel point il est pertinent. Et pas seulement, je ne parle pas des gens de Machiavel, je parle vraiment, moi je parle avec beaucoup de gens, y compris antagonistes, parce que ça m'intéresse vraiment beaucoup, et puis j'ai un moment d'assez bonne relation, d'ailleurs. C'est un sujet que On a tous dans le bide, j'en parlais encore hier avec un journaliste et une avocate très impliquées dans certaines affaires actuellement, où il y a un moment où on a tous des craquages en ce moment. Moi, honnêtement, après le 7 octobre, au dévoté, parce que je n'étais pas prêt, je suis en train de bosser, je descends mes trucs avec mes écrans. Je parle et puis il y a une journaliste qui m'a envoyé d'un coup les images, les fameuses images des attaques et des plus... Et ensuite... et ramassage on va dire et là en fait à ce moment là j'étais pas prêt, j'ai allumé le truc J'étais déjà pas bien depuis quelques jours parce que ça correspondait à tout ce que voilà on voyait venir. Mais les trucs et puis en plus moi je travaillais pas de mal sur Israël ces temps-ci. C'était un truc bizarre parce que je travaillais sur la politique israélienne vraiment pour montrer toute la fourberie et la radicalité politique de Netanyahou en disant vraiment faut dégager ce mec et tout le machin. Et on est pris d'horreur parce que... font les gars d'en face, en gros. Et au simple fait qu'on soit pris d'horreur parce que Fais-le Hamas était en réalité... On en parle très peu quand même dans les débats par la cause palestinienne. Le Hamas qui n'a strictement rien à faire de la cause palestinienne, qui n'est juste qu'une émanation du régime iranien et des frères musulmans, dont le projet n'est pas du tout la Palestine. Enfin bon, c'est pas le sujet. Mais à ce moment-là, on est saisi d'horreur, on est en train de tout faire. J'ai peur d'attaquer, parce que les journalistes c'est aussi une mission politique, et effectivement ce qui est au pouvoir en Israël, pas seulement depuis 1997. plus récemment à cause de détails de politique israélienne que je ne vais pas exprimer ici parce que c'est assez complexe, est vraiment devenu un régime d'extrême droite. C'est de montrer à quel point justement il est en train de casser certains fondamentaux à la fois démocratiques au sens institutionnel du terme, mais aussi dans la société israélienne et la manière dont la société est israélienne. était le plus divisé que jamais, ce que les gens n'arrivent pas à comprendre. Et le simple fait qu'à ce moment-là, on soit quand même touché jusqu'à l'abomination par ce qu'a fait le Hamas, on devient tout de suite un sioniste de l'extrême droite, du régime génocidaire d'extrême droite israélienne, ce qui montre à quel point il n'y a plus personne à repaire de compréhension, de subtilité, de nuance. Et je peux le dire aussi de gens qui sont vus comme étant de mon camp. si moi personnellement je n'en ai pas spécifiquement directement, mais le fait est là, bon bref, on vit ça et moi je tombe sur ces images, d'un coup j'allume mon truc, j'ai des écrans énormes, le truc me saute à la gueule, et là j'ai explosé pendant 48 heures, oui, à pleurer non-stop, à ne plus arriver à dire mais moi justement, l'engagement, il ne sert à rien, de toute façon, il ne sert à rien, je le pense en fait, objectivement je ne pense rien du tout. Mais on est réduit à ce moment-là à constater ce niveau d'horreur et il se redit à une chose qui arrive souvent, je me dis mais j'ai plein de défauts, je suis pas facile à me checker comme ça. Je me sens quand même pas appartenir à cette humanité. J'ai vraiment un problème avec ça, de dire que je vois, c'est très naïf, parce qu'il y a un côté, à la fois on a fait une analyse, je travaille beaucoup sur la géopolitique, l'histoire, donc je sais ce qui s'est passé dans le monde, je sais le degré, je ne suis jamais surpris en réalité par le degré d'horreur que peuvent déployer les êtres humains, je n'ai jamais cru à un plus jamais ça, je n'ai jamais cru que l'homme ait retenu la moindre... leçon de quoi que ce soit depuis qu'il est capable de se lever sur ses pieds, mais ça reste inadmissible et ça reste quelque chose que fondamentalement, si je peux le constater, donc le craindre, je n'arrive pas à comprendre par quel raisonnement on peut faire ce qu'on fait. Je prends un exemple récent, c'est une naïveté je sais confondre ce qui s'est passé en Russie il y a quelques jours. On va me filer 5000 euros, pour 5000 euros, je vais rentrer dans une salle de spectacle avec un fusil automatique, et je vais déchiqueter des gens. En fait, et là actuellement, il y a une telle accumulation des choses, des symboles de la capacité de barbarie de l'homme, que ça soit de la barbarie civilisée ou de la barbarie à l'état puré sans filtre, il y a un tel point. Et avec l'obligation, parce que c'est la question de départ, en fait l'obligation quand même d'y être 24h sur 24 collé, parce que c'est mon métier, c'est mon métier de l'observer, c'est mon métier de l'observer. qui est d'en parler, ça devient extrêmement dur. Et pour rappeler le truc que M. Moussé évoquait juste avant quand je parlais de la barbarie civilisée d'un côté et de la barbarie prétendument à l'état pur de l'autre, ça me fait... toujours ramené à Romain Guéry. Et pour moi, et d'ailleurs Raphaël Ntoumen, on a fait l'un de ses sujets d'édito, pas de cette phrase que j'ai là, mais de ce livre qui pour moi est un chef-d'oeuvre d'explication des choses, qui est la danse de Jane Discon, dans lequel il est dit la différence entre la culture et la barbarie, c'est que dans la barbarie, on tue les hommes pour les manger, dans la culture, on tue les hommes pour en faire des savons et des abat-jours.
Benjamin, il y a des renoncements nécessaires parfois pour laisser la place à autre chose. À quoi ou à qui as-tu renoncé ?
Moi, j'ai à peu près renoncé à tout ce que ce qui n'était pas mon travail, ma famille. et pourtant j'arrive quand même à être extrêmement, insuffisamment présent auprès des miens, et pourtant je vis avec eux, je travaille à la maison, donc je vois beaucoup ma fille, je parle beaucoup avec ma femme et autres, mais je les vois quasiment pas, je travaille au fait, ma santé étant pas très bonne, mes activités de plus en plus réduites, les choses, on est mercredi. C'est la première fois que je sors de chez moi depuis cette semaine. De chez moi, devant l'ascenseur. Donc j'en suis arrivé une vie, alors ça c'est un peu à en profiter d'ailleurs, qui fait que je ne fais que travailler. J'ai des nuits très difficiles, une première santé, ce qui fait que c'est plus difficile pour moi maintenant, comme avant, je me levais à 5h, 6h du matin tous les jours pour démarrer, ce que je ne peux plus faire maintenant, parce que c'est plus dur. Relaxamment, du coup, je travaille beaucoup, beaucoup plus tard. Et j'ai peu de temps pour, même la plupart du temps, je ne mange pas, avec ma femme et ma fille qui mangent derrière moi, à 3 mètres derrière moi, parce que je n'ai pas le temps. Je ne pars pas en vacances, je ne vais pas au théâtre, je ne vais pas au cinéma, je ne vais pas au restaurant. Et travailler tout le reste du temps, vraiment, c'est pour d'abord ma fille et ensuite ma femme.
Quel est ton rapport au divin ?
Je ne suis pas athée, je ne suis pas croyant, alors on va dire, bon, c'est simple, mon gars, t'es agnostique, c'est simple de l'expliquer, mais en fait, c'est plus compliqué que ça. Quelque part, je suis croyant, mais je ne crois à aucune religion des livres, je ne crois à aucune, à aucun dieu dogmatique, à aucun dieu spécifique, je crois à la possibilité d'une immanence, ce qui n'est pas Même chose que je peux ressentir. J'ai tendance à dire que c'est aussi pour ça, et c'est pour ça que le fait que ça soit devenu juste un produit de consommation, quelque chose qui m'énerve, c'est pour ça que la musique a une part aussi importante dans ma vie. Je peux le dire, ça peut paraître très con, mais la fois où j'ai ressenti le plus fondamentalement la présence de Dieu, c'est en appuyant sur... Le deuxième sol d'un piano demi-queue dans un studio. Et ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, j'ai appuyé sur ce sol, j'ai laissé résonner. Et là, il s'est passé, j'ai connu un phénomène mystique. Je n'étais pas drogué, je n'avais pas bu, j'avais plein de machins. Ressenti, et puis la musique, c'est quelque chose de sacré pour moi. C'est pour ça que j'en écoutais extrêmement peu. Parce que pour moi, écouter de la musique, c'est une activité. et je ne fais pas autre chose. Écouter de la musique, je travaille, je ne supporte pas qu'il y ait le moins de bruit quand je travaille. C'est pas dur. Après, j'habite dans un quartier où on a des marteaux piqueurs, même 424 depuis 10 ans. J'ai du mal à l'en expliquer. J'écoute peu de musique, mais quand j'écoute des musiques, des chansons, j'écoute un peu plus. Mais voilà, je vais consacrer trois minutes à écouter un truc. Et pendant trois minutes, je suis immergé dans le truc absolument. C'est un peu bizarre, parce que les réseaux sociaux, les journalistes, on est censé être vivant dans le politique, dans le machin de truc. Moi, je ne suis plus actif que sur un seul réseau social qui est X. J'ai extrêmement peu sur Instagram avec mon compte musicien, mais extrêmement peu. Je ne publie jamais rien. Sur X, je parle surtout de musique, avec des gens, avec les rares personnes qui enjolivent ce réseau ignoble, grâce à la beauté de ce qu'ils posent musicalement. Donc c'est assez amusant. Mais oui, la musique, c'était mon rapport à... Ça a été en quelque sorte mon rapport à Dieu, même si la possibilité de l'immanence... Que ça soit un hasard mathématique, un grand horloger immatériel ou je ne sais quoi, ce n'est pas une croyance, au sens où ce n'est pas, je ne suis que doute. Mais il y a vraiment ça. Je ne suis que doute, mais tout est probable. La seule chose qui est pour moi totalement improbable, c'est quelque chose qui ressemble à la Bible, à l'Ancien Testament, au Coran, et la moindre réalité. Si ce n'est qu'effectivement, ils se fondent les uns les autres, plus ou moins, sur des principes universaux, particulièrement la Bible, qui est en fait une sorte de catalyseur de l'ensemble des grands principes essentiels qu'on retrouve dans notre vie. Les textes à la fois hindouistes et bouddhistes ont des principes souvent équivalents, même s'il peut y avoir des questions très... L'agenté occidental, par contre, autour du sujet de l'attachement, qui va être perçu complètement différemment d'un continent et d'une culture à l'autre, mais on retrouve toujours les mêmes histoires, on les retrouve dans les contes pour enfants, on les retrouve dans les grandes épopées, des films de super-héros, dans les films de super-héros, dans les grandes sagas, que ça peut être Star Wars... des trucs comme ça, qui sont même chose, mais des textes heureux finalement, des sortes de textes religieux qui reprennent les images, les métaphores religieuses, etc. Voilà, on peut voir, en fait aussi, par ailleurs, on peut voir du sacré dans tout et dans rien. Moi, j'ai tendance à essayer d'en voir le plus possible, mais sans qu'il ne corresponde à un quelconque d'homme. Mon ennemi, c'est le dogme religieux et l'idéologie politique.
Benjamin, comment sait-on que celle que l'on aime est peut-être la femme d'une vie ?
Alors moi, bon, ça s'est passé assez facilement. J'étais sur scène, pas très loin d'ici, lors d'un concert que je faisais à Glazart, au Nord de Paris. Et c'était un concert très très compliqué parce que c'était à l'époque où j'avais une formation avec neuf musiciens, il y avait des ordinateurs partout sur scène, c'était galère, avec des sécurités informatiques pour pas que ça pète, un truc qui était un truc un peu comme ça. Je m'étais pris, moi qui ne peux plus jouer d'instrument depuis des années, en plus je jouais un peu de basse, j'avais un super bassiste par contre, j'avais un moment, c'est un concert, un truc de basse, j'étais complètement stressé. des trucs assez marrants et puis surtout que c'était des concerts pour défendre un album qui était tellement foutraque que tout le monde m'avait dit que ce serait impossible de le reproduire sur scène et donc c'était l'un des premiers concerts qu'on faisait pour défendre cet album et là j'ai vu dans les deux premiers rangs un des yeux qui me regardait et qui me regardait de manière comme on ne m'avait jamais regardé Évidemment, j'ai regardé les yeux en question de la même manière. Et là, j'ai honte de dire ça, on est dans un surregistrement. J'ai commis, pour moi, la faute la plus impardonnable quand on est sur scène. C'est de se laisser aller à un sentiment qui déconcentre. Et j'ai fait, je crois, le plus mauvais concert de ma vie. Et Dieu sait que j'en ai fait des mauvais. Parce qu'il y avait ce regard qui était là. En plus... C'était un concert, mais c'était n'importe quoi ce qu'on avait fait. Il y avait... Non, non, mais c'était une ambition à la con. En fait, on avait une personne qui était avec l'ingé son, donc l'ingé son, il dirait les spectateurs. Il n'est pas du tout sur scène, il y a un ingé son retour, mais lui qui capte juste, qui est là juste pour régler le volume de ce que nous on entend dans les retours qui sont devant nous sur scène quand on est. Mais il y a l'ingé son qui s'occupe du... qui sont du public, il est généralement dans une cabine derrière la salle, derrière le public, pardon. Et on avait également, nous, un gars qui venait de l'IRCAM, donc le grand institut de musique contemporaine créé par Pierre Boulez, qui reprenait en fait une partie du son qu'on avait sur scène, et qui créait des harmoniques, des trucs avec ce qu'on appelle un système de... on appelle des patchments. je ne vais pas expliquer ce que c'est Ça va être compliqué. Et qui était, c'était la première fois de sa vie qu'il voyait du public pratiquement, donc c'était un génie, mais il était tracker comme pas permis. Donc vous allez voir que c'est un rapport. Et moi je vois son regard dans le concert très tendu. Je suis dans le concert, je vois le gars de l'autre côté au fond qui panique. J'ai ces yeux qui me regardent, le truc s'arrête et moi le premier truc, je file dans la loge pour aller me mettre un coup de serviette parce que... Parce que je dégoulinais, j'avais un espèce de costume indien super chaud. Et je vais juste me mettre un coup de serviette et boire un shot de vodka. Et je ressors tout de suite pour essayer de voir qui était cette personne. Et puis elle était plus là. Et puis j'apprends également que le type qui faisait mon truc avec les patchmaks derrière, on n'a pas fait gaffe, il était tombé dans les vapes pendant le concert. Et j'étais concentré sur autre chose, il avait été évacué en fait pendant le concert, à la fin du concert. Et voilà, donc tout va bien, et puis trois jours après, je vais voir un coup avec ce garçon, c'est juste un petit malaise, il est beaucoup mieux. et il me dit on avait rendez-vous avec un de mes amis qui est réalisateur dans un bar à côté de chez moi et puis là il me dit ouais alors je te dis en fait il y a une fille qui veut absolument te rencontrer et je lui ai dit de passer elle doit être déjà là évidemment j'arrivais à la terrasse du café en question la fille en question c'était les yeux qui étaient dans la salle La raison pour laquelle elle n'était pas dans la salle, c'est que c'était la petite copine du garçon. On est avec sa petite copine, ce que lui n'avait pas bien compris, puisqu'elle était elle-même déjà avec quelqu'un d'autre. À l'autre bout de la France. Ça, je ne le savais pas. Et en fait, je suis arrivé à la terrasse du café. Il y avait la chaise en face d'elle qui était libre. Et de là, avant de m'asseoir, je l'ai regardé dans les yeux et je me suis dit, c'est la fin de ma vie. Ça c'est fait, c'est bon, on passe à autre chose. Sauf la femme en question, je l'ai vu dans ses yeux qu'elle s'est dit la même chose. Sauf qu'au bout de deux heures, elle m'a dit bon ben salut, je rentre chez moi Et chez elle, c'était dans les Pyrénées, à mille kilomètres, pour retrouver son mec. En plantant l'autre aussi. Ça ne s'en est pas terminé. Mais avec qui on est ? On est... On ne sera pas dans la même situation aujourd'hui. voilà et puis après il y a eu des épisodes bon après je l'ai pas vu cette personne pendant 4 mois pendant 4 mois j'ai pas vécu Quatre mois plus tard, j'ai un concert dans une autre salle, c'était le concert de la réouverture ou de la fermeture, je ne sais plus. C'est connu à Paris, il s'appelait la Flèche d'Or. Et là, c'était plein de gens, 500 personnes, c'est un truc. J'étais tout au fond, j'ai vu qu'elle, le concert s'est terminé, j'ai sauté de la scène, j'ai traversé la foule et j'ai été lui dire, je crois que je suis tombé amoureux de vous. et voilà et elle m'a juste répondu tu veux du chai Et elle est partie. La suite, dans la saison 2. Comment se sont-ils retrouvés ? Mais bon, c'est... Donc c'est comme ça que, pour répondre de manière beaucoup plus rapide à la question qui a été posée, en fait, on le sait, c'est ce que j'explique tout le temps à ma fille, qui me dit, mais comment tu sais qu'on aime ? Je dis, mais en fait, tu le sais. Tu ne sais pas, c'est pas évidemment... en détail quelle va être l'aventure, le truc, en sa conséquence, finir, l'amour quand il est là, tu le sais. Et c'est pour ça que le principe des aptitudes rencontres, des Tinder, des trucs comme ça, c'est l'une des pires abominations de cette société, mais ça va tellement dans le sens de cette société, où on est à la fois, on ne veut pas de risque, donc on coche toute une liste. Deux trucs, je veux une femme de 1m67, avec les cheveux châtains coupés au carré, mais avec une mèche un peu plus longue à gauche qu'à droite, qui aime le rouge, mais pas le rouge bordeaux, les pantalons avec, je ne sais pas, c'est-à-dire société du risque zéro, qui n'exclude elle-même qu'un petit truc qui est l'essentiel, qui est la vie. La vie, l'improvisation, le sentiment, le risque, il faut minimiser les risques, c'est pas le côté on fait n'importe quoi, c'est le rapport qu'il faut quand même doser entre la sceptisation et la normalisation, on appelle plutôt la normalisation de la société et les conséquences qu'elle a sur la survie même de la société.
Merci.
la magie de la rencontre merci Benjamin qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour les prochains mois voire les prochaines années pour les prochaines années on peut me souhaiter les prochaines années voilà c'est bien pas mal
Je pourrais dire ça pour les prochains mois. Pour les prochains mois, j'aimerais pouvoir trouver le temps de refaire un peu plus de musique et de passer un peu plus de temps dehors avec les miens et pas dedans. Mais de faire un peu plus de musique. Puis surtout que là, c'est trop tendu ce qui se passe. Tout ce qui se passe internationalement, politiquement, c'est beaucoup trop tendu. Et ça ne peut pas durer. Très bien que ça risque quand même de péter. Je vous avais dit un truc cool, sympa, et optimiste, c'est vrai.
Mon destin, ton destin, un destin extraordinaire, ma vie, ta vie, mes mots, tes mots, les mots, le destin. Décline ma vie, la vie destinée, la destinée de vie, où sont-ils, partis, où sont les mots, partis. Et ma mélodie mélodieuse, rencontre destinée, destin paresse, destin caresse, destin toujours, destin amour, destin rime et tient, tenir sa main, mon destin dans la main. Merci Benjamin.
Merci à toi.
David Downs
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