- Speaker #0
Eh bien, bienvenue chez Streambox pour ce podcast très particulier. Je suis très heureux d'être en votre compagnie avec notre ami Frédéric Jeannin, ici présent.
- Speaker #1
Bonjour, bonsoir.
- Speaker #0
Bonjour Fred. Et avec Bruno Verpruggen, qui est coordinateur à la galerie Champaka. Bonjour. Puisque ce podcast va tourner autour d'un événement particulier, mais il y en a d'autres, comme souvent dans l'actualité de Fred.
- Speaker #1
Tout est dans tout.
- Speaker #0
Voilà, parce qu'en mars, il va y avoir une rétrospective Germain et nous qui va se tenir à la Galerie. Tout à fait. Qui commencera le 5 mars. Et donc, on est là pour discuter un petit peu de Germain et puis tout ce que tu veux un petit peu faire autour et toute ton actualité.
- Speaker #1
Mais je ne suis pas con. Pourquoi pas ? On peut parler de Germain et nous. C'est assez de respirer à la maison. Ah mais non, je dis
- Speaker #0
Parlons de Germain et nous, parce que pour des gens de ma génération, et même d'autres, c'est une série très importante.
- Speaker #1
Les vieux, donc.
- Speaker #0
Je suis moins vieux. Les mi-vieux. Voilà, on va dire ça, les mi-vieux. Les quinquains, puisque je suis un jeune quinquain. C'était une série très importante, un jalon dans l'histoire de la bande dessinée, dans nos lectures. Moi, j'étais lecteur de Spirou.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et donc, Germain apparaît, j'ai noté la date, le 17 mars 1977, dans Spirou. Mais attention. Pas tout à fait dans Spirou.
- Speaker #1
Non, dans un supplément clandestin à Spirou qui s'appelait le trombone illustré. Peut-être qu'on aurait tort de ne pas mentionner le trombone illustré créé par Franquin et Delporte.
- Speaker #0
Mais c'est d'ailleurs avec eux que tu es arrivé. Explique-nous comment tu es arrivé dans le trombone. Comment c'est germain ? En fait,
- Speaker #1
c'est dans ma maison, chez moi, qu'il y a eu la première réunion d'un supplément éventuel à Spirou. Franquin et Delporte, à l'époque, n'étaient pas très heureux de la teneur du Spirou. donc fin des années 70 et ils ont proposé aux éditions Dupuis, à Charles Dupuis de faire un supplément clandestin à Spirou qui s'est appelé donc le trombone illustré qui se faisait soi-disant dans la cave oui oui vraiment dans la cave, c'était rue de Livourne et dans la cave du bâtiment rue de Livourne il y avait la rédaction du trombone illustré et ce qui est formidable c'est que Charles Dupuis a accepté qu'une rédaction clandestine ait lieu sans du tout de concertation avec la rédaction du Spirou qui était donc dirigé par Thierry Martens, Dieu et son âme. Mais le Spirou ne ressemblait pas tellement à ce qu'aimaient Franquin et Delporte, donc ils ont créé le trombone.
- Speaker #0
C'est une époque qu'il faut un peu mettre dans le contexte pour ceux qui ne situent pas. Les années 70, la bande dessinée change un petit peu, beaucoup en France. On a vu l'apparition de Fluide Gassial, on commence à voir une BD adulte qui commence à émerger. Oui,
- Speaker #1
je pense que émerger, c'est le mot. Est-ce que tout le monde émergeait ? Oui, le... Le fait est que les Belges commençaient à être ringardisés, je crois. Effectivement, Spirou et Tintin commençaient à être un petit peu ringards. Les Français débarquaient. Et le trombone a été justement l'occasion de faire des traits d'union entre la nouvelle génération et les Français.
- Speaker #0
Parce que dedans, ça dure quoi ? 22 numéros, 25 numéros ?
- Speaker #1
Bonne trentaine, je pense.
- Speaker #0
Il y a eu dedans toute une nouvelle génération dont toi qui est apparue dedans, des auteurs qu'on n'avait jamais vus dans Spirou, comme Ebus pour ne citer que les plus connus. Bilal,
- Speaker #1
Comès.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Mais aussi toute l'ancienne génération. Rio, Franquin, Delporte, Will. En fait,
- Speaker #1
tous les potes à Franquin ont contribué au Trompe-Bain.
- Speaker #0
Et toi, tu as quel âge à ce moment-là et comment tu te retrouves dans cette bande ?
- Speaker #1
Alors, j'ai 19 ans quand il y a cette réunion. Et je ne sais pas pourquoi, enfin oui, moi je voyais beaucoup Yvan Delporte, on faisait des trucs comme ça.
- Speaker #0
Vous faisiez déjà des animations, des illustrations dans...
- Speaker #1
Pas dans Spirou.
- Speaker #0
Pas encore dans Spirou.
- Speaker #1
Je n'aurais jamais voulu travailler dans le Spirou de cette époque-là. Je faisais des journaux pour... Je faisais des dessins pour des journaux rock. Donc il y avait un journal qui s'appelait En Attendant, parce qu'au départ, il s'était appelé More. More en anglais, More. Et puis, pour diverses raisons, il s'est appelé En Attendant. Et je faisais des bandes dessinées là-dedans. Et je pense que Franquin et Delporte avaient vu mes dessins dans ces petites gazettes. Et puis, on se voyait beaucoup parce qu'on s'amusait à faire des tas d'autres choses.
- Speaker #0
Comment tu les as rencontrés ? Tu as toqué la porte de Franquin avec tes planches ?
- Speaker #1
J'ai eu une espèce de coup de bol monstrueux. Mais ma vie est faite d'énormément de coups, autant de coups de bol que d'angoisse. Et j'étais à l'école, sur les bancs de l'école, avec Thierry Culliford.
- Speaker #0
On ne peut pas en reparler.
- Speaker #1
Il y a donc... dont le papa avait inventé les Schtroumpfs.
- Speaker #0
C'est un pays aujourd'hui.
- Speaker #1
Et moi, j'étais complètement maqué par la bande dessinée, donc l'école franco-belge, donc l'école de Marcinelle, quand j'ai appris que le fils des Schtroumpfs était dans ma classe. Donc je me suis imposé, je me suis mis sur le même bord d'école que lui. Je l'ai invité un mercredi après-midi à une fête déguisée en schtroumpf. Et c'était... C'était stupide, parce que lui, il en avait absolument... C'était le boulot de son père, ça n'était pas du tout son truc. Mais bon, voilà, finalement...
- Speaker #0
Tu rencontres Thierry, tu rencontres Peyet, tu rencontres toutes ces demandes-là. Voilà. En faisant déjà du dessin.
- Speaker #1
En faisant du dessin comme ça, pour m'amuser, et en ayant le plaisir de voir mes dessins publiés dans des petits journaux, quoi. Et à ce moment-là, moi, j'avais une question. Est-ce que le personnage de... de Germain existait déjà dans ton imagination ou bien tu l'as créé pour le trombone ? C'est un peu comme une commande ou bien c'est un personnage qui était déjà en germe ? Non, je pense qu'il n'y avait pas du tout d'idée préconçue. Quand Franquin et Delporte m'ont dit tu ne veux pas faire une... une page dans le trombone avec Thierry Culliford par élimination on a fait Germain et nous il s'appelle Germain parce que c'est le deuxième prénom de Thierry Thierry Walter Germain et donc moi je ne me voyais plus pas faire une série western, une série moyenâgeuse ou une série... On s'est dit, on va essayer de montrer notre bande de potes et on était tout fraîchement ex-ados et donc on a fait une bande d'ados avec les conflits avec les parents, etc. Et ça a commencé comme ça.
- Speaker #0
Et quoi ? En ayant conscience que c'était un petit peu plus ado-adulte pour le dire vite ? que le spirou normal, et à la conscience, ça n'existait pas vraiment à l'époque ? Une bande dessinée un peu générationnelle de cette génération-là ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si ça existait en France. Il y avait évidemment Claire Brétéchet qui faisait les Frustrés. C'était quand même pas mal du tout.
- Speaker #0
C'est un peu connu.
- Speaker #1
Et donc, à un moment donné, ce qui est apparu, en tout cas, avec Germain et nous, c'est que c'était une espèce des Frustrés, de Hucle-Calvout. Non, j'exagère.
- Speaker #0
On sent un certain bruxellisme dans cette bande. Ce n'est pas Paris, ce n'est pas la France.
- Speaker #1
Non, c'est la province. En tout cas, les gens qui disent que ça ne plaisait qu'aux lecteurs du sud de Bruxelles auraient pu me vexer. Parce que quand même, il y avait des lecteurs...
- Speaker #0
Je n'ai jamais été du sud de Bruxelles. Et quand tu commences cette série avec Thierry Culliford, est-ce que vous vous lancez dans le classique gagant d'une page en se disant on va le faire toutes les semaines pendant des années ou c'était deux semaines après semaine ? que déjà le trombone était déjà remis en question après le deuxième ou troisième numéro. C'était compliqué. Oui,
- Speaker #1
c'était compliqué. En tout cas, des gags en une plage, ça, c'était certain. On ne voulait pas faire plus. Une grande aventure, c'est trop fatigant. Et quand, après coup, Germain est réapparu, mais dans le spirou, cette fois-ci, assez rapidement, Thierry a dit, mais bon, on a fait le tour. Il n'avait plus envie de m'aider à faire Germain et nous. Et moi, je ne sais pas m'arrêter, en fait. C'est pareil pour tous les autres projets que j'ai eus. C'est que je n'arrive pas à dire, bon, allez, maintenant, on a fait le tour. Et donc, j'aurais continué Germain jusqu'à maintenant. Si, heureusement, des dirigeants de chez Dupuis ne m'avaient pas dit.
- Speaker #0
Ça fait... J'ai noté jusqu'en 1992. On peut parler à la belle jusqu'en 1992. Donc, c'était presque 15 ans de ta vie. Plus que ça, comment...
- Speaker #1
Oui, mais j'aimais bien ce côté... En fait, c'est assez... Je dois être un peu fonctionnaire dans l'âme, comme ça, un côté rond, puis... On ne pense pas à lui. Chaque semaine, je me dis, allez, on va faire la planche suivante. Et puis, j'aime bien cette espèce de routine. Oui, c'est une espèce de petit exercice cérébral. Et ça permet de faire d'autres choses, surtout. Enfin, bon, ça, c'est un autre problème.
- Speaker #0
Donc, te diront qu'une planche par semaine pendant 15 ans, c'est une vraie discipline de travail. Ce n'est pas évident de sortir une planche par semaine.
- Speaker #1
Des dessinateurs de l'époque te diront que... Je ne passais pas toute la semaine à faire ma planche.
- Speaker #0
Mais tu avais aussi un style très particulier, il faut quand même le dire au niveau du dessin. Ce n'était pas le dessin rond qu'on avait l'habitude de voir, ce n'est pas la ligne claire qu'on voyait chez Tintin. pour parler des concurrents. C'est un dessin avec de la vie, du mouvement, de la vitesse.
- Speaker #1
Très incisif.
- Speaker #0
Un geste qui plaisait beaucoup à Franquin.
- Speaker #1
Oui, curieusement, Franquin était fasciné par ça parce que lui se sentait tâcheron, laborieux, etc. Et autant le dessin de Franquin est hyper vivant, bouillonnant, spontané, autant c'est des heures et des heures de travaux préparatoires. Et moi, je crois que j'ai été bêtement influencé par les séances de dédicaces où je voyais mes dieux vivants dessinés en trois secondes et demie. Un personnage dit « Ah bon, c'est comme ça qu'il faut faire ? » Et donc, je me suis dit…
- Speaker #0
Ce qui t'intéressait dans le dessin, c'est l'énergie, c'est la vérité, c'est l'expressivité, c'est quelque chose de vivant, de sensitif presque.
- Speaker #1
Je ne suis pas sûr qu'on a vraiment le temps de développer ça ici, mais si on s'y mettait, j'essaierais…
- Speaker #0
C'est dans le code du mouvement comme Franquin.
- Speaker #1
J'essaierais de comprendre, parce que je pense aussi que j'ai été… écartelés entre plusieurs styles graphiques. Parce que moi, j'aimais bien l'école de Marcinelle, mais je me rendais compte, quand j'avais 15-16 ans, je m'obligeais à dessiner des abat-jours et des voitures et des maisons et des choses comme ça. Et ça ne me plaisait pas du tout. Et donc, simultanément, je voyais les dessins de Rézère, Sampé, Rétéché. Et voilà, c'est une espèce de grand écart qui fait que peut-être maintenant, avec du recul, puisque nous sommes vieux et on a la distance, on peut imaginer que... Germain et nous, il y a une épice de Marcinelle, mais aussi une épice de ce dessin.
- Speaker #0
C'est une école plutôt publique familiale à l'Aspirou. Et cette racine du trombone, plus adulte, plus...
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
plus de discours, je ne sais pas comment il faut le dire.
- Speaker #1
Et graphiquement, plus un plaisir. Plus moderne. Plus de présentation. L'expression des personnages me plaisait beaucoup plus que dessiner des portes et des guitares. Tu n'as pas fait beaucoup d'abayons.
- Speaker #0
Tu as fait beaucoup de réveils. J'ai fait quelques réveils,
- Speaker #1
c'est vrai. C'était pas trop difficile à dessiner. Une fois, une voiture, je pense. Une planche, j'ai fait une voiture et elle était abominablement mal faite. Mais Franck, je trouvais que c'était pas mal. Il était gentil. Germain, c'est une projection de toi et Thierry Culliford. C'est un personnage qui vous regroupe un peu, qui vous ressemble un peu. C'était un pote qui vous a inspiré. C'était la bande de potes et Germain lui-même c'est totalement inconscient. De nouveau, c'est avec le recul psychanalytique que je me suis rendu compte que Germain n'a pas de personnalité du tout.
- Speaker #0
Il est très passée par rapport à la galerie de personnages.
- Speaker #1
Les personnages sont tous ceux qui sont autour de Germain. Germain, il est juste observateur amusé de ses congénères. Et donc, je me retrouve un peu là-dedans, forcément.
- Speaker #0
Dans la construction de la série, tu as travaillé avec Thierry, tu l'as dit, qui a arrêté. Ensuite, parmi tes théories, il y a eu Jean Delphore.
- Speaker #1
Je fais une parenthèse. Thierry, justement Thierry Culliford c'est Pilou dans Germain et nous c'est-à-dire l'adolescent qui est trois fois plus grand que son père mais le père est un peu beauf quand même le père est beauf c'est le fan de foot il faut le replacer pour ceux qui ne connaissent plus oui parce qu'à l'époque c'était un peu beauf d'être fan de foot c'est un produit je ne l'enverrais plus mais évidemment un jour j'ai une anecdote magnifique à raconter c'est qu'un jour on était dans la cuisine chez Thierry Culliford et on déballe le Spirou dans lequel il y a le poster « Tais-toi quand tu réponds à ton père » et Peyot est là dans la cuisine. Il me regarde et dit « Je sais bien de qui tu t'es inspiré pour faire le père dans Germain » . Il en rit ? Bien sûr, il en rit très très fort. Il voit aussi que j'avais forcé le trait. Peyot n'était pas tout à fait comme le père dans Germain. Il y avait ce côté décalé d'un petit monsieur qui crie fort et d'un grand ado qui n'en a rien à foutre.
- Speaker #0
La construction de ces personnages, parce que tu l'as dit, Germain était un peu le passe-père. plat des personnages qui sont autour de lui. Mais petit à petit, il y a toute une galerie.
- Speaker #1
Il y a la fille qui fait des régimes et qui se trouve à la colline. C'est mon ami Isabelle qui est encore une amie. C'était tout à fait inspiré. Il y a Luc Luc aussi. C'est mon ami Luc qui était le batteur de notre groupe dans les années début 70.
- Speaker #0
Je les ai notés chaque fois avec un double nom. Il y a beaucoup de jeux avec ça. Il y a Gary Tom. qui était la star du rock mais qui n'a pas assez souffert pour être une vraie star du rock.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est vrai. Il s'appelle Garniton. Moi, je n'ai pas retenu le nom des personnages parce que je crois que ça a changé. Je sais qu'il y a François Patrice.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Qui est donc le flûtiste. C'était le dragueur.
- Speaker #0
Malgré lui. C'était le dragueur.
- Speaker #1
Ah oui, moi,
- Speaker #0
il s'appelle le flûtiste. C'était, je l'ai noté, André-Marie. Ah oui, André-Marie. Donc, voilà, tu as créé toute une galerie de personnages. Comment ça s'est fait avec tes scénaristes ? Parce qu'il y a Yvan Delporte qui t'a fourni beaucoup de scénarios. Tu as travaillé pendant des années.
- Speaker #1
Je n'arrivais pas à scénariser tout seul. Ça, c'est impossible pour moi. Donc, j'avais besoin d'aller manger une glace chez Zizi ou bien d'aller boire un verre et de discuter le coup avec des gens. Donc, ça a démarré avec Thierry Culliford. Et puis après, Yvan Delporte, très souvent. Effectivement, Sergio Honoré. Ça s'est évidemment reproduit dans les autres disciplines. Moi, je n'arrive pas à bosser tout seul. Sauf exceptionnellement.
- Speaker #0
Il y a une technique de... C'est pas une technique, mais un principe de gag qu'on retrouve beaucoup chez toi, qui me fait penser aux anciens, qu'on retrouve chez Roba, chez Franquin, où il y a un gimmick, et on va jouer avec ce gimmick un maximum. Il y a des planches et des planches sur l'hamburger. Il y a des planches et des planches sur la relation entre Pilou et son père.
- Speaker #1
C'est très amusant. C'est ça qui fait qu'on s'attache à une série. En tout cas, l'exercice, au moment où je le faisais, c'était amusant de reprendre tel ingrédient et de faire des variations. Parfois, c'est un peu lourd. Il faut pouvoir arrêter. Mais le hamburger, c'était vraiment nouveau.
- Speaker #0
En remisant Germain et nous, et en regardant avec le recul de nos grands âges, comme tu disais, c'était vraiment une photographie d'une génération qui a vu beaucoup de changements arriver. Le début du fast-food, le début du Waltzman,
- Speaker #1
le fameux starting of the year. Les premiers ordinateurs aussi dans les derniers années. Voilà,
- Speaker #0
c'est déjà la génération d'après. C'est Joachim, je crois.
- Speaker #1
C'est Joachim qui est en fait mon neveu.
- Speaker #0
qui était déjà un peu geek ça a été vraiment une photographie d'une génération t'avais conscience en le faisant que tu témoignais quand tu vois arriver l'hamburger quand vous commencez à rire Vous sentez que c'est un changement de société ? Que quelque chose arrive ?
- Speaker #1
Non, on joue avec les ingrédients qui arrivent, mais il n'y a pas de... Le recul sociologique, heureusement qu'on ne l'avait pas.
- Speaker #0
Parce qu'il y a aussi une évolution dans les personnages. Sur 15 années, la société change.
- Speaker #1
Les parents écolos, la maman de Sophie...
- Speaker #0
Les très progressistes deviennent très réacs, les réacs deviennent un peu progressistes. On voit tout un changement sociologique qui se fait dans le monde. C'est un peu triste,
- Speaker #1
en fait. C'est marrant. C'est triste de voir comment ce monde a évolué. J'ai fait un parallélisme à deux balles, mais quand on observe... C'est parce que j'ai beaucoup travaillé là-dessus, mais quand on observe Gaston Lagaffe, la fin est terriblement triste aussi.
- Speaker #0
Je pense que tu veux bien.
- Speaker #1
Elle a gagné. Donc je ne sais pas si dans Germain et nous, il y a l'équivalent, mais tout de même, le fait que la maman qui était bio, écolo et compagnie devienne une femme d'affaires, on a vu quand même beaucoup de gens qui devenaient comme ça au fil du temps.
- Speaker #0
Vous disiez quelque chose en pointant ça. de votre bande d'écoute.
- Speaker #1
Oui, mais c'est un peu inconscient. Enfin, heureusement.
- Speaker #0
Il y a toujours une petite satire sociale. Dans tout ce que tu as fait à côté, dans Les Snuls, on retrouve ça aussi. Oui,
- Speaker #1
oui, moi j'aime toujours bien.
- Speaker #0
Parce que les termes usés, ça raconte quelque chose.
- Speaker #1
Oui, j'aime bien qu'on croit qu'on rigole au départ et puis après on se dit, tiens, au fond, c'est quelque chose qui me plaît. Aussi,
- Speaker #0
une des particularités de cette série, c'est que tu y as intégré ton habitude à ne pas te disperser, mais à faire plein de choses. à faire aussi de la musique, à faire du dessin, à réaliser, à faire des clips, à toucher à tout. Et notamment, c'est là-dedans, c'est dans Germain qu'apparaît le fameux groupe des Bowling Balls. Un des groupes les plus prometteurs en Belgique puisqu'il s'agit des Bowling Balls avec Billy, Elton, Avrel et Fernand Baud.
- Speaker #1
Oui, ça c'est une aventure marrante, c'est très marrant à expliquer, parce que de nouveau, le hasard a bien fait les choses, d'une certaine manière, puisque moi je faisais un groupe avec Thierry, enfin on rêvait de faire un groupe avec Thierry.
- Speaker #0
Tu faisais de la musique et on dit des tentes avec lui. Oui, oui,
- Speaker #1
je faisais de la musique. Et puis forcément, si on fait une bande de jeunes des années 70-80, il faut qu'il y ait des fans du rock'n'roll. Les ados, ils allaient aux concerts. Il y en a qui essayaient d'enregistrer les concerts, qui faisaient des disques. Donc il a fallu à un moment je crois que c'est dans le bureau de Payot qu'on s'est réunis pour essayer de scénariser avec Thierry et c'est dans ce bureau là C'est une histoire courte,
- Speaker #0
de 4-5 pages dans mon souvenir où c'est venu à peu près On a fait des bowling balls dans la planche
- Speaker #1
0 ou 1 Déjà dans le trombone je crois Mais on les cite simplement, ils n'existent pas donc il y a un fan des bowling balls Ils apparaissent d'abord sur le papier À un moment c'est Alain Dequeuil, donc le rédacteur de Spirou qui a repris Germain bien après le trombone. Et donc... C'est Alain Dequeuge qui dit que ce serait drôle de faire comme si le groupe existait. Donc on a fait, lors de la reprise de Jeremiah dans Spirou, on est en 80 ? Non, 79, pardon. En 79, on fait un faux magazine rock à l'intérieur du Spirou. Comme un supplément, comme il y a eu le trompe-injustré, mais juste à one shot. Avec des photos, avec des fausses pochettes de disques et on fait comme si les bowling balls existaient. Donc déjà, il y a une espèce de jubilation pour nous. de jouer avec le frère, est-ce qu'ils existent vraiment ou pas vraiment. Et puis Alain Decoche, un peu plus tard, il avait beaucoup travaillé à Télé Moustique, donc il connaissait pas mal de maisons de disques. Et il contacte IMI et il dit ce serait drôle. L'idée était de faire un disque souple dans le Spirou aussi. Un 45 tours loop avec un one shot avec les Bowling Bulls. Et alors là, on demande à Bert Bertrand de nous aider. Et on fait, on rend réel ce groupe qui était totalement fictif. Et finalement, le disque souple ne se fait pas parce qu'il coûte trop cher. Mais on sort un vrai 45 tours. C'est une vraie faux groupe. Et c'est l'époque où... C'est stupide parce que l'époque... c'est l'époque du punk et l'époque du disco donc à la fois on a les Bee Gees et on a les Sex Pistols et donc on se dit les Bowling Bulls ils sont tellement cons qu'ils vont faire du disco punk et on fait God Save the Night Fever mais on ne sent pas du tout que ce groupe allait finalement vraiment exister Merci.
- Speaker #0
Finalement, tu as eu un certain succès avec les Boeing. Il y a eu plusieurs titres que vous avez fait.
- Speaker #1
On a fait plusieurs 45 tours. Des maxis. Des maxis. Et puis, on a fait un album. Mais là, c'est une parenthèse un peu plus triste, puisque Bertrand a quitté ce monde en plein milieu de la gestation.
- Speaker #0
C'était la fin des Boeing Balls, ça s'est arrêté à cause de ça ?
- Speaker #1
Oui, clairement.
- Speaker #0
Mais ce jeu de mise en abyme, c'était aussi neuf dans la BD. Il y avait quelque chose de très moderne, de très contemporain.
- Speaker #1
Moi, ça m'amusait énormément. Je ne vais pas mentir. J'avais vu les Ruttles, par exemple. on avait vu en 78 Eric Heidel de Monty Python a fait cette parodie des Beatles et c'était les Ruttles, donc nous quand on a vu les Ruttles on s'est dit c'est quand même cool les bowling balls c'est pas ça t'as aussi amené à continuer à faire de la musique,
- Speaker #0
à toujours essayer des choses et t'as eu des succès derrière en musique parallèlement à ton travail de dessinateur j'avais toujours je me suis toujours demandé si j'étais musicien ou dessinateur
- Speaker #1
J'ai aussi une anecdote de vieux qui peut être amusante dans un podcast. C'est la fois où j'ai été voir Claire Brétéchet. Donc j'ai eu la chance, grâce à Gilles Verland, qui s'occupait de l'émission Tempo, à laquelle je participais un peu. peu, j'ai dit est-ce que je peux accompagner, il allait interviewer Claire Brétéchet, et après après l'interview je me suis vraiment scotché j'étais vraiment comme un pot de colle j'ai accompagné Claire Brétéchet elle devait aller chercher chercher du matériel de dessin et tout ça. Donc, on était à Paris et je ne sais pas comment elle ne m'a pas foutu dehors. Et tu dessinais,
- Speaker #0
j'ai vu, à ce moment-là, dans le trombone ou c'était avant ?
- Speaker #1
Non, c'était avant le trombone. Donc,
- Speaker #0
tu n'existais pas, entre guillemets. Non,
- Speaker #1
pas du tout. Et donc, je dis, ouais, moi, je ne sais pas très bien si j'ai envie de faire du dessin ou de la musique. Et Claire Brétéchet me dit, fais de la musique parce que le dessin, c'est chiant. On est tout seul. Claire Brétéchet, elle est seule à sa table. C'est des heures de solitude. Au moins, la musique, tu fais ça avec d'autres gens.
- Speaker #0
et après coup je me suis rendu compte que la plupart du temps j'ai fait de la musique mais tout seul comme un branleur et en même temps t'es toujours dans des jeux d'équipe quand tu as fait ta rétrospective au CBBD il y a quelques années c'était mis en avance et tu es entouré d'une vingtaine d'amis donc Chris ici présent le
- Speaker #1
raccourci Jardin et nous évidemment c'est l'honneur je vais citer Ricky Gervais la vie est plus goûteuse quand on la partage je crois ...
- Speaker #0
Tu as toujours ce jeu collectif quand même dans ta manière de travailler.
- Speaker #1
Mais malgré tout, j'ai tout de même fait beaucoup de musique tout seul comme un chien. Et les planches aussi. C'est parce que, voilà, on évoque cet autre projet. C'est pour le moment,
- Speaker #0
c'est pour le moment.
- Speaker #1
Il y a deux ans, je me suis retrouvé avec des disques durs qui étaient des copies de disques durs, qui étaient des copies de DVD, des copies de... Je me suis rendu compte que depuis l'arrivée des tout premiers ordinateurs musicaux où on peut pondre de la musique tout seul dans son coin, j'en ai pondu pas mal. Et ça traînait. Chaque fois qu'il y avait un nouveau synthétiseur, je rechippotais les morceaux. Et puis quand il y avait un nouveau logiciel, je reprenais l'ancien. Et donc, c'est des musiques qui m'ont accompagné pendant... un bon 40 ans et qui ont de l'importance pour moi et à un moment donné, il y a deux ans, je suis sans doute quelques secondes d'ennui, je me suis dit, pourquoi ne pas développer ça, pourquoi pas faire quelque chose avec ça. J'avais pris déjà en otage Nicolas Van Doren pour le podcast Franquin par Franquin. Exactement.
- Speaker #0
Je recommande à tout le monde.
- Speaker #1
Bonne tenue. Et évidemment, après coup, je lui dis « Tiens, tu sais, puisqu'on s'amuse bien, est-ce que tu n'as pas envie d'écouter toutes ces musiques que j'ai sur ce disque dur ? » Et voilà, il n'a pas osé dire non. Et on s'est retrouvé à travailler une dizaine de titres instrumentaux. mais qui sont des vieux brols.
- Speaker #0
Vous m'expliquez qu'on est passé du digital à l'analogie, que c'était retraités, qu'ils ont remis du son, qu'ils ont retravaillé le son que tu leur fournissais. Oui,
- Speaker #1
moi j'avais fait des fausses clarinettes, par exemple, du sampling de clarinettes, et puis, comme Nicolas joue très très bien des instruments avant, il a fait du sax, il a fait de la flûte, on a appelé son fils Félix pour faire de la batterie, et puis, je suis très copain. avec Nicolas Fiesman, qui d'ailleurs a joué dans les Bowling Balls, qui a été le bassiste.
- Speaker #0
Tout est dans tout dans ta carrière.
- Speaker #1
Et donc j'ai pris sur moi et j'ai osé appeler Nicolas en disant « Tu n'as pas envie de faire l'invité pour un des morceaux ? » Et donc il est venu gentiment, et quand il a terminé le premier morceau, il a dit « Et les autres ? » En fait, il est devenu vraiment le bassiste et guitariste de tous ces titres-là. Et là, franchement, ces petites musiquettes que j'avais faites dans mon coin sont devenues des trucs...
- Speaker #0
Et reprécisons par rapport à ce qu'on disait, ça n'est plus du disco punk.
- Speaker #1
Ça n'est plus du... Non, on a passé à autre chose.
- Speaker #0
Dans un niveau, c'est un peu jazz, de ce que j'ai un petit peu entendu. Il y a du tout,
- Speaker #1
moi, de ce que j'ai écouté, ça brasse l'éventail assez large. Un flamant rose. Je trouve que le terme anglo-saxon timeless mess convient parfaitement à ce projet.
- Speaker #0
Et il faut expliquer que ce projet, tu l'accompagnes cette fois-ci. de clips que tu as faits, tu veux m'expliquer comment et avec quels outils et qu'on pourra découvrir chez Seed Factory en mars aussi.
- Speaker #1
Exactement, à partir du 20 mars.
- Speaker #0
Oui, le 20 mars.
- Speaker #1
Le 20 mars. C'est assez rigolo parce que j'étais un peu coincé entre guillemets avec ces morceaux de musique. Maintenant que c'est fait, maintenant que c'est presque finalisé, qu'est-ce qu'on en fait ? Sortir un disque, ouais, bon, ok. Et puis tout à coup, je découvre comme tout le monde, l'arrivée des IA qui est Le meilleur et le pire. Et puis, évidemment, j'ai envie d'un peu chipoter avec l'IA.
- Speaker #0
À chaque fois que tu as vu une technologie arriver, tu as eu envie de jouer avec.
- Speaker #1
Il y a juste le paddle. Je ne fais pas encore du paddle.
- Speaker #0
Tu ne dois pas chipoter. C'est quand même dedans. L'IA, ça ne m'étonne pas que tu aies envie de jouer avec ce outil.
- Speaker #1
Moi, j'ai toujours adoré faire des clips sur les musiques, même avec des bouts de ficelle. Le premier clip des Bowling Balls, c'était du Super 8. Et c'était très difficile à faire, parce que faire le montage en Super 8 sur de la musique, c'est super compliqué. Et donc, là, maintenant, je peux faire des clips. Et je ne vais pas m'arrêter, d'ailleurs, au titre de Timeless Mess. Je vais faire des clips sur toutes les musiques que j'ai faites, parce que c'est trop agréable à faire. C'est trop marrant.
- Speaker #0
Mais tu disais que tu nourrissais la machine d'images ou de choses. Oui,
- Speaker #1
bien sûr. Mais il y a de l'IA dans Photoshop aussi. Donc, quand tu fais une image, tu peux l'agrémenter avec les IA. Et bon, c'est simplement un assistant qui te propose des choses. Je sais que c'est la meilleure et la pire des choses, je sais que ça va foutre la merde dans des tas de business, c'est effroyable. Mais il y a quand même ce truc marrant où tu as une idée, tu mets quelques mots, des mots-clés, et puis la machine propose un truc qui n'est pas du tout ce que tu avais en tête. Et alors après, il y a des multi-choix, et puis on avance. Et puis moi, j'aime quand même bien avoir l'impression que je fais quelque chose. Et je fais le montage du clip. Évidemment, je prends les images qui bougent et j'essaye de les mettre sur la musique. Mais il est essentiel de préciser que cette musique n'est pas du tout faite par des IA.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Va-t'en. Oui, va-t'en. Expliquez ça, les gens. J'en même crois.
- Speaker #0
Tu aimes bien les mélanges comme ça.
- Speaker #1
Tant pis pour eux.
- Speaker #0
Un peu hybride. Je fais une parenthèse, mais je trouve ça très marquant quand on t'en parlait. On a un peu parlé de Franquin. On sait que c'est très important dans ton parcours. Il y a cette sorte de modestie. permanente, un peu gênée dans ce que tu expliques, alors que tu as 40 ans de carrière derrière toi, que tu as fait des choses que toute la culture belge connaît, que toute ma génération connaît, on peut parler des snuls pendant longtemps, on a parlé de Germain, etc. Il y a quand même des jalons importants, il y a toujours cette manière presque un peu gênée de devoir en parler.
- Speaker #1
Et ça,
- Speaker #0
simplement, il faut penser à André, à André Franquin.
- Speaker #1
Oui, mais c'est toute l'école de Marcinelle. Je pense que c'est ça qui est drôle à observer d'ailleurs, j'imagine que tu as pu l'observer aussi, c'est que Euh...
- Speaker #0
Du côté de Spirou, dès qu'il y en a un qui essayait d'un tout petit peu se la péter, tous les autres se foutaient de sa gueule. C'était impossible de se prendre au sérieux. Ce n'est pas pour ça que le métier n'est pas quelque chose de sérieux, blablabla. Par contre, de l'autre côté, Tintin, il y en avait quand même qui...
- Speaker #1
Oui, c'est ça, on en a parlé. Ceux qui connaissent un peu, il y avait une vraie rivalité à l'époque. Il y a deux écoles de dessin en Belgique, ce qu'on a appelé l'école de Marcinelle-Groné, pour le dire très vite, de la photo humoristique d'un côté. Plus réaliste, plus sérieux, plus posé, plus ligne claire. Oui,
- Speaker #0
il y a une façon d'appréhender l'existence, je crois. C'est de se dire, j'ai de la valeur, j'existe, donc je dois marquer la planète. Moi, il y a un truc qui m'a vraiment orienté vers l'école de Marcinelle, vers Spirou. C'est la fois où je suis allé à une séance de dédicaces et j'ai demandé un schtroumpf à Hergé.
- Speaker #1
Tu dis que tu as un schtroumpf de Hergé,
- Speaker #0
au centre. Non. parce qu'évidemment il m'a regardé non non ça je ne fais pas et je pense maintenant avec du recul que c'est ça qui m'a conforté dans l'idée que je me sentais plus proche des gens qui ne se prenaient pas au sérieux j'ai essayé de demander à Tintin Jigé par exemple il te l'aurait fait je
- Speaker #1
pense il aurait fait une bécassine et donc parlons bande dessinée donc cette exposition qui va commencer le 7 mars donc une responctive des planches de Germain sur l'ensemble de la période où il travaillait de 77 à 92 ... Oui,
- Speaker #0
comme c'est une expo d'originaux, on a un peu favorisé les débuts puisque...
- Speaker #1
Explique-moi justement comment s'est fait le choix des planches.
- Speaker #2
Par rapport à déjà tout ce qu'on a dit, vu comme tu expliquais que le personnage de Fred est multi casquette et sur plusieurs projets, nous on avait envie de remettre en avant le côté dessinateur de Fred, c'est un peu le rôle de la galerie. Et donc au niveau du choix c'était... assez chouette à faire, parce que Fred a un côté très archiviste, donc il a beaucoup de matériel, tout est bien stocké.
- Speaker #1
Il a conservé l'ensemble des planches ?
- Speaker #0
Oui, j'étais dans une maison avec de la place dans la cave, et donc j'ai vraiment accumulé. Je pense qu'en 2015, ça a été très facile de tout ressortir pour mettre au CVBD, et puis là, j'ai ressorti les...
- Speaker #2
Tout est classé dans des boîtes, c'est numéroté, donc ça a été un vrai plaisir de commencer à passer les planches en revue ensemble, et moi j'ai essayé de privilégier les... Oui, des choses assez anciennes, justement la période du trombone, et des choses, des planches qui remettent justement le trait en avant.
- Speaker #0
Il faut peut-être préciser qu'à l'époque, les originaux n'avaient absolument aucun intérêt, mais vraiment aucun. Je me rappelle qu'avec Yvan Delporte, l'objectif c'était la chose publiée, le support, on s'en foutait. Yvan parlait d'un dessinateur. américain qui était tellement myope qu'il faisait ses planches à la craie blanche sur un tableau noir pour un quotidien et quelqu'un venait faire une photo et c'est le négatif qui passait dans les journaux. Je ne sais pas si ce tableau noir a été mis en vente dans une galerie.
- Speaker #2
Pour revenir au dessin, ce qui m'a fort marqué quand j'ai eu le plaisir de venir quelques jours chez toi pour sélectionner les planches, forcément on remet en avant Germain et nous parce que ... Comme toi, c'est une BD qui a marqué une génération et on sait que le public ou les acheteurs ou les collectionneurs, c'est vers ça qu'ils vont se tourner. Moi, j'ai vraiment eu un vrai coup de cœur en voyant tes carnets de dessin, en voyant tes espèces, en voyant des choses très spontanées. On reparlait du trait, ce côté incisif et très vite. Donc, tu expliquais que tu aimes bien te mettre à la fenêtre de chez toi et croquer sans presque même regarder. La feuille de dessin croquait des attitudes, des décors, des personnes. Et j'ai vraiment eu un super coup de cœur par rapport à ça. Donc, on va aussi essayer de montrer ça dans l'exposition, de consacrer en tout cas un espace sur le côté vraiment purement dessin, même si ce n'est peut-être pas ce que les gens connaissent au départ. Mais c'était important de le montrer.
- Speaker #0
Ça me fait vraiment vachement plaisir, évidemment. beaucoup touché quand j'ai vu tes yeux regarder mes dessins qui sont un peu des trucs que je fais.
- Speaker #1
On parlait de ta modestie tout à l'heure. Est-ce que tu n'as pas été le plus mauvais communicant du dessinateur que tu es, en faisant plein d'autres choses ? Non, pas. C'est un salon important, c'est un style graphique qui est important, qui marque une génération qui est très forte. Et Francky appréciait ton dessin. Il n'était pas connu pour son mauvais goût. Voilà, tes deux...
- Speaker #2
Tes deux pètes,
- Speaker #1
Delport, Gottlieb Franquin, ils avaient du goût.
- Speaker #0
Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr, mais ce n'est pas très, très grave. Moi, je sais que, comme je l'expliquais tout à l'heure, cette espèce de grand écart, je pense que j'étais, entre guillemets, un petit peu coincé par l'idée que je travaillais pour Spirou. et que je devais quand même rester un peu proche d'un style graphique. Et puis après, j'ai fait des bouquins qui sont tombés dans l'oubli et qui sont des bouquins avec un style de dessin beaucoup plus libre et beaucoup plus lâché.
- Speaker #1
Mais une rétrospective comme ça, ça permet aussi de voir l'évolution du dessinateur qui était en cas en temps.
- Speaker #0
Oui, et peut-être les deux chemins, parce que c'est vraiment des chemins différents. Je ne crache pas dans l'idée d'avoir exploré le territoire de ce dessin pour Germain et nous. avec l'évolution naturelle. Ce n'est pas un moment où on se dit « Tiens, je vais changer ça. » On voit que les planches du début ne sont pas tout à fait les mêmes que celles de la fin. Mais je n'ai jamais cessé d'avoir cette espèce de petit plaisir solitaire de dessiner spontanément. Et si d'autres gens aiment bien, je suis ravi, évidemment.
- Speaker #2
On verra, j'espère. Moi, je suis persuadé. Et si tu devais dessiner un Germain à l'heure actuelle, tu...
- Speaker #1
tu te servirais de l'IA ou bien tu en tout cas l'exercice je sais avec Que du Bonheur c'est un peu ça que j'ai tu as fait une sorte de post-couelle à Jepain et nous quelques albums quelques années plus tard où ils avaient tous évolué, ils étaient tous âgés oui,
- Speaker #0
c'est un problème marrant de la même génération un peu plus tard qui avait des problèmes de famille recomposée en fait non, la vraie histoire c'est très anecdotique mais avec Sergio on avait proposé à Spirou ... toute une Un album de Germain sur les familles recomposées. Et à Spirou, ils ont dit, mais enfin, ça n'intéresse personne. Aux États-Unis, les gens divorcent, mais pas chez nous. Et donc, on s'est sentis un peu frustrés. Et quelques années plus tard, j'ai pu quand même explorer ce territoire et faire que du bonheur.
- Speaker #1
Il faut expliquer d'ailleurs que Germain et nous n'a pas été... Le premier album de Germain et nous n'a pas été publié chez Dupuis. Ça, c'est quand même une anecdote un peu étrange.
- Speaker #0
Oui, mais ça, c'était formidable. Donc, moi, j'ai... Un jour, on s'en a à ma porte, en 1978.
- Speaker #1
Bonjour, monsieur Ulaf Tourib.
- Speaker #0
Et c'est Marcel Gottlieb qui s'en a à ma porte. Donc, j'ai mon premier infart. En fait, Marcel Gottlieb venait avec Yvan Delporte.
- Speaker #2
Bonjour les enfants, salut Marcel.
- Speaker #0
Et on a fait des émissions de radio ensemble, qui ne sont jamais sorties, mais qui sont un projet... Enfin, c'était formidable. C'est encore dans tes cartons d'Ottawa ? Bien sûr. Marcel venait avec ses valises de vinyle, donc de Paris. Il prenait le train et puis... on écoutait ce vinyle et on rigolait. Yvan Delporte et Marcel exploraient la musique déconnante, c'est-à-dire l'humour ne doit pas être dans les paroles, mais dans la musique, la musique qui fait rire. C'est un peu compliqué. C'est pas avec John.
- Speaker #3
Marcel Gauthier, présente loupé ce cadeau, n'ont pas frais choux. Avec Yvan Delporte et Frédéric Jannin. Et cette semaine, la participation d'André Franquin et Corinne Bonneau.
- Speaker #0
Et donc, Gottlieb, voyant que je dessinais, il m'aimait bien. Et quand il y a eu assez de planches, il a dit, mais pourquoi tu ne fais pas un album chez Fluides Glacial ? Et donc, j'étais évidemment super...
- Speaker #1
Du Pouyne, tu n'avais pas proposé de faire d'album ?
- Speaker #0
Non, mais chez Du Pouyne, il fallait la matière de quatre albums, je crois, pour commencer la collection.
- Speaker #1
Quand on est genre dans une logistique... La base de l'édition, c'était le magazine. C'était tout se passer dans le magazine. On faisait éventuellement des albums.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
La petite génération d'aujourd'hui, pour les jeunes, il faut leur expliquer.
- Speaker #0
Oui, ils ne comprendront pas.
- Speaker #1
Il y a eu un vrai renversement économique.
- Speaker #0
Mais je pense que c'est universel. À partir du moment où il y a eu des écoles de marketing et des gens qui sortaient de ces écoles et qui décidaient qu'eux, ils savaient bien ce qu'il fallait faire pour que ça marche.
- Speaker #1
Le genre de personnage qu'on retrouve dans Germain.
- Speaker #0
On était foutus. Et nous sommes foutus. Maintenant, on est foutus.
- Speaker #1
Et donc, il y a eu un album chez Audi. Je crois que c'était Audi. Oui. À l'époque, il y a des planches de cet album-là. C'était première planche qu'on retrouve dans...
- Speaker #0
C'est des flanges de trombone qu'on retrouve à l'expo. Et il y avait aussi, j'avais adapté le roman photo des Bowling Bulls qu'il y avait eu dans le Spirou, dans cet album-là aussi.
- Speaker #2
Mais sur l'expo, on fera des petites vitrines aussi avec toutes les publications qu'il y a eu. Ce ne sera pas juste une expo vente, ce sera aussi une expo qui va rendre hommage à tout l'univers. On va faire des petites mises en scène, des petites installations. Vous n'êtes pas nombreux.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
Vernissage est noté, on est le 5 mars.
- Speaker #0
Le 5 mars.
- Speaker #1
Et ça se prolonge jusqu'au... 29. 29, vous êtes plus rapide que moi. Donc un bon mois, on va pouvoir enfin voir de près les originaux de Frédéric Jeannin et de Germain Hélot.
- Speaker #0
Je fais cette tête-là.
- Speaker #1
Voilà, on sera là nombreux. On répète qu'il y aura donc un site Factory pour avoir des clips en IA autour de la musique que tu vas faire pour l'année prochaine.
- Speaker #0
Oui, c'est pour ça que suis-je dessinateur, suis-je musicien ou bien ni l'un ni l'autre. Et tu as ta réponse maintenant ?
- Speaker #1
Non. T'es un artiste. C'est pas un gros mot, tu es un artiste.
- Speaker #4
Je sais.
- Speaker #1
Franck aurait souri à ce dernier mot et aurait resté là-dessus, je crois. Parfait. Ben écoute Fred, merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci, merci à vous.
- Speaker #1
Bonne chance pour la suite, on se voit en vernissage à la galerie. Merci Bruno. Merci. Et merci évidemment à Streambox de nous avoir accueillis pour ce podcast tout à fait particulier.
- Speaker #0
Eh regardez-moi ça ! Eh ! Tais-toi et tais-toi quand tu réponds à ton père !