Speaker #1Que l'histoire commence. Dans le grenier de la vieille maison de mamie, il y avait un monde entier à explorer. Des valises pleines de vêtements anciens, un cheval en bois fatigué, des livres aux pages jaunies et une horloge arrêtée à jamais sur midi. Gabriel adorait cet endroit. Un après-midi de vacances, alors que la pluie jouait de la batterie sur les vitres, Gabriel grimpa les escaliers grinçants menant au grenier. Sa lampe torche à la main, il décida de partir en expédition. Il se glissa entre deux armoires, souleva un rideau poussiéreux et découvrit quelque chose d'étrange. Une machine. Pas une machine comme celle qu'on voit à la télé, tout en bois, avec des engrenages en cuivre, des leviers de toute taille, une pédale à actionner avec le pied et un petit écran à aiguille comme une vieille radio. Et surtout, une plaque louée sur le côté. Il était écrit « Machine à laver les bêtises, modèle 100% souvenir. » Gabriel haussa les sourcils. Une machine à laver les bêtises ? Il fit le tour de l'appareil, observa un bouton rouge. un verre et une manivelle. Curieux, il tourna la manivelle. Clong ! La machine vrombit, toussa un peu, puis un tireur s'ouvrit doucement. À l'intérieur, une petite bille verte et un papier. Gabriel lut à haute voix. Bêtise numéro 327 Avoir caché les chaussures de papa dans le frigo. Il éclata de rire. Oh, ça c'était moi ! Et il avait mis dix minutes à les retrouver. Il y avait sur le papier un petit texte. Appuyez sur le bouton rouge pour effacer la bêtise. Gabriel haussa les épaules et appuya. La bille est disparue dans un petit nuage de fumée sucrée. Mais aussitôt, quelque chose changea. Il fronça les sourcils. « Attends, papa, les chaussures, je ne me souviens plus de ce moment. Bizarre. » Mais il continua. Nouvelle manivelle, nouveau tiroir. Bêtise numéro 219. Avoir repeint le chat en bleu avec un feutre. « Ah non, Joe ! » « Mon dragon chat ! » C'était le jour où Mamie a crié « Un schtroumpf à poil ! » Il hésita, appuya, et pouf ! Le souvenir s'évapora. C'est comme si... Je n'y avais jamais pensé. Plus de chat bleu, plus de fou rire, plus de Mamie qui renverse son thé en riant. Il commençait à comprendre, chaque bêtise effacée. faisait aussi disparaître un souvenir. Des bêtises, oui, mais souvent des souvenirs drôles, tendres et précieux. Gabriel s'assit en tailleur devant la machine. Il resta là un moment, pensif. Il se souvenait de la fois où il avait mis des petits pois dans les bottes de mamie. Elle avait râlé, puis rit. Elle avait dit « au moins, ça masse les pieds » . Devait-il effacer ça aussi ? Il tourna encore la manivelle. Une bille rouge sortit. Bêtise numéro 105. Avoir crié à l'école que la maîtresse avait un dragon dans le ventre. Il rit, il rit beaucoup. C'était le jour où elle avait annoncé son bébé. Je croyais vraiment qu'elle allait exploser. Il regarda la bille, puis la rangea dans sa poche. Non. Il ne voulait plus rien effacer. Ces moments faisaient partie de lui, de son histoire, même les plus farfelues. Alors Gabriel se leva, inspira un grand coup et débrancha la machine. Le silence revint dans le grenier. Seulement interrompu par la pluie qui frappait les tuiles. Il descendit les escaliers, quatre à quatre, glissa sur la dernière marche et fonça dans la cuisine. « Mamie, tu te rappelles le jour où j'ai mis mes baskets dans le lave-vaisselle ? » Mamie leva les yeux de son tricot. Un sourire moqueur au coin des lèvres. Comment oublier ? Le poulet du lendemain goûtait la lessive. « Et le jour où j'ai fait une potion magique avec du dentifrice et des cornichons ? » « Tu avais repart la salle de bain, je m'en souillais encore, le dentifrice était sur le plafond. » Ils rirent tous les deux. Longtemps. Gabriel posa alors la tête sur l'épaule de mamie. « Tu sais, j'ai failli tout oublier. Les bêtises, les souvenirs, tout. » « Tu sais mon cœur, les bêtises c'est ce qui rend l'enfant si savoureuse. » « Sans elles, on n'a pas d'histoire à raconter. » Gabriel sourit. Il le comprenait maintenant. Il allait peut-être encore en faire, mais il ne les effacerait. Plus jamais. La morale de l'histoire. Les bêtises font partie du chemin. Elles laissent parfois des tâches, oui, mais aussi les plus jolis souvenirs. L'histoire est maintenant terminée,