Speaker #0Bienvenue dans Qui paye l'addition avec Kenza Tahri. Dans ce podcast, j'analyse les tensions, les révolutions inachevées et les nouveaux équilibres qui se baissent entre les femmes et les hommes depuis le mouvement de l'étude. Je réponds aux questions que j'entends autour de moi, celles qui s'invitent dans nos couples, dans nos lits, dans nos réunions de boulot et nos diners de famille. Des questions que vous vous posez peut-être aussi, car s'il n'est pas question de céder à une refrain devenue quotidien comme « On ne peut plus draguer » , « Les hommes ne sont plus des hommes » , ou encore, mon préféré, les femmes vont toutes devenir lesbiennes, il est intéressant d'explorer les nouveaux codes, les nouvelles interrogations et les nouvelles attentes qui sont nées depuis le mouvement ITU, du côté des femmes comme du côté des hommes. Ce mouvement n'a pas seulement dénoncé des agressions sexuelles, il a fait voler en éclats toute une grammaire relationnelle, celle du pouvoir, du désir et des rôles que l'on joue. Alors, ce podcast ne va pas vous donner de réponses toutes faites. Mais il est fait pour vous si vous sentez que ce flou est un chantier passionnant où tout peut enfin se rejouer. Bienvenue ! Bienvenue dans l'épisode 3. Le couple et l'argent, pourquoi ça coince ? Aujourd'hui, on ouvre une série de 3 épisodes dédiés à l'économie de la vie conjugale. Parce qu'il y a des questions qui tuent l'amour plus sûrement que l'infidélité. Parmi elles, comment on partage les frais ? Et pourtant, ne pas en parler tue plus certainement encore. A force d'éviter le sujet, des frustrations se cristallisent de part et d'autre. Nombreux sont les couples à évoquer une gêne autour de l'argent, comme si l'amour commençait là où le calcul s'arrête, et inversement. Et pourtant, tout nous y ramène. Qui paye le premier verre ? Qui paye les vacances ? Qui paye le loyer ? Les courses ? qui réduit son temps de travail à l'arrivée d'un enfant, derrière ces scènes ordinaires, se rejoint un contrat économique et affectif bien peu égalitaire. Dans ce premier épisode, d'une série de trois articles sur le sujet, on s'intéresse aux finances de l'amour. Lors d'un premier rendez-vous galant, hétérosexuel, pour 72% des hommes et 60% des femmes, il est normal que l'homme paye l'addition. Ce geste galant Certes agréable et souvent attendu, esquisse un schéma bien connu qui assigne femmes et hommes à des rôles sociaux différenciés. L'homme paye, la femme est récipiendaire. Dès que l'on s'installe ensemble et que l'on a des enfants, ces logiques s'installent durablement, même à niveau de diplôme équivalent. L'un endosse le rôle de provider ou de pourvoyeur économique, les hommes, l'autre de caregiver. Il prend en charge la gestion de la vie quotidienne, l'organisation, l'éducation des enfants, souvent les femmes. Même dans les couples les plus progressistes, ce déséquilibre s'installe, car hélas, égalité des aspirations ne rime pas toujours avec symétrie des moyens, compte tenu des inégalités de salaire persistantes. 22% à tous postes confondus et 4% à postes égales. Or, ces deux formes de contribution, provider versus caregiver, sont reconnus et valorisés de manière très inégale. L'un est évidemment socialement valorisé, et l'autre beaucoup moins. D'ailleurs, il n'est pas certain que ce modèle convienne au fond aux deux partenaires. Chez les femmes, il est souvent un prélude à la dépendance économique, qui se trouvera plus tard renforcée par la maternité, première cause des inégalités de salaire. Interruption de carrière, congés parentaux inégaux, tendance à réduire son activité professionnelle du fait des enfants, le tout renforcé, cerise sur le gâteau, Par la conjugalisation de l'impôt, c'est-à-dire le fait qu'il soit plus avantageux de payer ses impôts au niveau du ménage, qui incite la personne la moins payée du couple, souvent les femmes, à réduire leur investissement dans la vie professionnelle et la mieux payée du couple, souvent les hommes, à réduire leur investissement à la maison. Notons par ailleurs que plus les couples ont d'enfants, moins les pères s'investissent dans les tâches domestiques, comme l'a montré une étude de la Fondation des femmes. Ces inégalités sociales sont renforcées par une intériorisation très forte chez les femmes de l'idée qu'aimer, c'est se dévouer, prendre soin, ou que leur valeur se joue dans le don d'elle-même. Le don affectif, émotionnel, mais aussi logistique. Elles assument donc la majorité de la charge mentale, organisent la vie domestique, adaptent leur emploi du temps, réduisent parfois leur ambition professionnelle, sans toujours réaliser qu'elles y laissent aussi leur autonomie économique. Résultat, elles sont frustrées. sur le moment, ou découvrent, s'il y a séparation ou à l'approche de la retraite, l'ampleur du déséquilibre accumulé. Peu d'épargne, pas de patrimoine, une pension de retraite minorée, inférieure à 40% à celle des hommes. Certaines restent en couple, par peur de la précarisation, et s'interdisent la liberté de vivre autre chose. Ce qui est bien dommage. Chez les hommes, beaucoup vivent en silence une série de tensions intérieures liées à l'argent dans le couple. Il y a d'abord cette pression transmise depuis des générations à être celui qui assure, celui dont la valeur est indissociable de sa capacité à subvenir aux besoins matériels du foyer. Tant que ce rôle est tenu, il peut être source de fierté, mais au moindre accroc, perte d'emploi, baisse de revenus, il devient un facteur de honte. D'autres culpabilisent de voir leurs compagnes s'épuiser à gérer seules les enfants, la maison, le quotidien, sans réussir à sortir d'une division des rôles qu'ils n'ont pas toujours choisie. Quelques chiffres. En France, les femmes effectuent 72% du travail domestique et parental non rémunéré. 5 ans après la naissance du premier enfant, le salaire des femmes baisse de 25% en moyenne. 80% d'emplois à temps partiel sont subis. chez les femmes, faute de mode de garde. Lorsqu'un enfant naît, une mère sur trois réduit ou interrompt son activité professionnelle dans les trois premières années de l'enfant. Résultat, à 10 ans après la naissance d'un enfant, l'écart de revenu entre les pères et les mères atteint 42%. La pension de retraite des femmes est 40% intérieure à celle des hommes. Dans Le couple et l'argent, la journaliste et essayiste Titou Lecoq démontre comment les dynamiques financières genrées dans les couples conduisent à une précarisation économique des femmes, particulièrement au moment d'une séparation ou au moment de la retraite. Elle met en lumière le schéma fréquent, celui que l'on vient d'évoquer. Tandis que les femmes prennent en charge les dépenses du quotidien, courses, vêtements, fournitures scolaires, consultations médicales, médicaments, cadeaux, les petites dépenses, les hommes se concentrent sur les grosses dépenses, qui sont en réalité des investissements durables. Achats immobiliers, placements financiers, décisions concernant l'épargne et la retraite, cette répartition découle de rôles différenciés, traditionnellement assignés aux femmes, celui de gestionnaire domestique ou de ministère de l'intérieur, et aux hommes, celui de pourvoyeur économique. Or, les investissements gérés par les hommes, comme l'immobilier ou les placements financiers, leur permettent d'accumuler des actifs qui leur confèrent un avantage économique à long terme. En revanche, Les dépenses des femmes n'offrent pas de retour sur investissement, ce qui appauvrit proportionnellement leur capacité d'épargne. Résultat, en cas de séparation, les femmes se retrouvent souvent avec peu de patrimoine, tandis que les hommes conservent les actifs à forte valeur ajoutée. Bref, en cas de séparation, lui repart avec l'appartement et elle avec les points de fidélité du supermarché. Il y a aussi la question des salaires. Est-ce qu'il n'est pas aujourd'hui humiliant et injuste de s'entendre dire couramment par les hommes en général, oh pour une femme tu gagnes bien ta vie ?
Speaker #0C'était François Mitterrand en 1965. Pourquoi ce système perdure ? Car il y a bien un paradoxe. Même les couples les plus progressistes, ceux qui souhaitent l'égalité, reproduisent des dynamiques inégalitaires. Cela s'explique par trois facteurs principaux. Le premier, c'est le différentiel de salaire structurel, qui rend rationnel, entre guillemets, que ce soit les femmes qui adaptent leur temps de travail. Et d'ailleurs, si on va un petit peu plus loin, le système socio-fiscal français... et c'est le cas bien sûr dans d'autres pays, incite aussi à cette répartition genre et des rôles. Lorsque vous payez vos impôts au niveau du ménage, quand vous êtes marié ou paxé, et qu'en fait c'est plus avantageux pour vous d'avoir un écart de salaire, vous désincitez le plus petit salaire à travailler. Et ça, c'est un sujet qui est évidemment politique. Alors que si on payait l'impôt de manière individualisée, Ce serait peut-être différent et d'ailleurs, les femmes n'y perdraient pas du point de vue fiscal. Deuxième raison, c'est la naturalisation du travail du care. Le care, c'est, on l'a vu, tout le travail domestique, il y a l'éducation des enfants, c'est aussi le travail relationnel, affectif, qui reste perçu comme étant naturellement féminin et évidemment non rémunéré. Or, ce travail représenterait, selon les estimations de l'ONG Oxfam, et si l'on valorisait ce travail au salaire minimum, une contribution à l'économie mondiale d'au moins 11 000 milliards de dollars par an, soit plus de trois fois la taille de l'industrie technologique mondiale. Ce qui est absolument énorme. Troisième raison, l'idéologie de la conjugalité fusion. C'est l'idée que le couple est censé tout partager sans compter, en particulier dans les débuts. Et ce flou sur les contributions justifie une forme d'opacité financière qui empêche toute contractualisation équitable. Je ne parle évidemment pas d'une contractualisation au sens juridique, mais en tout cas d'un pacte qui soit équitable. Une fois qu'on a dit tout ça, peut-être que la seule question à se poser, si on a envie d'ouvrir le dialogue de manière apaisée avec son conjoint, sa conjointe, c'est, et si on osait se dire, se demander, à quoi ressemblerait un modèle équitable pour nous ? Parce qu'il ne s'agit pas de poser un modèle idéal théorique, mais un modèle sur mesure, conscient, adapté aux réalités de chaque couple. Alors voici quelques pistes. pour ouvrir cette discussion de façon apaisée. La première piste, c'est qu'il ne me semble pas équitable de faire 50-50 sur les dépenses, sans faire aussi 50-50 sur le reste. Je m'explique. Si on divise les dépenses en deux, alors il faut aussi partager la charge mentale, l'organisation domestique et la parentalité. Sinon, la facture est faussée. Deuxième piste, et un peu sur la même logique, On peut choisir de contribuer à proportion de ses revenus, mais il faut aussi reconnaître le temps domestique et parental comme une ressource monétaire, un temps qui pourrait être rémunéré, délégué ou investi autrement. Je vous donne un exemple qui est celui des couples séparés qui ont des enfants en commun et le plus souvent la garde des enfants est attribuée à la mère dans 85% des cas et donc dans ce cadre-là, souvent le père verse une pension alimentaire à la mère. Cette pension alimentaire, c'est une contribution monétaire qui est fondée sur les capacités contributives du père en fonction de son salaire. Ce que cette pension alimentaire occulte complètement, c'est qu'une femme qui va avoir ses enfants à temps plein ou l'essentiel du temps, ça a un coût. C'est le coût des opportunités professionnelles qu'on n'aura pas, de la promotion qu'on n'aura pas, du boulot qu'on ne peut pas changer. de la boîte qu'on ne peut pas lancer en même temps que son activité professionnelle en parallèle. Donc cette question du temps passé, l'intégrer à la pension alimentaire comme une ressource monétaire indirecte, ça pourrait aussi permettre de rendre les choses plus équitables, même quand on est séparés. Troisième piste, c'est d'arrêter de considérer l'argent comme des chiffres. mais de se dire que derrière l'argent, finalement, qu'est-ce qu'il y a ? Il y a nos rêves, il y a nos projets, il y a notre futur. Et donc, un modèle équitable pour soi, et pour soi avec l'autre, ne se réduit pas, évidemment pas, à de la comptabilité, c'est aussi se demander quels sont mes rêves, mes rêves personnels, les miens, mes rêves à moi. Se demander aussi qu'est-ce que j'ai envie de construire avec cette personne. Aussi, se demander comment on répartit les efforts, les sacrifices et les soutiens. Se demander qui prend soin de quoi et de qui et à quel moment. Pour aller plus loin, je vous propose de rejoindre la mailing list pour participer à une masterclass qui arrivera en septembre et que j'ai appelée « Le couple et l'argent, comprendre, équilibrer, choisir » . Ce sera la première d'une longue série de masterclass. sur différentes thématiques que j'aurai l'occasion et l'immense bonheur de vous présenter à la rentrée, après l'été. Pour vous inscrire à la mailing list, vous pouvez aller directement sur le site de Friction. Le lien est accessible dans la bio de mon compte Instagram, Kenzatari, de tirer du bas, K-E-N-Z-A. T-A-H-R-I, de tirer du bas, sur Instagram. Et puis donc, n'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter de friction, qui est gratuite pour recevoir tous nos contenus et les infos sur la masterclass, le couplet l'argent. Si vous ne voulez pas recevoir la newsletter, allez directement dans l'article dédié sur le couplet l'argent. C'est une série d'articles, il y en aura trois. Et vous pouvez directement vous inscrire sur cette page-là. Et je ne vous enverrai que les infos sur la masterclass. J'espère que cet épisode vous a plu. N'hésitez pas à le partager avec la personne avec qui vous partagez votre quotidien ou à des amis qui se posent ces questions-là. Et puis, quant à moi, je serai ravie de vous retrouver très vite pour la deuxième épisode du Couplet l'argent qui arrivera avant mi-juillet. Et d'ici là, comme d'habitude, je vous embrasse !