Speaker #0La vieillesse, c'est pas pour les mauviettes. Bette Davis. Laurence Bisang, Dans Générations. Avez-vous bien ri cet été, en famille, entre amis ? Je me demandais si on riait plus en vacances. Personnellement, je ne pense pas. Je ne pense pas qu'il y ait une saison plus dispo au rire ou à l'humour. On en a besoin absolument tout le temps. Le second degré court toute l'année, c'est une attitude, quatre saisons, donc du matin au soir et retour. Et à tout âge, ou bien? Y a-t-il un âge plus propice au sens de l'humour ? Est-ce que l'humour s'apprend déjà ou s'attrape ? De façon spontanée, dès le plus jeune âge. Oui, vous avez déjà vu comment de très jeunes enfants captent le deuxième degré, c'est fascinant ça. Alors ça s'acquiert ou c'est inné ? En tout cas, une fois que c'est là, cette disposition au clin d'œil nous accompagne toute la vie jusqu'à vieille et vieux. Et heureusement. Pour moi, l'humour est une sorte de filtre à travers lequel on peut observer le quotidien, une espèce d'adoucisseur de la vie. Et bienfaisant. Oui, bien sûr, on l'a appris. Rire, c'est bon pour la santé. C'est, paraît-il, un ralentisseur naturel de vieillesse. Ça diminue le stress. Bon pour le système immunitaire. Et c'est agréable. C'est agréable. Dans la mini-série documentaire de la RTS « L'humour est dans le pré » , diffusée en avril dernier, Thomas Wiesel souligne « Personne n'aime pas rire » . Mais c'est tellement vrai ça ! On aime bien rigoler, c'est vrai ! Autre question, rit-on plus ou moins facilement quand on est âgé ? Comme l'a si joliment souligné Georges Brassens, le temps ne fait rien à l'affaire. Cette chanson est fantastique d'ailleurs, quelle plume ce Georges ! "Quand on est con, on est con." Parallèlement justement, je fais un parallèle là, quand on a le sens de l'humour, on a le sens de l'humour pour toujours. Un petit peu comme la bosse des maths ou la foi. Personne ne se force à croire, ou bien? On est croyant ou on ne l'est pas. En tout cas, pas de prosélytisme pour l'humour, ça c'est sûr. On a et on utilise ce sens ou pas. Cela dit, y a-t-il vraiment des gens qui ne l'ont pas du tout ? Je vous avoue, avoir croisé des personnes, je sais pas, dans un ascenseur ou à la caisse d'un magasin, à qui je fais une petite remarque, une petite causette comme ça en plaisantant, et puis la personne avec qui je dialogue spontanément n'a de toute évidence pas du tout capté que je rigolais. Mais pas pigé du tout, du tout. Rien. Genre, pas la lumière. Et alors là, je reste seule avec ma petite blague, comme si l'humour était une langue que la personne en question ne connaît pas. Et alors, impossible de rebondir. Un petit sourire gêné. Voilà. Voilà. Au revoir. Pardon. Ça vous est déjà arrivé, ça ? Et alors à l'inverse, en fait, quand dans une situation toute banale, un mini-échange s'engage à quelqu'un qu'on ne connaît pas et ça amène un rire partagé, mais j'adore. Mais bon, je suppose que l'humour existe bel et bien pour une grande majorité d'entre nous, à des degrés différents, un peu, beaucoup, passionnément. Mais concernant, c'est presque aussi nécessaire à mon esprit que l'oxygène à mes poumons, mon cerveau, mon corps, ça me permet d'appréhender les choses, en fait, pour moi et dans mon lien aux autres. C'est un véritable facteur de sociabilisation. Cela dit, avec l'âge, c'est quand même mieux d'être doté d'une bonne dose d'humour. Ça aide à accepter la flexibilité, la mémoire qui flanchouille, la fragilisation de la santé et autres marques du temps qui passent en nous tirant la langue. Et en fait, l'humour, ça aide à vivre joyeusement et donc, ouais, vieillissons en souriant !