Speaker #0Bonjour et bienvenue dans le podcast gendarme dédié à la guerre. à l'histoire de la gendarmerie permettez-moi puisqu'il est encore temps de le faire de vous souhaiter mes meilleurs voeux pour l'année qu'elle vous apporte le meilleur tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel nous nous intéressons aujourd'hui à une figure bien connue des gendarmes leur sainte patronne geneviève sainte pour les croyants symbole pour tous elle est depuis 1962 en effet la patronne des gendarmes français mais pourquoi cette femme du cinquième siècle issue d'un monde si lointain a-t-elle été choisie pour incarner les valeurs de ceux qui aujourd'hui encore veillent à la paix publique dans cet épisode nous allons remonter le fil de l'histoire pour comprendre cette filiation qui était geneviève pourquoi sa figure parle encore à l'arme et comment cette fête célébrée chaque année dans toutes les unités dépasse t elle la seule dimension religieuse vaut devenir un moment de mémoire de cohésion et de transmission chaque année entre le novembre souvenir du miracle des ardents et le janvier Date anniversaire de la mort de Geneviève, les gendarmes célèbrent leur patronne, Sainte-Geneviève, une tradition instituée en 1962 par le pape Jean XXIII. Dans une lettre apostolique, la Vierge de Nanterre est désignée comme je cite « patronne céleste principale auprès de Dieu des gendarmes français, gardien de l'ordre public » . Figure historique, héroïne de la résistance face au 1 d'Attila et au siège mérovingien de Paris, geneviève incarne depuis plus de quinze siècles une foi agissante au service de la paix civile comme le souligne sa biographe jeannine ourcade fille de nanterre aux noms mystérieux peut-être germanique peut-être celtique elle fut une figure majeure de cette époque troublée inspirée très jeune par saint germain d'ausserre elle s'engagea à mener une vie de piété et d'action au coeur même de la cité a l'approche d'attila En 451, elle s'oppose au départ précipité des Parisiens, les exhortant à prier et à résister. Sa foi galvanise les cœurs et l'hutesse est ainsi épargnée. Plus tard, elle organise le ravitaillement de la ville assiégée, négocie avec les francs, libère des prisonniers, soutient les plus pauvres. Une sainte, certes, mais surtout une femme d'action et de cohésion, attentive à la cité autant qu'au spirituel. S'il est courant pour les unités militaires d'avoir un sapatron, citons par exemple Saint-Michel pour les parachutistes, Saint-Antoine pour les légionnaires, la désignation de Sainte Geneviève pour la gendarmerie française n'est pas anodine. En 1962, à l'initiative du cardinal Maurice Feltin, archevêque de Paris et vicaire aux armées, du père Wagner et du général Omnes, le pape Jean XXIII accède à la demande de conférer à la gendarmerie ce patronage spirituel. Il écrit alors, je cite, « Ceux à qui est confiée la garde de la sécurité publique ont coutume de se tourner vers la Vierge Sainte Geneviève, lumière de leur patrie. » Le texte souligne une continuité, protéger les populations, défendre la paix, maintenir l'ordre. Autant de missions communes à la Sainte et à la Gendarmerie nationale. Ce choix repose moins sur la dimension religieuse que sur la symbolique des vertus que Geneviève incarne. Le sens du devoir, l'engagement au service des autres, le courage face aux menaces et la fidélité à la mission. Ces qualités qui fondent le cœur du métier de gendarme justifient que sa fête, loin d'être un simple rituel religieux, soit avant tout un temps de cohésion et de reconnaissance des valeurs partagées. La première Sainte Geneviève est célébrée avec faste le 3 janvier 1963. plus de quatre mille personnes assistent aux manifestations organisées à cette occasion une messe en l'église saint-louis des invalides et un spectacle au palais des sports de paris mais dès les années on observe un relatif déclin de la participation quelle en est la cause la méconnaissance progressive du sens de cette célébration pourtant pour nombre de gendarmes en particulier réservistes ou retraités Cette journée reste un moment privilégié de rassemblement, de lien social, d'ancrage dans une histoire partagée. Organisée à des dates variables selon les unités, elle prend souvent la forme d'un hommage, d'un repas convivial, de manifestations sportives ou culturelles. Le prêtre y est parfois présent mais ce n'est plus là l'essentiel. Comme le rappelait le père du Bernard, aumônier national de la gendarmerie de 1991 à 1994, je le cite Ce doit être la journée des familles, dans la simplicité et l'amitié, tout grade mêlé. Mais derrière la célébration, il y a aussi le débat. Car depuis quelques années, la fête de Sainte-Geneviève, bien qu'entrée dans la tradition de la gendarmerie, fait l'objet de contestations. Non pas sur le fond, car peu remettent en question les valeurs qu'elle incarne, mais sur la forme. Dans une république laïque, peut-on encore organiser une messe pendant le service en présence des autorités ? Quelles frontières entre mémoire partagée et actes cultuels ? En mars 2025, un jugement du tribunal administratif de Lyon a tranché une affaire symbolique en ce sens. Saisi à nouveau par une association de libre-pensée, le juge a estimé qu'un commandant de groupement de gendarmerie ne pouvait organiser, dans une note de service, une messe célébrée durant le service en présence d'autorités civiles et militaires. Le motif ? Le respect du principe de laïcité tel que défini par la jurisprudence du Conseil d'État, c'est-à-dire une autorité publique ne saurait organiser un culte. Mais, et c'est essentiel, le juge n'a pas interdit la fête. Il a expressément reconnu que la Sainte Geneviève, en tant que tradition associée aux valeurs de la gendarmerie, pouvait être célébrée sans caractère religieux. La distinction est claire. On peut organiser un événement de cohésion, inviter les familles, retracer l'histoire de Geneviève, évoquer les valeurs qui unissent l'arme. Mais on ne peut pas inscrire dans un ordre de service une cérémonie religieuse même si sa participation est laissée libre. Il s'agit ici de garantir la neutralité de l'État, non de gommer l'histoire. Le juge lyonnais s'inscrit dans une longue tradition juridique. qui cherchent à concilier liberté de conscience et neutralité de l'État. Il ne s'agit pas d'opposer la foi et la République, mais de rappeler que les institutions publiques comme la gendarmerie ne peuvent elles-mêmes organiser des célébrations cultuelles. En revanche, rien n'empêche un prêtre, à l'invitation d'une association ou de gendarmes eux-mêmes, de célébrer un office. Ce dernier ne doit simplement pas être inscrit dans un ordre de mission ni se dérouler sur le temps de service sans justification. La formule évangélique « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » résume à elle seule cette frontière nécessaire, comme le souligne la professeure de droit Roselyne Letron. Un commandant peut et même doit encourager la cohésion de son unité. Il peut et doit célébrer l'histoire de son institution, saluer les valeurs incarnées par une figure comme Geneviève. Mais il ne peut apparaître comme le promoteur d'un acte de foi. Cette clarification, loin d'être une mise en cause, est une garantie, celle de préserver une fête chère à de nombreux gendarmes tout en la rendant compatible avec le cadre républicain. La figure de Sainte-Geneviève dans la gendarmerie ne se réduit donc ni à un objet de piété, ni à une tradition figée. Elle est un support mémoriel, un repère symbolique, un pont entre l'histoire et l'éthique professionnelle. Si sa vie fut marquée par des épisodes mystiques, ce sont surtout ses qualités humaines et civiques, le courage, la loyauté, le service de la cité, qui ont conduit à son choix comme patronne de l'arme. Ces qualités, la gendarmerie les honore chaque année non par devoir religieux mais par rattachement à une culture du service. C'est en cela que la fête de la Sainte Geneviève peut conserver tout son sens. Dans une société souvent marquée par l'individualisme, elle rappelle l'importance du lien, du communisme. collectif, de la reconnaissance du métier. Dans une institution où l'engagement peut aller jusqu'au sacrifice, elle rappelle le sens profond du mot vocation. Le jugement du 19 mars 2025 n'invalide pas cette fête, contrairement à ce qu'on a pu lire ici et là. Il lui redonne au contraire un cadre clair qui a été depuis précisé par la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale. A chacun de faire vivre dans le respect de tous ce moment de cohésion et de mémoire. Car au fond, célébrer Geneviève s'est honoré une certaine idée du service public, fidèle à la République, mais aussi à l'esprit de dévouement qui anime les gendarmes. Pour celles et ceux qui voudront en savoir plus sur Sainte-Geneviève et sur sa place au sein de la Gendarmerie Nationale, je vous recommande la biographie de Sainte-Geneviève de Jeannine Ourcade, parue en 1998, les traditionnels ouvrages de Pascal Brouillet sur « De la marée chaussée à la gendarmerie, histoire et patrimoine » , ainsi que l'histoire et dictionnaire de la gendarmerie de la marée chaussée à nos jours de Jean-Noël Luc. et Frédéric Médard. Et pour ceux qui souhaiteraient s'intéresser aux traditions militaires, je vous recommande l'ouvrage de Lise Sourbier-Pinter « Au-delà des armes, le sens des traditions militaires » . Je vous remercie de votre attention et je vous dis à bientôt pour un nouvel épisode de Gendarme. Merci.