- Willy
Parole de chef, 5 minutes pour inspirer. Bonjour et bienvenue. Nous poursuivons notre tour d'horizon des entreprises du sud lyonnais. Au micro de GGR Radio, je reçois Jean-Luc Gaffric de l'entreprise Le Champ du Cuir. Bonjour Jean-Luc. Bonjour. Alors on va s'intéresser dans un premier temps à cette activité, Le Champ du Cuir. de quoi il s'agit. Je crois comprendre que c'est de la maroquinerie.
- Jean-Luc
Voilà, donc je suis artisan, je dis bien artisan créateur en maroquinerie. Parce que c'est vrai que le terme de maroquinerie, c'est souvent la vente, que là c'est vraiment l'artisanat pur, l'artisanat d'art.
- Willy
J'étais sur le stand tout à l'heure et j'ai trouvé de très très jolies choses, de très très belles créations, on insiste sur le terme.
- Jean-Luc
Ce sont des créations uniques. C'est-à-dire qu'en fait, on essaye de... C'est ça le fait d'être artiste en art, c'est de pouvoir faire de l'unique.
- Willy
Et ce n'est pas seulement le travail du cuir, il y a aussi une décoration.
- Jean-Luc
Alors, j'ai un CAP d'ébéniste au départ, et c'est vrai que je... Je me plaît beaucoup à travailler la marqueterie de bois et donc je l'inclus à la fois sur mes sacs ou sur des ceintures ou sur des choses comme ça, mais surtout aussi, ce qui est plus important, c'est d'assembler divers éléments, c'est-à-dire que ça peut être... de la marqueterie, ça peut être du rotin, ça peut être aussi de, et comme spécialité un peu de la région, la passementerie.
- Willy
Et le but aussi c'est de répondre à des attentes, à des souhaits, à des désirs même de clients. Vous m'avez raconté une histoire, c'est l'histoire du manteau, du grand manteau.
- Jean-Luc
Oui en effet, deux personnes d'à peu près 70 ans sont venues à l'atelier, dans leur coffre il y avait un manteau très lourd. Elles m'ont demandé de prendre un manteau en cuir. Et en fait, c'était le manteau de leur papa. Et elles m'ont tout de suite demandé, est-ce qu'on peut faire quelque chose avec ? J'ai regardé un peu la qualité et la bordure du cuir, parce que c'est important aussi qu'il puisse durer le cuir. Et j'ai dit, bah oui, on peut faire deux sacs à dos. Là, elles étaient ravies en fait. Et donc, ensemble, on a monté à la fois, parce qu'elles ont voulu y inclure aussi la marqueterie de bois. Et ensemble, on a créé, déjà par la pensée, par leur imaginaire, et au mien aussi, parce que je suis aussi créateur, mais elles ont surtout... Elles ont été surprises, déjà, qu'on pouvait faire quelque chose avec ce cuir. Et lorsqu'elles... Deux mois après, parce qu'il y a un moment d'attente, parce que j'ai beaucoup de création, et au bout de deux mois, elles sont venues chercher leur sac à dos, elles en avaient les larmes aux yeux.
- Willy
J'imagine, voilà une très très belle histoire. Alors, quel a été le déclic qui vous a poussé à créer votre entreprise ? Sur le tard, sur le tard.
- Jean-Luc
Sur le tard, oui, parce que c'est une reconversion. Alors en fait, mon parcours, comme je disais tout à l'heure, j'ai un CAP d'ébéniste. que j'ai décidé d'avoir, surtout parce que j'avais envie d'abord d'être éducateur spécialisé. Et je me disais qu'en fait, passer déjà par une rencontre avec un patron, le travail m'aiderait plus à guider les adolescents que j'allais avoir en tant qu'éducateur. Donc j'ai choisi de faire ce CAP d'ébéniste. Du coup, après j'ai travaillé pendant trois ans en tant que restaurateur de meubles anciens. Et puis pendant 38 ans, j'ai été éducateur spécialisé. À un moment donné, je crois que ce qui est difficile, c'est que, je vais le dire clairement, je ne soignais plus les enfants, mais le budget de l'hôpital. Et ça ne correspondait pas du tout à mon âme et un petit peu à mon ADN d'éduc. Donc ce qui m'a permis un peu de ne pas aller trop à reculons, c'est d'avoir ce projet de reconversion. Et comme me disaient pas mal d'amis, ils me disaient, mais pourquoi tu ne te relances pas dans les l’ébénisterie J'ai dit non, le'ébénistories, il y a des grosses machines, il y a finalement un gros investissement et puis le cuir est quand même aussi une matière noble et cuir et bois c'est deux matières très nobles.
- Willy
Alors il y a un principe aussi que vous chérissez, je vais dire... Pour transmettre, puisque aujourd'hui vous transmettez, vous apprenez le travail du cuir, il faut pratiquer. Oui, c'est ça. Donc apprendre.
- Jean-Luc
Apprendre. Et la transmission est très importante à ce niveau-là. C'est-à-dire qu'en fait... Moi je suis atelier de formation, je fais des formations de 1200 heures et ce sont des gens qui viennent à l'atelier, qui ne savent pas du tout créer. J'ai eu même des stagiaires qui avaient un CAP de maroquiniers mais en industriel et là la création a l'exemple. Elles ne existent pas, puisqu'elles travaillent pour des entreprises.
- Willy
Oui, selon un patron, selon un process qui est établi. Voilà.
- Jean-Luc
Et là, elles ont appris à faire leur process, aussi bien au niveau du patronage, aussi bien au niveau des différents exercices, pourquoi on fait tel ou tel montage. Et puis toute la partie commerciale, toute la partie aussi de tenue d'un stand, de la relation client, tout ça, ce sont des choses qu'on n'apprend pas comme ça.
- Willy
Quel a été le plus grand défi que vous avez rencontré en tant qu'entrepreneur ?
- Jean-Luc
Alors déjà, le plus grand défi, quelque part, c'est déjà de me dire, tu as été dans le social et maintenant, il va falloir que tu crées. Donc, il y a ce petit changement. Mais finalement, ce défi, il a été aussi au niveau du parcours de ma relation avec les gens. relation avec le client, c'est finalement de dire, attends, tu racontes une histoire avec le client. Et le résultat, il faut qu'il fasse plaisir au client. Je crois que ça a été le plus grand défi. C'est-à-dire de recevoir le client. Pourquoi le client ouvre ma porte ? Déjà, c'est déjà pour la rencontre. Et puis, il a une petite idée. Et le défi, c'est d'arriver finalement à mettre en... Quelque part en oeuvre, un petit peu le désir du client, en sachant qu'il y a des fois des choses qu'on ne peut pas réaliser. Donc c'est arriver finalement à allier le désir et la technicité.
- Willy
Projet, cette activité qui a été lancée il y a quelques années avec une dimension création, formation. Comment vous l'imaginez dans 5 ans, dans 10 ans ?
- Jean-Luc
J'allais dire que dans 5 ans, 10 ans, moi mon idée, et je lance un peu à mes clients, je leur dis, vous savez, vos sacs sont garantis à vie de l'artisan. C'est-à-dire que pour moi, je suis dans la création et tant que je peux le faire, je le serai.
- Willy
Tant que la santé est là,
- Jean-Luc
tant que l'envie est là,
- Willy
tant que le désir est là,
- Jean-Luc
voilà c'est ça. Donc dans 5 ans, je serai encore en pleine forme et encore plein d'idées de création.
- Willy
Je vous le souhaite. Quel conseil vous donneriez aux aspirants entrepreneurs, à ceux qui voudraient faire comme vous, passer de switcher, passer du salariat, d'un métier bien précis et établi au saut dans le grand vide, la création d'entreprise ?
- Jean-Luc
Alors déjà, première chose, c'est déjà de le faire avec plaisir. de se faire plaisir à son rythme, mais ne pas oublier non plus d'en vivre. Et pour pouvoir en vivre, il va falloir peut-être faire des choses qu'on n'a pas forcément envie, parce que c'est ce qu'on appelle le casse-croûte. Et pour pouvoir créer, il faut qu'on ait un petit casse-croûte quand même.
- Willy
Une autre question que j'avais oubliée, quelle est la leçon la plus importante que vous avez apprise en tant qu'entrepreneur ?
- Jean-Luc
L'humilité. L'humilité et l'écoute. L'écoute, non pas une écoute orientée. mais vraiment l'écoute du client parce qu'on est finalement à la disponibilité du client
- Willy
Alors on a envie en vous écoutant d'en savoir plus sur le champ du cuir comment on fait pour trouver des informations sur cette entreprise ?
- Jean-Luc
Alors plusieurs choses à travers des salons, parce que je fais aussi pas mal de salons des métiers d'art essentiellement. Et puis mon site web et ma page Facebook qui s'allie avec Instagram d'ailleurs et qui permet de voir mon actualité.
- Willy
Le site web, je vais donner quand même le nom du site, c'est lechanducuir.fr. Le chant c'est C-H-A-N-T. Eh oui,
- Jean-Luc
comme la chanson, parce que je suis musicien et j'écoute de la musique pour me permettre de créer. finalement au rythme de cette musique.
- Willy
Et puis le chant, c'est une notion qu'on retrouve dans le métier.
- Jean-Luc
Voilà, alors un peu comme la menuiserie, comme la tranche ou le chant du bois ou du cuir.
- Willy
Merci de nous avoir éclairé, Jean-Luc Gaffric. C'était un plaisir de vous avoir au micro. Cet entretien est produit par Gier Garon Rhône Radio, la web radio du Club d'entreprise du Sud Lyonnais. Entretien à retrouver sur le site ggr.fr. A très vite pour de nouvelles rencontres et découvertes, en attendant, restez curieux !