Speaker #0Pour comprendre ce deal stratégique, il faut remonter aux origines. Quand Jackie Lorenzetti rachète le Racing 92, il découvre une réalité brutale. L'économie du rugby français ne tient pas sans recettes de billetterie solide. En regardant le bilan, je me suis dit, ce n'est pas possible. Or, au Racing, elle était catastrophique. Il retrouve même, encadré dans son bureau, le chèque de la dernière recette d'un match à Colombe avant son rachat. 14 euros. Oui, 14 euros. L'idée germe alors. Construire une salle de spectacle géante, capable de générer des revenus massifs, bien au-delà des simples matchs de rugby. Un stade, moitié stade, moitié salle. L'architecte Christian de Porzampark est choisi en février 2011 pour concevoir ce projet pharaonique. Mais rien ne se passe comme prévu. Pendant sa gestation chaotique, l'aréna affrontera 23 recours contre son permis de construire. Des associations de riverains craignent des nuisances sonores. Des opposants politiques dénoncent le projet. En avril 2012, on voit Jackie Lorenzetti descendre dans la rue, déguisée en quasi-gilet jaune, mégaphone à la main, entourée de drapeaux de la CGT, manifestée au pied de l'immeuble de l'association qui bloque les travaux. Nous étions 500. avec l'entraîneur de l'époque Pierre Berbizier et les joueurs. Il faisait froid, c'était un moment difficile. Mais les travaux finissent par redémarrer en 2013. Juré prévu, 37 mois. La livraison est annoncée pour septembre 2017 et accusera malgré tout 9 mois de retard. Le coût final dépasse les 350 millions d'euros uniquement avec des fonds privés, précise Jackie Lorenzetti. C'est à l'époque la salmodeudable La plus chère jamais construite en France. Les caractéristiques sont spectaculaires. Une capacité de 15 289 places en mode rugby et jusqu'à 45 000 en mode concert. La façade est couverte de 592 écailles géantes en aluminium et en verre, éclairées par 3000 règlettes LED pouvant varier en 16 millions de couleurs. A l'intérieur, le plus grand écran du monde de 2400 m² de surface de projection. Initialement, la salle devait avoir un toit rétractable, finalement un toit permanent. La raison ? L'acoustique. Le système d'ouverture et de fermeture n'aurait pas permis une étanchéité suffisante au niveau des décibels pour respecter la tranquillité des habitants lors des concerts des Rolling Stones par exemple. Justement, les Rolling Stones, octobre 2017, la salle ouvre enfin ses portes. Trois concerts historiques, les 19, 22 et 25 octobre. octobre et inaugure le lieu. Quand les premières notes des Rolling Stones sont tombées, le soir de l'inauguration, j'avais des traces d'humilité au coin des yeux, se souvient Lorenzetti. Case Richard est à la guitare devant 40 000 personnes. Le rêve devient réalité. Un mois plus tard, premier match. France-Japon, le 25 novembre 2017. Score nul 23-23. Première bronca dans une salle pensée pour l'acoustique. Le Racing 92 inaugure à son tour. Le 23 décembre, face à Toulouse, devant 30 000 personnes. Un seul autre match fera le plein. Ensuite, les affluences tournent autour de 10 000 personnes. Trop peu pour une salle de 15 000 places. Car voilà le paradoxe. L'écran géant de 2400 m², trop perturbant pour les joueurs et les coachs. Réduit à 800 m² pour les matchs. La salle surnommée Angarena par les supporters historiques, attachée au vieux stade Yves Dumanoir, boudée. Le bilan Racing Arena est mitigé à l'mélo-Renzetti. Ça n'a pas pris comme je pensais. Le succès phénoménal du spectacle a englouti les espérances du rugby. Mais côté spectacle, justement, c'est le triomphe. La U-Arena, renommée Paris Défense Arena en juin 2018, après un contrat de naming de 30 millions d'euros sur 10 ans avec l'établissement public Paris La Défense, devient rapidement incontournable. Bruce Springsteen, Taylor Swift, Kendrick Lamar, Enzimer, Dua Lipa, les plus grands s'y produisent. L'été 2024 marque l'apothéose. Les Jeux Olympiques... transforme l'aréna en piscine olympique éphémère. Léon Marchand y décroche quatre médailles d'or. Le plot numéro 4 de sa ligne de nage, relique précieuse, trône désormais quelque part entre ses murs. Pour toujours, cette salle aura quelque chose de Léon Marchand. L'automne 2024 sera un nouveau tournant. Le Master 1000 de tennis de Paris quitte Bercy pour emménager à l'aréna. Contra de 10 ans jusqu'en 2035. En parallèle, Le Racing 92 annonce son retour progressif au stade Yves-du-Manoir à Colombe début 2027. Modernisé à l'anglaise, l'aréna ne recevra plus que les matchs de gala. Cette annonce libère le champ pour le spectacle. C'est exactement ce moment que choisit Live Nation pour frapper. Le géant américain, producteur des shows de Beyoncé, Coldplay, Lady Gaga, leader mondial du spectacle vivant, flaire l'opportunité. Angelo Gopi, directeur de Live Nation France, contacte Lorenzetti. Les propriétaires n'étaient pas forcément vendeurs, mais on a su les convaincre de l'ambition qu'on avait. Le deal se négocie pendant plusieurs mois. Montant évoqué anonymement, 600 millions d'euros. Près du double de l'investissement initial. Une salle qui se vend bien, est une salle qui se porte bien. Résume malicieusement Frédéric Langepé, président exécutif de l'Arena. Pour Live Nation, l'opération est stratégique. Le groupe possède déjà plusieurs arenas en Europe. Bruxelles, Amsterdam, Lisbonne, Copenhague. mais c'est la première salle qu'ils acquièrent en France. Toutes les salles de spectacle, à l'exception de Paris de la Défense Arena et la LDLC Arena à Lyon, appartiennent à des villes ou à des territoires, en délégation de services publics. Ce n'est pas intéressant pour nous, explique Gopi. Leibnizchen n'avait d'ailleurs pas répondu à l'appel d'offres lancé par la ville de Paris pour la gestion de l'Accor Arena, l'Adidas Arena et le Bataclan. Son rival américain, AEG, avait alors pris 44% des parts. Mais là, opportunité unique. acheter la plus grande salle d'Europe, 40 000 places, entre 20 000 pour l'Accor Arena et 9 000 pour l'Adidas Arena. Seul le Stade de France fait mieux avec ses 80 000 places. L'ambition affichée est claire. Notre objectif, y accueillir plus de concerts, confirme Angelo Gopi. Depuis deux ans, on voit bien qu'il y a de plus en plus de concerts toute l'année et on a un magnifique outil à Paris pour accueillir des grands concerts en hiver. Quand on voit la résidence que vient de faire Gims à Nanterre ou que les Backstreet Boys font à Düsseldorf, Il y a des opportunités à saisir ou à créer. Live Nation promet un programme de modernisation des installations techniques, car actuellement, l'aréna a une contrainte. Il faut plus de deux jours pour monter et démonter un spectacle, contre moins de 24 heures à l'accord-aréna. On se dit qu'il y a des aménagements techniques qui peuvent permettre d'aller plus vite, analyse Gopi. Le modèle est celui des résidences artistiques. Gims vient de tester le concept avec succès. Installer un artiste plusieurs soirs consécutifs optimise les coûts de production. maximise les recettes et crée l'événement. Avec 45 000 places par soir, les revenus potentiels donnent le vertige. L'annonce fait évidemment réagir le secteur. L'inquiétude monte chez les acteurs français du live, face à la place grandissante des géants américains Live Nation et AEG. Ce n'est pas une question de concurrence, c'est une opportunité de business, point, comme entend Jello Gopi. On fait 50 concerts par an à la Cor Arena et AEG est copropriétaire. Ce qu'il faut voir, c'est que cette salle va rester entre les mains d'un entrepreneur, avec une vision et une ambition dans la musique. L'opération reste toutefois soumise à la validation de l'autorité de la concurrence. Cela peut prendre plusieurs mois, mais l'issue ne fait guère de doute. Live Nation récupère un outil stratégique unique. Lorenzetti empoche près de 600 millions d'euros, et le Racing retrouve son stade historique à Colombe. Paris renforce sa position parmi les capitales mondiales du spectacle vivant. Pour le quartier de la Défense, l'impact est considérable. Classé zone touristique depuis 2010, le quartier était désert en soirée. L'aréna a transformé la donne. Les estimations prévoyaient une quarantaine de séances par an. Aujourd'hui, 90 événements pour la saison 2025-2026, dont un tiers de concerts. Restaurants, commerces, transports bénéficient de cette activité nocturne inédite. L'histoire de Paris la Défense-aréna résume les mutations de l'événementiel français. Un projet privé pharaonique qui survit à 23 recours, une sale pensée pour le rugby, qui trouve son modèle économique dans le spectacle, un été olympique qui la propulse définitivement. Et finalement... un rachat par un géant américain qui fait basculer l'équilibre du marché français. Paris la Défense Arena, quand l'événementiel découvre que l'œuvre d'une vie peut devenir un empire de 600 millions d'euros, et qu'entre le rêve d'un homme et la stratégie d'un géant mondial, il n'y a finalement que 9 ans d'aventure humaine. Merci beaucoup d'avoir écouté jusqu'au bout. ce podcast de Good Morning Event. N'hésitez pas à mettre une note de type 5 étoiles sur les plateformes à travers lesquelles vous écoutez le podcast et même un petit commentaire sur Spotify. Ça aidera pour son référencement. Vous pouvez également nous envoyer un petit mail à l'adresse qui est indiquée en description pour nous conseiller de futurs invités ou nous faire part de vos impressions. 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