- Speaker #0
Pourquoi tu têtes un bébé ? Ça m'embête, parce que moi j'aime bien téter. Ben non, je ne suis pas un bébé, en fait, j'ai le droit de téter, j'ai envie de téter, je fais ce que je veux. Ils ont dit, ben, ceux qui vont bientôt avoir 4, 5 ans, il faut mieux qu'ils arrêtent de téter. Mais moi je tète toujours, même si j'ai 5 ans, ben on a le droit de téter.
- Speaker #1
Goutte à goutte. Il n'y a plus rien d'anormal, puisque l'anormal est devenu habituel. Une émission proposée par Angélique Sia. Je suis journaliste et fondatrice du magazine Hot Milk. Bienvenue sur Goutte à goutte, le podcast sur la culture de la nature. Je dessine pour l'éliminant que l'échiquier se déplace.
- Speaker #2
Voici le premier coup du mat.
- Speaker #0
Épisode 1,
- Speaker #1
à hauteur de 5. J'étais assise à mon bureau, en train d'écrire pour le prochain numéro du magazine. Mon fils s'est assis juste à côté de moi. Il a pris un magazine, il s'est mis à le lire.
- Speaker #0
Il y a vraiment des gens qui lisent ça, ça les intéresse.
- Speaker #1
Mon fils a 10 ans et pour lui, l'allaitement maternel, rien d'extraordinaire. Ça fait partie de sa vie. Il a été co-allaité pendant 2 ans, il a têté jusqu'à 5 ans, il a toujours vu à la maison des images de mères allaitantes et il a vu dans notre entourage des bébés au sein de tous les âges. En fait, je me rends compte que je n'ai jamais parlé avec lui de la mission du magazine. Il sait que j'ai créé Hot Milk juste après sa naissance, parce que j'avais du mal à lui donner le sein, que je cherchais désespérément des médias sur le sujet. N'en ayant pas trouvé, j'ai imaginé celui que j'aurais rêvé d'avoir entre les mains. Il me dit souvent d'ailleurs.
- Speaker #0
Après, Hot Milk, c'est un peu grâce à moi quand même.
- Speaker #1
Ce jour-là, j'ai pris le temps de discuter avec lui, d'expliquer mon travail de journaliste, ma volonté de contribuer au rayonnement culturel de l'allaitement maternel en France et en francophonie. Et cet échange m'a inspiré ce premier épisode. Je commence donc cette série de podcasts sur la culture de l'allaitement maternel à hauteur d'enfant. Même si on est dans une culture du biberon et que notre pays a l'un des taux les plus bas d'Europe en matière d'allaitement, la culture de l'allaitement maternel existe, elle est juste plus discrète. Je veux la débusquer, prendre sa température, prendre son pouls, qu'on entende son cœur battre plus fort. Et si cette culture avait finalement plus de choses à nous apprendre qu'on ne le pense ? J'ai commencé par interroger deux groupes d'enfants dans une école privée élémentaire des quartiers nord de Marseille. un groupe de CP-CE1-CE2 et un groupe de CM1-CM2. Pratiquement tous les enfants interrogés ont été allaités de quelques jours à plusieurs années. Alors, est-ce que vous savez ce que c'est l'allaitement maternel ?
- Speaker #0
C'est un corps qui s'appelle déjà... C'est une partie dans le corps, je crois. C'est les seins ? Ah voilà ! C'est quand on donne du lait au bébé par la mamelle. C'est les tétés. C'est quand on a mal ? Ça sert à... Quand on accouche, ça sert à donner le lait au bébé. La différence entre le lait et le lait de la maman, c'est que le lait de la vache, elle n'est pas comme celle de la maman.
- Speaker #1
Est-ce que vous trouvez normal qu'un enfant prenne le lait de sa mère, qu'il soit tout petit bébé ou un peu plus grand ? Non,
- Speaker #0
c'est pas normal. J'imaginais pas qu'un bébé boit du lait dans les tétés de la maman. C'est pas normal parce qu'il devrait avoir déjà les habitudes de boire au biberon. La coupote, par contre, c'est la plus grande.
- Speaker #1
Et un bébé plus grand, par exemple, 4 ans, c'est grand. C'est pas normal.
- Speaker #0
Là, il boit d'un verre direct.
- Speaker #1
Pourquoi c'est pas normal ?
- Speaker #0
Parce qu'un bébé de 4 ans, il s'est marché. Après, la maman, elle n'a plus de lait. Il est grand.
- Speaker #1
Est-ce que vous buvez du lait de vache ?
- Speaker #0
Oui. Oui. Nous, on en boit du lait de vache. Du lait de la vache !
- Speaker #1
D'accord, mais est-ce que la vache, c'est votre maman ?
- Speaker #0
Non !
- Speaker #1
Donc alors, pourquoi vous dites que c'est bien de boire du lait de vache, mais du lait de maman, non ? Le lait de maman, c'est pour les enfants.
- Speaker #0
Le lait de maman, en fait, il se finit, du coup, il n'y en a plus. Ça ne fait pas un peu de bizarre de voir quelqu'un plus âgé que 2-3 ans de... boire le lait de sa mère. Moi, je trouve ça bizarre, mais je ne sais pas pourquoi. Moi, je trouve ça naturel et que c'est normal. Oui, mais tu dis ça, mais en vrai, tu verras. Moi aussi, je trouve ça naturel et que c'est bien pour la santé des enfants. Un grand de 4 ans, ça peut être bien, mais en même temps, il faut aussi deuxer. Il ne faut pas le faire jusqu'à 20 ans. Je trouve ça bien, mais pour moi, il y a un âge limite. Ce sera quand il sera grand, à peu près, comme les CP, par exemple, ce sera... limite, pour boire encore le lait de la maman. Moi, je trouve ça un peu bizarre parce que normalement, c'est genre quand ils ont 12 mois ou quelque chose comme ça qu'ils boivent le lait. Je trouve ça dégoûtant. Je suis allé dans un restaurant et il y avait une femme qui allaitait son bébé. Mais c'est pas lui. Et moi j'étais comme ça. Maman, pourquoi je fais ça ? Et maman elle a dit c'est normal. C'est très normal. Pour moi c'était la hausse.
- Speaker #2
Dégoutant.
- Speaker #0
Bah non, c'est pas dégoûtant. Enfin, pour certains. Comme Mathias. Quoi ? Non mais en fait c'est juste parce qu'il préfère... Ne pas que les gens voient allaiter la mère, parce qu'ils trouvent que peut-être ce n'est pas normal que la maman le fasse devant d'autres gens. Peut-être du racisme. C'est vrai, ça peut être du racisme. Je suis d'accord avec Eliane, ça peut être du racisme. En fait, c'est surtout, je pense, pour le gouvernement, vu qu'en soi, ils sont un peu payés par le gouvernement dans les bars, tout ça. Du coup, si par exemple, tu achètes du lait, bah... Le gouvernement, il se fait de l'argent. Le business, c'est le business. Parce que quand tu vas donner des biberons, ça va beaucoup plus se vendre que quand la femme, elle va donner son sein, parce que ça ne se vend pas, en fait. C'est juste que je comprends pourquoi il y a plus de veaux dans le monde. Beaucoup de lait de vache, et après, il se transforme en petits veaux. Ils vont gambader dans le... Ah oui ! La gambaderie, c'est quoi ce rire,
- Speaker #1
là ?
- Speaker #3
dans les prairies de prévu je te donne des chansons et des récits pour que tu te les redises pour traverser la nuit pour que tu n'aies pas trop peur du noir et des ombres pour que tu puisses peu à peu te passer de moi de penser comme un petit sujet distinct, puis élaborer les multiples séparations qu'il te faudra affronter. Je te livre des bribes de savoir et des fictions, pour que tu sois à même de symboliser l'absence et d'affronter, autant que faire se peut, les grandes questions humaines, les mystères de la vie et de la mort, la peur de l'abandon, de l'inconnu, l'amour, la rivalité, pour que tu écrives ta propre histoire entre les lignes lues. Lire le monde, Michel Petit
- Speaker #1
Un enfant en 2025 en France voit moins de mer à l'été que de biberon. Ça fait partie de son quotidien dans la sphère du jeu, à la télé, dans la littérature jeunesse, dans les manuels scolaires, les commerces, le biberon est partout. Dans l'entourage des enfants que j'ai interrogés, il n'y a que des bébés nourris au biberon. Je retiens plusieurs choses de ces entretiens collectifs. Déjà, une certitude, même s'ils ont en majorité pas mal de préjugés, qu'ils véhiculent déjà des mythes. et qu'ils sont dans le rejet pour certains, les enfants sont prêts à apprendre et ont envie de comprendre. Et puis surtout, chez plusieurs d'entre eux, j'ai senti qu'un travail de transmission culturelle avait été fait. J'ai pu, à l'occasion de cet échange, revenir avec eux sur tous les points où ils étaient mal informés. Ils ont bu mes paroles, se sont arrachés les quelques magazines que j'avais amenés. Ils m'ont tous remercié d'être venus leur parler de ce sujet. J'étais émue de voir à quel point les générations futures étaient assoiffées de connaissances. Et je me suis demandé pourquoi toutes ces choses n'étaient pas enseignées à l'école. Il y a un vrai déséquilibre culturel qui commence dès l'enfance, alors que l'allaitement maternel est essentiel, car il a un impact sur la survie, la santé, le développement des enfants, la santé des mamans, l'écologie aussi. C'est typiquement le style de sujet qu'il est important d'aborder avec les nouvelles générations. À quand les manuels scolaires, les livres, les dessins animés beaucoup plus inclusifs, qui mettent en scène des mères allaitantes, des bébés, des bambins allaités ? Après ces entretiens édifiants avec les enfants, J'ai souhaité recueillir la parole de Bambin à l'été. Même si les recommandations des autorités de la santé valident, l'allaitement non écourté jusqu'à deux ans, voire plus, et même le nouveau carnet de santé avec la mention « lait maternel jusqu'à trois ans » , la société n'est pas prête. L'allaitement rendrait les enfants dépendants, ça nuirait à leur développement psychologique. Allaiter si tard ne servirait à rien. Encore des mythes, des jugements sans fondement. En tout cas, tous les enfants que j'ai eu la chance d'entendre à l'occasion de la préparation de cet épisode vont tous très bien. Ils ont tous un point commun, ils veulent qu'on leur fiche la paix. Si leur allaitement non écourté dérange, ça n'est pas leur problème. Ils arrêteront d'allaiter quand ils seront prêts. En attendant, ils savourent ce lait qui nourrit leur corps et leur âme jusqu'à la dernière goutte. Ils vivent leur normalité à l'abri des regards. J'ai interrogé Marie-Luna, Léonin, Héloïse et Anaya. Ils ont entre 3 ans et demi et 8 ans. J'avais préparé un petit questionnaire, une trame, pour découvrir leur univers. J'ai aussi recueilli le témoignage de Julie, qui a été allaitée jusqu'à ses 8 ans, et qui est devenue à son tour maman d'une petite fille qu'elle allaite aujourd'hui. Un allaitement non écourté, pas long, pas prolongé, juste normal, comme elle.
- Speaker #0
Quel goût a le lait ? Ben, ça n'a pas toujours le même goût. Des fois, la vanille. Des fois, je ne sais pas. Il a le goût d'un livre. Oui, des fois, c'est un goût de banane, un goût de langue, un goût de bave. Je dirais quoi aux mamans qui hésitent à donner leur lait ? Si on te posait la question. Ben, moi, je dirais, c'est bien de donner le lait. C'est bien pour les enfants. Au moins, si on ne sait pas qu'ils sont allergiques au gluten ou au lait de vache, c'est bien, au moins, ils ne font pas une allergie d'un coup. Je dirais que si quelqu'un est un bébé, il faudrait mieux que vous mangez beaucoup de choses et que du coup, il faudrait que le lait se fabrique. Dès que le bébé sort, il pourra têter quand même. Ça peut guérir le mal sur le pied, sur les orteils ou n'importe où. Tu le dis aux autres enfants à l'école ? Non, je ne le dis jamais aux autres enfants. Je ne dis pas parce que je n'ai pas envie de leur dire. Et j'ai peur qu'ils le disent à la maîtresse. Et j'ai peur qu'ils me disent à... À toi et j'ai peur qu'ils le disent à tout le monde en fait. Ils vont se moquer de moi. Autour de toi, d'autres enfants de ton âge ou non sont allaités ? Moi, je dis non. Ah oui, oui, mon frère. Oui, c'est tout. Non. Non. T'as déjà fait des réflexions sur ça ? Un adulte ou un enfant ? C'est un adulte, c'est mon père. Tu allaiteras ? tes bébés, toi ? Euh, ben, oui. On sait les grands, ben non.
- Speaker #2
Euh,
- Speaker #0
je sais pas, c'est la maman qui va décider. Ou peut-être moi, la maman.
- Speaker #4
Donc moi c'est Julie, j'ai 37 ans, je suis la maman d'une petite fille de 1 an que j'allaite. J'ai moi-même été allaitée bien longtemps par ma maman, jusqu'à mes 8 ans. Donc dans mon souvenir de cet allaitement, qui correspond sûrement aux dernières années, c'était des moments de câlins, de tendresse, il y avait notamment la tétée du soir, avant l'endormissement, qui était importante parce que c'était difficile pour moi comme maman, donc ça me réconfortait bien. Ça c'est la dernière testée qui restait, la testée du dodo. Voilà donc au sein de notre petite famille c'était bien vécu. Ma mère elle a été heureuse je pense de cet allaitement long parce qu'elle ne m'a jamais mis la pression en me disant que j'étais trop grande ou ce genre de choses. Je pense qu'on était heureuse en fait de cette tendresse entre nous et de ces câlins. Ça a d'ailleurs je pense tissé une relation de confiance et de respect. Il n'y a jamais eu de crise à l'enfance ou à l'adolescence entre nous. Je pense que ça nous a soudés. Moi j'étais heureuse de ce parcours avec elle. Je pense que ça m'a construit aussi sur beaucoup de plans. Par contre c'était plus difficile, vous avez eu de l'entourage. Je me sentais en décalage, je ne me sentais pas comprise. Je sentais les jugements aussi sur nous, sur ma maman, notamment des médecins. Et puis également une remarque dont je me souviens, c'était une personne qui discutait avec ma mère et qui disait que je ne serais jamais autonome, qui s'inquiétait de ça. Et donc ayant entendu cette conversation, j'ai voulu prouver que j'étais grande et je me suis dit je vais arrêter de téter. Donc voilà, je me suis sevrée par un choix un peu réactif, mais c'était sûrement le moment. Et je suis bien contente maintenant de voir qu'il y a des enfants dans notre culture qui sont allaités aussi longtemps. que je ne suis pas un cas unique, ça m'a rassurée. Parce que longtemps, j'ai été un petit peu honteuse peut-être de ça, me disant que c'était vraiment quelque chose d'anormal. Et je me rends compte aujourd'hui, en tant que maman allaitante et en entendant d'autres témoignages, qu'en fait c'est un beau parcours. En fait maintenant j'en suis plutôt fière, ou en tout cas simplement heureuse.
- Speaker #1
Des chercheurs ont établi une relation entre le fait d'avoir vu une mère allaitée et le fait de choisir l'allaitement maternel pour ses propres enfants. Un enfant allaité qui baigne dans cette culture devrait normalement faire le choix de l'allaitement maternel, qu'il soit fille ou garçon. D'après le docteur en sociologie François Sicot, qui a travaillé sur le sujet en 2003, l'enfant peut garder ou rejeter des éléments culturels de cette transmission pour créer sa propre culture. La transmission culturelle se réalise davantage de manière inconsciente. L'enfant est imprégné de sa culture familiale Merci. sans préméditation. Les bambins que j'ai interrogés, pour la plupart m'ont dit qu'ils donneraient le sein, mais aussi le biberon à leurs enfants et qu'ils n'allaiteraient pas aussi longtemps qu'ils ont été allaités. Ces enfants sont encore petits et très influencés par la culture dominante du biberon, ce qui est normal. J'ai interrogé d'autres mères allaitantes, ayant été allaitées elles-mêmes ou non, convaincues comme moi des bienfaits de l'allaitement maternel, et la plupart m'ont dit ne jamais avoir pensé à expliquer à leurs enfants le contexte sociétal, les différents enjeux, Certaines m'ont même dit que ce sera aux enfants de choisir plus tard, qu'elles ne veulent rien leur imposer. Il y a aussi des mamans qui ont fait un vrai travail d'information avec leurs enfants plus grands. De mon côté, quand j'ai demandé à mon fils si plus tard il voudrait que la mère de ses enfants allait, il m'a répondu « pas le choix » . Je lui ai expliqué que si, justement. Il y avait des alternatives à l'allaitement maternel et qu'elle aurait le choix. Je suis rentrée dans les moindres détails. François Sicot nomme cela une stratégie de transmission. Selon moi, plus qu'un choix personnel, l'allaitement est une question de santé publique à ne pas négliger. Bien sûr que mon fils sera libre de choisir quand il sera adulte, mais je veux l'informer, afin qu'il fasse un choix éclairé et qu'il puisse à son tour transmettre ces informations à sa future compagne si besoin. Mais je ne veux pas le laisser cheminer sans l'informer un minimum, comme je le ferai d'ailleurs pour n'importe quel autre sujet important. Et si ces garçons allaités d'aujourd'hui devenaient des hommes de demain plus engagés à épauler leur compagne ? Une nouvelle génération de garçons responsables, impliqués. qui s'épanouiraient dans leur couple dans une complémentarité et une réciprocité saines. J'ai interrogé Céline Bourganoff, la professionnelle de santé, consultante en lactation IBCLC entre autres, et très engagée dans le soutien à l'allaitement, ainsi que dans son rayonnement culturel par le bien notamment de son festival niçois Santé et Arts MUM Mood. Elle évoque l'importance de la transmission sur l'allaitement maternel dans les familles et pour l'humanité tout entière.
- Speaker #5
Quand se pose la question de la transgénération, Beaucoup de questions me viennent, d'une part parce que je suis professionnelle de santé et d'une autre part parce que je suis moi-même mère, mais je suis aussi et toujours ce petit enfant intérieur. J'ai moi-même pas été allaitée et je n'ai pas eu cette transmission par ma mère du lien de lait, du lien d'amour que peut créer l'allaitement, tant en tant que femme qu'en tant que petit bébé et ce que j'allais pouvoir donner à ma petite fille. Dans mon cursus et dans mon parcours d'expérience professionnelle, je suis amenée à accompagner à la fois des mamans qui sont dans un parcours d'allaitement avec des mères, soit très présentes parce qu'elles ont elles-mêmes allaité, ou d'autres mamans qui, comme moi, ont vécu l'absence de transmission sur l'allaitement. Je dirais que c'est un sujet fragile, dans le sens où nous avons toutes... une part du colibri à faire dans cette transmission de ce qui peut se vivre autour de l'allaitement. L'allaitement, c'est avant tout un échange de regards, une danse émotionnelle et un passage vers un lien qui va permettre à l'enfant une certaine confiance en soi. Attention, je ne suis pas en train de dire que les mamans qui n'ont pas allaité ne renvoient pas suffisamment de confiance à leur enfant. Cependant, celles qui ont allaité le comprendront. Moi, par exemple, si je prends mon exemple, je n'ai pas le même lien avec ma mère que celui que je peux avoir avec ma fille et je suis persuadée que c'est cet allaitement qui va avoir différencié ce lien et cette relation de confiance que je peux avoir avec ma propre fille. L'allaitement est un choix qui se veut éclairé, qui se veut soutenu, accompagné et sensibilisé par les familles de lait. mais également par la vie et par l'immunité que l'allaitement et le lait maternel peut donner, par les hormones de croissance qui n'existent que dans ce lait, dans ce liquide biologique indispensable dès la naissance et qui fait de nous des passeuses de générations et de cultures de savoir et d'expérience. À nous, à la fois en tant que famille mais aussi famille de lait, de se soutenir, de sensibiliser, de s'accompagner dans les difficultés que l'on peut rencontrer. Attention, l'allaitement est aussi source de difficultés parfois, mais il est surtout source de bonheur. Je dis souvent que l'allaitement, c'est 80% d'affectifs et 20% nutritifs. Au-delà d'être une nutrition pour son enfant, c'est aussi nourrir sa confiance, son bien-être et son devenir. Plus nous serons solidaires dans les allaitements aujourd'hui, Plus nos enfants et nos futurs enfants auront besoin d'être allaités pour pouvoir devenir, je pense, une génération meilleure, une génération plus soutenue et une famille de lait et une famille de sang dans un avenir prochain.
- Speaker #3
C'est compliqué. Comment materner son jeune enfant à soif et d'amour ? alors que nous-mêmes ne l'avons pas été ? Comment retourner à l'essentiel, alors que nous-mêmes, petite fille, petit garçon, n'avons pas été guidés hors de la chaleur inconditionnelle de la matrice maternelle ? Que nos propres mères, et leurs mères avant elles, n'ont reçu que le minimum comme marque d'affection ? Il n'est pas évident de retourner à l'essentiel. Cependant, une fois les vannes ouvertes, l'instinct se ramène comme s'il ne nous avait jamais quittés. Pas rancunier. Retrouver cet instinct et le ranger précieusement dans la poche intérieure du sac à main de chaque mère serait un bon compromis. Quelques heures seulement avant d'accoucher, je lisais le concept de continuum. Jean Liddhoff y décrit son observation au sein d'une tribu originelle en Amérique du Sud. Toute future mère devrait le lire. La beauté de la chose est qu'elle n'apprendra rien de nouveau. Elle se rappellera simplement ce qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même. Ce bouquin a eu la force de pulvériser ma propre éducation, inscrite dans mes veines et ma plasticité, pour m'emmener vers une vision plus élargie, qui m'aide encore aujourd'hui. De la lune à la mer. Céline Bailly
- Speaker #1
Les mères ont de tout temps été les garantes et les passeuses d'un savoir culturel autour de l'allaitement maternel. Mais en moins de 50 ans, l'allaitement est devenu l'exception plutôt que la règle. Quand il n'y a pas eu de transmission dans la famille, c'est plus difficile pour les nouvelles mères qui se tournent vers les autres mères de leur génération, les réseaux sociaux, les assos de soutien à l'allaitement, les blogs de professionnels de santé. Aujourd'hui, on peut pallier à ce manque de transmission, mais les conditions ne sont pas idéales. Et tout cela génère beaucoup de pression. C'est cette culture du non-allaitement et cette société incapable de soutenir les mères dans leurs fonctions biologiques qui génère cette pression, qui génère à son tour culpabilité, regret et remords. C'est normal de vouloir donner le meilleur à son enfant. Ce qui n'est pas normal, c'est tout le contexte dans lequel on évolue et qui nous empêche de clamer haut et fort ce qui est normal ou pas. Ce qui n'est pas normal, c'est la place qu'ont pris les substituts du lait maternel dans notre quotidien, alors que c'était à la base un produit pharmaceutique à utiliser en cas d'urgence. Ce que cela a produit ? Des générations nourries avec un aliment ultra transformé. Je m'interroge, comme mon ami le sociologue James Ackray, qui a écrit, entre autres, « Le problème avec l'allaitement » aux éditions Le Être Myriadis, comment l'humanité peut-elle rentrer dans son plein potentiel génétique dans ces conditions ? D'après une vaste étude publiée dans le Lancet en janvier 2016, généraliser l'allaitement sauverait plus de 800 000 enfants par an, et ça réduirait aussi de 20 000 le nombre annuel de décès par cancer du sein chez les mères, dans les pays riches comme pauvres. Je reconnais que c'est difficile et que les mères font comme elles peuvent, là où elles sont, avec les informations qu'elles ont, dans les conditions dans lesquelles elles se trouvent. Elles font avec, comme on dit. Mais je continuerai d'aborder ces sujets dans le magazine et sur les réseaux sociaux. Hot Milk est aussi un outil de transmission intragénérationnelle et quand on parle d'allaitement, on ne peut pas ignorer ses vérités. À quand un vrai changement sociétal et politique pour sortir l'allaitement maternel de la sphère intime et en faire une vraie question de santé publique ? Quand toutes ces mères qui font le choix d'allaiter vont-elles pouvoir s'en aller ? pouvoir enfin être entendue et soutenue pour ne plus porter seule le poids des défaillances de la société. J'ai croisé Lucie, maman de deux petites filles qu'elle a allaitées avec beaucoup de difficultés. Sa mère ne l'a pas allaitée à cause d'un frein de langue qui l'empêchait de téter correctement et Lucie s'est retrouvée dans la même situation avec ses filles, une situation qu'elle a gérée comme elle a pu. Les mères dans sa situation sont nombreuses et beaucoup n'ont pas eu la chance d'être entourées et aidées et ont renoncé à allaiter alors que c'était leur choix.
- Speaker #2
En fait, j'ai voulu tout le temps à l'été, donc dès le début j'étais très persévérante parce que c'était très difficile. Il y a tellement de bienfaits en plus que j'ai découvert, en plus c'est cicatrisant. Moi je sais que je m'en servais même pour justement, dès que j'avais un petit peu mal, je m'en mettais sur les mamelons. C'est même pour soigner, pour tout, pour les croûtes de lait. J'ai découvert tellement de choses en plus, c'est pas que pour les nourrir. Ne serait-ce que quand tu sais que que le bébé retrouve la même odeur qu'il y a dans l'utérus, il la retrouve en fait... Au sein, en fait, au début, c'est ça qui l'attire. Pour la première, je crois qu'elle a été 18 mois à peu près. Et la deuxième, presque deux ans. Du coup, pour Esther, c'était compliqué. Je ne prenais pas beaucoup de poids et surtout, j'avais mal, en fait. Donc là, on a vu qu'il y avait un frein de langue. Donc, j'ai été orientée vers des spécialistes. On l'a sectionnée. Il a fallu faire les exercices et tout ça. Et elle s'en est à peu près sortie. C'est-à-dire que j'ai réussi à sauvegarder l'allaitement. Donc elle n'a pas eu un seul biberon, mais elle n'a jamais pris énormément de poids. C'est toujours une courbe de croissance quand même assez, toujours à la limite. Qu'est-ce qu'elle se met à manger ? Donc c'était toujours quand même limite, limite. Parce que l'orléa, c'était encore pire, c'était le frein de langue. On l'a vu tout de suite après la naissance. Moi, j'ai demandé tout de suite, est-ce qu'on le voit ? Puis je suis tombée sur une spécialiste, une sage-femme qui était spécialisée dans les freins de langue. Donc c'était trop bien à l'hôpital. Donc elle regardait. c'est possible qu'effectivement et donc en fait tout de suite elle m'orientait vers des spécialistes et tout ça j'ai tout fait j'ai fait les massages j'ai fait tout tout tout tout et malgré tout ça elle prenait pas de poids et là pour le coup c'était vraiment c'est un moment c'était dangereux j'ai dû lâcher prise et j'ai dû donner un biberon et parce que moi je voulais pas et j'ai dû donner un biberon j'ai une grande soeur qui a une dizaine d'années de plus que moi qui a elle était vraiment à fond pour l'allaitement qui avait des cédés de genre enseignés et qui m'en avait pas mal parlé en fait. Elle m'a donné des conseils, elle était là pour m'encourager et tout ça. Aussi j'ai été accompagnée par une sage-femme incroyable aussi, qui était justement des sages-femmes. J'ai accouché aussi en maison de naissance, donc c'est très différent aussi. À un moment je suis pas mal allée voir sur les Chilig. Et après, à un moment, j'ai vu que c'était quand même bien extrême. Mais il faut faire la part des choses aussi, parce que ça peut faire culpabiliser quand on n'arrive pas. Déjà, pour une chose, c'est parce que j'avais l'impression de ne pas réussir à nourrir mon bébé. C'était pour Léa, qui ne prenait pas de poids, parce que ça ne marchait pas et tout ça. Mais du coup, je me sentais vraiment responsable de sa santé et de ne pas réussir. Et donc ça, c'était super dur, en fait, de lâcher ça. Et puis sinon, l'impression que si tu... Surtout quand tu vois la Leche League et tout ça. Tu vois que si t'es pas extrémiste, genre à fond, tu fites pas tout, t'es pas une bonne mère, quoi, en fait. Donc moi, ça, c'était les mensonges qui m'ont bien... Voilà. Ouais, à un moment, je culpabilisais. Je me disais, mais si je n'allais pas jusqu'à tel âge, ça va pas. Moi, comment je le ressens, c'est quand on a envie de mieux pour son enfant. on se met la pression quand on lit tout ça. Moi, c'est comme ça que j'ai vécu. C'est pas leur truc qui sont culpabilisants du tout. Mais c'est que on lit ces articles, on sait que c'est ce qu'il y a de mieux et du coup, on a envie de le faire. Et si on n'y arrive pas, on se met la pression. Moi, c'est plus comme ça que je l'ai vécu.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté ce podcast jusqu'au bout et à bientôt pour un nouvel épisode. Merci à tous ceux qui ont participé à ce numéro produit par Hot Milk Magazine. Vous pouvez le réécouter sur notre site web. Écrivez-nous à redaction.hotmilkmagazine.com ou suivez-nous sur les réseaux. Goût à goût.