- Speaker #0
Coucou, je vous emmène dans un futur pas si lointain. Nous sommes le 31 décembre. Dans quelques instants, le président va prendre la parole. C'est parti pour l'histoire. Tout le monde était devant la télévision, c'était la tradition, on mangeait des petits fours surgelés en attendant que le président de la République, Donald Macaron, un lointain cousin du célèbre biscuit, Damien, sans doute, fasse ses voeux. Papa avait sa coupe de champagne, maman vérifiait que sa perlipopette ne mangeait pas les fils de la télé, Fabule Lulut, lui, s'ennuyait un peu. Vingt heures, le générique retentit. Le président apparu. Il était beau bronzé, sûrement à cause de vacances au ski. Avec un costume bleu nuit parfaitement ajusté, il avait les mains jointes sur son bureau, l'air pénétré. Le président Macaron dit. « Françaises, Français,
- Speaker #1
mes chers compatriotes, l'année qui s'achève fut complexe. Nous avons traversé des tempêtes, mais nous avons tenu bon. » parce que c'est notre projet. »
- Speaker #0
Jusque-là, tout allait bien, Papa bailla discrètement. Mais soudain, le regard du président s'alluma d'une flamme étrange. Il se pencha vers la caméra. Le président Macaron dit
- Speaker #1
« Cependant, j'ai entendu votre colère. Vous dites, la vie est morose, le pouvoir d'achat est en berne. J'ai réfléchi, j'ai pensé out of the box et j'ai pris une décision disruptive pour relancer la croissance, pour gaver nos usines Et pour que la joie soit obligatoire et permanente, j'ai décidé, par ordonnance magique, qu'à partir de demain, il y aura Noël un jour sur deux.
- Speaker #0
Silence dans le salon, papa fit tomber sa coupe, clingue. Maman écarquilla les yeux et demanda pardon. Le président Macaron dit...
- Speaker #1
Oui, un jour sur deux. 1er janvier, bonne année. 2 janvier, Noël. 3 janvier, repos. 4 janvier, Noël. Et ainsi de suite. C'est la fin de la dépression, c'est le début de l'abondance,
- Speaker #0
le ruissellement de Noël en permanence. Vive la République et vive le Père Noël, mon nouveau Premier Ministre de la Joie. La Marseillaise retentit, chapitre 2, l'étouffement du Pôle Nord. Au même moment, à 6000 kilomètres de là, au Pôle Nord, le Père Noël était dans son fauteuil en pantoufles, en train de boire une tisane nuit tranquille. Il venait de finir sa tournée il y a une semaine. Il avait prévu de dormir jusqu'en juillet. En entendant la phrase « Noël un jour sur deux » , le Père Noël aspira sa tisane de travers.
- Speaker #2
Le Père Noël dit « Partout les légendaires, je n'ai pas donné mon accord pour être ministre, je ne fais pas de politique ! »
- Speaker #0
Il devint tout violet, il s'étouffa avec sa propre salive et un peu de camomille, un lutin secouriste dû lui taper dans le dos. Le Père Noël dit « Il a dit quoi ?
- Speaker #2
Le petit beau parleur, un jour sur deux, mais il est fou ! » « Il veut ma mort ! »
- Speaker #0
Urgent, l'alarme rouge de l'usine se déclencha. « Doulouloulou ! » Le chef des lutins, un petit gars nerveux nommé Gribouille, entrant en courant avec une tablette tactile qui fumait, Gribouille dit « Patron,
- Speaker #2
les commandes affluent, les enfants ont entendu la télé. Ils commandent déjà pour le 2 janvier. Il faut produire 4 milliards de jouets en 12 heures, même avec la magie ! » Gribouille dit « Le président a envoyé un fax ! » Il dit Merci. « Je compte sur votre agilité, soyez start-up nation, cordialement ! »
- Speaker #0
Le Père Noël se leva, ajusta son pantalon rouge, qui était un peu lâche. Régime d'après-fête oblige et hurla
- Speaker #2
« Activez la machine à dilater le temps, on va essayer ! »
- Speaker #0
Chapitre 3. La cadence infernale. Les jours suivants furent un cauchemar absolu. Le Père Noël activa le chronosomatique, une machine magique qui permet de ralentir le temps dans l'usine. Mais un jour sur deux, c'était trop c... 2 janvier, Noël numéro 2 Les reines étaient frais, la tournée se passa bien, même si Rodolphe avait oublié de recharger son nez. Les gens étaient contents et disaient « super, encore des cadeaux ! » 4 janvier, Noël numéro 3, les lutins commençaient à avoir des cernes jusqu'au menton, la machine a emballé les cadeaux sur Ausha et emballa un lutin par erreur, il fut livré à Lyon, ce fut très gênant. 6 janvier, Noël numéro 4, les reines se mirent en grève, ils s'assirent sur la piste de décollage avec des pancartes. On n'est pas des Boeing. Le Père Noël dut livrer les cadeaux en Uber volant magique, ce qui lui coûta une fortune. 8 janvier, Noël numéro 5, la machine a dilaté le temps et explosa. Boum ! Le Père Noël se retrouva couvert de suie. Il n'avait plus de jouets. Il avait livré des pommes de terre peintes en or et des vieux stocks de cassettes VHS. Il n'en pouvait plus. Il jeta son bonnet par terre. Le Père Noël dit « Ça suffit !
- Speaker #2
Préparez le traîneau de commandement. Je vais à l'Élysée. Je vais lui expliquer la vie. Moi, au président. »
- Speaker #0
Chapitre 4. Le choc des titans, Santa contre Macaron. Le Père Noël atterrit dans la cour de l'Elysée, écrasant au passage deux plates-bandes de rosiers et la voiture du ministre de l'économie. Il entra par la fenêtre du bureau présidentiel, couvert de suie, les yeux injectés de sang, sentant la sueur de reine et la colère. Le président Macaron était là, en train de signer des papiers avec un stylo plume en or. Il leva la tête, pas du tout impressionné. Le président Macaron dit « Monsieur Noël ! »
- Speaker #1
Ravi de vous voir. Alors, ces chiffres, la courbe de la joie, est-elle exponentielle ?
- Speaker #0
Le Père Noël tapa du poing sur le bureau Louis XV. Le Père Noël dit Écoute-moi bien,
- Speaker #2
mon petit bonhomme.
- Speaker #0
Le président sursauta. On ne l'appelait jamais petit bonhomme. Le Père Noël dit
- Speaker #2
C'est facile, les promesses, tu es là, au chaud, dans tes dorures, tu n'as qu'à bouger la langue, faire de belles phrases avec des mots comme résilience et avenir. Mais derrière... C'est qui y qui bosse ? C'est les autres, ceux qui doivent respecter tes délires sans avoir les moyens d'y arriver.
- Speaker #1
Le président Macarand dit « Je comprends votre émotion, mais il faut faire preuve de pédagogie. »
- Speaker #2
Qui es-toi ? Mes lutins sont en dépression, mes reines ont des tendinites aux ailes. J'ai vidé mes stocks de l'année 2030 en une semaine. Ce n'est pas ça que les gens attendent. Ils ne veulent pas de l'hystérie. Ils veulent qu'on simplifie leur vie de tous les jours. Qu'on répare les écoles, les hôpitaux, qu'on baisse le prix des croquettes pour reine, c'est ça ton travail. Tu n'as pas à te défausser sur la magie pour cacher tes échecs.
- Speaker #0
Le président Macaron se leva, ajusta sa cravate et prit un air condescendant. Monsieur Noël, vous êtes archaïque, vous raisonnez ancien monde. Moi, je propose une révolution du bonheur.
- Speaker #1
Si vous ne pouvez pas suivre la cadence, je privatiserai le pôle Nord. Je mettrai des drones Amazon. Maintenant, sortez, j'ai un cours de tennis. »
- Speaker #0
Le Père Noël resta bouche bée. Il réalisa que cet homme n'écoutait rien. Il remonta dans son traîneau. Le cœur lourd, pauvre France, pauvres enfants, chapitre 5, l'enfer du toujours plus, le mois de janvier avança, et ce que le Père Noël avait prédit arriva. Le pays sombra dans le chaos festif. Les effets pervers furent terrifiants. L'indigestion nationale, à force de manger de la dinde au marron et du foie gras tous les deux jours, Les Français devinrent verts, plus personne ne pouvait boutonner son pantalon, les hôpitaux étaient saturés de crises de foie, on rêvait d'une soupe aux poireaux sans sel, la faillite des parents, même si le Père Noël fournissait les jouets, il fallait payer les piles, il fallait payer les emballages, il fallait payer l'électricité des guirlandes allumées 24h sur 24, les banquiers pleuraient, l'ennui des enfants, le pire de tout, c'était le drame chez Fabu Lulu le 14 janvier, Noël numéro 8, Fabu Lulu ouvrit un paquet, ... C'était le dernier modèle de console de jeu. Il soupira. Il jeta la console sur un tas d'autres consoles. Fabuleux lui dit.
- Speaker #1
Monotone. Pas encore des cadeaux. C'est nul.
- Speaker #0
Il n'y avait plus d'attente. Plus de désir. Plus de magie. Ouvrir un cadeau était devenu une corvée, comme sortir les poubelles. Chloé, sa sœur, criait.
- Speaker #1
Je ne sais plus où ranger mes pulls. Ma chambre est pleine.
- Speaker #0
La guerre des déchets. Les rues étaient envahies de montagnes de papier cadeau. On ne voyait plus les trottoirs. Monsieur Graillon, le voisin, passait ses journées à hurler contre les camions poubelle qui ne passaient plus, le pays était à l'arrêt, plus personne ne travaillait, car c'était toujours veille de Noël ou lendemain de fête. Les boulangeries étaient fermées, les écoles étaient fermées, c'était l'apocalypse du bonheur forcé. Chapitre 6 Le vœu unique de Fabiolulu Nous sommes le 30 janvier. La France est au bord de l'explosion de sucre glace. Fabiolulu est dans sa chambre. Il regarde son calendrier. Demain, C'est encore Noël. Il n'en peut plus, il veut juste aller à l'école, voir ses copains et manger des pâtes au beurre. Il se souvint alors d'une vieille légende que papy lui avait racontée. Chaque enfant, une fois dans sa vie, possède un vœu pur. Un vœu si fort qu'il peut changer le destin. Mais attention, on ne peut l'utiliser qu'une fois. Fabululu n'avait jamais fait de vœu. Il gardait ça pour une urgence, une invasion alienne ou une pénurie de chocolat. Mais là, c'était une urgence. Le président avait cassé le temps. Fabu Lulut ferma les yeux très fort, il serra ses poings, il concentra toute son énergie d'enfant, il pensa au Père Noël épuisé, il pensa à ses parents ruinés, il pensa à son estomac en vrac. Fabu Lulut dit « Je fais le vœu,
- Speaker #1
je fais le vœu que nous retournions en arrière, je veux revenir au soir du 31 décembre. Et je veux que le président, au lieu de dire n'importe quoi, soit obligé de répéter son discours de l'année dernière, mot pour mot, comme ça. » Il ne pourra pas inventer de nouvelles bêtises.
- Speaker #0
Une lumière dorée jaillit de la poitrine de Fabululu. Elle traversa le plafond, traversa les nuages et fila vers l'Elysée. Chapitre 7. Le replay historique. Nous sommes le 31 décembre 2025. 19h59. Fabululu ouvrit les yeux. Il était sur le canapé. Papa avait sa coupe de champagne intacte. Maman caressait le chat. Rien ne s'était passé. Le mois de janvier infernal n'avait jamais existé. 20h. Le générique « Tadam ! » Le président Macaron apparu, beau, bronzé, main jointe. Fabu Lulú retint son souffle. Est-ce que ça avait marché ? Le président ouvrit la bouche. Son œil s'alluma, mais la lumière dorée du vœu de Fabu Lulú le frappa discrètement. Il eut un petit spasme. Son visage se figea. Il sortit ses fiches, mais sa bouche prononça autre chose. Le président Macaron dit « Française,
- Speaker #1
français, cette année nous allons continuer les efforts. » « Nous allons réformer la réforme de la réforme. »
- Speaker #0
« Papa Fronçal et Sourcils et dit, attends, il n'a pas déjà dit ça l'an dernier, le président Macaron dit. »
- Speaker #1
« Je vous promets de la sueur et des larmes, mais c'est pour votre bien, la croissance est au bout du tunnel, et le tunnel est bientôt fini, je crois, restons unis,
- Speaker #0
vive la République. » Il s'arrêta, il avait l'air confus lui-même. Il venait de répéter, mot pour mot, virgule par virgule, ses voeux de 2024. Aucune nouveauté, aucune promesse folle, juste du blabla habituel. Chapitre 8, la déception rassurante, le générique de fin retentit. Dans le salon, il y eut un grand silence. Puis papa soupira. Papa dit
- Speaker #2
« Ben dis donc, il s'est pas foulé cette année. C'est dû réchauffer. On dirait une rediffusion. »
- Speaker #0
Maman dit
- Speaker #1
« Au moins, il n'a pas annoncé de catastrophe. C'est déjà ça. Allez, on mange les petits fours. »
- Speaker #0
Les gens dans toute la France éteignirent leur télé en râlant. Ils disaient « Ils disent tous la même chose. Ça ne réglera pas nos problèmes. Encore une année où rien ne va changer. » Ils étaient déçus. Ils râlaient. Mais Fabululu, lui, sourit, il savait, il savait qu'il venait de sauver le monde d'une overdose de cadeaux, il savait que demain, ce serait le 1er janvier, et qu'après-demain, ce serait le 2 janvier. Une journée normale, sans sapin, sans dinde, juste une belle journée d'hiver. Au pôle nord, le Père Noël, qui n'avait aucun souvenir du futur effacé, mais qui avait senti une étrange secousse, éternua dans sa tisane. Le Père Noël dit « Tiens,
- Speaker #2
j'ai eu l'impression... » pendant une seconde, que j'allais devoir travailler demain. Breur ! Quelle idée horrible ! »
- Speaker #0
Il remit ses pantoufles et s'endormit pour un an. Fabululu prit un petit four au fromage. C'était le meilleur du monde, parce qu'il savait qu'il n'en mangerait pas d'autres avant l'année prochaine. La rareté, c'est ça la vraie magie. J'espère que cette indigestion de cadeaux virtuels ne vous a pas coupé l'appétit, mais qu'elle vous a donné envie de savourer l'attente de vos propres moments de fête. Bonne nuit les petits bisous.