Speaker #0Bienvenue dans la saison 2 du Monde de Fabululu, une saison dédiée uniquement à Noël, aux fêtes de fin d'année, aux contes et aux légendes. Imagine que tu es dans le monde de Fabululu. Tu le connais si tu as entendu la saison 1. C'est un monde un peu magique, qui ressemble beaucoup au nôtre, mais où les questions des enfants ont le pouvoir de changer la réalité. C'est un monde où Fabululu, le petit garçon rêveur, se demande pourquoi les feuilles tombent, où va le soleil quand il dort. Mais aujourd'hui, nous n'allons pas suivre Fabululu. Nous allons suivre une de ses amies, une petite fille nommée Jade. Jade est une petite fille avec beaucoup de caractère. Nous allons suivre son histoire de Noël. C'est parti pour l'histoire. Jade est une enfant qui sait ce qu'elle veut. Et cette année-là, ce qu'elle voulait plus que tout au monde, c'était une poupée bien précise, la Malibu Stacy. Voilà le chapitre 1. La grande déception, c'était le 24 décembre au soir. Toute la famille était réunie. Il y avait cette odeur de mandarine et de pain d'épices qui flottent toujours dans l'air ces soirs-là. Jade trépignait d'impatience. Elle avait été très sage. Elle avait fait sa liste en s'appliquant sans rature. Elle avait même aidé son papa Francis à décorer le sapin. Le moment tant attendu arriva enfin. Jade se précipita vers le plus gros paquet, celui qui avait la forme parfaite d'une boîte de poupées de luxe. Son cœur battait la chamade. Boum, boum, boum. Elle arracha le papier cadeau avec frénésie. Et là, le temps s'arrêta. Ce n'était pas la boîte rose fuchsia et brillante de la Malibu Stacy. C'était une boîte en carton grisâtre, un peu cabossée. Sur le dessus, il n'y avait pas écrit Malibu, mais Cannebière Stacy. Jade cligna des yeux. Elle ouvrit la boîte. À l'intérieur, la poupée ne portait pas un maillot de bain de star. mais un survêtement en nylon qui grattait rien qu'à le regarder. Elle ne conduisait pas une décapotable, mais attendait à un arrêt de bus en plastique. Et surtout, ses yeux louchaient terriblement, l'un regardant vers le plafond, l'autre vers ses chaussures. Quant à son bras gauche, il tomba dès que Jade sortit la poupée de la boîte. Pour couronner le tout, au lieu du petit chien à paillettes promis par la publicité, Canebière Stacy était livrée avec une sardine en plastique qui sentait fort l'anis. C'est... « C'est la version authentique du Sud » , tenta d'expliquer son père avec un sourire gêné. « Elle a du caractère, tu ne trouves pas ? Elle sera pour toujours la première. » « C'est Marseille bébé » , Jade ne répondit pas. « Après ce cadeau de Noël, c'est une farce de mauvais goût. » « Une poupée parodique pour une enfant, c'est irrespectueux pour elle et les gens de Marseille. » Elle se sentait trahie par le père Noël. Mais le pire resta à venir. La porte du salon s'ouvrit et sa cousine Louise entra. Louise, c'était la fille qui avait toujours tout parfait. Elle tenait dans ses bras la véritable, l'unique Malibu Stacy, étincelante sous les guirlandes. « Oh, Jade, regarde ma poupée ! Elle fait du bruit quand on appuie sur son ventre. Et toi, tu as eu quoi ? Oh, c'est quoi cette odeur de poisson ? » C'en était trop. La honte, la colère, la tristesse se mélangèrent dans le cœur de Jade comme une tempête. Elle monta dans sa chambre sans dire un mot, serrant la poupée hideuse par un bras, l'autre bras étant resté dans la boîte. Voilà le chapitre 2, le vœu interdit. Allongée dans son lit, Jade regardait le plafond. Dehors, la neige tombait en silence. « Je déteste Noël » , chuchota-t-elle. « Je déteste les cadeaux qui déçoivent. Je déteste Louise et sa poupée parfaite. » Elle ferma les yeux très fort. Comme Fabi-Lulu le fait quand il voyage dans sa tête. Mais Jade ne voulait pas voyager. Elle voulait effacer. « Je voudrais qu'il n'y ait plus jamais Noël, plus jamais de sapins, plus jamais de déceptions. Je voudrais que tout ça disparaisse. » Elle mit toute son énergie dans ce vœu. Une énergie puissante, une colère d'enfant triste. Et dans le monde de Fabi-Lulu, on ne plaisante pas avec les vœux du soir. Elle s'endormit, une larme roulant sur sa joue pour s'écraser sur le front en plastique de Canebière Stacy. Voilà le chapitre 3, c'est vrai que le chapitre 2 était plutôt court, c'est parti pour le réveil dans le monde gris. Le lendemain matin, Jade ouvrit les yeux. La lumière était grise comme un jour de pluie ordinaire. Elle sauta du lit, s'attendant à voir les restes de papier cadeau dans le salon. Elle descendit les escaliers 4 à 4, le salon était vide. Pas de sapin, pas de guirlande, pas de papier déchiré. Le fauteuil était à sa place habituelle. La télévision était éteinte. Maman, papa, appela Jade. Sa mère était dans la cuisine, en train de boire son café, habillée en tailleur de travail. Jade, ma puce, tu te réveilles que maintenant, c'est tard. Dépêche-toi, tu vas être en retard pour l'école. Jade s'arrêta net. « L'école ? Mais maman, c'est Noël ! » Sa mère la regarda avec des yeux ronds, puis se mit à rire doucement. « C'est quoi ça, Noël ? Un nouveau jeu ? Tu as la même imagination débordante que ton ami Fabuleux-Lut, toi ? Allez, file ta bille ! » Jade était sous le choc. Elle courut s'habiller, enfila son manteau et sortit. Dehors, il n'y avait aucune décoration dans les rues. Les magasins étaient ouverts. Les gens marchaient vite, le visage fermé. pressée d'aller travailler. Elle arriva à l'école. Tout le monde était là. La maîtresse écrivait la date au tableau, 25 décembre. Juste une date. Pas d'étoiles, pas de dessin de bonhomme de neige. À la récréation, Jade interrogea ses amis. « Vous avez eu quoi comme cadeau ? » demanda-t-elle à Fabululu. Fabululu la regarda, perplexe. « Des cadeaux ? Mais mon anniversaire est déjà passé. » Jade courut à la bibliothèque et se connecta sur un ordinateur. Elle tapa Noël dans la barre de recherche. Résultat, Noël Gallagher, musicien, membre du groupe Oasis, connu pour ses sourcils et son caractère bougon. Elle fit défiler les pages. Aucune trace du Père Noël, aucune trace de sapin décoré. Noël n'était qu'un prénom anglais, porté par un chanteur de rock qui disait souvent dans les interviews qu'il n'était jamais content même avec 87 millions d'euros en banque. Jade comprit alors. Son vœu s'était réalisé, elle avait effacé Noël. Au fond d'elle, une petite voix lui disait « Bien fait, au moins personne n'a de Malibu Stacy » . Mais une autre voix, plus petite et plus inquiète, demandait « Et la joie ? Elle est où la joie ? » Voilà le chapitre 4. Une vie sans trêve ? Les années passèrent. Jade grandit dans ce monde sans Noël. C'était un monde étrange. L'hiver semblait interminable. Sans la coupure des fêtes, les mois de décembre, janvier et février formaient un long tunnel de grisaille et de travail. Les gens étaient plus fatigués, plus irritables. Il manquait ce moment où l'on s'arrête pour se dire qu'on s'aime ou simplement pour manger trop de chocolat ensemble. À l'adolescence, Jade vit apparaître une nouvelle tradition. Le 25 décembre, pour célébrer l'anniversaire de Noël Gallagher, les gens mangeaient du fish and chips et écoutaient de la musique triste en faisant la tête. C'était cool d'être cynique. On ne s'offrait pas de cadeaux, on s'échangeait des regards blasés en disant « c'est la vie mec » . Jade devint adulte. Elle eut des enfants à son tour. Elle essaya une année de recréer la magie. Elle acheta un sapin, un simple arbre mort selon ses voisins, et le mit dans son salon. Elle l'entoura de lumière. Ses enfants la regardèrent avec inquiétude. « Maman, pourquoi tu as mis un arbre dans la maison ? C'est sale ! » Elle essaya de leur raconter l'histoire du bonhomme rouge qui descend par la cheminée. « Mais c'est une violation de domicile ! » s'écria son fils aîné effrayé. « On doit appeler la police ! » Jade abandonna. « On ne peut pas forcer la magie quand le cœur du monde a oublié comment battre. » Voilà le chapitre 5, « Parce que la vie, cela passe vite. » Le temps fila. comme du sable entre les doigts. Jade devint une grand-mère. Ses cheveux étaient devenus blancs comme la neige qu'elle ne regardait plus tomber avec émerveillement. Elle vivait seule dans sa grande maison. Louise venait la voir parfois. Louise était devenue une vieille dame aigrie qui passait son temps à compter ses sous. Elle ne s'était jamais disputée pour une poupée, mais elle ne s'était jamais rapprochée non plus. Il n'y avait jamais eu de trêve de Noël pour oublier les petites rancunes. Un soir de 24 décembre, alors que la pluie battait contre les vitres, Jade monta au grenier. Elle cherchait une vieille couverture. En déplaçant un carton, elle la vit. La boîte grise. La canne et bière Stacy. Elle n'avait pas disparu. Dans ce monde sans Noël, elle n'était qu'un vieux jouet acheté un jour ordinaire. Jade l'ouvrit. La poupée était toujours là, avec son survêtement en nylon, son bras détaché et sa sardine en plastique qui ne sentait plus rien. Jade prit la poupée dans ses mains fripées. Et soudain, elle pleura. Elle ne pleurait pas parce que la poupée était laide. Elle pleurait parce qu'elle se souvenait du visage de son père, Francis, quand il la lui avait offerte. Il avait essayé. Il avait cherché. Il voulait lui faire plaisir. C'était maladroit, c'était raté, mais c'était de l'amour. J'ai tout gâché, sanglota Jade. J'ai échangé de l'amour contre de l'orgueil. J'ai volé la fête du monde entier. parce que je voulais une poupée parfaite. » Elle serra la cannebière Stacy contre son cœur. Elle repensa au repas de famille bruyant, aux tontons qui font des blagues nulles, aux papiers cadeaux déchirés, aux yeux qui brillent. Elle repensa même à la jalousie envers Louise, qui était finalement une émotion vivante, bien plus chaude que cette indifférence glacée qui régnait depuis 70 ans. « Je veux que ça revienne, » murmura-t-elle dans le silence du grenier. « Je m'en fiche de la Malibu. Je m'en fiche que ce soit parfait. Je veux juste qu'on soit ensemble. Je veux l'esprit de Noël. » Elle ferma les yeux, épuisée, bercée par ses souvenirs d'un temps révolu. Elle s'endormit là, dans la poussière, avec sa poupée cassée. Voilà le dernier chapitre. Il y avait cette odeur de mandarine et de pain d'épices. Et un bruit, le bruit du papier qu'on froisse. Jade ouvrit les yeux. Elle n'avait plus mal au dos. Ses mains, ses mains étaient petites et lisses. Elle se redressa d'un bond. Elle n'était plus au grenier. Elle était dans son salon. Le sapin était là, grand, majestueux, un peu penché, couvert de guirlandes clignotantes. Alors Jade, tu ne l'ouvres pas ton dernier cadeau ? C'était la voix de son père, jeune, souriant, un smartphone pour filmer à la main. Jade regarda autour d'elle, le cœur battant à tout rompre. Elle était enfant. C'était Noël. Le monde était revenu. Elle regarda ses genoux. Posé là, il y avait la boîte grise. Canne et bière Stacy. Elle regarda la boîte. Puis elle regarda son père qui attendait un peu anxieux, espérant qu'elle aime son cadeau. Jade ne ressentit aucune déception. Au contraire, une vague de chaleur l'envahit. Elle utilisa même, sans le savoir, la posture de Superman pour laisser la joie l'envahir totalement. Elle ouvrit la boîte, sortit la poupée qui louchait, attrapa le bras qui tombait et renifla la sardine à l'anis à plein poumon. « Elle est… » commença Jade, la voix tremblante d'émotion. « Elle est géniale, papa ! » Francis, son père, poussa un soupir de soulagement immense. « Elle est parfaite ! Elle est unique ! C'est la meilleure poupée du monde ! » Jade sauta au cou de son père et le serra fort, très fort. Comme on sert quelqu'un qu'on a cru perdre pour toujours. À cet instant, Louise entra, sa Malibu Stacy rutilante sous le bras. « Regarde, Jade, j'ai eu la Malibu. Et toi ? » Jade sourit. « Un vrai sourire, adieu. Moi, j'ai eu Canébière Stacy. Regarde, elle a une sardine magique. Et tu sais quoi ? Elle adore les décapotables. On pourrait les faire jouer ensemble. Peut-être que ta Malibu peut emmener ma Canébière faire un tour ? » Louise fut surprise. Elle s'attendait à ce que Jade boude. Voyant le sourire de sa cousine, elle sourit aussi. « D'accord, mais c'est Canebière qui tient le chien, parce que moi j'ai peur de le perdre. » Les deux cousines s'assirent sous le sapin. Dehors, la neige recommençait à tomber, recouvrant le monde d'un manteau blanc et scintillant. Jade regarda sa poupée qui louchait vers le lustre. Elle comprit alors la grande leçon du monde de Fabululu. Le bonheur ne se trouve pas dans la perfection de l'objet, mais dans l'histoire qu'on invente avec lui, et surtout dans les gens avec qui on la partage. Et quelque part, très loin, peut-être à la radio, on entendit les premières notes d'une chanson d'Oasis. Elle chantonna en riant, serrant sa sardine en plastique « C'était Noël » . Et c'était le plus beau jour de sa vie. Elle oublia progressivement la vie qu'elle avait vécue dans une vie sans Noël pour revivre les petits malheurs et les grands bonheurs pour la première fois. Voilà, une leçon à retenir. L'important est de passer du temps avec les gens qu'on aime. On se retrouve bientôt dans une nouvelle histoire de Noël. Bonne nuit les petits bisous.