- Speaker #0
Coucou ! Aujourd'hui, Jade part en Provence pour découvrir les traditions de Noël. C'est parti pour l'histoire ! Jade avait passé un Noël formidable à Arras. Il y avait eu la dinde, les cadeaux et même un peu de pluie froide qui fouettait les carreaux. Elle pensait que c'était fini, que les guirlandes allaient être rangées et que la magie allait dormir pendant un an. Mais le 27 décembre au matin, ses parents l'avaient mise dans le TGV, direction le sud. Jade regardait par la fenêtre. Plus le train descendait, plus le gris du ciel se déchirait. Après Lyon, c'était comme si quelqu'un avait changé l'ampoule du soleil. La lumière devint éclatante, presque blanche. Les boulots du Nord laissaient place aux cyprès pointus et aux oliviers aux feuilles d'argent. À la gare, une dame aux cheveux courts et argentés, avec des lunettes colorées et un grand châle en laine, l'attendait en agitant les bras. C'était Mamie Paulette. Mamie Paulette dit
- Speaker #1
« Oh, ma petite pichounette ! »
- Speaker #0
s'écria Mamie Paulette avec son accent qui chantait comme une cigale en hiver.
- Speaker #1
« Tu m'as ramené le froid du Pas-de-Calais ou quoi ? Allez, monte, on rentre à la Bastide ! »
- Speaker #0
La voiture grimpa sur les collines de Manosque. L'air sentait le bois brûlé et la terre sèche. En arrivant devant la vieille maison en pierre dorée, Jade soupira.
- Speaker #1
« C'est beau, Mamie, mais c'est dommage ! Noël est fini ! J'ai déjà ouvert mes cadeaux à Arras ! »
- Speaker #0
Mamie Paulette arrêta la voiture. coupa le moteur et se tourna vers sa petite-fille avec un sourire malicieux.
- Speaker #1
« Fini ? Qui t'a dit ça ? Ah, Arras, peut-être, mais ici, en Provence, Noël, ça dure jusqu'à la chandeleur en février. Ici, le temps s'arrête. Ce soir, Jade, je vais te faire vivre le caléno, le Noël de Provence. Tu es prête pour ton deuxième Noël ? »
- Speaker #0
Chapitre 1. Le peuple d'argile, à l'intérieur de la maison, il faisait bon, une énorme bûche d'olivier brûlait dans la cheminée. Mamie Paulette emmena Jade dans le salon. Sur une immense table, il y avait un paysage miniature, c'était comme un monde entier. Il y avait des montagnes en papier rocher, de la vraie mousse qui sentait la forêt, un petit ruisseau fait avec du papier aluminium et un moulin qui tournait, mais surtout, il y avait des centaines de petits personnages. Jade dit « Ce sont des jouets ! »
- Speaker #1
« Malheureuse, ce ne sont pas des jouets, ce sont les santons. En provençal, santon, ça veut dire petit saint. »
- Speaker #0
Mamie Paulette s'assit dans son fauteuil et prit un petit personnage en terre cuite dans sa main.
- Speaker #1
Jade, écoute l'histoire. Il y a très longtemps, en 1789, c'était la Révolution française, les églises ont été fermées. Les gens étaient tristes car ils ne pouvaient plus aller voir la crèche vivante à la messe de minuit. Ils avaient l'impression qu'on leur volait Noël. Alors, à Marseille, des artisans ont eu une idée de résistance. Ils ont pris l'argile rouge de notre terre et ils ont modelé la crèche en tout petit, si petit qu'on pouvait la cacher dans sa maison. Ils ont fait Jésus, Marie, Joseph, mais ils ne se sont pas arrêtés là. Ils ont décidé que tout le village devait venir voir le bébé.
- Speaker #0
Mamie Paulette tendit le santon à Jade. C'était un homme avec un bonnet de nuit et une lanterne.
- Speaker #1
Lui, c'est le meunier. Il descend de son moulin avec son sac de farine blanche. Elle en prit un autre, une femme avec un panier de poissons brillants. « Elle, c'est la poissonnière, elle a la voix forte, elle crie tout le temps, mais elle a le cœur sur la main. » Puis, elle montra un personnage bizarre. Les bras levés au ciel, un sourire béat sur le visage. « Et lui, c'est mon préféré, c'est le ravi, l'idiot du village, il n'a pas d'argent, il n'a pas de cadeau. Mais quand il a appris la nouvelle de Noël, il a été tellement heureux qu'il a levé les bras et il ne les a plus jamais baissés. Il est ravi, tu comprends, il porte la joie. »
- Speaker #0
Jade a aidé Mamie Paulette à déplacer quelques moutons.
- Speaker #1
« On ne met pas les rois mages tout de suite. Ils sont encore loin, dans le désert du buffet. Ils arriveront le 6 janvier. Pour l'instant, c'est le peuple qui avance. »
- Speaker #0
Jade toucha l'argile. Elle était tiède. Elle eut l'impression bizarre que le ravi venait de lui faire un clin d'œil. Chapitre 2. La symbolique des trois nappes. Le soir tomba. Le ciel devint violet. Mamie Paulette dit.
- Speaker #1
« À table ! » « Ce soir,
- Speaker #0
on fait le gros souper ! » Jade s'attendait à voir une autre dinde, comme à Arras, mais la table était étrange. Il y avait trois nappes blanches, superposées les unes sur les autres, de tailles différentes. Il y avait trois chandeliers allumés et trois petites coupelles avec du blé vert qui avaient germé. « Pourquoi tout est par trois ? »
- Speaker #1
« C'est pour la Sainte Trinité, ma chérie. Et c'est aussi pour l'espérance, la charité et la foi. » on ne mélange pas les serviettes, c'est du sérieux.
- Speaker #0
Le repas commença. Pas de viande. C'était un repas maigre. Des légumes, des cardons, des épinards, un peu de poisson, de l'anchoyade, une sauce aux anchois. C'était délicieux, léger, parfumé à l'ail et à l'huile d'olive.
- Speaker #1
Mamie Paulette dit « Mange léger » . Jade, garde de la place, le vrai spectacle arrive après.
- Speaker #0
Chapitre 3. La ronde des treize desserts. Une fois le poisson débarrassé, Mamie Paulette se leva avec solennité. Mamie Paulette dit,
- Speaker #1
Jade, il est temps, nous sommes le 27, deux jours après Noël, mais ce soir, nous honorons la tradition des treize desserts. La table disparue sous les douceurs, Jade dit, Surprise ! C'est énorme ! C'est Jésus et ses douze apôtres. apôtre. Chaque dessert a une signification. Et la règle d'or, Jade, c'est qu'il faut goûter un petit bout de chaque dessert, sinon la chance ne viendra pas. »
- Speaker #0
Mamie Paulette fit la visite guidée du festin. La pompe à l'huile, une grosse brioche plate et dorée. Mamie Paulette stoppa la main de Jade qui prenait un couteau. Mamie Paulette dit « Stop,
- Speaker #1
malheureuse, on ne coupe jamais la pompe à l'huile. On la rompt, on la déchire avec les mains, comme le Christ a rompu le pain. « Si tu la coupes, on sera ruiné ! »
- Speaker #0
Jade déchira un morceau. C'était moelleux et ça sentait la fleur d'oranger, les quatre mendiants. Des fruits secs, Mamie Paulette dit.
- Speaker #1
« Ils représentent les ordres religieux pauvres. Regarde les couleurs de leurs robes. Les noix, c'est la robe des Augustins. Les figues sèches, c'est la robe grise des Franciscains. Les amandes, c'est la robe blanche des Dominicains. Les raisins secs, c'est la robe foncée des Carmes. »
- Speaker #0
Jade dit. « C'est dur, comme la vie des moines ! » Mamie rit. « Les deux nougats ? » Mamie Paulette dit.
- Speaker #1
« Le nougat noir, dur, au miel caramélisé, et le nougat blanc, tendre, aux noisettes, c'est le bien et le mal, le jour et la nuit. Il faut manger les deux pour que le monde soit en équilibre. »
- Speaker #0
Jade faillit y laisser une dent sur le noir, mais le blanc était doux comme un nuage, les fruits fraises confits, il y avait des dates pour l'Orient, des oranges, Du melon vert, du raisin blanc conservé au grenier, de la pâte de coin et bien sûr, des calissons d'Aix. Jade mangea, un peu de tout, c'était un voyage, l'amande rappelait le soleil, la figue rappelait l'automne, l'orange rappelait l'hiver. C'était toute l'année de Provence, concentrée sur une table, la chaleur de la cheminée, le sucre, la fatigue du voyage. Jade sentit ses paupières devenir très lourdes.
- Speaker #1
Mamie Paulette dit « Repose-toi sur le canapé » .
- Speaker #0
« Canapé, ma chérie, la magie opère mieux quand on a les yeux fermés. » Sur un chemin de terre ocre, l'air sentait le thym frais et la résine de pin. Elle regarda autour d'elle. Elle n'était plus dans le salon. Elle était dans la crèche. Les montagnes de papier rocher étaient de vraies montagnes. Le miroir était un vrai lac où des canards barbotaient. Le meunier dit
- Speaker #2
« Hé, attention où tu marches, peu cher ! »
- Speaker #0
Jade sursauta. Un homme venait de la frôler avec un âne chargé de sacs. C'était le meunier. Mais il était vivant, grand comme elle. et il avait de la farine sur le nez.
- Speaker #2
Le meunier dit « Tu ne vois pas que mon âne est têtu ? Allez, avance, bourrique ! »
- Speaker #0
Jade était stupéfaite. Elle avança dans le village, c'était la fête. Elle croise à la poissonnière qui se disputait avec le maire. La poissonnière dit
- Speaker #1
« Mes poissons sont frais ! Ils ont sauté de l'eau ce matin ! »
- Speaker #0
Puis, elle vit un homme assis sous un olivier, à l'écart, avec une cape sombre et un grand chapeau noir. Il avait l'air triste et inquiétant. Jade reconnut le santon du boumian, le bohémien, le voleur de poules dont mamie avait parlé. Jade, qui n'avait peur de rien, c'était la cousine de Fabululu après tout, s'approcha.
- Speaker #1
« Bonjour, monsieur le boumian ! Pourquoi vous ne venez pas avec les autres ? »
- Speaker #0
L'homme grognant,
- Speaker #2
le boumian dit « Je suis le méchant de l'histoire, petite ! Personne ne veut partager son repas avec moi ! »
- Speaker #0
Jade fouilla dans sa poche. Par miracle, elle y trouva un morceau de nougat blanc qu'elle avait gardé du dîner. Jade dit
- Speaker #1
« Tenez, Mamie Paulette dit que le nougat blanc, c'est la douceur et le pardon. Si vous le mangez, vous pourrez venir. »
- Speaker #0
Le boumien la regarda, surpris. Il prit le nougat avec ses gros doigts sales. Il croqua, son visage dur s'adoucit. Le boumien dit
- Speaker #2
« Merci, la petite du nord. Allez, viens, on va voir le bébé. »
- Speaker #0
Chapitre 5. Le banquet des petits saints. Ils arrivèrent sur la place du village, devant les tables en pierre. là Une fête incroyable avait lieu, les santons avaient dressé une table immense, et devinez quoi ? Ils avaient eux aussi leurs treize desserts. Mais c'était différent. Le berger apportait du fromage de ses brebis. Le meunier apportait la farine pour la pompe à l'huile. La vieille femme, la margarido, apportait des pommes. Le ravi était là. Il ne parlait pas, mais il dansait. Il levait les bras, attrapait les mains des gens, les faisait tourner. Il vit Jade. Il lui fit un grand sourire édenté et l'entraîna dans la ronde. La musique commença. C'était le tambourinère, le joueur de tambourin et de flûte. Tutu-pampan ! « Tu-tu-pam-pam ! » C'était la farandole. Jade dansait avec la poissonnière, avec le meunier, avec le boumian. Elle comprit alors le secret. Les treize desserts, ce n'était pas pour manger, c'était pour réunir. La menthe dure et la figue molle, le nougat noir et le blanc, le riche et le pauvre, le nord et le sud, tout le monde était là, main dans la main. Le ravi s'approcha de Jade. Il posa sa main sur le cœur de la petite fille. Une chaleur douce l'envahit comme un soleil d'été en plein hiver. Il lui chuchota. C'était la première fois qu'il parlait.
- Speaker #1
Le ravi dit « La joie ne s'use que si on ne s'en sert pas » .
- Speaker #0
Au loin, le coq de la crèche chanta. Un cocorico puissant qui fit vibrer les montagnes de papier. Le berger dit
- Speaker #3
« L'aube, vite, retour à l'argile » .
- Speaker #0
Le monde tourbillonna. Les couleurs se mélangèrent comme de la peinture à l'eau.
- Speaker #1
« Jade, Jade, réveille-toi, c'est l'heure du petit déjeuner » .
- Speaker #0
Jade ouvrit les yeux. Elle était sur le canapé en velours. La cheminée était éteinte, le soleil du matin illuminait la pièce. Mamie Paulette était là, avec un bol de chocolat chaud qui fumait. Jade s'assit, un peu étourdie.
- Speaker #1
« Mamie, j'y étais, j'étais dans la crèche, j'ai dansé la farandole avec le ravi et j'ai donné mon nougat au voleur ! »
- Speaker #0
Mamie Paulette sourit doucement en lui caressant les cheveux.
- Speaker #1
« Ah oui ? Tu as fait de beaux rêves, ma chérie ! »
- Speaker #0
Jade se leva d'un bond et courut vers la crèche. Tout était immobile. Les santons étaient figés, silencieux, petits morceaux de terre peintes. Le meunier ne bougeait plus, la poissonnière était muette. Mais Jade se pencha vers le santon du boumien, celui qui était caché sous l'arbre en mousse. Elle plissa les yeux. Sur la barbe noire peinte du petit bonhomme, il y avait une minuscule trace blanche, collante, comme une miette de nougat blanc. Et le santon du ravi, il semblait un tout petit peu déplacé, comme s'il avait glissé en dansant. Jade se tourna vers Mamie Paulette. Les yeux écarquillés. « Mamie, regarde, le boumian a mangé le nougat ! Pour de vrai ! » Mamie Paulette s'approcha. Elle regarda la miette. Elle regarda Jade. Elle mit un doigt sur sa bouche.
- Speaker #1
« Ce qui se passe dans la Bastide la nuit du 27 décembre, c'est notre secret. Jade, c'est la magie de la treizième note, celle qu'on entend qu'avec le cœur. » Jade sourit. Elle prit un morceau de pompe à l'huile en le rompant avec les mains, bien sûr, et le trempa dans son chocolat
- Speaker #0
Elle réalisa que Mamie avait raison, Noël n'était pas fini. Il ne finissait jamais, tant qu'il y avait quelqu'un pour partager un morceau de nougat et une danse joyeuse, et quand elle repartirait à Arras, elle emporterait ce soleil dans sa valise pour le donner à Fabululu. Alors, tu savais que la pompe à l'huile n'était pas une machine, mais une délicieuse brioche ? C'est ça, la magie de la Provence, l'héritage de la tradition, de la religion. C'est encore mieux de comprendre les origines des 13 desserts, car je n'aurais jamais deviné que c'était en rapport avec Jésus. Jade nous a montré que Noël est une fête qui dure longtemps, pour peu qu'on ait le cœur ouvert. Merci d'avoir voyagé avec moi. On se retrouve très vite pour une nouvelle découverte. D'ici là, garde les bras levés vers le ciel comme le ravi. Bonne nuit les petits. Bisous.