Speaker #1Bonjour à tous, bienvenue dans Hommes de Méninge. Aujourd'hui, on a décidé de parler de l'idéologie. De l'idéologie en tant que concept structurant de la pensée et de la perception de la réalité. En période de tension sociale, la confrontation des idées et des points de vue tourne assez vite, au lancer d'un athème. Dans le monde prétendument cartésien dans lequel nous avons collectivement la prétention de vivre, chaque chapelle, pour asseoir son magistère moral, prétend être celle de la raison, du bon sens, de la réalité telle que nous la démontrent les chiffres et nous l'expliquent les lettres. de la réalité que seul percevrait l'homme sage et mesuré. Dans la bouche du sophiste contemporain, qui prend souvent la forme de cet éditorialiste payé soit par nos impôts, soit par l'argent désintéressé d'un mania, soit par les deux, et qui prétend incarner la pensée rationnelle, l'idéologie est présentée de manière péjorative comme une altération, voire même une négation de la réalité. Le débat dit démocratique se résume aujourd'hui à la revendication du monopole du principe de réalité, de la mainmise sur le concret des choses. Toute pensée opposée à la sienne est immédiatement qualifiée de pensée hydroponique, une pensée hors-sol, dans laquelle le constat fondateur est réalisé en utilisant ce casque de réalité virtuelle que serait l'idéologie. L'idéologie, dans la démocratie contemporaine, c'est finalement toujours l'apanage des autres. On dit d'un tel qu'il ne voit pas que la première préoccupation des Français, c'est le pouvoir d'achat, parce qu'il est aveuglé par l'idéologie. Ce même un tel nous rétorque qu'on ne voit pas que le principal problème du pays, c'est l'immigration, parce qu'on est aveuglé par l'idéologie. Dans ce jeu de miroir, cette interminable partie de « c'est celui qui dit qui est » Difficile d'y voir clair. Plus un concept semble aussi familier que sombre, aussi statique qu'insaisissable, plus les hommes de méninge ont envie de se pencher dessus. C'est donc précisément le projet ourdi aujourd'hui par votre serviteur. Intéressons-nous donc, si vous le voulez bien, à l'idéologie. Vous allez voir qu'initialement, on était quand même bien loin de cette distorsion du champ de la réalité, de ce mirage qu'on voit apparaître dans le désert des hommes quand on a soif de conviction, de cette négation du réel que serait l'idéologie. Étymologiquement, le mot vient du grec ancien « idéa » pour « idée » et « logos » pour « discours » . L'idéologie est donc initialement un discours, une science des idées. C'est précisément la perception qu'en avait Antoine d'Estudes de Tracy dans son « Mémoire sur la faculté de penser » publié en 1796. C'est dans cette œuvre qu'on a l'habitude de situer la première occurrence du terme « idéologie » . L'idéologie est, pour d'Estudes de Tracy, la science qui a pour objet l'étude des idées, une étude critique dans la droite ligne de la pensée des Lumières. et qui a pour but affiché de soumettre, pour les démythifier, la culture et les savoirs à l'analyse scientifique. Cette analyse devait participer à cet effort de rationalisation censé lutter contre l'obscurantisme. Devant les diverses tentatives pour appréhender rationnellement la réalité, les faits et les idées, on serait presque tenté d'envisager une généalogie qui ressemblerait à celle-ci, de manière très synthétique. Il y eut d'abord la métaphysique telle que pensée par Aristote, c'est-à-dire comme une science de l'être qui vise la connaissance rationnelle des réalités transcendantes. réalité appréhendée à travers la recherche de la cause qui agit sur l'homme en tant que sujet. Pour la faire courte, la connaissance rationnelle part de la sensation, se consolide avec l'expérience qui permet de reconnaître les cas semblables et se transcende dans l'art qui est la faculté d'appliquer à des cas semblables une règle universelle. Précisons que l'art est ici pensé au sens d'homme de l'art, de sachant. Le stade de la sensation est celui propre à tous les animaux. Le stade de l'expérience est celui du manœuvre, quand l'art est celui de l'architecte. Il lutte ensuite l'idéologie telle que pensée par Destut de Tracy, c'est-à-dire comme la science des idées, une science qui veut remplacer la métaphysique et qui se fonde, entre autres, sur le sensualisme, cette doctrine qui prétend que seule la sensation donne accès à la connaissance, qui analyse comment les hommes pensent et comment les sensations pénètrent leur biologie. Certains considèrent l'idéologie comme la version initiale de la psychologie, une version venue séculariser la réflexion sur la particularité de l'homme dans le contexte post-révolutionnaire. On ne peut tout de même pas s'empêcher de penser à ce passage, dans l'Évangile selon saint Jean, dans lequel il est rapporté que saint Thomas, doutant de la résurrection du Christ, aurait affirmé Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas. Comme quoi, le questionnement relatif à la rationalité de notre perception de la réalité date pas du XVIIIe siècle. Il y eut enfin l'azététique, cet art du doute, cette hygiène préventive du jugement, comme le disait le biologiste Jean Rostand, délaissant ses religions et ses croyances aux dogmes irréfutables pour mettre à l'épreuve tout énoncé se voulant scientifique. Je précise, à toute chance utile, qu'il est question ici de la zététique originelle, de ce scepticisme scientifique, ce doute cartésien qui est la base de toute science, et non de sa maladie infantile qui sévit aujourd'hui sur les réseaux sociaux et sur Youtube et atteint principalement les gens sans sagesse, sans savoir, sans charisme et sans talent. A ce sujet, on a fait avec Pierre un épisode qui s'intitule « La science, le doute et la certitude » . Il est en ligne pour les plus curieux d'entre vous. Pour en revenir à l'idéologie, lorsque celle-ci est évoquée dans le débat public, il n'est clairement plus question d'une quelconque science des idées. Dans le langage commun, elle est simplement devenue synonyme de corpus d'idées, principalement politiques, propres à un groupe ou à une époque. Un synonyme péjoratif qui charrie toujours avec lui un flot continu d'anathème. Dans notre imaginaire collectif, l'idéologie n'a donc plus de lien organique avec la science et la rationalité. Elle nous est présentée par le discours dominant comme une négation du réel. Et cette présentation n'est pas dénuée d'arrière-pensée. En effet, la pensée dominante, cette pensée qui, si on s'en réfère à l'allégorie de la fenêtre d'Overton, structure le périmètre de ce qui peut être discuté au sein d'une société, s'approprie la raison, repoussant ainsi toute opposition dans le champ de la radicalité. L'idéologie est toujours qualifiée d'extrême, d'extrême droite ou d'extrême gauche. On n'entend jamais parler d'idéologie centriste. Et pour cause, le centre, cette synthèse du « en même temps » se présente à nous drapée dans les belles étoffes de la raison, de la mesure, de la modernité, du bon sens, de la réalité et de la neutralité. Je vous ai trouvé un magnifique exemple, un tweet de BFM TV du 14 mai 2023, qui pourrait à lui seul résumer l'entièreté de cet épisode. Je cite « Retraite, Emmanuel Macron s'attaque au déni de réalité, le carburant des extrêmes. » Le geste technique est absolument parfait, un modèle du genre. Chapeau l'artiste. Tenez, au passage, j'en ai trouvé un deuxième, qui n'est pas piqué rien de ton. C'est encore une fois un tweet, et il est signé du sieur Claude Veil, cette incarnation de la neutralité et de la mesure que son nom soit chanté sous la forme d'un interminable gospel dans toutes les écoles de journalisme du pays. Réagissant à un débat entre une jeune écologiste et un récalcitrant dont j'ai oublié le nom, il a simplement commenté pour soutenir le récalcitrant « Compétence 1, idéologie 0 » . Si l'idéologie est présentée comme une démarche intellectuelle extrême, c'est peut-être parce qu'elle ambitionne encore de penser les faits et de les organiser en système. Or, il est impossible de penser les événements et les phénomènes de manière systémique sans faire de généralité. Et faire des généralités, c'est finalement assumer de faire de la politique, puisque sans généralité, il est impossible d'éliminer les phénomènes. étudier la tectonique des groupes. A bien y réfléchir, finalement, l'idéologie, c'est une perception rationnelle du monde. Une perception dans laquelle la réalité est une création humaine qu'il est possible de modifier par la volonté. C'est aussi une vision déniaisée des rapports entre les individus et les groupes. Une vision dans laquelle le discours est le vernis qui recouvre les intérêts. A contrario, ce qu'on peut nommer de manière un peu taquine l'extrême-centre, probablement du fait de son hégémonie culturelle, se comporte de moins en moins comme un corpus d'idées politiques qu'on peut exposer dans un argumentaire pour convaincre, et de plus en plus comme un dogme auquel il faut croire. Le verbe croire est d'ailleurs souvent utilisé par ses partisans. Il faut croire en la science, croire en l'Europe, croire en l'avenir. L'irrationalité ne se logerait donc pas là où on l'attend. On pourrait, de manière peut-être un peu caricaturale, situer cette transformation à la fin des années 80. Ce moment où Francis Fukuyama conclut que la démocratie libérale et l'économie de marché étant l'essence de l'homme, nous serions parvenus à la fin de l'histoire. Qui dit fin de l'histoire dit aussi, ça va de soi, fin de la politique. C'est la raison pour laquelle l'extrême centre prétend ne pas en faire. Si la démocratie libérale et l'économie de marché sont l'essence de l'homme, alors proposer un autre modèle de société, ce n'est pas ne pas être d'accord, c'est être dans l'erreur. Ceci explique grandement le rapport que la pensée dominante entretient avec les faits, les idées et le langage. En ce qui concerne les faits, la pensée dominante se comporte avec eux un peu comme un pervers narcissique. Elle les glorifie, notamment en prétendant faire du fact-checking une science aussi exacte que neutre, tout en les vidant de leur sens. Elle refuse qu'on les analyse, qu'on en fasse l'exégèse. Si vous pensez les faits en vue de les ordonner et de les connecter pour produire une réflexion systémique et critique, alors il y a de grandes chances que vous soyez un peu complotiste. Si vous contextualisez un événement pour le remettre dans une chaîne, alors il y a de grandes chances pour que vous fassiez de la récupération politique. Pour la pensée dominante, les faits sont bruts, neutres, et ne disent rien de plus que ce bandeau déroulant en bas des chaînes d'infos en continu qui s'est résumé tout et n'importe quoi en deux lignes, faute d'orthographe comprise. Nietzsche disait pourtant, dans un fragment célèbre, qu'il n'y a pas de fait, il n'y a que des interprétations. En ce qui concerne les idées, la pensée hégémonique prétend ne les forger qu'après une longue et minutieuse observation du réel. C'est d'ailleurs ce qui expliquerait la particulière adéquation des solutions qu'elle propose, des solutions pragmatiques, de bon sens, aux antipodes de la politique politicienne. Mais l'extrême-centre, même s'il le nie, n'est rien d'autre qu'une idéologie de plus dans le panel d'idéologie qui structure notre société. La contemplation du réel n'a jamais été neutre. Elle est menée de son point de vue et en ayant recours à un corpus prédéfini d'idées à partir duquel on va analyser la réalité. Les idées ne sont donc pas des conclusions mais des sources, pas des portes de sortie mais des portes d'entrée. La grande force de la pensée dominante, et c'est d'ailleurs ce qui révèle son hégémonie culturelle comme pensée par Antonio Gramsci, c'est d'avoir réussi à nous faire croire que nous étions entrés dans l'ère de la poste politique, que l'histoire était finie, que la démocratie libérale et l'économie de marché se confondraient désormais avec la société. Un peu comme le nom de la marque qui a colonisé le marché se confond avec le nom du produit lui-même. Détail intéressant, on relèvera que contrairement aux séquences historiques précédentes, aujourd'hui, les noms des partis politiques, nouvellement créés, n'identifient plus l'école doctrinale à laquelle ceux-ci se rattachent. Exitent donc les partis socialistes ou communistes, et placent à renaissance, reconquête, la France insoumise, le Rassemblement national. Un peu comme s'il était devenu honteux, ou à tout le moins inutile, de se revendiquer d'une doctrine politique avec une histoire claire et une ligne identifiée. En ce qui concerne le langage, la pensée dominante l'a colonisé puis refaçonné. Franck Lepage a fourni un excellent travail à ce sujet. Je vous encourage à aller le consulter. C'est accessible en ligne. Du point de vue politique, cet extrême centre se contente d'anonner des termes... Furtout peu ou pas définis comme les valeurs, la république, la haine, le populisme et des néologismes commençant souvent par le préfixe anti pour cantonner toutes les oppositions dans l'enclos de la radicalité stérile, dans l'asile des pensées décousues, dans le ventre fécond du populisme. Ce monde contemporain, dans lequel la pensée dominante est un projet politique qui nie son nom, dans lequel les mots employés pour encenser les siens et discréditer les autres n'ont aucun sens intelligible, est le monde de la dissonance cognitive, l'environnement naturel, l'écosystème de la tyrannie molle. La politique est pourtant un noblard, un noblard avec des règles et une logique qui lui est propre. porte le blason de son club sur le torse et on porte ses coups. L'esquive, c'est la stratégie de ceux qui mènent au point. Mais tant que le gong n'a pas retenti, tout est possible. Ce noblard, c'est Marx et Engels qui en parlent le mieux dans leur oeuvre L'idéologie allemande. Je vous proposerai une très éclairante citation dans quelques instants. Sans grande surprise, pour Marx, la formation des idées chez l'homme est directement liée aux circonstances sociales, aux conditions matérielles, c'est-à-dire aux systèmes économiques et aux modes de production. Les idées qui prédominent à l'ère du féodalisme sont radicalement différentes de celles qui existeront à l'ère capitaliste. C'est là une évidence. La perspective marxiste nous invite donc à nous méfier grandement de ces idées hégémoniques qui nous sont présentées comme l'expression du bon sens et de la raison, quand ils ne sont que la matérialisation des intérêts de la classe dominante. Ces idées sont diffusées dans la société par diverses institutions, l'éducation, le droit, les médias. Et c'est en faisant en sorte que ces idées soient considérées comme les idées de la société dans son ensemble, que la bourgeoisie assoit son pouvoir. Elle y parvient notamment en faisant croire que la pensée qui lui est propre est aussi là pour servir les intérêts du prolétariat. Et oui, les privilèges et le féodalisme ayant été officiellement abolis, il n'existerait donc plus de distinction sociale et politique entre les citoyens, tous mêlés dans la même communauté d'intérêts et de destins. Du point de vue du prolétariat, c'est ce que Marx nomme la fausse conscience de classe. Cette fausse conscience de classe est très préjudiciable pour le prolétariat. Celui-ci a, dans ce cadre, une idéologie, un système de croyance, une façon de voir le monde qui ne serve pas ses intérêts et ne correspond pas à la réalité matérielle dans laquelle il vit. Il vit dans l'illusion bourgeoise. Dès lors, quand on nous serine que la démocratie libérale et son économie de marché sont le moins pire des régimes, la première question qu'on devrait se poser est la suivante. Oui, mais pour qui ? L'idée n'est pas d'en appeler à une démocratie illibérale et à une économie planifiée, pas plus qu'à une dictature de quelque nature qu'elle soit. Simplement de se questionner sur cette réalité qu'on nous présente comme vérité objective, alors que sa perception est toujours observateur-dépendante. Dernière petite précision, avant de vous lire l'extrait en question, la perspective marxiste nous invite, à travers son approche matérialiste, à nous méfier aussi bien de ces idéologies anachroniques, en totale déconnexion avec les conditions matérielles contemporaines, et qui ne sont donc que des voies de garage, que de ces idéologies prétendument contestataires qui ont table ouverte dans tous les médias mainstream. L'idéologie dominante a, de tout temps, su manier aussi bien l'épouvantail que le miroir aux alouettes. Voici donc les extraits de l'idéologie allemande de Marx et Engels que je voulais vous lire. Sur la pensée dominante. Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes. Autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de la production intellectuelle. Si bien que, l'un dans l'autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle sont soumises du même coup à cette classe dominante. Merci. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l'expression idéale des rapports matériels dominants. Elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d'idées. Donc l'expression des rapports qui font d'une classe la classe dominante. Autrement dit, ce sont les idées de sa domination. Sur la structuration de la classe dominante, nous aurons deux catégories d'individus à l'intérieur de cette même classe. Les uns seront les penseurs de cette classe, les idéologues actifs qui réfléchissent et tirent leur substance principale de l'élaboration de l'illusion que cette classe se fait sur elle-même, tandis que les autres auront une attitude plus passive et plus réceptive en face de ces pensées et de ces illusions. parce qu'ils sont dans la réalité, les membres actifs de cette classe, et qu'ils ont moins de temps pour se faire des illusions et des idées sur leur propre personne. À l'intérieur de cette classe, cette scission peut même aboutir à une certaine opposition et à une certaine hostilité des deux parties en présence. Mais dès que survient un conflit pratique, où la classe tout entière est menacée, cette opposition tombe d'elle-même. Tandis que l'on voit s'envoler l'illusion que les idées dominantes ne seraient pas les idées de la classe dominante et qu'elles auraient un pouvoir distinct du pouvoir de cette classe. Sur les idées raisonnables et leur universalité. Chaque nouvelle classe qui prend la place de celle qui dominait avant elle est obligée, ne fût-ce que pour parvenir à ses fins, de représenter son intérêt comme l'intérêt commun de tous les membres de la société. Ou, pour exprimer les choses sur le plan des idées, cette classe est obligée de donner à ses pensées la forme de l'universalité, de les représenter comme étant les seules raisonnables, les seules universellement valables. Sur la réalité et sa perception. Dans la vie courante, n'importe quel boutiquier sait fort bien faire la distinction entre ce que chacun prétend être et ce qu'il est réellement. Mais notre histoire n'en est pas encore arrivée à cette connaissance vulgaire. Pour chaque époque, elle croit sur parole ce que l'époque en question dit d'elle-même et les illusions qu'elle se fait sur soi. Voilà pour la théorie. Alors on va clore cet épisode par un petit cas pratique. Je vais partager avec vous cette passe d'armes entre Raphaël Enthoven et Jean-Luc Mélenchon. Tout y est. Merci de m'avoir écouté et à la semaine prochaine.