Speaker #0David Harbour, 40 ans, une carrière remplie de petits rôles de méchants. Jamais de premier rôle, jamais de héros. Quand les deux furent le contact pour Hopper, il lit le script et réalise quelque chose. C'est le rôle de sa vie. Un flic alcoolique, brisé, imparfait, un anti-héros. Harbour dira plus tard, j'attendais cette opportunité depuis. trop longtemps. Les deux fœurs, eux, savaient qu'il était parfait. Hopper est devenu l'un des personnages les plus aimés de la série. Nous avons quatre enfants inconnus, une Britannique qui voulait l'Américaine, un ado qui transforme sa maladie en force, un acteur de 40 ans qui attendait son heure. En quelques mois, Carmen Cuba assemble un casting qui deviendra légendaire. En 2017, ils remportent tous ensemble le SAG Award du meilleur ensemble d'acteurs dramatiques. une véritable consécration. Mais un casting parfait ne suffit pas. Encore faut-il créer un univers crédible. Et pour ça, les frères Duffer vont repousser les limites du fait maison. On est maintenant au printemps 2016. Le tournage commence à Atlanta et les frères Duffer... pose une règle absolue. Pas d'infographie inutile. Tout doit être fait de manière pragmatique. physique, tangible. Pourquoi ? Parce qu'ils ont grandi avec des classiques, Alien, The Thing ou encore Hellraiser, des films où l'horreur était réelle, palpable, pas un effet CGI propre, quelque chose de visqueux, d'organique, de dérangeant. Mark Tuffer raconte, il y a quelque chose de particulièrement terrifiant dans les effets pratiques. On voulait que les acteurs réagissent à quelque chose de réel. Et en parlant de réel, le démon Gorgon, le monstre... Iconique de la saison 1, vous pensez que c'est de l'image de synthèse ? C'est un acteur, Mark Stager, dans un costume en latex de 30 kilos, créé par un studio d'effets spéciaux. Le costume a nécessité des mois de conception. Tête qui s'ouvre en pétale, griffes articulées, texture organique. Mark devait répéter chaque mouvement pendant des heures. Les deux fers voulaient que le démo-gorgon bouge comme un prédateur animal, pas comme un monstre CGI. Résultat ? Les acteurs réagissaient à une vraie créature de deux mètres devant eux. Seule la tête qui s'ouvre a été retouchée en post-production pour ajouter les détails gluants. Mais 80% du monstre est physique. Et ce monde, ce monde parallèle, terrifiant, l'upside down, encore une fois, c'est tout physique. Les décorateurs ont pris des décors réels, la maison des bailleurs, la forêt, et les ont littéralement recouverts de mousse, de slime artificiel, de lias dans la texte. Les acteurs marchaient dans de vraies flaques fisqueuses. Le fameux mur gluant dans lequel Joyce cherche Will, c'est un vrai mur recouvert de latex et de lubrifiant. Winona Ryder a dû plonger ses mains dedans. Elle dira plus tard, c'était dégoûtant, mais ça rendait tout tellement réel. Les effets CGI n'ont été utilisés que pour ajouter les particules flottantes et les éclairs dans le ciel. Mais à partir de la saison 3, les deux fers veulent amplifier la dimension horrifique. Plus de créatures, plus de transformations, plus de gores. Ils font appel à Rodeo FX, un studio québécois spécialisé dans les effets visuels. Et c'est une surprise totale. Sébastien Moreau, superviseur VFX, raconte que les frères Defeur nous ont appelés deux semaines après notre première rencontre. Ils nous ont dit, vous êtes la firme principale pour tous les effets de la saison 3. On s'attendait à ramasser les miettes, on est devenus les piliers. 14 mois de travail. 200 employés répartis entre Québec, Montréal, Munich et Los Angeles. Leur défi ? Créer des créatures dégueulasses et coulantes, sans que ça devienne un cours d'anatomie 101. Les humains qui fondent, le slagéleur mental géant, le centre commercial StarCour, entièrement reconstitué en CGI. La saison 3 devient un blockbuster visuel, mais elle garde cette texture organique, sale et viscérale que les deux feurs exigent. On arrive à la saison 4 et les enjeux explosent. Vecna, le nouveau monstre, nécessite un mélange d'effets physiques et de CGI. Jamie Campbell Bower passe 7h30 par jour en maquillage. Le costume complet de Vecna pèse plus de 40 kilos. Mais le budget aussi explose. 30 millions de dollars par épisode. Un record absolu pour Netflix, plus que Game of Thrones. Et le résultat, c'est que la saison 4 devient la série en langue anglaise la plus regardée de l'histoire de Netflix. 1,35 milliard d'heures visionnées en un mois. On a des acteurs dans des costumes de monstres, des décors recouverts de slime, un studio québécois qui fait fondre des humains et un budget qui atteint des sommets hollywoodiens. Stranger Things n'a jamais abandonné son ADN. L'horreur doit être tangible. Même quand le CGI prend le relais, il reste cette texture, cette viscosité, cette impression qui rend tout terrifiant. Mais les effets ne suffisent pas. Pour que l'immersion soit totale, il faut aussi le bon son, la bonne ambiance, la bonne musique. Et là, Stranger Things va frapper un grand coup. Le juillet 2022, en l'espace de 48 heures, une chanson de 1995 explose tous les records. Running Up That Hill de Kate Bush redevient numéro 1 dans 30 pays. Le clip original sur YouTube passe de quelques millions à plus de 200 millions de vues. Pourquoi un seul épisode de Stranger Things ? L'épisode 4 de la saison 4. Mais avant de parler de ce moment légendaire, il faut remonter aux origines. Comment Stranger Things a construit son identité musicale ? Nous sommes à l'été 2015. Les Frères de Fer cherchent des compositeurs. Ils ne veulent pas d'un orchestre classique. Ils veulent des synthés vintage, l'ambiance des années 80. Jean-Michel Jarre, Tangerine Dream, Vangelis, John Carpenter. Ils tombent sur Survive, un groupe de synthés underground basé à Austin, Texas. Deux membres du groupe, Kyle Dixon et Michael Stein, acceptent de marquer le projet. L'été 2015, Kyle et Michael commencent à composer. Mais attention, il ne regarde aucune image. Il compose uniquement à partir des descriptions des personnages, du ton, de l'histoire. Résultat, il crée une bibliothèque musicale énorme avant même le tournage. Les deux fers peuvent piocher dedans pendant le montage. Le 10 août 2016, Netflix annonce la bande originale en deux volumes. Volume 1 le 10 août, volume 2 le 19 août. C'est un carton instantané. Mais Stranger Things ne se contente pas de sa bande originale. Les frères Duffer ont une obsession. Utiliser des morceaux emblématiques des années 80, mais pas n'importe comment. Chaque chanson doit servir le récit, amplifier une émotion, ancrer un moment. Exemple culte, Should I Stay or Should I Go ? La chanson de Will Byers. Elle revient dans presque chaque saison comme un fil conducteur émotionnel. Africa de Toto. utilisé dans une scène drône et nostalgique de la saison 3. Résultat, le morceau explose à nouveau sur Spotify. Time After Time de Cyndi Lauper, le slow parfait pour clôturer la saison 2, un moment doux amer qui résume toute l'ambiance de la série. Material Girl de Madonna, utilisé dans la scène iconique du centre commercial quand Eleven découvre le shopping avec Max. Une scène pop, colorée, jouissive. Saison 4 Épisode 4, Max est sous l'emprise de Vecna. Elle lévite dans les airs, ses os commencent à craquer. Elle va mourir. Ses amis trouvent un Walkman. Ils mettent René Gabzat et Ile de Kate Bush, sa chanson préférée. Et là, magie, Max se bat. Elle court, elle refuse de céder. La musique devient son bouclier. Elle échappe à Vecna. Ce moment devient instantanément iconique, viral, mythique. Les chiffres sont fous, plus 15 000% d'écoute sur Spotify en une semaine. Le morceau devient numéro 1 dans 30 pays, 37 ans après sa sortie. Kate Bush elle-même réagit, émue. C'est extraordinaire, je suis submergé. Les frères Defer l'avaient choisi pour une raison simple. On voulait quelque chose qui représente le combat intérieur de Max. Quelque chose de puissant, d'intemporel. Mission accomplie. Et ce n'est pas fini. Stranger Things a tellement marqué culturellement que certains acteurs se lancent dans la musique. Maya Oak, qui joue Robin, sort un album en septembre 2022. Folk Indé, voix douce, paroles introspectives. Joe Carey, qui joue Steve, a un projet solo sous le nom Joe, de la psy-k-pop Influencities. Son album Decide cartonne. Finn Wolfhard, qui joue Mike, joue dans le groupe The O'Bray, du rock alternatif. Millie Bobby Brown, qui jouait Eleven, a même rappé. Stranger Things, c'est pas qu'une série, c'est une machine culturelle qui transforme des acteurs en icônes multidisciplinaires. Des synthés vintage, des hits oubliés qui redeviennent numéro un. Un moment musical qui sauve un personnage de la mort et des acteurs qui deviennent musiciens. La musique de Stranger Things. n'est pas qu'un accompagnement, c'est un personnage à part entière. Un pont entre le passé et le présent. Une preuve que la nostalgie, quand elle est bien utilisée, devient universelle. Mais Stranger Things, c'est pas que de la nostalgie. C'est aussi un phénomène qui a changé Netflix et l'industrie du streaming pour toujours. En juillet 2016, Netflix mise tout sur une série nostalgique avec des enfants inconnus, des monstres en latex et des synthés vintage. Qui aurait pu prévoir ça ? Quatre saisons plus tard, Stranger Things, c'est la série en langue anglaise la plus regardée de l'histoire de Netflix. Plus de 230 nominations, plus de 70 prix, dont des Emmy et des Screen Actors Guild Awards. Un phénomène culturel qui transcende la télévision. Des produits dérivés, des parodies. des concerts live de la bande-son, une pièce de théâtre à Broadway, un jeu de société Donjons et Dragons officiel, et même une série animée spin-off en développement. Mais l'héritage de Stranger Things dépasse les chiffres. Netflix change de stratégie. Avant Stranger Things, Netflix misait sur des séries adultes, House of Cards, Orange is the New Black, Narcos. Mais après Stranger Things, Netflix comprend qu'il peut toucher toutes les générations avec une seule série. Et le résultat, c'est une explosion des séries nostalgiques et familiales. The Umbrella Academy, The Witcher, Cobra Kai, tous héritiers indirects de Stranger Things. Le retour des effets physiques. Stranger Things prouve qu'on peut faire de l'horreur moderne sans tout miser sur la CGI. Des séries comme The Last of Us ou The Mandalorian s'en inspirent directement. Privilégiez les décors réels, les costumes et les animatroniques. Et aussi la musique. comme stratégie marketing, le coup de Kate Bush change tout. Désormais, placer un vieux hit dans une série devient une stratégie délibérée. Spotify crée même des playlists as future ad in après chaque sortie de saison. 2025. La saison 5 arrive. La dernière. Les frères Duffer l'ont promis. On ne fera pas du Restranger Things éternellement. On a une fin en tête depuis le début. Le format est inédit. Trois volumes répartis sur plusieurs mois. Une stratégie... pour maximiser l'impact et laisser le public digérer. Le budget est estimé à 50 millions de dollars par épisode, un record absolu. Les attentes sont colossales, les deux fers le savent. On veut que les gens se souviennent de Stranger Things comme d'une œuvre complète, pas d'une série qui s'est éternisée. Au-delà des monstres, des synthés et de la nostalgie, Stranger Things a prouvé quelque chose de fondamental. On peut créer un phénomène mondial avec une idée simple, de la passion. et des acteurs qui croient au projet. Pas besoin d'un univers Marvel, pas besoin d'un budget Game of Thrones dès le départ, il suffit d'une histoire authentique, d'une esthétique forte et de personnages qu'on aime. Les frères Duffer avaient 30 ans quand ils ont créé Stranger Things. Ils ont essuyé 15 refus avant que Netflix dise oui. Aujourd'hui, c'est des légendes. Au départ, Stranger Things, c'est l'histoire d'une petite série qui voulait juste rendre hommage aux films des années 80. mais qui a fini par redéfinir ce qu'est une série à succès au XXIe siècle. De la création à la diffusion, on a eu un pitch refusé 15 fois, un casting d'inconnus qui deviennent des icônes, des effets physiques dans un monde CGI, une bande-son qui ressuscite des carrières, un phénomène qui change Netflix et le stream. En 2025, tout se termine. 11, Mike, Dustin, Lucas, Will, Max, Steve, Nancy. Jonathan, Hopper, Joyce, tous diront adieu à Hawkins. Et nous, spectateurs, on dira adieu à l'une des séries les plus marquantes de notre génération.