Speaker #0Ici la voix, putain de charge mentale, voilà, je crois que c'est comme ça que j'avais envie de commencer. Donc pas bonjour et bienvenue dans ce premier épisode, pas de petite musique inspirante, pas de phrases préparées pour faire croire que j'ai compris quelque chose à la vie. Il est 1h36, mes enfants dorment, donc juste putain de charge mentale. Parce qu'en ce moment, à force de me charger, elle m'a complètement déchargée. Et c'est assez paradoxal parce que je passe beaucoup de temps... à parler de simplification sur mes réseaux. Je simplifiais son dressing, simplifiais sa consommation, simplifiais sa vie, faire moins mais mieux. Et moi, là, actuellement, je suis à 3% de batterie. Et je crois que c'est précisément pour ça que j'avais envie de prendre ce micro. Je me suis posé une question ces derniers jours. Comment faisaient les femmes avant qu'on appelle ça la charge mentale ? Parce qu'elle n'est évidemment pas apparue le jour où quelqu'un lui a donné un nom. Ce serait trop facile. Nos mères l'avaient, nos grands-mères l'avaient, probablement leurs mères aussi. Il fallait penser aux enfants, à la maison, au rendez-vous, à ce qu'il manque, à ce qu'il faudra, à ce qu'il risque d'arriver, à ce qu'il ne faut surtout pas oublier, c'est très important. Et c'est ça que je trouve dingue avec la charge mentale. Elle est infinie. Ce n'est pas seulement faire, c'est penser à faire. C'est penser à penser à faire aussi. Et parfois, rappeler à quelqu'un d'autre qui devait faire le truc auquel toi, évidemment, tu as pensé pour lui. Hashtag, nos maris sont les meilleurs. C'est un métier de merde quand même. Et en plus, personne ne t'a embauché. Donc aujourd'hui, au moins, on lui a donné un nom. Charge mentale. Ok, c'est cool. Maintenant, je sais comment ça s'appelle, mais j'ai une autre question. Une vraie. On fait quoi quand on l'a nommé ? Parce que j'ai l'impression qu'on est devenu extrêmement fort pour diagnostiquer nos vies. Donc on a la charge mentale, le burn-out, la procrastination, l'hyper-productivité, le lâcher-prise. L'organisation, la routine, la détox digitale, la to-do list, on sait tout nommer. Internet nous explique même comment aller mieux. Et parfois, ça devient encore un truc à faire. Moi, par exemple, j'ai essayé les listes. Je priorise, je planifie, je note pour sortir les choses de ma tête. J'utilise des outils, j'utilise l'intelligence artificielle. Je cherche constamment à optimiser. Et un jour, j'ai compris un truc complètement con. J'avais réussi à transformer ma décharge mentale en, tenez-vous bien, charge mentale. Parce que maintenant, il fallait aussi bien organiser ma journée, bien utiliser ma méthode, bien préparer mes postes, bien faire ma liste, bien prioriser, bien dormir aussi, c'est important, bien prendre du temps pour moi, bien lâcher prise. Attendez, il faut maintenant que je réussisse mon lâcher prise. Même mon repos était devenu un objectif de performance. C'est bien, c'est complètement con. Et je crois qu'il y a un truc... qu'on ne dit pas suffisamment. Parfois, le problème, ce n'est pas l'organisation. Le problème, c'est qu'on essaye de mettre 37 heures dans une journée de 24. Et après, le soir, on regarde ce qu'on n'a pas fait. Et on culpabilise, bien évidemment. Moi, la première, je suis capable d'avoir fait 10 choses dans ma journée et de m'endormir en pensant aux 3 trucs que je n'ai pas fait. C'est fascinant. Mon cerveau pourrait dire « Bravo, on en a fait 10 ! » Non, non, mon cerveau, c'est plutôt sympa et les 3 autres connaissent pas. Merci, super le collègue. Et puis, ah aussi j'ai oublié, je suis maman. Et là, ça rajoute une dimension complètement différente. Parce qu'on peut décider de lâcher prise sur énormément de choses. Mais quand tes enfants ont besoin de toi, tu ne peux pas mettre maman en mode avion. Enfin, tu peux essayer, mais généralement quelqu'un te retrouve aux toilettes. Et moi j'ai des filles, j'ai deux filles, et j'ai envie d'être leur socle. J'ai envie qu'elles sachent que quand elles tombent, elles peuvent venir chez maman. Quand elles ont peur, elles peuvent venir chez maman. Quand elles sont fatiguées, elles peuvent venir se reposer chez maman. Et quand leur monde devient trop lourd, elles peuvent décharger chez maman. C'est comme ça que je conçois mon rôle. Mais il y a une question qu'on oublie parfois derrière. Quand tout le monde décharge chez maman, maman elle décharge où ? Et celle-là, je n'ai pas encore complètement trouvé la réponse. Parce qu'une fois qu'elle dorme, je redeviens autre chose. Un monstre. Non, je rigole. Je redeviens la femme. l'épouse, la graphiste en freelance, l'entrepreneur, la nana qui construit ses projets, qui fait des sites aussi, qui travaille, qui essaye de développer son e-commerce, Bewoman.fr, un peu de promo, ça fait pas de mal, qui réfléchit à demain, qui essaye aussi, accessoirement, de gagner sa vie. Et parfois, ma deuxième journée commence quand celle de mes enfants se termine. Alors forcément, à un moment, la batterie elle dit, franchement ma grande, démerde-toi, j'en peux plus. Et c'est là que j'ai envie d'être sincère. Parce qu'on est sur Internet. Et Internet a créé un truc assez étrange. On montre beaucoup, mais on révèle très peu. On montre le résultat, la commande qui part, le projet terminé, la jolie photo sur Instagram, le business qui tourne, le café ou le matcha, le bureau, la phrase inspirante, même quand on montre nos difficultés. Parfois, elles sont déjà montées, étalonnées, sous-titrées, avec une musique triste parfaitement synchronisée. Je dis ça parce que je l'ai déjà fait. Même notre vulnérabilité est devenue Instagrammable. Et je ne dis pas ça pour juger les autres, bien au contraire. Parce que je suis dedans aussi. Je me pose moi-même la question. Qu'est-ce que je fous là ? Pourquoi je prends mon téléphone et pourquoi je raconte ma vie ? Pourquoi je veux créer du contenu absolument ? Pourquoi j'ai besoin que des inconnus entendent ce que j'ai à dire ? Et je crois que je commence à avoir une réponse. Je n'ai pas envie de laisser une trace parfaite. J'ai envie de laisser une trace vraie. Parce que le parfait, on en bouffe toute la journée. Et paradoxalement, plus je regarde des gens qui semblent avoir compris comment vivre, et plus parfois j'ai l'impression que moi, je ne sais plus comment faire. Alors peut-être qu'on a besoin d'autre chose. Des gens qui disent « aujourd'hui j'ai géré » , et puis demain qui disent « aujourd'hui je suis complètement paumée » . Les deux peuvent être vrais. Je peux être une femme forte et être épuisée. Je peux revendiquer ma liberté et reconnaître que parfois, je deviens esclave de mon propre cerveau. Je peux aimer mes enfants à en crever et avoir besoin qu'on ne m'appelle plus maman pendant 20 minutes. Je peux aimer travailler et être incapable d'ouvrir mon ordinateur certains jours. Ce n'est pas contradictoire, c'est juste la vraie vie. Et puis moi, il y a quelque chose qui m'aide énormément, c'est ma religion. Je le dis parce que ce serait malhonnête de parler de ce qui me permet de tenir sans en parler. Je suis musulmane. Et non, ce podcast n'est pas là pour convertir qui que ce soit. ranger les formulaires, tout va bien. Mais dans ma vie, ma foi m'aide à remettre certaines choses à leur place, à accepter notamment une idée qui est très difficile pour quelqu'un qui veut tout contrôler. Tout ne dépend pas de moi. Je peux faire ma part, je peux travailler, prévoir, construire, protéger, essayer aussi, mais je ne maîtrise pas tout. Et parfois, reconnaître ça, c'est déjà enlever quelques kilos du sac. Ça ne fait pas disparaître ma charge mentale, loin de là. Je ne vais pas vous vendre... ça comme un remède miracle, mais ça m'aide à me rappeler que je ne suis pas obligée de porter le monde entier sur mes épaules. Alors, est-ce que j'ai trouvé le remède à cette putain de charge mentale ? Non, clairement pas. Si je l'avais trouvé, cet épisode durerait trois minutes et je serais probablement milliardaire. Mais j'ai compris quelque chose. Peut-être qu'on cherche trop souvent comment réussir à tout faire, alors que la question devrait être parfois, pourquoi est-ce que tout doit être fait ? ça change énormément de choses. Parce qu'il y a des trucs qu'on peut déléguer, des trucs qu'on peut simplifier, des trucs qu'on peut faire moins bien, et des trucs qu'on peut ne pas faire du tout, pas reporter, pas remettre dans la liste de demain, pas déplacer dans Notion avec une jolie petite étiquette rouge, ne pas faire, point, tout simplement. Et peut-être que c'est ce que je veux faire avec ici, la voix. pas vous donner des réponses que je n'ai pas, mais poser les questions qu'on garde parfois dans notre tête. Parler de maternité, de travail, de vêtements, de société, d'entrepreneuriat, de salariat aussi, de nos contradictions, de nos ambitions, de nos ratés, de nos convictions et surtout de la vraie vie. Parce que si je dois prendre la parole, je préfère laisser une trace imparfaite et sincère qu'une belle trace complètement bidon. Alors aujourd'hui, je suis à 3%. Et peut-être que toi qui m'écoutes, tu n'es qu'à 2, ou à 80, ou peut-être que tout va très bien chez toi. Profite ! Mais si toi aussi, en ce moment, tu as l'impression d'avoir 47 onglets ouverts dans ta tête, eh bien sache une chose, tu n'es pas seul. Et surtout, ne rajoute pas forcément « aller mieux » à ta liste de choses à réussir aujourd'hui. Peut-être que pour ce soir, 3% ça suffira. Moi, c'était Bibi. alias Marnia, ici la voix et ce premier épisode s'appelle Putain de charge mentale et maintenant je vais essayer d'appliquer ce que je viens de te raconter donc je vais probablement fermer ce micro et aller faire 4 trucs que j'avais dit que je ne ferais pas on se retrouve au prochain épisode Love toi, même à 3%