- Speaker #0
Il était une fois Paris, une ville d'ombre et de lumière, une ville que l'on croit connaître et qui pourtant continue de surprendre. Derrière les façades haussmaniennes et les rues pavées, on trouve parfois des traces, gravées sur une plaque, écrites dans la pierre ou enfouies dans notre mémoire collective. Dans cette nouvelle saison, on vous emmène sur les traces de femmes qui ont marqué la scène et la ville. Comédiennes, actrices, elles ont donné leur nom à des passerelles du Canal Saint Martin. À travers leurs destins, découvrez comment elles ont façonné l’histoire culturelle et nourri la mémoire de la capitale. Bienvenue dans Il était une fois Paris, un podcast raconté par Dominique Boutel qui redonne voix au récit que la ville de Paris n'a jamais oublié. Bonne écoute !
- Speaker #1
Vous n'appelez pas Elisa vous ?
- Speaker #2
Non, Jane.
- Speaker #1
Jane comment ?
- Speaker #2
Jane Birkin.
- Speaker #1
Jane Birkin, la plus française des anglaises. Née sous de bonnes étoiles, dans une famille un peu originale mais typiquement anglaise, avec un père commandant dans la Royal Navy, qui a aidé la résistance française pendant la Deuxième Guerre mondiale, et une mère, l'actrice anglaise Judy Campbell, Jane Mallory Birkin, petite fille sage, grandit dans l'un des quartiers chics de Londres, à Marylebone. Sa biographie date sa naissance de 1947, mais elle raconte sans se faire prier que c'est faux et que pour les besoins d'un film, on a cherché à la rajeunir. Elle est née en fait en 1946. D'ascendance aristocratique, elle rencontre la reine d'Angleterre. D'abord à 8 ans, où elle lui offre des fleurs, puis à d'autres occasions, une fois confirmée comme personnalité du monde artistique. Jane suit naturellement la pente créative de sa famille, comme son frère Andrew, réalisateur, qui la dirigera. Elle fait sa première apparition à l'écran en 1965, dans un film anglais iconique, Anak, de Richard Lester, avec d'autres débutantes de l'époque, Jacqueline Bisset et Charlotte Rampling. Elle y rencontre le compositeur de la musique du film, John Barry, en boîte de nuit, et l'épouse, Roaring Sixties. Ils ont une fille, Kate, puis ils divorcent. Puis elle enchaîne, un rôle dans Blow Up, d'Antonioni.
- Speaker #2
On n'a pas été vraiment convoqués. Vous voulez pas nous accorder une petite minute ?
- Speaker #1
Désolé, je n'ai pas le temps. Court, mais assez déshabillé. Premier scandale à Cannes. 1968, elle arrive en France et tourne avec un certain Serge Gainsbourg dans le film Slogan.
- Speaker #2
La première fois que j'ai vu, j'ai trouvé horrible.
- Speaker #1
C'est le début d'une histoire d'amour passionné, médiatique, qui durera plus de 10 ans et sera à nouveau parsemée de scandales. Je t'aime. Gainsbourg, à l'origine de la carrière de Jane dans la chanson, l'incite à chanter et elle cultive cette voix douce, fragile, presque un souffle, qui la rend immédiatement reconnaissable. Naît une seconde fille, Charlotte. Par ailleurs, Jane n'arrête pas de jouer, d'abord au cinéma. Son personnage, à la fois pudique et provocateur, à la voix teintée de cet accent anglais qui ne la quittera jamais, séduit le public, mais aussi les metteurs en scène.
- Speaker #2
Il dit qu'il en avait assez de Marianne, qu'il voulait céder. Mais qui peut la répondre quand il voudra ? Il dit que vous n'avez aucun talent. Rien. Il ne vous aime pas.
- Speaker #1
Elle tourne dans plus de 70 films, endossant toutes sortes de rôles, du tragique au comique, sans oublier l'érotique.
- Speaker #2
Et il y a des exploits autres que diplomatiques ou financiers qui sont beaucoup plus agréables pour une femme.
- Speaker #1
Vous voulez dire que Pierre Duroy, est-ce que les anglo-saxons appellent une bombe sex-pend ?
- Speaker #2
Une bombe n'explose qu'une fois, messieurs !
- Speaker #1
Elle se sépare de Serge Gainsbourg en 1980, mais restera l'une des ambassadrices de son œuvre musicale, dont elle défend la poésie, la fragilité, la justesse.
- Speaker #2
En 2006,
- Speaker #1
elle produit d'ailleurs avec une bande de musiciens, de My Unfaithful à Carla Bruni, un disque hommage, Monsieur Gainsbourg Revisited. L'année de sa rupture avec Gainsbourg, Jane devient la compagne du réalisateur Jacques Doyon, avec qui elle vit pendant 12 ans et a une troisième fille, Lou. Elle tourne sous sa direction, la fille prodigue, la pirate et comédie.
- Speaker #2
Continue, t'as l'air un peu barge mais ça t'arrive si peu souvent que ça m'intéresse. Et puis pour une fois que tu veux bien me la garder dans les yeux, pour me dire quelque chose de vraiment senti, de vraiment senti mental, c'est tellement inespéré que je t'écoute.
- Speaker #1
Elle enchaîne les projets avec des metteurs en scène pointus, Rivette, Lecomte et Varda pour un portrait improbable. Alors qu'elle ne l'avait jamais osée en 1987, elle monte enfin sur scène au Bataclan pour y interpréter les chansons écrites pour elle par Gainsbourg. Au théâtre qu'elle aborde dès 1984, elle est très vite, comme elle le dit, entre de bonnes mains. Chéreau, Balasco, Dabadi, Jean-Claude Carrière.
- Speaker #2
Chevalier. Je vous adore. Il me sait faire tout ce qu'il veut. En mars 1991,
- Speaker #1
à quelques jours d'intervalle, Jane perd Serge Gainsbourg, puis son père. Elle fait alors l'acquisition d'une propriété en Bretagne, qui deviendra un endroit important dans sa vie. Jane a toujours écrit, des textes, des paroles de chansons, un journal. Il lui faut du temps pour sortir son premier album personnel. Et enfin, en 1998, elle se lance sur scène avec son propre répertoire.
- Speaker #2
Et quand bien même tu m'aimerais encore, je me passerais aussi bien de ton désaccord.
- Speaker #1
Sa fille, Kate Berry, meurt accidentellement en 2013. Dans son dernier album, qui fut d'abord une pièce de théâtre qu'elle signa, Jane évoque cette souffrance irréparable. Personnalité tragicomique, aimant rire mais avouant sa mélancolie, en prise avec le monde dans lequel elle vit, traversant les époques comme une petite baby doll, Jane a certainement séduit grâce à cette fragilité et cette force combinée qu'elle ne cachait pas, cette capacité à être à la fois publique et intime. Tout cela transparaît dans le très beau film que Charlotte Gainsbourg tourne en 2021 sur sa mère, une ode à la relation mère-fille.
- Speaker #2
À un moment donné, tu ne te reconnais pas. Il y a un moment où on s'en fout. Je pense que j'y arrive à un moment où on s'en fout. Il vaut mieux juste enlever ses lunettes, comme ça tout est flou.
- Speaker #1
Le 16 juillet 2023, Jane Birkins en va rejoindre sa fille Kate au cimetière du Montparnasse. Je suis venue te dire, je ne veux rien changer.
- Speaker #0
Ici bien vers l'air, où vont vos vies ? Je suis venue te dire que je m'en vais. À très bientôt !