- Speaker #0
Il y a quelques années, ils étaient étudiants ici à l'IEJ, aujourd'hui ils sont journalistes. Entre les deux, il y a eu les premières fois, les imprévus, les rencontres qui changent une carrière, les surprises, bonnes ou mauvaises, des galères et des moments inoubliables. Ce parcours d'étudiant à journaliste, c'est ce que nous allons raconter ici, une fois par mois, dans... Ils sont passés par l'IEJ. Salut Romane.
- Speaker #1
Salut Hubert.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté d'être la première invitée de ce rendez-vous. Tu travailles aujourd'hui à M6 en tant que présentatrice Joker. Quand tu quittes l'IEJ, il y a 7 ans, concrètement, tu en es où dans ta situation dont on a envie de devenir journaliste ?
- Speaker #1
Il y a 7 ans que j'ai quitté l'IEJ ? Oui, 7 ans. Eh ben !
- Speaker #0
Ça ne nous rajeunit pas, surtout moi d'ailleurs.
- Speaker #1
Pas tellement. C'est pour ça que je t'appelle Danton. Quand je quitte l'IEJ, moi j'ai cette chance déjà d'être déjà en poste dans une rédaction. parce que quand je faisais mon master télé-radio, tu étais mon prof de radio et tu m'avais proposé de faire mon stage de six mois à BFM. Initialement, je pensais que c'était RMC et puis je découvre le jour J que c'est à BFM, mais ce n'est pas plus mal.
- Speaker #0
Pour expliquer aux gens, RMC et BFM, c'est le même groupe et ils sont dans les mêmes locaux.
- Speaker #1
À l'époque, on était à Horadou, on est dans des tout petits locaux. Et puis après, le bébé a grandi, donc on a déménagé. Et je crois que moi, je suis arrivée, mon premier jour de stage, c'était un mois avant qu'on déménage. Ce qui était pas mal parce que j'ai vu l'amplitude que gagnait aussi le groupe à ce moment-là. Et donc moi, je suis stagiaire sur mon année de master télé-radio à BFM. Et donc je travaille le week-end, vendredi, samedi, dimanche. Et je fais officiellement du 16h minuit. Fricieusement, on fera un peu plus quand même, on en parlera plus tard. Et l'avantage, c'est qu'à la fin de mon stage, ils m'embauchent tout de suite. Donc j'ai mon premier contrat dans une rédaction, Le Graal. Et ce qui fait que quand je quitte l'IEJ, j'ai cette chance d'avoir déjà le pied à l'étrier et de ne pas forcément m'enchaîner des mois, voire des années de pige. Et je suis au cœur d'un réacteur qui fonctionne à toute berzingue. Et je vais comprendre aussi à ce moment-là que l'actualité va rythmer absolument toute ma vie dans les années à venir. Et ce qui était pas mal pour moi, ce qui a été une chance. c'est que le langage que je pouvais apprendre la semaine, ce qui était un desk, ce qui était un chef-op ou autre, je le répercutais le week-end et je le voyais, c'était imagé. Mais c'est vrai qu'il y a aussi, peut-être c'est là mon avantage, c'est que j'ai appris très tôt ce qu'était une rédaction, comment ça fonctionnait. Et pourtant, quand je suis arrivée à BFM, je me souviens, je me suis dit « Ok, personne va te prendre par la main, personne va t'expliquer ce qu'est un bocal. » En régie, personne ne va t'expliquer ce qu'est le truquiste, ce qu'est le chef-op, où est la doc, où est la prod. Et tu as tout à apprendre par toi-même et personne ne te prendra la main.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais peur ? Est-ce que tu as eu peur à ce moment-là ?
- Speaker #1
J'ai eu peur de moi ne pas être à la hauteur. J'ai eu peur de... Enfin, mais ce n'est pas une peur qui va t'empêcher de faire quoi que ce soit. C'est une crainte de ne pas être à la hauteur. Parce que quand tu fais ce métier de journaliste, tu le choisis parce que tu as un rêve. Tu as une utopie. Moi, je voulais être reporter de guerre. J'étais en recherche d'adrénaline permanente. J'étais fan de Gerda Taro, de Hannah Arendt. Et j'avais cette volonté d'aller chercher une adrénaline sur les zones de conflit. On en parlera peut-être plus tard, mais j'ai trouvé cette forme d'adrénaline ailleurs par la suite. Et c'est vrai que j'avais ce besoin d'adrénaline et donc le rêve que moi j'avais aussi quand j'ai débuté, c'était de me dire bon bah... J'espère un jour être amenée à faire de l'antenne, mais ton rêve, c'est pas lui qui te donne la légitimité. Personne ne va te dire, tu rêves de ça, c'est super, t'en as envie, c'est super. Non, ta légitimité, tu vas la choper par le travail. Et donc moi, très vite, je me suis mis beaucoup de pression à être à la hauteur. Et puis surtout que je découvrais un poste qui était quand même, et qui est encore aujourd'hui même inconnu du grand public, qui est le métier de programmateur. Essentiel dans la rédaction aujourd'hui. toutes les rédactions et dans tous les médias, que ce soit en presse écrite, en radio, en télé ou même sur le web, comme on verra plus tard à Brut, c'est un métier qui est essentiel. Et moi, je le résume en quelques mots, c'est être capable de joindre n'importe qui, n'importe quand, n'importe où. En fait, on est le carnet d'adresse d'une rédaction. Sauf que moi, je débarque 19-20 ans à BFM.
- Speaker #0
T'as pas de carnet d'adresse. T'as pas de contact.
- Speaker #1
J'avais fait un stage à TF1 juste avant, sur ma première année de l'IEG, mais c'était un stage de deux mois. Et j'avais réussi. à craquer quelques dossiers, à récupérer certains contacts, en me disant ça me sera précieux pour plus tard. Mais c'était des contacts, moi je bossais pour TF1 Prod, donc c'était tous les maglons qu'on voit après le 13h, c'était grand reportage, c'était pas des contacts qui allaient me servir dans du hard news de BFM, où on tournait avec des éditorialistes, des communicants, des députés. Moi j'arrive dans ce métier-là à 19-20 ans, autant te dire que les 572 députés, je les connais pas tous par cœur. Et en plus... Ils sont amenés à changer pas mal de fois. Heureusement, moi, à l'époque, il n'y avait pas autant de dissolutions que ça. Mais oui, il faut apprendre. Et puis, on me dit des noms. On me dit Romane, t'appelles un tel, t'appelles un tel. Je ne les connaissais pas, ces personnes-là. Et puis, tu es intimidé aussi, à 19 ans, d'appeler un député, un sénateur, des attachés de presse qui ne sont pas toujours très sympas aussi ou très cordiaux. Il faut prendre sur soi.
- Speaker #0
Comment tu fais dans ce moment-là ? Parce que moi, je sais très bien comment ça fonctionne BFM. J'ai travaillé pendant 8 ans à BFM, donc je connais la machine. Mais c'est dur. J'avais plus d'expérience que toi, mais c'est dur. C'est une grosse machine. Tu as une pression de malade. Tu ne peux pas te tromper. Quand tu arrives à BFM à 19 ans, on te dit pour l'émission de 22 heures, il me faut telle personne. Comment tu encaisses la pression ?
- Speaker #1
Je crois que tu as un instant de survie qui se développe. C'est ce que j'ai découvert aussi chez moi. Et limite, ce truc de caméléon que je dis aussi aujourd'hui aux élèves de l'IUJ, moi, j'ai très vite appris à me fondre dans la masse, à laisser traîner mes oreilles, à surtout ne pas avoir peur de poser des questions. Je pense qu'il n'y a pas de questions débiles. C'est un truc que ma mère m'avait toujours dit. Il n'y a pas de questions cons. C'était la phrase de ma mère. Et c'est vrai. Et après, sur la prise de contact avec les gens, j'y vais, en fait, parce que c'est l'essence même du métier. que ce soit un député... un quelqu'un qui a vu une scène, n'importe qui, moi, le statut des gens ne m'impressionne pas. Donc, c'est peut-être l'avantage que j'avais aussi, c'est que je n'ai jamais été impressionnée par quelqu'un de par son statut, de par son métier. Ça, jamais. Donc, très vite, je prends le pli. Et puis, on avait quelque chose aussi d'important, c'est peut-être ce qui m'a sauvée d'ailleurs à l'époque, on avait l'application Taxi. Tu te souviens, c'est pour commander les taxis.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et je découvre qu'en fait, il y a une mine d'or dans cette application. En fait, quand on tape n'importe quel nom, il y avait une manip à faire et on pouvait retrouver le numéro de téléphone qui avait été inscrit. Donc moi, tous les premiers soirs de la première semaine à BFM, je rentre chez moi, je vais dans l'application et je tape tout par ordre alphabétique et je me fais toute la liste que je note dans un carnet. Et là, j'enregistre chacun des numéros dans mon téléphone. Mais il y en avait peut-être plus de 5000. C'est ça,
- Speaker #0
c'était en ligne.
- Speaker #1
Mon téléphone, aujourd'hui, je suis à 17 000 contacts. Mais c'est ce qui m'a sauvée. Après, bien évidemment, et c'est pour ça que je donne des cours de programmation aussi avec toi aujourd'hui, c'est qu'il y a une manière d'aller chercher les contacts. C'est une fouine et moi, j'adore ça. Et je pense que, heureusement, aujourd'hui, c'est ce qui nous sauve aussi, nous, journalistes, avec le web. C'est qu'aujourd'hui, tout le monde est traçable. Il n'y a pas de personne qui n'est pas atteignable. Il y a toujours, c'est le principe de même si tu ne trouves pas son contact direct, tu connaîtras forcément quelqu'un qui le connaîtra et inversement. Donc moi, c'est ce qui m'a sauvée.
- Speaker #0
Quand tu arrives à BFM, ce n'est pas forcément en fait à la base ton rêve. Tu disais tout à l'heure que tu voulais être reporter de guerre, donc tu découvres une réalité, tu découvres une rédaction parfois brutale, une rédaction difficile où il y a un degré d'exigence qui est très, très important. Comment tu gères, toi, en tant que jeune ? journaliste, ce décalage entre la réalité d'une rédaction qui peut parfois être brutale, brutale, je ne parle pas physique, mais brutale dans les rapports parce qu'il faut être efficace en fait. Voilà, c'est là où est la brutalité. Comment tu gères ton rêve et la réalité ?
- Speaker #1
Je pense qu'il ne faut pas se leurrer en se disant que c'est tout rose. Moi, je me suis pris des claques, pas au sens physique comme tu le disais, mais en fait, je savais quelque part que ça allait être dur. Et puis il y a quelque chose aussi, c'est que moi j'ai choisi ce métier-là contre un peu l'avis de mes proches. Et donc j'avais d'autant plus à prouver. Et dès le début, je me suis dit, il faudra encaisser. Il faudra encaisser. Alors après, il y a des choix, il y a des coups de gueule dans une vie de rédac. On l'a vu, on a vécu des événements pas faciles. Tu t'imagines, quand j'ai débuté, c'était les Gilets jaunes. déjà Il y a une première chose aussi à comprendre, c'est qu'il y a une désillusion du statut de ton métier. Le journalisme est considéré comme le cinquième pouvoir, ce n'est pas pour rien. Et dans ce moment-là, la crise des Gilets jaunes, moi, je comprends que nous, les journalistes, on n'est pas aimés. Ça, ça a été très dur. Parce que moi, si j'ai fait le choix de ce métier, c'est parce que j'aime les gens. Et j'ai besoin de les informer, j'ai besoin de créer ce lien-là. Pour moi, être informée, ça fait partie... d'une égalité à avoir tout le monde doit être informé. Et quand tu comprends que les gens sont contre toi... Ça, ça a été très dur. Je ne sais pas si tu te souviens, à un moment donné, les Gilets jaunes sont arrivés en bas de BFM. Et moi, je sortais du métro à ce moment-là à Ballard. Et j'étais à côté de ce cortège-là qui m'a traité de tous les noms.
- Speaker #0
Oui, on s'est fait insulter. On se faisait insulter quand on arrive à BFM.
- Speaker #1
19 ans, tu es très fière d'être embauchée dans une chaîne d'info continue, ou que ce soit, d'être très fière de porter cette étiquette de journaliste. Et là, les gens... que tu pouvais être amené à côtoyer. Même moi, je viens d'une petite ville de 8000 habitants, et t'es décrié par ces gens-là que tu côtoies, alors que tu fais ce métier-là pour eux. Et comment leur expliquer à ce moment-là ? C'est compliqué. Toi, t'as pas les codes.
- Speaker #0
Le message passe pas. Même à 40, même à 50 ans, le message ne passe pas, de toute façon.
- Speaker #1
Ouais, mais là, je pense qu'on a vraiment quelque chose aussi à jouer, nous, jeunes générations, qui arrivent à redorer un peu ce blason qui a été traîné dans la boue. Donc ça, ça a été la première désillusion et la première claque. La première vague a passé. Après, effectivement, il y a la vie dans une rédaction, il y a les coups de gueule de ton head chef, de la direction. Mais à ce moment-là, honnêtement, toi, tu te fais petite et tu essaies aussi de comprendre la hiérarchie d'une rédaction. Tu n'es pas d'accord sur l'angle d'un sujet. Ton head chef, il ne veut pas ça. Le big boss ne veut pas ça. OK, en fait, tu essaies de comprendre un peu aussi l'âme de la rédaction. Honnêtement, moi, je trouve que ça m'a forgée. Après, j'ai le cuir assez dur. Mais il y a des moments où oui, ça n'a pas été facile. Il y a des moments où on m'a demandé, une heure avant que les gens arrivent, les invités, de tout refaire. J'étais là sur le fameux soir de Xavier Dupont de Ligonnès. Donc ça a été aussi un événement marrant.
- Speaker #0
On a retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès.
- Speaker #1
Et moi, je me souviens d'à l'époque, notre directeur que j'ai retrouvé plus tard à RTL, qui m'appelle, je ne sais plus, il devait être 21h, et qui me dit « On a retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès, tu me vires tout le monde en plateau, on refait tout. » Moi, à 19 ans, le nom du pont de Ligonnès m'évoquait vaguement quelque chose, mais ce n'était pas non plus ma génération. Et donc, il a fallu se refaire tout le film en tête. Ah oui, c'est bien, putain, c'est ce mec-là qui avait complètement zigouillé sa famille. Et donc, se refaire tout ce schéma-là. Et puis, accessoirement, il faut aller en plateau et dire, messieurs-dames.
- Speaker #0
Au revoir.
- Speaker #1
Au revoir.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Et à l'époque, je crois que ce soir-là, j'avais Ségolène Royal en plateau. Et donc, forcément, il y a des pincettes à prendre. Quoi qu'il advienne, tu sais que tu vas essuyer des plâtres. Tu sais que ça retombera suffisamment sur toi. tu courbes le dos. Et c'est ce que j'ai fait, mais parce que je ne voulais pas laisser ma place à quelqu'un d'autre et je savais que j'apprenais et je savais que j'avais quelque chose à faire dans ce métier-là. Et puis après les Gilets jaunes, qu'est-ce qu'il y a eu ? Le Covid. Donc là aussi, ça a été... Je pense que ce que les gens ne s'imaginent pas non plus, c'est qu'une rédaction, elle apprend aussi chaque jour avec l'actualité et à faire avec l'actualité qui est totalement nouvelle. Et moi, j'ai eu cette chance-là d'apprendre en même temps qu'eux.
- Speaker #0
Donc là, tu es à BFM. Tu passes combien de temps à BFM ?
- Speaker #1
Je passe trois ans. Trois ans à BFM,
- Speaker #0
à la programmation uniquement.
- Speaker #1
Uniquement.
- Speaker #0
Voilà, on revient deux secondes sur ce métier parce que maintenant, à l'IEJ, il y a des cours de programmation. D'ailleurs, tu en donnes ici aux troisième année. Parfois, quand les jeunes arrivent ici à l'IEJ, ils ne comprennent pas trop les cours de programmation au début parce qu'ils ne se rendent pas compte de l'importance. Alors qu'en fait, ça va te servir toute ta vie.
- Speaker #1
C'est même l'essence même du métier de journaliste, d'aller vers l'autre, d'aller chercher l'autre.
- Speaker #0
Trouver la bonne personne.
- Speaker #1
Trouver la bonne personne, trouver les experts. Alors je ne dis pas que des fois on ne se fort pas, bien au contraire, mais c'est de l'apprentissage. En fait, nous on est chargé de trouver les personnes qui vont informer les gens ou leur expliquer. Et donc je trouve que c'est même de l'intérêt public, notre métier, parce qu'il faut cibler la bonne personne. Alors quand on parle d'experts, il y a plusieurs experts. Il y a effectivement les institutionnels, les députés qui ont fait des propositions de loi, mais il y a aussi les témoignages. Il y a aussi, quand il se passe des drames, d'aller chercher, toi t'es depuis ton bureau à Paris, et d'aller récupérer le mec qui a filmé la scène et qui a tout vu. Et moi, c'est ça que j'aimais. C'était vraiment, en termes de programmation, il n'y avait rien de plus précieux pour moi que le témoignage. Parce que c'est de l'humain. Parce que ça répond à la question des 5 W. Qui ou quoi commande celui qui a tout vu. Et puis, voilà, moi, je veux dire, c'est un métier qui a été bénéfique parce que ça m'a appris à rechercher des contacts vite et bien, à tout de suite établir un pédigré, un CV de la personne. Et j'aimais être au contact des gens. La plupart des invités qu'on a eus sur le week-end soir à BFM, en plus, moi, je faisais le soir et c'est des gens qui acceptaient.
- Speaker #0
Et le week-end, le soir et le week-end.
- Speaker #1
Le soir jusqu'à minuit, de laisser leur vie de famille pour aller en plateau et faire de l'antenne. Et aujourd'hui, je suis amie avec la plupart des invités que j'ai eus hors politique, ça c'est sûr. Mais les communicants, les éditorialistes politiques, aujourd'hui, on a créé aussi une espèce de famille, une relation de confiance. Moi, je ne les ai jamais trahis sur le nombre d'heures qu'ils allaient avoir à l'antenne, enfin de minutes plutôt, sur les angles qui étaient évoqués. Je ne les ai jamais pris en défaut. Et ce qui fait qu'aujourd'hui, quand je les appelle... quand j'étais à RTL ou même dans les autres médias où je suis passée, quand j'avais besoin de les appeler et de leur dire « j'ai besoin de toi dans une demi-heure parce que vraiment il se passe quelque chose » , et bien ils venaient. Et ça c'est précieux. Le lien humain, il est précieux, c'est l'essence même de notre métier.
- Speaker #0
Au cours de ces trois années à BFM, est-ce qu'à un moment donné, tu as eu quand même ou pas un moment de découragement, de te dire « c'est vraiment très dur, ma vie au quotidien journaliste ne correspond pas à ce que je pouvais imaginer » . Est-ce que tu t'es dit à un moment donné « je vais lâcher » ou ça ne t'est jamais arrivé ?
- Speaker #1
Non, ça serait complètement mentir de dire que c'est jamais arrivé. Déjà parce que moi, le métier de programmateur, j'en avais très vite fait le tour, à mon sens. Même si on me répétait que j'avais encore rien vu. Peut-être que oui, peut-être que non, ça on saura jamais la vérité. Mais c'est très frustrant d'inviter les gens, de les voir par la lantenne, d'avoir passé des heures avec eux avant au téléphone, et que ce ne soit pas toi qui les interviews. Et ça, c'est frustrant. Quand il y a une part de frustration. Oui, parce que tu refiles le bébé à quelqu'un d'autre.
- Speaker #0
Et qui parfois l'interviewe. Pas terrible.
- Speaker #1
Oui, alors après...
- Speaker #0
Pardon, on ne cite personne. En tout cas,
- Speaker #1
quelqu'un qui forcément ne suit pas à tes fiches et ne suit pas à... Moi, j'ai passé des heures en off avant avec cette personne où je lui dis, je dis à mon présentateur ou présentatrice, vas-y là-dessus parce que c'est hyper intéressant. C'est là en fait où il faut le prendre. Tu te rends compte qu'à l'antenne ou en plateau, ce n'est pas la même chose qui se passe parce qu'il y a une passation et qu'ils sont quatre autour de la table et que le plateau dérive. Donc, toi, à 20 ans, tu ne vas pas dire au réalisateur en régie, non mais attends, je le prends dans l'oreillette et je lui explique. Donc, il y avait cette part de frustration-là, mais elle restait quand même minime. Mais petit à petit, moi, j'ai soif de terrain, j'ai envie d'aller voir aussi ce qui se passe dehors, j'ai la bougeotte. Rester dans une rédaction, c'est bien, mais j'ai envie d'aller dans... d'aller voir dehors aussi ce qui se passe. Donc, c'est pour ça que je négocie. Comme j'ai réussi à être une très bonne programmatrice et qu'ils n'ont pas envie de se séparer de moi, l'avantage, c'est que j'arrive à négocier un petit jour de desk. Le desk, on rappelle ce que c'est, on monte le sujet, on pose notre voix dessus. J'arrive à négocier de partir en reportage un petit peu et très vite, je comprends que les petites portes, les petites brèches de sortie qu'on m'offre, moi, je n'ai aucune envie, c'est de m'y engouffrer, d'y rester, d'abandonner peu à peu le métier de programmateur. Manque de bol, je suis très bonne dans ce métier de programmateur. Et mine de rien, les rédactions me connaissent en tant que programmatrice, n'ont pas envie de m'offrir autre chose. Donc c'est là qu'il faut négocier certaines choses. À BFM, j'avais réussi à négocier certains postes en plus, mais on me fait comprendre que le gros de mon métier, ce sera la programmation. Et que ce que tu fais à ce moment-là, il faut partir.
- Speaker #0
Il faut le courage de partir parce que tu es encore jeune. Ce n'est pas que tu es âgé maintenant, mais tu es encore plus jeune.
- Speaker #1
Il faut bien partir.
- Speaker #0
Il faut bien partir. Ça, c'est important dans les relations dans ce métier. Le réseau, c'est important. En fait, il faut se brouiller avec personne. Donc, il faut bien partir. Donc là, dans ta tête, tu veux quitter BFM TV. Est-ce que tu démarches ? Est-ce qu'on vient te chercher ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
On vient me chercher. J'ai cette chance-là de connaître Rémi Buzine, qui est un très grand journaliste brut. En fait, sur cette année-là, c'était une année du Covid. Merci. Emmanuel Macron donne sa seule interview à Brut. Et la plupart des gens découvrent le média digital. Et je me suis dit, bon, j'ai fait TF1, première chaîne de JT. J'ai fait BFM, première chaîne d'info continue. Est-ce que je ne ferai pas le premier média digital ? Et donc, je discute de ça avec Rémi. Et il me dit, mais viens, viens. Parce que nous, on essaie de faire de plus en plus de news. Toi, tu as cette connaissance du news. Tu peux nous apporter ces contacts du news. Merci. Nous, bien évidemment, qu'on te laisse faire des interviews. Et donc, je préviens à l'époque la directrice de BFM que je vais partir, qui ne me croit pas. Je lui dis si, si, je vais partir. Et je lui ai dit... Trois mois plus tard, je débute à Brut. Tout à fait. J'y reste pendant un an et demi. C'est une rédaction formidable. J'ai croisé des gens, je suis toujours en contact avec. Et puis je suis amenée à faire une autre actu, celle que j'avais l'habitude de faire. Je pars deux fois au Festival de Cannes. Et ça, c'est aussi tout un monde. Tu te retrouves à interviewer, je ne vais pas tous les faire, mais ça va, du Benoît Magimel. Guillaume Canet a des plus grands, Brad Pitt, donc c'est là où je me suis dit, il faut vraiment que j'améliore mon anglais. Johnny Depp, en plein moment, il y avait La Tempête avec Mimberer, donc bien évidemment, tu as tous les attachés de presse qui te regardent pour ne pas poser cette question, mais en fait, tu vas la poser.
- Speaker #0
C'est ton métier de la poser, en fait.
- Speaker #1
Et tu découvres aussi tous les dessous tacites de cette programmation-là dans le cinéma, et puis tu fais une autre forme de journalisme. Alors après... Le média digital, j'ai compris très rapidement que ce n'était pas pour moi. Parce que le news me manquait. Je faisais un grand écart. Je passais de BFM, qui est une chaîne d'info, on continue 20h sur 24, à un média digital où tu fais une production de 5-6 vidéos par jour. Donc, il y avait un grand écart qui était fait. Et moi, ça ne me plaisait pas tant que ça.
- Speaker #0
C'est le news, en fait, qui te fait vibrer.
- Speaker #1
Le news me manquait. Mes... Ça m'a plu, Brut. Je ne dis pas l'inverse. J'ai appris des choses aussi. L'avantage, c'est que on est dans une génération aussi où on a besoin de comprendre l'ampleur et l'impact du digital. Et ça, il ne faut pas l'oublier. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien qu'aujourd'hui, la plupart des politiques, surtout en amont d'une année présidentielle, sont amenés à faire des podcasts.
- Speaker #0
Ce n'est pas pour rien qu'on lance IEJ Média et qu'aujourd'hui, dans ce podcast, ils sont passés par l'IEJ. Il y a quelque chose à comprendre aussi de ça.
- Speaker #1
Il se passe quelque chose.
- Speaker #0
Le métier est en pleine révolution.
- Speaker #1
Absolument. il ne faut pas le nier, ce serait complètement bête de le nier. Donc moi, j'ai appris ça à brut, mais j'avais besoin de revenir à mon média et puis surtout, c'est ce que je dis aussi aux étudiants de journalisme, c'est qu'il faut comprendre pour quel média tu es fait. Est-ce que tu es fait pour la presse écrite ? Est-ce que tu es fait pour la radio ? Est-ce que tu es fait pour le web ? Est-ce que tu es fait pour la télé ? Et moi, une petite voix dans ma tête me disait la télé, tu as peut-être quelque chose à faire. Et après, je suis revenue en télé. Qu'est-ce que j'ai fait après Brut ? Après Brut, j'ai eu une mission à France Télévisions très rapide. Trois mois. Fallait refondre le service de programmation. Et puis, j'ai eu une période quand même difficile après ce moment-là. Parce que je devais retourner à BFM. Sauf que...
- Speaker #0
Je me souviens très bien. Tu dois revenir. On m'annonce, moi, quand je suis à BFM. Tiens, tu sais, Romane revient. Ah ouais ?
- Speaker #1
c'est pas moi qui suis partie de Brut ces Brut faisaient une refonte et ils se sont rendu compte qu'ils n'avaient pas besoin d'autant de monde donc ils m'ont remercié très gentiment t'as eu peur à ce moment là ou pas ? ça faisait 4 ans que je ne connaissais que des contrats c'était super pour moi je voyais tous les copains d'école galérer à trouver des petits contrats de 2 mois des piges j'avais cette phobie de la pige et pourtant
- Speaker #0
Je comprends, mais pourtant la pige c'est aussi un moyen d'arriver sur le marché du travail.
- Speaker #1
Et oui.
- Speaker #0
Et ça il faut le gérer, quand on est jeune il faut le gérer.
- Speaker #1
Et puis c'est même une chance d'être en pige, parce que de piger par exemple pour France Télévisions, puis après pour je sais pas, Télé Matin ou autre, c'est génial parce que t'es amené à connaître plein de monde. Le but c'est d'avoir le maximum de piges, évidemment. Moi j'avais peut-être cette flemme de me dire, cherche plusieurs piges. J'avais toujours été en contrat et je m'étais dit... « Allez, peut-être que ta bonne étoile va te laisser avoir ces contrats-là. » Faites-y non, tout le monde y passe. Brut me remercie. J'ai cette mission à France Télé de trois mois. J'ai quelques piges au Figaro TV à l'époque qui avaient lancé sa télé où c'était des formats d'entreprise ou des formats de santé qui étaient hyper plaisants à faire. Et là, je présentais. C'était aussi innovateur. Et c'est à ce moment-là aussi que je découvre que je suis très bien dans ma peau.
- Speaker #0
Tu comprends qu'il se passe quelque chose quand tu présentes.
- Speaker #1
Il y a quelque chose qui s'anime. Il y a quelque chose qui s'anime en toi. Je crois qu'on a un puits sur un interrupteur à l'intérieur de moi, là où je me suis dit, il y a une petite forme d'adrénaline. Alors que ce n'est peut-être pas celle des zones de conflit, je l'affirme. Mais il se passe quelque chose. Ça bouillonne là.
- Speaker #0
En fait, je pense qu'il faut connaître le micro pour comprendre ce que ça fait. Le micro, c'est au sens large en fait. C'est l'antenne. t'es en live en fait, il se passe quelque chose en toi au niveau de la dernière année, là tu le sens en ce moment là ?
- Speaker #1
Je pense que c'est né là même si ça a certainement toujours été en moi parce que petite j'étais absolument fan des présentatrices de TF1 j'étais fan de moi ma plus grande, j'étais fan de Coudray, je le suis toujours j'adorais aussi ce que faisait le ton que pouvait avoir Xavier Dumoulin quand il rentrait sur scène et Nathalie Renaud. Nathalie, moi, elle m'offrait cette chaleur quand je la regardais. J'avais l'impression que Nathalie, elle venait, elle s'asseyait là, elle était dans mon salon. Et donc, j'ai tout de suite eu, je crois, besoin de les imiter. Ma mère disait que, petite, je me mettais devant la télé et je disais, mesdames, messieurs, bonsoir. Donc... Je pense que c'est un rêve que j'ai toujours eu, que j'ai pas eu envie de m'avouer tout de suite pour pas qu'on me dise « forcément, la blonde aux yeux bleus, elle veut présenter » . Ça, il y a aussi quelque chose où moi, j'avais besoin de gagner en sérieux.
- Speaker #0
T'as souffert de ça, parce que tu parles de ça. T'as souffert de ça, d'être blonde aux yeux bleus, de te dire « en fait, elle pense forcément qu'à la télé » .
- Speaker #1
Alors, peut-être pas forcément qu'elle pense qu'à la télé, mais c'est un peu le même principe que « soit jeune et tais-toi » ou « soit belle et tais-toi » . C'est pas se lancer des fleurs que de dire ça, mais je pense qu'il y a besoin parfois d'aller au-delà de ce qu'on peut voir de toi. Et puis, c'est ce que je te disais au tout début aussi de l'interview, c'est que t'as besoin de gagner en légitimité. Ton rêve, c'est ton fil rouge, mais il va rien t'apporter. Tout le monde a un rêve quand tu débutes ce journalisme-là, ce métier-là. Et tu vas pas aller voir les directeurs en disant « moi je rêve de faire ça » . Ils s'en foutent. Lui il veut voir ce que tu as dans les tripes Combien d'heures d'antenne tu peux t'enchaîner Combien de jours tu peux t'enchaîner
- Speaker #0
A bosser
- Speaker #1
Et ce que tu peux lui apporter là Donc de toute façon dans ce métier Moi je ne sais même pas si j'étais douée Et ce métier là, que tu sois douée ou non Ce n'est pas ce qui compte C'est combien d'heures supplémentaires Tu vas rester à t'améliorer
- Speaker #0
C'est plus difficile d'être une femme Dans ce milieu là C'est encore difficile d'être une femme dans ce milieu là
- Speaker #1
Alors je ne peux pas te dire si c'est plus difficile, je n'ai jamais été homme, donc je ne peux pas faire le comparatif. Non,
- Speaker #0
mais je veux dire par rapport à une certaine époque, est-ce que tu sens toi qu'en tant que femme, il y a encore besoin de montrer davantage sa légitimité ?
- Speaker #1
Il y aura toujours besoin de sa humeur, je pense. Toujours ? Oui, toujours. Je ne pense pas être une de celles qu'on peut plaindre le plus. Ma génération a quand même cet avantage d'avoir pris les devants en parlant beaucoup.
- Speaker #0
Il y a encore du chemin.
- Speaker #1
Il y a beaucoup de chemin à faire et on aura toujours. C'est l'essence même du progrès, c'est que le progrès, il ne s'arrête pas et qu'il y en aura toujours à faire. Non, moi, ça a été dur, peut-être même en termes de sororité. C'est le mot qu'on met dessus. Déjà, moi, je savais qu'il y avait une légitimité à acquérir, physique ou pas physique. Il se trouve que quand tu es blonde aux yeux bleus, peut-être qu'il faut qu'on t'enlève cette étiquette-là. Et c'est pour ça qu'il ne faut peut-être pas mettre le mot. chroniqueuse ou ce genre de termes. Et moi, on m'a toujours dit « Ah, mais ça serait vachement bien, tu présentes du mag ou des choses légères. » Je voulais faire de l'info, moi. Je voulais rentrer dans le dur. Je voulais qu'on comprenne que j'étais capable de m'enchaîner des éditions spéciales, de parler de politique, de parler d'économie. J'avais besoin de sujets profonds et que cette légitimité-là, elle s'accorde comme ça, en fait, par les sujets desquels j'allais parler. et ah ouais ça a été dur dans mes relations peut-être avec certaines femmes ça a pas été simple.
- Speaker #0
Le plus dur c'est de supporter les gros relous ou les femmes qui sont jalouses dans ce métier ?
- Speaker #1
La question complexe ça dépend de la situation peut-être. Ça dépend parce que t'as un peu tout à supporter, après j'ai envie de te dire que c'est comme dans la vie de tous les jours, le tout c'est de c'est pas forcément comme tu dis soit les gros relous soit les femmes jalouses Merci. Le tout, c'est de savoir lequel de ces deux va te fermer des portes. C'est ça, en fait, qui est essentiel. Moi, j'ai été amenée à essuyer quelques écueils. Je ne sais pas si c'était par jalousie ou autre, mais on m'a dit, Romane, quand je suis partie de BFM, par exemple, je m'entendais bien avec tout le monde, tous mes présentateurs ou autres, mais on m'a dit cette phrase, on m'a dit, tu vas aller trop vite, tu n'y arriveras pas.
- Speaker #0
J'ai entendu ça sur toi à BFM.
- Speaker #1
Tu te souviens ?
- Speaker #0
J'ai entendu, Romane est trop ambitieuse.
- Speaker #1
Trop ambitieuse. Et pourtant... Ce qui est paradoxal quand même, parce que je n'avais pas la sensation d'avoir les dents qui riaient le parquet. J'ai quand même passé, tu l'as dit, ça fait 7 ans que j'ai quitté l'IEJ. J'ai passé 5-6 ans dans le métier de programmateur. Punaise, qu'est-ce qu'il faut à un moment donné ? Qu'est-ce qu'il faut pour qu'on fasse confiance ?
- Speaker #0
C'est le paradoxe de ce métier en fait. Tu ne peux pas réussir si tu n'es pas déterminé. Mais si les gens ont l'impression que ta détermination est de la surmotivation, ça crée un décalage.
- Speaker #1
Oui, et puis... Et puis surtout, quand tu veux être présentateur, il faut toujours essayer de garder ce juste milieu entre « je vous jure, je vais y arriver, faites-moi confiance » et « non, je n'ai pas trop d'égo, non, je n'ai pas le boulard, c'est juste que j'ai des choses à raconter, j'ai des choses à offrir aux gens et je ne me vois pas faire ce métier autrement. » Moi, je serais malheureuse si je ne faisais plus ce métier aujourd'hui. Vraiment. Parce qu'une fois que tu as trouvé ta place, C'est difficile d'imaginer faire autre chose.
- Speaker #0
Donc là aujourd'hui tu es sur M6, présentatrice Joker. Qu'est-ce qui vibre en toi quand la caméra s'allume sur le plateau de M6 ? Aujourd'hui, je crois que je le comprends un peu plus quand je mets en parallèle la première fois où c'est allumé vraiment et où je me suis dit « qu'est-ce que je fous là ? »
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
« Qu'est-ce que je fous là ? » Puis déjà, M6, c'est arrivé du jour au lendemain sans que j'aille le chercher. Oui,
- Speaker #1
parce que tu étais à RTL.
- Speaker #0
J'étais à RTL. J'étais à RTL après toutes les péripéties que j'ai vécues. J'étais allée à RTL parce que je m'étais dit, tiens, je n'ai jamais fait de radio. RTL, à l'époque, première radio privée de France. Je m'étais dit, c'est intéressant de voir et de s'essayer au micro aussi. J'avais besoin de me tester avant de me dire, si finalement, la télé, c'est vraiment mon truc. Et donc, à l'époque, notre directeur adjoint de la rédaction de BFM était passé directeur de la rédaction de RTL. Je lui avais envoyé plein de messages parce que j'étais en pige à ce moment-là. Il ne me répondait pas. Bon, ben j'ai... J'avais négocié un déjeuner avec une copine à l'époque qui était programmatrice à RTL en lui disant tiens tu me feras visiter les bureaux.
- Speaker #1
Comme ça je peux le croiser.
- Speaker #0
Voilà. Le principe du métier. Après le déjeuner je monte et puis je toque au bureau de ce monsieur là et qui me dit mais Romane t'ouvres pas tu rentres par la fenêtre.
- Speaker #1
T'es encore là Romane t'es encore là.
- Speaker #0
Cette phrase là elle est importante de se dire ne pas abandonner à la première porte fermée. Donc j'ai fait un an et demi à RTL et j'avais négocié parce que j'étais toujours en programmation. j'avais négocié avec mon directeur de me dire écoute laisse-moi au moins faire des flashs de 14h j'ai besoin de m'essayer j'ai commencé à m'essayer, à faire les flashs de 14h pendant plusieurs mois et je me suis dit bon c'est chouette, c'est même plus dur je trouve l'exercice radio parce que tout passe par un seul élément alors que moi j'aimais bien bouger, j'aimais bien jouer jouer avec mes sourcils, faire toute une gestuelle en fait, des limiques qui sont importants aussi et sur lesquelles on se réfugie et je fais ces flashs là et J'avais dit à mon directeur, laisse-moi faire aussi quelque chose sur le digital, d'incarner une question du jour ou autre, en me disant, bon, RTL, même groupe qu'M6, il y a peut-être moyen qu'on me remarque. Bingo. Bingo, je reçois un texto d'un directeur d'M6 qui me demande de me boire autour d'un café, qui me dit à ce café-là qu'ils sont à la recherche de nouveaux visages. Mais je ne comprends pas pourquoi. Pour une chronique, pour autre... Tu n'en sais pas plus à ce moment-là. Non, je n'en sais pas plus.
- Speaker #1
Le nouveau visage, c'est assez large. Oui, c'est large.
- Speaker #0
et j'arrive au premier casting et là je vois que sur le prompteur c'est le 12-45 qui est inscrit bonjour à toutes et à tous bienvenue dans le 12-45 c'est ton premier vrai casting en télé là ? c'est mon premier casting tout court même t'as jamais fait de casting ? non et j'arrive sur ce fond vert du studio Jean Drucker qui est énorme au moins 3 et qui fait 200 mètres carrés tout est vert il y a des grues, des caméras Merci. Il y a des prompteurs. Moi, je n'ai jamais bossé avec prompteur, même au Finiaro TV. Et là, c'est parti. On te dit, tu vas partir de cette marque-là, arriver là, ensuite, tu te replaces. Le premier casting, tu te dis, bon, c'est chouette, c'est une chance. Tu montres ce dont tu es capable. Et puis, si ça ne marche pas, au moins, peut-être que dans cinq ans, ils penseront à toi en pensant que tu as évolué. OK, premier casting, ça se passe bien. Moi, je m'éclate, c'est mon petit jeu. On me rappelle pour un deuxième casting. Je me dis mince, ça devient plus sérieux. Et je comprends qu'ils étaient à la recherche d'un joker.
- Speaker #1
Tu sais que tu es en concurrence avec certaines personnes en interne, tu les vois, ils passent le casting. Oui,
- Speaker #0
parce qu'on ne va pas non plus se mentir. On me fait comprendre que c'est déjà une chance de passer ce casting. Alors pas ceux qui m'ont demandé de passer les castings, mais on vient me voir dans le groupe, ça va très vite. On apprend que je passe des castings. Et on me dit, mais attends, tu sais qu'ils ont vu aussi ? et puis ils me font tu te dises de non donc toi petit à petit ton rêve c'est tiol et déjà il n'y avait pas j'avais pas non plus grands espoirs à ce que ce soit moi parce que j'étais très jeune mais mine de rien si je vais passer le deuxième casting c'est que j'y crois aussi donc là ça commence il y a cette dualité en toi de se dire en plus ça se trouve je peux peut-être être cette exception je peux peut-être être une des plus jeunes et puis mince j'en ai pas chié ces dernières années aussi pour laisser ma place donc j'y vais à fond mais j'en parle à personne Merci. J'en parle pas à mes parents, parce que j'ai pas envie qu'ils soient déçus. Déjà, mes parents, avec ce métier-là, j'ai sacrifié beaucoup de moments, énormément de moments, je suis fille unique, je vis loin de mes parents, je rentrais une à deux fois par an, parce que j'aime pas dire au revoir, et donc pour éviter de dire au revoir, je rentre pas. Donc j'en parle pas à mes parents, j'en parle pas à mes amis, j'en parle à personne, en me disant au moins il y aura qu'une déçue, ce sera moi. Et le deuxième casting, tout de suite, tu te dis, c'est un peu plus sérieux. Ça veut dire qu'il y a peut-être une chance. Et le deuxième casting, je ne sais pas pourquoi, moi, je trouve que je me foire. Je trouve que je suis moins bonne qu'à la première. Parce qu'il y a le stress. Bingo, il te rappelle pour un troisième casting.
- Speaker #1
Ça, ça va jamais en fait.
- Speaker #0
Et le troisième, tu sais que c'est maintenant. Tu sais que c'est le dernier casting, tu sais que ça va être montré au huitième étage, à tous les publicitaires ou autres qui ont aussi leur mot à dire. Et c'est là où tu mets l'armure et tu te dis, allez, je vous montre de quoi je suis capable. Donc bien évidemment qu'avant, je me suis bouffé des tonnes et des tonnes de JT à comprendre les gestuels. Tu passes le troisième casting et t'attends.
- Speaker #1
Et t'attends combien de temps ?
- Speaker #0
Je crois que...
- Speaker #1
Comment ça se passe ? On t'appelle, on t'envoie un SMS, on te convoque ?
- Speaker #0
On me convoque.
- Speaker #1
On te convoque. T'es convoquée à M6.
- Speaker #0
Je suis convoquée par le directeur de l'information du groupe qui est aussi l'ancien directeur de BFM.
- Speaker #1
On peut le citer.
- Speaker #0
On peut le citer. Hervé Bérou. Hervé à qui je dois beaucoup aujourd'hui. J'ai travaillé au CRCL.
- Speaker #1
Grand monsieur. Grand journaliste.
- Speaker #0
Très grand monsieur et qui me convoque dans son bureau. Donc déjà, j'ai très peur d'être convoquée par Hervé Bérou parce que mine de rien, c'est un... ponte de ce métier-là, qui retrouve aussi sa maison de cœur, RTL, à ce moment-là. Et on... Il me dit, je me souviendrai toute ma vie, je crois, il ferme sa porte de bureau et... Assieds-toi, assieds-toi, oui, assieds-toi.
- Speaker #1
Assieds-toi, je vais bien m'asseoir.
- Speaker #0
Et il me dit, non, écoute, premier JT dans un mois et demi.
- Speaker #1
Comme ça.
- Speaker #0
Mais pas comme ça. Et là...
- Speaker #1
Qu'est-ce qui se passe, là, en toi, là ?
- Speaker #0
Ah bah là, je dis non. Dans ma tête, je dis non. Je veux plus, non. Évidemment que je le remercie. Enfin... T'imagines le pari qu'ils font ?
- Speaker #1
La confiance. Là, tu sens la confiance.
- Speaker #0
Ouais, énormément. Et puis, je sais qu'il y a des choses à bosser. Je sais que c'est pas parfait. Et Hervé est très bon là-dessus pour suffisamment te donner confiance en toi pour porter le projet, mais aussi te dire qu'il y a à bosser, pour pas que t'arrives non plus sur de toi, sur tes galons. Mais je me souviens, je te jure, Hubert, ce soir-là, mes parents étaient au Vietnam à ce moment-là. Donc, je sais plus quelle heure il était. Je suis nulle avec l'année qu'à la jour R. Mais je sors du bureau d'Hervé. Il devait être 19h. Je vais m'enfermer dans le bureau vitré, qui était insonorisé, et je crie. Tu cries ? Je crie. Et là, je l'annonce à Aude Véranuccio, qui est une de mes consoeurs d'RTL, qui est très heureuse pour moi, et ça fait du bien de voir les gens heureux pour toi. Parce que tout au long de cette période de casting, on est quand même venu pas mal de fois me voir en me disant « Mais Romane... » Tu crois pas ? Non, on m'a dit « C'est trop tôt, je pense que tu fais une grosse erreur. Je pense que c'est pas le bon moment pour toi. Moi, je serai toi, il est encore temps de faire marche arrière. » Encore temps de faire marche. Oui, parce que c'est dur. Et puis, c'est surtout venant de la part d'une femme qui fait de l'antenne. Donc, oui, ça a été dur. Et maintenant, tu exultes.
- Speaker #1
Tu exultes, sur le moment. Après, il faut digérer, j'imagine. Et après, il y a le jour du premier JT.
- Speaker #0
Oui, il me restait un mois et demi. Et je me suis dit, mais je ne serai jamais prête. Mais en fait, tu te rends compte que tu n'es jamais prêt à sauter dans le vide.
- Speaker #1
Jamais.
- Speaker #0
Et donc, j'ai eu deux entretiens avec un mec qui s'appelle Manu, qui est un super gars qui m'apprend à gérer ma respiration, surtout. On fait des exercices de respiration, des exercices de prononciation aussi sur les bonnes phrases et avoir les bons impacts au bon moment. Et ce mec-là a été honnêtement d'une grande aide. Alors, on n'a pas eu beaucoup de séances ensemble, mais je... Déjà qu'on prenne soin de moi avant le grand moment, en me disant ok, on ne va pas te laisser sans rien. Ça a été précieux. De placer sa respiration aussi, d'apprendre à respirer, même si aujourd'hui je trouve que j'ai peut-être perdu et il faudrait que je refasse des exercices, il faut que je le rappelle. Parce que mine de rien, tu sais que tu vas devoir écrire. Parce que les gens pensent qu'on n'écrit pas nos lancements ou nos breaks. C'est toi qui écris. Si, je vous rassure, c'est nous qui écrivons. Et heureusement, parce que sinon on ne serait pas capable de dire ce qu'on n'a pas écrit. Et moi, je me suis rendu compte que j'écrivais très long. J'ai le plaisir des mots, j'adore écrire. C'est ma passion, sauf que...
- Speaker #1
C'est pas la télé.
- Speaker #0
C'est pas la télé. Il faut être assez concise. Et notamment en termes... Pour ton souffle, en fait, c'est pour toi que t'es concise. Et donc, je me souviendrai toujours de ce premier vendredi. C'était le 28 février. Mon premier JT.
- Speaker #1
Il n'y a pas si longtemps que ça.
- Speaker #0
Non, il y a un an et demi. 28 février. Je présentais donc le 1945, je suis arrivée à 10h. 10h, on a fait notre conférence de rédaction, je descends et j'ai allé grosso modo toute la journée pour écrire. Mais je suis lente à écrire.
- Speaker #1
Ça ne vient pas en fait ?
- Speaker #0
Ça vient, mais je me dis, attends, je remplace ce mot par ça. Attends, je peux faire plus court. Ah, ma tournure, elle est mieux là-dessus. Tu ne t'arrêtes pas. Ah, puis attends, il faut que je trouve un lien entre le sujet là et le sujet là pour passer. Tu sais que tu auras des progrès à faire en termes d'écriture et tu le comprends surtout sur ta première présentation. Maquillage, coiffure, habillage, je descends au studio. On fait un premier filage, mais il n'y a pas énormément de temps. En termes de filage, on ne peut pas tout répéter, c'est impossible. Donc moi, ce qui est important, c'est surtout de répéter les titres. Parce que les titres, tu t'enchaînes tout d'un coup.
- Speaker #1
Et puis c'est l'entrée dans le journal,
- Speaker #0
donc c'est l'énergie que tu mets dedans. Et je m'étais imaginée quelle va être ma première intonation, quel va être le premier souffle, à quel moment je vais donner de l'impact sur ma première syllabe. Est-ce que je vais réussir à bien chuter ? Ah oui, attends, ton dernier mot, c'est ça pour avoir le ton bien bas qui descend. Comme quand tu annonces des journalistes. Et ouais, non, ça a été, mais quand j'y repense, mais je te dis, le générique est arrivé. Romane, à toi dans 5, 4, 3, 2, 1. Je me suis dit, mais qu'est-ce que je fais là ? Et après,
- Speaker #1
c'est parti.
- Speaker #0
Et c'est parti. Et oui. Alors, bien évidemment, t'es en stress. Tu le vois, je pense que si tu regardes mon premier JT, tu dois sentir la différence avec aujourd'hui. Mes proches me le disent aussi. Ils me disent, non mais Romane, il n'y a pas photo. Même si moi, encore aujourd'hui, je trouve qu'il y a des progrès à faire. Mais à la fin, je te jure, quand merci beaucoup de tout le monde en balle, j'ai qu'une envie, c'est d'y retourner. Et c'est là où je me dis, mince.
- Speaker #1
Je suis prise. Je suis prise par le virus.
- Speaker #0
Ça va être une drogue. Complètement. Et depuis, je m'éclate.
- Speaker #1
Est-ce que tu es fière de toi aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui. Oui, oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu es fière du chemin parcouru depuis ta sortie de l'IEJ ? Oui,
- Speaker #0
parce que comme tu l'as dit, on s'est dit au début, 7 ans, ça fait déjà 7 ans, c'est énorme, mais 7 ans, c'est rien.
- Speaker #1
C'est rien sur une carrière, sur une vie professionnelle.
- Speaker #0
Je suis fière quand je vois les sacrifices qu'il y a eu. Et on a eu énormément.
- Speaker #1
Ça, il faut le dire aux étudiantes et aux étudiants qui sont là à l'IoG. Si tu as un conseil à leur donner, on arrive à la fin de cet entretien. Si tu as un conseil à leur donner, au-delà des sacrifices. Je leur dis tout le temps, mais ils ne me croient pas. Ils me voient comme le vieux directeur qui radote un peu.
- Speaker #0
Il faut qu'ils aient conscience que ça, qu'il y en aura.
- Speaker #1
C'est dur en fait, il y a des sacrifices. Il ne faut pas leur mentir.
- Speaker #0
Il y a eu des moments où tu as envie d'abandonner. Il y a des moments où tu ne vois pas ta famille. Pendant longtemps. Et puis, le pire, c'est que tout ton entourage ne comprend pas le milieu dans lequel tu évolues. Ils disent, mais à quoi bon ? À quoi bon ? Ton salaire, il n'est pas dingo. Tu passes des heures au téléphone, tu passes des heures à la rédaction. À quoi bon ? Moi, je me dis qu'il n'y a pas de hasard. Je me dis que les épreuves ont toujours une utilité. Ce n'est pas utopiste de dire ça, même si ça fait très écrivain.
- Speaker #1
Mais c'est vrai, en fait. Dans ce métier, c'est vrai.
- Speaker #0
Je dis surtout que le rêve, il t'est utile, c'est ton fil rouge. Mais ce n'est pas lui qui te donne ta légitimité. Je me répète, mais c'est vraiment ça. Et ton rêve, il va falloir aller le chercher.
- Speaker #1
Il n'y a personne qui va te l'apporter sur lui.
- Speaker #0
Il n'y a que toi qui sais. Alors, ne pas confondre être sûr de soi et avoir ce boulard qu'on peut nous prêter à nous, les jeunes aujourd'hui qui débarquons dans le milieu journalistique. Mais va chercher ton rêve, personne ne te l'apportera.
- Speaker #1
On va terminer, si tu veux bien, avec cinq petites questions en dehors de ton parcours. Un petit plaisir qui peut sauver une mauvaise journée ?
- Speaker #0
Un appel avec mes parents.
- Speaker #1
As-tu un rituel avant d'entrer sur le plateau de TV ?
- Speaker #0
Comme Nadal, quand il fait tous ses petits trucs. Oui, boire un thé citron tiède.
- Speaker #1
Tiède ?
- Speaker #0
Et dire au gars... et dire au gars, mon équipe dans l'oreillette, je suis stressée. J'ai besoin de dire je suis stressée pour évacuer.
- Speaker #1
La première personne à qui tu annonces une bonne nouvelle ?
- Speaker #0
Aujourd'hui ? Ma grand-mère qui n'est plus là, mais je lui dis d'une certaine forme.
- Speaker #1
Un rêve qui n'a rien à voir avec le journalisme ?
- Speaker #0
Sortir mon premier bouquin.
- Speaker #1
Intéressant, t'es dessus là ? Je suis dessus.
- Speaker #0
Croiser les doigts pour minimum dans un an.
- Speaker #1
Ok, on croise les doigts. Dernière petite question, qu'est-ce que tu espères ne jamais perdre ?
- Speaker #0
Mon empathie pour les gens.
- Speaker #1
Parfait. On te retrouve quand sur M6, la prochaine fois ?
- Speaker #0
Eh bien, on est quand là ? On est quel jour déjà ?
- Speaker #1
On est vendredi 9 octobre.
- Speaker #0
On est le 9 octobre, eh bien le 23, 24, 25, je ferai la présentation.
- Speaker #1
Parfait. Eh bien, retrouvez Romane, donc, à la présentation du JT de M6. Merci beaucoup d'avoir été la première invitée de Ils sont passés par l'IEJ. Et on se retrouve bien sûr le mois prochain pour un nouveau rendez-vous avec un nouvel invité.