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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.


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Bienvenue dans Infertilité sans enfant mais pas sans voix. Un podcast pour celles et ceux qui traversent l'infertilité en silence. Une voix pour briser un tabou, éclairer l'ombre et apaiser les solitudes. Parce que même sans enfant on peut transmettre et parce qu'il est temps de parler de ce qui ne se dit pas. Épisode 2. Parcours de PMA, parcours du combattant. On est donc dans ce cabinet médical, dans un sous-sol de l'hôpital, et le médecin spécialiste de la fertilité vient de nous expliquer que mon amoureux a des spermatozoïdes trop peu nombreux, difformes et flemmards. Mon premier réflexe est évidemment de demander s'il y a quelque chose qui pourrait améliorer la situation, notamment ce qu'on pourrait faire pour avoir un bébé malgré les circonstances défavorables. Le médecin nous répond qu'il n'y a pas grand chose à faire. Si ce n'est arrêter de boire de l'alcool, manger équilibré, éviter tout stress et dormir beaucoup. Vivre comme des octogénaires en somme. Il nous propose de changer nos habitudes de vie et de revenir le trouver quelques mois plus tard si je ne suis pas enceinte malgré ces changements. C'est là que les vraies turbulences commencent dans le couple. Non seulement on a accueilli et intégré l'information à un rythme différent avec S, Mais en plus, l'instinct de survie nous faisait voir toutes les tares qui empêchaient notre désir d'enfant de se réaliser chez l'autre, plutôt que de voir en nous-mêmes ce qu'on aurait pu améliorer ou faire différemment. J'ai passé les six mois suivants à faire des scènes à mon compagnon. À chaque fois qu'il sortait avec des amis et buvait ne serait-ce qu'une bière ou une goutte d'alcool, lui me reprochait mon manque de sommeil et le stress engendré par mon travail, en particulier par les gardes. Chaque couple réagit sans doute différemment face à l'adversité, mais pour nous... Au départ de ce long chemin de croix, la frustration, la peur et la tristesse de l'infertilité nous ont monté l'un contre l'autre, plutôt que de nous unir. Après six mois d'efforts et de disputes, j'étais toujours pas enceinte. On a donc repris rendez-vous avec le spécialiste et on a entamé un parcours de procréation médicalement assistée. On nous explique qu'au vu de notre âge, la five c'est peut-être encore un peu tôt. On nous recommande de commencer par une insémination artificielle ou insémination intra-utérine. Se produit alors une sorte de mouvement balancier dans le couple. Alors que les tensions au sein du couple étaient à leur acme à cause des reproches mutuels et incessants liés au manque d'effort de chacun, Le couple tout à coup retrouve son ciment, son socle. On lit les brochures, on s'explique mutuellement les phases du cycle menstruel et de la spermatogenèse, on se donne des cours d'embryologie sur la reproduction. On se répète qu'avec les traitements hormonaux avec insémination, les chances de grossesse ne sont que de 15% environ. Mais je sens bien que l'espoir est plus grand que jamais, qu'on est tout heureux de pouvoir enfin se raccrocher à quelque chose de positif, de concret, de scientifique, de cadré et donc de rassurant, et qu'on a tous les deux tellement envie d'y croire. Quand je me pique le ventre tous les soirs, mon amoureux prend soin de moi, se propose même de pratiquer le geste à ma place. On se laisse bercer par cet espoir qui renaît avec la conviction commune. que la science va réussir là où la nature a échoué. Arrive le jour de l'insémination. Mon compagnon se rend à la clinique et m'appelle après le recueil du sperme, comme disent les gens en blanc. Il m'explique avec humour sa gêne au moment de s'isoler pour faire son affaire, comme la dame de l'accueil lui a dit au moment du temps de le gobelet, son grand moment de solitude en voyant les revues qui avaient servi à tant d'autres avant lui, et sa gêne encore plus grande au moment de rendre le gobelet. Son devoir du moins accompli. Je me rends le même jour à l'hôpital et tout se passe pas comme prévu. Dans le long couloir qui précède les escaliers menant au service de fertilité au sous-sol de l'hôpital, j'aperçois une collègue qui lie un magazine, assise sur une chaise et qui a vraisemblablement un rendez-vous pour sa grossesse. Je le devine car j'ai dîné la veille avec cette même collègue qui, après m'avoir annoncé triomphalement sa démission et sa grossesse, a répété durant une heure et demie en se caressant le ventre qu'elle était tellement heureuse et soulagée de quitter le stress, les gardes, les soirées et les week-ends à travailler, pour se consacrer à ce qui compte au fond, comprendre, fonder une famille. Je me souviens qu'elle m'avait dit Tu vois, j'ai pas envie de finir comme ces couples qui privilégient leur carrière et qui se retrouvent à 40 balais à essayer désespérément d'avoir un mari. avoir des bébés en faisant des fives à répétition alors que le train est passé. D'ailleurs, tu veux des enfants, toi ? Sur le moment, j'avais juste réussi à bredouiller que l'idée faisait son chemin, mais qu'on n'était pas pressé avec mon compagnon. Je l'entends encore me dire, ouais, ben réfléchis vite quand même, t'es plutôt jeune. Cette même collègue était là, à attendre son tour pour un service qui se trouvait potentiellement aussi au sous-sol de l'hôpital. Du coup, en arrivant à la réception du service de la fertilité, J'avais expliqué à la réceptionniste la situation en lui précisant que je voulais absolument éviter que quiconque au travail soit au courant de mon parcours de PMA. La réceptionniste s'était montrée compréhensive et m'avait placée dans une salle de consultation vide en me disant qu'on viendrait me chercher pour l'insémination. J'ai donc attendu. Longtemps. Très longtemps. A la fois apeurée et excitée par cette étape finale d'un processus forcément teinté d'espoir. au bout de 50 minutes d'attente J'ose entreouvrir la porte. Je passe une tête dans l'entrebrayement et une dame en blanc me dit « Mais, madame, qu'est-ce que vous faites là ? » Je lui dis qui je suis et elle me dit d'attendre là. Je la vois s'éloigner vers ses collègues et j'entends dans leur conversation le mot « oublier » . Je comprends alors que j'aurais pu rester dans cette salle encore longtemps. Une infirmière vient vers moi, gênée, et me dit que je vais être prise en charge tout de suite. J'entre dans une salle dédiée à l'insémination et j'enlève mes habits même si pour moi j'ai l'impression d'être déjà nue. Je me place sur la chaise avec les deux fers à jambes et une gynécologue que je n'ai jamais vue de ma vie entre dans la pièce sans se présenter. Elle tient dans sa main une éprouvette avec une étiquette sur laquelle on peut lire en caractère d'imprimerie les données d'identité de S. Elle les lit à haute voix pour respecter le protocole et s'assurer qu'elle insémine la bonne personne. Elle lit toutes les informations, sauf une qui a été manifestement ajoutée à la main et sur laquelle on peut lire 200 000. A ma question, elle m'explique que c'est le nombre de spermatozides présents dans l'éprouvette. Je lui demande. C'est bien, c'est beaucoup ? Et là, alors que je suis couché et à moitié nu, les jambes écartées tournées dans sa direction, elle fait bof de la main. Je lui demande. C'est pas terrible, c'est ça ? Elle me fait une onde la tête et a cette réponse hallucinante. Oh mais vous savez madame, les miracles arrivent. Quand je lui demande ce qu'elle entend par là, elle m'explique que quelques semaines plus tôt, une femme s'était fait inséminer avec une éprouvette contenant 100 000 spermatozoïdes et que tout le service en avait parlé en disant qu'il n'y avait absolument aucune chance que la patiente tombe enceinte. Et devinez quoi ? Elle est tombée enceinte. Donc vous voyez, les miracles arrivent. J'ai essayé de rester calme face à cette remarque lunaire et de me concentrer sur le geste qu'elle allait pratiquer sur mon corps. J'ai pensé à mon compagnon, à ce qu'on essayait de construire, à ce qu'on avait déjà traversé pour arriver à ce moment précis. Quand elle a terminé, je lui ai demandé si elle pouvait me dire si à l'examen précédent d'insémination on avait pu voir un ou deux œufs sur les images, que c'était pas clair pour moi et que ça me rassurerait d'avoir cette information. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas. Je lui ai demandé si elle avait accès à mon dossier médical et quand elle m'a répondu positivement, je lui ai dit mais alors est-ce que vous pourriez aller regarder dans mon dossier et me donner cette information ? Elle m'a dit oui, qu'elle reviendrait dix minutes plus tard et qu'en attendant, il fallait que je reste couché au vu du geste qu'elle venait de pratiquer. Je suis restée sur cette table gynécologique dix minutes, vingt minutes, vingt-cinq minutes. Personne n'est revenu. J'ai fini par me rhabiller, par ouvrir la porte pour me retrouver à nouveau seule dans ces couloirs où des blouses blanches passent sans vous regarder. J'ai vu ni la réceptionniste compréhensive, ni l'infirmière empruntée, ni la gynécologue irrespectueuse. J'ai pas eu le courage de retourner à la réception pour qu'on me donne l'information demandée. Je suis retournée au travail, la rage au cœur et les larmes aux yeux. en empruntant en santé, appelé le chemin du calvaire. Je me suis dit qu'aucun chemin au monde n'avait aussi bien porté son nom.
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Bienvenue dans Infertilité sans enfant mais pas sans voix. Un podcast pour celles et ceux qui traversent l'infertilité en silence. Une voix pour briser un tabou, éclairer l'ombre et apaiser les solitudes. Parce que même sans enfant on peut transmettre et parce qu'il est temps de parler de ce qui ne se dit pas. Épisode 2. Parcours de PMA, parcours du combattant. On est donc dans ce cabinet médical, dans un sous-sol de l'hôpital, et le médecin spécialiste de la fertilité vient de nous expliquer que mon amoureux a des spermatozoïdes trop peu nombreux, difformes et flemmards. Mon premier réflexe est évidemment de demander s'il y a quelque chose qui pourrait améliorer la situation, notamment ce qu'on pourrait faire pour avoir un bébé malgré les circonstances défavorables. Le médecin nous répond qu'il n'y a pas grand chose à faire. Si ce n'est arrêter de boire de l'alcool, manger équilibré, éviter tout stress et dormir beaucoup. Vivre comme des octogénaires en somme. Il nous propose de changer nos habitudes de vie et de revenir le trouver quelques mois plus tard si je ne suis pas enceinte malgré ces changements. C'est là que les vraies turbulences commencent dans le couple. Non seulement on a accueilli et intégré l'information à un rythme différent avec S, Mais en plus, l'instinct de survie nous faisait voir toutes les tares qui empêchaient notre désir d'enfant de se réaliser chez l'autre, plutôt que de voir en nous-mêmes ce qu'on aurait pu améliorer ou faire différemment. J'ai passé les six mois suivants à faire des scènes à mon compagnon. À chaque fois qu'il sortait avec des amis et buvait ne serait-ce qu'une bière ou une goutte d'alcool, lui me reprochait mon manque de sommeil et le stress engendré par mon travail, en particulier par les gardes. Chaque couple réagit sans doute différemment face à l'adversité, mais pour nous... Au départ de ce long chemin de croix, la frustration, la peur et la tristesse de l'infertilité nous ont monté l'un contre l'autre, plutôt que de nous unir. Après six mois d'efforts et de disputes, j'étais toujours pas enceinte. On a donc repris rendez-vous avec le spécialiste et on a entamé un parcours de procréation médicalement assistée. On nous explique qu'au vu de notre âge, la five c'est peut-être encore un peu tôt. On nous recommande de commencer par une insémination artificielle ou insémination intra-utérine. Se produit alors une sorte de mouvement balancier dans le couple. Alors que les tensions au sein du couple étaient à leur acme à cause des reproches mutuels et incessants liés au manque d'effort de chacun, Le couple tout à coup retrouve son ciment, son socle. On lit les brochures, on s'explique mutuellement les phases du cycle menstruel et de la spermatogenèse, on se donne des cours d'embryologie sur la reproduction. On se répète qu'avec les traitements hormonaux avec insémination, les chances de grossesse ne sont que de 15% environ. Mais je sens bien que l'espoir est plus grand que jamais, qu'on est tout heureux de pouvoir enfin se raccrocher à quelque chose de positif, de concret, de scientifique, de cadré et donc de rassurant, et qu'on a tous les deux tellement envie d'y croire. Quand je me pique le ventre tous les soirs, mon amoureux prend soin de moi, se propose même de pratiquer le geste à ma place. On se laisse bercer par cet espoir qui renaît avec la conviction commune. que la science va réussir là où la nature a échoué. Arrive le jour de l'insémination. Mon compagnon se rend à la clinique et m'appelle après le recueil du sperme, comme disent les gens en blanc. Il m'explique avec humour sa gêne au moment de s'isoler pour faire son affaire, comme la dame de l'accueil lui a dit au moment du temps de le gobelet, son grand moment de solitude en voyant les revues qui avaient servi à tant d'autres avant lui, et sa gêne encore plus grande au moment de rendre le gobelet. Son devoir du moins accompli. Je me rends le même jour à l'hôpital et tout se passe pas comme prévu. Dans le long couloir qui précède les escaliers menant au service de fertilité au sous-sol de l'hôpital, j'aperçois une collègue qui lie un magazine, assise sur une chaise et qui a vraisemblablement un rendez-vous pour sa grossesse. Je le devine car j'ai dîné la veille avec cette même collègue qui, après m'avoir annoncé triomphalement sa démission et sa grossesse, a répété durant une heure et demie en se caressant le ventre qu'elle était tellement heureuse et soulagée de quitter le stress, les gardes, les soirées et les week-ends à travailler, pour se consacrer à ce qui compte au fond, comprendre, fonder une famille. Je me souviens qu'elle m'avait dit Tu vois, j'ai pas envie de finir comme ces couples qui privilégient leur carrière et qui se retrouvent à 40 balais à essayer désespérément d'avoir un mari. avoir des bébés en faisant des fives à répétition alors que le train est passé. D'ailleurs, tu veux des enfants, toi ? Sur le moment, j'avais juste réussi à bredouiller que l'idée faisait son chemin, mais qu'on n'était pas pressé avec mon compagnon. Je l'entends encore me dire, ouais, ben réfléchis vite quand même, t'es plutôt jeune. Cette même collègue était là, à attendre son tour pour un service qui se trouvait potentiellement aussi au sous-sol de l'hôpital. Du coup, en arrivant à la réception du service de la fertilité, J'avais expliqué à la réceptionniste la situation en lui précisant que je voulais absolument éviter que quiconque au travail soit au courant de mon parcours de PMA. La réceptionniste s'était montrée compréhensive et m'avait placée dans une salle de consultation vide en me disant qu'on viendrait me chercher pour l'insémination. J'ai donc attendu. Longtemps. Très longtemps. A la fois apeurée et excitée par cette étape finale d'un processus forcément teinté d'espoir. au bout de 50 minutes d'attente J'ose entreouvrir la porte. Je passe une tête dans l'entrebrayement et une dame en blanc me dit « Mais, madame, qu'est-ce que vous faites là ? » Je lui dis qui je suis et elle me dit d'attendre là. Je la vois s'éloigner vers ses collègues et j'entends dans leur conversation le mot « oublier » . Je comprends alors que j'aurais pu rester dans cette salle encore longtemps. Une infirmière vient vers moi, gênée, et me dit que je vais être prise en charge tout de suite. J'entre dans une salle dédiée à l'insémination et j'enlève mes habits même si pour moi j'ai l'impression d'être déjà nue. Je me place sur la chaise avec les deux fers à jambes et une gynécologue que je n'ai jamais vue de ma vie entre dans la pièce sans se présenter. Elle tient dans sa main une éprouvette avec une étiquette sur laquelle on peut lire en caractère d'imprimerie les données d'identité de S. Elle les lit à haute voix pour respecter le protocole et s'assurer qu'elle insémine la bonne personne. Elle lit toutes les informations, sauf une qui a été manifestement ajoutée à la main et sur laquelle on peut lire 200 000. A ma question, elle m'explique que c'est le nombre de spermatozides présents dans l'éprouvette. Je lui demande. C'est bien, c'est beaucoup ? Et là, alors que je suis couché et à moitié nu, les jambes écartées tournées dans sa direction, elle fait bof de la main. Je lui demande. C'est pas terrible, c'est ça ? Elle me fait une onde la tête et a cette réponse hallucinante. Oh mais vous savez madame, les miracles arrivent. Quand je lui demande ce qu'elle entend par là, elle m'explique que quelques semaines plus tôt, une femme s'était fait inséminer avec une éprouvette contenant 100 000 spermatozoïdes et que tout le service en avait parlé en disant qu'il n'y avait absolument aucune chance que la patiente tombe enceinte. Et devinez quoi ? Elle est tombée enceinte. Donc vous voyez, les miracles arrivent. J'ai essayé de rester calme face à cette remarque lunaire et de me concentrer sur le geste qu'elle allait pratiquer sur mon corps. J'ai pensé à mon compagnon, à ce qu'on essayait de construire, à ce qu'on avait déjà traversé pour arriver à ce moment précis. Quand elle a terminé, je lui ai demandé si elle pouvait me dire si à l'examen précédent d'insémination on avait pu voir un ou deux œufs sur les images, que c'était pas clair pour moi et que ça me rassurerait d'avoir cette information. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas. Je lui ai demandé si elle avait accès à mon dossier médical et quand elle m'a répondu positivement, je lui ai dit mais alors est-ce que vous pourriez aller regarder dans mon dossier et me donner cette information ? Elle m'a dit oui, qu'elle reviendrait dix minutes plus tard et qu'en attendant, il fallait que je reste couché au vu du geste qu'elle venait de pratiquer. Je suis restée sur cette table gynécologique dix minutes, vingt minutes, vingt-cinq minutes. Personne n'est revenu. J'ai fini par me rhabiller, par ouvrir la porte pour me retrouver à nouveau seule dans ces couloirs où des blouses blanches passent sans vous regarder. J'ai vu ni la réceptionniste compréhensive, ni l'infirmière empruntée, ni la gynécologue irrespectueuse. J'ai pas eu le courage de retourner à la réception pour qu'on me donne l'information demandée. Je suis retournée au travail, la rage au cœur et les larmes aux yeux. en empruntant en santé, appelé le chemin du calvaire. Je me suis dit qu'aucun chemin au monde n'avait aussi bien porté son nom.
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Bienvenue dans Infertilité sans enfant mais pas sans voix. Un podcast pour celles et ceux qui traversent l'infertilité en silence. Une voix pour briser un tabou, éclairer l'ombre et apaiser les solitudes. Parce que même sans enfant on peut transmettre et parce qu'il est temps de parler de ce qui ne se dit pas. Épisode 2. Parcours de PMA, parcours du combattant. On est donc dans ce cabinet médical, dans un sous-sol de l'hôpital, et le médecin spécialiste de la fertilité vient de nous expliquer que mon amoureux a des spermatozoïdes trop peu nombreux, difformes et flemmards. Mon premier réflexe est évidemment de demander s'il y a quelque chose qui pourrait améliorer la situation, notamment ce qu'on pourrait faire pour avoir un bébé malgré les circonstances défavorables. Le médecin nous répond qu'il n'y a pas grand chose à faire. Si ce n'est arrêter de boire de l'alcool, manger équilibré, éviter tout stress et dormir beaucoup. Vivre comme des octogénaires en somme. Il nous propose de changer nos habitudes de vie et de revenir le trouver quelques mois plus tard si je ne suis pas enceinte malgré ces changements. C'est là que les vraies turbulences commencent dans le couple. Non seulement on a accueilli et intégré l'information à un rythme différent avec S, Mais en plus, l'instinct de survie nous faisait voir toutes les tares qui empêchaient notre désir d'enfant de se réaliser chez l'autre, plutôt que de voir en nous-mêmes ce qu'on aurait pu améliorer ou faire différemment. J'ai passé les six mois suivants à faire des scènes à mon compagnon. À chaque fois qu'il sortait avec des amis et buvait ne serait-ce qu'une bière ou une goutte d'alcool, lui me reprochait mon manque de sommeil et le stress engendré par mon travail, en particulier par les gardes. Chaque couple réagit sans doute différemment face à l'adversité, mais pour nous... Au départ de ce long chemin de croix, la frustration, la peur et la tristesse de l'infertilité nous ont monté l'un contre l'autre, plutôt que de nous unir. Après six mois d'efforts et de disputes, j'étais toujours pas enceinte. On a donc repris rendez-vous avec le spécialiste et on a entamé un parcours de procréation médicalement assistée. On nous explique qu'au vu de notre âge, la five c'est peut-être encore un peu tôt. On nous recommande de commencer par une insémination artificielle ou insémination intra-utérine. Se produit alors une sorte de mouvement balancier dans le couple. Alors que les tensions au sein du couple étaient à leur acme à cause des reproches mutuels et incessants liés au manque d'effort de chacun, Le couple tout à coup retrouve son ciment, son socle. On lit les brochures, on s'explique mutuellement les phases du cycle menstruel et de la spermatogenèse, on se donne des cours d'embryologie sur la reproduction. On se répète qu'avec les traitements hormonaux avec insémination, les chances de grossesse ne sont que de 15% environ. Mais je sens bien que l'espoir est plus grand que jamais, qu'on est tout heureux de pouvoir enfin se raccrocher à quelque chose de positif, de concret, de scientifique, de cadré et donc de rassurant, et qu'on a tous les deux tellement envie d'y croire. Quand je me pique le ventre tous les soirs, mon amoureux prend soin de moi, se propose même de pratiquer le geste à ma place. On se laisse bercer par cet espoir qui renaît avec la conviction commune. que la science va réussir là où la nature a échoué. Arrive le jour de l'insémination. Mon compagnon se rend à la clinique et m'appelle après le recueil du sperme, comme disent les gens en blanc. Il m'explique avec humour sa gêne au moment de s'isoler pour faire son affaire, comme la dame de l'accueil lui a dit au moment du temps de le gobelet, son grand moment de solitude en voyant les revues qui avaient servi à tant d'autres avant lui, et sa gêne encore plus grande au moment de rendre le gobelet. Son devoir du moins accompli. Je me rends le même jour à l'hôpital et tout se passe pas comme prévu. Dans le long couloir qui précède les escaliers menant au service de fertilité au sous-sol de l'hôpital, j'aperçois une collègue qui lie un magazine, assise sur une chaise et qui a vraisemblablement un rendez-vous pour sa grossesse. Je le devine car j'ai dîné la veille avec cette même collègue qui, après m'avoir annoncé triomphalement sa démission et sa grossesse, a répété durant une heure et demie en se caressant le ventre qu'elle était tellement heureuse et soulagée de quitter le stress, les gardes, les soirées et les week-ends à travailler, pour se consacrer à ce qui compte au fond, comprendre, fonder une famille. Je me souviens qu'elle m'avait dit Tu vois, j'ai pas envie de finir comme ces couples qui privilégient leur carrière et qui se retrouvent à 40 balais à essayer désespérément d'avoir un mari. avoir des bébés en faisant des fives à répétition alors que le train est passé. D'ailleurs, tu veux des enfants, toi ? Sur le moment, j'avais juste réussi à bredouiller que l'idée faisait son chemin, mais qu'on n'était pas pressé avec mon compagnon. Je l'entends encore me dire, ouais, ben réfléchis vite quand même, t'es plutôt jeune. Cette même collègue était là, à attendre son tour pour un service qui se trouvait potentiellement aussi au sous-sol de l'hôpital. Du coup, en arrivant à la réception du service de la fertilité, J'avais expliqué à la réceptionniste la situation en lui précisant que je voulais absolument éviter que quiconque au travail soit au courant de mon parcours de PMA. La réceptionniste s'était montrée compréhensive et m'avait placée dans une salle de consultation vide en me disant qu'on viendrait me chercher pour l'insémination. J'ai donc attendu. Longtemps. Très longtemps. A la fois apeurée et excitée par cette étape finale d'un processus forcément teinté d'espoir. au bout de 50 minutes d'attente J'ose entreouvrir la porte. Je passe une tête dans l'entrebrayement et une dame en blanc me dit « Mais, madame, qu'est-ce que vous faites là ? » Je lui dis qui je suis et elle me dit d'attendre là. Je la vois s'éloigner vers ses collègues et j'entends dans leur conversation le mot « oublier » . Je comprends alors que j'aurais pu rester dans cette salle encore longtemps. Une infirmière vient vers moi, gênée, et me dit que je vais être prise en charge tout de suite. J'entre dans une salle dédiée à l'insémination et j'enlève mes habits même si pour moi j'ai l'impression d'être déjà nue. Je me place sur la chaise avec les deux fers à jambes et une gynécologue que je n'ai jamais vue de ma vie entre dans la pièce sans se présenter. Elle tient dans sa main une éprouvette avec une étiquette sur laquelle on peut lire en caractère d'imprimerie les données d'identité de S. Elle les lit à haute voix pour respecter le protocole et s'assurer qu'elle insémine la bonne personne. Elle lit toutes les informations, sauf une qui a été manifestement ajoutée à la main et sur laquelle on peut lire 200 000. A ma question, elle m'explique que c'est le nombre de spermatozides présents dans l'éprouvette. Je lui demande. C'est bien, c'est beaucoup ? Et là, alors que je suis couché et à moitié nu, les jambes écartées tournées dans sa direction, elle fait bof de la main. Je lui demande. C'est pas terrible, c'est ça ? Elle me fait une onde la tête et a cette réponse hallucinante. Oh mais vous savez madame, les miracles arrivent. Quand je lui demande ce qu'elle entend par là, elle m'explique que quelques semaines plus tôt, une femme s'était fait inséminer avec une éprouvette contenant 100 000 spermatozoïdes et que tout le service en avait parlé en disant qu'il n'y avait absolument aucune chance que la patiente tombe enceinte. Et devinez quoi ? Elle est tombée enceinte. Donc vous voyez, les miracles arrivent. J'ai essayé de rester calme face à cette remarque lunaire et de me concentrer sur le geste qu'elle allait pratiquer sur mon corps. J'ai pensé à mon compagnon, à ce qu'on essayait de construire, à ce qu'on avait déjà traversé pour arriver à ce moment précis. Quand elle a terminé, je lui ai demandé si elle pouvait me dire si à l'examen précédent d'insémination on avait pu voir un ou deux œufs sur les images, que c'était pas clair pour moi et que ça me rassurerait d'avoir cette information. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas. Je lui ai demandé si elle avait accès à mon dossier médical et quand elle m'a répondu positivement, je lui ai dit mais alors est-ce que vous pourriez aller regarder dans mon dossier et me donner cette information ? Elle m'a dit oui, qu'elle reviendrait dix minutes plus tard et qu'en attendant, il fallait que je reste couché au vu du geste qu'elle venait de pratiquer. Je suis restée sur cette table gynécologique dix minutes, vingt minutes, vingt-cinq minutes. Personne n'est revenu. J'ai fini par me rhabiller, par ouvrir la porte pour me retrouver à nouveau seule dans ces couloirs où des blouses blanches passent sans vous regarder. J'ai vu ni la réceptionniste compréhensive, ni l'infirmière empruntée, ni la gynécologue irrespectueuse. J'ai pas eu le courage de retourner à la réception pour qu'on me donne l'information demandée. Je suis retournée au travail, la rage au cœur et les larmes aux yeux. en empruntant en santé, appelé le chemin du calvaire. Je me suis dit qu'aucun chemin au monde n'avait aussi bien porté son nom.
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Bienvenue dans Infertilité sans enfant mais pas sans voix. Un podcast pour celles et ceux qui traversent l'infertilité en silence. Une voix pour briser un tabou, éclairer l'ombre et apaiser les solitudes. Parce que même sans enfant on peut transmettre et parce qu'il est temps de parler de ce qui ne se dit pas. Épisode 2. Parcours de PMA, parcours du combattant. On est donc dans ce cabinet médical, dans un sous-sol de l'hôpital, et le médecin spécialiste de la fertilité vient de nous expliquer que mon amoureux a des spermatozoïdes trop peu nombreux, difformes et flemmards. Mon premier réflexe est évidemment de demander s'il y a quelque chose qui pourrait améliorer la situation, notamment ce qu'on pourrait faire pour avoir un bébé malgré les circonstances défavorables. Le médecin nous répond qu'il n'y a pas grand chose à faire. Si ce n'est arrêter de boire de l'alcool, manger équilibré, éviter tout stress et dormir beaucoup. Vivre comme des octogénaires en somme. Il nous propose de changer nos habitudes de vie et de revenir le trouver quelques mois plus tard si je ne suis pas enceinte malgré ces changements. C'est là que les vraies turbulences commencent dans le couple. Non seulement on a accueilli et intégré l'information à un rythme différent avec S, Mais en plus, l'instinct de survie nous faisait voir toutes les tares qui empêchaient notre désir d'enfant de se réaliser chez l'autre, plutôt que de voir en nous-mêmes ce qu'on aurait pu améliorer ou faire différemment. J'ai passé les six mois suivants à faire des scènes à mon compagnon. À chaque fois qu'il sortait avec des amis et buvait ne serait-ce qu'une bière ou une goutte d'alcool, lui me reprochait mon manque de sommeil et le stress engendré par mon travail, en particulier par les gardes. Chaque couple réagit sans doute différemment face à l'adversité, mais pour nous... Au départ de ce long chemin de croix, la frustration, la peur et la tristesse de l'infertilité nous ont monté l'un contre l'autre, plutôt que de nous unir. Après six mois d'efforts et de disputes, j'étais toujours pas enceinte. On a donc repris rendez-vous avec le spécialiste et on a entamé un parcours de procréation médicalement assistée. On nous explique qu'au vu de notre âge, la five c'est peut-être encore un peu tôt. On nous recommande de commencer par une insémination artificielle ou insémination intra-utérine. Se produit alors une sorte de mouvement balancier dans le couple. Alors que les tensions au sein du couple étaient à leur acme à cause des reproches mutuels et incessants liés au manque d'effort de chacun, Le couple tout à coup retrouve son ciment, son socle. On lit les brochures, on s'explique mutuellement les phases du cycle menstruel et de la spermatogenèse, on se donne des cours d'embryologie sur la reproduction. On se répète qu'avec les traitements hormonaux avec insémination, les chances de grossesse ne sont que de 15% environ. Mais je sens bien que l'espoir est plus grand que jamais, qu'on est tout heureux de pouvoir enfin se raccrocher à quelque chose de positif, de concret, de scientifique, de cadré et donc de rassurant, et qu'on a tous les deux tellement envie d'y croire. Quand je me pique le ventre tous les soirs, mon amoureux prend soin de moi, se propose même de pratiquer le geste à ma place. On se laisse bercer par cet espoir qui renaît avec la conviction commune. que la science va réussir là où la nature a échoué. Arrive le jour de l'insémination. Mon compagnon se rend à la clinique et m'appelle après le recueil du sperme, comme disent les gens en blanc. Il m'explique avec humour sa gêne au moment de s'isoler pour faire son affaire, comme la dame de l'accueil lui a dit au moment du temps de le gobelet, son grand moment de solitude en voyant les revues qui avaient servi à tant d'autres avant lui, et sa gêne encore plus grande au moment de rendre le gobelet. Son devoir du moins accompli. Je me rends le même jour à l'hôpital et tout se passe pas comme prévu. Dans le long couloir qui précède les escaliers menant au service de fertilité au sous-sol de l'hôpital, j'aperçois une collègue qui lie un magazine, assise sur une chaise et qui a vraisemblablement un rendez-vous pour sa grossesse. Je le devine car j'ai dîné la veille avec cette même collègue qui, après m'avoir annoncé triomphalement sa démission et sa grossesse, a répété durant une heure et demie en se caressant le ventre qu'elle était tellement heureuse et soulagée de quitter le stress, les gardes, les soirées et les week-ends à travailler, pour se consacrer à ce qui compte au fond, comprendre, fonder une famille. Je me souviens qu'elle m'avait dit Tu vois, j'ai pas envie de finir comme ces couples qui privilégient leur carrière et qui se retrouvent à 40 balais à essayer désespérément d'avoir un mari. avoir des bébés en faisant des fives à répétition alors que le train est passé. D'ailleurs, tu veux des enfants, toi ? Sur le moment, j'avais juste réussi à bredouiller que l'idée faisait son chemin, mais qu'on n'était pas pressé avec mon compagnon. Je l'entends encore me dire, ouais, ben réfléchis vite quand même, t'es plutôt jeune. Cette même collègue était là, à attendre son tour pour un service qui se trouvait potentiellement aussi au sous-sol de l'hôpital. Du coup, en arrivant à la réception du service de la fertilité, J'avais expliqué à la réceptionniste la situation en lui précisant que je voulais absolument éviter que quiconque au travail soit au courant de mon parcours de PMA. La réceptionniste s'était montrée compréhensive et m'avait placée dans une salle de consultation vide en me disant qu'on viendrait me chercher pour l'insémination. J'ai donc attendu. Longtemps. Très longtemps. A la fois apeurée et excitée par cette étape finale d'un processus forcément teinté d'espoir. au bout de 50 minutes d'attente J'ose entreouvrir la porte. Je passe une tête dans l'entrebrayement et une dame en blanc me dit « Mais, madame, qu'est-ce que vous faites là ? » Je lui dis qui je suis et elle me dit d'attendre là. Je la vois s'éloigner vers ses collègues et j'entends dans leur conversation le mot « oublier » . Je comprends alors que j'aurais pu rester dans cette salle encore longtemps. Une infirmière vient vers moi, gênée, et me dit que je vais être prise en charge tout de suite. J'entre dans une salle dédiée à l'insémination et j'enlève mes habits même si pour moi j'ai l'impression d'être déjà nue. Je me place sur la chaise avec les deux fers à jambes et une gynécologue que je n'ai jamais vue de ma vie entre dans la pièce sans se présenter. Elle tient dans sa main une éprouvette avec une étiquette sur laquelle on peut lire en caractère d'imprimerie les données d'identité de S. Elle les lit à haute voix pour respecter le protocole et s'assurer qu'elle insémine la bonne personne. Elle lit toutes les informations, sauf une qui a été manifestement ajoutée à la main et sur laquelle on peut lire 200 000. A ma question, elle m'explique que c'est le nombre de spermatozides présents dans l'éprouvette. Je lui demande. C'est bien, c'est beaucoup ? Et là, alors que je suis couché et à moitié nu, les jambes écartées tournées dans sa direction, elle fait bof de la main. Je lui demande. C'est pas terrible, c'est ça ? Elle me fait une onde la tête et a cette réponse hallucinante. Oh mais vous savez madame, les miracles arrivent. Quand je lui demande ce qu'elle entend par là, elle m'explique que quelques semaines plus tôt, une femme s'était fait inséminer avec une éprouvette contenant 100 000 spermatozoïdes et que tout le service en avait parlé en disant qu'il n'y avait absolument aucune chance que la patiente tombe enceinte. Et devinez quoi ? Elle est tombée enceinte. Donc vous voyez, les miracles arrivent. J'ai essayé de rester calme face à cette remarque lunaire et de me concentrer sur le geste qu'elle allait pratiquer sur mon corps. J'ai pensé à mon compagnon, à ce qu'on essayait de construire, à ce qu'on avait déjà traversé pour arriver à ce moment précis. Quand elle a terminé, je lui ai demandé si elle pouvait me dire si à l'examen précédent d'insémination on avait pu voir un ou deux œufs sur les images, que c'était pas clair pour moi et que ça me rassurerait d'avoir cette information. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas. Je lui ai demandé si elle avait accès à mon dossier médical et quand elle m'a répondu positivement, je lui ai dit mais alors est-ce que vous pourriez aller regarder dans mon dossier et me donner cette information ? Elle m'a dit oui, qu'elle reviendrait dix minutes plus tard et qu'en attendant, il fallait que je reste couché au vu du geste qu'elle venait de pratiquer. Je suis restée sur cette table gynécologique dix minutes, vingt minutes, vingt-cinq minutes. Personne n'est revenu. J'ai fini par me rhabiller, par ouvrir la porte pour me retrouver à nouveau seule dans ces couloirs où des blouses blanches passent sans vous regarder. J'ai vu ni la réceptionniste compréhensive, ni l'infirmière empruntée, ni la gynécologue irrespectueuse. J'ai pas eu le courage de retourner à la réception pour qu'on me donne l'information demandée. Je suis retournée au travail, la rage au cœur et les larmes aux yeux. en empruntant en santé, appelé le chemin du calvaire. Je me suis dit qu'aucun chemin au monde n'avait aussi bien porté son nom.
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