Mafalda VidalVous êtes là pour le combat, vous aussi ? Pour voir le Mécha se battre ? On peut attendre ensemble, si vous voulez. C'est votre premier ? Pas moi. Je suis, comme qui dirait, une habituée. Le dernier que j'ai vu, c'était à Lisbonne. Un combat exceptionnel, vraiment. Le Mecha, c'était un Zeus 08. Vous imaginez ? Le mecha a arrêté le Titanic juste avant qu'il n'entre dans la baie et ne détruise le pont du 25 avril. Ah, il fallait voir ça. Vraiment, les vidéos ne rendent pas justice aux robots géants. Les combats dans l'eau, ça ajoute encore à la beauté de la scène. Quand ils frappent, quand ils tombent, les gerbes d'eau leur font comme des ailes. J'en ai ramené des photos magnifiques et surtout des souvenirs, le genre qu'on se repasse dans la tête quand on a besoin de courage. Pendant un temps, j'avais du mal à les apprécier, ces combats, vous savez. Il faut dire que je les voyais un peu différemment avant. Croyez-moi, quand on y assiste de l'intérieur, c'est difficile d'avoir une approche esthétique d'une bagarre entre deux artefacts militaires. C'est comme un match de boxe, je suppose. C'est plus facile de réfléchir à la symbolique de la lutte et la noblesse du sport quand on n'est pas en train de se faire salement défoncer la gueule par l'enragé d'en face. Et même quand on voit les vidéos après, qu'on les voit et même qu'on les revoit encore et encore afin d'étudier la stratégie des titanides et toutes les erreurs qu'on a faites. Même là, on n'a pas trop le temps d'admirer le paysage ou la qualité de la composition, surtout avec un supérieur qui vous déroule toutes les fois où vous avez merdé. Au bout d'un moment, c'est juste un boulot, vous voyez ? C'est pour ça que je suis contente d'être à l'extérieur maintenant. Ça ressemble plus à ce que je m'imaginais étant gosse, quand je rêvais d'être là-haut. Pilote ? Non, je n'étais pas pilote. J'aurais bien aimé, mais disons que ça ne s'est pas fait. La vie, c'est compliqué. Et parfois, on n'a pas les bonnes capacités ou pas les bonnes opportunités. Je ne me cherche pas d'excuses, hein. Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Quand on entre là-dedans, on comprend assez vite que pour s'asseoir dans la cabine de tête, il ne faut pas seulement être vachement bon en situation de combat. Il faut aussi avoir des relations, bien s'entendre avec tout le monde, ce genre de choses. Et dans ce domaine, disons que moi, j'étais pas trop... Bah, de toute façon, je ne faisais pas partie des « vachement bons » . Ce n'est pas comme si la question s'était vraiment posée. J'ai fait une croix dessus toute seule, dans ma tête, sans en parler à personne. Je sais ce que les gens m'auraient dit si j'avais fait part de mes regrets. Que j'avais déjà de la chance de pouvoir participer, ou que je devais être fière de servir l'humanité et tout ça. Ce n'est pas la peine que vous me sortiez les mêmes banalités, hein. Vous voyez, je les connais déjà. Et si vous me les sortiez, eh bien, vous auriez raison. J'en suis consciente. Non. Moi, je bossais sur les ponts inférieurs, dans la mécanique. Vous savez, le pilote, il contrôle, il prend les décisions, il crie « Plasma Guns ! » et il appuie sur les manettes pour transmettre l'ordre à la machinerie. Mais en général, à ce stade-là, le méca s'est déjà pris des coups. Alors nous, un équipage, ça varie de 10 à une trentaine de personnes selon les modèles de méca, nous, on essaye de réparer au fur et à mesure, histoire que les canons de poitrine ne restent pas coincés à l'intérieur. On pourrait croire que tout est automatique, mais non. Quand un tentacule de chair et de métal s'abat dessus, ça ne l'est plus du tout. Il faut faire de la maintenance en temps réel. Ça, c'était mon boulot. Et puis, il y a toutes les autres tâches. Sur les ponts supérieurs, ils s'occupent des radars, des capteurs. Ils passent des données et des analyses aux pilotes. Et plus bas, on s'assure que tout marche et que tout est alimenté. Souvent, on bricole, pour adapter les capacités du méca à la stratégie du titanide. C'est un peu comme le corps humain, vous voyez. Vous vous imaginez être une seule entité parce que vous êtes le cerveau qui pilote toute la bidoche. Mais au fond, sans tous les germes et les bactéries, et tous les autres trucs plus ou moins vivants qui nagent dans vos veines et vos organes, vous n'iriez pas très loin. Vous avez sans doute entendu dire que les modèles récents ne sont pas juste des robots géants, mais sont aussi organiques. Je me trompe ? En fait, ce n'est pas une nouveauté. Ça a toujours été le cas. L'organique, c'est l'équipage. Pourquoi ce sont des humains qui font tout ça ? C'est assez évident, non ? On coûte moins cher que des droïdes ? Vous imaginez ce que ça coûte, un mecha ? Quand ils peuvent faire des économies, ils en font. Et les économies, c'est nous. On est plus facile à remplacer. On est des soldats. Ça a toujours été comme ça. Vous ne saviez pas tout ça ? Comme je vous le disais. C'est normal. On n'en parle pas trop, généralement. Du moins, pas auprès du grand public. Non. Tous ceux et toutes celles qui sont en dessous du pilote. On est un peu sous le radar. Enfin, vous voulez savoir ce que je fais là, du coup ? Ben, comme vous, je suppose. J'attends le combat. Vous voulez que je vous raconte comment je suis arrivé là ? Ça nous occupera.
Vous écoutez Inky et Peete se livrent, le podcast lecture en 15 minutes, à peu près, qui donne vie et voix au premier mot d'un livre et vous donne envie de découvrir les suivants. Ou pas. Je suis Mafalda Vidal, amoureuse des jolis mots et des belles histoires.
Vous venez d'écouter l'incipit de Au cœur des Mekas, écrit par Denis Colombi et publié aux éditions 1115 en 2024. Au cœur des Mekas, c'est l'histoire de la guerre contre les extraterrestres, la guerre entre les machines gigantesques des humains, les Mechas, et les gigantesques extraterrestres, les Titanides. Chaque combat est un spectacle auquel chacun et chacune peut assister, à distance ou pas. Et nous, lecteurs et lectrices, nous préparons à assister à l'un de ces affrontements, en direct. sur le terrain. Et une co-spectatrice nous prend à partie et nous raconte sa vie. Parce que elle, elle les connaît bien les mechas. Elle travaillait même à l'intérieur. Au cœur des mechas, c'est la mise en lumière des petites mains, essentielle au fonctionnement des grands robots. La narratrice était donc technicienne de maintenance à l'intérieur des robots. Et son récit parle d'elle et de ses collègues, travailleurs et travailleuses de l'ombre, inconnus du grand public. ignorer des médias méprisés par la hiérarchie, parce que la star, c'est le pilote. Et pourtant, sans les ombres, sans les techniciens dans les coulisses, tout s'effondre, littéralement. Sans personne pour huiler les rouages du robot géant, le robot n'est qu'un tas de ferraille en réalité. Il est difficile de ne pas voir le parallèle avec notre monde à nous, et nos sociétés à nous. Et ça fait peur tellement c'est criant de vérité. Au cœur des mecas, c'est aussi une histoire de spectacle. de médias. Panem et Kirkanses, comme dirait l'autre, du pain et des jeux. On en revient toujours à ça. La Terre est en guerre contre les extraterrestres, mais il faut divertir les foules. Les gens ont besoin de divertissement. Pourquoi ? Eh bien, si on nourrit la population avec du spectacle assez divertissant et spectaculaire, alors elle n'aura pas envie ni besoin d'autre chose. Et donc, on pourra contrôler les informations qu'elle consomme. On pourra contrôler ce qu'elle pense. Et comme ça, on évite qu'elle réfléchisse trop par elle-même. Parce qu'alors, elle pourrait commencer à poser des questions, et pire, à toucher du doigt la vérité. Alors vite, vite, vite, on transforme tout en spectacle. Combat de gladiateurs, de titans, mecha versus titanide, tatatatam. Ça fait peur, ça claque, ça cogne. Surtout, surtout, ne réfléchissez pas. Surtout, surtout, profitez du spectacle. Au cœur des mechas, c'est aussi une histoire sur la valeur et donc le respect de la vie. La narratrice est en colère. Pas parce que personne ne la connaît, non. Parce que celles et ceux qui devraient la connaître, donc ses employeurs, ne la connaissent pas non plus, ou plus exactement, ne la considèrent pas. Ou plus exactement, la considèrent comme de la chair à canon. Littéralement. Et ça, ce mépris de la vie, cette invisibilisation, cette injustice extrême, ça, c'est insupportable. D'autant que nous, nous sommes tous et toutes comme elle. Nous sommes tous et toutes des soldats, des pions. dans une guerre titanesque, dans un monde politique qui nous dépasse et nous déçoit. Donc, Au cœur des mécas, c'est une histoire de robot géant. Et ça déjà, c'est méga cool. Il y a du rythme, de l'action, du suspense, il y a de l'amour, de la haine, de la vengeance, tout y est. Le tout en moins de 100 pages, ce qui en soi est un exploit. Mais si on veut y lire davantage, on peut. Et ça, c'est le propre des bonnes histoires. Moralité, lisez Au cœur des mécas, de Denis Colombu. aux éditions 1115. Merci de m'avoir écoutée jusqu'au bout. Si vous avez passé un bon moment, dites-le moi, dites-le aussi à votre plateforme d'écoute et n'hésitez pas à partager le podcast avec d'autres amoureux et amoureuses des jolis mots. A bientôt !