- Audrey
Bonjour, moi c'est Audrey.
- Laure
Bonjour, moi c'est Laure.
- Audrey
Combien de fois avez-vous pensé « j'en ai marre de mon job » ?
- Laure
Combien de fois l'avez-vous dit ?
- Audrey
Nous, on l'a entendu plein de fois.
- Laure
Ce qu'on vous propose, c'est d'écouter ces personnes qui ont franchi le cap, celles et ceux qui ont entamé une reconversion professionnelle.
- Audrey
Pourquoi ? Comment ? Combien ? C'est ce qu'on a voulu savoir.
- Laure
Ici, vous entendrez des histoires de reconversion.
- Audrey
Bonne écoute !
- Pauline
Bonjour, moi c'est Pauline. A 44 ans, j'en ai eu marre et j'ai décidé de changer d'orientation professionnelle. Avant, j'étais chef de projet et aujourd'hui, je suis équicoach.
- Audrey
Bonjour Pauline.
- Pauline
Bonjour Audrey.
- Audrey
Bonjour Pauline.
- Pauline
Bonjour Laure.
- Audrey
Alors si tu connais un peu le podcast, on commence toujours par l'enfance. Qu'est-ce que tu voulais faire quand tu étais petite ?
- Pauline
Alors, je pense qu'être vétérinaire m'aurait beaucoup plu.
- Laure
Ah, déjà avec les animaux ?
- Pauline
Oui. Je monte à cheval depuis des années. Et quelque part, c'était déjà ancré dans mes cellules, dans mon envie. Ça ne se passera pas comme ça.
- Laure
Le parcours est un petit peu différent.
- Pauline
Complètement.
- Audrey
Du coup, comment tu t'orientes au lycée ?
- Pauline
Alors au lycée, je comprends que les maths, la physique, les sciences nat', à l'époque ça s'appelait comme ça, ne sont pas vraiment pour moi. et qu'il va falloir que je choisisse une autre voie. Mais j'ai envie de parler des langues étrangères. Les échanges me nourrissent. J'ai pas mal de famille un peu répartie dans le monde, à l'étranger. J'ai un père qui voyage beaucoup. Ça oriente vraisemblablement un peu mes aspirations. Donc assez naturellement, je m'oriente vers une section économique, avec un peu de maths quand même, mais pas trop. Et puis je garde mes langues. Ce qui influencera ensuite mon choix post-bac.
- Laure
Ok, donc le projet vétérinaire est mis de côté. Et quand tu chemines au cours de tes études, est-ce que tu as déjà une idée de métier, d'environnement, un projet professionnel ?
- Pauline
Alors pas vraiment. C'est pas très très clair. Il va se construire au fil de l'eau. Et puis finalement, même malgré ça, il ne ressemblera pas du tout à ce dans quoi je m'étais projetée.
- Audrey
Donc après le bac, qu'est-ce que tu vas faire ?
- Pauline
Après le bac, je m'oriente vers une école de commerce. Je ne choisis pas n'importe laquelle parce que j'habite en région parisienne depuis que je suis toute petite et je sens qu'il faut que je quitte Paris et que j'aille voir un peu ailleurs comment ça se passe. J'apprends l'allemand en première langue. Après 10 ou 12 ans, je le parle toujours aussi mal. L'anglais un peu mieux. Et je décide donc de me rapprocher de la frontière allemande en me disant, si je me rapproche de l'Allemagne, peut-être qu'avec un peu de chance, ça va s'améliorer. Donc je pars habiter à Strasbourg, je fais l'école supérieure de commerce de Strasbourg. Et aussi parce qu'elle propose à cette époque-là, et ce qui est plutôt avant-gardiste, de faire une année césure à l'étranger, en stage si on veut. Et puis une année, ce qu'on appelle Erasmus à cette époque. Et donc, je vois se dessiner la possibilité de partir un an en Allemagne et un an dans un pays anglo-saxon. Donc, je signe et je pars à 500 kilomètres plein Est, alors que je suis originaire de 600 kilomètres plein Ouest. Je me retrouve à Strasbourg, où je passe deux ans. Ensuite, je pars en Allemagne faire un stage dans le conseil en environnement. Je pars un an en Écosse et je termine diplômée de l'école supérieure de Strasbourg.
- Laure
Et ces stages, c'était des stages choisis ? Tu avais déjà envie de travailler dans ce domaine-là ?
- Pauline
Alors, j'ai une fibre environnementale, clairement. J'ai fini mes études d'ailleurs sur un mémoire qui met en avant les systèmes de management environnementaux dans les entreprises. Donc c'est assez avant-gardiste, assez précurseur.
- Laure
Oui, c'était des sujets qui n'étaient pas clairement précisément traités comme aujourd'hui. Généralement, c'était des sujets de com' même souvent, assez marketing.
- Pauline
Complètement et c'était même... On était considéré un peu comme des écolos quand on parlait de ça donc...
- Laure
T'étais une hippie, Pauline !
- Pauline
Complètement hippie ! Je me suis entendue dire « Mais t'as qu'à t'acheter des chèvres et aller les élever dans le Larzac ! »
- Laure
Absolument !
- Pauline
Voilà, quand je vois le greenwashing actuel, finalement, je ne me trompais pas complètement. Donc j'ai cette appétence, ce goût pour l'environnement qui vient aussi peut-être du fait de pratiquer l'équitation en plein air. Et donc je commence ma vie professionnelle par un stage d'un an en communication interne chez un consultant en environnement, ce qui est complètement fou pour des Français et j'ai mes parents qui sont un peu surpris, qui s'inquiètent, parce qu'on n'interrompt pas ses études pendant un an pour travailler. Et puis en Allemagne ok, on les interrompt mais peut-être pour un stage de deux mois en France. Pas un an. Et conseil en environnement, non mais c'est quoi ce truc, ça sort d'où ?
- Laure
Et donc après tes études, tu te lances dans la vie professionnelle, comment ça se passe ?
- Pauline
Alors je me lance dans la vie professionnelle, comme j'ai un peu de la suite dans les idées, je reviens en France et je travaille chez un consultant en environnement. Peut-être le seul en France à cette époque-là, qui a été rachetée par une boîte de conseil depuis, par une Big Five. Je travaille avec des organismes nationaux comme l'ADEME, je fais des études de marché sur les biolubrifiants. Donc ma casquette d'écolo me tient bien à la tête, on ne change pas. Et puis je me marie entre-temps. Mon mari a une opportunité aux Etats-Unis et là on part habiter aux Etats-Unis, donc je plaque mon job. J'arrive là-bas enceinte. mais je continue à passer des entretiens puisqu'il paraît que c'est le pays où tout est possible. Bon, avec certaines limites quand même ! J'arrive en étant enceinte de 7 mois... C'est bon, j'ai pas été embauchée c'était un peu compliqué ! Le challenge était un peu grand... Et j'ai eu une opportunité pour travailler dans une entreprise française dans laquelle je ferai une grande partie de ma carrière ensuite, en revenant en France.
- Audrey
Et du coup, il n'y a plus de lien avec l'environnement dans cette entreprise ?
- Pauline
Indirectement, si, puisqu'elle est dans le secteur de l'environnement et de l'énergie. Par contre, je l'intègre à un poste, à un job auquel je n'étais pas du tout prédestinée, puisque je suis assistante de direction. Donc, je travaille avec les DG au niveau Comex et comité de direction. Je découvre le métier. Je découvre, non pas les codes, mais les façons de faire. Je ne sais pas ce que c'est qu'un parapheur. Je perds les gens au téléphone dans les transferts, mais avec le sourire, donc ça passe plus ou moins bien. Et puis j'apprends. Comme on dit, on apprend en marchant.
- Audrey
On t'a pas posé la question, mais du coup ton premier job dans l'environnement, ça, ça t'avait plu en France ?
- Pauline
Oui.
- Audrey
Et là, du coup, cette nouvelle carrière un peu forcée par le déménagement aux Etats-Unis et ce poste auquel t'étais pas du tout prédestinée, est-ce que ça te plaît ?
- Pauline
Alors, je l'accepte un peu en dépit d'autre chose. Et puis je me dis, surtout, je n'ai jamais travaillé avec des Américains, donc c'est un peu idiot de me priver de ça. C'est une entreprise française, je me dis, il y aura peut-être des passerelles. Et puis, vas-y, fonce.
- Audrey
Oui, mais ce qui te plaît, c'est plus la découverte, l'aspect culturel ?
- Pauline
C'est l'aspect culturel, c'est la langue, c'est l'échange, c'est découvrir d'autres manières de travailler. Il y a toujours du bon et du moins bon partout. J'ai plutôt tendance à me focaliser sur ce qu'il y a de bien. allons-y.
- Laure
Et donc il y a eu un premier move d'assistante de direction à...
- Pauline
À assistante de direction.
- Laure
Encore ? Ok !
- Pauline
On rentre en France.
- Laure
Ah, tu es rentrée en France... Combien de temps tu restes aux Etats-Unis ?
- Pauline
Je reste deux ans aux Etats-Unis. On rentre en France. Je fais un appel du pied à la maison mère et je réintègre les équipes en tant qu'assistante de direction et je me dis mais c'est pas mon job ça, c'est pas ça ce que je veux faire. Et puis encore une fois, je sais pas si c'est opportuniste mais je me dis bon... Après tout, j'ai peut-être des choses à apprendre. Et puis, en fait, pour faire l'histoire un peu courte, je suis à des hauts niveaux stratégiques. Je suis au cœur du réacteur, je suis au cœur de la fusée. Je vois beaucoup de choses et je m'amuse. Ça me plaît. Ça me plaît parce que ce sont des postes où c'est pas figé. Bien sûr, on a une fiche de poste qui, sur le papier, est cadrée, qui est ce qu'elle est. Mais c'est des postes où il y a quand même une certaine latitude. Et puis ça dépend tellement de la façon dont on travaille et de ce qu'on veut en faire et de l'intérêt qu'on a pour, à la fois les sujets, et puis pour les personnes.
- Laure
Et toi, tu es attachée à un membre du Comex, du CDG ou tu travailles pour plusieurs personnes ?
- Pauline
Je ne travaille qu'avec un seul directeur. Indirectement, sans vraiment le dire, je choisis les directeurs avec lesquels je bosse. Parce que quand on y passe beaucoup de temps, tant qu'à faire, autant que ça se passe bien. Et puis des directions où je pense que je peux apporter quelque chose aussi. Donc je me retrouve dans une Direction financière, une Direction des Relations institutionnelles, une Direction générale. Et je m'amuse. Et je m'amuse parce que je fais de la gestion de crise, finalement du management d'équipe indirectement aussi. Je vois beaucoup de choses passer. Je suis au cœur de dossiers sur des fusions, des acquisitions, des sessions.
- Laure
Tu as accès à un super niveau d'information, plein de choses, plein de sujets.
- Pauline
Oui, complètement.
- Laure
C'est quand même des choses que le collaborateur lambda ne voit pas.
- Audrey
Ça veut dire que tu changes assez régulièrement, c'est ça ?
- Pauline
Non, en général, je passe deux, trois, quatre ans sur le même poste. Sachant qu'au bout de deux ans, en général, je m'ennuie. Maintenant, les directeurs avec lesquels je travaille n'ont pas forcément envie de me laisser partir. Les profils sont très variés, mais sont aussi un peu atypiques. Donc quand ça matche bien, ils n'ont pas envie de lâcher une personne avec qui ça se passe bien. Et ça se passe bien aussi avec les équipes. Donc je suis en fait un espèce de maillon sur une chaîne qui n'est écrite nulle part, c'est du management informel. Je fais ce que j'aime appeler la cuillère en bois qui fait prendre la mayonnaise.
- Laure
La facilitatrice.
- Pauline
Complètement.
- Laure
Et donc combien de temps tu occupes ce poste d'assistante de direction ?
- Pauline
Eh bien assez longtemps puisque j'occupe quatre postes comme ça. Et je reste à peu près dix ans, dix-douze ans à ces niveaux-là. J'ai deux postes en équipe. Il y en a un où je suis enceinte alors que je suis en équipe. Donc, quand je reviens, je reprends un poste d'assistante. Et le dernier poste où j'étais, j'y suis restée un peu plus d'un an et demi. Et puis, j'ai pensé que qui pouvait le plus, pouvait le moins. Mais je n'ai pas trouvé ma place dans une équipe, parce que quand on est habitué à travailler à des niveaux exigeants où il y a beaucoup de rigueur, où ça va très vite, se retrouver dans des niveaux où finalement tout va moins vite et on passe son temps en réunion et les décisions sont reportées parce qu'on n'ose pas décider, on n'ose pas prendre de décisions, bah... Moi, je m'ennuie.
- Audrey
Parce que du coup, ça voulait dire que tu n'étais plus assistante de quelqu'un, un directeur, mais d'une équipe, c'est ça ?
- Pauline
Là, j'étais dans l'équipe directement responsable de projet.
- Audrey
D'accord. Donc tu avais switché, ok.
- Pauline
J'avais switché. Après, tout est une question aussi de timing, j'ai envie de dire entreprise, mais comme partout. Il faut être avec la bonne personne au bon moment et dans les bonnes circonstances. Et là, ce n'était pas le cas.
- Laure
Et quand tu étais assistante de direction, en plus, tu travaillais seule. Enfin, quand je dis seule, tu travaillais avec des personnes, pour des personnes, mais plutôt seule. Tu étais quand même en autonomie.
- Pauline
Complètement en autonomie, oui. En fait, c'est des postes qui sont très méconnus. Il n'y a pas beaucoup de communication autour de la mission en elle-même. Ça commence, ça vient, mais en plus, c'est des postes qui sont mal reconnus en entreprise. C'est des postes de l'ombre. Mais en fait, c'est ce que je te disais tout à l'heure, je suis juste un maillon dans la chaîne et en fait, je travaille avec tout le monde, pas dans le secret, mais en tout cas dans la confidentialité. Et puis, plus on monte dans une hiérarchie, plus on est seul.
- Laure
Parce que tu ne partages pas ton quotidien, tu ne peux pas raconter ton quotidien.
- Pauline
Tu ne peux pas. Je ne sais pas si c'est un devoir de réserve. En tout cas, moi, c'est dans mon éthique. Je pars du principe que quand on vient me donner une information, je ne vais pas la transmettre à d'autres. Ou à ce moment-là, les personnes vont se parler directement et n'ont pas besoin de moi. Mais je suis aussi la dernière d'une fratrie, la petite dernière, donc, la solitude ne me pèse pas. Ce qui est vraiment différent de l'isolement. On peut être solitaire sans être isolé. Et c'est mon cas. Et en fait, encore une fois, à ces niveaux-là, quand les sujets arrivent sur mon bureau, c'est que c'est problématique. Sinon, ça ne vient pas sur mon bureau. Et au final, je suis en contact permanent avec du monde autour de moi.
- Laure
Donc finalement, tu vois que des problèmes, des situations problématiques. Ça ne pèse pas, ça, au bout d'un moment ?
- Pauline
Alors, ça peut. Parce qu'accessoirement, le pouvoir, ça fait rêver. Ça peut mettre des étoiles dans les yeux. On peut se brûler les ailes aussi. Ce n'est pas fait pour tout le monde. Mais moi, je monte à cheval. Et je monte à cheval depuis des années. J'ai eu trois enfants. Je remonte à cheval systématiquement après. Et le fait de côtoyer des chevaux, et ça aujourd'hui je suis capable de vous le dire avec un peu de recul, mais sur le moment je pense que je ne me rends pas compte, ça oblige à redescendre en pression et à garder les pieds sur terre en permanence. Et donc cette espèce de pression, oui, qui est là, qui est présente, elle n'est pas latente, elle est présente, c'est stressant, ça va vite. En fait ça ne m'atteint pas, parce que j'ai cette possibilité ou cette capacité, je ne sais pas vraiment, à redescendre en pression et de me dire, ouais, il y a le job. mais il y a la vie à côté.
- Laure
T'as trouvé le moyen de faire descendre tout ça et d'équilibrer.
- Pauline
Complètement.
- Audrey
C'est ça parce que c'est très chronophage, j'imagine, comme job. Mais effectivement, par rapport à d'autres témoignages qu'on a pu entendre, toi, tu ne t'oublies pas, tu gardes à côté tes hobbies et tu sais qu'il y a le job et il y a le reste.
- Pauline
Oui, complètement.
- Audrey
À quel moment, du coup, ça commence à dérailler ?
- Pauline
Il y a un moment où ça déraille, mais bien sûr.
- Laure
Le déséquilibre, c'était quand ?
- Pauline
Alors, quand est le grain de sable ?
- Audrey
Le fameux poste de responsable de projet où là, finalement, tu ne te retrouves pas ?
- Pauline
Voilà, exactement. Je ne me retrouve pas, mais j'ai envie de m'y retrouver. Mais on ne peut pas passer en force sur tout. Le timing est mauvais, dans le sens de l'actualité de l'entreprise, à savoir que c'est au moment d'une fusion et que le projet que je voulais porter passe complètement à la trappe. Je continue à monter à cheval. Un jour, je monte en amazone, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Et je fais une chute absolument ridicule et minable, probablement la plus minable que j'ai jamais faite. Je pourrais faire la même en tombant de ma chaise. Et je me casse des vertèbres. Et j'ai une vertèbre qui est doublement fracturée, avec un petit os qui se balade pas très loin de la moelle épinière. Donc, alitée. Arrêtée bien sûr, alitée, ne pouvant pas faire grand-chose de mes journées, pendant trois mois, j'ai avalé pas mal de morphine. Et là, l'avantage, c'est que j'ai le temps de réfléchir, avec les quelques neurones qui me restent. Et là, je me rends à l'évidence et je me dis, ok, je pense que le corps t'a envoyé un message, et je pense que cette fois-ci, il ne faut pas l'ignorer.
- Laure
Parce que tu avais eu des prémices avant ?
- Pauline
Non, pas du tout. J'ai fait pas mal de chutes dans ma vie de cavalière. Des chutes impressionnantes. Je me suis écrasée contre des murs, j'ai mangé du sable, j'ai fait des traversées au grand galop. Et à chaque fois, je me suis retrouvée sur mes deux pieds en me relevant, en me disant « Ah bah chouette, je suis toujours là, cool ». Et là, cette chute, elle est absolument minable, sauf que je n'ai pas pu me relever. Donc c'est là où je me dis, il y a vraiment quelque chose qu'il faut que je prenne en compte et que je réfléchisse à la suite, qui ne sera pas la même que le quotidien avant la chute.
- Laure
Une vraie rupture.
- Pauline
Une vraie rupture.
- Laure
Là, tu penses que c'est ton corps qui t'envoie un message que toi, tu ne voulais pas entendre ?
- Pauline
Complètement. Oui, oui, là, j'ai le corps qui dit merde, tout simplement. Ça ne m'était jamais arrivé de faire une chute aussi minable et de... Voilà, immobilisée. Donc là, j'y ai réfléchi et je me dis, OK, qu'est-ce que je fais de tout ça maintenant ? J'ai 15 ans d'expérience en entreprise. Je me souviens que quand j'étais jeune, je crois que j'avais voulu être vétérinaire, c'est ça, vétérinaire ? OK. Peut-être que j'aurais aimé travailler avec les chevaux directement, sauf que je connais le monde du cheval qui est un milieu difficile. Peut-être que c'est l'occasion aussi de renouer un peu les deux et pourquoi pas de faire rentrer le cheval dans l'entreprise ou de faire venir les entreprises au cheval. Donc le truc me travaille, j'y réfléchis, comme tout le monde, je googlise cheval, entreprise. Je ne suis pas encore sur l'IA à ce moment-là, donc c'est notre ami Google. Et puis vient la notion de l'équicoaching, dont j'avais entendu parler quelques années auparavant, et notamment aux États-Unis. Ça s'appelait le horse coaching, l'équivalent. Et puis là, je me dis, je crois que c'est le truc qu'il me faut.
- Audrey
Juste, c'était il y a combien de temps ?
- Pauline
C'était il y a quatre ans.
- Laure
Et là, ça s'impose à toi.
- Pauline
Et ça s'impose à moi parce que tous ces bouts d'histoire que je viens de vous raconter, quand on recompose l'histoire : oui, j'ai réussi à rester à ces niveaux-là d'exigence, de stress. J'ai réussi à rester performante tout en étant suffisamment détachée de ce que je vivais au quotidien. Tu disais tout à l'heure, oui, c'est chronophage. Donc, on n'est pas sur du 35 heures, on n'est pas sur du 40 heures, on est beaucoup plus. Et pourtant, j'arrive à garder du recul suffisant. Pour rester clairvoyante, pour prendre les bonnes décisions, des décisions impactantes, et c'est des décisions, on ne les prend pas une fois par semaine, c'est une décision toutes les minutes, et c'est impactant. Je vois dans l'entreprise des gens qui font des burn-out, je vois des suicides, je vois des gens qui ne sont pas à leur place, qui traînent les pieds le matin, qui ne sont pas au top de leur forme. Et je me dis, si ces personnes-là, je pouvais leur apporter un petit peu de joie et un petit peu d'enthousiasme dans leur vie, avec ce que je sais faire et que je connais bien, le cheval, ben bingo !
- Laure
Et à quel moment tu annonces ce projet ? Est-ce que tu en parles à ton mari, à tes enfants ? Comment ça se passe ?
- Pauline
Alors oui, j'en parle à mon mari qui me dit « Ouais, chouette, encore une nouvelle idée. Mais celle-là, j'ai comme l'impression qu'elle va être impactante. » Bon, il me fait confiance, il me connaît, il sait que je connais le cheval, le monde du cheval. Pour lui, il n'est pas plus surpris que ça. J'en parle à mes parents, à ma famille. En fait, finalement, personne n'est vraiment surpris.
- Laure
C'était évident pour tout le monde.
- Pauline
C'était un peu évident. Je ne dirais pas qu'ils l'attendaient parce qu'ils ne connaissent pas. Ils ne savent pas ce que c'est. Il y a un côté un peu... Oh là là, qu'est-ce qu'elle nous a pas encore inventé ? Un peu comme l'écologie il y a 25 ans. Pareil, le développement durable. Ils me font confiance. Donc, OK, vas-y, si c'est ton truc, OK, on est là. On te soutiendra. Et puis, j'ai envie de dire, quand bien même il y aurait eu un jugement de proches, je sens que c'est là où il faut que je sois.
- Laure
Ouais, tu serais allée.
- Pauline
Donc j'y vais.
- Audrey
Et comment ça se passe du coup ? Tu retournes dans ton entreprise ou vraiment à partir du moment où tu as l'accident, c'est acté que c'est fini et tu switches directement sur le nouveau projet ?
- Pauline
Alors je switche oui et non parce qu'il y a quand même toute une partie administrative et formalité qui sont non négociables. mais j'échange avec les RH. Et ça se passe assez naturellement. Et puis, en fait, mon projet, sans même y avoir beaucoup réfléchi, il est tellement bien ficelé qu'ils ont confiance aussi. Et que finalement, on convient que je vais quitter l'entreprise et que c'est un bien aussi bien pour eux que pour moi. Et je ne vous dirais pas qu'ils me soutiennent, mais en tout cas... Ils encouragent.
- Laure
Il n'y a pas d'opposition.
- Pauline
Il n'y a pas d'opposition, oui.
- Laure
Donc toi, tu te relèves de cette chute.
- Pauline
Alors je me relève, donc je me fais opérer du dos quand même entre-temps. Je me relève de cette chute. Et puis, j'ai eu du temps à passer sur Internet.
- Audrey
Oui, parce que, c'est ça, il te faut combien de temps pour te remettre vraiment complètement ?
- Pauline
Oui, il me faut plus de six mois.
- Audrey
Ah ça, c'est long.
- Pauline
Oui.
- Laure
Ça ne me semble pas beaucoup quand même.
- Pauline
Six mois tirant sur les un an. Tout compris. Mais une fois toute la partie morphine passée, le cerveau se remet en route assez rapidement. Et en fait, je commence à travailler, même si la douleur physique, elle est là. Parce que je vis le truc et que ça me fait vibrer.
- Laure
Oui, que tu as envie de mettre les choses, enclencher les choses.
- Audrey
Et ce nouveau projet, il nécessite que tu te formes ?
- Pauline
Oui, tout à fait. Donc je regarde sur Internet, mon ami Google qui me donne le nom de différents formateurs. Probablement ceux qui ont peut-être payé le plus de publicité.
- Laure
Qui sont bien sponsorisés.
- Pauline
Qui sont bien sponsorisés. Et puis j'en contacte quelques-uns. C'est bien, il y en a pour tous les goûts. Il y a une grande diversité. Et moi je retiens un formateur qui me propose de venir vivre une journée. Et je mets les pieds dans le sable de manière complètement différente de tout ce que j'avais pu vivre jusqu'à présent avec des chevaux. Et là, je crois que je peux dire que pour la première fois depuis bien longtemps, si ce n'est dans ma vie, je me sens complètement à ma place sans être obligée de justifier quoi que ce soit ou de faire une présentation PowerPoint avec 15 slides et de justifier par un email de 15 paragraphes pourquoi est-ce que je veux suivre cette formation-là. J'en avais contacté d'autres avant qui me convenaient moins parce que c'était très processé et moi je sortais d'une entreprise sur les rails où j'étais asphyxiée par les process et j'avais besoin d'autre chose. Et donc je choisis ce formateur-là parce qu'il a toute une partie sur l'intelligence émotionnelle et relationnelle, dont j'avais besoin, parce que finalement c'est quelque chose que j'avais déjà vécu pendant toutes ces années, mais sans même le savoir, sans le wording. Et j'avais besoin en fait de mettre des mots sur ce que je connaissais, de façon... Alors on peut parler de crédibilité ou de légitimité, mais pour moi m'aider à me construire pour la suite parce que je passe quand même d'une entreprise où on parle en milliards d'euros à moi, ma petite entreprise où j'ai enlevé les milliards.
- Laure
Oui, on parle en chevaux.
- Pauline
On parle en chevaux et on parle avec des centaines et des milliers d'euros. Donc je change quand même complètement d'environnement et j'ai besoin d'un bagage. Pas forcément pour moi, mais pour mon environnement qui ne me connaît pas parce que j'étais dans l'ombre et que je vais changer complètement d'écosystème.
- Audrey
Est-ce que ça nécessite d'avoir toi tes chevaux ? Ou ça veut dire que tu travailles en partenariat avec des centres équestres ?
- Pauline
Oui, alors je travaille en partenariat avec des centres équestres. J'en ai visité pas mal et il y en a où je n'irai pas travailler.
- Audrey
Parce que là encore, j'imagine qu'il faut être en phase avec les valeurs, avec la façon de travailler.
- Pauline
Complètement. Je passe du temps dans les écuries. J'ai des propriétaires qui ne veulent pas me recevoir, qui préfèrent que je vois avec leur gestionnaire d'écuries. Donc là, je n'y vais pas. J'ai besoin de voir les propriétaires des chevaux avec lesquels je vais travailler. Il y a des centres équestres où peut-être c'est un peu trop éloigné des transports en commun donc ça ne convient pas à certains de mes clients. Il y en a d'autres, c'est trop petit. Il y en a d'autres, les chevaux ne sont que des chevaux de grands concours. Donc ça ne va pas non plus. J'ai mes critères et j'en parle sans aucune difficulté avec mes partenaires. Et si ça ne matche pas, ça ne matche pas. Ce n'est pas grave. Je pense qu'il y en a un peu à tous les coins de rue. Et parce que je me projette avec mes clients aussi, et je veux que mes clients soient bien, soient à l'aise. Il faut que ça soit une belle journée, il faut que ça soit constructif pour eux. Donc je pense qu'il y a quand même des conditions minimales, en tout cas que moi je ne veux pas outrepasser.
- Laure
Je reviens juste un petit peu en arrière sur ta formation. Donc tu fais une journée d'essai avec ce formateur et tu dis "C'est là que j'ai envie de me former". Comment elle se déroule cette formation ? Comment on devient équicoach ?
- Pauline
Alors c'est une formation qui est étalée sur 4 mois et avec un mémoire à remplir et une soutenance. Donc ça n'est que en présentiel parce que ça faisait partie de mes critères aussi.
- Laure
Mais tu peux faire une formation en distanciel avec des chevaux ?
- Audrey
Oui, ça paraît étonnant.
- Pauline
Ah je pense que oui.
- Laure
Apparemment tu peux, ok. Ok !
- Pauline
Donc moi ça me convient pas vraiment, je souhaite accompagner de l'humain en 3D, le 2D me chagrine un peu. Que en présentiel, à la fois une partie théorique sur l'intelligence émotionnelle et relationnelle, sur le coaching, sur la posture de coach. Et puis des journées aussi avec les chevaux où on expérimente nous-mêmes les exercices, les journées. Et puis on a des clients qu'on fait venir en test, des clients en test, des clients cobayes, ça dépend comment on les appelle, de façon à pouvoir aussi s'exercer, s'entraîner, s'améliorer, sachant qu'on est sur un chemin et que de toute façon, on peut toujours s'améliorer et c'est un chemin sans fin. C'est ce qu'il y a de bien aussi.
- Laure
Oui, la posture d'accompagnant, elle évolue aussi au fil des histoires, des bénéficiaires, et puis de soi.
- Pauline
Tout à fait. Et donc, un mémoire à rédiger. Donc là, un peu l'impression de revenir quelques années en arrière, où on se retrouve soit face à un écran, soit avec un papier et un stylo, on se dit, "Oulala, mais est-ce que je sais encore faire des choses comme ça ?" Ça nécessite du temps, de l'énergie, mais c'est une étape que j'ai appréciée parce qu'elle est peut-être le point, pas complètement final, mais elle est nécessaire dans le chemin d'apprentissage. Et puis après, en parler, une soutenance, c'est comment on fait vivre tout ce qu'on a appris.
- Laure
C'est des jalons qui sont extrêmement importants sur ce chemin-là.
- Pauline
Tout à fait.
- Laure
D'accord, donc certification, diplôme en poche.
- Pauline
Voilà, certification. J'ai poussé le bouchon un petit peu plus loin parce qu'on peut toujours s'améliorer. J'appartiens au syndicat professionnel des équicoachs qui propose des accréditations. Donc, nouveau mémoire, nouvelle soutenance, le tout orchestré par des confrères qui ont 10-15 ans d'expérience. Et donc là, je suis accréditée. Donc c'est une belle reconnaissance de la part de mes pairs qui ont plus d'expérience que moi et qui montrent que j'ai un niveau professionnel abouti.
- Laure
Oui, il y a une démarche sérieuse, professionnalisante.
- Pauline
Et qui surtout permet de se poser la question sur nos pratiques, notre éthique, sur des compétences équines, bien sûr, mais la posture de coach également. Donc c'est une remise en question, remise en cause de pourquoi est-ce que je fais ça ? Pourquoi je ne l'ai pas fait autrement ? Comment est-ce que j'accompagne telle personne par rapport à ses besoins, ses attentes ? Donc ça vient compléter et c'est plutôt une belle reconnaissance. On est un peu plus de 30 en France à avoir cette accréditation.
- Audrey
C'est la question que j'allais poser parce qu'effectivement, c'est un métier qu'on découvre. Donc 30 à avoir l'accréditation et combien d'équicoachs à peu près en France ? Tu as une idée ?
- Pauline
Alors tous ne sont pas référencés officiellement. Dans le syndicat professionnel des équicoachs, il y a à peu près une centaine d'équicoachs, mais les chiffres entre 200-300 circulent. Certains s'autodéclarent. C'est un peu comme les ostéos peut-être il y a une vingtaine d'années, où c'est un métier qui est émergent. Il n'y a pas de cadre légal. Donc quand on choisit des équicoachs, il faut regarder un peu quand même avec attention. Parce que comme tout coach...
- Laure
Oui, tout le monde peut se déclarer coach.
- Pauline
Oui, et puis la parole, elle a du pouvoir.
- Laure
Bien sûr.
- Pauline
Donc dans le choix de l'accompagnant...
- Audrey
Oui, ça peut faire beaucoup de bien comme ça peut faire beaucoup de mal quand ce n'est pas fait par des gens sérieux.
- Pauline
Exactement.
- Laure
Tu recueilles la parole de personnes qui sont en souffrance généralement.
- Pauline
Qui ont un besoin.
- Laure
Qui ont un vrai besoin.
- Pauline
Donc il y a un sujet à considérer sérieusement dans le choix.
- Audrey
Et quand même, on le dit, tu as fait tout ça en ayant trois enfants.
- Pauline
Oui, c'est vrai. Mes enfants ont suivi l'aventure. Mes enfants me challengent régulièrement sur le sujet. Mais mes enfants m'aident aussi, notamment sur les réseaux sociaux et sur Instagram, sur les vidéos, sur tout un tas de sujets. Ça leur ouvre des portes aussi, des horizons. Papa et maman étaient sur des rails et ils ont bien déroulé pendant quelques années. Ma maman est en train de se réinventer à 180 degrés. Ça va bien se passer, mes chéries, je vous promets. Voilà, c'est une autre perspective. Finalement, tout est possible. Il faut y mettre le cœur.
- Laure
Donc, j'avais une question, parce que tu as travaillé pendant plus de dix ans dans un grand groupe avec des niveaux de rémunération qui sont quand même très agréables , on ne va pas se le cacher. Nous, travaillant dans un grand groupe, on connaît les avantages et les niveaux de rémunération. Tu choisis une nouvelle voie, tu deviens équicoch. Tu es indépendante. Tu as ton entreprise. Comment ça se passe financièrement du point de vue familial ? Est-ce qu'il y a une perte de revenus ? Est-ce que c'est quelque chose que tu avais anticipé ? Comment tu gères ça ?
- Pauline
Alors, très honnêtement, oui, bien sûr, il y a une perte de revenus, clairement. Quand on lance une entreprise et qu'on change de secteur d'activité, y a quand même une période assez longue pour se faire connaître et pour lancer le business. Après, ça nécessite de faire des choix. On priorise. J'ai la chance de... Je ne sais pas si c'est une chance, mais en tout cas, de ne pas être trop matérialiste. Donc, ça ne m'affecte pas plus que ça. On revoit aussi peut-être notre façon de fonctionner au quotidien, nos vacances, nos achats. Et ça permet aussi de revenir à un peu plus de simplicité, à faire une chasse au superflu. On parlait tout à l'heure des enfants et de l'impact que ça peut avoir sur son environnement. C'est aussi une opportunité de réfléchir différemment et de se dire, finalement, on n'est pas obligé de faire toujours plus, on peut faire différemment. Et c'est aussi moi ce que je prône dans mes accompagnements : pour performer, on n'est pas obligé de faire toujours plus, on peut faire différemment en se respectant aussi.
- Laure
Alors justement, parlons du métier d'équicoach. Comment ça marche ? Qui vient te voir ? Parle-nous de ce métier. C'est un mystère complet pour moi. Je t'imagine les pieds dans le sable avec un cheval et quelqu'un à côté de toi. Mais que fait cette personne ?
- Audrey
Est-ce que c'est une personne ? Est-ce que c'est des équipes ? Est-ce que c'est les deux ? Comment ça marche ?
- Pauline
Alors, j'ai fait le choix d'accompagner uniquement du collectif. Parce que je suis convaincue par la force du collectif. À savoir quand j'accompagne des personnes qui sont peut-être un peu réticentes parce qu'elles ne savent pas trop pourquoi elles sont là, ça arrive dans les équipes, le fait de voir des déclics sur d'autres personnes, ça peut permettre soi-même de progresser. Très concrètement, je travaille dans des centres équestres que j'ai choisis, avec des partenaires, des chevaux que je connais, avec lesquels j'ai déjà un peu pratiqué, mais ce n'est pas nécessaire, ce n'est pas du tout des chevaux dressés pour l'équicoaching. Je travaille avec des petits groupes de 5-6 personnes et au-delà de ça, je fais venir d'autres équicoachs qui sont certifiés et avec lesquels je suis habituée à travailler, par multiple de 6. Donc pour une prestation vraiment qualitative de coaching pur, de vrai coaching, donc je travaille avec des groupes de 10 à 15 personnes. Et puis, au-delà de ça, je sais faire aussi mais ça relève plus de la démonstration ou du team building que d'un coaching personnalisé. On ne monte pas du tout sur les chevaux. Ça n'est que à pied, à côté du cheval, dans un espace qui est sécurisé, qui est fermé, sinon je perds tout le monde, aussi bien les chevaux que les personnes. La journée type, je dirais, se décompose le matin plutôt en exercices, en expérience individuelle, où je fais des feedbacks, je lis ce qui s'est passé entre le cheval et la personne de façon à lui faire prendre conscience d'un comportement, d'une réaction. Le but étant, en fin de journée, de repartir avec des outils, des clés qui servent dans les jobs. Je suis dans un cadre professionnel. Ça peut servir bien sûr dans un cadre personnel aussi. Mais le but c'est de progresser d'un point de vue professionnel. Et c'est ce que je disais tout à l'heure. On peut performer en se respectant. On n'est pas obligé de faire toujours plus. Et la solution de l'un n'est pas forcément la solution de l'autre. Et ça, le cheval nous le révèle très très bien par rapport à ses comportements qu'il a en fonction de telle ou telle personne.
- Laure
Donc c'est un peu un reflet... Le cheval est un reflet de la personne, ou en tout cas le réceptacle, le miroir. En tout cas, il réagit en fonction de la personne, c'est ça ? Et toi, tu lis le cheval.
- Pauline
Complètement, parce que le cheval capte très bien notre rythme cardiaque et notre état émotionnel. Donc on peut se raconter des histoires, j'aime beaucoup les histoires, mais il y a un moment en fait quand le cheval...
- Laure
Ça ne ment pas.
- Pauline
Ça ne ment pas. Quelqu'un qui arrive avec beaucoup d'énergie ou très stressé, le cheval le voit plutôt comme étant un danger. Donc le cheval va essayer de fuir. Quelqu'un qui au contraire est apeuré, arrive timidement... Là, le cheval va être au contraire plus intéressé puisqu'il voit qu'il n'y a pas de danger. Donc il va s'approcher plus facilement d'une personne qui est un peu plus timide.
- Audrey
Et qu'est-ce que tu leur fais faire comme type d'exercice, par exemple ?
- Pauline
Des choses très très simples. Ça peut être une rencontre, simplement. Demander à la personne d'aller vers le cheval. Donc il y a des personnes qui ne vont pas y arriver. Parce que... Parce que la peur.
- Laure
C'est impressionnant, c'est très grand un cheval.
- Pauline
Oui, on a 500 kilos en face qui peuvent partir à n'importe quel moment. Mais quand on a peur, qu'est-ce qu'on fait ? Chacun réagit à sa façon. Est-ce qu'on reste caché derrière un poteau ? On arrive dans une soirée, on connait personne, on va aller se cacher derrière le poteau on attend que les gens arrivent ou au contraire on va rentrer en disant "Salut c'est moi qui arrive !" et là tout le monde fuit parce qu'on se dit c'est qui cet illuminé qui arrive. Ce que fera le cheval. Et puis, je demande des mises en mouvement donc les mises en mouvement c'est très bien, nous les humains on se raconte des histoires donc on peut se dire que le cheval va se mettre en mouvement parce qu'on a très très envie dans notre tête. Mais c'est possible que ça ne se passe pas comme on a envie que ça se passe. Parce qu'on est très cérébraux, on est un peu perché dans notre tête là-haut, donc ça se traduit en fait essentiellement par le corps. Quand on a envie de quelque chose, si le corps ne le dit pas, si le corps est en retrait par rapport à la tête, le cheval ne va pas bouger.
- Laure
Donc c'est un peu ce que tu as... Enfin, je ne sais pas, je vais commencer à analyser des trucs. Mais quand tu as vécu ton accident, tu es tombée.
- Pauline
Oui.
- Laure
C'est le cheval qui a réagi ? Tu penses par rapport à toi ou...
- Pauline
Alors, l'erreur venait plutôt de moi. Par contre, ce qui s'est passé, c'est que moi, à ce moment-là, dans mon job, je n'étais pas bien, clairement. Et je suis tombée de manière très rigide, ce qui ne m'arrivait jamais. Et là, comme je n'étais pas bien, le stress, la nervosité, je suis tombée d'un bloc. Et donc, les lombaires en bas ont cassé.
- Laure
Et donc, ce sont des équipes qui viennent te voir. Qui fait la demande d'un équicoaching ?
- Pauline
Les personnes à qui je vais expliquer l'équicoaching et à qui je mets des étoiles dans les yeux. Qui ont envie de vivre l'expérience.
- Laure
Mais ils partent d'un besoin ou juste on a envie de...
- Pauline
Ils partent souvent d'un besoin qu'ils n'ont pas forcément clairement identifié. Mais ça peut être des personnes qui ont déjà été coachées et dont le résultat n'est pas à la hauteur de leurs attentes. Ça peut être des personnes qui sont suffisamment curieuses et audacieuses, qui ont envie d'essayer quelque chose un peu nouveau, qui en ont entendu parler parce que c'est en train de se démocratiser, clairement. Autant quand j'ai commencé, je faisais encore beaucoup de pédagogie. Aujourd'hui, l'équicoaching, c'est un mot qui est devenu presque courant dans les entreprises. Donc, ils ont envie d'essayer aussi, peut-être un peu pour faire comme les copains, mais au final très bien. Et puis, ça fait ses preuves. C'est une méthode qui est à la fois innovante mais qui propose des solutions pérennes et qui fait ses preuves concrètement. Donc après les exercices du matin, l'après-midi je fais travailler en groupe. Et là, on voit la dynamique de groupe qui se révèle. J'ai presque envie de dire qui explose aux yeux. C'est presque ça et de se dire "ah oui, ok, je comprends mieux pourquoi elle, maintenant, elle a pas envie d'intervenir. Parce que lui, il prend trop de temps de place" ou elle n'osait pas mais ce matin, elle a osé dépasser sa peur et là elle a fait exploser son plafond de verre, ce qu'elle n'aurait jamais soupçonné le matin. Parce que le matin, elle ne rentrait pas dans les écuries. Et donc il y a des révélations incroyables au cours de la journée
- Audrey
Ça peut être j'imagine aussi des équipes qui ont des problématiques de réorganisation ou de ça ne se passe pas bien dans l'équipe ?
- Pauline
Complètement. Ça peut paraître un peu monde des Bisounours, mais c'est une méthode qui permet d'aborder, de traiter tellement de sujets différents. Aussi bien sur la communication, sur l'écoute, parce qu'on est très fort pour s'écouter avec nos oreilles, mais l'écoute elle n'est pas juste par le son, elle est aussi par l'observation des autres. Celui qui se met en retrait ou celui qui au contraire prend la place pour tous les autres. Donc il y a la communication. Il y a la cohésion. Il y a la confiance. Il y a la gestion des émotions. Il y a la motivation, dans le cadre de fusions ou de licenciements. Quand il y a un tiers de l'équipe qui est sorti, mais qu'il reste les deux tiers et qu'il y a la même quantité de boulot, comment on fait pour garder les personnes qui restent motivées ? C'est compliqué. Et donc le cheval, de par ses interactions, qui se veulent complètement naturelles, parce qu'en fait le cheval il est dans l'instant présent, il ne calcule rien du tout, il n'est pas du tout...
- Laure
C'est l'instinct.
- Pauline
C'est l'instinct. Et ça met en évidence des solutions qui naissent naturellement, sans forcer, mais qui en même temps sont personnalisées soit à l'individu ou à l'équipe, et là où ils en sont. Et c'est ça aussi ce qu'il y a de super chouette dans cette méthode-là. C'est qu'on n'est pas en train de dérouler... On peut, hein. Moi, c'est pas ma façon de travailler. On peut dérouler un process et faire du copier-coller. Moi, ça m'intéresse pas particulièrement. Ce qui m'intéresse, c'est d'adapter aux besoins de l'équipe, du manager, des membres de l'équipe et de se dire, OK, où sont vos points forts ? Appuyons sur les points forts au lieu de tout le temps pointer du doigt aussi vos points faibles et de trouver le bon équilibre qui convient à tous. Parce que je le redis, on peut performer autrement sans être obligé de performer en faisant plus et nos différences c'est une richesse.
- Laure
Je pense que c'est d'autant plus puissant que le message vient de l'animal. Toi, tu es un peu l'interprète finalement. Et ça pour des personnes qui ont du mal, surtout d'un certain niveau de pouvoir, d'entendre de la part d'un autre humain qu'il y a peut-être quelque chose qu'il faudrait réajuster, le fait que ça passe aussi par l'animal je pense que... Ça doit appuyer le message, il doit avoir des prises de conscience, ça c'est incroyable.
- Pauline
Oui, complètement. Et j'en parlais à mi-mots tout à l'heure, c'est qu'en fait le cheval n'est pas dans le jugement. Et ça, ça aide beaucoup. Parce que mine de rien, on est tous tout le temps dans le jugement avec nos petites croyances, nos petits biais cognitifs, etc. Le cheval, il est dans l'instant présent, et en fait il est en train de vivre ce qui se vit réellement au moment T.
- Laure
Oui, il dit ce qui se passe, point. Pas plus, pas moins.
- Pauline
Et ça, c'est un cadeau qu'on se fait.
- Laure
Est-ce qu'il y avait des choses que toi, tu as apprises pendant ton parcours professionnel que tu as pu réinjecter dans ce nouveau métier ? Est-ce qu'il y a des compétences que tu as développées, dont tu t'es servie aujourd'hui, dont tu te sers aujourd'hui dans ton métier d'équicoach ?
- Pauline
Alors, je dirais que, en fait, toutes ces compétences, je les avais probablement en moi, mais sans m'en rendre compte. Et c'est ce que cette formation m'a permis aussi, de comprendre et de me dire, ben oui, cette intelligence émotionnelle, je l'avais déjà, puisque j'étais quand même aux premières loges pour l'observation des relations humaines. Et ça n'a fait que confirmer que je suis aujourd'hui au bon endroit, parce que, peut-être je ne devrais pas le dire, mais je n'ai pas l'impression de travailler. Parce que pour moi, c'est une évidence. J'ai encore accompagné un groupe, là, il y a 10-15 jours, et j'avais une personne en face de moi, elle était sans voix, elle était bluffée, elle me dit « mais c'est fou, en fait ce que vous êtes en train de me dire parce que c'est complètement ce que je vis au quotidien. » Et c'est ce que tu disais tout à l'heure, c'est... Je ne me fais que la lectrice de ce qui est en train de se passer sous mes yeux. Parce que je connais les chevaux depuis des années, que je les ai côtoyés dans différents cadres, dans différents pays. J'ai eu la possibilité, là, depuis deux ans, d'aller au Canada, au Qatar, au Maroc, en Tunisie. Quel que soit le pays, on a tous le même langage. Le langage du cheval, il est universel.
- Laure
Et tu avais déjà conscience de ça, par exemple, enfant ou jeune adulte, que le cheval, il pouvait te renvoyer autant de messages ?
- Pauline
Probablement pas, non. Non, non, ça, j'en ai pris conscience depuis que j'ai fait ma formation, clairement.
- Audrey
Après, tu avais aussi déjà ce rôle un peu, tu disais, facilitatrice, la cuillère en bois. Finalement, aujourd'hui, ça, tu l'as transposé aussi. Parce que tu fais le lien entre le cheval et l'équipe pour faire émerger des choses.
- Pauline
Oui, mais je suis capable de le dire aujourd'hui, je ne l'étais pas forcément il y a 5 ans, il y a 6 ans, enfin avant mon accident. C'était en moi, c'était là, c'était sous-jacent. Et aujourd'hui, le parcours que j'ai et la réorientation que j'ai choisie, elle met clairement en lumière tout ça.
- Laure
Tu disais tout à l'heure que quand tu es arrivée chez ce formateur et que tu as mis les pieds dans le sable, tu te sentais à ta place complètement. Ce métier, qu'est-ce qu'il t'apporte de plus aujourd'hui que ton précédent ?
- Pauline
C'est assez simple, c'est que ça me permet d'être moi-même. C'est très simple et en même temps c'est très complexe. Encore une fois, je suis capable de le dire aujourd'hui, il y a quelques années beaucoup moins, mais je pense que j'ai été dans la suradaptation permanente. Ce que je sais faire, ce qui ne m'est pas compliqué, mais qui probablement est énergivore. Et ça, oui, clairement, c'est ce que ça m'apporte aujourd'hui. Et puis, de voir des personnes qui, le matin, arrivent en faisant un peu la tête, en se disant, "Qu'est-ce qu'elle va nous faire faire, encore celle-là ? Alors, est-ce qu'on va jouer au Lego ?"
- Laure
"Est-ce qu'on va coller des post-it ?"
- Pauline
"Elle a combien de couleurs de post-it ? Ou alors, est-ce qu'on va faire des pyramides avec des chamallows et des spaghettis ?" Qui me disent à moitié bonjour, parce que bon, il y a quand même des règles de bienséance. Et qui, le soir, les mêmes personnes, repartent avec un sourire mais jusqu'aux oreilles et des étoiles dans les yeux. Ben ça j'ai envie de dire qu'est-ce que ça m'apporte ben voilà le smile des gens ça me nourrit
- Laure
Super récompense.
- Pauline
Ouais.
- Audrey
Comment tu vois la suite ? Comment tu te vois évoluer ? Est-ce que tu te vois rester toute ta vie dans ce job ? Est-ce qu'il y a des nouvelles choses que tu as envie de développer ?
- Pauline
Alors, ce sont des projections. Je ne suis pas Madame Soleil. Probablement d'enrichir mes accompagnements et développer des formations. Mais chaque chose en son temps aussi. Je pense que le virage a été suffisamment radical pour avancer petit pas par petit pas et quand même consolider un peu l'histoire. Ensuite, oui, j'ai d'autres projets en tête. Je n'ai pas forcément envie d'en parler parce que je ne veux pas me mettre la charrue avant les bœufs. J'aspire à ce que les choses se fassent aussi naturellement. Mais oui, ce ne sont pas les idées qui manquent.
- Laure
Et le cheval toujours au centre ?
- Pauline
Et le cheval restera probablement au centre de ma vie, clairement.
- Laure
Et si c'était à refaire, Pauline, est-ce que tu referais ?
- Pauline
À ce jour, je dirais oui. Après, je n'ai pas forcément le recul suffisant aujourd'hui pour avoir un avis tranché. mais je pense que mon corps m'a envoyé un signal suffisamment fort pour ne pas l'ignorer. Donc je dirais oui à ce stade.
- Audrey
Et pour finir, si tu avais un conseil ou une ressource à partager avec quelqu'un qui aimerait se reconvertir, qu'est-ce que ce serait ?
- Pauline
Je dirais de... C'est facile à dire, probablement moins à mettre en œuvre, mais de se faire confiance. Se faire confiance, s'écouter, parce que ce n'est pas forcément des choses qui sont faciles à faire au quotidien. dans nos vies, qui vont vite. Il n'y a pas grand-chose qui nous y encourage. Appuyer sur pause, aussi, de temps en temps. Parce que prendre le temps, c'est aussi prendre du recul. Et quand on prend du recul, donc prendre de la hauteur, on appelle ça comme on veut, mais ça permet d'avoir un regard un peu critique sur ce qu'on est en train de faire. Donc plutôt que de faire le hamster qui court dans la roue, plutôt que de se comparer par rapport aux autres, ça je pense que c'est pas forcément des automatismes qui sont les bons, mais plutôt regarder d'où on vient et puis le chemin qui a été parcouru. Et ça, ça me paraît plus intéressant, plus important et beaucoup plus valorisant en se faisant confiance et en traçant son petit bonhomme de chemin avec ses propres étapes, ses propres petits pas qui nous appartiennent chacun et puis d'avancer comme ça, en gardant la sérénité. L'avantage quand on a son entreprise, c'est qu'on s'entoure finalement des gens dont on a envie de s'entourer aussi. On est libre de nos choix. Donc, renoncer, ce n'est pas un échec. Dire non, ce n'est pas quelque chose de négatif. C'est au contraire parfois se respecter plus et ça permet de reprioriser. Faire attention à soi. On ne court pas un sprint, on court un marathon. Donc, se faire confiance et y aller à fond.
- Laure
Et y aller à fond. Et aussi ce que tu disais, ce que j'ai beaucoup aimé dans ce que tu disais, c'est qu'on n'est pas toujours obligé de faire plus pour faire mieux. Et j'aime beaucoup cette formulation. Un grand merci, Pauline.
- Pauline
Merci à vous.
- Audrey
Merci beaucoup.
- Pauline
Merci à vous pour votre écoute.
- Laure
Nous espérons que vous avez apprécié ce moment autant que nous.
- Audrey
Si vous avez aimé l'épisode, abonnez-vous et n'hésitez pas à laisser une note positive et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée.
- Laure
Et parlez-en autour de vous.
- Audrey
Et si vous souhaitez partager votre histoire de reconversion,
- Laure
écrivez nous.
- Audrey
Merci pour votre écoute
- Laure
et à très bientôt pour un nouvel épisode.